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  • Maroc : La transparence s’arrête aux portes des casernes

    Ceux qui espéraient encore un sursaut d’honneur de la part dugouvernement Benkirane en matière de lutte contre la corruption et larente doivent définitivement déchanter ! Et pour cause, M. Benkirane avaitsigné au mois de janvier dernier un décret exemptant l’armée de rendrecompte de la gestion de ses marchés publics. La raison avancée à cetteexception est bien évidemment le secret défense. Mais, peut-on secontenter d’une telle justification ?
    Certes, certaines activités de la défense nationale sont sensibles, mais toutes ne sont pas secrètes. Le budget de la défense nationale contient des dépenses courantes, mais également des dépenses liées àl’acquisition d’équipement et de matériel militaire. Si l’on peut admettre, sous réserve de contrôle a posteriori, que l’achat des armes puisse se faire discrètement, les autres dépenses courantes n’ont riende secret, notamment tout ce qui concerne le recrutement, les fournitures, les travaux, les infrastructures, etc.
    Par conséquent, cette exemption trouve son origine dans le deal historique établi entre la monarchie etl’armée. En effet, suite aux deux putschs ratés de 1971 et 1972, le défunt Hassan II avait jugé opportund’amadouer ses officiers, surtout les hauts gradés, pour s’assurer leur loyauté. Il déclara à l’époque auxmilitaires : « Si j’ai un bon conseil à vous donner, c’est dorénavant de faire de l’argent et de vous éloignerde la politique ».Autrement dit, soyezloyaux et vous pourrez en tirer profit. Ce faisant, Hassan II ainstitutionnalisé l’immunité et, partant, l’impunité des militaires. Dès lors, le vote de ce nouveau décrets’inscrit dans la continuité de préservation des privilèges de la haute classe militaire.
    Ce décret n’est pas justifié. D’abord, du point de vue constitutionnel, il va à l’encontre des consignes de la nouvelle constitution voulant promouvoir la responsabilité et la reddition des comptes. Car, Avec cenouveau décret, la défense nationale n’est pas obligée de rendre compte ni de la préparation, ni de lapassation et encore moins de l’exécution des marchés. De fait, elle échappe complètement au contrôledes parlementaires censés veiller sur l’argent du contribuable.
    Dans le même ordre d’idées, ce nouveau décret renvoie aux calendes grecques la lutte contre la corruption et l’économie de rente exigée par la nouvelle constitution. En affranchissant la défensenationale de l’obligation de transparence et de reddition des comptes, Benkirane prouve qu’il est bel etbien dans le « deux poids, deux mesures ». Surtout que la corruption et le comportement rentier d’unepartie de la haute classe militaire a été déjà mis en évidence, notamment par les câbles de Wikileaks en 2010. Du détournement de fonds publics à l’exploitation de ressources halieutiques, en passant par les commissions sur les contrats militaires, certains généraux n’ont pas hésité à profiter de leur pouvoir,particulièrement ceux en charge des provinces du sud.
    Ensuite, sur le plan économique, il est tout simplement surréaliste de ne pas contrôler une administrationdont les dépenses accaparent près de 16% du budget de l’État et absorbent 5% du PIB. C’est d’autantplus inacceptable que les finances publiques souffrent ces temps-ci. Ainsi, suite à ce nouveau décret, cesont 5,35 milliards de dirhams, alloués par le budget 2013 à la défense nationale pour le matériel et lesinvestissements, qui ne seront ni audités, ni contrôlés, et dont l’usage ne sera pas conditionné par le respect des dispositions régissant les appels d’offres et les marchés publics.
    Enfin, même sur le plan militaire, ce décret n’est pas justifié car contreproductif. Désormais, la réputationd’une armée ne se construit plus uniquement sur la base de son effectif, mais sur la base de son expertise et surtout la qualité de son équipement. Or, en soustrayant les dépenses courantes au contrôle,soit près des deux tiers du budget de la défense nationale, ce nouveau décret empêche leurrationalisation, et par la même occasion, empêche la modernisation et la professionnalisation de l’arméemarocaine. Puisque la mauvaise gestion et les gaspillages seront toujours payés au prix d’une ponctionsur le budget destiné à l’investissement en équipement et matériel militaire.
    D’où la nécessité d’ouvrir davantage la défense nationale sur son environnement, et de la soumettre, à undegré certain qui respecte réellement le secret défense, au contrôle du parlement et à la tutelle réelle dugouvernement. Quant à la lutte contre la corruption et l’économie de rente, les marocains l’on biencompris il y a longtemps : le gouvernement Benkirane a déjà déposé les armes avant de commencer la guerre.
    Hicham El Moussaoui est maître de conférences à l’université de Beni Mellal et analyste sur www.LibreAfrique.org. Le 26 juin 2013.
  • L’ONU demande « des mesures indépendantes et crédibles » pour protéger les droits de l’homme

    Le Conseil de Sécurité vient d’adopter la résolution autorisant le prolongement pour un an du mandat de la Minurso. Il souligne la nécessité de « mesures indépendantes et crédibles » pour protéger les droits de l’homme mais ne prévoit aucun mécanisme international au Sahara et à Tindouf.
    Le Conseil de Sécurité a adopté ce jeudi à New York une résolution autorisant le prolongement pour une année du mandat de la Minurso («Mission des Nations-Unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental»). Le texte final est quasiment le même que l’année dernière, appelant les deux parties à poursuivre leurs efforts en vue de «parvenir à une solution politique juste, durable et mutuellement acceptable qui pourvoie à l’autodétermination du peuple du Sahara occidental dans le cadre d’arrangements conformes aux buts et principes énoncés dans la Charte des Nations Unies».
    Au Maroc, cette résolution est perçue comme une « victoire ». Un communiqué lu par le porte-parole du Cabinet royal, Abdelhak Lamrini, indique que « Le Royaume du Maroc prend note avec satisfaction de cette résolution qui confirme, avec vigueur, les paramètres incontournables de la solution politique, préserve fortement les perspectives d’une relance prometteuse des négociations et clarifie, de manière précise et définitive, le cadre de traitement des autres aspects de ce différend régional. »
    « Mettre au point et appliquer des mesures crédibles et indépendantes »
    Concernant les droits de l’homme, objet des négociations ces derniers jours, la résolution du Conseil de Sécurité souligne « qu’il importe d’améliorer la situation des droits de l’homme au Sahara occidental et dans les camps de Tindouf ». Comme l’année dernière, le Conseil juge que ces droits ne sont pas respectés. Il engage « les parties à collaborer avec la communauté internationale pour mettre au point et appliquer des mesures indépendantes et crédibles qui garantissent le plein respect des droits de l’homme, en gardant à l’esprit leurs obligations découlant du droit international ». 
    Après la marche arrière des Etats-Unis ces derniers jours, aucun mécanisme international de surveillance n’est toutefois évoqué dans la résolution finale. 
    Libre accès de la Minurso
    La Conseil de Sécurité redemande de prendre en considération sa requête pour un recensement des réfugiés sahraouis de Tindouf. Il appelle également les deux parties à coopérer pleinement avec la Minurso, notamment en respectant la libre interaction entre la Mission et ses interlocuteurs et en lui accordant un accès immédiat et sans entrave dans le cadre de son mandat. C’est le Maroc qui semble ici visé, après les accusations d’espionnage portées officiellement par Ban Ki Moon en 2012 contre Rabat et l’interdiction d’accès au camp de Gdim Izik en 2010. Si les drapeaux marocains qui entouraient le bâtiment de la Minurso à Laâyoune ont tous (sauf un) été retirés récemment, le problème des plaques d’immatriculation des véhicules de la Minurso est aujourd’hui toujours en cours de négociations (Rabat leur impose des plaques marocaines sur la partie du territoire contrôlée par Rabat, une mesure contraire au règlement de l’ONU).
    « Réalisme et esprit de compromis », comme en 2008
    La résolution votée aujourd’hui par le Conseil de Sécurité demande aussi au Maroc et au Polisario d’appuyer la recommandation faite par le Conseil en 2008, selon laquelle « il est indispensable que les parties fassent preuve de réalisme et d’un esprit de compromis afin de maintenir l’élan imprimé au processus de négociation».
    Un câble diplomatique américain publié par Wikileaks et daté d’avril 2008 révèle que cette résolution était en fait le fruit d’un désaccord entre les Etats-Unis et la France : le gouvernement Bush souhaitait accélérer la résolution du conflit en qualifiant l’option d’indépendance d’ «irréaliste». Les Français avaient toutefois refusé de soutenir cette proposition à cause, selon les diplomates américains, du poids du lobby algérien en France.
    Lakome, 25 avril 2013
    Lire ici le projet final de résolution US adopté aujourd’hui par le Conseil de Sécurité (en français)
  • L’échec cuisant du roitelet du Maroc lâché par tous

    La posture du roi lâche et perfide est devenue ces derniers temps très inconfortable. Lui qui n’a pas arrêté de lancer son venin sur l’Algérie, son peuple et son armée, allant jusqu’á instrumentaliser le MUJAO dans le rapt de nos diplomates au Malim se retrouve tout á coup bien isolé.

    Nos diplomates, fonctionnaires de l’Etat algérien, auxquels toute la nation algérienne rend hommage et dont on reste sans nouvelles, ont été en effet enlevés par une horde sanguinaire liée à la monarchie archaïque du Maroc. Ce dernier a versé des sommes astronomiques au MAK de Meheni le félon – plus 200 000 euros – pour alimenter le séparatisme, et les chaînes de télévision marocaines ne cessent de s’en prendre quotidiennement à l’Algérie et à son armée, «Al Maghribia» restant l’un des piliers de cette confrérie du mal.

    Le royaume de l’émir des débauchés est devenu le pays d’accueil par excellence de tous les ratés de la politique et autres larbins des Occidentaux. Les rencontres se multiplient à Paris entre les agents du Makhzen et les mercenaires du sang et de la politique, traîtres de ma patrie, allant du criminel Dehina au diplomate boulanger Zitout. Il est étonnant de constater à quel point les félons et traîtres se lient pour la même cause et l’on se dirige tout droit vers une véritable Internationale de la trahison, celle des fous du roi et des dames de pique avec leurs valets de Cour. Même l’organisation pro-américaine et proche des services américains a étalé le linge sale du roitelet du Maroc au grand jour en prolongeant le mandat de la Minurso, l’une des rares missions de maintien de la paix de l’ONU qui ne comprend pas de mandat d’observation de la situation des droits humains et de rédaction de rapports à ce sujet.

    Le Maroc, qui revendique sa souveraineté sur le Sahara occidental et qui l’administre de facto, s’est longtemps opposé, avec le soutien de la France, à ce que la surveillance des droits humains soit incluse dans le mandat de la Minurso. Ce mandat viendra à échéance le 30 avril, mais il a été renouvelé sans interruption depuis que la mission a été créée en 1991. «Le Conseil de sécurité devrait mettre fin à l’anomalie qui veut que la Minurso mène des activités de déminage et des patrouilles frontalières, mais n’a aucun mandat pour rendre compte de la violence policière, des procès injustes ou des restrictions du droit de rassemblement auxquels sont systématiquement confrontés les habitants du Sahara occidental», a déclaré Philippe Bolopion, directeur du plaidoyer auprès de l’ONU à Human Rights Watch. Voilà la preuve que l’on est mieux servi que par les siens.

    A vouloir jouer avec le feu, le roitelet de poche s’est brûlé les doigts, et pour mieux s’enfoncer, ce génie oublié par l’histoire n’a pas trouvé mieux que d’annuler une manœuvre militaire conjointe avec les USA. Fâché comme un gosse privé de sucette, il montre ses limites d’émir des khorotos. Ce coup-là, même Mozah ne peut rien pour lui surtout que d’après les échos, une guerre de harem fait rage entre elle et le harem de l’émir des débauchés. Et l’argent tant attendu du Qatar n’arrive pas, laissant le royaume dans un état de délabrement économique pathétique. Verrions-nous là les prémices d’un printemps agité au royaume du roitelet ?

    Multipliant les absurdités, le ministère de l’Intérieur déclare que les violations des droits de l’homme sont plus courantes au nord du Maroc qu’au Sahara. C’est l’un des arguments utilisés par le ministère de l’Intérieur à la demande du cabinet royal, pour justifier l’opposition à la proposition US d’étendre le mandat de la Minurso à la surveillance des droits de l’homme au Sahara… «Le conseiller du Roi Azziman a demandé au ministère de l’Intérieur de rédiger un rapport sur les violations des droits de l’homme au Maroc. Ce rapport a montré chiffres à l’appui que les violations des droits de l’homme sont plus fréquentes au nord du Maroc qu’au Sahara». Cette déclaration surprenante a été prononcée par le SG du Parti travailliste, Abdelkarim Benatiq, lors d’un débat mardi sur la chaîne de télévision Al Oula, rendant compte d’une réunion organisée par le cabinet royal à laquelle il avait assisté. Ce n’est certainement pas le meilleur argument pour convaincre la communauté internationale des soi-disant «avancées démocratiques» du royaume ces dernières années.

    Ajoutons à cela, la levée de boucliers des organisations très liées à la Maison Blanche telles HRW qui déclare : «La mission de maintien de la paix au Sahara occidental aurait dû inclure depuis longtemps un mandat de surveillance des droits humains, qui améliorerait les mécanismes de protection des droits humains tout en dissuadant les parties en présence de déformer les allégations de violations pour servir leurs propres objectifs politiques», a conclu Philippe Bolopion. «Les membres du Conseil de sécurité ne devraient pas laisser passer cette opportunité historique d’aligner la Minurso avec les autres missions modernes de maintien de la paix, bâties sur l’idée que les droits humains font partie intégrante du travail de l’ONU». Régression du royaume du Maroc.

    Depuis la semaine dernière, le Maroc ne peut plus se vanter de n’avoir ni journaliste embastillé ni prisonnier d’opinion. Sans parler du fait que le grand argentier de sa majesté et glouton porte-monnaie royal, Mounir Majidi, en profite pour faire main basse sur les distributeurs de journaux… Rappelons-nous la condamnation du caricaturiste Khalid Gueddar pour ses dessins. La BD qu’il avait publiée «M6, le roi qui ne voulait plus être roi» décrivait un Mohammed VI haut en couleurs : jet-ski, boîtes de nuit, virées shopping à Paris… Ce crime de lèse-majesté risque de lui coûter cher et l’interrogatoire fleuve que lui a infligé la DST marocaine à la fin septembre trahit le vrai motif des poursuites à son encontre. Hélas, les procès contre Gueddar et Bouachrine ne constituent qu’un épisode parmi d’autres.

    Tous s’inscrivent dans une vague de muselage sans précédent de la presse depuis l’avènement de Mohammed VI sur le trône alaouite en 1999. Drôle de façon d’inaugurer la seconde décennie de son règne. Khalid Gueddar n’est pas le seul journaliste à être victime de répression. Loin de là. Le 15 octobre, le directeur du journal Al-Michaal, Driss Chahtane, a été condamné à un an de prison ferme. Les deux journalistes Rachid Mahamid et Mustapha Hayran à trois mois fermes. Leurs crimes ? Avoir commenté un communiqué du Palais royal indiquant que le roi serait absent quelques jours pour raison médicale. En l’occurrence à cause d’une «infection à rotarovirus», un terme que tout journaliste digne de ce nom se doit d’expliquer à ses lecteurs. Le directeur du journal Al-Jarida Al-Oula, Ali Anouzla, risque également gros. A cause aussi d’un article sur la santé de Mohammed VI, il est accusé du «délit de publication, avec mauvaise intention, de fausses informations, d’allégations et de faits mensongers».

    Autre titre de presse, autre punition. En fin de semaine dernière, les comptes bancaires du Journal Hebdomadaire ont été saisis. Le péché de ce titre-phare de la presse francophone ? Avoir été définitivement condamné le 30 septembre dernier par la Cour suprême du Maroc à 250 000 euros d’amende pour un article de 2005 mettant en cause l’objectivité d’un rapport d’un obscur centre de recherches belge sur le conflit du Sahara occidental. Le Journal Hebdomadaire était à l’époque dirigé par Aboubakr Jamaï qui avait préféré s’exiler aux Etats-Unis pour sauver la publication. Mais ce grand éditorialiste qui n’hésite pas à égratigner de sa plume le roi et son «cabinet secret» reprend du service dans le Journal…

    L’armée marocaine en détresse

    A l’occasion de la Fête du trône, le roi du Maroc présidait la cérémonie de prestation de serment des officiers lauréats des grandes écoles militaires et officiers issus des rangs. Une festivité clinquante comme on les aime mais qui cachait mal l’amertume des officiers : à la dernière minute, la liste des noms de promus a été épurée, par décision de prolonger le délai nécessaire pour accéder à certains grades. Dorénavant, pour passer de lieutenant à capitaine, de capitaine à commandant et de commandant à lieutenant-colonel, il faut compter une année de plus à chaque étape tout en sachant que l’âge de la retraite a été repoussé de cinq longues années… Résultat : dans les casernes, on accuse le ministre de l’Economie de manger la laine sur le dos des militaires, et on pointe du doigt ces généraux qui n’ont jamais commandé de bataillon mais qui se pavanent le torse couvert de médailles normalement décernées lors de dangereuses opérations militaires.

    Le système opaque régissant les promotions dans l’armée marocaine frustre les jeunes officiers et sous-officiers qui le critiquent ouvertement. Il y a en effet de quoi perdre ses illusions à voir tel brillant major de promotion cantonné à des tâches subalternes tandis que les fils de leurs supérieurs et autres nantis raflent tous les stages de perfectionnement à l’étranger. Et de quoi avaler ses rangers de rage quand on se remémore le cas de ce commandant qui, demandant à son colonel-major, pourquoi il n’évoluait pas, se vit répondre que c’était 5 000 euros la promotion, payables en plusieurs mensualités ! Le malaise est également palpable chez les hommes de troupes.

    Majoritairement parqués dans la «zone sud», c’est-à-dire au Sahara occidental, les soldats s’ennuient à mourir et baillent aux corneilles à longueur de journée. Selon des témoignages concordants, bon nombre d’entre eux se droguent, fumant du haschich ou s’injectant dans les talons du patchouli ou un soda gazeux bien connu. D’autres s’adonnent à des trafics en tous genres (nourriture, carburant, cigarettes…) avec la complicité de leurs supérieurs, tandis que d’autres se sont mis à prier avec une ferveur inquiétante.

    Craignant sans doute une contagion islamiste, l’Etat-major a décidé après les attentats de Casablanca du 16 mai 2003 de fermer les lieux de prière dans les casernes et de libérer de leurs obligations certains hommes dont les épouses militaient ouvertement dans des mouvements islamistes qui renverseraient volontiers la monarchie. D’autre part, les abus d’autorité sont légion. Ce ne sont pas les soldats employés comme bonnes à tout faire aux domiciles privés de gradés peu scrupuleux qui diront le contraire. On recense même des cas d’hommes réquisitionnés pour récurer des WC ou surveiller des poulaillers, travaux peu glorieux accompagnés de mauvais traitements. Au moment où l’armée marocaine fête le Cinquantenaire de sa création, elle n’est tristement plus que l’ombre d’elle-même.

    Revenons un peu en arrière pour mieux appréhender l’imposture marocaine. Lors des négociations entre le Maroc, l’Algérie, la Mauritanie et l’Espagne à propos du Sahara, en 1973, Hassan II imposait sa position selon laquelle «le Sahara doit être marocain, à défaut, il reste espagnol, mais il ne sera jamais ni algérien, ni indépendant». C’est ce que révèlent plusieurs télégrammes diplomatiques américains, rendus publics cette semaine par Wikileaks. Le président algérien de l’époque, le défunt Houari Boumediene, avait proposé que les trois pays soutiennent des mouvements de libération qui collaboreraient pour expulser les Espagnols du Sahara. Un télégramme de Stuart W. Rockwell, alors ambassadeur des Etats-Unis au Maroc, rendu public par Wikileaks le 8 avril 2013, révèle que le roi Hassan II déclara qu’«il préférait voir les Espagnols rester que d’avoir un Etat indépendant sous contrôle algérien», selon l’ambassadeur dans son télégramme adressé au département d’Etat américain et aux ambassades américaines des Etats concernés, le 27 juillet 1973, suite à sa rencontre avec le ministre marocain des Affaires étrangères Ahmed Taïeb Benhima. Pendant cette entrevue, l’ambassadeur américain demanda à Benhima de raconter les débats qui s’étaient tenus à Agadir quelques jours auparavant, les 23 et 24 juillet, à propos du Sahara, entre Hassan II, le président algérien, et Moktar Ould Daddah, le président mauritanien. En 1973, le Sahara est encore espagnol, mais le Maroc, l’Algérie et la Mauritanie – que Hassan II estime manipulé par l’Algérie – se le disputent. Lors de la rencontre de juillet 1973 entre les trois chefs d’Etat, Hassan II accuse directement l’Algérie d’avoir trahi sa parole. Hassan II, selon ses propos rapportés par Ahmed Taïeb Benhima à l’ambassadeur américain, «a reproché à Boumediene de réclamer le Sahara après que le Marocain a fait des sacrifices sur l’accord frontalier».

    Toujours selon Wikileaks, l’Algérie avait fait comprendre au Maroc qu’elle ne réclamait pas le Sahara. En échange, le Maroc avait accepté de faire les plus grosses concessions territoriales au moment du tracé de la frontière entre le Maroc et l’Algérie lors du traité signé un an plus tôt entre les deux Etats. Depuis, Algérie et Mauritanie ont renouvelé leur intention de récupérer le Sahara devant l’Assemblée des Nations unies. Pour Hassan II, il est impensable que le Maroc ait un nouveau voisin. «Il a dit que si l’Algérie envisageait la création d’un Etat sahraoui indépendant, il devait avoir conscience que les premiers pays à reconnaître un tel Etat ne seraient pas de grandes puissances mais de petits Etats communistes comme l’Albanie, le nord Vietnam…», rapporte Ahmed Taïeb Benhima à l’ambassadeur. Le Maroc «ne peut pas tolérer l’existence d’un Etat affilié au communisme à ses frontières», aurait affirmé le roi devant Houari Boumediene et Mokhtar Ould Daddah.

    La disqualification historique de la monarchie moyenâgeuse et archaïque qui règne en maître au Maroc n’a pas hésité à s’allier aux islamistes pour essayer d’échapper à sa propre déchéance et à sa fin programmée. Sa seule planche de salut est de gagner du temps en pactisant avec les intégristes marocains, baignant dans un tagine zitoune bien trop épicé et indigeste, même pour ses propres amis et alliés qui ont commencé à se détourner de lui, y compris son conseiller Azoulay l’Israélien.

    La villa offerte par le roitelet du déclin à Madame Clinton ne sert à rien, il aurait pu l’offrir à son peuple qu’il affame. L’équation Kerry est venue précipiter la fin d’un monarque faible et combinard, le secrétaire d’Etat reprenant un thème qu’il défendait au temps où il était sénateur et demandait à Bush de régler la question du Sahara occidental.

    Le manque de maturité politique et les comportements dignes d’un gamin qui n’ont rien à voir avec l’exercice de l’Etat ont mis le Maroc échec et mat dans plusieurs dossiers. Que lui reste-t-il à part imiter son père en créant un ennemi imaginaire qui ne peut être que l’Algérie ?

    Le serviteur zélé de l’Occident déguste en ce moment le fruit de la trahison de sa monarchie à travers le temps. La fin de la récréation pour le roitelet a été sifflée et l’heure de la déchéance s’approche à petits pas… «Le pire des analphabètes, c’est l’analphabète politique. Il n’écoute pas, ne parle pas, ne participe pas aux événements politiques. Il ne sait pas que le coût de la vie, le prix des haricots et du poisson, le prix de la farine, le loyer, le prix des souliers et des médicaments dépendent des décisions politiques. L’analphabète politique est si bête qu’il s’enorgueillit et gonfle la poitrine pour dire qu’il déteste la politique. Il ne sait pas, l’imbécile, que c’est son ignorance politique qui produit la prostituée, l’enfant de la rue, le voleur, le pire de tous les bandits et surtout le politicien malhonnête, menteur et corrompu, qui lèche les pieds des entreprises nationales et multinationales.» Bertolt Brecht, poète et dramaturge allemand (1898/1956)

    MOHSEN ABDELMOUMEN

    La Nouvelle République, 24 avril 2013

  • Têtes couronnées au secours de Karim Wade

    Le roi du Maroc, Mohamed VI, et l’émir Sabah al-Ahmed al-Jabir al-Sabah du Koweït ont disculpé Karim Wade en envoyant des mémorandums signés de leurs royales mains dans lesquels ils ont juré (sur le Coran?) que les luxueux véhicules qu’emploie le fils de l’ancien président Abdoulaye Wade sont des « cadeaux » qu’ils lui ont offerts. Ce n’est pas la première fois que M6 vient à la rescousse de son ami Karim Wade. Selon les câbles américains de WikiLeaks, le souverain marocain a fait libérer Karim Wade, après l’arrestation de ce dernier à l’aéroport Mohamed V de Casablanca en possession d’une quantité non précisée de drogue. Le responsable policier qui avait cru faire son devoir en arrêtant Wade a été, toujours selon l’ambassade américaine à Rabat, muté brutalement à El Ayoune, au Sahara occidental occupé. 
    Pour rappel, Karim Wade, fils et ex-ministre de l’ancien président sénégalais Abdoulaye Wade, a été interpellé lundi 15 avril par les gendarmes à Dakar. Peu avant, des justificatifs sur son patrimoine, évalué par une cour spéciale à un milliard d’euros, ont été remis à la justice. Karim Wade avait été mis en demeure le 15 mars, après une audition par la Cour de répression de l’enrichissement illicite (CREI), de justifier dans un délai d’un mois des avoirs évalués par cette cour à 694 milliards FCFA (1,058 milliard d’euros). Cette somme proviendrait de sociétés dont l’ancien ministre serait le« propriétaire », ainsi que de « propriétés immobilières » et de comptes bancaires, selon les avocats de M. Wade. Karim Wade, 44 ans, avait déjà été entendu plusieurs fois par la justice ou la gendarmerie l’an dernier, avec plusieurs responsables du régime d’Abdoulaye Wade (2000-2012), dans le cadre d’enquêtes sur un enrichissement illicite présumé. 
    Le fils Wade fait aussi l’objet d’une enquête en France à la suite d’une plainte de l’Etat du Sénégal pour recel de détournement de fonds publics, recel d’abus de biens sociaux et corruption. Après sa dernière audition par la gendarmerie sénégalaise, en novembre 2012, il avait été interdit de sortie du territoire avec six autres dignitaires de l’ancien régime. Karim Wade, ex-ministre de la Coopération internationale, des Transports aériens, des Infrastructures et de l’Énergie, doté de gros budgets, était surnommé « super-ministre » ou « ministre du ciel et de la terre ». Ancien conseiller de son père, Karim a également occupé plusieurs autres fonctions, dont celle de responsable de l’agence nationale de l’Organisation de la conférence islamique, chargée de grands travaux avant le sommet de l’OCI organisé en mars 2008 à Dakar.
    Mokhtar Bendib

  • Wikileaks : La « Marche Verte » était un leurre

    La Marche Verte a commencé le 30 octobre 1975 et non pas le 6 novembre comme indiqué dans la date des commémorations officielles, pour bloquer une éventuelle intervention militaire de l’Algérie contre l’invasion du Sahara Occidental par le Maroc. C’est ce que révèle un câble diplomatique envoyé par l’ambassade américaine à Rabat daté du 30 octobre 1975. Et de pacifique, elle n’avait rien puisqu’elle était accompagnée d’un contingent de 20.000 soldats de l’amée marocaine.
    ´En plus l’ordre de départ de la Marche n’a été donné par Hassan II qu’après avoir conclu les 3/4 de l’accord signé avec l’Espagne sur le Sahara Occidental.
    Un autre câble daté du 23 octobre dévoilait les termes du pacte conclu entre Hassan II et le envoyé espagnol José Solis, Ministre du Mouvement à l’époque.
    Le document, adressé au Département d’État de Henry Kissinger, résume une conversation de Hassan II avec les représentants américains qui fait un compte-rendu de la réunion. Le monarque s’est montré optimiste car « trois quarts du problème avaient été réglées après l’accord conclu avec Solis ». Le Pacte a établi que la Marche verte, comme grande idée du roi ouissam alaouite, devait aller en avant. « Le concept est mien. L’Organisation est mienne. Je vais donner l’ordre de franchir la frontière. Il n’y a que le peuple qui puisse l’annuler et s’il le fait, il se peut que moi aussi je dois faires mes valises et déménager dans ma démeure à Madrid « , a prévenu le monarque.
    En contrepartie, le Maroc et en Espagne ont accordé chercher au régime une sortie « élégante » du Sahara qui lui permette de « garder les apparences ». L’idée était d’utiliser les Nations Unies pour légitimer l’occupation marocaine à travers un référendum « contrôlé ». Pour cela, ils compterait avec l’aide de la Mauritanie et des USA. Les négociations ultérieures serviraient, selon le câble, à travailler et définir cette formule. En outre, Solis a profité de cette rencontre pour annoncer que l’Espagne renonçait à un Sahara indépendant et, en plus, et pour rassurer Washington, cesserait de considérer l’Algérie, alliée de l’Union soviétique, comme « partie intéressée ».
    La Tribune du Sahara, 15 avril 2013
  • Wikileaks : Le Maroc embarrasse ses amis dans la question du Sahara Occidental

    La politique de répression suivie par les autorités du Maroc au Sahara Occidental embarrasse ses amis de l’Elysée. 
    La révélation a été faite par un câble diplomatique classé confidentiel rédigé par Charles Rivkin, l’ambassadeur des Etats-Unis à Paris suite à une rencontre entre Kathleen H. Allegrone, ministre-conseillère pour les Affaires économiques à l’ambassade, et deux hauts responsables du ministère français des Affaires étrangères, Cyrille Rogeau et Marie Buscail. 
    Selon ce câble daté du 8 février 2010, « les officiels français ont expliqué à leurs homologues marocains l’importance de mener des réformes en interne afin de permettre à la France et aux amis du Maroc de s’opposer à toute extension du mandat de la Minurso ».
    L’expulsion par le Maroc de la militante Aminatou se trouve derrière le sentiment des français qui doivent à chaque fois répondre aux demandes du Maroc d’empêcher que la MINURSO supervise les droits de l’homme au Sahara Occidental.
    Rogeau révèle que le Maroc profite du statu quo et des tensions entre la France et l’Algérie pour tirer des avantages. Non obstant, le gouvernement français a encouragé le Maroc à adopter une approche positive par rapport au processus de paix onusien, ajoute le cable.
    Aujourd’hui, les violations par le Maroc des droits de l’homme au Sahara Occidental mettent le président François Hollande dans la même situation. Osera-t-il prendre une décision historique pour mettre fin à l’impasse du plus vieux conflit du continent africain?
  • Sahara/droits de l’homme : les USA lâchent le Maroc

    Les Etats-Unis vont demander l’extension du mandat de la Minurso à la surveillance des droits de l’homme au Sahara et à Tindouf. Un cinglant désaveu du « processus de réformes » marketé par Rabat depuis le déclenchement du printemps arabe. Même si la France va probablement opposer son véto, cette décision constitue un tournant majeur sur la question du Sahara.
    L’information a été confirmée à Lakome par plusieurs sources proches du dossier : les Etats-Unis vont présenter un projet de résolution au Conseil de sécurité de l’ONU pour demander l’extension du mandat de la Minurso à la surveillance des droits de l’homme au Sahara et à Tindouf.
    Le texte est actuellement en préparation au sein du « Groupe des Amis du Sahara Occidental » (Etats-Unis, Royaume Uni, France, Russie et Espagne), en vue de la réunion du Conseil de Sécurité prévue à la fin du mois pour examiner le renouvellement du mandat de la Minurso.
    « Cette proposition innovatrice faite par les Etats-Unis intervient après des décennies de silence de la part de la communauté internationale sur cette crise persistante des droits de l’homme », commente le RFK Center, ONG proche des démocrates américains et des activistes indépendantistes.
    L’Etat marocain y échappe depuis plusieurs années
    La question de l’extension du mandat de la Minurso fait pourtant l’objet de débats depuis plusieurs années au sein du Conseil de sécurité mais les autorités marocaines – grâce notamment à la France et son droit de véto – ont toujours réussi jusqu’à présent à faire reporter la décision.
    En avril 2010, c’est justement le véto français qui avait permis « d’éliminer » toute référence à la question des droits de l’homme dans la résolution du Conseil de Sécurité. L’année suivante, en avril 2011, Rabat y avait une nouvelle fois échappé de peu malgré l’épisode Gdim Izik fin 2010, durant lequel la Minurso avait été interdite d’accès au camp par Rabat.
    Une première version du rapport annuel 2011 de Ban Ki Moon demandait en effet cette extension du mandat de la Minurso mais le rapport final avait été modifié au dernier moment sous la pression du Maroc, qui s’engageait en échange à accueillir au Sahara les Représentants spéciaux de l’ONU.
    Cette année, le rapport annuel de Ban Ki Moon est clair : le Secrétaire Général de l’ONU demande à ce que la Minurso soit dotée d’un mécanisme indépendant pour surveiller le respect des droits de l’homme au Sahara, reprenant ainsi les recommandations du Rapporteur spécial sur la torture, Juan Mendez, et celles du Conseil des Droits de l’homme de l’ONU.
    Seule la France pourra s’y opposer en y mettant son véto ou en minimisant la portée de l’extension, Paris contrôlant à New York la Direction des opérations de maintien de la paix de l’ONU (DPKO) depuis quatre mandats successifs.
    En quoi consisterait le nouveau rôle de la Minurso ?
    Une extension du mandat de la Minurso signifierait la présence au Sahara d’une équipe d’agents onusiens chargés de promouvoir et de surveiller les droits de l’homme dans le territoire, à travers des actions de sensibilisation et de formation auprès de la population et des autorités locales, mais aussi des rapports réguliers transmis au siège de l’ONU.
    Les militants indépendantistes, souvent harcelés et passés à tabac par les forces de l’ordre marocaines, seraient donc « protégés » dans leurs actions militantes pour l’indépendance du territoire et bénéficieraient d’un espace politique sans précédent : meetings, discours publics, création d’associations et de médias pro-indépendance, etc.
    Un tournant de la diplomatie US
    Cette proposition américaine constitue ainsi un tournant majeur de l’attitude de Washington concernant le Sahara. Alors que jusqu’en 2008, la diplomatie US soutenait fermement Rabat, allant jusqu’à proposer de qualifier l’option d’indépendance « d’irréaliste », le vent a tourné depuis. En cause : l’arrivée de Barack Obama à la Maison Blanche mais surtout les nombreuses promesses non-tenues de Rabat concernant l’amélioration des droits de l’homme dans le territoire.
    Certains câbles diplomatiques rédigés par l’ambassade US à Rabat (et révélés par Wikileaks), comme les rapports annuels du département d’Etat, notaient la nette amélioration des droits de l’homme au Sahara jusqu’en 2008 mais un inversement de tendance à partir de 2009. La déconvenue du palais, à travers le PAM, aux élections municipales à Laâyoune en juin 2009, l’arrestation des 7 militants indépendantistes à leur retour d’Alger en septembre puis l’affaire Aminatou Haidar dénotaient une crispation du Palais, reflétée dans le discours agressif du roi Mohammed VI de novembre 2009, qualifié de «populiste » par la diplomatie américaine.
    Paris prévient Rabat dès 2010
    En 2010, alors que l’Etat marocain s’inquiétait de la possible extension du mandat de la Minurso à la surveillance des droits de l’homme, Paris avait pourtant prévenu Rabat, selon un câble diplomatique daté de février 2010 : « les officiels français ont expliqué à leurs homologues marocains l’importance de mener des réformes en interne afin de permettre à la France et aux amis du Maroc de s’opposer à toute extension du mandat de la Minurso ».
  • Les droits des sahraouis avant tout calcul politique ou sécuritaire

    L’escalade des évènements au Mali suite à l’offensive terroriste visant Bamako a fait que les puissances internationales focalisent leur regard sur la solution d’un des plus vieux conflits au monde : le Sahara Occidental.
    Selon les câbles américains révélés par Wikileaks, le Maroc, avec le soutien de la France, a décidé d’envahir l’ancienne colonie espagnole par crainte de se voir entouré par des pays socialistes. L’argument de « l’intégrité territoriale » n’est à aucun moment invoqué, ce qui prouve que l’origine du conflit revient à la situation provoquée par la Guerre Froide.
    Les autorités marocaines brandaient la menace communiste pour attirer le soutien des puissances occidentales. Le soutien reçu par le Maroc de la part de la France et les pays du Golf reflète le conflit des intérêts géopolitiques originés par la Guerre Froide.
    Aujourd’hui, le Maroc tente de refaçonner le conflit en l’adaptant à la lutte contre le terrorisme. A ce titre, les autorités marocaines n’hésitent pas à qualifier les sahraouis de terroristes. Pour Rabat, ceux-ci de communistes se sont transformés en dangeureux terroristes prêts à défendre l’intégrisme, les régimes de Kadhafi et Bashar El Assad, et même le diable sur terre.
    La sympathie des puissances occidentales envers la dictature marocaine a éloigné le débat de son véritable contexte et mis sur la même balance la victime et le bourreau en réduisant la valeur des droits des sahraouis à l’autodétermination et la dignité.
    Si Wikileaks a révélé que l’une des erreurs de Hassan II était celle d’avoir sous-éstimé la détermination des sahraouis à défendre leurs droits, la communauté internationale doit être consciente du danger de mépriser la volonté des nouvelles générations sahraouies dont les parents sont des martyrs de cette cause. Par conséquent, toute approche qui n’est pas basée sur cette vérité est vouée à l’échec et risque de maintenir la situation de déstabilisation dans la région provoquée par les vélleités expansionnistes du Maroc.
    Si hier, l’Occident a financé et armé le Maroc au nom de la lutte contre l’Union Soviétique, aujourd’hui, il ne doit pas commettre la même erreur en défendant le Maroc contre des menaces inexistantes ou produit de l’imaginaire de quelqu’un qui ne voit que les avantages tirés d’une occupation illégale et inhumaine. Les droits des sahraouis doivent prévaloir avant tout calcul économique, politique ou sécuritaire. Le business ne doit passer avant le droit. Sauver la face du Maroc ne doit pas être au détriment des droits légitimes du peuple sahraoui. Le non respect de cette règle impliquera forcément la poursuite de sa lutte pour ces droits.
    Au nom de la justice et de la légalité internationale, les droits des sahraouis doivent être au centre de toute solution de ce conflit qui n’a que trop duré.
    La Tribune du Sahara, 14 avril 2013
  • Maroc : Le sort du Sahara confié à la MAP

    Les autorités du Maroc, convaincus que la bataille du Sahara Occidental se livre sur le champ médiatique, ils y ont déployé tous leurs moyens. Pour arriver à leurs fins, l’arme de pointe, à leurs yeux, est la MAP. Toutes ses dépêches portent la marque de fabrique des services secrets marocains. 
    Alors que Wikileaks vient de révéler que le roi Hassan II a décidé d’envahir le Sahara Occidental pour empêcher un nouvel Etat proche de l’Algérie, la MAP défend, avec becs et ongles, qu’il s’agit pour le Maroc d’une affaire d’intégrité territoriale. Pour garder ce territoire sous contrôle marocain, la MAP et ses relais de la presse makhzénienne, n’ont trouvé comme argument que le sujet de la sécurité dans la région. De ce fait, Rabat tente de relier le Front Polisario au terrorisme qui sévit dans le Sahel.
    Les convulsions fébriles des autorités marocaines les poussent au point d’autoriser la MAP à attribuer des déclarations à des personnalités qu’elles n’ont jamais faites. L’une de leurs dernièrs victimes est le Ministres des Affaires Etrangères du Mali, Thiéman Coulibaly. Lors de son passage à Alger le 10 avril 2013, il a exprimé son mécontentement face à la manipulation de la MAP. Selon la MAP il a confirmé à Washington la présence de sahraouis parmi les groupes terroristes pourchassés par les troupes françaises au Nord du Mali »
    Quelques jours avant, le 5 avril 2013, le Ministre des Affaires Etrangères Panaméen était la nouvelle proie de la MAP. Selon celle-ci, il a déclaré au journal « La Estrella de Panamá » que « le problème du Sahara n’est pas un conflit entre le Maroc et le « front polisario », mais plutôt entre le Royaume et l’Algérie ». Nous avons beau chercher dans ce journal pour trouver une trace de cette déclaration. 
    A force de répéter leurs mensonges, les marocains ont fini par les croire. Ainsi, dès que les forces françaises ont initié leur offensive contre Al Qaida au Mali, la MAP et un certain nombre d’officines connues pour être en service commandé ont commencé à rameuter que les terroristes se sont réfugiés chez les sahraouis. Ils se sont dit « ça y est, l’armée française va attaquer les camps de réfugiés sahraouis et ce sera la fin de cette histoire qui dure depuis près de 40 ans. Il ne restera plus au Maroc qu’à engager ses troupes pour annexer le 20% restant du territoire qui était géré par le Polisario ». Les rêveurs de Rabat ont commencé à voir l’armée française en train de se déplacer du Massif des Ifoghas direction le Sahara Occidental.
    A cause des dépêches de la MAP et consorts, les dirigents marocains se léchaient les babines en voyant les phosphates et autres ressources du Sahara Occidentales exploités par les sociétés françaises touchées par la crise financière qui secoue le vieux continent. 
    L’agitation médiatique frénétique et la rhétorique bruyante et stérile traduisent un profond désarroi des marocains face à l’échec de leur politique au Sahara Occidental. Quoia qu’ils fassent pour travestir la question du Sahara Occidental, elle restera, aux yeux de la communauté internationale une question de décolonisation inachevée qui ne trouvera son règlement qu’au sein des Nations unies et à travers une solution qui pourvoie à l’autodétermination du peuple sahraoui.
    La Tribune du Sahara, 13 avril 2013
  • Wikileaks : les faux calculs de Hassan II

    Dans un câble envoyé le 23 février 1976, sous le titre de « Sahara Espagnol, l’erreur calcul multilatéral en règle de politique », l’ambassade américaine à Alger faisait un bilan des erreurs de calcul de toutes les parties impliquées ou concernées par le conflit du Sahara Occidental. 
    Ce câble intervient trois jours avant la date officielle du retrait espagnol, le 26 février 1976 et 4 jours avant la proclamation de la RASD par le Front Polisario dans les territoires libérés du Sahara Occidental.
    Certains éléments de cette analyse sont parfaitement applicables à la situation actuelle. Le diplomate américain souligne l’engagement de l’Algérie à défendre le droit à l’autodétermination au Sahara Occidental et met en avant les erreurs de calcul du défunt roi Hassan II. Parmi celles-ci, le fait d’avoir sous-estimé la volonté du peuple sahraoui de défendre son territoire et ses droits.
    Face à l’entêtement de Hassan, le diplomate propose de lui montrer moins de soutien pour le faire infléchir. Cette situation perdure jusqu’à présent à cause du soutien inconditionnel de la France au Maroc. 
    TEXTE INTEGRAL DU CABLE 
    SAHARA ESPAGNOL : L’ERREUR DE CALCUL MULTILATERAL EN REGLE DE POLITIQUE
    23 Février 1975
    De : Ambassade d’Alger
    Destinataires : Department of State | Libya Tripoli | Mauritania Nouakchott | Morocco Rabat | Spain Madrid | Tunisia Tunis | United Nations (New York) 
    HASSAN, le Premier décideur, a fait plusieurs erreurs de calcul concernant les attitudes des Sahraouis et des Algériens.
    Tout d’abord, il a mal calculé les désirs des sahraouis et a participé activement dans la promotion de l’autodétermination jusqu’en 1973, date à laquelle il est devenu prisonnier de sa propre rhétorique et a dû prendre des engagements et déclarations ultérieures qui étaient contradictoires avec la politique qu’il a éventuellement suivi quand le moment est venu de prendre une décision, ce qui a donné aux algériens un bâton util pour le sermonner. Plus important encore, il a sous-estimé la force d’opposition sahraouie à l’administration marocaine et apparemment et il a mal calculé le degré de disponibilité de l’Etat algérien à soutenir le Polisario. Ce dernier semble être devenu une force beaucoup plus efficace que prévu par les marocains.
    La perspective actuelle est une guerrilla durable et amère, et le Polisario pourrait bien réussir à rendre le Sahara ou une partie d’elle intenable pour les civils marocains. S’il en est ainsi, les marocains vont probablement être poussés à attaquer les sanctuaires principales du Polisario en Algérie et l’escalade rendra le conflit en guerre entre le Maroc et l’Algérie.
    Malgré l’habilité de Hassan II en calcul, il semble évident qu’il a été trompé par les Algériens dans, au moins, une occasion : la visite de Bouteflika à Rabat en juiller 1975, les marocains ont pensé qu’ils avaient conclu un accord sur le partage du territoire en échange de la ratification de l’accord sur les frontières avec l’Algérie: D’autre part, l’absence d’un ambassadeur ici voulait dire qu’il a été mal informé sur la position algérienne et il ne pouvait que s’auto-blâmer de cela. 
    Boumédienne a aussi mal calculé la fidélité de l’Espagne face aux pressions marocaines lors de la crise interne comme il a mal calculé la détermination du Maroc et le soutien officiel à Hassan II.
    L’Espagne semble avoir mal calculé: (a) l’engagement algérien en faveur de l’autodétermination, (b) les désirs de la population sahraouie et (c) les extrêmes jusqu’où Hassan II était prêt à aller pour arriver à ses fins.
    Les Tunisiens et les mauritaniens ont mal calculé l’intensité des sentiments et l’engagement de Boumediene. Ainsi, aucune des parties au Maghreb ne semble avoir prévu sa réaction. 
    La situation actuelle n’intérêsse personne, sauf probablement les soviétiques qui pourraient profiter de leur relation de fourniture d’armes avec les algériens pour s’établir davantge ici. La question que se posent les Etats-Unis est s’il y a une sortie de l’impasse. Théoriquement, l’Algérie pour jetter l’éponge et tout résoudre. Cela voudrait dire abandonner ses principes et positions officielles, ce qui serait extrêmément embarassant.
    Cela signifierait l’abandon des principes et positions officielles, ce qui serait extrêmement embarrassant. Plus important encore, cela signifierait un aveu de défaite par Hassan II, un pas humiliant et potentiellement fatal pour Boumédienne. S’il doit y avoir une solution pacifique, il devra, cependant, accepter quelque chose de moins que la demande officielle de son gouvernement d’autodétermination complète. Nous pensons qu’il est conscient de cela et qu’il accepterait un compromis qui sauvera la face s’il contient l’élement d’autodétermination.
    Le revers de cette proposition, cependant, est que Rabat doit accepter de modifier sa position selon laquelle le dossier du Sahara est clos, que le peuple sahraoui n’existe pas, et qu’il n’y a rien à discuter. S’il doit y avoir un accord de paix global, les marocains devront accepter au moins l’autodétermination partielle, y compris éventuellement (A) consultation d’une Jemaa reconstituée, (B) un accord avec le Polisario, et (C) une sorte de régime spécial qui ne diminuera pas sérieusement la souveraineté marocaine. (Il ya un précédent dans le statut douanier spécial dont a bénéficié Tan-Tan). Si l’on croit les ministres du roi, cette approche est une anathème, mais quelque chose de semblable serait une condition sine qua non de la solution.
    En disant cela, je suis bien conscient de la fermeté de la position actuelle du Maroc.Cependant, l’alternative est une longue et coûteuse guerre qui minera la stabilité de cette région et affectera les intérêts de la communauté internationale et des pays directement concernés. Une des victimes sera, bien sûr, les relations entre les USA et l’Algérie, telles qu’elles sont maintenant. Je suis bien conscient des limites de notre influence sur Hassan II. Cependant, il faut lui dire clairement que nous avons d’importants intérêts en jeu en Algérie et qu’il ne peut pas compter sur notre soutien indéfiniment si la situation se détériore.
    Vu d’ici, l’approche intransigeante de Hassan II est fondée sur l’hypothèse que nous (et d’autres, surtout les français) lui soutiendront éternellement. S’il devait commencer à en douter, il pourraient décider de faire preuve d’un un peu plus de souplesse. Il pourrait aussi devenir moins coopératif sur les arrangements basiques et les visites de la flote, mais le passé a démontré qu’il a besoin de notre présence là-bas et nous manquons pas de cartes à jouer.
    https://www.wikileaks.org/plusd/cables/1976ALGIER00460_b.html