Catégorie : UMA

  • La France découvre que les droits de l’homme ont un sens au Maghreb

    Rabat.- Le ministre français des affaires étrangères Alain Juppé monte au créneau pour sauver les Maghrébins des méchants barbus. Si le ministre de la France, patrie des droits de l’homme, préconise de discuter « sans complexe » avec les courants islamistes maghrébins, il ne « transigera » pas, dit-il, sur « les règles du jeu démocratique ».
    Après avoir pris tout son temps avant d’appeler Rached Ghannouchi, le chef du parti islamiste tunisien Ennahda grand vainqueur des élections dans la patrie de Ben Ali, l’ex-protégé de la France, Alain Juppé veut maintenant faire la loi au Maroc où il n’est pas très content de la « victoire » des barbus light du Parti de la justice et du développement (PJD).
    Le PJD est « loin d’avoir la majorité absolue » et il était déjà « représenté dans le précédent parlement marocain », a expliqué le ministre français pour atténuer un peu sa peine.
    Mais il n’a pas oublié de menacer tous les barbus de la région. « La France ne transigera pas avec ses lignes rouges que sont le respect des élections, l’État de droit, les droits de l’homme et de la femme ».
    Extraordinaire ! Voilà que la France, après des décennies de complicité, souvent sanglantes, avec les dictatures maghrébines, découvre subitement que « le respect des élections, l’État de droit, les droits de l’homme et de la femme » font partie des « lignes rouges » dont Paris ne saurait tolérer le franchissement.
    Après avoir « transigé » pendant plus d’un demi siècle, notre ex-bienveillant « Protecteur » se rappelle que les droits de l’homme sont universels et inaliénables.
    Même dans l’arrière-cour de la France.
    Badr Soundouss
    URL courte: http://www.demainonline.com/?p=9237
  • Nouvelle sortie de Mohammed VI: Le nouvel ordre maghrébin, selon Rabat

    par Yazid Alilat 
     
    C’est un discours particulièrement belliqueux que le Roi du Maroc a donné dimanche soir, à l’occasion de la commémoration de la tristement célèbre ‘’Marche verte », au cours de laquelle des centaines de milliers de Marocains ont été envoyés dans des conditions inhumaines, souvent à pied, occuper le Sahara Occidental en 1975.

    Alors que la géopolitique du moment et à venir s’oriente vers la fin des régimes coloniaux, dépassés par l’histoire, le souverain marocain confirme qu’à Rabat, il n’y a point de changement. Il a ainsi directement accusé l’Algérie et le Front Polisario de séquestrer les populations sahraouies réfugiées dans les camps humanitaires dans les territoires libérés. ‘’Nos compatriotes dans les camps de Tindouf continuent de subir, dans une zone isolée et assiégée, les pires formes de privation, de répression, d’humiliation et de déni de leurs libertés et autres droits fondamentaux légitimes », affirme-t-il, avant de préciser ‘’notre refus de cette situation inhumaine et humiliante », qualifiant de ‘’détestables les manipulations politiciennes des adversaires de notre intégrité territoriale ». Reprenant le credo de la ‘’régionalisation avancée », la solution proposée par Rabat pour résoudre le cas sahraoui, le monarque veut convaincre que ‘’le Sahara marocain sera un véritable modèle de régionalisation avancée », promettant l’engagement du Maroc (…) à ‘’poursuivre sa coopération avec les Nations unies » pour parvenir à une solution négociée, mais, avec cette précision que cela se fera sur ‘’la base de notre initiative d’autonomie ». Il estime, par ailleurs, que le Front Polisario et le gouvernement sahraoui se sont ‘’autoproclamés représentants exclusifs des populations de la région, en s’obstinant désespérément à vouloir dissimuler le fait qu’ils ne disposent d’aucune assise juridique, d’aucun fondement populaire et d’aucune légitimité démocratique pour aspirer à la représentation des populations sahraouies. » Et dans la foulée d’un discours qui intervient à un moment où la contestation des réformes proposées par le Palais royal prennent de l’ampleur, il rêve encore d’un Maroc ‘’des régions », avec un Sahara Occidental définitivement occupé. Sur l’Algérie, et après l’avoir accusé, sans grands ‘’artifices » de soutenir le Polisario, et de vouloir diviser le Maroc, il revient un peu plus dans son discours avec un appel pour ‘’l’avènement d’un ordre maghrébin nouveau », c’est-à-dire avec un Maroc qui a des frontières très loin vers la Mauritanie, défalquées de la mention ‘’Sahara Occidental ». Sur ce point, il dira que ‘’dans cette perspective, le Maroc réitère sa disposition à tout mettre en oeuvre, tant sur le plan bilatéral – et notamment avec l’Algérie soeur, dans le cadre de la dynamique constructive actuelle – qu’au niveau régional, pour la concrétisation commune des attentes des générations présentes et à venir qui aspirent à l’avènement d’un ordre maghrébin nouveau. » ‘’Il s’agit d’un Maghreb qui transcende l’enfermement dans les postures figées et les antagonismes stériles, et qui ouvre la voie au dialogue, à la concertation, à la complémentarité, à la solidarité et au développement, un Maghreb qui, fort des cinq pays qui le composent, serait un véritable moteur de l’unité arabe, un partenaire agissant de la coopération euro-méditerranéenne, un facteur de stabilisation et de sécurisation de la zone sahélo-saharienne et un acteur structurant de l’intégration africaine ». Sauf que dans ce Maghreb idyllique vu à partir de Rabat, il n’existera point de peuple sahraoui indépendant, ni un quelconque processus d’autodétermination qui aura été organisé sous l’égide de l’Onu pour l’avenir politique de ce territoire. Sur les réformes politiques qu’il a imposées, notamment une nouvelle constitution qui lui permet de conserver ses pouvoirs, contrairement aux attentes et aux revendications de la rue marocaine et particulièrement le mouvement des jeunes du 20 février, il estime qu’elles sont de nature à s’intégrer dans le mouvement politique global qui traverse actuellement le monde arabe. Le discours du Roi Mohammed VI intervient pratiquement à moins de vingt jours d’élections législatives anticipées, décidées après le vote soviétique sur la nouvelle constitution le 1er juillet dernier. Enfin, le monarque marocain aura déçu la communauté internationale qui avait peut-être naïvement pensé qu’un jour le palais royal abandonnera ses visées expansionnistes et travaillera pour une paix définitive dans la sous-région maghrébine. 

     
    Le Quotidien d’Oran, 8/11/2011
  • L’Algérie et l’impact de la nouvelle configuration géopolitique du Maghreb sur le conflit du Sahara occidental

    L’intégration régionale du Maghreb indispensable à la stratégie américaine des “trading blocs” qui sous-tend la mondialisation n’est toujours pas une réalité malgré les multiples partenariats Etats-Unis/Afrique du Nord ou Europe/Afrique du Nord mis en place à cet effet. A la base de ces échecs, les permanentes divergences entre les pays de la région concernant les choix économiques mais surtout politiques.

    Les changements de ces derniers mois suite à la révolte arabe, vont-ils conduire à une nouvelle configuration géopolitique pouvant enlever au conflit du Sahara occidental sa caractéristique d’obstacle majeur à toute coopération intra-régionale ?
    Les révoltes arabes en Afrique du nord ont déjà eu raison des régimes Tunisien, Egyptien. En Libye, il s’est plutôt agi d’une insurrection armée qui a tourné à la guerre civile, avec la participation des forces étrangères de l’OTAN certes agissant sous une décision de l’ONU. C’est cette guerre qui a eu raison du régime de Kadhafi. Comme point commun, ces régimes pratiquaient une stratégie de longévité qui laissait peu d’espoir à une possible alternance démocratique (1).
    Des pays tels quel le Maroc et l’Algérie ont connu des troubles relevant de cette vague révolutionnaire mais sans véritable gravité jusqu’ici.

    Sachant que le régime libyen du colonel Kadhafi était un soutien officieux du Front Polisario dans le conflit du Sahara occidental, il faudrait s’attendre à ce que la position du nouveau régime libyen soit conforme à celle de ses soutiens dans sa quête du pouvoir, c’est à dire à celle principalement de la France et des Etats-Unis.
    Le conflit du SO se trouve au stade des négociations depuis l’entrée en vigueur du cessez-le-feu en 1991.
    Les Etats-Unis et l’Union européenne s’activent depuis la fin de la guerre froide afin de faire de la région une entité intégrée, de manière à favoriser une meilleure coopération entre le Maghreb et l’occident en matière économique, militaire et sécuritaire. Ceci passe par une cooperation intra-régionale effective.

    L’Algérie, soutien du Front Polisario

    La République Algérienne Démocratique Populaire (RADP), ancienne colonie française devenue indépendante le 5 juillet 1962, est située en Afrique du nord et fait partie du Maghreb. Elle a comme voisins, la Tunisie, la Libye, le Niger, le Mali, la Mauritanie, le Sahara occidental et le Maroc. Elle présente également une côte sur la mer méditerranée et compte à peu près 35,6 millions d’habitants et une superficie de 2381 741 km2.
    Depuis son indépendance propre acquise après une longue lutte contre la puissance coloniale française, l’Algérie a fait de l’autodétermination des peuples un principe qui lui est cher. C’est ainsi qu’elle a apporté son soutien plus ou moins directe à de nombreux mouvements de lutte d’indépendance.
    C’est cette raison que l’Algérie avance pour justifier le soutien apporté au Front Polisario dès le début de son conflit armé contre le Maroc au milieu des années 1970. Alger justifie également son intérêt à ce conflit par le fait que celui-ci se déroule à ses frontières et l’oblige par conséquent à la vigilance.

    Le soutien algérien au début de ce conflit était direct et se présentait sous forme d’apport en armement, en logistique, en contingents militaire, en diplomatie et en finance. Après le cessez-le-feu de 1991, l’aide militaire avait été réduite, pour voir les volets financier et diplomatique être renforcés.
    Des quatre options mises sur la table pour résoudre ce conflit (2), l’Algérie soutien l’organisation d’un référendum d’autodétermination du peuple du Sahraoui sous les auspices de l’ONU.
    L’Algérie accueille la majorité des réfugiés sahraouis à Tindouf sur son territoire où elle a depuis longtemps érigé des camps pour réfugiés. En effet, le territoire du Sahara occidental est divisé par un mur de 1500 km érigé par le Maroc, mais un grand nombre de sahraouis a préféré fuir ce territoire pour rejoindre les camps de réfugiés de Tindouf.
    Ainsi, suite à la diminution progressive de l’assistance internationale le soutien de l’Algérie au Polisario de nos jours s’étend aux aides alimentaire, budgétaire ou pécuniaire. Au niveau international, le soutien algérien à la RASD (3) se caractérise par un investissement important dans le domaine diplomatique, en vue de répondre aux efforts marocains à ce même niveau.
    En effet, à ce jour, le royaume chérifien a réussi à convaincre des pays tels que les USA, la France et l’Espagne qu’un Sahara indépendant (4) menacerait la stabilité du royaume du fait que l’Algérie en profiterait pour assiéger le Maroc dans sa frontière sud, ce qui provoquera forcément une concentration des forces marocaines le long de cette frontière avec tous les risques de déclenchement d’un conflit armé à tout moment entre les deux forces (5). Certains experts pensent effectivement qu’un Etat sahraoui indépendant aura besoin, du moins dans ses premières années, d’un protecteur pour sa sécurité et celui-ci pourrait être l’Algérie vu ses rapports actuels avec la RASD.

    La nouvelle position libyenne sur le conflit saharien

    La nouvelle configuration maghrébine sur le conflit du SO pourrait se présenter sous la forme de trois contre un (6).
    Le retour sur la scène internationale de la Libye avait été conditionné par de nombreux changements que le régime libyen avait du remplir. Kadhafi s’était enfin résolu à se conformer aux exigences de la « communauté internationale ». Les concessions que la Libye fera : Accepter de livrer les libyens accusés d’être responsables des actes terroristes sur les vols américains à Lockerbie en 1988 et français au Niger en 1989. Accepter d’indemniser les familles des victimes. Accepter d’abandonner le programme de développement et production d’armes de destruction massive sous supervision internationale.
    Les questions sur lesquelles ce régime butait encore aux yeux de cette CI sont : l’instauration de la démocratie, le respect des droits de l’homme et ses corollaires.

    La position de la Libye de Kadhafi a souvent été celle du soutien au Front Polisario dans sa lutte pour l’autodétermination. Il est vrai qu’en 2006 elle avait donne l’impression, probablement par strategie, de soutenir la position marocaine d’un Sahara marocain, pour enfin s’inscrire officiellement dans la neutralité.
    L’apport (certes non véritablement vérifié) de soutien en mercenaires du front Polisario au régime libyen dans sa guerre contre le Conseil National de Transition libyen, sans toutefois être un élément déterminant, pèsera quand même de son poids dans la décision du nouveau pouvoir libyen de soutenir la position marocaine de large autonomie au Sahara. En réalité il faudrait surtout s’attendre à ce que cette Libye s’aligne derrière la position des membres de L’Otan qui l’ont aidé à se défaire de Kadhafi, c’est-à-dire qu’elle supporte l’option marocaine de large autonomie.
    De plus, elle devra amorcer des réformes politiques allant dans le sens de l’instauration de la démocratie, des respects des droits de l’homme et ses corollaires. Elle restera un interlocuteur important pour les USA et l’UE dans le cadre de la lutte contre l’Al Qaida au Maghreb Islamique dans le sahel, à l’instar du Niger, du Mali, de la Mauritanie et de l’Algérie.

    L’enjeu d’un Maghreb intégré sur le conflit du SO.

    Pour les américains qui préfèrent une résolution pacifique de ce conflit, l’instabilité relative à celui-ci créée un environnement propice aux actes terroristes. Il est donc nécessaire qu’il soit résolu pour la stabilité, la sécurité et la prospérité de la région. En effet, pour les Etats-Unis et l’Union Européenne, la coopération des pays du Maghreb est indispensable pour plusieurs raisons, la plus importante etant bien entendu la lutte contre le terrorisme. Le Maghreb se situe en effet aux portes de l’Europe et de nombreuses enquêtes ont montré que les groupes terroristes qui agissent en Europe recrutent aussi au Maghreb et dans les banlieues européennes, à forte population maghrébine.

    Les échanges économiques de la politique de globalisation requièrent une intégration de la région et un environnement stable et sécurisé. Ainsi, le désir pour l’Europe et les USA de pratiquer le commerce et d’investir à plus grande échelle dans la région, ne trouvera pas satisfaction tant que des obstacles continueront de créer la méfiance entre les pays membres. Leurs politiques ne permettent pas une circulation fluide des biens et personnes.
    Pour la plupart des acteurs, régionaux comme extérieurs, le conflit du SO est considéré comme le principal obstacle à la mise en place d’une entité maghrébine.

    C’est donc le besoin de relations commerciales et des investissements avec la région du Maghreb, à l’heure de la globalisation, caractéristique de la fin de la guerre froide, qui va conduire les américains à inciter les pays du Maghreb à réaliser effectivement l’intégration régionale, jusqu’ici difficile à atteindre non seulement à cause des rivalités qui existent entre les pays concernés mais surtout à cause des inimitées nées du toujours non résolu conflit du saharien.
    Les pays occidentaux effectivement, tout en prônant cette intégration à travers un organe tel que l’Union du Maghreb Arabe, doivent se résoudre au bilatéralisme dans le cadre des relations commerciales et des investissements, du fait d’une coopération regionale pratiquement inexistante. Ce faible degré de coopération s’observe également en ce qui concerne les échanges de renseignements ayant trait à la lutte contre le terrorisme.

    C’est donc dans la logique de favoriser l’intégration économique de l’Afrique du Nord que l’initiative Eizenstat ou alliance économique est lancée par l’administration Clinton en 1999. Elle vise à mieux asseoir les relations qui existent entre les Etats-Unis et les pays du Maghreb, en encourageant le commerce et les investissements, tout en mettant un accent particulier à la création d’emplois. La Mauritanie et la Libye en sont exclues, du moins pour le départ. La mise en œuvre de cette alliance nécessitait que les structures au sein de chaque pays soient réformées, en privilégiant le secteur privé et en éliminant les obstacles intra-régionales telle que la fermeture de la frontière entre l’Algérie et le Maroc, toute chose qui empêche le commerce et l’investissement.
    L’initiative Eizenstat va échouer du fait que les pays concernés (Maroc, Algérie et Tunisie), n’arrivaient pas à s’entendre, à parler d’une seule voix au partenaire commun que sont les Etats-Unis.

    L’autre initiative americaine est celle de l’administration Obama du 1er Décembre 2010, nommée : The North Africa Partnership for Economic Opportunity, ou partenariat Nord africain pour les opportunités économiques.
    Il vise à mettre en réseau les entreprises privées maghrébines avec les entreprises américaines. Les pays du Maghreb concernés par ce projet sont : Le Maroc, l’Algérie, la Mauritanie, la Tunisie et la Libye.
    Il va également dans le sens du renforcement des relations entre les Etats-Unis et l’Afrique du Nord, sur la base des intérêts mutuels.
    Ce partenariat est fondé sur 5 piliers dont l’objectif principal est d’apporter un soutien actif aux projets des jeunes maghrébins et de soutenir l’esprit d’entreprenariat dans la région en tenant compte du fait qu’il y existe un véritable défi relevant de l’emploi des jeunes, surtout parce que les jeunes désœuvrés de la région représentent une cible idéale au recrutement des groupes terroristes de la région, sans oublier l’immigration clandestine.
    Ce fonctionnement en réseau de jeunes entrepreneurs maghrébins va nécessiter une coopération effective des pays de la région, c’est la raison pour laquelle l’administration américaine a tenu à impliquer les gouvernements maghrébins à ce partenariat.
    Il existe également de nombreux partenariats entre le Maghreb et l’Europe depuis la chute du mur de Berlin, c’est-à-dire s’inscrivant dans la logique de la mondialisation.
    Pour ne citer que deux, on a le partenariat euro-méditerranéen ou processus de Barcelone lancé en 1995, avec trois objectifs politique, économique et social tournant autour des questions de paix de stabilité et de sécurité commune pour le volet politique. De libre échange pour le volet économique et financier, de la promotion des échanges entre pays partenaires concernant le volet social culturel et humain. Comme bien d’autres partenariats du même type, tous nécessitent que l’intégration du Maghreb soit effective.

    La stratégie possible des Etats-Unis et de la France dans le contexte géopolitique actuel pourrait être d’encourager les voisins de l’Algérie que sont Le Maroc, la Tunisie et la Libye à la contraindre à faire des concessions, de manière à faciliter la résolution du conflit du SO. Ils pourraient par exemple les encourager à acculer l’Algérie sur certaines questions en la mettant dos au mur, créant une situation de tension qui pourrait justifier leur intervention dans la crise, aux cotés de l’Algérie, en réalité pour non plus la “contraindre” aux concessions, mais l’y “encourager” en lui promettant des compensations intéressantes d’une part, et d’autre part, en lui faisant comprendre qu’en cas de refus ils n’auront d’autres choix que de soutenir ” vigoureusement” le camp qui fait des propositions viables, c’est-à-dire le camp adverse.

    (1)- Zine El Abidine Ben Ali, au pouvoir : du 7 novembre 1987 suite à un coup d’Etat contre le président Habib Bourguiba au 14 janvier 2011. Son pouvoir est accusé de corruption et de népotisme.
    Hosni Mubarak au pouvoir en Egypte depuis le 14 octobre 1981, il est emporté et son régime avec par une révolution populaire en 11 février 2011.
    Mouammar Kadhafi, au pouvoir en Libye depuis son coup d’Etat de 1979, il est renversé du pouvoir suite à une guerre civile de plus à laquelle prendrons part les forces de l’OTAN suite à la résolution 1975 sur la Libye.
    (2)- 1-Le référendum d’autodétermination, avec comme alternative l’indépendance ou le rattachement au Maroc; 2- la loi cadre qui prône la large autonomie du territoire; 3- la partition pure te simple du territoire, une partie revenant au Maroc et l’autre revenant aux sahraouis; 4- le retrait de la MINURSO (Mission des Nations Unies au Sahara Occidental).
    (3)- République Arabe Sahraouie Démocratique
    (4)- Cf. Sahara occidental : le coût du conflit
    Crisis Group, Rapport Moyen-Orient/Afrique du Nord N°65, 11 juin 2007
    (5)- En effet dans une telle situation, les réactions des deux camps en cas d’incident même mineur. Il existe actuellement une véritable course aux armements au Maghreb. Ceci laisse penser qu’en cas de conflit armé entre les deux forces, celui-ci ne sera pas d’une petite ampleur
    (6)- Les trois ici sont: le Maroc, la Tunisie et la Libye contre la position algérienne.
    (7)- http://www.state.gov/documents/organization/152435.pdf
    (8)- http://www.irenees.net/fr/fiches/analyse/fiche-analyse-18.html

  • Du bon usage d’AQMI au Maghreb

    par Kamel Daoud
    Aqmi de qui. Aqmi c’est Al Qaïda du Maghreb selon ses actionnaires. Une filiale devenue automne du holding d’Al Qaïda. Ceci pour la raison sociale. Reste la raison politique. Qui est Aqmi ? C’est selon. Chaque pays de la région ou pays tuteur d’un pays de la région utilise cette association terroriste, selon ses besoins. Et le contraire étant aussi vrai : Aqmi utilise chaque pays selon ses besoins. A la fin, cela devient politiquement très amusant. 
    Exemple : le Marco explique que AQMI a investi le Polisario (avec les trois derniers kidnappings) parce que cela arrange ses ambitions (la reconnaissance de sa souveraineté sur le Sahara Occidental, ndds). En Qaïdisant le Polisario, il y a des chances de le voir bombardé, être dissous, devenir infréquentable et donc impossible à soutenir. Et l’Algérie ? Ici, on Qaïdise les rebelles libyens. Par journaux affidés, on explique que AQMI a été vue pendant le siège de Syrte, que Aqmi est le premier bénéficiaire de la révolution libyenne, que c’est le principal client de la contrebande d’armes dans la région. Cela est un peu vrai mais l’usage fait de cette vérité est autre : terroriser, faire peur aux locaux, criminaliser les révoltes et les révolutions, s’attirer les faveurs de l’Occident pour la fameuse coopération anti-terroriste, se rendre utile dans la région aux yeux des puissances et donc avoir de la vie, de la survie, de la rallonge dans l’existence et éviter le putsch international. 
    Aqmi permet aussi au Mali de faire commerce de ses alliances dans la région. Aqmi permet d’acheter des armes, d’obtenir des crédits dans le cadre de la global-war et de régler son compte à la menace de la révolution. Aqmi, c’est utile, ça se vend bien, ça se mange, ça nourrit son homme et son adversaire. Aqmi est aussi le Lawrence El Maghribi (cousin de Lawrence d’Arabie) du Sahel, dit à moitié Us, dit à moitié français, dit un peu anglais. 
    Cela reste donc intellectuellement comique : chacun dans cette région pense et dit que AQMI c’est l’autre. Dans la littérature des analyses politiques internationales, on pense que AQMI c’est la CIA qui pense que AQMI c’est le DRS qui pense que AQMI c’est le Makhzen qui pense que AQMI c’est le Polisario pendant qu’on pense que AQMI c’est un peu le CNT ou la DGSE. 
    Qui est Aqmi, un peu de tout, pour répondre avec précision et banalité. Le Sahel est la nouvelle terre d’Arabie, avec son pétrole, ses espions, ses faux convertis, ses touaregs, ses aventuriers, ses otages, ses déserts qui tuent et bouleversent, ses frontières et ses faux pays qui changent de frontières en une nuit ou avec un coup de feu. On y trouve des mines riches, de l’or, des pauvres, des migrants et des touristes et des complots. Reste que c’est amusant au nord quand on voit à quoi sert désormais El Qaïda tombée dans le domaine public et l’usage domestique des propagandes.
    Le Quotidien d’Oran, 31/10/2011 
  • Libya et la défaillance maghrébine

    Lakhdar Brahimi, notre ancien ministre des Affaires étrangères, estimait, dans une interview accordée au quotidien national la Tribune, que la solution à la crise libyenne pouvait être maghrébine et suggérait à l’Algérie au Maroc et à la Tunisie, trois pays «directement concernés» de passer à l’action. Alger, Rabat et Tunis doivent «aller à l’ONU et demander un mandat en disant que c’est nous qui aiderons au règlement politique de ce pays», soulignait l’ancien diplomate, actuellement membre du comité des sages constitué par Nelson Mandela en 1997. La réponse des Nations unies ne peut être que positive, disait-il. «Le même mandat doit être demandé à la Ligue arabe et à l’Union africaine (…) Avec un mandat des trois organisations, on peut demander à Monsieur Kadhafi de partir avec dignité et mettre en place une mission de maintien de la paix pour les aider (les Libyens, ndlr) à se réconcilier et à créer une deuxième république.» Est-il besoin de dire que les idées de M. Brahimi sont pleines de bon sens et qu’elles ont toutes les chances de se voir majoritairement adoptées par les peuples et les dirigeants de la région ? Cependant, les paroles de l’homme nous rappellent cruellement que contre toute logique, pas la moindre petite réunion intermaghrébine n’a été tenue ni même envisagée depuis le début de la guerre civile en février dernier. En revanche, et alors que l’intervention étrangère battait son plein, la propagande au goût de pastella vendait à l’opinion internationale des mercenaires et des armes algériens toujours introuvables en Libye. De derrière le rideau, on devinait aisément la main de BHL, le Grand Satan qui est arrivé jusqu’à présent à dicter sa volonté au régime de Sarkozy et aux insurgés, et donc à empêcher une solution. Lakhdar Brahimi sait comme nous tous que le commandeur des croyants lâchera la Libye plus facilement qu’il n’a lâché Ceuta et Melilla s’il le fallait pour continuer à bénéficier du veto français à l’ONU, pour l’aider à consacrer son fait accompli au Sahara occidental. Quant à la Tunisie qui elle-même se trouve sur une pente glissante, il ne faut pas perdre de vue que la première visite d’un officiel à l’étranger du gouvernement issu du «Jasmin» a été dévolue à… la France. Le lieu où se mijotent justement nos blocages et notre empêchement.
    M. Z. mohamed_zaaf@yahoo.fr
    Le Jeune Indépendant, 06/07/2011
  • 2010 : le Maghreb virtuel dans l’année WikiLeaks

    La Tunisie, le meilleur élève du Maghreb pour les institutions financières internationales termine l’année par une mauvaise note donnée par ses propres jeunes sous forme d’émeutes. Un retour au réel que les chiffres, si jolis, ont tendance à masquer. Cela donne une idée du bilan du Maghreb virtuel dans l’année Wikileaks.

    En 2010, les performances économiques des cinq pays du Maghreb restent contrastées, la Libye et l’Algérie, forts de leurs exportations pétrolières, affichent des performances correctes mais – pour l’Algérie surtout – en deçà des objectifs de résorption du chômage. La Tunisie et le Maroc, plus sensibles aux variations de l’économie globale, ont plutôt bien résistés à la crise alors que l’économie de la Mauritanie aux capacités très limitées semble engagée sur la voie du redressement. Si on ne parle que des Etats, c’est que le Maghreb n’est qu’une virtualité à laquelle les sociétés ne sont pas encore en mesure de lui donner un contenu concret. 

    Le Maghreb en 2010 est à peine une idée. Les cinq pays qui constituent cet ensemble géoculturel, particulièrement homogène et plutôt complémentaire, ne parviennent toujours pas à résoudre leurs différences d’approche et à surmonter les obstacles de méfiance et du nationalisme étroit. La question du Sahara Occidental qui divise profondément l’Algérie et le Maroc n’explique pas totalement le blocage de l’Union du Maghreb Arabe. La zone de libre-échange annoncée prématurément par le secrétaire-général de l’UMA ne verra probablement pas le jour en 2011. Comment en effet instaurer un espace douanier unifié tant que les stratégies «nationales» l’emporteront sur une vision collective, profitable à tous ? L’incapacité manifeste de dégager des plateformes de coopération a pour conséquence la densification des relations institutionnelles bilatérales sans effet probant sur la dynamisation des échanges.

    Déficit de gouvernance

    Le nombre de commissions mixtes entre pays de la raison pour impressionnant qu’il soit est davantage l’expression de l’incapacité manifeste à stimuler un réel cadre opératoire. De fait, l’UMA prise en otage par les politiques et les bureaucraties en excluant les entrepreneurs du champ de la décision se condamne à la stagnation. La réalité est cruelle : le commerce intermaghrébin ne représente que 3% du volume global des échanges internationaux de la région. L’impossible convergence des politiques économiques et l’inexistence d’un niveau minimal de coordination constatées en 2010 sont d’un mur en acier sur lequel viennent buter toutes les velléités de dépassement des obstacles. 

    Au delà des chiffres les économies du Maghreb restent marquées par un déficit de gouvernance mis en relief par les télégrammes diplomatiques américains fuités par le site Wikileaks. Au manque de «vision» qui caractérise les autorités algériennes viendrait s’ajouter la plaie de la corruption commune aux pays de la région. L’Algérie a entamé l’année 2010 par la décapitation judiciaire de l’ensemble de la direction de l’entreprise nationale d’hydrocarbures, Sonatrach, suivie en mai par l’éviction de l’inamovible ministre de l’Energie et des Mines, Chakib Khelil, en poste depuis 1999. Le scandale Sonatrach est lié à la passation frauduleuse de contrats portant sur des centaines de millions de dollars. L’entreprise nationale mise dans une actualité scandaleuse a de la peine à s’en remettre. 
    Au Maroc, on découvre via Wikileaks le droit de péage illégal imposé par le sommet de l’Etat marocain aux investisseurs immobiliers et les comportements prédateurs des familles «régnantes» en Tunisie. De quoi tempérer fortement l’image positive que ces deux pays ont su se forger et les rangs honorables qu’ils occupent dans les divers classements internationaux. Globalement, les performances économiques des différents pays restent en deçà des exigences de développement et de résorption du chômage, des jeunes en particulier. Ces catégories de plus en plus larges sont pénalisées par la mauvaise redistribution et par la faiblesse de l’Etat de droit. Il s’agit de traits communs aux pays de la région. Les récentes émeutes à Sidi Bouzid dans le centre de la Tunisie illustrent bien, malgré les satisfécits et les classements «honorables», la commune réalité du chômage massif des jeunes. A défaut d’exister en tant qu’entité politique et économique, le Maghreb des «affaires» et des chômeurs est, lui, bien réel.
    par Said Mekki
    Le Quotidien d’Oran, 27/12/2010
  • Libre échange au Maghreb : Un accord commercial ne peut résoudre un problème politique

    LA PREFERENCE MAGHREBINE N’EXISTE PAS 
    Il n’a pas fallu attendre longtemps pour avoir la confirmation que l’annonce par Habib Ben Yahia, secrétaire général de l’UMA, d’une zone de libre-échange maghrébine pour 2011 était prématurée.

     L’Algérie, par la voix de son ministre du Commerce, Mustapha Benbada, a exprimé de lourdes réserves à l’égard du projet de convention relative à la création d’une zone de libre-échange commerciale maghrébine.

     A deux reprises au cours de cette année, le secrétaire général de l’UMA, apparemment soucieux d’apporter de bonnes nouvelles, a versé dans la précipitation. Ainsi avait été annoncé le lancement de la Banque maghrébine pour octobre 2010. Depuis, elle semble avoir disparu sans laisser de traces, hormis peut-être le siège qui serait déjà prêt à Tunis. Quant à la zone de libre-échange envisagée pour 2011, le forcing était perceptible. En douchant cet enthousiasme prématuré, l’Algérie se retrouve ainsi, et bien malgré elle, à jouer le rôle de rabat-joie… du Maghreb.

     En réalité, quand M. Benbada émet des réserves sur la question de la libre circulation des personnes, il signifie clairement à ses pairs qu’un accord commercial ne peut, par effraction, résoudre un problème politique qui se trouve entre les mains des plus hautes autorités politiques.

     La question de l’ouverture de la frontière entre l’Algérie et le Maroc se pose bien en termes politiques et il n’est pas surprenant que le ministre du Commerce ait décidé d’exprimer des réserves. M. Benbada a donc logiquement proposé que le «projet se limite à la zone de libre-échange commerciale», au lieu d’interférer sur les questions politiques en suspens.

     Mais les réserves algériennes ne se sont pas limitées à cette question politique, elles portent aussi sur des questions économiques. On a appris par la voix du ministre du Commerce que deux pays maghrébins ont demandé que leurs entreprises bénéficient des mêmes avantages accordés aux entreprises nationales dans le cadre de l’octroi des marchés publics. La demande aurait été logique s’il y avait chez les pays voisins une préférence «maghrébine» qui dépasserait la préférence nationale. On a beau chercher, on n’a pas connaissance d’un quelconque pays maghrébin qui octroie de telles largesses à des entreprises d’autres pays. Les opérateurs algériens se contenteraient d’être mis sur un pied d’égalité avec les Européens et – ce n’est pas un secret – c’est loin d’être le cas.

     Il est tout à fait normal et même souhaitable que les entreprises des pays maghrébins puissent profiter du plan quinquennal algérien de 286 milliards de dollars pour obtenir des débouchés. Il est beaucoup moins normal de demander un traitement préférentiel dont les entreprises algériennes ne bénéficient pas… Dans ces conditions, rien n’interdit aux pays arabes membres de la Zale de formuler les mêmes exigences. Il ne faut jamais perdre de vue que le principe des zones de libre-échange est fondé sur la réciprocité. Sans cette base, le libre-échange perd tout son sens.

     Reste une question de fond. L’Algérie, selon M. Benbada, veut une communauté économique qui joue sur la complémentarité et non sur l’idée que l’espace maghrébin est un marché à conquérir. Il y a dans cette position un trait de culture, sans doute, mais aussi le constat que l’Algérie n’a rien à gagner dans un arrangement déséquilibré. Le ministre a cité le cas de l’industrie du sucre où l’industrie algérienne est à même de couvrir les besoins du marché maghrébin, alors qu’un important investissement se prépare en Tunisie dans la même filière.

     En l’absence d’une volonté sincère de complémentarité, l’Algérie, en arguant du droit de protection de sa production, défend naturellement ses intérêts. 

    M. Sâadoune
    Le Quotidien d’Oran, 15/12/2010
  • Le Sahara occidental indépendant : L’Union maghrébine sera une réalité

    «Le jour du Jugement dernier, aux portes du Royaume des cieux, Dieu garde les vertueux et met de côté les mauvais. Reste un groupe d’hommes auxquels il demande de se présenter. «Nous sommes les Sahraouis, répondent-ils. – Ah! Alors installez-vous là avec vos tentes, le temps que je décide de ce que je vais faire de vous.»

    Cette boutade, écrit Luis de Vega du journal espagnol ABC, qui circule dans le désert, est une façon de railler la passivité de la communauté internationale à propos du règlement du conflit au Sahara occidental.

    Alors que le conflit qui oppose Rabat aux indépendantistes du Front Polisario est toujours dans l’impasse, la tension croît sur le terrain. C’est un rituel bien rodé. Périodiquement, des représentants du gouvernement marocain rencontrent dans la banlieue de New York, sous l’égide des Nations unies, une délégation d’indépendantistes sahraouis du Front Polisario pour des «discussions informelles». Et il n’en sort rien. S’agissant des derniers évènements, de jeunes Sahraouis décident d’ériger un camp de toile, à une vingtaine de kilomètres de Laâyoune, et d’y tenir une sorte de sit-in permanent. Leurs revendications portent sur le droit à l’emploi et au logement, la liberté d’expression, la «reconnaissance de leur dignité»… Durement frappée par le chômage (30%, alors que la moyenne nationale est de 9%), la population du Sahara vit très mal l’afflux de Marocains du Nord, à commencer par les fonctionnaires, chouchoutés par le gouvernement. Au fil des jours, le camp grossit, jusqu’à rassembler quelque 15 000 occupants.(1) Les gens présents dans ce camp, installé dans la banlieue de Laâyoune, n’avaient à l’origine aucun esprit belliqueux, comme le reconnaît le journal marocain Emarrakech.info. Un premier incident grave s’est déroulé le 25 octobre, quand un adolescent de 14 ans a été tué lors d’une échauffourée avec les forces de l’ordre. Le 8 novembre, le Maroc envahit le camp.(2)

    Selon le Maroc, douze personnes ont été tuées lors du démantèlement du camp. Le Front Polisario qui réclame l’indépendance du Sahara occidental et s’est prononcé pour la tenue d’un référendum d’autodétermination, a fait état pour sa part de «dizaines de morts» et de plus de 4500 blessés au cours des violences qui ont suivi le démantèlement. Ces jeunes se sont révoltés d’une façon spontanée, en tout cas sans avoir été manipulés par le Front Polisario qui a vite fait de «récupérer» le mouvement. Même Aminatou Haïdar, la «Gandhi sahraouie». est restée muette Elle avait fondé le Collectif des défenseurs sahraouis des droits de l’homme (Codesa) qui s’accompagne d’un rejet catégorique de la violence. De nombreuses organisations internationales ont protesté contre ces meurtres, tortures et emprisonnements aussi bien en France qu’en Espagne, Italie. Des marches de protestation sont organisées et qui demandent une enquête internationale qui n’a eu aucune chance d’aboutir, car la résolution du Conseil de sécurité a été bloquée par le veto de la France qui joue vis-à-vis du Maroc le même rôle protecteur que les Etats-Unis vis-à-vis d’Israël. Ainsi, le 17 novembre, le Conseil de sécurité des Nations unies s’est contenté de «déplorer la violence».

    «Réduire au silence les Sahraouis, hommes, femmes et enfants, veut dire les tuer. Les paroles de M Kouchner le rendent complice des assassinats de femmes et d’enfants sahraouis de ces derniers jours. La démocratie marocaine assassine à huis clos, les journalistes et les observateurs sont interdits d’entrer au Sahara occidental occupé. La cruauté, la violence déchaînée et bestiale des autorités marocaines sur les Sahraouis c’était hier et avant-hier, et ça continue. Des Sahraouis sont morts, morts violentes, coups et balles: 11 morts annoncés par le ministère de l’Information sahraouie, puis 8 corps découverts près de la rivière Saguia el Hamra et dans la ville. 18 corps de femmes. 25 corps découverts dans un trou près des campements détruits… Et 723 sont blessés, 163 arrêtés et 159 portés disparus. (…) La France hypocrite valide les transferts des fonds par millions d’euros de l’Europe au Maroc, pour son bon voisinage, son accord de pêche, son statut avancé. (…) La France fière doit agir en urgence pour assurer la protection du peuple sahraoui et son indépendance sur sa terre .» (3) On peut discuter, lit-on dans le journal El Periodico de Catalunya, du nombre de victimes, mais nul ne met en doute la brutalité avec laquelle ont agi les autorités marocaines quand elles ont fait évacuer à l’aube le campement de khaïmas [tentes de nomades] d’Agdaym Izik, à dix kilomètres de Laâyoune. Depuis que l’Espagne, en 1975, aux dernières heures du franquisme, a abandonné à son sort son ancienne colonie, on n’avait jamais vu une mobilisation sahraouie aussi massive et prolongée dans le temps. (…) A cet égard, rappelons le procès de militants sahraouis qui avaient visité le camp et les agressions contre deux journalistes espagnols qui couvraient l’événement, l’interdiction de voyager faite à plusieurs journalistes espagnols, l’expulsion du Maroc de la chaîne Al Jazeera en raison de ses informations sur le Sahara et l’expulsion de Laâyoune du député européen, Willy Meyer [un député français a lui aussi affirmé avoir été expulsé du Maroc le 8 novembre]. Après 35 ans de conflit, le Maroc ne peut pas continuer à vouloir régler le problème par la répression et la censure.(4) Pour rappel, le Sahara occidental est un territoire de 266 000 kilomètres carrés. Dès 1965, l’ONU pousse l’Espagne à décoloniser ce territoire, Hassan II, rappelons-le, avait au début une position proche de celle de l’Algérie tant que le territoire était sous le joug espagnol. Volte-face avec la complicité de l’Espagne.

    La décolonisation bâclée a amené le roi Hassan II à faire une marche verte sous les yeux des garnisons espagnoles qui quitteront le pays en février 1975. Le Front Polisario créé suite à l’invasion du Maroc mène une «guerre des sables» gelée depuis le cessez-le-feu de 1991 et le déploiement d’une force onusienne. Mais elle reste sans solution. Le Maroc a souvent joué le rôle de gendarme des intérêts de la France en Afrique, ainsi que celui de temporisateur dans le Proche-Orient. Naturellement, ce pays fait l’objet de convoitises. En 1975, un avis consultatif de la Cour internationale de justice confirme l’existence de liens historiques entre les populations du Sahara occidental et le Maroc, ainsi que l’ensemble mauritanien, mais conclut qu’ils ne sont pas de nature à empêcher un référendum d’autodétermination, en y rendant inapplicable la notion de terra nullius. Dans les années 1980, avec l’aide d’Israël et des Etats-Unis, le Maroc érige un mur qui sépare le territoire en deux. Le Sahara occidental figure sur la liste des territoires non autonomes, selon l’ONU depuis 1963. Depuis l’entrée en vigueur du cessez-le-feu de 1991, le statut final du Sahara occidental reste à déterminer. En 2000, avec le soutien de la France, il renie sa signature et déclare le référendum infaisable. Ce pays se comporte comme Israël. D’ailleurs, c’est ce que pense James Baker, l’ancien envoyé spécial de l’ONU au Sahara occidental. En 2002, un avis de droit de Hans Corell, vice-secrétaire général aux questions de droit, conclut que le Maroc n’est pas la puissance administrante du territoire. En 2006 Kofi Annan avait indiqué qu’aucun État membre de l’ONU ne reconnaît la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental. En avril 2007, le Conseil de sécurité des Nations unies adopte une nouvelle résolution (n°1754) qui engage les parties à négocier «en vue de parvenir à une solution politique juste, durable et mutuellement acceptable qui permette l’autodétermination du peuple du Sahara occidental».

    Qu’en est-il de la situation des Marocains?

    Si les Marocains vivotent au quotidien, ce n’est pas le cas du roi. «Au pouvoir depuis dix ans, le souverain marocain serait, selon le magazine financier Forbes, l’un des hommes les plus riches du monde. Et sa fortune aurait doublé au cours des dernières années (…) Il est à la tête d’un joli pactole s’élevant à 2,5 milliards de dollars. Justement à propos d’inégalité, la ville de Casablanca est déchirée par ses contradictions. Dans cette ville, écrit Chafaa Bouaïche, les autorités ont confié presque tous les services à des entreprises étrangères.

    «On fait appel à des étrangers pour gérer les affaires de la collectivité, comme si nous étions incapables de le faire nous-mêmes». «A Casablanca, même les autobus sont gérés par une société française», poursuit-il. Casablanca n’arrive pas à cacher la misère de sa population».(5) On l’aura compris, les Marocains ne profitent pas des fruits de la croissance que l’on dit de 5%. On apprend que dans la plus pure tradition esclavagiste, les Espagnols recrutent. Hicham Houdaïfa écrit : « (…) Il s’agit de 12 000 ouvrières marocaines qui doivent être recrutées dans des exploitations agricoles espagnoles en 2008. (..) Les «mmimates» (mères de famille, dans le jargon populaire) ont le cœur lourd. Ces femmes doivent être en bonne santé, ni grosses ni maigres, avec une dentition parfaite. Elles doivent non seulement être mariées mais également avoir des enfants âgés de moins de 14 ans ! En acceptant toutes les conditions posées par les Européens en matière d’immigration, le gouvernement participe à une nouvelle forme d’esclavagisme.» (6)

    Cela nous rappelle une contribution parue dans le Monde diplomatique «Mora le négrier». Celui-ci qui arpente le haut Atlas à la recherche de mineurs pour les mines du nord de la France dans les années trente. Lui aussi, il examine la dentition des candidats et met un cachet rouge de refus ou vert synonyme d’acceptation, le candidat sera alors un forçat dans les mines françaises. Rien n’a changé pour les Marocains.

    Les intérêts de la France, de l’Espagne et des Etats-Unis

    Ce qui fait courir l’Europe et les Etats-Unis, outre la position stratégique du Maroc, ce sont les ressources minières, halieutiques et énergétiques du grand Maroc:

    «Côté américain, écrit Denise Sollo, il est important de gagner le marché marocain par l’établissement d’une zone franche entre les deux pays. Cette attitude s’inscrit dans la politique américaine de conquête du marché africain. Pour l’Union européenne, il s’agit surtout de garder les marchés déjà acquis. Le Maghreb, de par sa proximité et ses richesses, représente pour l’Europe un marché à préserver et à développer. Néanmoins, pour les Etats-Unis comme pour les Européens,. (…) les enjeux d’ordre économique relèvent des richesses contenues dans le sous-sol du territoire, ainsi que celles contenues au large des côtes et dans les fonds marins. En effet, des compagnies pétrolières y effectuent actuellement de la prospection, sous l’autorisation de l’Etat marocain. Il s’agit des multinationales française et américaine TotalFinaELf et Keer Mc Geer (…)» (7)

    Dans ces conditions, le ras-le-bol des Sahraouis s’est traduit par une attaque de tous les attributs de l’Etat mais aussi des banques étrangères. Francis Weyl de l’Apso écrit (…) : «La décolonisation non aboutie est la cause primordiale de toutes les exactions commises sur les Sahraouis, peuple en trop sur son territoire. Les entreprises qui commercent avec le Maroc soutiennent directement la violence, le maintien dans le territoire des milliers de policiers, militaires, forces auxiliaires et mouchards, et l’importation massive de colons. (…) Dans les émeutes et les combats qui ont suivi, les Sahraouis ont tenté de repousser les forces répressives et attaqué les symboles du gouvernement, de son pillage des ressources naturelles du territoire et ses complices. D’autres banques à sonorités bien françaises sont installées à El Aâyun, pour une ou plusieurs agences. (…) En s’attaquant aux banques présentes dans ce territoire non autonome, les Sahraouis en attente de la mise en place du légitime référendum qui est leur droit, les accusent directement d’être complices de leurs souffrances, et de la souffrance du peuple sahraoui, qu’il soit exilé ou réfugié.(8)

    Suprême récompense de la part de la France et de l’Espagne: le 7 mars se tenait à Grenade un sommet Union européenne – Maroc, le premier depuis que, en 2008, le Royaume s’est vu attribuer le «statut avancé» de partenaire économique privilégié de l’UE. L’analyse pertinente du journaliste marocain, Ali Lmrabet, décrit à bien des égards la situation du Maghreb à partir de «l’exemple marocain», tant il est vrai que les pays le composant ne sont pas acteurs de leurs destins. Ecoutons-le :

    «Peut-on vivre au Maroc d’aujourd’hui en faisant omission de cette réalité qui veut que tout doit tourner autour du roi? (…) Et il est paradoxal de constater que ceux qui font leur cette analyse, en particulier les Français, les voisins espagnols et les lointains Américains (avant et avec Obama), ceux-là mêmes qui tiennent bec et ongles à leurs institutions et à leurs chères libertés, veulent nous garder en cage et nous pressent, indirectement bien entendu, de rester sages et d’accepter d’être gentiment conduits par le prince. (…) Nous ne serions pas prêts pour la démocratie, se lamentent ces hypocrites. Mais enfin, de quoi ont-ils peur? Que nous commencions à penser par nous-mêmes? A nous émanciper? Que nous trouvions des solutions à nos besoins, matériels et autres? Que veulent-ils, enfin, ces lointains Occidentaux? On a du mal à croire qu’ils veulent que notre région continue à être la grande fabrique d’extrémistes – qui se nourrissent, justement, des dictatures, des injustices faites aux gens et du manque de liberté criant qui sont notre pain quotidien ».(9)

    Les Sahraouis sont-ils les Palestiniens du Maghreb? Ou y a-t-il une autre façon de faire? L’honorable diplomate Lakhdar Brahimi, ancien Secrétaire général adjoint de l’ONU, avait l’habitude de dire qu’il n’y a pas de conflit sans solution. Imaginons une Union maghrébine réelle, selon Akram Belkaïd, les estimations les plus fréquentes, une Union économique réelle avec libre circulation des personnes et des marchandises générerait au moins un point de croissance supplémentaire. Sans compter le fait que l’agriculture algérienne bénéficierait du savoir-faire des ouvriers agricoles marocains, tandis que l’est du Royaume chérifien, asphyxié économiquement, a un besoin urgent de l’ouverture de la frontière terrestre. (10). Pour qu’un Maghreb de l’intelligence puisse émerger, il est bon que les pays en question soient fascinés par le futur pour aller progressivement, à l’instar de l’Europe, vers une Union maghrébine dans le plein sens du terme. Un territoire de plus de 6 millions de km², un gisement solaire important, des énergies fossiles, une population jeune et bien formée serait la meilleure réponse à cette Europe qui continue à diviser pour régner. Nous devons en être conscients!
    Par Chems Eddine Chitour

    Source/Références

    1. Dominique Lagarde: Vent de colère au Sahara occidental Figaro 16.11.2010

    2. http://www.courrierinternational.com/revue-de-presse, 2010.11.16 les-tensions-reprennent

    3. APSO: L’oued Saguia el Hamra, Rivière rouge de sang- Site Oulala, le 14 novembre 2010

    4. Quel avenir pour les Sahraouis? El Periódico de Catalunya, 09.11.2010

    5. Chafaâ Bouaïche: Casablanca, le règne du faste et de la misère -La Tribune 08.09.2008

    6. Hicham Houdaïfa: Trente euros pour cueillir des fraises -Courrier international 03.01.2008

    7. Denise Sollo: Origines, enjeux et perspectives de paix du conflit du Sahara occidental

    http://www.irenees.net/fr/fiches/analyse/fiche-analyse-18.html

    8.France Weyl: Des banques françaises au Sahara Occidental APSO, 17 novembre 2010

    9.Ali Lmrabet: Sa Majesté et notre pain quotidien El Khabar 28.07.2009.

    10.Akram Belkaïd: Un différend qui n’a que trop duré Le Quotidien d’Oran 09.04.2009

     
    Les Débats, 15-21/12/2010
  • La zone de libre-échange maghrébine contestée par l’Algérie

    Annoncée pour 2011 au début de ce mois par le secrétaire général de l’UMA, M. Lahbib Benyahia, à l’occasion de la 16ème session de la Commission maghrébine sur la sécurité alimentaire, la création de la Zone maghrébine de libre-échange pourrait être ajournée. Et pour cause, l’Algérie émet des réserves sur ce projet qui inclut la libre circulation des personnes et l’octroi des avantages dans la passation des marchés publics en plus de l’aspect commercial lié à la libre circulation des marchandises. C’est du moins ce qu’a expliqué le ministre du Commerce, Mustapha Benbada, devant les députés, jeudi dernier. Il l’a d’ailleurs clairement souligné : «Nous avions émis des réserves contre un certain nombre de dispositifs qui ont été introduits au niveau du projet de la convention relative à la Zone de libre-échange. 
    Le document [présenté] parlait de libre circulation des personnes et de libre circulation des marchandises et de certaines questions liées aux marchés publics.» Pour le ministre du Commerce, l’adhésion de l’Algérie à cette zone «dépend de la compréhension de nos partenaires». Sur le plan du principe, nous sommes d’accord pour la création de cette zone mais il faut absolument que tous les membres prennent en considération les préoccupations des uns et des autres. C’est en ces termes que M. Benbada a résumé la position de l’Algérie. Quelles sont ces préoccupations ? Selon le ministre du Commerce, ce projet discuté au niveau de l’UMA, notamment en juin dernier en Libye (Tripoli), contient des points qui dépassent le cadre commercial. C’est pour cela que l’Algérie a refusé de faire passer l’accord malgré le «forcing» exercé par d’autres pays membres de l’Union.Ces pays, a expliqué le ministre, «voulaient élargir le dispositif d’échange commercial à la libre circulation des personnes et à des avantages dans l’octroi des marchés publics». 
    A travers cette précision, le ministre a fait allusion au Maroc qui, faut-il le rappeler, demande l’ouverture des frontières avec l’Algérie.  La partie algérienne «a proposé que le projet se limite à la zone de libre-échange commerciale», à l’instar de l’accord signé avec le reste des pays arabes dans le cadre de la Zale, a révélé M. Benbada. Et de préciser que la position de l’Algérie découle d’une «vision d’ensemble»,  à savoir celle de la protection de son économie. Et ce, à travers notamment la définition d’une liste négative des produits qui ne seront pas concernés par cet échange, comme c’est le cas avec la Zale. L’autre point délicat dans cet accord, en l’occurrence l’attribution des marchés publics, est également rejeté par l’Algérie.«Deux pays ont demandé que leurs entreprises bénéficient des mêmes avantages accordés aux entreprises nationales dans le cadre de l’octroi des marchés publics», a déclaré le ministre à l’APN. Et d’ajouter : «Ils veulent avoir des avantages dans l’actuel programme quinquennal 2010-2014 et profiter de la mise en service de l’autoroute Est-Ouest pour faciliter l’écoulement des produits agricoles et industriels sans restriction.» Il s’agit probablement du Maroc et de la Tunisie. l’Algérie, pour l’heure, refuse de céder à ces doléances pour «des considérations sécuritaires, sanitaires et encore d’autres relatives à la circulation des personnes qu’il faut prendre en compte dans ce genre d’accord», de l’avis de
    M. Benbada. Pour mettre au clair tous ces points, une réunion est prévue le premier trimestre 2011. Ce sera l’occasion pour l’Algérie d’émettre sa proposition concernant la création d’une communauté économique maghrébine à la place  de la Zone de libre-échange. Cette communauté, selon la vision algérienne, intègre toutes les forces économiques des pays de l’UMA, tout comme ses industries et ses politiques agricoles. Selon le ministre, cette communauté devrait être perçue comme une complémentarité et non comme des marchés que chaque pays veut conquérir.  Au cas où la convention négociée à Tripoli ne changerait pas et ne prendrait pas en charge les réserves algériennes, «l’Algérie sera le seul perdant», a mis en garde M. Benbada. Autant alors préparer la réunion de 2011 pour
    défendre cette position. La tâche s’annonce rude.
    Par Samira Imadalou
    La Tribune d’Algérie, 11/12/2010 

    Commentaire de Diaspora Saharaui : 

    Les mandataires de Rabat sont narcissiques et ils se croient les génies nord-africains en matière de pensée, de planification et de falsification de la réalité. Ils ont voulu s’approcher à l’Algérie d’une façon pour le moins puérile, dans le but de provoquer la réouverture des frontières et ainsi donner un coup de pouce à l’économie marocaine déjà moribonde.


    Le temps n’est plus aux jeux de cache-cache. L’Algérie, après deux décades de patience n’hésite plus à afficher sa position de défense de la cause sahraouie. Si les marocains veulent des frontières ouvertes et une collaboration exemplaire, ils doivent avoir une conduite exemplaire. C’est-à-dire, arrêter de convoiter les terres des voisins et se rendre à la légalité internationale.


    Le soutien des USA, d’Israël et de la France n’a rien donné. Il est temps de se rendre à l’évidence et donner à César ce qui lui appartient : l’indépendance au peuple sahraoui.

  • Zone maghrébine de libre-échange: Les réserves algériennes

    L’Algérie ne ratifiera pas, pour le moment, la convention concernant son adhésion à la Zone maghrébine de libre-échange tout en émettant des réserves contre un certain nombre de dispositifs, qui dépassent le cadre commercial, introduits au niveau du projet. Cette déclaration a été faite par le ministre du Commerce, Mustapha Benbada, en marge d’une séance de l’APN consacrée aux questions orales, qui expliquera cette réticence par la volonté affichée par certains pays de l’Union du Maghreb arabe d’élargir l’accord en cours de discussion à la libre circulation des personnes, entre autres «remarques» algériennes.

    La Zone maghrébine de libre-échange, un vieux projet de 19 ans, et qui devait être lancée en 2011, selon Lahbib Benyahia, secrétaire général de l’UMA, le cadre juridique de cet accord étant déjà en place, prévoyait l’exonération des droits de douane des produits industriels et une libéralisation progressive des échanges de produits agricoles. Cependant, et lors de la dernière réunion traitant du projet de la ZMLE, tenue en Libye, en juin 2010, et réunissant les ministres du Commerce de l’UMA, l’Algérie avait émis des réserves sur certains points introduits dans le projet de la convention, qu’elle a refusé de faire passer malgré le «forcing» exercé par d’autres pays membres de l’Union, selon le ministre. Outre le volet traitant de la libre circulation des personnes, loin des préoccupations commerciales entre les partenaires maghrébins, et qui en filigrane convoque le dossier de l’ouverture des frontières terrestres entre l’Algérie et le Maroc, Alger n’entend pas faire de concession, voire du favoritisme, à ses voisins dans l’octroi des marchés publics.

     L’on saura ainsi, toujours selon les explications ministérielles, que deux pays ont «insisté» à ce que leurs entreprises soient avantagées dans l’actuel programme quinquennal 2010-2014 et profiter de la mise en service de l’autoroute Est-Ouest pour faciliter l’écoulement de leurs produits agricoles et industriels sans restriction. Des pressions que l’Algérie refuse en évoquant «la protection de son économie» tout en dressant une liste négative des produits qui ne seront pas concernés par cet échange afin de protéger son industrie.

     Développant toujours son argumentaire «défensif», M. Benbada expliquera qu’il existe pour Alger «des considérations sécuritaires, sanitaires et encore d’autres relatives à la circulation des personnes qu’il faut prendre en compte dans ce genre d’accord». Malgré ces réserves, l’Algérie ne ferme pas la porte à la ZMLE, puisqu’une réunion est prévue probablement le premier trimestre 2011 pour poursuivre les négociations déjà entamées, selon le ministre qui propose encore en échange la création d’une communauté économique maghrébine qui intègre toutes les forces économiques des pays de l’UMA, tout comme ses industries et ses politiques agricoles, perçue comme une complémentarité et non pas comme des marchés que chaque pays veut conquérir. Cet accord devait, en principe, selon ses concepteurs, «redynamiser les échanges intra-maghrébins» et promouvoir le processus d’intégration économique entre les pays membres. Pour rappel, les échanges commerciaux entre les pays de l’UMA représentent seulement 3% du volume total du commerce extérieur, le taux régional le plus bas du monde alors que la plupart des échanges des pays de l’UMA sont orientés vers l’Union européenne à hauteur de 51%. 

    par Moncef Wafi  
    Le Quotidien d’Oran, 11/12/2010