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  • Algérie : Bensalah s’accroche au dialogue

    Dialogue et élections présidentielles: Bensalah S’accroche

    par Ghania Oukazi

    Abdelkader Bensalah a appelé dimanche «tous les acteurs nationaux à se mobiliser pour la réalisation de cet objectif stratégique national, seul à même de mener notre pays vers des lendemains sûrs et prospères».

    L’objectif étant, en évidence, les élections présidentielles fixées au 4 juillet prochain. Le chef de l’Etat est ainsi déterminé à aller jusqu’au bout de la logique constitutionnelle de l’article 102 qui oblige à organiser des élections présidentielles 90 jours après sa nomination en tant que chef de l’Etat en remplacement du président de la République destitué le 2 avril dernier. Bensalah a parlé dimanche comme l’a fait Gaïd Salah le mardi 30 avril dernier. L’un vient compléter l’autre.

    «Je demeure entièrement convaincu qu’adopter le dialogue constructif avec les institutions de l’État est l’unique moyen pour sortir de la crise, étant conscient que le dialogue est l’un des moyens les plus civilisés et les plus nobles dans les relations humaines et la voie la plus judicieuse pour présenter des propositions constructives, rapprocher les points de vue et atteindre un consensus autour des solutions disponibles », a dit le chef d’état-major de l’ANP.

    Bensalah lui emboîte le pas pour lancer un appel à «tous les acteurs nationaux, à l’ensemble des composantes de la classe politique, aux mouvances qui structurent la société civile et à tous ceux qui sont considérés comme exprimant les sentiments d’une frange de la société, ou de ses élites, à l’intérieur comme à l’extérieur du pays, notamment les jeunes et les femmes, pour se mobiliser pour la réalisation de cet objectif stratégique national, seul à même de mener notre pays vers des lendemains sûrs et prospères».

    Le dialogue «la solution idéale»

    Gaïd Salah a nommé avant lui «cet objectif stratégique national» qui est «des élections présidentielles le plus tôt possible» parce qu’elles représentent à ses yeux «la solution idéale pour sortir de la crise politique». Pour le vice-ministre de la Défense, le dialogue dont il est question a été amorcé le 22 avril dernier, date où le chef de l’Etat a commencé à recevoir des personnalités et chefs de partis. Il a d’ailleurs «salué l’adhésion de nombreuses personnalités et partis à l’idée de l’importance d’adopter le principe de dialogue, qui doit aboutir à des mécanismes raisonnables de sortie de crise».

    Gaïd Salah leur promet même que «c’est là une position qui leur sera reconnue durant cette phase, où l’intérêt de la Nation doit être le dénominateur commun entre toutes les parties». C’est sûrement cette phrase qui a poussé certains des opposants politiques à réviser leur position de refus qu’ils ont adoptée depuis l’appel de Bensalah.

    Le chef de l’Etat ne s’en lasse pas et clarifie cette fois ce qui ne semblait pas l’être dans le discours du chef d’état-major. Il explique alors à propos de l’élection présidentielle du 4 juillet prochain que « c’est la seule à même de permettre au pays de sortir de la crise définitivement et durablement de l’instabilité politique et constitutionnelle ». Election qui permet aussi, dit-il, d’élire d’une manière « incontestable » un président de la République qui aura «toute la légitimité nécessaire et toutes les prérogatives requises pour concrétiser l’aspiration profonde au changement et satisfaire l’ensemble des revendications populaires légitimes».

    Bensalah, l’institution à laquelle tient Gaïd

    A défaut de n’être pas arrivé à ce jour à mettre en place une commission indépendante d’organisation, de contrôle et de suivi des élections comme visé par son appel au «dialogue et à la concertation» du 22 avril dernier, Bensalah revient sur le sujet pour affirmer que tous ces aspects seront encore une fois «au cœur de ce dialogue» pour en «faire l’objet d’un large consensus».

    Il conforte Gaïd et souligne que cet objectif (l’élection) «est le seul à même de mener notre pays vers des lendemains sûrs et prospères pour notre peuple et seul à même de lui permettre de déjouer les dangers et les desseins hostiles visant à le conduire vers le vide constitutionnel et l’absence de l’État et à l’entraîner ainsi dans la spirale de l’anarchie et la déstabilisation».

    Son hommage sera ainsi à l’ANP qui active, dit-il, pour «préserver la conception constitutionnelle de l’État, assurer sa continuité et garantir la sécurité et la stabilité du pays». Il rendra d’ailleurs un -particulier- au Commandement de l’armée pour « la lucidité de son engagement aux côtés de notre peuple, dans cette phase cruciale de son histoire, et sa détermination à faire face aux agissements hostiles à la patrie, à son intégrité territoriale ainsi qu’aux tentatives visant à porter atteinte à la sécurité nationale du pays et à mettre en danger son unité nationale». Il met en avant l’état-major militaire pour avoir fait, selon lui, en sorte que «le processus de changement connaît au quotidien des avancées incontestables».

    «Des dossiers qui ont défrayé la chronique»

    Il note à cet effet qu’« au cœur des revendications populaires, la lutte contre la corruption et la dilapidation des deniers publics a ainsi connu une accélération qui laisse entrevoir une prise en main déterminée par la justice des dossiers qui ont défrayé la chronique, mais aussi et surtout une action méthodique, inscrite dans la durée et induisant un impact salutaire sur l’économie nationale, débarrassée de l’impact néfaste des pratiques qui ont profondément gangréné son fonctionnement ».

    Pour le chef de l’Etat, « la voix du peuple a été entendue ». Une voix qui, dit-il encore, «a trouvé en l’Etat réactivité positive, promptitude et compréhension à l’égard des revendications, aspirations et attentes de notre population». Il pense du «hirak» qu’il est une étape «qualitativement nouvelle, qui se déroule dans le calme et de façon pacifique, une étape durant laquelle notre peuple a fait montre d’un haut niveau de conscience et de maturité, manifestant ses revendications et ambitions légitimes à travers un comportement civilisé, qui a forcé l’admiration du monde entier». Mais, affirme le chef de l’Etat, «il va sans dire (cependant) que l’intérêt suprême du pays impose la préservation de l’État, le respect des institutions, ainsi que la sauvegarde de la sécurité et de la stabilité du pays et ce quelles que soient les circonstances».

    Gaïd Salah et Bensalah défendent avec la même conviction «les institutions de l’Etat». Pour l’heure, les deux responsables civil et militaire maintiennent le cap sur la présidentielle du 4 juillet prochain et appellent encore une fois «tous les acteurs nationaux» à venir dialoguer avec la présidence de la République dans sa configuration actuelle. Le chef d’état-major ne veut pas se passer du chef de l’Etat et le met en avant pour trouver «une solution à la crise politique».

    Les figures incontestables du système

    Ceux des opposants qui refusent de discuter avec Bensalah « parce que c’est une figure du système», acceptent curieusement et insistent pour le faire avec Gaïd Salah que le système Bouteflika a mis en avant pour contrer des forces qui lui étaient hostiles, notamment par sa fidélité et sa complaisance. Il les a prouvées puisqu’il est resté à ses côtés bien longtemps. Jusqu’au 2 avril dernier qui lui a fait comprendre que sa tête était mise à prix. Le vrai-faux communiqué est venu comme pour le réveiller et lui dire que la décision de son limogeage était signée. De « la proposition » qu’il avait faite trois jours avant, il est passé à l’ordre « immédiat » d’appliquer l’article 102 de la Constitution.

    Il démit Bouteflika de son poste de président et déclenche une avalanche d’arrestations des membres de son clan. La toute récente, celle de son frère Saïd Bouteflika et des généraux Toufik et Tartag, a fortement étonné au plan national et même à l’étranger de par la rapidité de son exécution.

    Les trois ex-responsables ont été arrêtés, quelques heures après présentés devant le juge d’instruction militaire qui a ordonné leur mise en détention préventive. Après Gaïd qui dénonçait les comploteurs, Bensalah hier a affirmé que «l’affaiblissement et la déstabilisation de l’Algérie constitue, pour certaines parties, une option stratégique (et) nier cette réalité ou tenter d’en minimiser la dangerosité, serait au mieux faire preuve de naïveté et au pire de complicité». Au «hirak» qui revendique depuis le 22 février dernier le départ des B (Bensalah, Bedoui, Bouchareb), Gaïd est prêt à faire tomber bien d’autres têtes mais celles-là représentent pour lui «le cadre constitutionnel» auquel il tient pour ne pas subir la foudre des «légalistes» d’ici et d’ailleurs. Sans ça, les institutions internationales considéreront que la destitution du président Bouteflika est un coup d’Etat.

    Il attendra encore quelques jours pour réviser sa feuille de route en lui accolant des décisions qui frapperont les esprits. Il compte certainement sur l’usure du peuple pour gagner le temps qu’il lui faudra pour désamorcer ce qu’il a qualifié de «bombes à retardement». La préparation d’une personnalité «neutre» comme Taleb El Ibrahim pour assurer une transition bien contrôlée suit son cours.

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  • Algérie : S’adapter à l’article 102 ?

    « Sans perdre de vue le fait que l’on traine encore de conjecture en conjecture, ce scénario, même s’il était bel et bien retenu, pourrait quand même faire long feu au cas où la riposte du vendredi venait à en rejeter le résultat… » globalement et dans le détail ».

    Par Mohamed Abdoun

    Le Parlement doit donc se réunir, en assemblée générale, ce mardi afin de constater la vacance du poste de président de la République, et de permettre la désignation du président du Sénat en qualité d’intérimaire pour gérer une phase de transition de trois mois, avant lesquels une élection présidentielle devrait avoir lieu. Il s’agit là du scénario le plus conforme à ce que prévoit la constitution, de par son article 102.

    Ainsi, si l’on devait poursuivre sur cette voie, il est plus que probable que le président du Sénat va déposer sa démission afin de permettre à une figure moins » grillée » de prendre sa place.

    Abdelkader Bensalah, en effet, est unanimement rejeté par les millions de manifestants qui battent le pavé chaque vendredi. Ces derniers, au reste, ont concentré l’essentiel de leurs revendications et de leurs slogans, vendredi passé, à la nécessité de se défaire de Bensalah et, accessoirement de Belaïz et Bedoui.

    Le » minimum syndical » consisterait, donc, à donner suite ne serait qu’à une partie de cette revendication en se délestant de Bensalah dès ce mardi, ou même avant, en attendant le verdict de la rue vendredi prochain.

    Le fait que le journal El Moudjahid ait décidé d’explorer cette piste dans son éditorial de la veille me semble être un indice assez sérieux concernant le fait que c’est ce choix qui aurait été retenu, dans l’espoir que la rue s’en satisfera aussi. Il devient clair, en tous cas, que les décideurs, qui se contentent de réagir aux imposantes marches du vendredi, lâchent à chaque fois un peu plus de lest à mesure que les manifestations grossissent en nombre et placent plus haut la barre des revendications. Il est, par exemple, bien loin ce temps où le peuple se serait satisfait du départ du président, sans que tout le système ne le suive dans sa chute.

    Sans perdre de vue le fait que l’on traine encore de conjecture en conjecture, ce scénario, même s’il était bel et bien retenu, pourrait quand même faire long feu au cas où la riposte du vendredi venait à en rejeter le résultat… » globalement et dans le détail « .

    Dans ce cas, et comme le suggèrent déjà plusieurs acteurs politiques, qui donnent plus ou moins l’air d’être dans le » secret des dieux « , il deviendrait plus que nécessaire de briser le carcan inhibiteur de cette constitution, en s’appuyant sur cet article 7 qui veut que toute souveraineté et tout pouvoir soit l’émanation du peuple, et de lui seul.

    Ici, plusieurs questions resteront quand même en suspens. La première, et la plus importante sans doute, sera celle de savoir qui en prendra le premier l’initiative, en sachant par avance que l’écrasante majorité des acteurs politiques et figures de proue de la société civile sont favorable à un pareil scénario.

    La première réponse qui vient à l’esprit sera bien entendu l’ANP. Celleci, et en ces moments particulièrement délicats et cruciaux pour l’avenir de l’Algérie, est en quelque sorte la garante que la transition se fera sans heurts. Le chef d’état-major, en outre, a maintes fois souligné le fait que l’armée partage l’intégralité des revendications soulevées par la rue. L’armée ne saurait dès lors se soustraire à ce rôle historique, dont la finalité servirait à mener le pays à bon port, en le dotant des institutions et des responsables librement et démocratiquement choisis par le peuple.

    Une pareille phase de transition, la plus courte possible, doit en revanche recueillir l’adhésion d’une écrasante majorité, et laisser émerger des figures que ni la rue, ni les acteurs politiques, ne sauraient logiquement rejeter.

    Mais, dans tous les cas de figures, les quelques jours à venir s’annoncent cruciaux pour la suite des évènements. L’Algérie, qui se trouve bel et bien à la croisée des chemins, n’a absolument pas droit à l’erreur.
    M. A.

    Tribune des Lecteurs, 7 avr 2019

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