Catégorie : Opinions & analyses

  • Discours de Hicham Alaoui au Lycée de Belmont

    Entre éthique et éducation : Une vie de dissidence

    Je tiens à remercier le corps professoral, les élèves de l’école Belmont Hill, et en particulier le Directeur pédagogique de l’éducation globale, Adam Harder, pour cette merveilleuse occasion. Je dois avouer que lorsque j’ai reçu cette invitation, j’étais très honoré mais aussi un peu anxieux.

    J’étais heureux de cette invitation, parce que notre discussion d’aujourd’hui me permet de me sentir partie intégrante du tissu social de cette communauté scolaire en partage. Cependant, j’étais aussi inquiet, parce qu’aujourd’hui, je ne parle pas comme à mon habitude dans le cadre de mon expertise scientifique. Les organisateurs m’ont demandé de vous provoquer, de vous inspirer…Et c’est très clairement le défi intellectuel le plus difficile qu’il soit !

    Pour essayer de répondre à cet appel du mieux que je peux, il me faut retourner en arrière dans le temps, et convoquer les images et les bruits d’un pays lointain. Ce que j’entends dans ce souvenir c’est le sourd bruit des bottes de combat qui marchaient sur le tarmac, et le grincement des barrières métalliques des check-points.

    Nous étions en 1971, et j’étais ce garçon de sept ans, au Maroc, qui regardait de loin un coup d’État militaire se dérouler contre mon oncle, le roi Hassan II. Le coup d’État visait à renverser une monarchie vieille de 400 ans et à faire disparaître une institution vieille de 1200 ans. Le coup a échoué, mais pas avant que les troupes rebelles ne fassent un bain de sang au palais royal. J’ai vu un officier de l’armée dire à ses deux soldats de tuer ma mère. Après son départ, ils ont refusé, car elle était enceinte de ma future sœur.

    Mon père a été blessé par balle et de nombreux membres du palais ont été tués. Ce jour-là, la monarchie marocaine, dirigée par la famille royale dans laquelle je suis né, a failli se terminer. Après cela, ni la monarchie ni la politique de mon pays n’ont été les mêmes. En y repensant, cette journée épouvantable a représenté bien des choses. Mais avant toute chose, elle a marqué une transition. Depuis ce jour, s’est ouverte une ère de répression violente et brutale alimentée par le nationalisme, dont les cicatrices sont toujours présentes aujourd’hui. Au plan personnel, elle a aussi marqué ma propre transition de l’innocence de l’enfance à la vie adulte. Quand vous devez arrêter d’agir mais commencer à réfléchir; mais aussi quand vous devez arrêter de réfléchir et commencer à agir.

    Soyons honnêtes. Aucun d’entre nous n’est le Pape François ou le Dalai Lama. Nous sommes des êtres humains profondément imparfaits. Et personne d’entre nous ne prétend être un exemple de rectitude, ou de perfection. Nous avons des défauts, des faiblesses, et des regrets. Avoir un fondement éthique ne signifie pas être parfait. En revanche, cela signifie que, quoique vous fassiez, vos actions résonnent en correspondance de vos valeurs les plus profondes. Ainsi, fiez-vous à votre conscience quand vous poursuivez vos rêves, ils sont interdépendants, et le seront toujours. Ils se nourrissent les uns des autres. On ne peut pas poursuivre un rêve sans conscience, ou, à l’inverse, avoir une conscience sans rêve.

    Je réalise que ce que j’énonce ici peut sembler énigmatique ou abstrait. Cependant, permettez-moi d’illustrer mon propos à travers l’expérience personnelle et ce que signifie concrètement avoir une boussole morale comme guide de ses actions et cela, en particulier dans les moments de transitions tumultueux et de changements imprévisibles. Les trois points sur lesquels je voudrais insister aujourd’hui sont : l’universalité de l’éthique, le pouvoir de la dissidence et l’importance de l’éducation.

    Éthique universelle

    Premièrement, l’éthique est une question universelle. Par éthique, j’entends les règles, les croyances et les loyautés sous-jacentes qui nous soufflent intérieurement quand nous agissons avec vertu ou que nous nous trompons. Les codes éthiques, par ailleurs, sont aussi différents pour chaque individu que peuvent l’être leurs empreintes digitales. Mais tout comme les empreintes digitales, tout le monde doit avoir un système éthique. C’est pourquoi l’éthique est universelle. Je voudrais vous parler de ma propre perspective éthique, en partant de mon expérience personnelle, en tant que musulman ancré dans la foi islamique et socialisé dans la tradition du Prophète. Les rudiments de l’islam peuvent sembler familier a beaucoup d’entre vous qui êtes non-musulmans.

    Par exemple, la foi islamique m’a aidée, moi comme beaucoup d’autres, à adopter une gamme extraordinaire de bons comportements. Je citerais d’abord le besoin de lutter contre l’oppression partout où nous pouvons la voir, lorsque certaines personnes sont injustement lésées, marginalisées ou ciblées par le triomphalisme d’autres. Une autre leçon importante est de faire preuve de compassion et de bienveillance envers les pauvres et les personnes vulnérables. Leur vie est égale à la nôtre, et pourtant ils sont souvent oubliés au sein de la société. Une autre idée encore est l’importance de l’évolution et de la croissance individuelle, du moins d’après ma propre expérience de musulman.

    J’ai commencé ma vie en pensant au bien en le rapportant à mes propres actions ou aux faits qui pouvaient me rendre dignes. Cependant, tout au long de mes études, au fur et à mesure que j’explorais les traditions philosophiques occidentales et que je voyageais à travers le monde, mon horizon s’est élargi. J’ai commencé à croire non seulement à ce qui était bon, mais aussi à ce qui était juste. J’ai été éduqué comme un membre d’une communauté de croyants. Notre cohésion et notre foi avaient la valeur de droits collectifs pour nous. Cependant, mes différentes expériences m’ont obligées à considérer l’individu comme méritant également tous les droits et libertés inhérents aux personnes. Ce n’était pas une transition facile, car elle exigeait une longue réconciliation entre le fondement de ma foi et ce flot de nouvelles idées. Et cela reste d’ailleurs pour moi, encore aujourd’hui, une quête sans fin.

    C’est ce fondement éthique qui m’a poussé, il y a vingt ans, à rejoindre le corps des casques bleus des Nations Unies au Kosovo, pays qui sortait alors d’une guerre terrible. Ce fondement éthique m’a également convaincu du bien-fondé de la protection des droits les plus fondamentaux des êtres humains, y compris le droit de vote en démocratie. Vos propres ambitions et objectifs vous mèneront certainement dans des directions très différentes. Mais ce que j’ai appris durant ces années, c’est que peu importe comment vous construisez et calibrez votre boussole morale, elle reflétera probablement une partie de cette universalité qui s’étend à toutes les traditions culturelles.

    De plus, il vous faudra réussir à relier vos actions à votre éthique. Ils sont imbriqués : l’un est le produit de l’autre. Je peux vous assurer qu’à chaque étape de votre vie où vous sentirez que vous avez réalisé quelque chose d’important, vous serez encore plus satisfaits et tranquilles. Vous devez pouvoir vous retrouver dans la phrase de Frederick Douglass : « L’âme qui est en moi, personne ne peut la dégrader. »

    Considérant l’époque dans laquelle nous vivons il s’agit d’une intuition particulièrement vitale. Notre époque est marquée par la montée de la peur, de l’incertitude et de l’imprévisibilité. Nous ne pouvons pas prévoir l’avenir. Mais individuellement, nous pouvons toujours connaître nos valeurs. C’est l’ultime certitude.

    Le pouvoir de la dissidence

    J’aimerais maintenant parler un instant de ce que signifie être dissident, surtout en ces périodes de transition. Parfois, vos convictions éthiques sont si fortes, et votre engagement envers elles si inébranlable, que vous pouvez devenir un dissident sans jamais avoir eu l’intention de l’être. Dans mon cas, le voyage vers la dissidence a eu le temps lent de la géologie. Mes convictions dans le bien fondé des droits de l’homme et de l’importance de la démocratie se sont sédimentés au fil des années. A chaque fois que je me suis engagé personnellement parce que j’étais témoin d’injustice ou à chaque étape de mon éducation, une nouvelle couche de ma conviction démocratique s’est sédimentée.

    Finalement, ces engagements ont été si forts et inévitables qu’ils m’ont forcés à prendre position dans mon pays natal, le Maroc. Et cela a créé des tensions. D’une part, la monarchie régnante s’accroche au pouvoir absolutiste. Aux yeux de beaucoup, l’autorité royale est ointe de Dieu. La Monarchie a survécu aux coups d’État et a écrasé les soulèvements grâce au soutien de la providence. Pour les défenseurs de cet ancien système de gouvernement pourtant humainement construit, des notions démocratiques comme les élections ne servent qu’à perpétuer cette réalité.

    D’autre part, il y a beaucoup de voix comme la mienne qui croient en la monarchie constitutionnelle, où le souverain est le symbole de la continuité de l’État et de l’unité du peuple – mais pas le chef de l’exécutif, comme c’est le cas de pays comme le Royaume-Uni et le Japon. Inversement, les défenseurs de l’absolutisme invoquent toujours l’argument que leurs systèmes de gouvernement sont les produits d’histoires uniques, et sont donc à la fois exceptionnels et culturellement authentiques.

    L’absolutisme peut prendre différentes formes. En fin de compte, l’arbitre ultime est la loterie biologique. Le pouvoir absolu peut être exercé par les forts et les dominateurs, ou il peut être manié par les inconstants et les capricieux. De même, il peut être exercé par l’indifférent et le lointain. Aucun n’est supérieur à l’autre, car le pouvoir absolu ne se perpétue pas seulement grâce aux caprices d’un dirigeant, mais plutôt grâce aux institutions politiques qui soutiennent l’ensemble du système. Ces institutions existent souvent bien au-delà du cadre d’un gouvernement officiel. Par-dessus tout, nous croyons que lorsqu’une société veut une réforme, la réponse du pouvoir devrait être accommodante et empreinte de tolérance plutôt que de résistance et d’obstruction.

    Si ces tensions m’ont forcé à me séparer de la monarchie et de l’environnement dans lequel je suis né, elles m’ont également permis de découvrir une grande vérité. Aujourd’hui, le Maroc, comme beaucoup d’autres pays, est en pleine transition vers l’inconnu. Et l’extrême incertitude -c’est un instinct humain – déclenche la peur. Cette peur pousse les personnes à se raccrocher à ce qui leur est familier. Il s’agit, tout comme l’éthique, d’une caractéristique universelle. Je dois avouer que moi aussi j’ai ressenti cette peur et, avec elle, le désir de me rabattre sur les éléments plus familiers de ma vie.

    Si vous vous tenez debout dans cette tempête de peur, vous apprendrez à résister à cet instinct fondamental – et c’est précisément celaqui fera de vous un dissident. Cela veut dire aussi, ignorer la pensée dominante de l’époque et toujours défendre ses propres positions. « La croyance aveugle en l’autorité est le plus grand ennemi de la vérité » a dit Albert Einstein.

    La dissidence est encore plus subversive lorsqu’elle est, en plus, raisonnable. Si vous avez des objectifs extrêmes, il est facile pour les autorités de vous disqualifier mais lorsque vous proposez des changements réalistes et réalisables, vous devenez une menace toujours plus grande. Je sais que cela peut sembler ambitieux. Mais cela touche réellement chacun de vous ici, en tant que jeune. Nous vivons, ici, dans une société libre, ce qui veut dire beaucoup plus qu’organiser des élections tous les deux ou trois ans, ou encore bénéficier de droits civils. Vivre en démocratie, signifie aussi pouvoir devenir un citoyen engagé qui, quel que soit son âge, se bat pour faire de son école, de sa communauté et de son pays des endroits meilleurs et plus justes.

    Alors que mon combat a consisté à introduire la démocratie dans un système de gouvernement absolutiste, votre combat portera sur la défense de la démocratie en période de stress et d’incertitude. Les démocraties occidentales, sont en ce moment mêmes soumises à de fortes pressions. En Occident, l’aggravation des inégalités économiques a mis en évidence l’étendue de la pauvreté et du dénuement. Culturellement, les normes de comportement de base comme la tolérance et le respect disparaissent de nos relations. Tout cela est encore plus fort en politique, les élus mettent de plus en plus à l’épreuve les limites de leur pouvoir et de leurs privilèges. Ils accusent souvent ceux qui ne sont pas d’accord avec eux d’être déloyaux, ou pire encore, les désignent comme l’ennemi.

    En Amérique, nous avons beaucoup de qualificatifs pour exprimer cette décadence politique : populisme, nativisme et polarisation. Peu importe comment nous les appelons, ces forces centrifuges menacent de déchirer le tissu social de la démocratie américaine. Votre combat ici sera de rétablir la civilité et la tolérance en politique et de préserver les droits et la dignité de tous – y compris ceux qui sont en désaccord avec vous.

    Dans ce contexte, je vous encourage à remettre en question l’autorité. Avec discernement, et en mettant à part l’autorité de ceux qui vous souhaitent le meilleur, comme vos professeurs et vos parents. Mais soyez critiques et souvenez-vous toujours du pouvoir de votre voix. Et avant tout, rappelez-vous que le premier devoir d’un dissident est sa propre conservation. Ne confondez pas sacrifice et autodestruction. En suivant cette voie, vous pourrez être impopulaire à certains moments. Pendant les périodes particulièrement difficiles, vous subirez de multiples pressions pour vous conformer à la majorité dans ce climat de peur.

    En effet, les dissidents peuvent vivre un ostracisme total. Votre meilleure réponse est de rester humain et de ne pas laisser votre cœur devenir impitoyable. Vous perdrez peut-être beaucoup d’amis, mais vous découvrirez que la plupart n’ont jamais été des amis, seulement des connaissances. Vous découvrirez aussi que les personnes fiables qui restent seront vos meilleurs amis pour la vie.

    Je me souviens précisément quand ma dissidence a dépassé les limites de la tolérance de mon oncle, le roi Hassan II, qui m’a élevé après la mort de mon père. Pour me punir, on m’a presque interdit d’entrer au Palais. Un soir, j’ai décidé d’aller à une soirée royale sans invitation et sans m’annoncer. Pour moi, le roi n’était pas seulement mon oncle, mais un homme plus grand que nature. Plus généralement, quels que soient ses excès ou les taches indélébiles de son règne, le roi était mythique pour les Marocains en raison de son esprit et de son habileté. A la fin de sa vie, il a aussi posé les jalons pour une potentielle percée démocratique du pays. Souhaitant me châtier devant des centaines d’invités, le roi m’a appelé et m’a demandé : « Et vous, qui êtes-vous ? »

    A ce moment-là, portant mon smoking, j’ai répondu de la seule façon qui me semblait appropriée : « Je m’appelle Bond. James Bond. Aux services secrets de Sa Majesté. » Inutile de dire que le roi m’a permis de rester, mais pas avant de dire : « Je suis le seul à avoir un permis de tuer ! » Cette histoire est restée un bon souvenir, mais toutes les expériences de dissidences n’ont pas été aussi amusantes et le voyage (vers l’indépendance) n’as pas été sans encombre. Au début, je me sentais coupable, car je violais l’esprit de cohésion et d’unité. Rapidement, cependant, j’ai réalisé que la force se trouvait plutôt dans la diversité et le questionnement. Et avec le temps, j’ai embrassé mon ostracisme.

    Être dissident peut sauver votre esprit. Un esprit brisé est plus difficile à guérir que des os brisés. Cependant, ne laissez pas les autres briser votre esprit. Au début des années 1990, une prison bien connue dans le désert du Maroc a fermé ses portes et ses prisonniers politiques ont été libérés après des décennies d’incarcération brutale. Certains de ceux qui ont été relâchés étaient dans un état épouvantable. Ils avaient des griffes à la place des ongles et leurs visages ressemblaient à ceux de fauves. Certains avaient rapetissés, ayant été forcés de s’asseoir accroupis pendant des années. Pourtant, de cette prison sont également sorties des histoires extraordinaires de survie et d’héroïsme. Beaucoup de prisonniers politiques n’ont jamais renoncé à leurs convictions et croyances les plus profondes malgré les conditions barbares auxquelles ils ont été soumis. Leurs os étaient brisés, mais leur esprit est resté intact.

    Inversement, il y avait beaucoup d’opposants politiques au Maroc qui ont eu la chance de ne jamais connaître la prison. Leurs os étaient entiers. Pourtant, leur esprit s’est lentement évanoui en raison de leur étouffement progressif et de leur isolement par les autorités politiques. Ils n’ont pas tant été attaqués, mais marginalisés. Ils n’étaient pas tant punis, mais châtiés, pas tant réprimés que réprimandés par ceux qui étaient au pouvoir. Parce qu’ils n’ont jamais été forcés de confronter leurs convictions morales dans un moment de vérité déterminant, pour lequel ils auraient eu besoin de rassembler toutes leurs forces, ils sont lentement tombés dans l’abîme de l’insignifiance.

    Sur un autre plan, ma dissidence m’a fait affronter d’innombrables défis. L’État a orchestré de nombreuses campagnes, publiques et secrètes, pour me faire pression, m’intimider et me contraindre à plusieurs niveaux. Outre les attaques politiques, j’ai été la cible d’étranglement économique, je suis devenu un bouc émissaire public et subi l’ostracisme social. J’ai été expulsé de pays en raison de mes opinions politiques et je reconnais que mes actions sont sous surveillance constante. Mes courriels et mes appels téléphoniques ont fait l’objet de piratage informatique et de fuites publiques bien avant que le rapport Mueller ne montre aux États-Unis que la communication de personne n’était vraiment pas sûre. Et il vaut mieux ne pas parler en public d’autres actions encore qui ont été prises contre moi. Cependant, ces difficultés ne sont rien en comparaison à ce que certains ont enduré.

    Mais le plus dur a été de quitter mon pays. Comment élèverais-je mes deux enfants si loin de chez moi ? C’était une peur profonde, comme James Bond l’aurait dit, ‘it scared the living daylights out of me’ Comment pourrais-je me rattacher à mon pays de naissance ? Pour paraphraser Bond à nouveau, je n’ai eu qu’un ‘Quantum of Solace’, qu’un certain réconfort. Mais aujourd’hui, avec le recul, je me rends compte que l’exil que je me suis imposé était une bénédiction déguisée. J’ai adopté ce pays comme le mien. Grâce à ce pays, j’ai pu m’épanouir d’une manière que je n’aurais jamais pu imaginer possible auparavant.

    Ces expériences m’ont appris que, même lorsque les circonstances sont difficiles nous devons toujours séparer nos liens affectifs de nos principes moraux et des buts que nous nous efforçons d’atteindre. Mais ne vous laissez jamais intimider. Vous ne devriez pas non plus succomber au ressentiment. Rappelez-vous que votre dissidence vient du pouvoir de résister à la peur de l’inconnu. En effet, le vrai courage vient de la capacité de surmonter cette peur.

    L’éducation, une clé de voute

    Cela m’amène à mon dernier point qui porte sur le fait que l’éducation et la connaissance doivent constituer une clé de voûte dans votre vie alors que vous construisez une boussole morale et apprenez le pouvoir de la dissidence. Vous allez tous quitter cette école, à un moment donné, pour poursuivre vos études supérieures. Pour beaucoup, cela signifie aller à l’université. Pour certains cette échéance est proche, pour d’autres elle est à l’autre bout du monde. Cela signifie un chemin hors du collège encore rempli de leçons et de visions.

    Lorsque je parle d’éducation, je parle de deux dimensions différentes. Tout d’abord, dans la salle de classe, rappelez-vous l’avertissement du poète classique Rumi : « Laissez-vous entraîner par la plus forte attraction de ce que vous aimez vraiment. Elle ne vous perdra pas. » En d’autres termes, donnez-vous la liberté d’expérimenter, d’explorer et d’expliquer sans abnégation. Il n’y a aucune pénalité pour l’apprentissage d’une matière ou d’un sujet qui n’est peut-être pas nécessaire plus tard dans la vie. Ce faisant, vous découvrirez peut-être votre véritable passion.

    La deuxième dimension de l’éducation va au-delà de la salle de classe. Il ne s’agit pas seulement de salles de cours ou de bibliothèques ou encore de la supervision d’un professeur. Cette deuxième dimension requiert plus encore que l’effort intellectuel et retenir des notions pour les examens. L’éducation, c’est saisir l’impact de vos actions sur le monde. Cela signifie comprendre comment vos actions peuvent non seulement miner et blesser les autres, mais aussi les inspirer et les enrichir. Apprendre la différence critique est votre impératif éducatif.

    En même temps, cette introspection exige que vous alliez au-delà dans la recherche de vos fondements éthiques et de votre voix personnelle. Vous méritez en même temps, le droit de tout critiquer et celui de défendre ce en quoi vous croyez.

    Mais il y a un piège. Une fois que vous aurez quitté cette école, personne ne pourra vous contrôler ou dicter vos actions. Il vous faudra choisir. C’est la partie la plus terrifiante de votre éducation future, l’idée austère mais libératrice qu’à partir de ce moment, vous serez seul responsable de ce que vous apprenez, de comment vous l’apprenez, et de pourquoi vous luttez.

    Ces choix, à leur tour, auront un impact durable, « car l’âme prend la couleur et la teinte des pensées qu’elle entretient » a dit Marc Aurèle. Ainsi, vous deviendrez votre propre artiste. Tout au long de ce processus, vous devez rester humble. L’humilité est une source de force. Avoir beaucoup d’amis n’est pas nécessairement mieux que d’en avoir quelques-uns fiables, et les plus grands plaisirs de la vie proviennent souvent des plus petites choses.

    Surtout, rappelez-vous qu’il y aura des périodes où vous douterez. Peut-être êtes-vous en train de vivre une période de doute en ce moment même, alors que vous vous préparez à obtenir votre diplôme et à plonger tête la première dans ce moment de transition. Ce faisant, suivez votre boussole morale, rappelez-vous le pouvoir de la dissidence et restez déterminés à faire de l’éducation la clé de voûte de votre vie. C’est votre choix, mais ce sera aussi votre destin – le vôtre et le vôtre seul.

    Hicham Alaoui

    Source: Fondation Hicham Alaoui

    Tags : Hicham Alaoui, Maroc, Hassan II, Collège Belmont,

  • L’Allemagne refuse d’être une « colonie des États-Unis »

    « L’ambassadeur des États-Unis à Berlin Richard Grenell s’adresse à l’Allemagne comme si elle était une colonie américaine lorsqu’il s’agit du gazoduc Nord Stream 2 », s’est indigné Klaus Ernst, président de la commission du Bundestag pour l’économie et l’énergie.

    « Les déclarations de l’ambassadeur américain en Allemagne Richard Grenell sur la construction du gazoduc Nord Stream 2 laissent croire que l’Allemagne est une colonie des États-Unis, ce qui est inadmissible », a déclaré ce jeudi 16 mai Klaus Ernst, le président de la commission du Bundestag pour l’économie et l’énergie, cité par Sputnik.

    « Les Américains souhaitent vendre leur gaz sur le marché européen. Les mesures qu’ils entreprennent ne sont pas toujours agréables. Elles sont tournées non seulement contre les Russes mais aussi contre les Européens, par exemple contre les sociétés allemandes participant au projet Nord Stream 2. Les agissements de l’ambassadeur américain en Allemagne sont inadmissibles, on a l’impression que nous sommes une colonie des États-Unis », a indiqué M. Ernst, lors d’une conférence consacrée à la coopération gazière Russie-UE.

    Le parlementaire a, en outre, noté que le gaz naturel russe convenait mieux à l’Allemagne que le gaz liquéfié américain pour des raisons écologiques et en raison de son prix intéressant.

    En mars, le vice-président du Parlement allemand, Wolfgang Kubicki, du Parti libéral-démocrate, avait proposé d’expulser l’ambassadeur des États-Unis pour ses propos concernant les dépenses militaires de Berlin. Selon M. Kubicki, le diplomate « se comporte comme un haut-commissaire d’une force d’occupation ».

    En janvier, M. Grenell a envoyé des lettres à plusieurs sociétés allemandes, les menaçant de sanctions en réaction à leur soutien au projet de gazoduc Nord Stream 2. L’Allemagne a considéré les déclarations de l’ambassadeur comme un « cas d’ingérence » dans ses affaires intérieures.

    Le Nord Stream-2 est un gazoduc long de plus de 1 200 km qui doit relier la Russie à l’Allemagne en passant sous la mer Baltique. Sa mise en service est programmée pour la fin 2019. Le gazoduc aura une capacité de transfert de 55 milliards de mètres cubes par an. Le projet est réalisé par la société russe Gazprom, en coopération avec les groupes européens Engie, OMV, Shell, Uniper et Wintershall.

    Selon Sputnik, les États-Unis ont plusieurs fois menacé d’adopter des sanctions contre le projet Nord Stream 2 et ses participants européens, tout en faisant la promotion de son gaz naturel liquéfié dont le prix est plus élevé que celui du gaz russe.

    Source : PressTV,

    Tags : Allemagne, Etats-Unis, Nord Stream-2, Russie, gazoduc, Gazprom,

  • Etude: «Quelle place de la Russie dans les options stratégiques du Maroc ?

    CYCLE PETIT-DEJEUNER DEBAT « DIVERSIFICATION DES ALLIANCES STRATEGIQUES »

    «Quelle place de la Russie dans les options stratégiques du Maroc ?»

    6 octobre 2010

    SYNTHESE ET CONCLUSIONS

    1. Dans le cadre des manifestations scientifiques relevant du programme d’études « Compétitivité globale et positionnement du Maroc dans le système mondialisé », l’Institut Royal des Etudes Stratégiques (IRES) a initié un « cycle-débat » consacré aux perspectives des relations du Maroc avec les puissances émergentes dans les différents continents (Brésil, Russie, Inde, Chine…).

    2. Ce cycle-débat, organisé à huit clos pour favoriser un échange fructueux, a pour objectif d’affiner les axes d’une étude en cours de lancement et qui explore les possibilités pour le Maroc de s’arrimer dès à présent aux nouvelles locomotives de l’économie mondiale dans le but de le préparer aux évolutions économiques et géopolitiques à venir.

    3. Dans ce cadre, l’IRES a organisé le 6 octobre 2010 un petit déjeuner-débat, animé par M. Nourredine SEFIANI, ancien Ambassadeur du Maroc en Russie, sur le thème « Quelle place de la Russie dans les options stratégiques du Royaume ?». L’objet est d’apporter un éclairage sur le potentiel de relèvement de la coopération maroco-russe, en tenant compte des mutations structurelles du monde dont le rythme s’est accéléré avec la crise mondiale de 2008-2009.

    4. En ouverture des travaux de cette manifestation, M. Mohammed Tawfik MOULINE, Directeur Général de l’IRES, a précisé que l’importance de la Russie pour le Maroc tire sa justification d’une double considération :

    D’abord géopolitique, vu la capacité d’influence de la Russie sur l’agenda international, compte tenu de son statut de membre permanent du Conseil de Sécurité des Nations-Unies.

    Ensuite économique étant donné que ce pays affiche un rythme de rattrapage rapide qui pourrait lui permettre de devenir la 10ème puissance mondiale à l’horizon 2050, même si la Russie serait confrontée à plusieurs contraintes (vieillissement de la population, taux de mortalité élevé, défis sécuritaires…).

    5. Le Directeur Général de l’IRES a rappelé que les relations Maroc-Russie remontent loin dans l’histoire et que l’évolution de la coopération entre les deux pays s’est inscrite récemment sur un sentier ascendant, notamment à l’issue des visites effectuées par leurs Chefs d’Etat respectifs (Visite de Sa Majesté le Roi Mohammed VI en octobre 2002, Visite du Président Vladimir POUTTINE en septembre 2006).

    6. Tenant compte des projections à moyen et long termes et du bilan récent de leur coopération bilatérale, le Maroc et la Fédération de Russie gagneraient à accorder à leurs relations bilatérales une signification plus stratégique avec la concrétisation du potentiel de la coopération dans les domaines économique, scientifique et culturel et des actions concrètes sous forme d’élargissement du spectre des intérêts au niveau régional et sous-régional.

    7. Dans son intervention sur les enjeux stratégiques des relations Maroc-Russie, M. Nourredine SEFIANI a souligné que ces relations doivent être appréhendées en tenant compte à la fois d’une multiplicité de facteurs d’ordre militaire, politique et économique et de l’influence de plusieurs acteurs dans l’orientation de ses relations (Europe, Etats-Unis, Algérie…).

    8. L’intervenant a mis en exergue deux niveaux d’enjeux pour mieux comprendre la réalité actuelle des relations Maroc-Russie et cerner son devenir. Il s’agit de l’enjeu des produits, qui englobe l’armement (armes classiques, ambitions nucléaires de l’Algérie, cartellisation du marché du gaz), les échanges commerciaux, ainsi que l’enjeu politique lié à la position de la Russie au sujet de la question du Sahara marocain.

    9. En ce qui concerne la question de l’armement, il y a lieu de constater les éléments suivants : la Russie dispose d’intérêts vitaux en Algérie. Les commandes algériennes d’armes russes ont totalisé un montant de 6,5 milliards dollars en 2006, à quoi s’ajoutent les commandes de sous-marins, de systèmes de défense anti-aériens. L’Algérie, qui figure parmi le top 10 des importateurs d’armes à l’échelle mondiale, devient ainsi le 3 ème client de la Russie en termes d’exportations d’armes.

    Les ambitions nucléaires de l’Algérie constituent un autre point qu’il faudra suivre avec vigilance. A cet effet, le Stockholm International Peace Research Institute (SIPRI) classe l’Algérie dans la catégorie des pays susceptibles de « devenir une préoccupation nucléaire et stratégique » et doit de ce fait être soumis à observation permanente.

    la question de la cartellisation du marché du gaz et l’éventuelle transformation du Forum des pays exportateurs de gaz en une OPEP du gaz au sein de laquelle l’Algérie et la Russie pourraient devenir les acteurs clés.

    Toutefois, les risques à ce niveau demeurent faibles, d’abord, du fait de différences fondamentales entre le marché du pétrole et le marché du gaz, ensuite, en raison d’une concurrence de plus en plus vive entre la Russie et l’Algérie sur le marché européen. Toutefois, la question des gazoducs de contournement mérite d’être suivie de près. Ceux construits par l’Algérie (Medgaz et Galsi) semblent être dictés par des considérations qui n’obéissent à aucune rationalité économique.

    10. S’agissant du commerce bilatéral Maroc-Russie, ce dernier a connu une évolution positive sur la période récente, quoique limitée et fluctuante d’une année à l’autre. Le volume global du commerce bilatéral est passé de près de 14 milliards de dirhams en 2005 à 18,5 milliards de dirhams en 2008, avant de chuter à 8,8 milliards de dirhams en 2009, sous l’effet de la crise mondiale. Les importations marocaines en provenance de Russie sont essentiellement constituées de pétrole, de fer, du souffre, de produits chimiques, de bois, de papier et carton, de machines et d’appareils divers. Quant aux exportations marocaines vers la Russie, elles sont composées principalement d’agrumes, de légumes, de farine de poisson, de poissons frais et plus récemment en 2009 de pièces détachées pour voiture ainsi que de fils et câbles pour l’électricité.

    11. Le Maroc reste déficitaire dans sa balance commerciale avec la Russie et le taux de couverture demeure à un niveau très faible (18,6% en 2009). Toutefois, pour les services, une dynamique particulière semble s’instaurer, avec une progression soutenue des recettes touristiques, suite à la suppression par le Maroc des formalités de visas pour les ressortissants russes en 2005.

    12. En ce qui concerne la question du Sahara marocain, qui constitue l’arrière plan politique du surarmement algérien, la Russie prône une solution politique, négociée, définitive, acceptée par les deux parties et avalisée par le Conseil de Sécurité.

    13. Sachant que le Maroc et la Russie ont maintenu une concertation permanente même durant la guerre froide et en tenant compte du soutien du Maroc en faveur du renforcement des liens entre la Russie et le monde islamique (Russie membre observatoire au sein de l’OCI), le renforcement des relations politiques entre les deux pays rendrait nécessaire d’élargir le spectre des intérêts stratégiques, à travers l’ouverture d’espaces de coopération à investir en commun notamment en Afrique et en Europe. ***** 14. Le débat engagé lors de cette manifestation a été axé sur les points suivants :

    Nécessité pour le Maroc de suivre de près les objectifs de la politique extérieure russe et de faire sienne l’obligation de vigilance et de veille afin d’anticiper tout éventuel changement de l’agenda politique extérieur de la Russie dans la région.

    Importance d’une position claire de la Russie, notamment pour ce qui est de la politique d’armement de l’Algérie et ce, en vue de préserver l’équilibre des rapports de force au niveau régional.

    Identification des leviers d’action pour concrétiser le potentiel du marché russe en termes de débouchés additionnels pour l’offre exportable nationale et comme source d’approvisionnement pour les entreprises marocaines (énergie, technologie…).

     Le potentiel du marché russe est considérable, notamment au niveau de certains secteurs où l’offre marocaine dispose d’atouts compétitifs certains (agro-alimentaire, pêche, textile…) et devrait aussi bénéficier de l’essor de l’industrie nationale dans le cadre des nouveaux métiers mondiaux du Maroc.

     Au niveau du secteur touristique, le rebond des recettes voyages en provenance de la Russie suite à la suppression des procédures de visas par le Maroc, laisse suggérer l’existence de marges de progression pour peu que notre politique de promotion suive de près le potentiel du marché russe, dont le développement est en ligne avec le rattrapage des revenus des ménages russes.

     La dynamique de l’investissement que connait le Maroc devrait constituer une incitation pour les entreprises russes à participer activement aux différents appels d’offre lancés par les autorités marocaines. La conclusion d’un accord de promotion et de protection des investisseurs relevant des deux pays serait un facteur d’appui incontournable.

    Non moins important, le Maroc gagnerait à mobiliser le potentiel de la coopération technique et bénéficier du transfert de savoir-faire dans des domaines clés, notamment énergétiques (schistes bitumineux, gaz naturel liquéfié, production électrique, prospection pétrolière).

     La mobilisation de la coopération serait incomplète si elle n’intégrait pas les aspects culturels et scientifiques. Le rapprochement entre les deux cultures rendrait perméable les deux sociétés et permettrait ainsi de créer les conditions permissives pour une plus grande proximité économique.

    ANNEXES

    P A R T I C I P A N T S :

    M. Mohammed Tawfik MOULINE Directeur Général de l’Institut Royal des Etudes Stratégiques

    M. Nourredine SEFIANI Ancien Ambassadeur du Maroc en Russie

    M. Nacer BENJELLOUN TOUIMI Professeur universitaire Université Mohammed V-Agdal

    M. Miloud LOUKILI Professeur Universitaire Université Mohammed V-Agdal

    M. Said MOUFTI Chercheur principal, chef de projet « Compétitivité économique », IRES

    M. Tarek CHBOURK Chef de projet d’études, IRES

    M. Othman BENJELLOUN Chercheur principal, IRES

    Source: Maroc Leaks

  • Maroc – La monarchie bénéficie de deux soupapes de sécurité : le Sahara et l’immigration

    Youssef Courbage : « Les sociétés arabes sont sorties de leur repli »

     

    ENTRETIEN – Youssef Courbage, démographe, coauteur avec Emmanuel Todd d’un essai sur l’évolution des sociétés arabes (Le rendez-vous des civilisations. Seuil), analyse les ressorts profonds des révoltes actuelles.

    Avez-vous été surpris par ces mouvements de révolte dans le monde arabe?

    Youssef Courbage : J’ai été surpris par le fait que cela se passe maintenant et que ce soit la Tunisie qui mette le feu aux poudres. Néanmoins, cela devait arriver. D’après les analyses que j’ai développées avec Emmanuel Todd, le processus qui s’est déroulé en Europe à partir du XVIIe siècle puis qui s’est généralisé au monde entier – la Chine de 1949, la Russie de 1905 et de 1917 – ne pouvait épargner un monde arabe qui connaît, depuis 30- 40 ans, exactement les mêmes transfor­mations démographiques, culturelles et anthropologiques que l’Europe à partir du régime de Cromwell, en Angleterre, puis la révolution française de 1789. Il n’y a pas de raison que le mon­de arabe soit une exception. Penser le contraire, c’est être essentialiste, c’est-à-dire estimer qu’il y a une nature arabe ou musulmane rétive aux progrès de l’humanité. Ce n’est pas mon cas.

    Quelles sont ces transformations ?

    Une progression de l’éducation, pour les garçons puis pour les filles. Vous avez aujourd’hui une majorité de jeunes alphabétisés, sachant lire et écrire. Découle, notamment, de cette éducation, un contrôle de la na­talité par l’utilisation des moyens de contraception, et donc une baisse du taux de fécondité, tombé à une moyenne de deux enfants par femme, dans les pays arabes les plus avancés, au Maghreb. On a pu constater aussi une baisse de l’endogamie avec, en Tunisie par exemple, une chute des mariages entre cousins germains.

    À partir de quand peut-on dater le début de ces transformations ?

    À l’exception des Libanais chrétiens qui ont bénéficié de la présence des missions chrétiennes et de leurs universités dès le XIXe siècle, le monde arabe a globalement commencé à basculer, c’est-à-dire à avoir une élévation du taux d’instruction et une baisse de la féc­ondité, à partir des années 1960 pour les pays les plus avancés.

    Quel a été l’élément déclencheur de ces transformations ?

    C’est une volonté politique. Pour certains pays comme la Tunisie sous le régime de Bourguiba, il y avait une volonté de modernisation, d’accès à l’enseignement aussi bien pour les garçons que pour les filles. Au Maroc c’était le cas des premiers gouvernements de l’indépendance qui avaient fait de l’éducation leur priorité, avant qu’on y mette un bémol parce qu’elle pouvait remettre en question les hiérarchies politiques. Jusqu’à l’avènement de Mohammed VI, les hautes instances du pouvoir ont parfois bloqué l’avancée de l’éducation. Ce qui explique aujourd’hui le retard important du Maroc en matière de scolarisation, surtout des filles et dans les milieux ruraux. Ensuite, cela dépend aussi des moyens dont dispose chaque pays. Les Etats du golfe persique, dont l’Arabie saoudite, grâce à leurs gros revenus pétroliers, peuvent se permettre un enseignement non seulement généralisé mais de qualité.

    Lire la suite depuis la source