Catégorie : UMA

  • Maroc – Algérie : Bouteflika, le cauchemar de Mohammed VI

    Dans ses dernières révélations, « WikiLeaks » rapporte que Mohammed VI et sa cour sont obsédés par tout ce qui concerne l’Algérie. Il est arrivé aux responsables marocains comme à cette personne qui a un marteau et qui, de ce fait, voit partout des clous.

    Le roi Mohammed VI et sa cour sont obnubilés par l’Algérie. Selon les dernières révélations du site « WikiLeaks », la préoccupation majeure de l’Armée royale concerne l’Algérie. Selon les documents de « WikiLeaks », l’Armée marocaine possède des « plans d’attaque d’urgence » et effectue des simulations stratégiques pour contrer un éventuel assaut algérien.De son voisin de l’Est, l’Algérie, Mohammed VI n’y voit que des menaces et se lance alors, dans une campagne de dénigrement international, particulièrement envers les Américains. En témoignent les documents irréfutables publiés par le site « WikiLeaks ».

    Dans ses notes, Rabat accuse l’Algérie de vouloir s’attaquer au Maroc, de refuser la collaboration sécuritaire, d’avoir favorisé la création d’« Al Qaîda » au Maghreb et, comble de la lubie royale, l’Algérie serait même sur le point de fabriquer la bombe atomique !

    C’est à peine si Rabat n’avait pas écrit que l’Algérie infestait la jeunesse marocaine par les tonnes de drogue qu’elle expédiait via les frontières. Dans leurs échanges avec les responsables américains en visite à Rabat, les officiels marocains accusent les Algériens de ne pas coopérer avec eux dans la lutte antiterroriste.Le directeur général pour la surveillance du territoire (services de renseignements intérieurs), Abdelatif Hammouchi, se livre d’une manière déconcertante aux Américains. Lors de la visite à Rabat de l’assistante du président américain pour la sécurité intérieure et l’antiterrorisme, Frances Fragos Townsend. « La coopération avec les Algériens est erratique » affirme Hammouchi. « Parfois ils nous fournissent de très bonnes informations et parfois on dirait qu’il s’agit d’impasse. Ce sont des partenaires difficiles », ajoute Yassine Mansouri (chef de la direction générale des études et de la documentation, le service de contre-espionnage marocain), citant une note diplomatique du 31 juillet 2007, publiée par « WikiLeaks ».

    Plus tôt, la même année, le directeur général des affaires bilatérales au ministère marocain des Affaires étrangères Youssef Amrani, avait ainsi « suggéré que l’émergence d’+ Aqmi + était principalement due aux échecs du gouvernement algérien », rapporte une note du 18 mai. Une position que ne partagent visiblement pas les Etats-Unis qui défendent la politique antiterroriste de l’Algérie. A l’accusation de Amrani, un diplomate américain répond que « le + GSPC + a été forcé de s’associer avec + Aqmi + parce que le gouvernement algérien a réussi à le marginaliser ». Dans la même note, le diplomate américain constate que Khalid Zerouali, en charge de la sécurité des frontières marocaines au ministère de l’Intérieur, « s’est hérissé » lorsque les officiels américains ont cité l’Algérie comme « un modèle » dans la lutte antiterroriste en Afrique du Nord. Les documents de « WikiLeaks » révèlent aussi que le Maroc soupçonne depuis longtemps l’Algérie de chercher à développer un programme nucléaire militaire. Cette inquiétude a été rapportée dans une note diplomatique américaine du 21 novembre 2006 transmise cinq jours après un entretien entre le secrétaire général du ministère des Affaires étrangères marocains, Omar Hilale, et l’ambassadeur américain à Rabat au sujet du programme nucléaire de l’Iran. Hilale affirme ainsi qu’ «un Iran doté de l’arme nucléaire serait un désastre pour la région et spécialement pour le Maroc.

    Les diplomates américains en poste à Rabat évoquent « une armée marocaine minée par la corruption et la bureaucratie »

    « Cela provoquerait une course à l’armement dans la région et cela accélèrerait la poursuite de ce qu’il a décrit comme un programme nucléaire militaire algérien similaire, même s’il n’est que naissant ».« Si l’Iran réussit, dans les dix ans, d’autres pays du Moyen-Orient auront la bombe et les Algériens suivront peu après », a-t-il dit, précise la note. Au cauchemar algérien s’ajoute l’épine du Sahara occidental. A une certaine période, près de 70% des effectifs des forces armées marocaines étaient déployés au Sahara occidental.Les masques sont tombés: il s’agit d’une armée d’occupation. Avec de pareilles révélations, il sera maintenant difficile au Maroc de justifier ses exactions et surtout les massacres que cette même armée vient de commettre au Sahara occidental. Par ailleurs, le site « WikiLeaks » a fait d’autres révélations, notamment le portrait peu flatteur que font d’elle les Américains. Dans un câble classé « secret » daté d’août 2008, les diplomates américains en poste à Rabat évoquent « une armée marocaine minée par la corruption et la bureaucratie, de faibles niveaux d’éducation dans ses rangs, une marginalisation politique, des équipements vieillissants et un déploiement de la plupart de ses forces dans le Sahara occidental ».

    Pour Bouteflika, la France tente de régler ses comptes avec l’Algérie « en appuyant le Maroc »

    Les quotidiens « El Pais (Espagne) » et « Le Monde (France) », montrent des divergences de vues importantes entre Alger et Rabat au sujet du conflit au Sahara occidental. Des divergences qui viennent s’ajouter à la mésentente totale entre le président Bouteflika et le roi Mohamed VI. « Si je pouvais résoudre le problème je le ferais. Mais je ne peux pas parler à la place des Sahraouis » . Ce qu’il faut, c’est que « le Maroc et le Polisario trouvent une solution, et ils peuvent le faire avec l’aide des Américains », a déclaré le président algérien lors d’une rencontre. C’est ce qu’a déclaré en 2007 à Alger le président Bouteflika à l’assistante du président américain George Bush pour la sécurité intérieure et l’antiterrorisme, Frances Fragos Townsend. Les Français, confiera le président Bouteflika lors d’une autre rencontre relatée par des diplomates américains, « du fait du poids de leur histoire coloniale au Maghreb, sont incapables de jouer un rôle constructif dans le conflit ». Selon lui, « la France n’a jamais vraiment accepté l’indépendance algérienne ». Elle tente aujourd’hui de régler ses comptes avec l’Algérie « en appuyant le Maroc ». En février 2008, recevant un diplomate américain, le président algérien dénonce « le plan d’autonomie » voulu par Rabat à la place du referendum d’autodétermination au Sahara occidental. Pour lui, la proposition marocaine n’offre qu’un semblant d’autonomie. Les provinces algériennes ont d’avantage d’autonomie vis-à-vis d’Alger que ce que propose Rabat pour le Sahara occidental, a fait remarquer le président algérien. Une position réaffirmée, en novembre 2009, devant le chef du commandement américain pour l’Afrique (Africom), le général William Ward. « Vous ne pouvez pas défendre l’application d’un principe pour la Palestine et un autre principe pour le Sahara occidental ».

    Doutes sur la zone de libre échange maghrébine- Bouteflika et Mohammed VI, distance et f roideur

    La zone de libre-échange maghrébine sera opérationnelle en 2011. L’annonce faite par le secrétaire général de l’« Union du Maghreb Arabe », Habib Ben Yahia aurait du soulever l’enthousiasme des médias maghrébins, elle les a laissé presque froids. Et pour cause. Une zone de libre-échange suppose un minimum de convergence politique qui n’existe pas. Les premiers documents « Wikileaks » sur les relations entre Alger et Rabat, sans faire de grosses révélations, le confirment. Les premières révélations de « Wikileaks » sur les relations algéro-marocaines, hormis certaines appréciations crues, confirment des positions connues. Les divergences entre l’Algérie et le Maroc sur le dossier du Sahara Occidental sont de l’ordre du fondamental et constituent un facteur bloquant.

    La distance est si grande entre les deux plus grands pays maghrébins qu’on voit mal comment une zone de libre-échange dans laquelle ils seraient inclus serait possible. Quand à l’idée d’une zone de libre-échange à quatre – Tunisie, Libye, Mauritanie sans le Maroc ou sans l’Algérie – aucun des pays de l’« UMA » ne se risquerait à l’accepter car elle passerait pour une prise de position inamicale vis-à-vis de « l’exclu ». Dans ce contexte, la zone de libre-échange annoncée risque de n’être qu’un autre texte juridique ou accord sans traduction concrète. A l’évidence, c’est cela le vrai objet de l’annonce de M. Habib Ben Yahia. La Convention sur la zone de libre-échange va être finalisée avant la fin de l’année par le groupe de travail installé lors de la 9e session du conseil des ministres maghrébins du Commerce, tenue en mai à Tripoli. Les sherpas ont donc travaillé et mis au point le document. Il lui restera à passer par les sas des ministres du Commerce des pays de l’« Union du Maghreb », puis aux ministres des Affaires étrangères. « La convention relative à la création de cette zone est fin prête et sera signée par les ministres du commerce des pays de l’UMA avant de la soumettre au Conseil des ministres des Affaires étrangères », a indiqué Habib Ben Yahia. Cela constituerait déjà un progrès si des pays comme l’Algérie et la Libye acceptent une zone de libre-échange qui ne leur sera pas d’un grand bénéfice économique dans l’immédiat contrairement à la Tunisie et le Maroc, mais les obstacles d’ordres politiques ou psychologiques restent entiers.

    Tags : Maroc, Mohammed VI, Wikileaks, Bouteflika, Algérie, Sahara Occidental,

  • Prince Hicham : La démocratisation de l’Algérie va mettre le Maroc dans une situation difficile

    Prince Hicham : La démocratisation de l’Algérie va mettre le régime marocain dans une situation difficile

    Le prince marocain Hicham Alaoui souligne que l’institution militaire algérienne pourrait apprendre de la méthodologie/manœuvre du Makhzen marocain pour répondre aux exigences démocratiques du peuple algérien. Rappelant que si les Algériens parviennent à instaurer la démocratie, le Maroc sera dans une situation difficile.

    Hicham Alauí a exposé ces idées lors d’une conférence à l’Université Duke le 28 mars 2018. Le titre était “Le monde arabe entre révolution et contre-révolution”. Cette conférence coïncide avec le retour du printemps arabe dans des pays comme le Soudan, la Jordanie et surtout l’Algérie. Les idées principales de cette conférence sont :

    1 : Le printemps arabe et ses conséquences ressemblent beaucoup aux révolutions européennes de 1848. Une différence, cependant, est que la réaction contre-révolutionnaire contre le printemps arabe produit une version rénovée et non éclairée de l’autoritarisme qui ignore la nouvelle réalité sociale et au lieu de cela réduit son pouvoir patriarcal et despotique.

    Alors que les despotes éclairés de l’Europe ont cherché à absorber et à détourner le changement en offrant aux citoyens un nouveau type d’ordre politique, ou du moins des réformes conçues pour intégrer des formes croissantes de conscience nationaliste, l’ordre du printemps post-arabe offert par les autocrates régionaux est différent. Il tente d’écraser le changement en éliminant toute dissidence.

    2 : Situation au Maghreb. Comme l’Egypte, l’armée algérienne est l’épine dorsale de l’Etat. L’ère Bouteflika a été une modeste reconfiguration de cette formule, alors que le président civil grignotait cette hégémonie en faisant appel à de nouvelles élites commerciales et en réorganisant les services de sécurité. La chute de Bouteflika marque le retour de l’armée sur le devant de la scène politique algérienne. Ce moment politique est une transition, mais pas nécessairement démocratique. L’armée algérienne tentera d’apprendre de son ennemi juré, le makhzen marocain, en recyclant le système et ses élites. A l’inverse, le Makhzen marocain regarde l’Algérie avec appréhension. Les deux régimes, monarchique et militariste, ont des caractéristiques communes ; ce sont des autocraties libéralisées avec des élites pluralistes et des processus décisionnels opaques. Si le régime algérien fait de véritables pas vers la démocratisation, le système marocain se trouvera dans une position délicate.

    3 : La Chine et la Russie sont des puissances internationales qui n’ont aucun intérêt à promouvoir la démocratisation. Cependant, ils utilisent des stratégies différentes pour ce faire. La Russie fournit une couverture diplomatique aux autocraties, comme en Syrie et en Ukraine, et est même disposée à intervenir militairement pour renforcer leurs régimes favoris. La Chine est plus subtile, soutenant les autoritaires du Moyen-Orient par des ressources économiques et financières, ainsi que par une augmentation prometteuse du commerce et des investissements.

    Source : AlifPost

    Tags : Maroc, Algérie, Makhzen, Hicham Alaoui, Prince Hicham, Moulay Hicham, Bouteflika, article 102,

  • Les relations franco-algériennes : La solidarité dans la nécessité et l’hypocrisie

    MAGHREB. L’Algérie est, pour la France, une douleur et une nécessité. Partenaire économique qui finit par privilégier nos concurrents ou terre d’islam avec qui il faut lutter de concert contre le terrorisme, l’allié algérien est un facteur d’instabilité nationale.

    L’élection présidentielle algérienne a finalement été ajournée ce 11 mars par le président Bouteflika, qui a annoncé, dans la foulée, la préparation d’une nouvelle constitution. Ceci nous importe dans la mesure où la France et l’Algérie sont liées par des relations complexes qui les enchaînent mutuellement.

    Des relations d’interdépendance

    Au plan économique, cette dépendance mutuelle est criante : la France est le premier fournisseur de l’Algérie en matériels divers et son cinquième partenaire commercial. Notons, à ce sujet, la régression de la France, au départ à la première place, puis dépassée par les États-Unis, l’Italie l’Espagne, et la Chine, nouvelle venue, dont les importations de produits algériens représentent, depuis 2014, 8 197 milliards d’euros, contre 6 342 milliards pour notre pays. Les États-Unis, eux, ont un volume d’échanges commerciaux avec l’Algérie qui s’élève à 19 milliards de dollars. Il importe d’ailleurs de remarquer que le maintien de la France à cette cinquième place découle en bonne partie de son appartenance à l’Union européenne, laquelle absorbe 50% des exportations algériennes.

    Depuis longtemps, la France cherche à sauver sa prééminence en Algérie et en Afrique du nord. Rappelons ici son rôle déterminant dans le lancement du Processus de Barcelone (27-28 novembre 1995), à l’initiative de Jacques Chirac, puis dans la constitution de l’Union pour la Méditerranée, fondée à Paris le 13 juillet 2008 à l’initiative de Nicolas Sarkozy, et regroupant 43 pays du pourtour méditerranéen, dont les trois États maghrébins et les 27 membres de l’UE, et dont le but officiel consistait à construire « un espace de paix, de sécurité et de prospérité partagée », étayé sur le libre-échange, le développement des ressources humaines et des échanges culturels, et le respect des Droits de l’Homme. Saluée comme un grand succès de la diplomatie française, l’Union pour la Méditerranée a accouché de projets ambitieux, mais de peu de réalisations pratiques.

    Le renforcement des relations franco-algériennes viendrait plutôt de la lutte commune contre le djihad. Ministres, hauts fonctionnaires et généraux français et algériens se consultent, depuis 2017, pour coordonner leurs opérations, échanger leurs analyses et leurs expertises. Les ministres des Affaires étrangères et de l’Économie des deux États se rencontrent régulièrement. Chacune des deux nations ne peut se passer de l’autre : toutes deux sont condamnées à s’entendre et à s’épauler.

    Des relations tumultueuses

    Or, depuis cinquante-sept ans, cette association nécessaire est émaillée de tensions, de ruptures, de refroidissements et de raideurs. L’ancien président algérien Houari Boumedienne disait justement : « Les relations entre la France et l’Algérie peuvent être bonnes ou mauvaises, mais elles ne peuvent pas être banales ». Et, de fait, non seulement elles n’ont jamais été ni banales, ni normales, mais toujours fortement empreintes de rancœur, de haine latente, de méfiance, d’oppositions.

    Les accords d’Évian du 18 mars 1962 devaient tenir lieu de base à l’ensemble des relations entre la France et l’Algérie indépendante. On sait ce qu’il advint. La guerre d’Algérie se termina dans des bains de sang et les accords ne furent acceptés ni par l’aile radicale du FLN, qui les considérait comme « une plate-forme colonialiste », ni par une bonne partie de la classe politique française, encline à les interpréter comme une défaite humiliante et une amputation du territoire national. Les désaccords entre les deux pays éclatèrent dans le domaine militaire (les Algériens s’accommodant mal de la libre disposition par les Français, pendant cinq ans, des installations de In Ecker, Reggane, Colomb-Béchar et Hammaguir) et au plan économique, au niveau de l’exploitation des ressources pétrolières du Sahara. La crise culmina avec la décision du président Boumédiène de nationaliser les ressources pétrolières et d’en confier l’exploitation à une société nationale, la Sonatrach (24 février 1971). Elle connut un moment d’arrêt avec la visite de Giscard d’Estaing à Alger (10 avril 1975). Le président français déclara alors : « Aujourd’hui, nos deux peuples travaillent ensemble », ce qui semblait relever d’une bonne volonté coopérative fondée sur l’oubli du passé. Mais rien ne fut sérieusement tenté pour lancer cette coopération, et la collaboration entre les deux pays continua à relever de la contrainte mutuelle, et resta défiante. D’autant plus qu’à partir de 1976, le soutien diplomatique apporté par la France au Maroc, lors de la crise du Sahara occidental, empoisonna les relations politiques entre Paris et Alger.

    Notre prudence sans panache et sans génie s’efforce de préserver un avenir bien incertain.

    Les deux États semblèrent pourtant opérer un sérieux rapprochement au début de la décennie 1980. Ils étaient dirigés par deux nouveaux présidents, Chadli en Algérie, Mitterrand en France, décidés à aller dans la voie d’une collaboration étroite et confiante. Dès la fin de 1979, Chadli avait affirmé, à la télévision française, que les deux pays pouvaient oublier le passé et entretenir les meilleurs rapports, à l’exemple des relations franco-allemandes ; de son côté, Mitterrand, galvanisé par son très pro-arabe ministre des Relations extérieures, Claude Cheysson, rêvait d’instaurer entre la France et les pays du Tiers Monde des rapports exemplaires. Ce qui l’amena à conclure, à la suite de son séjour à Alger (30 novembre-1er décembre 1981), une série d’accords commerciaux, dont l’achat par la France du gaz algérien à un prix supérieur de 25% au cours mondial ! Initiative typique des bouffées délirantes de Mitterrand, qui présenta l’inconvénient d’alourdir notre facture énergétique sans que l’Algérie ne nous renvoyât l’ascenseur par des préférences ou des facilités accordées à nos entreprises ou des avantages douaniers sur nos produits. Le « coup de passion » entre Paris et Alger, suivant l’expression de Cheysson resta sans lendemain. Et les relations franco-algériennes poursuivirent leur fatal chemin, cahin-caha. Maintenues par la seule nécessité et le poids de l’histoire, insuffisantes pour générer un réel avantage politique ou économique, elles suffirent, en tout cas, à entraîner des conséquences néfastes pour notre pays. Celui-ci, en raison de ses liens avec le pouvoir FLN d’Alger, devint, à partir des années 1990, la cible du terrorisme islamiste, en lutte contre ce dernier… avec lequel les relations tendaient à se dégrader. En effet, des décennies durant, la France avait fermé les yeux sur le caractère autoritaire, clanique et corrompu de l’État et du système politique algériens. D’autant plus que le régime avait été institué par les « patriotes » algériens vainqueurs du colonialisme français au nom du droit des peuples, ce qui rassérénait la bonne conscience qui imprègne toute notre classe politique et nos gouvernements successifs.

    Mais l’irruption, sous la forme du terrorisme, de la guerre civile entre l’État FLN et ses adversaires djihadistes obligea nos dirigeants, volens nolens, à prendre position dans ce conflit. Ainsi, la France se permit-elle de critiquer les entorses faites à la démocratie en Algérie et le caractère irrégulier de l’élection d’Abdelaziz Bouteflika en 1999. Le président algérien fut reçu cordialement par son homologue français, Jacques Chirac en juin 2000, lequel lui rendit la pareille à Alger en mars 2003, mais les relations entre la France et l’Algérie se tendirent de nouveau, lorsque en février 2005 le Parlement français vota une loi rappelant les aspects positifs de la colonisation. La visite de Sarkozy à Bouteflika, en décembre 2007, permit la conclusion de contrats pétroliers et gaziers de cinq milliards de dollars. Mais cette rencontre au sommet frôla l’échec cuisant, le président algérien persistant à manifester sa rancune anticolonialiste envers la France.

    Une nouvelle crise éclata avec l’arrestation, en août 2008, du diplomate Mohamed Ziane Hasseni, accusé d’avoir commandité le meurtre d’un opposant algérien, et ne fut que très difficilement surmontée, notamment par la visite à Alger de l’ancien Premier ministre français Raffarin, en avril 2015. Dans l’intervalle, Sarkozy ignora Bouteflika lors de la réunion du G20 à Nice, en novembre 2011, et le président algérien attendit ostensiblement l’élection de François Hollande, le 6 mai 2012, pour accréditer le nouvel ambassadeur français à Alger, nommé par son prédécesseur.

    Un avenir incertain qui condamne l’hypocrisie de la diplomatie française
    Décidément, le passé ne veut pas passer, et il se complique, aujourd’hui, des répercussions sur les relations franco-algériennes de la montée des oppositions au pouvoir FLN. Pénible dilemme pour la France : elle aurait intérêt à se démarquer d’un État FLN toujours plus contesté, qui ne se maintient que par la force militaire et qui ne peut plus, comme il l’a longtemps fait, acheter la paix sociale en distribuant (aux entreprises, en particulier aux jeunes entrepreneurs) des subventions prélevées sur la manne des revenus du pétrole et du gaz, en raison de la baisse des cours mondiaux de ces sources d’énergie ; mais elle ne peut miser sur une opposition très émiettée, encore loin du pouvoir, et qui risque de se montrer exigeante lorsqu’elle y accédera ; et tout cela avec le danger de voir croître en influence le radicalisme musulman. Actuellement, elle se tient à une attitude expectative. Benjamin Griveaux a affirmé que le gouvernement, dont il est le porte-parole, souhaite que l’élection « réponde aux aspirations du peuple algérien ». Précisant ce pont de vue tout en évitant d’engager son gouvernement dans le débat politique algérien, il a déclaré : « C’est au peuple algérien et à lui seul qu’il revient de choisir ses dirigeants, de décider de son avenir, et cela dans la paix et la sécurité […] Nous formons le vœu que cette élection donne à l’Algérie l’impulsion nécessaire pour faire face aux défis qui sont les siens et pour répondre aux aspirations profondes de sa population ». Compréhensible, cette prudence ménage la chèvre et le chou, et s’efforce, sans panache et sans génie, de préserver un avenir bien incertain. Une incertitude encore accrue par la décision de Bouteflika de renoncer à briguer un cinquième mandat tout en demeurant à la tête de l’État jusqu’à la réforme de la constitution préparée par une « convention nationale », dont on ignore tout de la composition. Nos dirigeants actuels sont manifestement dépassés par la situation politique de l’Algérie d’aujourd’hui. On peut néanmoins se demander s’ils le seraient autant si leurs prédécesseurs, depuis 1962, avaient donné aux maîtres d’Alger l’exemple d’une politique nationale lucide, ferme et réellement constructive, au lieu d’une attitude hypocrite et bassement calculatrice mal dissimulée par une rhétorique et des postures tiers-mondistes dont aucun des deux pays n’a tiré un bénéfice réel et durable.

    Politique Magazine,

    Tags : Algérie, France, Bouteflika, Présidentielles 2019, article 102,

  • Le Maghreb en Californie, le nouveau rêve américain

    Entretien avec Marie-Pierre Ulloa et par Keren Mock
    Dans L’Autre 2018/3 (Volume 19), pages 344 à 354

    Enseignante et chercheuse en études francophones à l’université de Stanford de Californie, Marie-Pierre Ulloa privilégie une approche transdiciplinaire ancrée en sciences humaines et sociales. Son aire principale de recherche est l’Afrique du Nord et ses ramifications à l’ère contemporaine.

    Elle a introduit à Stanford un cours sur Camus l’Algérien qui rencontre un bel écho auprès de ses étudiants originaires des quatre coins de la planète (Ile Maurice, Japon, Pondichéry, Algérie, Congo, Sénégal, Haïti, Egypte, Amériques, Europe…) ainsi que sur l’histoire des guerres d’Algérie, de 1830 aux années 1990.

    Elle fut aussi la directrice adjointe du Abbasi Program in Islamic Studies, du Mediterranean Studies Forum et du Taube Center for Jewish Studies de Stanford, centres où elle est affiliée en tant que chercheuse associée.

    Ancienne élève de Michel Winock à Sciences Po, sous la direction duquel elle a fait son DEA d’histoire intellectuelle sur l’itinéraire politique du philosophe Francis Jeanson, sa recherche s’inscrit dans le cadre de l’histoire culturelle de la subjectivité des acteurs sociaux.

    Elle cultive un vif intérêt pour les récits d’histoire subjective et explore la notion d’objectivation autour de thèmes aussi divers qu’universels : la migration, l’exil, la langue, le territoire, l’histoire des minorités et les questions d’acculturation, le rapport au politique.

    Elle travaille également sur l’histoire culturelle du cinéma, cinéma pour lequel elle nourrit une passion depuis son plus jeune âge…

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    Tags : Maghreb, Maroc, Algérie, Tunisie, Mauritanie, Libye, Etats-Unis,

  • Tunisie : Réunion tripartite sur la Libye

    Les ministres des AE tunisien, algérien et égyptien qui se sont réunis au Caire, mardi 5 mars 2019, pour débattre des derniers développements de la situation et des perspectives d’une solution en Lybie ont réaffirmé, dans un communiqué publié à l’issue de la réunion leur soutien à la Lybie et leur appui à son peuple. Exprimant leur refus de toutes les formes d’ingérence étrangère dans les affaires libyennes, ils ont évoqué les efforts déployés par les trois pays voisins de la Lybie pour rapprocher les points de vue des parties libyennes.

    Le communiqué a exhorté ces parties à réagir positivement au processus proposé par l’ONU et exprimé le soutien de la Tunisie de l’Algérie et de l’Egypte à l’émissaire onusien Ghassan Salamé en vue de mettre en œuvre le plan d’action qui doit aboutir à une solution globale.

    Les trois ministres ont exprimé leur préoccupation envers la situation sécuritaire et ont mis l’accent sur la nécessité de mettre en place le plan de sécurité pour la capitale Tripoli élaboré par l’ONU et adopté par le Gouvernement de Réconciliation Nationale.

    Insistant sur l’importance de poursuivre la coopération politique et la coordination en matière de sécurité dans la lutte contre le terrorisme, les ministres des affaires étrangères tunisien, algérien et égyptien ont convenu de tenir leur prochaine réunion à Tunis.

    Rappelons que Khemais Jhinaoui, ministre des Affaires étrangères, a participé mardi à une réunion de consultation entre les ministres des Affaires étrangères tunisien, algérien et égyptien dans le cadre du suivi de l’initiative du président Béji Caid Essebsi de règlement global de la crise en Lybie.

    La réunion a porté sur les moyens d’aider les Libyens à parvenir à un consensus pour lancer un dialogue libyen-libyen sur la base de l’accord politique et conformément à la feuille de route internationale visant à résoudre la crise en Lybie.

    S.N

    Le Diplomate Tunisien

    Tags:  Béji Caïd Essebsi, Crise Libyenne, Khemais Jhinaoui, Libye, ONU, Tunisie,

  • L’Emir Abdelkrim Al-Khattabi : de la lutte contre l’impérialisme à la construction de l’union maghrébine.

    La lutte de Muhammad Ben Abdelkrim Al-Khattabi contre les forces impérialistes franco-espagnoles a eu lieu au moment même où règne partout dans le monde arabe une effervescence de la renaissance arabe (An-Nahada). Elle s’inscrit dans le cadre des luttes anticoloniales menées par les peuples colonisés du sud et d’Orient, et plus particulièrement les révoltes arabes contre les accords de Sykes-Picot (en 1916). Elle est le symbole des luttes pour l’indépendance et l’autodétermination des peuples à disposer d’eux-mêmes.

    L’action révolutionnaire de l’Emir Abdelkrim Al-Khattabi suscita l’enthousiasme et un soutien authentiques aux quatre coins du monde : l’Emir Al-Khattabi devint une icône pour toute une génération de révolutionnaires assoiffés de liberté et d’indépendance. Il ne fut pas uniquement cet habile stratège rifain qui combattit l’impérialisme occidental à partir de la région du Rif, mais il fut l’unificateur des luttes menées au nom d’un Maghreb uni et indépendant. Il est le fondateur de la guerre moderne anticoloniale du XXe siècle, son combat servira de modèle à toutes les guerres d’indépendances futures.

    Le Maroc, comme bien d’autres pays dans le monde, fut la proie des prédateurs impérialistes qui lorgnaient sur ses ressources minières (phosphate, zinc, plomb, fer, cobalt, cuivre, barytine, charbon , argent…) et convoitaient son littoral. Il sera soumis à un double protectorat français et espagnol en 1912 parachevant ainsi la mise sous tutelle du Maroc dont les prémices remontent au XVe siècle.

    C’est contre ce colonialisme que l’Emir Abdelkrim va s’insurger et combattre tour à tour les espagnols au nord, les français au sud et une coalition franco-espagnole appuyée et soutenue par les puissances occidentales notamment la Grande Bretagne.

    Le 21 juillet 1921, l’Emir Abdelkrim inflige une défaite monumentale à l’armée espagnole suréquipée lors de la mythique bataille d’Anoual. 3000 rifains font face à plus de 100 000 hommes ; la bataille se solde par une véritable débâcle dans le camp espagnol : 16 000 soldats tués, des milliers de blessés et des centaines de prisonniers, 20 000 fusils, 400 mitrailleuses, 200 canons passeront entre les mains des moudjahidines du Rif . L’Espagne vient de perdre le terrain qu’elle avait gagné par des années de guerre. Le général espagnol Fernandez Sylvester se donnera la mort à la suite de la déroute; à Madrid le gouvernement tombe. L’hécatombe est telle que la Société des Nations parle du « cataclysme marocain ». C’est aussi cette guerre du Rif qui provoquera l’ascension de Franco au pouvoir (en février 1926, alors qu’il n’a que 34 ans, il sera le plus jeune général d’Europe).

    La bataille d’Anoual marque un tournant historique décisif dans les luttes anticoloniales : c’est la première fois qu’une armée impérialiste est mise en échec de façon aussi foudroyante. Un historien déclarera : « c’est l’un des plus effroyables désastres enregistrés au cours des entreprises coloniales européennes en Afrique. ».

    Très vite cette victoire dépasse les limites du Rif pour se propager à l’ensemble du Maroc où chaque marocain se sentit rifain. L’aura de l’Emir Abdelkrim s’étendra à l’ensemble du Maghreb et du monde arabe et plus largement encore jusqu’en Indochine où Ho Chi Minh reconnut en Abdelkrim Al-Khattabi son frère d’armes : il le voyait comme « le précurseur de la guerre populaire moderne. »

    Dans un monde marqué par les préjugés racistes et ethnocentristes, la victoire d’Anoual était tout un symbole : elle eut des répercussions psychologiques et politiques immenses chez les peuples qui vivaient sous la domination et le joug colonial. La victoire d’Anoual représentait une victoire triomphale des peuples de « couleurs » exploités par les impérialistes sur une nation « blanche » ; c’était une revanche des pays colonisés et une humiliation de l’Occident arrogant.

    La victoire des moudjahidines rifains venait non seulement de mettre fin au mythe de l’invincibilité des armées occidentales mais elle inaugurait une technique de guerre qui allait faire le succès de toutes les guerres de libération du Tiers-Monde sous occupation coloniale : la guérilla.

    A ce propos, en 1971, recevant une délégation du Fatah, Mao Tsé-toung leur déclara : « Vous êtes venus pour que je vous parle de la guerre populaire de libération alors que, dans votre histoire récente, il y a Abdelkrim, qui est une des principales sources desquelles j’ai appris ce qu’est la guerre populaire de libération. Pourquoi donc avez-vous fait tout ce chemin alors que vous avez le Maitre : Abdelkrim ? »

    L’Emir Al-Khattabi réussit à unir et à mobiliser toutes les tribus du Rif sous son commandement et sous le mot d’ordre de la lutte pour l’indépendance. Il vainquit une armée impérialiste et proclama la création de la « République du Rif » qu’il dotera des institutions étatiques les plus modernes de son temps.

    Cette jeune république, la première dans le monde arabe, représentera alors une menace insupportable pour tous les belligérants :

    – d’une part pour le Makhzen et le sultan Moulay Youssef à qui Abdelkrim reprochait sa passivité, son manque de combattivité pour la libération nationale. En effet le sultan restera sagement sur son trône pendant que les français et les espagnols mèneront une guerre impitoyable au Rif. Le sultan percevait l’Emir Abdelkrim comme une menace pour son pouvoir royal.

    – d’autre part cela représentait pour les français un danger colossal : en effet le risque encouru était de voir les moudjahidines rifains embraser tout le Maroc et la guerre du Rif s’étendre à l’Algérie voisine. Il est vrai que chacune des victoires de l’Emir Abdelkrim sera accueillie par le peuple algérien comme étant la sienne et sa défaite finale aussi. De plus c’est après la reddition d’Al-Khattabi en 1926 que naîtra, à Paris, l’Etoile Nord-Africaine qui va organiser les travailleurs d’origine maghrébine dans un cadre de lutte commun avec comme programme : la libération de l’ensemble des trois colonies du Maghreb. L’idéologie et le programme de cette Etoile Nord-Africaine s’inspire du combat anticoloniale d’Abdelkrim et de ses mots d’ordre unificateur.

    Abdelkrim poursuit son combat tous azimuts contre les troupes françaises qu’il harcèle de toutes parts : au 20 juillet 1925, les pertes françaises s’élève à près de 6 000 hommes. Face à cette déroute, le général Hubert Lyautey sera contraint de démissionner. Le maréchal Philippe Pétain, partisan d’une guerre agressive et sans merci, prendra le relais.

    Une coalition franco-espagnole se mettra alors en place mobilisant une armée d’un demi-million d’hommes. De partout dans le monde occidental, on veut s’engager pour croiser le fer avec les moudjahidines du Rif. Les Etats-Unis participeront activement à la guerre du Rif avec leurs escadrons de la mort.

    La guerre du Rif était devenue le moyen de préserver la suprématie de l’homme blanc et les Empires coloniaux occidentaux en luttant brutalement contre la population rifaine.

    Charles Willoughby, (1892-1972) major général de l’armée des États-Unis, publia un article en août 1925 où il écrit : « Une foule d’hommes noirs et de couleurs avait été précipitée contre des hommes blancs, d’Ypres jusqu’à Bagdad, théâtres d’opérations sur lesquels ils avaient appris à les tuer. Les races assujetties avaient découvert une étrange vérité : les suzerains blancs, ces insondables maîtres de leurs destinées, s’étaient opposés les uns aux autres. Les demi-dieux avaient chu de leurs piédestaux séculaires et avaient été réduits à des fragments d’argile. […] Il y a peu de temps encore, les Empires coloniaux étaient fondés sur une légende, la légende de l’invincible homme blanc. Il n’est pas bon de détruire ce mythe, de toucher au piédestal sur lequel reposait le demi-dieu depuis tant de siècles.[…] Seule une guerre agressive, conduite jusqu’au cœur de leur pays par des expéditions punitives incendiant les villages, détruisant les réserves de blé et dispersant les troupeaux, pourrait accomplir la subordination des tribus rebelles. »

    Pour se faire, Willoughby suggéra l’utilisation de chars, de voitures blindées, de lance-flammes et de gaz. Les Espagnols, aidés par l’armée allemande et l’industrie, construisirent des usines pour la fabrication de gaz en Espagne et au Maroc. Des milliers de tonnes de gaz moutarde furent ainsi répandus sur des villages marocains ce qui préfigurera les guerres coloniales contre-révolutionnaire à venir.

    Le Rif, comme aujourd’hui Gaza, sera soumis à un blocus meurtrier, la population sera pilonnée par un intense bombardement (3 000 tonnes par jour), l‘utilisation inhabituel du gaz moutarde fera des civils rifains les premières victimes gazés de l’histoire contemporaine (mais ce ne sont pas des juifs de l’holocauste – l’histoire n’en parle pas) : 150 000 est le nombre de victimes rifaines.

    Les armées impérialistes, suivant la logique coloniale de responsabilité collective, ne distinguèrent pas les objectifs militaires des objectifs civils. Les Rifains étaient collectivement responsables des revers des armées coloniales et devaient, de fait, être « punis » en conséquence. Cela contraste avec l’esprit humaniste et chevaleresque de l’Emir Abdlekrim Al-Khattabi qui affirmait la distinction qu’il faisait entre les troupes coloniales espagnoles qu’il combattait sans relâche, et le peuple espagnols avec qui il espérait établir des relations amicales : « Le Rif ne combat pas les Espagnols et ne ressent pas de haine envers le peuple espagnol. Le Rif combat cet impérialisme envahisseur qui veut lui ôter sa liberté à force de sacrifices moraux et matériels du noble peuple espagnol. (…) les Rifains luttent contre l’Espagnol armé qui prétend lui enlever ses droits, et cependant garde ses portes ouvertes pour recevoir l’Espagnol sans armes en tant que technicien, commerçant, industriel, agriculteur, et ouvrier »

    La coalition disposant d’un appui aérien américain et d’armes de destruction massive provoquera la capitulation de l’Emir Abdelkrim le 27 mai 1926, mais la pacification complète du Rif ne s’achèvera que 12 ans plus tard en 1934.

    Abdelkrim désormais prisonnier de guerre sera exilé sur l’île de la Réunion où il y demeurera jusqu’en mai 1947. Il réussira à prendre la fuite du navire qui l’emmenait en France pour trouver asile en Egypte et s’installe au Caire. Cette évasion suscitera l’enthousiasme des nationalistes arabes et l’effroi dans le camp franco-espagnol ainsi que pour le Makhzen qui est pris d’une sainte terreur rien qu’à l’idée de voir revenir au Maroc le moudjahid Abdelkrim Al-Khattabi.

    A partir du Caire, il continue son combat pour l’indépendance non seulement du Maroc mais de tout le Maghreb. Il en profitera pour diffuser ses thèses radicales anticoloniales. Il fonde, avec l’aide d’étudiants maghrébins, les commandos nord-africains qui avaient pour but de former des cadres militaires dans la perspective d’une insurrection généralisée des 3 pays du Maghreb. A côté de cet activisme militariste, l’Emir Abdelkrim cherchait à fédérer les différents mouvements nationalistes maghrébins en vue de coordonner la lutte anticolonialiste dans les 3 pays. C’est dans ces conditions qu’il créa, le 9 décembre 1947, le « Comité de Libération du Maghreb Arabe » qui affirmait clairement son identité arabo-islamique et se donnait pour objectif : l’évacuation des pays par les troupes d’occupations et la réalisation de leur indépendance totale et leur souveraineté nationale complète.

    Dans le Manifeste d’Abdelkrim du 5 janvier 1948, on peut lire : « Nous le faisons en vue de réaliser la coalition entre tous les partis du Maroc, de l’Algérie et de la Tunisie qui réclament l’indépendance et la constitution d’un seul front afin de poursuivre la lutte pour libérer nos pays du joug colonialiste. Au moment où les peuples travaillent pour assurer leur avenir, les pays du Maghreb arabe étudient attentivement les moyens de recouvrer l’indépendance dont ils ont été spoliés et leur liberté perdue. Il est donc du devoir de tous les dirigeants maghrébins de s’unir. Tous les partis de l’indépendance doivent également se coaliser et s’aider. Seule cette méthode nous permettra d’atteindre la réalisation de nos buts et de nos aspirations.

    Désormais, notre cause entre dans une phase décisive. Nous affronterons dorénavant les usurpateurs comme un seul bloc, se composant de 25 millions d’hommes rassemblés autour d’un programme et déployant leurs efforts vers un objectif unique : l’indépendance complète pour l’ensemble des pays du Maghreb arabe.

    Désormais, l’occupant colonialiste ne trouvera plus l’opportunité de contrecarrer notre résolution. Il ne sèmera plus de discorde entre nous, en exploitant la multiplicité des partis et les divergences d’opinion pour nous asservir et consolider ses positions dans nos pays.

    Nous considérons que, dans nos trois pays, notre cause est une seule et même cause. Nous affronterons le colonialisme, solidement unis. Nous n’accepterons aucune solution ne réalisant pas notre indépendance complète et notre souveraineté totale. »

    Même après la libération du Maroc en 1956, l’Emir Abdelkrim professait de la manière la plus radicale toujours les mêmes idées de solidarité intermaghrébine. Ainsi, le 4 mai 1956, il affirma son refus de voir la question de la décolonisation des 3 pays du Maghreb être traitée séparément : « Nous n’acceptons pas de solution de compromis en Algérie, au Maroc ou en Tunisie. Nous voulons l’indépendance totale ». L’Emir Abdelkrim était partisan d’une solidarité active avec la révolution algérienne qui devait être pour lui le prélude à une révolution maghrébine permettant d’unifier les trois pays. Lorsque la guerre d’Algérie tourne au carnage, il déclare en avril 1958 qu’il « ne mettra pas le pied sur le sol marocain avant le départ du dernier soldat français du Maghreb ».

    Même si sa préoccupation première était la libération du Maghreb tout entier de toute occupation militaire étrangère et la création d’un Maghreb sous la forme d’une « Union fédérale », son combat avait une portée internationale : à la demande de Ho Chi Minh, L’Emir Abdelkrim lance un appel à la désobéissance des troupes marocaines engagées en Indochine sous le drapeau français. « Choisissez le camp de ceux qui défendent la liberté et affrontent la mort pour l’indépendance dans le but de se libérer de ce que vous endurez vous-même de la part du colonialisme », ordonne l’Emir à ses compatriotes.

    A Cuba, Che Guevara, tenant en respect le génie tactique du héros rifain, avait été initié, avec Fidel et Raul Castro, aux actions de guérilla d’Abdelkrim Al-Khattabi par Alberto Bayo, un général espagnol d’origine cubaine, vétéran de la guerre du Rif, ayant combattu ensuite du côté républicain lors de la guerre d’Espagne. Ce sont ces hommes entraînés par le général républicain qui débarqueront à Cuba pour constituer le premier maquis castriste dans la Sierra Maestra en 1958 : “Bayo nous enseignait comment mettre en place une guérilla pour briser une défense à la manière des Marocains d’Abdelkrim face aux Espagnols”, a raconté Fidel Castro à Ignacio Ramonet (directeur de la rédaction du Monde Diplomatique, dans Cien Horas con Fidel ).

    Quant à la Palestine dès l’annonce de son partage, le 29 novembre 1949, Mohamed ben Abdelkrim Al-Khattabi leva une armée d’un millier de volontaires arabes et maghrébins qui sont allés combattre auprès de leurs frères palestiniens. Prenant de vitesse l’arrivée des volontaires armés des pays de la Ligue. Les leaders palestiniens, Yasser Arafat, Abou Jihad et autres ont pris source à l’enseignement des méthodes de guerre populaire du vainqueur de la légendaire bataille d’Anoual pour lancer leur mouvement de résistance dès janvier 1965. Les Palestiniens en formation militaire se voyaient distribuer des brochures sur les diverses techniques de guérilla dont celle sur Abdelkrim Al-Khattabi à laquelle était donnée la priorité.

    Mohamed ben Abdelkrim Al-Khattabi révolutionnaire sincère, affranchi de toute gangue idéologique qu’elle vienne de l’Est ou de l’Ouest, ennemi intraitable de la langue de bois aura un regard très critique face aux activistes nationalistes arabes auxquels il reproche leur arrivisme, leur affairisme et leur esprit de corruption. Il dénonce les contradictions flagrantes entre leurs discours et leurs actes. Il prendra ses distances avec eux, et deviendra un farouche opposant à Allal el-Fassi dont le parti Istiqlal truste tous les postes importants du jeune Maroc indépendant et fait main basse sur le pouvoir exécutif. Abdelkrim Al-khattabi restera hostile à la monarchie marocaine jusqu’à la fin de sa vie.

    Admirable dans le combat, noble dans la défaite, L’Emir Muhammad Ben Abdelkrim Al-Khattabi restera pour les marocains et pour tous les hommes épris de liberté et de justice un symbole de la lutte contre l’oppression. Il aura été l’un des inventeurs du nationalisme marocain, ou, plutôt maghrébin.

    Décédé loin de sa patrie le 6 février 1963 à l’âge de 80 ans, Nasser lui rendra hommage en organisant des obsèques dignes d’un chef d’Etat.

    Presque 100 ans après la guerre du Rif, le combat d’Abdelkrim contre le colonialisme, son projet révolutionnaire, son refus des concessions et sa vision unificatrice de la Nation arabe représentent toujours le symbole de la résistance contre le pouvoir monarchique qui œuvre depuis pour effacer et taire cette page de l’histoire marocaine.

    Aujourd’hui, il est de la responsabilité des peuples arabes et musulmans de puiser dans leur propre dynamique historique et de se réapproprier le modèle révolutionnaire que fût Abdelkrim al-Khattabi, afin de façonner leur action et leur projet de société de manière autonome et endogène. Il ne fait aucun doute que seule l’unité au sein de la nation arabe pourra être la source de l’émancipation des peuples et du développement économique au bénéfice de tous.

    Comité Action Palestine

    Tags : Maroc, Rif, Hirak, Abdelkrim El Khattabi,

  • Mission en Algérie de la Directrice du Bureau de l’UNESCO au Maghreb

    Madame Golda El Khoury, Directrice et Représentante de l’UNESCO au Maghreb a effectué, en Algérie, une mission officielle pour prendre part aux travaux de la retraite des chefs d’agences des nations unies qui a eu lieu, à Mostaganem, les 28 et 29 janvier 2019.

    En marge de sa mission, madame El Khoury s’est entretenue, à Alger, avec des hauts responsables nationaux et des représentants de la coopération internationale, citons, entre autres, Madame Nouria BENGHEBRIT, Ministre de l’ éducation nationale, Présidente de la Commission nationale pour l’UNESCO et des responsables des ministères des affaires étrangères et de la culture. Par ailleurs, elle a rencontré la Chargée du Secrétariat général au niveau du siège de la Commission nationale pour l’UNESCO et a tenu une séance de travail avec les présidents de ses Comités techniques.

    unesco.dz

    Tags: Algérie, UNESCO, Golda El Khoury,

  • Maghreb : Quand Nouakchott rappelle ses atouts géopolitiques

    Écrit par MERIEM KACI ET LYES SAKHI
    La nouvelle année 2017 commence au Maghreb sous le signe de développements politiques et diplomatiques importants. Ce mouvement a commencé à la fin de l’année écoulée et a vu notamment un rapprochement remarqué entre Alger et Nouakchott.
    L’Algérie et la Mauritanie ont, en effet, annoncé leur volonté commune d’accroître leurs relations et de développer de nouveaux canaux de coopération et de partenariat économiques. C’est dans ce cadre que le Premier ministre mauritanien Yahya Ould Hademine s’est rendu à Alger pour la conclusion, avec son homologue algérien Abdelmalek Sellal, d’une série d’accords suivis de l’annonce de l’ouverture d’un poste frontalier algéro-mauritanien et d’une prochaine liaison aérienne par Tassili Airlines entre Alger et Nouakchott via Tindouf. Avant les institutionnels, des opérateurs et chefs d’entreprise algériens et mauritaniens s’étaient rencontrés au Forum africain d’investissement organisé par le FCE. Ce rendez-vous, clôturé par des accords et des promesses d’accords signale, selon les observateurs, le regain d’intérêt de l’Algérie pour la Mauritanie et réciproquement. Un réchauffement dont les conséquences sont à la fois de dynamiser les échanges intermaghrébins qui restent très modestes pour l’instant avec le voisin mauritanien et qu’on espère hisser à des niveaux plus importants, et de procurer surtout à Nouakchott un nouveau positionnement plutôt intéressant à observer au plan stratégique. Le rapprochement de la Mauritanie avec l’Algérie, pour ordinaire et souhaité qu’il soit, s’est tout de même effectué en même temps qu’une détérioration spectaculaire de sa relation avec le Maroc. Le point d’orgue de cette détérioration a été la déclaration, pour le moins surréaliste, de Hamid Chabat, chef du parti marocain El Istiqlal, le 24 décembre dernier, que la « Mauritanie est un territoire marocain ». Cette déclaration, qui transpire des idées du fondateur de l’Istiqlal Allal El Fassi et d’un expansionnisme nationalo-marocain, qu’on croyait jeté aux oubliettes de l’histoire, a provoqué en Mauritanie l’unanimité contre cette formation, en particulier, et le Maroc, en général. Hamid Chabat a été fortement critiqué par toutes les formations mauritaniennes dont le parti présidentiel, l’Union pour la République (UPR). Dans un communiqué virulent, l’UPR a mis en garde l’Istiqlal contre toute « atteinte à la souveraineté et à l’indépendance de la Mauritanie ». Il a imputé les propos de M. Chabat à « la médiocrité politique d’une élite marocaine en faillite et qui a, en outre, enfoncé le Maroc dans l’isolement et dans un état de tension avec tous ses voisins », selon la même source. Les relations entre la Mauritanie et le Maroc n’ont jamais été un fleuve tranquille depuis les années soixante mais cela faisait longtemps aussi qu’elles n’avaient pas connu un tel degré de crispation au point de faire réagir le Palais ! Le 28 décembre dernier, sur instruction du roi Mohamed VI, le Premier ministre Abdelilah Benkirane s’est rendu à Zouerate pour un entretien avec le président mauritanien Mohamed Ould Abdelaziz et « dissiper tout malentendu » après des propos polémiques du secrétaire général du parti de l’Istiqlal. M. Benkirane, qui a remis au président mauritanien une lettre du roi, a assuré que le souverain « accorde une grande importance au développement des relations entre les deux pays. La Mauritanie, comme tout le monde le sait, est un pays frère et cher et a une place spéciale auprès du royaume du Maroc». 
    Les « déclarations de M. Chabat n’engagent que lui-même. Elles ne reflètent ni la position du roi Mohammed VI, ni celle du gouvernement, ni celle du peuple marocain », a affirmé le Premier ministre marocain. 
    Nouakchott, acteur-clé et courtisé
    Aucune déclaration attribuée au président Aziz n’a été rapportée. Une source officielle jointe par l’AFP a souligné que pour les besoins de la rencontre, le Président Aziz avait interrompu ses vacances dans la zone désertique du Tiris (extrême nord) pour se rendre à Zouerate. Il n’en demeure pas moins que de nombreuses indications attestent d’un froid persistant entre Nouakchott et Rabat, qui ne s’explique pas seulement par les propos du leader de l’Istiqlal qui a, par ailleurs, présenté ses excuses officielles à l’Etat mauritanien. En juin dernier, les autorités mauritaniennes, soupçonnant l’existence d’un réseau d’espionnage, ont prié des techniciens et des cadres marocains de quitter la compagnie nationale de télécommunications Mauritel, dans laquelle Maroc Télécom détient 51% des parts. Les postes sensibles doivent revenir aux Mauritaniens et non à des étrangers, a précisé Nouakchott. La décision du roi Mohamed VI de ne se pas se rendre au sommet de la Ligue arabe qui se tenait dans la capitale mauritanienne à la même époque, et de se faire remplacer par son ministre des Affaires étrangères, Salaheddine Mezouar, a été d’ailleurs perçue par des observateurs comme un signe de la crispation entre les deux voisins maghrébins. Les soupçons d’espionnage qui ont pesé sur le Maroc étaient assez lourds pour qu’ils deviennent un facteur de détérioration de la relation entre Rabat et Nouakchott. Ce qui a incité le royaume à calmer le jeu et à faire amende honorable après les déclarations du chef de l’Istiqlal. C’est, cependant, la vieille obsession que tout rapprochement mauritano-algérien serait une menace pour ses intérêts. Par le terme intérêts, il faut surtout comprendre Sahara occidental. Et pour s’en convaincre, il faut rappeler que les propos malheureux du chef de l’Istiqlal, Hamid Chabat, ont été proférés dans le contexte où le président de la Rasd et le chef du Polisario, Brahim Ghali, s’étaient rendus à Guerguerat à la frontière mauritanienne et hors du « mur de défense » érigé par l’armée marocaine. Le magazine sahraoui Futurosahara a parlé de la construction de « postes de surveillance fixes construits dans la zone frontalière entre le Sahara occidental occupé et la Mauritanie » et de mesures pour consolider « la souveraineté de l’État sahraoui sur les zones libérées », notamment celles qui sont proches de l’océan Atlantique. Rabat n’a pas réagi officiellement à cette visite, le chef de l’Istiqlal si. « Notre territoire est toujours occupé, et nous allons continuer la résistance jusqu’à ce que nous libérons toute notre terre dont les frontières sont connues. Elles s’étalent de Ceuta au fleuve Sénégal (…) La Mauritanie est une terre appartenant au Maroc pendant que le Polisario se trouve sur ses côtes atlantiques », a déclaré Hamid Chabat, le 24 décembre dernier. Et d’ajouter : «Il y a un complot mené par l’Algérie et la Mauritanie pour créer une ligne de démarcation entre le Maroc et l’Afrique au moment où le Maroc mène une bataille diplomatique pour revenir à l’organisation continentale ». La réplique de l’UPR mauritanien a été que ce n’est en aucun cas « la meilleure façon pour traiter les questions et les dossiers épineux. Elle ne mènera pas à la résolution du conflit au Sahara occidental », à l’heure où ce dernier va connaître dans les semaines prochaines d’importants développements, notamment au sein de l’Union africaine où le débat sur le retour du Maroc dans le giron panafricain, prévu lors au sommet de l’Union africaine à Adis Abeba à la fin de ce mois, relancera les discussions sur la cause indépendantiste sahraouie. Sur un autre volet, il est attendu à nouveau l’examen prochain du dossier sahraoui à l’ONU avec l’arrivée du portugais, Antonio Gutierrez, au poste de secrétaire général, et celle, aux Etats-Unis, du Président élu Donald Trump à la Maison-Blanche, le 20 janvier courant. Une évolution, qu’on le veuille ou non, va faire de Nouakchott l’acteur-clé de la sous-région durant les prochains mois, notamment pour le rôle qu’elle joue déjà dans la stabilité et la sécurité au Sahel -la Mauritanie est membre du G5 Sahel- et la lutte antiterroriste, mais également de la valeur de son point de vue qu’auront à solliciter les services onusiens et américains sur les développements au Sahara occidental.
  • Le Maghreb pas totalement décolonisé

    par Mahdi Boukhalfa

    Il est inutile de tirer des plans sur la comète après l’élection de l’ancien ministre de la Défense sahraoui, Brahim Ghali, à la tête de la RASD. Comme il est inutile également de se poser des questions sur sa stratégie quant à de futures négociations avec le Maroc pour faire avancer le processus de définition de l’avenir du territoire. Brahim Ghali, proche d’entre les proches du président défunt Mohamed Abdelaziz, un des premiers militants sahraouis à avoir privilégié l’option militaire sur le politique pour faire aboutir le droit du « peuple des Nuages » à l’autodétermination, a pratiquement passé sa vie à lutter pour la cause sahraouie. 
    Plus de quarante années à militer sur le front diplomatique pour amener le Maroc sur la voie pacifique de règlement du conflit, les mêmes années également passées à faire la guerre pour contraindre les forces d’occupation marocaines à quitter le Sahara occidental. La RASD et son bras politique, le Polisario, ne devraient donc pas changer grand-chose sur le plan diplomatique, ni politique quant à la seule revendication possible des Sahraouis : l’autodétermination politique.

    C’est en successeur de Mohamed Abdelaziz qu’il a soutenu et défendu la politique de négociations durant de longues années contre l’option militaire revendiquée par les jeunes militants qui voulaient en découdre par les armes avec le Maroc pour arracher le droit des Sahraouis à l’indépendance, que Brahim Ghali est perçu par les observateurs.

    Cet adroit négociateur, stratège politique, très dur parfois, tout aussi sensible aux appels au retour à la lutte armée, aura en fait un agenda tout tracé : relancer les négociations avec le Maroc pour rappeler à tous, en particulier aux Nations unies, que le renouvellement du mandat de la Minurso n’est plus une solution viable pour le peuple du Sahara occidental.

    Il est en fait attendu que le tout nouveau président Sahraoui va très vite entamer les démarches avec l’ONU pour la reprise des discussions sur l’avenir du Sahara occidental. Avec cette donnée fondamentale le retard dans la mise en place d’un référendum d’autodétermination dans ce territoire non autonome ne bénéficie qu’au Maroc qui a usé et abusé de subterfuges depuis le cessez-le-feu en 1991 pour faire perdurer une occupation qui dure depuis 1975, lorsque la première puissance occupante s’était retirée du territoire.

    La question aujourd’hui est moins ce que va faire le nouveau leader sahraoui que la position que vont adopter les puissances occidentales qui ont toujours fait barrage, en soutenant le Maroc, donc l’occupation du Sahara occidental, à un règlement politique, civilisé, de ce conflit. Un référendum sur l’avenir de ce territoire, libre et démocratique, s’il est bloqué officiellement depuis 40 ans par le Maroc, il n’en demeure pas moins que cela n’a été possible que par rapport à ses soutiens qui ne veulent pas d’un autre Etat au Maghreb. Et, surtout, pour maintenir cette région dans une pesante atmosphère de « ni guerre, ni paix ». Car le Maghreb, avec ses richesses naturelles, sa position géographique et son potentiel humain, reste toujours une région mal décolonisée, pas tout à fait débarrassée des scories du colonialisme. D’hier et d’aujourd’hui.

    http://www.lequotidien-oran.com/index.php?news=5231036