Catégorie : Libye

  • Enquête : L’Islam au quotidien dans les pays du Maghreb

    L’Islam est abordé aujourd’hui par la majorité des médias et des écrivains-penseurs comme une idéologie plus que comme une religion.

    Le coté religieux pratique se trouve le plus souvent –si non toujours- écarté au profit de ce que les journalistes et autres ‘‘spécialistes’’ appellent… les maux de l’Islam ; islamisme et djihadisme en tête.

    Rares sont ceux qui sont allés voir du coté de la pratique de la religion par les croyants.

    Comment est ce que les musulmans pratiquent leur Islam ?

    Comment est ce que ces musulmans regardent certaines institutions de leur religion ?

    Comment font-ils pour concilier profane et sacré ?

    Si les réponses à ces questions semblent quelques fois évidentes pour les musulmans du Golf et du Moyen-Orient qui – à force de clichés – nous paraissent des religieux purs et durs pour qui le profane ne peut exister en dehors du religieux, le doute s’installe dès que l’on s’intéresse aux pays de l’Afrique du Nord et plus exactement du Maghreb.

    Ainsi, l’Algérie qui a vécu des « années noires » de terrorisme islamiste, la Tunisie considérée comme le pays le plus laïc du monde arabe et le Maroc qui conduit actuellement une expérience de réformes religieuses (voir notre dossier) sont autant de terrains où il est fort intéressant d’étudier la pratique religieuse.

    Le sujet vient d’être abordé par l’hebdomadaire Jeune Afrique qui a consacré dans son 2498ème numéro une enquête aux enseignements forts intéressants sur la pratique religieuse dans les pays du Maghreb.

    Pour les trois pays (Maroc, Algérie, Tunisie), l’enseignement le plus important relevé par cette enquête est qu’entre ce que prévoit la religion et ce qui se fait dans la pratique, il peut y avoir des arrangements et même des … discordances.

    Je vous invite à découvrir (durant quelques épisodes) comment se vit l’Islam au Maghreb. Vous découvrirez notamment que désormais, dans presque tous les domaines, les apparences comptent plus que tout autre chose. Tel est le cas -par exemple- du port du voile et de la fréquentation des mosquées les vendredis dans l’ensemble des pays du Maghreb.

    Dans la première partie de l’enquête, nous allons découvrir une Tunisie qui semble s’éloigner d’une laïcité à la française pour se rapprocher de la sécularisation à l’anglo-saxonne.

    Pour ce qui est de la deuxième partie, je vous invite à découvrir comment après (et malgré) les années noires du terrorisme islamiste, le religieux regagne de plus en plus l’espace public.

    Et pour finir, je vous présenterai dans une troisième partie les statistiques de la pratique religieuse au Maroc. Retenez votre souffle, les chiffres qui nous parviennent du Maroc sont –le moins que l’on puisse dire- très révélateurs de l’état de la pratique religieuse dans nos pays.

    Tunisie : laïcité à la française ou sécularisation à l’anglo-saxonne ?

    « Le seul indicateur disponible pour mesurer la pratique religieuse est celui du nombre de mosquées, passé de 2390 en 1987 à 4483 en 2008. Malgré cette progression significative encouragée par l’Etat, qui nomme les imams, et d’après les statistiques compulsée par Jeune Afrique, la Tunisie demeure toutefois le pays Maghrébin qui a le plus d’habitants (2230) par lieu de culte comparativement au Maroc (800 habitants) et à l’Algérie (615 habitants avant la fermeture d’environ 40 000 lieux de prière dans les années 1990 pour raison de sécurité). Cette densité de population par mosquée est également supérieure à la France laïque, qui compte 1315 habitants par église. »

    Ces chiffres -révélées par Jeune Afrique- montrent-ils le désintérêt des tunisiens de la pratique religieuse ?

    Je ne le pense pas pour deux raisons :

    1- Il est vrai que les mosquées durant les jours de la semaine sont moins remplis que les cafés de Tunis et de sa banlieue mais cela n’est pas à attribuer à la baisse de la pratique religieuse mais plutôt au fait que cette pratique s’individualise. Désormais, beaucoup sont ceux qui préfèrent accomplir leurs prières chez-eux. Il existe même des pratiquants qui n’ont jamais mis les pieds dans une mosquée.

    2- Ce constat se vérifie si l’on fait la comparaison entre les fidèles quotidiens des mosquées et ceux du Vendredi. A l’occasion de la prière du Vendredi, toutes les mosquées sans exception affichent complet. Pour manque de place, certains se trouve même dans l’obligation de prier sur les trottoirs et rues adjacentes des mosquées.

    Faut-il rappeler aussi que c’est le développement du nombre des pratiquants des vendredis (à coté du port du voile de plus en plus répondu) qui a fait dire à certains qu’il existerait un regain de religiosité en Tunisie.

    Regain de religiosité ! Info ou intox ?

    Mohamed Kerrou, sociologue tunisien spécialiste de l’islam, n’est pas tout à fait d’accord.

    Pour lui « Il n’y a pas de retour du religieux. Ce sont plutôt les spécialistes qui font un ‘‘retour’’ pour mieux comprendre le phénomène et découvrent, en l’observant avec les instruments des sciences sociales, que ce n’est plus le même religieux. Dominent désormais le ritualisme et l’ostentation. Au fond, les gens ne sont pas plus pratiquants et sont plus préoccupés par la cherté de la vie que par l’angoisse métaphysique. Ils empruntent le langage religieux pour exprimer leur malaise social. »

    Pour Mr Kerrou, le symbole même de ce regain de religiosité en Tunisie, le voile, n’a plus le sens religieux d’autre fois :

    « Aujourd’hui, on n’est plus en présence du même voile, soutient Kerrou. Traditionnellement, il est censé dérober le visage et le corps au regard. Or on a actuellement des ‘‘couvre-chefs’’ de couleurs variées, portés avec des jeans, des robes, et, même … des strings. Ils montrent plus qu’ils ne cachent».

    On ne peut qu’être d’accord avec ce constat sur le nouveau Hijab, simplement, on ne peut nier, malgré cela, le fait que l’idée de porter ce ‘‘couvre-chef’’ vient (dans la majorité des cas) d’une volonté de se conformer à une obligation religieuse. Ce sentiment-là provient de l’omniprésence d’un discours religieux qui rend le port du voile obligatoire.

    D’où le constat fait par certains selon lequel il existerait une influence orientale (à travers les chaînes satellitaires des émirs du Golf) sur les tunisiennes, et –partant- un regain de religiosité en Tunisie.

    Au-delà du port du voile et de la controverse qui l’entoure (regain de religiosité ou pas), ce discours religieux oriental peut-il être menaçant pour la laïcité en Tunisie ?

    « C’est de l’alarmisme déplacé, répond Kerrou. D’abord, la Tunisie n’a jamais été un pays laïc. Contrairement à ce qu’on écrit ici ou là, Habib Bourguiba était un musulman moderniste. Et le président Ben Ali puise dans l’héritage bourguibien en tenant compte de la tradition du pays. N’oubliez pas que l’Etat tunisien moderne n’a jamais été gouverné par des religieux, mais par des civils qui n’ont pas de conflit avec la religion du pays. C’est cela, la sécularisation au sens anglo-saxon du terme. Elle est tout simplement plus avancée ici qu’ailleurs dans la région».

    Je ne suis pas d’accord pour dire que prendre garde des signes d’une religiosité poussée (à l’extrémisme) est de l’alarmisme déplacé.

    Certes, il ne faut pas voir un islamiste intégriste djihadiste derrière chaque barbue ou chaque voilée, mais il ne faut pas oublier aussi que ceux qui observent une pratique religieuse fondamentaliste n’auront qu’un pas à faire pour se transformer de musulmans pieux à islamistes purs et durs.

    Algérie : … et la religion investit l’espace public

    Pour Malek Chebel, anthropologue algérien des religions, « le vendredi, les mosquées sont prise d’assaut. Mais, dans bien des cas, la frontière entre sincérité et comportement moutonnier n’est pas très nette».

    Cette affirmation vaut pour les trois pays du Maghreb (Maroc, Algérie, Tunisie) où les mosquées (spécialement les vendredis) ne désemplissent pas.

    Seulement, si en Tunisie ou au Maroc cela n’a rien d’une situation exceptionnelle, en Algérie, une signification particulière peut être déduite de cet état des lieux et ce pour deux raisons.

    a) Le pays a connu dans les années 1990 une décennie noire (dont les conséquences et certains aspects continuent jusqu’à nos jours) durant laquelle plus de 150.000 algériens (au bas mot) ont trouvé la mort.

    Principal accusé dans cette tragédie : l’Islam politique et ses agents djihadistes.

    Suite à ces évènements, nombreux étaient ceux qui pensaient que les Algériens finiraient par abandonner cet Islam qui a causé la mort de milliers d’entre eux.

    Contrairement à ces attentes, et malgré un repli observé au cours de ces années noires, selon Jeune Afrique, la pratique religieuse et en particulier l’assiduité dans les mosquées serait en forte hausse.

    b) L’Algérie, contrairement à ses voisins Marocain et Tunisien, se définit en quelque sorte comme république islamique. En effet « dans sa proclamation du 1er novembre 1954, le Front de Libération Nationale (FLN) appelait le peuple à se soulever et annonçait son objectif : ‘‘l’indépendance par la restauration d’un Etat Algérien souverain, démocratique et social dans le cadre des principes islamiques.’’ L’Algérie n’est donc pas un Etat laïc, et l’islam est l’une des composantes de son identité».

    Ces deux éléments combinés (d’une part un Etat qui se veut islamique et d’autre par une population traumatisée par un certain islam, celui des islamistes) font que les Algériens vivent aujourd’hui une situation paradoxale. Ainsi, « si les fidèles sont plus nombreux, les bars ne sont pas pour autant vides. Jeudi soir, premier jour du weekend, les boites de nuit de la capitale refusent du monde mais, le lendemain à midi, les rues adjacentes aux lieux de culte sont interdites à la circulation et livrées aux tapis de la grande prière du vendredi. »

    Au delà de ce paradoxe –qui peut être considéré par certains comme l’incarnation même de la liberté et d’une société émancipée- le danger réside dans l’apparition de certains signes d’islamisation poussée de certaines institutions de la société algérienne :

    1- C’est le cas pour ce qui est de « la création d’espaces réservés à la prière dans des endroits où la chose semblait impensable. Un exemple ? Les sièges de certaines rédactions de la presse francophone, fief de la résistance à l’intégrisme, en sont aujourd’hui dotés à la demande des… journalistes. »

    2- C’est le cas aussi pour ce qui est du comportement de certains agents de l’ordre. En effet, selon certains témoignages, « les plus intolérants sont les forces de l’ordre (…) En période de menstruation, les femmes sont dispensées de Ramadan. Celles qui sont surprises entrain de manger en dehors de chez elles sont emmenées au poste de police où des ‘‘fliquettes’’ vérifient…les bandes hygiéniques ! Et gare si celles-ci sont immaculées. »

    3- Plus inquiétant encore, la justice se radicalise et adopte une jurisprudence de plus en plus… islamisée. Ainsi, elle « a souvent la main lourde pour les contrevenants. Si à Bishra (500 km au sud-est d’Alger) la condamnation, le 29 septembre 2008, de six hommes accusés de ‘‘non respect d’un fondement de l’Iislam’’ à quatre ans de prison ferme a été annulée en appel, d’autres ‘‘briseurs de Ramadan’’ ont eu moins de chance et purgent encore leur peine avec des détenus de droit commun. Le code pénal prévoit un emprisonnement de trois à cinq ans pour quiconque dénigre les préceptes de l’Islam par voie d’écrit, de dessin ou de déclaration publique. C’est de l’interprétation de cet article de loi que découle la jurisprudence qui frappe désormais les non-jeuneurs. »

    Une chose est sûr, malgré plusieurs décisions prises par les gouvernements algériens successifs et qui visent à monopoliser la gestion de la religion (formation et affectation des imams, gestion des mosquées, fermeture des lieux de culte après les prières…) il semble que « le spectre du djihadisme plane toujours sur le pays de Bouteflika. »

    Maroc : l’Islam par les statistiques

    Le Maroc est le seul pays arabes pour lequel nous disposons de statistiques sur les pratiques religieuses des marocains.

    Trois marocains –Mohamed El Ayadi, historien, Hassan Rachik, anthropologue et Mohamed Tozzy, politologue- nous font découvrir un … autre Maroc.

    Ce travail de recherche nous a été présenté par le politologue Mohamed Tozy dans une interview accordée à Hamid Barrada de Jeune Afrique.

    Je vous propose ci-dessous les principaux enseignements de cette enquête :

    * La prière :

    – Les marocains prient massivement. Mais le rapport à la prière est changeant : on prie, on s’arrête, on reprend…

    – Pour prier, la mosquée n’est pas le lieu principal des dévotions.

    – 15 % des marocains n’ont jamais prié, soit environ 2 millions.

    – 16 % seulement des hommes fréquentent les mosquées (2 % pour les femmes).

    – Le Maroc compte 41 755 lieux de culte.

    – 25 % seulement accomplissent à l’heure dite la prière de l’aube. Seuls 5 % d’entre eux se rendent à la mosquée pour le faire.

    – La prière du vendredi ne mobilise régulièrement que la moitié des fidèles, alors que 37 % ne la font jamais.

    * Le jeûne du Ramadan :

    – 60 % considèrent comme non musulmans ceux qui ne font par le ramadan.

    – 82 % sont contrte l’ouverture des cafés et restaurants pendant le ramadan.

    * Les sources d’informations sur la religion :

    – La télévision est la principale source d’information pour 40 % des marocains.

    – 15 % s’informent auprès de leurs parents.

    – 12 % s’informent des livres.

    – 11 % s’informent des mosquées.

    – 2 % s’informent de l’école.

    – Pour les ruraux, ils sont plus de 50 % à déclarer que la mosquée est leur 1ère source d’information.

    * Les écoles ou rites (madhib) de l’islam :

    – 73 % ignorent leur existence.

    – Sur les 24 % qui en connaissent l’existence, 16 % sont capables de les citer.

    – 60 % ne connaissent pas les quatre Califes qui ont succédé au Prophète.

    * Musique, cinéma, mixité et prêts bancaire :

    – 3 % estiment que la musique est illicite (haram).

    – 1 % considère le cinéma haram.

    – Tous les marocains sont favorable à la mixité à l’école mais ils ne sont que 30 % à être favorable pour cette mixité sur les plages.

    – 52 % pensent que le prêt bancaire ne pose aucun problème alors que 13 % seulement le considèrent illicite.

    Que penser des marocains après ces statistiques. Je laisse la réponse à Mr Mohamed Tozy pour lequel « le Marocain n’agit pas en musulman dans toutes les situations. Il fait scrupuleusement ses cinq prières quotidiennes, il contracte un prêt bancaire, il apprécie le bordeaux, il regarde des films et peut même acceptes que sa fille épouse un chrétien ou un juif pour peu que celui-ci respecte les apparences. »

    Vive l’hypocrisie ?!

    « Erreur grossière de jugement ! On confond l’incontournable pragmatisme avec une attitude immorale. Ce n’est pas parce qu’on est profondément croyant qu’on doit s’interdire de prendre des libertés avec les règles et les dogmes ».

    Parfaitement d’accord avec vous Mr Tozy !

    Tous les extraits et citations présents dans cet article sont issus de l’enquête : « Etre musulman au Maghreb » publiée par Jeune Afrique dans son 2498ème numéro.

    Source : Islamiqua, 2008-2009







  • Algérie : Plaidoyer pour la formation d’une armée africaine

    Toutes les interférences et interventions militaires étrangères en Libye et au Mali « ont été des problèmes plus que des solutions » ce qui augure mal de l’avenir de la région, a fait observé l’ancien diplomate algérien, Hocine Meghlaoui, se prononçant ainsi en faveur de la « formation d’une armée africaine » pour parvenir à préserver la paix dans le continent et mieux lutter contre le terrorisme.

    « Au Mali, au Niger et en Libye, il y a beaucoup d’intervenants mais peu de résultats, malheureusement. Alors, est-ce que ce n’est pas le moment d’indigéniser la lutte contre le terrorisme ? Pourquoi ne pas former une armée totalement africaine, bien équipée et bien entrainée ? », a plaidé hier ce chercheur, auteurs de plusieurs ouvrages, sur les ondes de la Chaine 3 de la Radio nationale. « Est-ce que les Maliens ou les Nigériens ne sont pas capables de lutter par eux-mêmes contre le terrorisme ? », s’interroge également Meghlaoui, dont la conviction est fondée sur l’expérience algérienne.

    « L’Algérie a vaincu le terrorisme toute seule. Nous avons été mis pratiquement sous embargo et nous avons réussi à vaincre le terrorisme. C’est aussi la même chose pour la Libye », a-t-il soutenu.

    L’ancien diplomate a plaidé également pour « l’implication » de l’Algérie dans la résolution des conflits des pays de voisinage, dont le rôle recherché n’est pas d’interférer dans les affaires internes de ces pays, mais pour préserver la stabilité de ces pays frontaliers, qui sont sans un impact sur sa stabilité intérieure, estimant aussi que la situation sécuritaire dans ces pays représente une menace pour l’Algérie « dans la mesure où le terrorisme risque de s’étendre au voisinage ».

    « Il s’agit d’enjeux vitaux même pour la sécurité de l’Algérie. L’Algérie doit être impliquée dans ce qui se passe dans la région, pas uniquement en Libye, mais aussi dans tout le Sahel car n’oublions pas le Mali, le Niger, la Mauritanie et le Tchad qui sont aussi des pays frontaliers à nous », a-t-il indiqué. Il juge ainsi que l’Algérie, qui partage plus de 6 000 KM avec ces pays, « ne peut pas rester indifférente ». « Il faut stabiliser ces pays. Mais malheureusement ce qui a été fait jusqu’à présent n’a pas permis de les stabiliser. Il y a trop d’interférences étrangères et aussi trop d’inté- rêts. L’Algérie doit aussi défendre ses intérêts. Et ces derniers priment sur tous autres intérêts car il y a d’abord l’intérêt sécuritaire. Nous devons défendre notre sécurité », a estimé Hocine Meghlaoui.

    « L’Algérie doit jouer un rôle important en Libye »

    Cela explique aussi pourquoi l’Algérie doit jouer un rôle important dans la résolution de la crise libyenne, dont la multiplication des interventions des pays occidentaux de la Turquie a transformé le pays en poudrière. « La Libye est un pays voisin. Nous partageons près d’un millier de kilomètres de frontières. Nous avons des tribus issues de mêmes familles qui sont installées dans les deux côtés des frontières. Nous ne pouvons pas tourner le dos à cette question.

    Il s’agit de questions très compliquées et très délicates, nous devons y aller franchement parce que nous avons le droit en tant que pays voisin d’être impliqués, voire même plus que les autres », a-t-il souligné. Évoquant les échecs des opérations militaires étrangères au Mali dans la préservation de la paix et la stabilité dans ce pays, comme Serval, Barkhane (initiées par l’armée française), Minusma (par les Nations unies) et Takuba (une task force européenne ; française et Estonienne), l’ancien diplomate estime que cela démontre l’ampleur des intérêts économiques et géopolitiques dans la région.

    « Prenons l’exemple de la Turquie. Ça a surpris tout le monde que la Turquie soit en Libye, dernier pays africain de l’empire ottoman. La Turquie a quitté la Libye en 1912. Et la Turquie maintenant confirme cette tendance que les anciens colonisateurs reprennent un peu le pied dans leurs anciennes colonies. Ça on le constate très clairement lorsque on est dans les conférences internationales », a-t-il décortiqué.

    Il a cité aussi que la Turquie a trouvé en la Lybie une extension stratégique, économique, militaire, et maritime, soulignant que les entreprises turques dans ce pays ont un portefeuille de 16 milliards de dollars. « Mieux encore, le gouverneur de la Banque centrale libyenne – celle de Tripoli – est allé à Istanbul et même rencontré le président Erdoğan (…) et fait un dépôt de 8 milliards de dollars à la Banque centrale turc pour 4 ans, sans intérêts et sans frais. Cela a permis d’ailleurs de soulager la livre turc qui est en baisse », a-t-il ajouté.

    Meghlaoui arrive ainsi à la conclusion : « les pays ne bougent pas sans qu’il y ait des intérêts ». Estimant que la diplomatie algérienne est « une diplomatie de paix » dont les principes « sont contenues dans la charte de l’ONU », l’ancien diplomate remarque qu’« il y a très peu d’États qui respectent encore les principes de la diplomatie comme c’est le cas actuellement pour l’Algérie. Je pense qu’il est temps de revoir un petit peu notre diplomatie et faire un bilan sérieux pour voir où nous en sommes et définir les objectifs et les moyens ».
    Hamid Mecheri

    Le Courrier d’Algérie, 12 oct 2020

    Tags : Algérie, Libye, Mali, Turquie, colonisation, colonialisme, exploitation, spoliation, pillage, pétrole, richesses, ressources naturelles, Afrique, Union Africaine,

  • Libye: comment le paysage change après Sarraj

    Des sources locales expliquent à TPI la direction politique que prendra le pays africain après la démission du premier ministre de Tripoli, à la lumière des développements qui ont émergé des dernières discussions tenues au Maroc, en Égypte, en Suisse et en Allemagne.

    La forme que prendra la prochaine phase en Libye dépend de multiples facteurs, qui seront tous sur la table des prochaines négociations prévues pour la mi-mois en Suisse, d’où une série de nouvelles pourraient émerger sur qui gérera le produit du pétrole, principale source de revenus du pays. Alors que les efforts arabes et internationaux pour pousser les parties libyennes à dialoguer et à trouver une solution à la crise s’accélèrent, l’attention se concentre désormais sur les caractéristiques que prendra la prochaine saison politique libyenne, en particulier après la démission annoncée du président du gouvernement. d’accord national (Gna), Fayez al Sarraj, qui entend céder sous peu ses pouvoirs au prochain exécutif.

    A l’issue du deuxième cycle de pourparlers qui s’est tenu récemment à Bouznika, au Maroc, les délégations de la Chambre des représentants de Tobrouk et celle du Conseil d’Etat de Tripoli ont annoncé la conclusion d’une série « d’accords complets » concernant les institutions souveraines+ soulignant comment ces accords visent à l’approbation des institutions constitutionnelles du pays.

    Des sources informées au sein des parties du dialogue libyen, présentes lors des réunions au Maroc, ont reconnu la réalisation de « certains points d’accord lors des deux tours de négociations ». Les mêmes sources ont souligné que les «sept positions souveraines» désormais connues, apparues au cours des négociations, étaient traitées à la fois géographiquement et politiquement entre le Conseil d’État de Tripoli et le Parlement de Tobrouk.

    Selon des sources, les parties libyennes ont convenu que le gouverneur de la banque centrale, où circulent les revenus pétroliers, doit provenir de l’est de la Libye et son adjoint de l’ouest du pays.

    Tout cela alors que les participants à la deuxième Conférence de Berlin sur la Libye, y compris l’Italie, ont appelé à la création d’une zone démilitarisée dans et autour de la ville de Syrte, appelant à un accord de cessez-le-feu permanent.

    Les personnes présentes à la réunion interministérielle sur la Libye qui s’est tenue en marge de la 75e session de l’Assemblée générale des Nations Unies ont réaffirmé leur engagement à mettre en œuvre ce qui a émergé de la première Conférence de Berlin, en soulignant l’importance de la production et de l’exportation de pétrole. En outre, alors que la trêve semble tenir, les participants aux pourparlers ont appelé au lancement d’un processus politique mondial dans lequel toutes les composantes libyennes sont représentées dans le cadre des négociations de Berlin.

    Il convient également de rappeler qu’au début du mois dernier, les consultations entre les parties libyennes à Montreux, en Suisse, ont ouvert la voie à de nouveaux progrès, avec la conclusion d’un accord sur la tenue de nouvelles élections dans les 18 mois. Fin septembre, des négociations ont également commencé à Hurghada, en Égypte, entre les représentants militaires de l’Armée nationale libyenne (ANL), dirigée par le général Khalifa Haftar, et le gouvernement d’accord national (GNA) de Tripoli, ouvrant la voie. à un cessez-le-feu permanent.

    Maintenant, après les négociations tenues à Bouznika, Hurghada, Berlin et Montreux, l’ONU et toute la communauté internationale parient sur la reprise du « Dialogue de Genève » entre les parties libyennes, qui devrait avoir lieu au milieu de ce mois. Parallèlement, divers rapports médiatiques évoquent un éventuel déménagement du siège des pourparlers sur l’île de Djerba, en Tunisie, pour des raisons logistiques.

    Cette rencontre vise à parvenir à une série de nouveaux accords concernant la forme que prendront les nouvelles autorités libyennes. En fait, une négociation est prévue sur la séparation de l’exécutif du Conseil présidentiel, réduisant les membres de cet organe de 9 à 3 membres seulement.

    Fathi al Marimi, conseiller du parlement libyen de Tobrouk, a révélé à TPI les caractéristiques de la phase politique post-Sarraj en Libye, soulignant comment les participants à la session de dialogue entre les parties libyennes à Genève discuteront de la formation d’un nouveau conseil présidentiel composé de un président et deux députés et un gouvernement dirigé par un premier ministre et deux vice-premières, négociant également un accord sur diverses autres questions afin de consolider la stabilité dans le pays.

    Le Comité de dialogue, qui représente le parlement libyen, et un autre organe similaire au nom du Conseil suprême d’État, ainsi que certaines personnalités choisies par la Mission d’appui des Nations Unies, participeront à cette réunion, a ajouté le conseiller du parlement libyen. en Libye (Unsmil). « Comme prévu, cette réunion sera décisive pour le choix d’un nouveau conseil présidentiel composé d’un président et de deux députés et d’un gouvernement dirigé par un Premier ministre et deux vice-premières », a révélé Al Marimi.

    Par ailleurs, le politicien libyen a expliqué que le nouveau Premier ministre, après avoir formé son propre gouvernement, devra alors le présenter au parlement. «Le parlement n’a qu’une seule session disponible pour approuver le nouvel exécutif. Au cas où la Chambre ne l’approuverait pas, des discussions se tiendront à nouveau au sein du Comité de dialogue pour réunifier les institutions libyennes et mettre fin à la crise dans le pays, notamment les coupures d’électricité, le manque de liquidités et les prix trop élevés pour produits alimentaires et pharmaceutiques « .

    Al Marimi a souligné que l’objectif des pourparlers consistait, après tout, à adopter les dispositions nécessaires en vue des prochaines élections présidentielles et législatives pour parvenir à la stabilisation du pays.

    Selon le conseiller du parlement libyen, à l’issue de ce processus, la phase de réconciliation entre les Libyens devrait commencer, avec divers accords contraignants visant à consolider la stabilité, conduisant « à la consolidation des institutions et à l’état de droit, afin de mettre un terme à la crise et ramener la Libye dans les pays qui jouent un rôle important dans le respect de la Charte des Nations Unies et au sein de la Ligue arabe et de l’Union africaine ».

    Pour sa part, Ahmed Lenki, membre du Conseil d’État libyen, a déclaré que ce qui avait été convenu entre la Chambre des représentants de Tobrouk et le Conseil d’État de Tripoli à Bouznika constituait une étape très importante pour la réunification des institutions de l’État.

    Dans une déclaration à la presse, l’homme politique libyen a ajouté que les réunions à Genève seront très importantes car elles auront pour objectif de réunir les institutions de l’État et de revoir la composition du Conseil présidentiel dans un format composé d’un président et de deux députés. , confiant la création d’un gouvernement distinct du Conseil à une figure d’importance nationale.

    Source : tpi.it, 8 oct 2020

    Tags : Libye, Al Sarraj, GNA, Haftar, Tripoli, Benghazi, pétrole, 

  • ONU : En réponse aux questions sur les accords conclus sur la Libye

    En réponse aux questions sur les accords conclus entre les parties libyennes au Maroc, le porte-parole a déclaré:

    Nous nous félicitons des accords conclus entre les membres de la Chambre des représentants libyenne et le Haut Conseil d’État à Bouznika, au Maroc, concernant les exigences et le mécanisme de nomination des postes souverains conformément à l’Accord politique libyen.

    Nous apprécions tous les efforts visant à rassembler les Libyens pour aborder d’éventuelles questions litigieuses, y compris ces pourparlers au Maroc ainsi que les pourparlers qui ont eu lieu en Suisse (à Montreux) et en Égypte (au Caire et à Hurghada).

    Nous pensons que tous ces efforts ouvrent la voie à la convocation du Forum de dialogue politique libyen facilité par la MANUL, que nous prévoyons de tenir dans les semaines à venir.

    Source : ONU, 7 oct 2020 (traduction non officielle)

    Tags : Libye, Maroc, Egypte, Bouznika, Hurghada, MANUL, ONU, négociations,

  • Berlin : Visioconférence sur le crise libyenne

    ELLE SE TIENT À DISTANCE : Conférence ministérielle à Berlin sur la crise libyenne

    La conférence ministérielle de Berlin sur la Libye s’est tenue hier par visioconférence avec la participation des pays présents lors de la première conférence. La visioconférence de haut niveau qui se tient en marge de la 75e session de l’Assemblée générale des Nations unies sous la conduite du ministre des Affaires étrangères allemand, Heiko Maas, et le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, verra la participation de l’ensemble des pays ayant pris part à la conférence de Berlin 1 , dont l’Algérie. La réunion, comme l’a confirmé Günter Sautter, ambassadeur adjoint de l’Allemagne à l’ONU, vient à un « moment crucial », alors que « des développements encourageants en Libye » ont été constatés notamment lors de la rencontre de Montreux en Suisse.

    L’Allemagne qui a souhaité avec la tenue de cette conférence lancer un « message fort », a indiqué qu’elle allait demander que « tous renouvellent leurs engagements pris en début d’année et surtout les appliquer ». À New York, Berlin a dit espérer « la cessation des violations continues et flagrantes de l’embargo sur les armes », imposé à la Libye en 2011, ainsi que le renforcement du rôle de l’ONU comme « médiateur clé du dialogue politique en Libye. Plusieurs pays africains ont demandé au SG de l’ONU de désigner sans plus tarder un nouvel émissaire pour concrétiser les contacts et le dialogue sur le terrain. Ils ont souhaité que cet émissaire soit un Africain.

    La conférence de Berlin devait donner lieu à l’évaluation du respect par les parties prenantes à la crise libyenne des engagements à mettre en œuvre des conclusions de la première Conférence de Berlin, entérinées par le Conseil de sécurité. La Conférence de Berlin 1 – qui s’est tenue avec la participation de 12 pays, dont l’Algérie, et de 4 organisations internationales et régionales – a abouti à une déclaration finale à travers laquelle un appel a été lancé pour renforcer la trêve en Libye et travailler de manière constructive dans le cadre de la commission militaire mixte (5 + 5), pour parvenir à un cessez-le-feu dans le pays.

    Les parties se sont engagées, en outre, à la cessation des attaques contre les installations pétrolières, la formation de forces militaires libyennes unifiées et l’interdiction de fournir des armes à la Libye. La tenue de cette visionconférence intervient quelques jours après les consultations interlibyennes, tenues du 7 au 9 septembre derniers à Montreux, en Suisse, qui ont favorisé la reprise du dialogue politique facilité par l’ONU, ouvrant ainsi la voie à la phase de « solution globale ».

    Les belligérants libyens ont pu mettre de côté leurs différends et leurs désaccords de longue date au profit d’une solution interlibyenne, portant notamment sur la considération d’une « phase préparatoire » au règlement général de la crise. Ils ont convenu, de considérer la « phase préparatoire à une solution globale » comme un délai pour préparer les conditions appropriées pour la tenue des élections législatives et présidentielles dans un délai ne dépassant pas 18 mois, et sur la base d’une disposition constitutionnelle convenue.

    À la suite de la réunion de Montreux, le président du Conseil présidentiel du Gouvernement d’union nationale (GNA) libyen Fayez al-Sarraj a annoncé être prêt à quitter ses fonctions au plus tard fin octobre pour céder la place à un nouvel exécutif issu de pourparlers interlibyens visant à parvenir à une issue politique à la crise que connaît le pays depuis dix ans.

    Depuis le début de la crise, l’Algérie s’est engagée dans une démarche politique pour résoudre le conflit en Libye, qui repose principalement sur le respect de la souveraineté des États et le rejet de l’ingérence dans leurs affaires intérieures, en accordant la priorité aux solutions pacifiques et aux options diplomatiques.

    À cet égard, le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, lors de sa participation aux travaux de la Conférence de Berlin 1, a appelé la communauté internationale à « assumer ses responsabilités en imposant le respect de la paix et de la sécurité en Libye, que l’Algérie refuse de porter atteinte à son unité nationale et à la souveraineté de ses institutions ». Il a également souligné la nécessité d’élaborer une « feuille de route claire qui comprend la stabilisation de la trêve et la cessation de l’approvisionnement des parties libyennes en armes pour éloigner le spectre de la guerre de toute la région, et d’inviter les parties libyennes à la table des négociations pour résoudre la crise par le dialogue et par des moyens pacifiques ».

    En mai 2014, l’Algérie a lancé la mise en place du mécanisme des pays voisins de la Libye, qui a tenu sa première réunion en Algérie, et en mars 2015, elle a accueilli plusieurs cycles de dialogue entre les dirigeants des partis politiques libyens dans le cadre du dialogue supervisé par les Nations unies.

    La dernière réunion du Mécanisme des pays voisins libyens s’est tenue le 23 janvier et depuis, l’Algérie a poursuivi ses efforts pour aider les Libyens à surmonter la crise qui frappe leur pays. Elle compte continuer son action diplomatique pour que la paix et la stabilité reviennent dans ce pays voisin.
    M. Bendib
    Le Courrier d’Algérie, 6 oct 2020

    Tags : Libye, Conférence, de Berlin, Hafatar, GNA, Tripoli, Benghazi, 

     

     

  • Libye, accord sur la sélection de ceux qui occuperont des postes souverains

    Du Maroc vient une nouvelle étape vers la fin de la guerre civile en Libye. HCS et HoR sont parvenus à un accord sur les critères de sélection de ceux qui occuperont des postes souverains élevés. On regarde avant tout le nouveau CP (président de Tripolitaine et député de Cyrénaïque et Fezzan)

    Du Maroc vient une nouvelle étape vers la fin de la guerre civile en Libye. Le Haut Conseil d’État (HCS) et la Chambre des représentants (CHR) de Bouznika sont parvenus à un accord sur les critères de sélection des personnes qui occuperont des postes souverains élevés, comme l’exige l’article 15 de l’accord de Skhirat. L’équipe a été retrouvée à l’issue du second round de négociations informelles, préparatoires aux formelles entre le GNA de Fayez Sarraj et les émissaires de l’Est et Khalifa Haftar, qui devraient se tenir en octobre à Genève. En pratique, dans les critères de sélection des nouveaux dirigeants, les deux organes se consulteront et établiront ensemble les noms. Selon des sources locales, le Conseil présidentiel (CP) devrait être composé de trois noms: un président et deux députés. Au moins dans un premier temps, le premier sera exprimé de Tripoli, tandis que les deux autres de Cyrénaïque et du Fezzan. Le nouveau CP devra amener le pays africain au vote.

    Pendant ce temps, l’Allemagne cherche à consolider la trêve Sarraj-Haftar et les résultats obtenus à Bouznika et Hurghada avant les négociations de Genève

    Pendant ce temps, l’Allemagne cherche à renforcer son rôle de médiateur sur la Libye après la conférence de Berlin. Le représentant permanent de l’Allemagne auprès de l’ONU, Gunter Sautter, a annoncé qu’une réunion ministérielle de haut niveau sur le pays africain se tiendra aujourd’hui. L’accent sera mis sur quatre points: encourager les participants à confirmer leur attachement aux résultats de la conférence de Berlin, accélérer les efforts pour un cessez-le-feu durable entre Sarraj et Haftar, renforcer les efforts pour se conformer à l’embargo sur les armes et soutenir les efforts des Nations Unies dans le processus politique. Surtout au vu du tour de Genève et des bons résultats obtenus tant à Bouznika qu’à Hurghada.

    Source : Difese e Sicirezza

    Tags : Libye, Maroc, Bouznika, GNA, Conseil Présidentiel, porte-feuilles souverains, Hurghada, Al Sarraj, Haftar, Allemagne, Berlin, 

  • L’envoyé de l’ONU en Libye salue le «développement positif» des pourparlers d’Hurghada

    La représentante spéciale de l’ONU pour la Libye, Stephanie Williams, a salué dimanche le «développement positif» observé lors des pourparlers entre les parties en guerre dans la ville balnéaire de la mer Rouge à Hurghada.

    Williams, s’adressant à Asharq Al-Awsat, a souligné que la confiance s’établissait entre les délégations libyennes à Hurghada, espérant que les négociations se termineraient par «un accord de cessez-le-feu permanent».

    Elle a noté que l’accord de cessez-le-feu, conclu en août, entre le chef du gouvernement d’accord national (GNA) basé à Tripoli, Fayez Al-Sarraj et la présidente de la Chambre des représentants basée à Tobrouk, Aguila Saleh, a conduit les Libyens eux-mêmes à suggérer de tenir des pourparlers en Egypte.

    Les discussions précédentes à Hurghada – qui ont eu lieu fin septembre – ont vu un accord entre les parties libyennes pour travailler à la libération de tous les prisonniers et protéger les installations pétrolières et gazières de l’État nord-africain pour reprendre complètement les activités de production et d’exportation.

    Williams a ajouté que la plupart des parties libyennes sont «maintenant plus convaincues que jamais que la solution au conflit doit être« politique »», soulignant que l’intervention militaire et l’imposition de blocus sur les ressources naturelles n’ont pas abouti à des résultats positifs.

    «Il ne reste aux Libyens qu’une solution politique pour résoudre leurs désaccords et leurs divisions. Construire un État qui inclut tout le monde et permet aux gens de vivre dignement », a souligné Williams.

    La Libye est divisée entre deux autorités à Tripoli et à Tobrouk depuis six ans. Alors que le GNA est basé à Tripoli, la capitale, l’Armée nationale libyenne (ANL) de Khalifa Haftar contrôle l’est et est alliée à la Chambre des représentants basée à Tobrouk.

    La LNA est soutenue par l’Égypte, les Émirats arabes unis, la France et la Russie; tandis que le GNA est soutenu par la Turquie, le Qatar et des milliers de mercenaires syriens.

    Le 22 août, les deux parties au conflit ont déclaré un cessez-le-feu qui a mis fin aux craintes d’une éventuelle agression du GNA contre la ville portuaire de Syrte, à 370 kilomètres à l’est de la capitale Tripoli et Jufra, qui possède une importante base aérienne militaire.

    Le chef du GNA, Al-Sarraj, a annoncé sur Facebook qu’il « avait donné des instructions à toutes les forces militaires pour qu’elles cessent immédiatement le feu et les opérations de combat dans tous les territoires libyens ».

    Saleh a annoncé un cessez-le-feu qui a été salué par les dirigeants mondiaux. Les deux parties en guerre ont convenu de tenir des élections en mars 2021.

    Les pourparlers à Hurghada font suite à une série de diplomaties antérieures dans la ville côtière marocaine de Bouznika, au sud de la capitale Rabat, le mois dernier. À Bouznika, les deux parties se sont entendues sur les «critères, mécanismes transparents et objectifs» pour les postes de pouvoir clés.

    Après les pourparlers du Maroc, Williams a appelé la « communauté internationale à assumer ses responsabilités pour soutenir ce processus et à respecter sans équivoque le droit souverain du peuple libyen à déterminer son avenir ».

    Source : Ahram ONline, 4 oct 2020

    Tags : Libye, Egypte, GNA, Tripoli, Benghazi, Turquie, Stephanie Williams, ONU, UNO, 

  • Conflit en Libye – Haftar : une guerre par procuration

    par Ghania Oukazi


    Prises de court par la décision du maréchal Haftar de rejeter l’accord de Skhirat et de s’introniser en «chef unique du peuple libyen», l’Algérie, l’ONU et la Ligue arabe ont rappelé la nécessité de mettre fin à la guerre en Libye.

    Lundi dernier, le maréchal Khalifa Haftar a annoncé son retrait de l’accord politique de Skhirat (Maroc) et s’est déclaré représentant unique du peuple libyen. «J’ai accepté la volonté populaire et son mandat pour assumer cette mission historique et dans ces circonstances exceptionnelles malgré la lourdeur de la tâche et l’ampleur de la responsabilité, nous nous soumettons aux souhaits du peuple afin de mettre un terme à l’accord politique. Désormais il fait partie du passé conformément à une décision du peuple libyen, la seule source du pouvoir(…)», a-t-il dit dans un discours diffusé sur un de ses supports médiatiques. Le président du GNA (Gouvernement d’union nationale), Fayez Essaraj, a considéré la sortie de son ennemi conjoncturel comme une «farce et un nouveau coup d’Etat qui s’ajoute à une série d’autres ayant commencé il y a des années».

    Pour en être une «escalade des positions entre les parties en conflit» comme l’a dit l’Algérie, c’en est une -nouvelle- qui vient agiter encore un échiquier jusque-là maintenu précairement contre toutes les tentatives extérieures de son éclatement en faveur d’une partie ou d’une autre, le GNA de Fayez Esseraj ou l’ANL de Khalifa Haftar. Ce dernier a préféré le fait accompli en déclarant sa suprématie sur un pays fortement secoué par de dramatiques ingérences étrangères.

    «L’Algérie suit avec une grande préoccupation les derniers développements (…)», rapportait jeudi un communiqué du ministère des Affaires étrangères. Le même jour, dans une conférence de presse tenue à distance par le porte-parole de son secrétaire général, l’ONU s’est dit «très inquiète et préoccupée par la situation en Libye» et note que «l’accord politique libyen est l’unique cadre international reconnaissant la situation actuelle dans le pays».

    Ces ingérences qui alimentent les conflits

    Mercredi dernier, c’est le secrétaire général de la Ligue arabe qui a rejeté «toute action militaire visant à ramener la paix et la stabilité dans ce pays en proie à la guerre depuis neuf ans» et a appelé à une trêve humanitaire «notamment pendant le mois sacré du Ramadan». Et la considérant comme «source qui alimente les conflits», Aboul-Gheit a dénoncé «toute intervention militaire étrangère violant les lois internationales».

    Des rappels s’imposent. L’accord de Skhirat a été conclu le 17 décembre 2015 sous l’égide de l’ONU après plusieurs rounds de négociations entre les différentes parties libyennes et a porté sur la mise en place d’un gouvernement d’union nationale (GNA) libyen basé à Tripoli. Reconnu par la communauté internationale comme seul représentant légitime du peuple libyen mais pas par le parlement de Tobrouk (Est du pays), le GNA que préside Fayez Essaraj repousse depuis le 5 avril 2019 une offensive guerrière menée par le maréchal Haftar pour prendre la capitale et les régions qu’il n’a pas encore conquises. Il est vrai que Haftar essuie depuis de longs mois des revers cinglants notamment depuis que les forces militaires turques ont pris position en Libye. Mais faut-il rappeler surtout que ce sont certains pays issus de la communauté internationale et d’autres arabes qui depuis quelques années font en sorte d’opposer Haftar. C’est depuis l’assassinat du colonel Maamar Kadhafi en 2011 par les services français sous les pressions de Sarkozy alors président de la République, que la Libye vit les plus dures années de déchirement de son histoire.

    En septembre 2018, Haftar a lâché, sous prétexte qu’il y a eu des incursions militaires algériennes en Libye, que «lorsque nous avons découvert cela, j’ai envoyé le général Abdelkrim en Algérie pour expliquer que ce qui avait été fait n’était pas fraternel. Nous pouvons transférer la guerre de l’est à l’ouest en peu de temps».

    Des enjeux complexes et compliqués pour l’Algérie

    Bien que préoccupés par la pandémie du Covid-19, les pays aux ingérences interminables en Libye continuent ainsi d’attiser le feu entre les antagonistes libyens aux fins de préserver leurs intérêts et de perturber toute une région où l’Algérie trône sur deux millions de m2 et protège militairement ses frontières avec la Libye longues de près de 1000 km. Les enjeux, complexes et compliqués qu’ils sont, devraient pourtant l’obliger à revoir un grand nombre de ses principes entre autres fondamentaux sur lesquels elle a tenté de construire son Etat social conformément à la lettre de Novembre. Il ne devrait plus être question pour elle de se contenter de condamner, dénoncer ou rappeler des résolutions onusiennes ignorées par ceux-là mêmes des membres du Conseil de sécurité qui lui votent. La Palestine occupée en est un exemple frappant de l’impuissance de l’ONU à préserver le monde de la folie de va-t-en-guerre à la tête d’Etats voyous et criminels. C’est une guerre de position dans laquelle l’Algérie se doit de se mettre en faction effective pour se protéger contre toute tentative de déstabilisation de ses territoires.

    En décembre 2019, Tebboune réunissait le Haut Conseil de sécurité pour, entre autres, «examiner la situation au Mali et en Libye». A cette occasion, il a évoqué «une batterie de mesures à prendre pour la protection de nos frontières et notre territoire national et la redynamisation du rôle de l’Algérie au plan international, particulièrement en ce qui concerne ces deux dossiers, et de manière générale dans le Sahel, la région saharienne et l’Afrique». Le président de la République a eu aussi à affirmer que «rien ne se fera en Libye sans l’Algérie ni contre l’Algérie». Qualifiés de «fermes», les propos du chef de l’Etat devraient augurer d’une redéfinition de la stratégie nationale militaire en fonction des lourdes menaces qui pèsent sur la région. Menaces qui devraient pousser Tebboune jusqu’à même reformuler des principes constitutionnels jusque-là considérés comme immuables pour que l’Algérie puisse se défendre. Ceci, parce que le monde de l’après Covid-19 ne sera pas moins provocateur ni moins destructeur de ce qu’il en a été à ce jour, régenté qu’il est par ceux qui se sont érigés en «communauté internationale» et dont les intérêts ne s’accommodent ni de stabilité ni de paix.

    Le Quotidien d’Oran, 2 mai 2020

    Tags : Libye, Haftar, Egypte, Emirats Arabes Unis, Algérie, Turquie,

  • Voilà pourquoi Ramtane Lamamra ne sera pas l’envoyé spécial de l’ONU en Libye

    De nombreux observateurs pensaient que cette fois c’est la bonne. Le diplomate algérien, Ramtane Lamamra, qui allie compétence, entregent et expérience sera nommé en tant qu’Envoyé spécial du Secrétaire Général de l’Organisation des Nations unies (ONU) en remplacement du libanais Ghassan Salamé, démissionnaire le 2 mars dernier.

    Mais ces qualités intrinsèques ne suffisent pour un poste aussi stratégique aux yeux des grandes puissances.

    Et si l’ex Haut Commissaire à la Paix et la Sécurité en Afrique a pu faire consensus aux yeux de 14 membres du Conseil de sécurité, la voix du 15ème semble impossible à avoir. En l’occurrence les Etats Unis qui auraient brandi le carton rouge face à la puissante candidature de l’algérien en y apposant leur droit de veto.

    C’est du moins ce que rapporte le site américain «The Hill», à savoir que l’administration de Donald Trump verrait d’un mauvais œil la nomination de Ramtane Lamamra pour faire la paix en Libye. Non pas qu’elle doute de ses compétences connues et reconnues au niveau international, mais qu’elle ne partage pas sa vision et son «k’now how» du bourbier libyen.

    En effet, et à y regarder de près, c’est plutôt l’adoubement du diplomate algérien par l’Oncle Sam qui aurait étonné compte tenu de son pedigree et surtout de son approche politique pour le règlement de la crise libyenne.

    Une approche qui contraste radicalement avec la feuille de route américaine dont la finalité est d’aboutir à l’installation -au sens propre du terme- de son poulain le Maréchal Khalifa Haftar à la tête de la future Libye.

    Il se susurre en effet que les américains n’apprécient pas la «proximité» de Ramtane Lamamra avec le gouvernement de Faiz Seraj pourtant reconnu par la communauté internationale.

    Al-Sissi-Haftar, même combat

    Ce dernier ayant été reçu plusieurs fois en Algérie du temps précisément où Lamamra était le chef de la diplomatie algérienne et cela continue à ce jour.

    A vrai dire, la solution à la crise libyenne telle qu’elle est exprimée et défendue par Lamamra ne fait que traduire la doctrine algérienne en la matière qui privilégie la solution politique passant par un dialogue inclusif. Or, cette approche contredit totalement celle des américains pour qui toute solution impulsée par l’ONU –via l’Envoyé Spécial de son SG- et portant son étendard, ne devrait aboutir qu’à la concrétisation de leur plan qui consiste à «placer» son maréchal.

    Du coup, les chances de voir Ramtane Lamamra succéder à Ghassan Salamé paraissent bien maigres du fait que son action serait en porte à faux avec la stratégie des USA en Libye et plus généralement dans toute la région.

    Les Emirats ne sont jamais loin

    Bien que ses intérêts ne soient pas directement menacés, Washington est soucieux de défendre ceux de ses alliés dans la région. A commencer par l’Egypte du Maréchal Al-Sissi qui appuie avec armes et bagages son alter ego et voisin Khalifa Haftar.

    Le Caire appuie diplomatiquement la «solution politique» dans les enceintes arabes et africaines. Mais dans la réalité, le régime égyptien assure un puissant soutien politique et militaire aux forces de Haftar. Et comme dans n’importe quel conflit dans la sphère arabo-musulmane, les Emiratis ne sont jamais loin.

    Pour avoir été les hommes de main et les «banquiers» de la terrible expédition atlantiste contre le régime de Kadhafi en 2011, les «frères» du Golfe, voudraient eux aussi voir Khalifa Haftar prendre le pouvoir à Tripoli, pour d’un côté, s’assurer une quote-part des marchés de la future reconstruction de la Libye, et de l’autre, installer ses réseaux dans ce pays, pour tirer les ficelles à l’avenir.

    Les Emirats sont réputés êtres une force de déstabilisation massive des pays arabes sur laquelle s’appuient les américains pour reconfigurer les équilibres géopolitiques en fonction de leurs intérêts.

    De par sa situation stratégique au Maghreb et en Afrique, mais aussi ses matières premières, la Libye parait être un terrain de grande chasse pour les Emirats et leurs sponsors américains.

    Pourquoi se feraient-ils donc violence et saboteraient-ils leurs propres plans en appuyant la candidature de Ramtane Lamamra qu’ils savent ingérable et bien sur trop marqué «Algérien» ?

    Algérie1, 9 avr 2020

    Tags : Algérie, Libye, Ramtane Lamamra,

  • France-Mali-Sahel: Ingérence

    » Personne ne viendra rappeler que le Mali, et tout le Sahel, ont basculé dans le chaos, et sont devenus la proie des terroristes et des trafiquants d’armes et de drogue, parce que la France de Sarkozy avait décidé un jour qu’il fallait éliminer Kadhafi, ouvrant au passage la boite de Pandore « .

    Par Mohamed Abdoun 

    Alire certains médias hexagonaux, on se surprend à » confirmer » que l’Afrique, une bonne partie du berceau du monde du moins, est toujours sous domination française. Que l’on en juge plutôt. Lundi passé, le président Ibrahim Boubacar Keita annonçait l’existence d’un dialogue avec Amadou Koufa le chef de la katiba Macina, et Iyad Ag Ghali, qui dirige le GSIM. Ces deux milices armées sont classées dans la case des islamistes, pour ne pas dire des terroristes.

    Mieux, ces derniers sont même qualifiés de » mauvais « . Car, ne l’oublions pas, il existe aussi de » bons terroristes » aux yeux de Paris. Paris a en effet soutenu, armé et financé de sanguinaires criminels, oeuvrant à massacrer le peuple syrien, pour la simple et crinelle raison que ces derniers sont également en guerre contre le président Bashar al-Assad. Ainsi, depuis l’annonce par IBK de ces contacts, les médias spéculaient ferme sur la réaction des » patrons français « .

    Macron laissera-t-il faire, ou bien rappellera- t-il à l’ordre son homologue malien, quitte à le » congédier » si le besoin s’en faisant sentir » impérieusement « . Mais, finalement, la peur-panique aura été de courte durée. Paris ne » sévira » pas. Pas de manière officielle du moins.

    Dans un communiqué, le Quai d’Orsay estime en effet que les » initiatives » prises par le président malien le sont dans le cadre » des recommandations du dialogue national inclusif « . Sic ! Et le ministère français des Affaires étrangères de juger que » l’action collective au Sahel est multidimensionnelle » et qu’ » au-delà de l’aspect sécuritaire, l’accent doit être mis sur les questions de stabilisation, de développement et de réconciliation « .

    Mine de rien, une pareille déclaration, n’était son hypocrisie manifeste, nous ramènerait directement l’accord d’Alger, celui-là même Bamako n’a jamais réussi à mettre en application à cause des multiples entraves » déployées » par la France. Celle-ci, dans sa bien curieuse réaction, ne laisse pas de rappeler, hypocritement aussi, » que la France combat les groupes armés terroristes au Sahel à la demande des États de la région et notamment du Mali « . Sous-entendu : si Bamako négocie avec ces deux chefs jihadistes, ce n’est pas le cas de Paris. Cette manière de couper la poire en deux, de botter en touche en quelque sorte, place IBK dos au mur.

    En cas d’échec de cette initiative, il en assumera seul les conséquences. Personne ne viendra rappeler que le Mali, et tout le Sahel, ont basculé dans le chaos, et sont devenus la proie des terroristes et des trafiquants d’armes et de drogue, parce que la France de Sarkozy avait décidé un jour qu’il fallait éliminer Kadhafi, ouvrant au passage la boite de Pandore. Le sort en est jeté à présent. Les terroristes, très à leur aise dans cette région, jusqu’à tenter des incursions sur notre territoire à nous, font face à des régimes affaiblis et incapables de faire face avec la fermeté et l’efficacité voulues.

    En résumé, la lutte contre le terrorisme, si elle veut se rendre efficace, dont être accompagnée par un développement harmonieux de cette région et, partant, une émancipation totale vis-à-vis de la France. Les chefs d’Etats de la bande sahélo-saharienne auront-ils le courage de franchir ce pas salvateur ?

    M. A.

    La Tribune des Lecteurs, 16 fév 2020

    Tags : Mali, France, françafrique, colonisation, Libye, Kadhafi,