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  • Maroc : Abdelkrim Khattabi le fantôme qui hante les Alaouites

    “Président de la république” puis prisonnier sous Mohammed V, résistant exilé sous Hassan II, symbole historique dérangeant sous Mohammed VI… Le héros du Rif continue de peser de tout son poids sur la monarchie.

    Le 6 février 1963 s’éteignait celui qui fut l’émir du Rif, le seul (éphémère) président qu’ait connu le Maroc. 37 ans après avoir quitté sa terre natale, Abdelkrim Khattabi succombait à une attaque cardiaque dans son exil cairote. 46 ans plus tard, force est de constater que sa mémoire officielle n’est pas à la hauteur de son épopée. Certes, des boulevards portant son nom ont fleuri un peu partout au Maroc. Certes, des historiens, marocains ou étrangers, se sont penchés sur le cas d’école qu’il a représenté. Son souvenir officiel reste pourtant une affaire difficile à manier, une épine dans le pied d’une monarchie alaouite en mal de symboles populaires.

    Une mémoire occultée

    Populaire, Abdelkrim Khattabi l’est toujours. En témoignent les commémorations discrètes mais régulières de son action : samedi 7 février, le groupe universitaire de recherche sur Abdelkrim Khattabi organisait un colloque dans la banlieue de Rabat ; courant du mois, l’association Mémoire du Rif, qui publie sa revue annuelle chaque 6 févier, prévoit des rencontres entre des témoins de l’époque et des habitants d’Al Hoceïma. Le souvenir de l’émir du Rif n’est pas réservé, loin s’en faut, aux seuls chercheurs ou à quelques rares autonomistes. Le groupe de musique casablancais Darga, avec son titre-phare Abdelkrim, a récemment illustré la persistance d’un mythe populaire que peuvent s’approprier tous les Marocains. Un mythe d’une étrange actualité mais que peine à récupérer le “nouveau règne”, pourtant très soucieux de revisiter l’histoire nationale.

    Dès son intronisation, Mohammed VI a envoyé des signaux très favorables et le retour dans le Rif de la dépouille mortelle de Abdelkrim semblait possible, voire imminent. L’exilé Abraham Serfaty n’était-il pas rentré au pays à l’appel du roi ? Mohammed VI n’a-t-il pas honoré le Rif de ses multiples visites, n’a-t-il pas rencontré le fils (aujourd’hui décédé) de Abdelkrim ? L’Instance équité et réconciliation a même planché sur le cas Khattabi. Rien cependant n’a abouti, et la petite nièce de l’émir du Rif, Fadila Jirari, est aujourd’hui amère : “C’est une erreur d’avoir voulu traiter le cas Khattabi dans le cadre du bilan des années de plomb. On a voulu en faire un dossier parmi d’autres, ce qui est loin d’être le cas. Il ne s’agit ni de la même époque, ni des mêmes responsabilités de l’Etat”. Et Fadila Jirari de marteler : “C’est au niveau le plus élevé (ndlr, comprenez le roi) que doit être demandé le rapatriement du corps de Abdelkrim”. Puis, de guerre lasse, elle lâche : “De toute façon, les conditions qui expliquaient son refus de rentrer au pays n’ont pas disparu. Sur le fond, rien n’a vraiment changé”.

    Le fond, c’est évidemment l’attentisme précautionneux dont a toujours fait preuve la monarchie à l’égard de l’émir du Rif. Car avec le temps, la mémoire de Abdelkrim Khattabi est devenue une arme de propagande à double tranchant que personne ne veut complètement négliger. Dans les années 1940 déjà, les ténors de l’Istiqlal avaient tenté de récupérer l’héritage de l’exilé du Caire. Huit ans après sa mort, au lendemain du putsch de Skhirat, les thuriféraires de la monarchie alouite, alors vacillante, convoquent de nouveau la mémoire de Abdelkrim. Magali Morsy (Abdelkrim et la république du Rif, actes du colloque de 1973, Maspero, 1976) écrit à ce sujet : “Le 10 juillet 1971, c’est Skhirat, suivi des exécutions du 13 juillet.

    C’est ce même mois de juillet (du 17 au 22 très précisément) qui aurait dû voir la commémoration du cinquantenaire de la déroute espagnole et de la victoire d’Anoual. C’est en fait un peu plus tard, après quelques semaines de désarroi, que se développe très rapidement un mouvement visant à remettre Abdelkrim à l’honneur. Le 1er novembre à 20 heures se tient, à Dar Massa, une ‘cérémonie en commémoration de la bataille d’Anoual, qui a marqué il y a cinquante ans la victoire du grand héros Abdelkrim Khattabi sur les forces coloniales’ (communiqué officiel). Cette cérémonie est marquée par des discours de Allal El Fassi et d’autres personnalités nationales”. L’historienne illustre ainsi l’enjeu mémoriel dont l’émir du Rif est l’otage, et explique aussi le regain d’intérêt que connaît la figure de Khattabi à l’orée des années 1970 : Abdelkrim devient un alibi du trône, un mythe démembré, privé de ses caractères national et républicain. Il n’est plus qu’un “leader rifain”, et sa guerre de libération est réduite à un “soulèvement populaire”, ultime avatar de plusieurs révoltes contre l’occupant occidental. Il est l’homme d’un contexte et d’une époque. Un souvenir.

    L’héritier d’un clan

    Mohamed Ben Abdelkrim Khattabi voit le jour à Ajdir en 1882 dans une famille de notables longtemps liés au Makhzen. Son père Abdelkrim est cadi désigné par le sultan. L’un de ses oncles est gouverneur, un autre est précepteur des enfants du sultan. Une famille qui, dans la tribu des Beni Ouryaghel, inspire estime et respect. Le clan Khattabi se réclame également d’un aïeul prestigieux : le calife Omar Ibn Al Khattab, qui incarne dans l’imaginaire musulman sunnite les valeurs de justice, de probité et d’esprit de conquête. Un schéma somme toute classique dans un pays où les descendants du prophète et les leaders religieux sont fondateurs de dynasties et chefs de mouvements de résistance ou de dissidence. Le cadi Abdelkrim, père de l’émir, exerce une influence très grande sur son fils, Mohamed.

    Les noms des deux hommes vont se confondre, au point que l’auguste fils sera désigné à jamais par le nom de son père, Abdelkrim. Ambitieux et intelligent, Khattabi père prépare ses enfants au nouveau monde qui se profile. Il veut qu’ils soient les dépositaires d’une triple culture : berbère, arabo-musulmane et occidentale. Mohamed se dirige vers des études traditionnelles à l’université Al Qaraouyine de Fès, tandis que son jeune frère M’hammed poursuit des études d’ingénieur à Madrid.

    Les fils Khattabi sont à l’époque des précurseurs. Ils appartiennent à une génération pionnière de nationalistes marocains qui ont eu la possibilité d’apprivoiser la culture du colonisateur, maîtriser sa langue, connaître son histoire, pour mieux en dénoncer les contradictions. Dans ses correspondances avec les autorités espagnoles lors de la guerre du Rif, Abdelkrim fera d’ailleurs souvent référence aux conventions internationales et aux textes juridiques modernes. Il parle un langage qui trouble le colonisateur et met à mal l’image du barbare, fruste et inculte, qu’il faut civiliser. A Fès, Abdelkrim Khattabi découvre également les idées réformistes de Mohamed Abdou et de Rachid Reda, qui vont influencer profondément la pensée et les visions politiques du futur leader nationaliste. Nommé juge à Melilia, Abdelkrim succombe à l’appel de l’engagement politique et de la polémique. Il devient chroniqueur au supplément en arabe du journal espagnol, Telegrama Del Rif, qu’il va diriger par la suite. Comme le remarque judicieusement Zakya Daoud dans une biographie consacrée à Abdelkrim, il est alors l’un des premiers journalistes du Maroc. Dans ses chroniques, Abdelkrim critique violemment la France et place ses espoirs sur l’Espagne pour moderniser le Rif. Pendant des années, on considère Abdelkrim et son père comme des amis de l’Espagne. Les deux hommes sont décorés plusieurs fois par les autorités de Madrid. Une proximité qui leur attire la colère et la vengeance des résistants rifains menés par Ameziane, qui voient d’un très mauvais œil cette connivence avec l’ennemi. Les terres des Khattabi sont incendiées et leurs biens détruits par les résistants. Le soutien du clan Khattabi à la Turquie musulmane et à l’Allemagne pendant la Première guerre mondiale marque un tournant dans cette relation avec l’Espagne. Abdelkrim est emprisonné et accusé de haute trahison en 1915. Il est libéré quelques mois plus tard, grâce aux relations de son père, pour rejoindre son clan et sa tribu, avec de nouvelles convictions et de nouvelles idées.

    Le vainqueur d’Anoual

    Le clan Khattabi rejoint la résistance contre l’Espagne. Le père de Abdelkrim dirige la tribu des Beni Ouryaghel dans cette lutte contre l’envahisseur. Mais un événement dramatique survient en juillet 1920 : le patriarche et chef du clan Khattabi meurt empoisonné. Mohamed Ben Abdelkrim lui succède. Il se retrouve propulsé à la tête des Imjahden, les combattants de quatre tribus qui ont oublié leurs rivalités ancestrales pour mener la guerre sainte contre l’ennemi étranger. L’ancien juge et journaliste se transforme en fin stratège et commandant d’une armée qui ne cesse de prendre de l’ampleur, mais qui manque terriblement d’armes et de munitions. Abdelkrim réussit à mettre en place un premier noyau de tribus rifaines unies et parvient à créer un commandement centralisé et simplifié.

    Une révolution mentale chez les membres de ces tribus, traditionnellement rétives à l’autorité. Les victoires de la résistance sont au rendez-vous et Abdelkrim s’affirme comme le chef charismatique et incontestable de cette résistance. La bataille d’Anoual en juillet 1921 finit par asseoir définitivement l’autorité de Abdelkrim et fait de lui un héros national et une légende. A la tête de 1500 hommes, Abdelkrim part à l’assaut d’Anoual, où plus de 26 000 soldats espagnols et mercenaires sont retranchés. Les combattants de Abdelkrim tiennent un front de plus de 30 kilomètres et décident de ne pas abandonner leurs positions. Dans la confusion et la panique, le général Silvestre, commandant militaire de la région, décide d’évacuer Anoual pour se retirer vers Melilia. Une erreur fatale, car l’armée de Abdelkrim va fondre sur les colonnes espagnoles en déroute et massacrer soldats, officiers et mercenaires. L’armée espagnole perd une dizaine de milliers de soldats dans cette bataille, et les troupes de Abdelkrim récupèrent un butin conséquent et inespéré : 200 canons, 400 mitrailleuses, 25 000 fusils et plus de 10 millions de cartouches.

    Avec cette victoire retentissante, Abdelkrim se hisse au firmament et devient une légende au Maroc et dans le monde. Il est le porteur d’un nouvel espoir, d’une foi ardente dans la victoire malgré la supériorité militaire et technique écrasante de l’envahisseur étranger. Une période où le sultan du Maroc est sous tutelle de la France. Malgré les révérences et le respect manifeste porté par le résident général Lyautey, le sultan du Maroc Moulay Youssef ne dispose pas d’une once de pouvoir sur ses sujets. Dans son livre sur les mouvements d’indépendance au Maghreb, Allal El Fassi rapporte que les nouvelles des victoires militaires de Abdelkrim au Rif étaient accueillies avec ferveur dans tout le Maroc.

    En 1924, un centre de recrutement et de propagande pour le compte de l’émir est démantelé à Casablanca par les autorités françaises. Le risque de contagion à tout le territoire marocain pousse la France à rejoindre l’Espagne dans le combat contre Abdelkrim et son armée. Lyautey, en fin analyste politique, a compris le danger que représentait Abdelkrim en estimant que “toute la puissance coloniale de l’Europe d’Occident et surtout le destin de l’empire africain de la France” se joue dans les montagnes du Rif. Là où Abdelkrim entreprend la colossale tâche d’unir les tribus rifaines autour de lui dans une forme d’organisation politique inédite : la république du Rif.

    Monsieur le Président

    Les tribus du Rif incarnaient l’essence même de bled siba : la non-reconnaissance d’une autorité politique centrale, sauf celle spirituelle du sultan et une situation d’anarchie entretenue par les guerres entre différents clans et tribus. Robert Montagne, sociologue et conseiller de Lyautey, décrit ainsi la nature farouche et batailleuse des Beni Ouryaghel, tribu de Abdelkrim “les luttes intestines dans les villages y sont si constantes, si implacables, que nul n’ose construire sa maison près de celle de son voisin… Là où les Beni Ouryaghel étaient passés, il ne restait plus une porte, une poutre, un pot de terre”. Abdelkrim réussit pourtant à mettre fin à cette situation d’anarchie et à fédérer les tribus rifaines autour d’un projet de résistance et de libération du pays.

    Ce que les sultans du Maroc n’ont pas pu faire avec les armes et les campagnes militaires, Abdelkrim le réalise grâce à un subtil jeu d’alliances et d’implication des tribus dans la gestion des affaires du pays. En janvier 1923, Abdelkrim proclame la république du Rif dont il est élu président. Une assemblée nationale composée des représentants des différentes tribus, et présidée par Abdelkrim, dispose des pouvoirs législatifs et exécutifs. Un gouvernement est créé avec des ministres de l’Instruction et de la Justice, de l’Intérieur, de la Guerre, des Affaires étrangères et des Finances. Comme l’explique l’historien Mimoun Charqi, Abdelkrim a traduit, à travers cette forme d’organisation politique, ses connaissances acquises au contact des Espagnols, ainsi que les conseils prodigués par ses amis européens et américains.

    Abdelkrim voue également une grande admiration pour Atatürk et sa capacité à réformer son pays, la Turquie, en empruntant des lois et des modèles politiques à l’Europe. L’adoption d’une Constitution moderne correspond à la volonté de réforme politique qui anime Abdelkrim. Le fanatisme religieux et le maraboutisme représentent pour l’émir Abdelkrim un mal politique et culturel qu’il faut éradiquer. Quelques années plus tard il déclare à cet égard : “Ces gens n’ont pas participé à la lutte, parce qu’ils disaient que le combat pour la patrie ne les intéressait pas, leur rôle se limitait à la défense de la foi. J’ai tout fait pour débarrasser la patrie de leur influence”.

    Abdelkrim s’attaque également aux pratiques traditionnelles propres aux différentes tribus. Des codes juridiques inspirés du Droit musulman deviennent les seules références pour les juges, ainsi que les dahirs édictés par l’assemblée nationale et le gouvernement. L’émir du Rif interdit également l’esclavage pratiqué par certaines tribus et prohibe les propos désobligeants à l’égard des juifs, ce qui lui vaut un grand respect de la communauté juive. La république du Rif se profile comme la transition de bled siba vers une forme moderne de gouvernement.

    Elle devient le laboratoire des idées réformistes et modernistes de Abdelkrim, qu’il souhaite plus tard voir appliquées à tout le territoire marocain. Abdelkrim ne se positionne pourtant jamais comme un dissident, un rogui, un prétendant au trône. La prière n’est jamais dite en son nom, comme l’ont fait d’autres dissidents et aspirants au trône. Comme il l’explique lui-même : “Je n’ai aucune ambition. Je n’aspire pas au sultanat, ni au pouvoir absolu. Si je suis une gêne, je suis prêt à disparaître et laisser la place à un autre”. Pourtant, l’expérience de la république du Rif demeure une expérience inédite, presque invraisemblable, dans un pays habitué aux successions des dynasties monarchiques et aux hommes qui rêvent de devenir sultans et rois.

    L’exil forcé et l’évasion

    Le 27 mai 1926, Abdelkrim Khattabi, acculé, brisé par la force de frappe de deux armées occidentales liguées contre lui, décide de se rendre à l’armée française, qui lui promet la vie sauve. Commence alors son chemin de croix. 20 longues années d’exil à La Réunion, isolé de tout. Cette réclusion lui pèse et il déploie de multiples efforts pour voir s’adoucir sa peine. Le 11 novembre 1938, il écrit au gouverneur de La Réunion : “L’exil, depuis douze ans, pèse lourdement sur nos épaules”. Il évoque ses garçons dont l’avenir l’inquiète et la difficulté de marier ses filles, dont la dernière, Aïcha, vient de naître. Il a désormais onze enfants, dont cinq garçons et six filles, la moitié nés en exil, sans compter ceux de son frère et de son oncle.

    En 1939, il renouvelle sa demande : il exprime le souhait que ses fils combattent dans l’armée française au moment où s’ouvre la Seconde guerre mondiale. L’exil réunionnais de Abdelkrim ne prend fin qu’en 1947, à la faveur d’ambitions françaises mal cachées. Le sultan Mohamed Ben Youssef s’est un peu trop rapproché des thèses nationalistes au goût du résident général Erik Labonne. Il germe dans l’esprit de ce dernier l’idée de faire de Abdelkrim un contrepoids politique actif au sultan qui s’émancipe. On décide d’extraire l’exilé des antipodes où il croupit depuis 20 ans. Le 1er mai 1947, on l’embarque avec toute sa famille, sous la garde de quelques gendarmes français originaires de La Réunion, à bord d’un vieux rafiot. Cap sur la France, Cannes plus précisément, où Abdelkrim Khattabi doit poursuivre son exil… Il n’y arrivera jamais.

    A l’escale de Port Saïd, les leaders nationalistes maghrébins (marocains, algériens et tunisiens pour la plupart, réfugiés au Caire) sont prévenus de l’arrivée du navire de Khattabi et l’attendent de pied ferme. Pendant la nuit, ils s’engouffrent dans le navire à quai et demandent à parler au chef exilé. Dans sa biographie de Khattabi, Zakya Daoud raconte : “Méfiant face à tout ce remue-ménage qu’il ne comprend pas, Abdelkrim est enfermé dans sa cabine. Bourguiba tambourine à la porte : “Ouvre-nous, nous venons pour ton bien !” Abdelkrim répond : “Tout le monde peut dire cela, et d’abord, qui êtes-vous ?” Finalement, il ouvre et toute la délégation s’enferme avec lui, son frère et son oncle pendant que, sur le pont, les gendarmes français jouent à la pétanque et que l’équipage grec reste indifférent”. C’est finalement sans encombres que Abdelkrim parvient à fausser compagnie à ses gardiens français. “L’émir est immédiatement reçu par le gouverneur de la province, poursuit Zakya Daoud, et dès 6 heures du matin, toute la famille prend la route du Caire et est conviée dans la matinée au siège du bureau du Maghreb arabe. Ils sont ensuite reçus avec tous les honneurs par le roi d’Egypte qui fait installer l’émir et sa famille dans une villa où il campera 15 ans”.

    La retraite cairote

    “Ceux qui l’ont approché au moment du débarquement à Port Saïd disent combien Abdelkrim était hésitant, combien il manquait d’informations sur toutes choses, combien il avait fallu d’arguments pour le rallier au projet d’évasion”, rapporte l’historien Mohamed Zniber à l’occasion du colloque parisien dédié à Khattabi en 1973. Pourtant, début 1948, requinqué et plein d’énergie, Abdelkrim se met au service de la Ligue arabe et devient président du Comité de libération du Maghreb. Même affaibli physiquement, le vieux lion de 64 ans n’a rien perdu de son aura. Il suit de près l’évolution de la question marocaine. Ses rapports avec les nationalistes marocains présents au Caire, notamment le futur chef du Parti de l’Istiqlal, Allal El Fassi, sont tout sauf apaisés. “J’ai vu mes idées s’évanouir l’une après l’autre.

    Comme dans beaucoup de pays d’Orient, l’arrivisme et l’esprit de corruption se sont introduits dans notre cause nationale”, dira-t-il plus tard du nationalisme à l’aune duquel s’est arrachée l’indépendance marocaine. Il n’hésitera pas à qualifier les Istiqlaliens fassis de “femmes à barbe”. Quant au plus illustre d’entre eux, il l’ignorera superbement pendant toute la durée de son exil cairote. Les deux hommes ne semblent guère avoir d’atomes crochus. Chaque semaine, Allal El Fassi, qui travaille sur la guerre du Rif, demande à le rencontrer, chaque semaine, Abdelkrim se défile derrière de faux prétextes.

    Pour illustrer le fossé qui sépare ces deux géants du panthéon marocain, Abdallah Laroui rapporte un de leurs échanges : “Allal El Fassi a dit un jour, exprimant le point de vue des nationalistes de sa génération : Quand on pense que, pendant cinq ans, Abdelkrim n’a pas fondé une seul école ! Abdelkrim aurait rétorqué : Oui, mais vous, nationalistes d’entre les deux guerres, vous n’avez fait que cela, vous n’avez été que des maîtres d’école”. Magali Morsy résume assez bien le divorce avec les nationalistes, qui préfigure de l’attitude critique que gardera toujours Abdelkrim à l’égard de la monarchie : “La voix de Abdelkrim paraissait révolue aux nationalistes des années 1950, et l’on comprend que le divorce ait été consommé entre celui qui demeura muré dans son refus de remettre les pieds au Maroc tant que le dernier soldat étranger n’aurait pas quitté le Maghreb, et ceux que la route passant par Aix-les-Bains devait conduire au gouvernement, sous l’égide de Sa Majesté Mohammed V. Dans la perspective d’un Maroc indépendant, Abdelkrim était mort, bien mort”, écrit l’historienne.

    Tombeur de rois ?

    “Contrairement à certaines croyances, Abdelkrim n’avait rien dans l’absolu contre la monarchie. Il n’était pas contre le roi, mais contre la manière dont l’indépendance a fini par être obtenue”, expliquait Saïd, le fils de l’émir du Rif, en 2006. Malgré les dénégations de son fils, l’émir Abdelkrim reste perçu comme un concurrent – sinon historique, du moins symbolique – de la monarchie. Ses prises de position n’ont pas dissipé cette impression, bien au contraire. Encore président de la république du Rif, il déclarait à propos de Moulay Youssef : “La seule chose qui m’importe aujourd’hui, ce n’est pas l’existence d’un sultan au Maroc, mais l’indépendance entière, sans réserve, du malheureux peuple rifain”.

    En 1952, il salue la chute de la monarchie égyptienne et la victoire de Nasser, applaudissant à la fois au putsch des officiers et à la proclamation de la république. Une attitude douteuse pour les nationalistes marocains de l’époque, qui revendiquaient le leadership de Mohammed V. L’indépendance obtenue, Abdelkrim ne sera pas moins tendre à l’égard de la monarchie. En janvier 1960, Mohammed V, en visite au Caire, exprime le désir de rencontrer Abdelkrim, mais ne parvient pas à le convaincre de rentrer au Maroc. Saïd Khattabi a, à ce propos, expliqué : “Quand Mohammed V, peu avant sa mort, a rendu visite à mon père au Caire, celui-ci lui a répondu : ‘Je n’ai rien contre vous, mais je souhaite que mon pays accède réellement à l’indépendance, et cela passe d’abord par l’évacuation des troupes militaires étrangères’”.

    En juillet 1962, c’est au tour du nouveau roi Hassan II, venu assister au Caire à un sommet des chefs des Etats du Pacte de Casablanca (ancêtre de l’OUA) de solliciter une rencontre avec Abdelkrim. Celui-ci, qui décline lentement (il mourra quelques mois plus tard) reçoit Hassan II à son domicile. “Les photos montrent un jeune souverain penché attentivement sur le vieil émir, fatigué, la tête couverte d’une petite calotte blanche, toujours vêtu de sa jellaba grise”, commente Zakya Daoud. Le roi craint qu’était Hassan II, qui fut aussi le prince bourreau du Rif en 1958, disparut ainsi comme par magie en présence de Khattabi. En 1962 toujours, quelques mois avant de passer l’arme à gauche, Abdelkrim s’oppose à la Constitution octroyée de Hassan II. “Il n’y a de Constitution valable que la Constitution nationale établie par la nation elle-même et pour elle-même.

    La Constitution légitime d’un pays ne peut être élaborée que par une commission ou un organe élus, représentant authentiquement et correctement les différentes classes populaires”, écrit-il. Pourtant, si le défunt roi a puni le Rif pour son insoumission, il n’a jamais porté atteinte à la famille de Abdelkrim. “Hassan II a toujours respecté notre famille”, estime Fadila Jirari, petite-nièce de l’émir. Comment alors comprendre que M’Hammed, (frère de Mohamed Ben Abdelkrim), rentrant au Maroc en 1967 après 40 ans d’exil, ait été victime d’une farce aussi tragique que ridicule ? Son comité d’accueil, induit en erreur par le général Oufkir qui avait prétexté un retard de l’avion, déserta le tarmac, laissant le vieil exilé fouler en solitaire le sol marocain, avant d’être emmené manu militari à l’hôtel Hassan de Rabat où il mourra enfermé cinq mois plus tard, sans jamais avoir revu son Rif natal. “La dépouille mortelle de M’hammed Khattabi repose aujourd’hui à Ajdir. Qui le sait ?, s’interroge Fadila Jirari.

    La mémoire de la guerre du Rif est de moins en moins vive”, déplore-t-elle. En attendant, le ministre de la Communication, Khalid Naciri, a cru nécessaire d’expliquer que le rapatriement du corps de Abdelkrim n’était pas au menu du gouvernement Abbas El Fassi. L’émir du Rif serait-il déjà entré au panthéon des grands oubliés de l’histoire ? Pourra-t-il un jour prendre dans nos manuels scolaires la place qu’il mérite : celle d’un avant-gardiste protéiforme, précurseur incompris du nationalisme marocain ?

    Par Souleïman Bencheikh et Abdellah Tourabi

    Telquel

    Source: Amazigh News, février 2009

    Tags: Maroc, Rif, Hirak, Abdelkrim El Khattabi,

  • Maroc-Rif: L’armée de l’air de l’État rifain (1921 – 1926)

    L’ambition de la jeune république du Rif et de son fondateur Abd-el-Krim était de faire du Rif, un État à l’image des nations européennes modernes de son époque. Pour ce faire, il a voulu mettre en place une armée de l’air.

    Par conséquent, en 1924, il a cherché à acheter des avions qui lui auraient permis de rivaliser dans les airs contre ses ennemis. Cette volonté l’a amené à se procurer auprès de marchands français en Algérie de 4 avions militaires du type « Dorand A.R.2 ».

    Un de ces avions pourra se rendre au Rif, mais les 3 autres sont restés en Algérie.

    A cette époque, au début des années 1924, le Rif n’était pas en guerre avec la France, mais seulement avec les Espagnols. Mais cela n’empêcha pas la France de vendre la mèche à l’Espagne sur ce que nous étions en train de fomenter. De plus, elle aida l’Espagne en empêchant les 3 autres avions, qui avaient été acheté, de rejoindre le Rif.

    Après quelques mois d’espionnage, l’Espagne finira par savoir où se trouvait le seul avion de la République du Rif. Par la suite, elle envoya des avions bombarder la zone pour le détruire.

    Courrier du Rif

    Tags : Maroc, Rif, Hirak, Abdelkrim El Khattabi,

  • Maroc – Rif : Biographie de l’Emir Abdelkrim El Khattabi

    INTRODUCTION

    Abdelkrim El Khattabi (né vers 1882 à Ajdir au Maroc et décédé le 6 février 1963 au Caire en Égypte), de son nom complet Mohamed ben Abdelkrim El Khattabi, était un chef militaire rifain, du Rif, zone berbère au nord-est du Maroc. Il est devenu le chef d’un mouvement de résistance contre la France et l’Espagne au Maroc, puis l’icône des mouvements indépendantistes luttant contre le colonialisme. Il prendra le flambeau de la résistance après la défaite de Mouha ou Hammou Zayani, son compagnon le fqih Belarbi Alaoui dit Cheikh Elislam se rallia à la cause d’Abdelkrim pour continuer la lutte contre les espagnols et les français.

    BIOGRAPHIE

    Né à Ajdir au Maroc, fils d’un cadi (juge en arabe) du clan Ait Yusuf de la tribu Aït Ouriaghel (ou Waryaghal), Abd el-Krim a été instruit dans des zaouïas traditionnelles et des écoles espagnoles, finalement son éducation à l’ancienne université de Quaraouiyine à Fès, suivit de trois ans en Espagne où il étudia la mine et la technologie militaire. Entre 1908 et 1915 il fut journaliste au quotidien de Melilla, où il préconisait la laïcité et la coopération avec les occidentaux afin de libérer la Oumma de l’ignorance et du sous développement.

    Il entra dans l’administration espagnole, et fut nommé Cadi chef de Melilla en 1915. À cette époque-là, il commença à s’opposer à la domination espagnole, et en 1917 il fut emprisonné pour avoir dit que l’Espagne ne devrait pas s’étendre au-delà des territoires déjà occupés (qui en pratique excluait la plupart des zones incontrôlées du Rif) et exprimant sa sympathie pour la cause allemande pendant la Première Guerre Mondiale. Peu après s’être échappé, il revint à Ajdir en 1919 et, avec son frère, il commença à unir les tribus du Rif dans une République du Rif indépendante. Pour cette cause, il essaya d’apaiser les inimitiés entre les tribus existantes.

    En 1921, comme une retombée inattendue de leurs efforts pour détruire la puissance de Raisuni, un brigand local, les troupes espagnoles approchent des secteurs inoccupés du Rif. Abdelkrim envoie à leur général Manuel Fernández Silvestre un avertissement : s’ils franchissent le fleuve Amekran, il le considérerait comme un acte de guerre. Fernández Silvestre aurait ri en prenant connaissance du message. Le général installe un poste militaire sur le fleuve à Abarrán. Le même jour au milieu de l’après-midi mille rifains l’avait encerclé ; 179 militaires espagnols furent tués, forçant le reste à la retraite. Les jours qui suivirent après plusieurs escarmouches sanglantes pour les troupes de Fernández Silvestre un événement inattendu se produisit. En effet méprisant Abdelkrim, Fernández Silvestre décide de le défier, et avec 3 000 hommes Abdelkrim parvient en deux jours, grâce à la ruse, à vaincre l’Espagne. Pour l’Espagne, la bataille d’Anoual a été un véritable désastre. Elle y a perdu près de 16.000 soldats, récupéra 24.000 blessés 150 canons et 25.000 fusils. En outre, 700 soldats espagnols ont été faits prisonniers. Il s’agit aussi de la première défaite d’une puissance coloniale européenne, disposant d’une armée moderne et bien équipée devant des résistants sans ressources, sans organisation, sans logistique ni intendance.

    La victoire d’Anoual a eu un immense retentissement non seulement au Maroc mais aussi dans le monde entier. Elle a eu d’immenses conséquences psychologiques et politiques, puisqu’elle allait prouver qu’avec des effectifs réduits, un armement léger, mais aussi une importante mobilité, il était possible de vaincre des armées classiques.

    Fort de son succès, Abdelkrim proclame en 1922 la République confédérée des Tribus du Rif, un embryon d’État berbère. Cette république eut un impact crucial sur l’opinion internationale, car ce fut la première république issue d’une guerre de décolonisation au XXe siècle. Il créa un parlement constitué des chefs de tribus qui lui vota un gouvernement.

    En 1924, l’Espagne retire ses troupes dans ses possessions le long de la côte marocaine. La France, qui de toute façon avait des prétentions sur le Rif méridional, se rendit compte que laisser une autre puissance coloniale se faire vaincre en Afrique du Nord par des indigènes créerait un dangereux précédent pour ses propres territoires, et rentra dans le conflit. Tentant de joindre toutes les forces vives marocaines pour constituer le noyau d’un mouvement de libération marocain préalable à un vaste mouvement de décolonisation, Abdelkrim demanda au sultan Moulay Youssef de rallier sa cause. Mais celui-ci, en raison de la pression de la résidence générale française à Rabat, refusa de lutter contre les puissances coloniales.

    L’entrée de la France en guerre ne se fait pas attendre mais la pression de l’opinion publique aussi bien européenne qu’internationale, subjuguée par cette résistance rifaine, rend la tâche plus ardue et conduit au renvoi du résident général le maréchal Hubert Lyautey.

    À partir de 1925, Abdelkrim combat les forces françaises dirigées par Philippe Pétain à la tête de 200 000 hommes et une armée espagnole commandée personnellement par Miguel Primo de Rivera, soit au total de 450 000 soldats, commença des opérations contre la République du Rif. Le combat intense dura une année, mais par la suite les armées françaises et espagnoles combinées – utilisant, entre autres armes, l’ypérite – furent victorieuses des forces d’Abdelkrim.

    Après la menace de génocide, Abdelkrim se rend comme prisonnier de guerre, demandant à ce que les civils soient épargnés. Il n’en sera rien, les puissances coloniales ne peuvent tolérer qu’un tel soulèvement reste impuni. Ainsi dès 1926 des avions munis de gaz moutarde bombarderont des villages entiers faisant des marocains du Rifs les premiers civils gazés massivement dans l’Histoire, à côté des kurdes iraqiens gazés par les britanniques. On estime à plus de 150 000 le nombre de morts civil durant les années 1925-1926, mais aucun chiffre crédible ne peut être avancé.

    En 1926, Abd el-Krim est exilé à la Réunion, où on l’installe d’abord jusqu’en 1929 au Château Morange, dans les hauteurs de Saint-Denis. Quelques années passent. Il devient habitant de la commune rurale de Trois-Bassins, dans l’ouest de l’île, où il achète des terres et construit une belle propriété. Il y vit douze à quinze ans. En mai 1947, ayant finalement eu l’autorisation de s’installer dans le sud de la France, il embarque à bord d’un navire des Messageries Maritimes en provenance d’Afrique du Sud et à destination de Marseille avec 52 personnes de son entourage et le cercueil de sa grand-mère, le Katoomba.

    Arrivé à Suez où le bateau fait escale, il réussit à s’échapper et passa la fin de sa vie en Égypte, où il présidera le « Comité de libération pour le Maghreb arabe ». Mohamed ben Abdelkrim El Khattabi meurt en 1963 au Caire où sa dépouille repose encore. Au sortir de l’indépendance, la répression d’une révolte du Rif fait plus de 8 000 morts entre 1958 et 1961. Il refusa de rentrer au Maroc après l’indépendance, mais sa dépouille y fut ramenée à la demande du roi Hassan II.

    Source : Blog L’Emir Abdelkrim El Khattabi, 12 fév 2017

    Tags : Maroc, Rif, Hirak, Abdelkrim El Khattabi, Republique du Rif, colonialisme, guerre de libération, guerre de guérrilla,

  • Maroc – Rif : Citations de l’Emir Abdelkrim

    Les citations les plus connues de l’Emir Abdelkrim nous permettent de connaitre l’état d’esprit et les traits de caractère de l’homme qu’il était. N’hésitez pas à compléter les citations que vous connaissez dans les commentaires
    » LA VOLONTÉ D’ÊTRE LIBRE NE MEURT PAS ET LA DÉTERMINATION DE NOTRE PEUPLE SURVIVRA À LA PUISSANCE DE NOS OPPRESSEURS »  »

    LE RIF NE COMBAT PAS LES ESPAGNOLS ET NE RESSENT PAS DE HAINE ENVERS LE PEUPLE ESPAGNOL.

    LE RIF COMBAT CET IMPÉRIALISME ENVAHISSEUR QUI VEUT LUI ÔTER SA LIBERTÉ À FORCE DE SACRIFICES MORAUX ET MATÉRIELS DU NOBLE PEUPLE ESPAGNOL.

    LES RIFAINS LUTTENT CONTRE L’ESPAGNOL ARMÉ QUI PRÉTEND LUI ENLEVER SES DROITS, ET CEPENDANT GARDE SES PORTES OUVERTES POUR RECEVOIR L’ESPAGNOL SANS ARMES EN TANT QUE TECHNICIEN, COMMERÇANT, INDUSTRIEL, AGRICULTEUR, ET OUVRIER »

    Alors qu’il dénonce l’oppression coloniale et se met à rêver à l’indépendance du Maroc. Abdelkrim parcourt le Rif et sensibilise les populations :

    « NOUS DEVONS SAUVER NOTRE PRESTIGE ET ÉVITER L’ESCLAVAGE À NOTRE PAYS. »

    Lettre écrite par AbdelKrim qu’il a adressée aux chefs d’Etats des grandes puissances Européennes.

    LE RIF EST SOUCIEUX D’ÉTABLIR UN SYSTÈME DE GOUVERNEMENT POUR LUI SEUL, QUI DÉPENDE UNIQUEMENT DE SA PROPRE VOLONTÉ; IL VEUT ÉTABLIR SES PROPRES LOIS ET TRAITÉS COMMERCIAUX AFIN D’ÊTRE LE PROTECTEUR DE SES DROITS SUR LE PLAN INTÉRIEUR ET INTERNATIONAL »

    « VOTRE CIVILISATION EST CELLE DU FER ! VOUS AVEZ DE GROSSES BOMBES, DONC VOUS ÊTES CIVILISÉS. JE N’AI QUE DES CARTOUCHES DE FUSIL, DONC JE SUIS UN SAUVAGE ».

    « IL N’Y A PAS DE RÉUSSITE OU D’ÉCHEC, DE VICTOIRE OU DE DÉFAITE, MAIS QUELQUE CHOSE QUI S’APPELLE LE DEVOIR. J’AI FAIT DE MON MIEUX. ».

    L’Appel d’Abdelkrim :

    « MAROCAINS ! IL NE SUFFIT PLUS AUX IMPÉRIALISTES FRANÇAIS D’OCCUPER VOTRE PAYS , DE COLONISER VOS TERRES ET D’ Y AMENER DES ARMÉES POUR VOUS COMBATTRE CHEZ VOUS. IL VOUS ONT RENDUS MISÉRABLES ET ONT EXERCÉ SUR VOUS UNE PRESSION TELLE QUE CERTAINS D’ENTRE VOUS SONT PORTÉS À CROIRE QUE POUR EN FINIR AVEC LEURS SOUFFRANCES ET ÉCHAPPER À LA TYRANNIE, ILS N’ONT D’AUTRES MOYENS QUE DE S’ENRÔLER DANS LES RANGS DES ARMÉES FRANÇAISES. EN RÉALITÉ, ENFANTS DU MAGHREB, C’EST UNE ACTION PROHIBÉE PAR NOTRE JUSTE RELIGION, CONTRAIRE AUX ENSEIGNEMENTS DU PROPHÈTE ( SAWS). EN EFFET, CECI EST CONTRAIRE AUX COMMANDEMENTS DE DIEU ET DE SON PROPHÈTE QUI VOUS INTERDISENT D’ÊTRE LES AIDES DES FRANÇAIS OPPRESSEURS CONTRE LES PEUPLES DU VIETNAM, CE PEUPLE HÉROÏQUE QUI DÉFEND SA LIBERTÉ. SOLDATS MAROCAINS ! SACHEZ QUE L’AIDE QUE VOUS APPORTEZ AUX FORCES DE L’IMPÉRIALISME EN INDOCHINE, EN PLUS DE SON CARACTÈRE CONTRAIRE À LA RELIGION ET À LA MORALE PROLONGE LA PRÉSENCE FRANÇAISE DANS VOS PATRIES. LES FRANÇAIS VOUS DIRONT QUE LES VIETNAMIENS SONT UN PEUPLE D’IDOLÂTRES MAIS QUAND LES FRANÇAIS ONT ILS EU UNE RELIGION ? …VOUS DEVEZ CHERCHER À PASSER DANS LES RANGS DES VIETNAMIENS POUR LES AIDER À VAINCRE LES IMPÉRIALISTES FRANÇAIS CAR LEUR DÉFAITE SERAIT AUSSI UNE VICTOIRE POUR LA CAUSE DE LA LIBERTÉ ET DE L’INDÉPENDANCE DU MAGHREB. »

    « JE NE VEUX PAS ÊTRE PRINCE NI GOUVERNANT, PLUTÔT JE VEUX ÊTRE LIBRE DANS UN PAYS LIBRE ET JE NE SUPPORTE PAS CEUX QUI VEULENT VOLER MA LIBERTÉ OU MA DIGNITÉ ».

    -“LA SEULE CHOSE QUI NOUS IMPORTE AUJOURD’HUI, CE N’EST PAS L’EXISTENCE D’UN SULTAN AU MAROC, MAIS L’INDÉPENDANCE ENTIÈRE, SANS RÉSERVE, DU MALHEUREUX PEUPLE RIFAIN”.

    “JE SUIS DE RACE BERBÈRE ET J’IGNORE À QUEL POINT VOUS NOUS SOUS-ESTIMEZ MAIS J’AFFIRME CEPENDANT QUE LES BERBÈRES SONT DES GENS AVANCÉS, QUI ONT HÉRITÉ DE NOMBREUSES CIVILISATIONS. VOUS IGNOREZ PAR EXEMPLE QU’EN TANT QUE BERBÈRE, JE SUIS D’ORIGINE JUIVE. MES ANCÊTRES SONT ENSUITE DEVENUS CHRÉTIENS, PUIS MUSULMANS. MAINTENANT NOUS PARLONS L’ARABE, LANGUE DU CORAN, NOUS NOUS ENTENDONS EN BERBÈRE, LANGUE DE NOS AÏEUX MAIS NOUS CONVERSONS AUSSI EN FRANÇAIS, LANGUE DE NOTRE PAYS ASSERVI”.

    Rencontre au Caire entre le Roi Mohamed 5 et Abdelkrim (après la révolte de 1958-1959) :

    ABDELKRIM LUI A DEMANDÉ :

    » QU’AVEZ-VOUS FAIT AU RIF ? «

    LE ROI A RÉPONDU:

     » ON NE SE RÉVOLTE PAS CONTRE SON PROPRE SOUVERAIN. «

     » QUI EST CE SOUVERAIN ALORS ?  » A DEMANDÉ ABDELKRIM.

     » ILS SE SONT RÉVOLTÉS CONTRE LE ROI. «

     » NON, ILS SE SONT RÉVOLTÉS CONTRE LA PRÉSENCE ÉTRANGÈRE ! «

     » JE VOUS PROMETS QUE TOUTES LES FORCES ÉTRANGÈRES QUITTERONT LE PAYS D’ICI TROIS ANS.

    « JE NE NIE PAS D’AVOIR EU RECOURT AU SENTIMENT RELIGIEUX PAR PÉRIODE, POUR AVOIR DU SOUTIENT. MAIS CE QUI EST CERTAIN C’EST QUE L’ISLAM N’À RIEN A VOIR AVEC L’EXTRÉMISME…. ».

    « OUI, DE CADI JE SUIS PASSÉ CHEF DE GUERRE. LA BELLE AFFAIRE! CROIS MOI, C’EST UN MÉTIER FACILE QUE DE COMMANDER DEVANT L’ENNEMI. IL Y SUFFIT DE BON SENS ET DE DÉCISION. »

    « LE SULTAN ACTUEL DU MAROC EST LE MARÉCHAL LYAUTEY. »

    « SI J’AI COMMIS DES ERREURS JE LE REGRETTES, QUI NE REGRETTE PAS SES ERREURS? JE SUIS CONVAINCU QUE SI NOUS EN AVIONS LE TEMPS NOUS SERIONS DEVENUS UNE GRANDE NATION D’HOMME LIBRE.
    NOTRE COMBAT À DONNER AUX RIFAINS UNE FIERTÉ, UN ESPOIR, UNE CONFIANCE EN SOI QU’AUCUNE DÉFAITE NE POURRA EFFACER.

    L’ASPIRATION À LA LIBERTÉ ET LA DÉTERMINATION DE NOTRE PEUPLE DURERA AU DELÀ DE LA PUISSANCE DE NOS OPPRESSEURS.

    JE SUIS VENU TROP TÔT, MAIS J’ÉTAIS CONVAINCU QUE NOS ESPOIRS SE RÉALISERAI UN JOUR, CETTE GUERRE L’ÉTRANGER NOUS L’A IMPOSÉ.
    NOUS AVONS ÉTÉ BATTUS, MAIS VOUS AUSSI ».

    « LE RIF N’ADMET PAS QUE L’ON SOIT MALVEILLANT ENVERS LUI CAR IL A SON AMOUR-PROPRE ET SA FOI. »

    » LA VOLONTÉ D’ÊTRE LIBRE NE MEURT PAS ET LA DÉTERMINATION DE NOTRE PEUPLE SURVIVRA À LA PUISSANCE DE NOS OPPRESSEURS »

     » LE RIF NE COMBAT PAS LES ESPAGNOLS ET NE RESSENT PAS DE HAINE ENVERS LE PEUPLE ESPAGNOL. LE RIF COMBAT CET IMPÉRIALISME ENVAHISSEUR QUI VEUT LUI ÔTER SA LIBERTÉ À FORCE DE SACRIFICES MORAUX ET MATÉRIELS DU NOBLE PEUPLE ESPAGNOL. LES RIFAINS LUTTENT CONTRE L’ESPAGNOL ARMÉ QUI PRÉTEND LUI ENLEVER SES DROITS, ET CEPENDANT GARDE SES PORTES OUVERTES POUR RECEVOIR L’ESPAGNOL SANS ARMES EN TANT QUE TECHNICIEN, COMMERÇANT, INDUSTRIEL, AGRICULTEUR, ET OUVRIER ».

     » RÉFLÉCHIS CALMEMENT ET FRAPPE DUREMENT . »

    « IL N’EXISTE PAS DE COMPROMIS DANS LA REVENDICATION DE LIBERTÉ »

    « LA LIBERTÉ EST UN DROIT COMMUN À TOUT LES HUMAINS ET SON VIOLEUR EST UN CRIMINEL ! »

    “LA SEULE CHOSE QUI NOUS IMPORTE AUJOURD’HUI, CE N’EST PAS L’EXISTENCE D’UN SULTAN AU MAROC, MAIS L’INDÉPENDANCE ENTIÈRE, SANS RÉSERVE, DU MALHEUREUX PEUPLE RIFAIN”. »

    « MES POPULATIONS ÉTAIENT FATIGUÉES ET JE NE ME FAISAIS PLUS D’ILLUSIONS SUR CE QUE JE POUVAIS ATTENDRE DE LEUR FIDÉLITÉ, RACONTERA ABDELKRIM DANS SES MÉMOIRES, JE SAVAIS QUE, DE JOUR EN JOUR, MES GUERRIERS SE BATTRAIENT AVEC MOINS D’ENTRAIN”.

    « J’AI VU MES IDÉES S’ÉVANOUIR L’UNE APRÈS L’AUTRE. COMME DANS BEAUCOUP DE PAYS D’ORIENT, L’ARRIVISME, L’ESPRIT DE CORRUPTION SE SONT INTRODUITS DANS NOTRE CAUSE NATIONALE ».

    En septembre 1954, alors que le protectorat a, un an plus tôt, déposé et exilé à Madagascar le sultan Mohammed V qui incarne désormais les aspirations indépendantistes du royaume, Abdelkrim enfonce encore Allal El Fassi :

    « JE N’AI RIEN À FAIRE AVEC LUI, DÉCLARE-T-IL À DES JOURNALISTES FRANÇAIS, EL FASSI EST UN POLITICIEN QUI MANGE ET DORT BIEN AU CAIRE. IL NE FAIT STRICTEMENT RIEN POUR LE PEUPLE. MOI, AU COURS DE LA GUERRE DU RIF, JE ME BATTAIS CONTRE VOUS EN PREMIÈRE LIGNE AVEC MES HOMMES ».

    « NOUS DEVONS SAUVER NOTRE PRESTIGE ET ÉVITER L’ESCLAVAGE À NOTRE PAYS. »

    « NOUS CONSIDÉRONS QUE NOUS AVONS LE DROIT, COMME TOUTE AUTRE NATION, DE POSSÉDER NOTRE TERRITOIRE, ET NOUS CONSIDÉRONS QUE LE PARTI COLONIAL ESPAGNOL A USURPÉ ET VIOLÉ NOS DROITS, SANS QUE SA PRÉTENTION À FAIRE DE NOTRE GOUVERNEMENT RIFAIN UN PROTECTORAT NE SOIT FONDÉE. […] NOUS VOULONS NOUS GOUVERNER PAR NOUS-MÊMES ET PRÉSERVER ENTIERS NOS DROITS INDISCUTABLES ».

     » MON BUT EST LA RÉFORME ET LE PROGRÈS «

    « MUSULMANS, Ô MES FRÈRES, ÉCOUTEZ MON CONSEIL, CAR LE SEUL BUT QUE JE POURSUIS DE TOUTES MES FORCES ET AVEC L’AIDE DE DIEU À QUI JE M’EN REMETS POUR LE SUCCÈS, C’EST LA RÉFORME ET LE PROGRÈS ».

    « LEVEZ VOUS, LE TEMPS DE LA GUERRE SAINTE EST ARRIVÉ ! ».

     »NOUS AVONS ANÉANTI LA COLONIALISME DANS LE RIF, LES PEUPLES N’ONT PLUS QU’A L’ENTERRER ET SI IL NE RÉUSSISSENT PAS, IL NE MÉRITE AUCUNE COMPASSION  ».

    « NOUS SOMMES ACCUSÉS D’ÊTRE DES REBELLES, MAIS NOUS COMBATTONS POUR NOTRE PAYS. AUSSI BIEN N’AVEZ-VOUS PAS ÉTÉ VOUS-MÊME LE PREMIER PEUPLE QUI PRIS LES ARMES ET SE PRÉCIPITA POUR LA DÉFENSE DE LA LIBERTÉ DE SON SOL ET DE SON HÉRITAGE ? […]
    NOUS AVONS ENVOYÉ NOTRE FRÈRE ET NOS MINISTRES À PARIS PARCE QUE C’EST LE BERCEAU DE LA LIBERTÉ, LA CAPITALE DE L’ÉGALITÉ ET LA MÈRE DE LA CIVILISATION MODERNE ET PARCE QUE NOUS AVONS ESPÉRÉ QUE LA NOBLE NATION FRANÇAISE, QUI SI SOUVENT A PROTÉGÉ LES FAIBLES ET LES AFFLIGÉS, RECONNAITRAIT LE DROIT DU RIF À VIVRE COMME UNE NATION LIBRE. NOTRE BUT, NOTRE PRINCIPE, NOTRE IDÉAL, C’EST LA PAIX ET L’INDÉPENDANCE ».

    Déclaration reproduite dans le Journal L’Humanité, du 24 Août 1925.

    « JE NE VOIS DANS CETTE EXISTENCE QUE LA LIBERTÉ, EN DEHORS D’ELLE TOUT EST FAUX ET INJUSTE »

    « LE RIF EST SOUCIEUX D’ÉTABLIR UN SYSTÈME DE GOUVERNEMENT POUR LUI SEUL, QUI DÉPENDE UNIQUEMENT DE SA PROPRE VOLONTÉ; IL VEUT ÉTABLIR SES PROPRES LOIS ET TRAITÉS COMMERCIAUX AFIN D’ÊTRE LE PROTECTEUR DE SES DROITS SUR LE PLAN INTÉRIEUR ET INTERNATIONAL »

    “NOUS AURIONS PU LIBÉRER L’ALGÉRIE, LA TUNISIE ET LE MAROC DEPUIS LE JOUR OÙ ÉCLATA LA GUERRE DU RIF”

    Juillet 1950 au quotidien égyptien Al Mokkatan

    “L’OCCUPATION DU MAGHREB PAR LA FRANCE EST L’UN DES PRINCIPAUX FACTEURS DE PROPAGATION DU COMMUNISME DANS NOTRE PAYS”

    “UN JOUR, L’URSS SERA DANS UN GRAVE ÉTAT DE FAIBLESSE, LES ARMÉNIENS EN PROFITERONT ET RÉALISERONT LEUR INDÉPENDANCE”

    Dans la célèbre lettre «aux nations civilisées», datée du 6 septembre 1922, il demanda aux Européens :

    «AGIR POUR LE BIEN-ÊTRE DE L’HUMANITÉ ENTIÈRE INDÉPENDAMMENT DE TOUTE RELIGION OU DE TOUTE CROYANCE. IL EST TEMPS QUE L’EUROPE, QUI A PROCLAMÉ AU XXÈME SIÈCLE SA VOLONTÉ DE DÉFENDRE LA CIVILISATION ET D’ÉLEVER L’HUMANITÉ, FASSE PASSER CES NOBLES PRINCIPES DU DOMAINE DE LA THÉORIE À CELUI DE LA PRATIQUE».

    Source

    Tags : Maroc, Rif, Hirak, Abdelkrim El Khattabi, protectorat, Mohammed V, Lyautey,

  • Le jour où Abdelkrim El Khattabi a créé la polémique au Liban

    Histoire : La vérité sur l’hymne national libanais

    Alain Hardane

    Une grande polémique a débuté au Liban après la diffusion d’un reportage à la télévision basé sur le documentaire de Simone Bitton produit en 2001, Ben Berka : l’équation marocaine.

    On voit le roi marocain Mohamed V Ben Youssef (1909-1961) et non Ben Berka, sur un tracteur entouré de paysans avec une musique de fond: un hymne et non pas lequel !

    Ce qui a attiré l’attention du grand public était la ressemblance totale entre l’hymne national libanais et cette musique dans le documentaire. D’après un reportage télévisé et plusieurs articles dans la presse libanaise, la première analyse réfère cette musique à l’hymne de la République du Rif Amazigh (Berbère) dont le texte est écrit en 1924 par le poète palestinien Ibrahim Toqan (1905-1941) qui a vécu à Beyrouth alors que la composition musicale est signée par le libanais Mohamed Flayfel (1899-1985).

    Le choc c’est que l’hymne national libanais écrit par Rachid Nakhlé et composé par Wadih Sabra date de 1927 alors il a vu le jour selon cette hypothèse après celui du Rif berbère « non arabe » ! Cette découverte est considérée comme une affaire nationale au Liban.

    Pourquoi ne pas penser à une autre hypothèse ! L’inverse !!!

    Mohamed ben Abdelkrim El Khattabi, né vers 1882 à Ajdir au Maroc, mort le 6 février 1963 au Caire en Égypte, est un résistant marocain du Rif, au nord-est du Maroc dit espagnol, car le Maroc actuel fut partagé à l’époque entre les deux puissances française et espagnole en quatre zones : Tanger l’internationale, Le Maroc Espagnol du Nord et du Sud et le Maroc Français.
    Il est devenu le chef d’un mouvement de résistance contre la France et l’Espagne au Maroc, lors de la Guerre du Rif, puis l’icône des mouvements indépendantistes luttant contre le colonialisme.

    Abdelkrim El Khattabi avait établi la République du Rif berbère (la région du nord du Maroc) en 1921 alors que sa chute a eu lieu après une offensive militaire franco-espagnole en 1927.
    Les Berbères se caractérisent par des spécificités linguistiques, culturelles et ethniques. On distingue plusieurs formes de langues berbères : chaoui, chleuh, rifain, chenoui, kabyle, mzabi, zenati, tamasheq sont les plus importantes composantes du Tamazight (c’est-à-dire « langues des Imazighen »).

    En 1926, Abdelkrim El Khattabi le leader berbère de la République du Rif est exilé et en mai 1947, il a eu l’autorisation de s’installer au sud de la France. Arrivé à Suez où le bateau fait escale, les nationalistes maghrébins l’ont convaincu de descendre en Egypte, après trois jours de négociations ! Il accepta et passa la fin de sa vie en Égypte. Il meurt en 1963 au Caire.

    Alors c’est simple comme bonjour !

    Conclusion première, même si quelqu’un a composé le texte et la mélodie, Abdelkrim El Khattabi n’en n’avait pas besoin et ne l’avait et ne l’aurait jamais adopté comme hymne officiel pour la République du Rif surtout que les rifains ne comprennent rien de la langue arabe courante « Al-darij » et encore beaucoup moins l’arabe littéraire!!! Si on compare la situation caricaturalement, c’est comme s’il y avait un hymne national pour le Liban mais en persan ou en turc !!!

    Donc dans tous les cas, cet hymne n’avait aucune utilité et en plus on peut affirmer l’impossibilité de son adoption par Abdelkrim El Khattabi à cause de la différence culturelle, linguistique et idéologique entre l’arabe et le tamazight.

    Ce qui est sûr à ce stade, c’est que la République du Rif n’avait pas d’hymne national, reconnu comme tel. Elle avait un drapeau, une monnaie, (symbolique surtout) et un gouvernement.

    Du côté espagnol, des chercheurs ont consulté leurs archives, personne n’a mentionné d’hymne! En plus, après la lecture de beaucoup de rapports des officiers français, aucun n’a jamais prononcé un mot sur l’existence d’un hymne. Même l’officier français (et grand sociologue du protectorat), Robert Montagne, qui a passé 24 heures avec Abdelkrim El Khattabi avant sa reddition, n’a jamais parlé d’hymne !!!

    D’autre part, les Marocains, socialistes arabistes et nationalistes arabes ont essayé tout le temps de singer le Moyen-Orient. Donc à part le texte, la musique date de l’euphorie de l’indépendance marocaine en 1956 avec le roi, et ça vient de la télévision marocaine !

    C’est vrai que Ibrahim Tawqan (1905- 1941) a écrit « Nachid Batal al Rif, Abdelkrim El Khattabi » mais ça revient probablement à un marocain qui a « volé » quelques vers du poème de Ibrahim Toqan et les a habillés avec la musique de l’hymne national libanais puisque c’est la télévision marocaine qui passe le chant avec l’image du roi Mohamed V, donc à sa gloire.

    Aussi c’est clair que le chant ne parle pas de Ben Berka, ni de près ni de loin ! Il paraît que les gens ont cru que Ben Berka est la continuité de Abdelkrim El Khattabi, et bien non, entre les deux c’est le ciel et la terre.

    Ajoutons que le compositeur libanais Mohamed Flayfel (1899-1985) n’avait pas émis aucune objection contre Wadih Sabra et n’a jamais déclaré qu’il a signé lui-même cet hymne et que ça revient à lui! En plus toutes les compositions étaient signées par « les frères Flayfel » et jamais par Mohamed Flayfel tout seul.

    Finalement ce n’est pas logique que les Français du mandat au Liban acceptent la musique du même hymne du Rif berbère révolutionnaire et anticolonial pour l’adopter dans le « Grand Liban » de 1920 qui était en très bons termes et en relation hyper étroite avec la France connue par la « Tendre mère » à l’époque.

    Reste à savoir où le documentaire sur Ben Berka a trouvé la bande son, et dans quelles archives. C’est cela qui va éclairer la chose. D’ici il faut demander à la télévision marocaine ou au réalisateur du film de Ben Berka les origines des images et la musique pour voir la note qui l’accompagne afin de connaître le « cloneur » de cet hymne à l’époque de l’indépendance du Maroc en 1956 dans le but d’avoir la preuve…c’est tout !

    Il y a une impossibilité que cet hymne revient au Rif Amazighe. L’hymne national libanais de 1927 est sans doute « Libanais » et point à la ligne.

    Alain Hardane (Libanais)
    Géographe- chercheur

    Source

    Tags : Maroc, Liban, Abdelkrim El Khattabi, Rif, Hirak, hymne national, protectorat, colonialisme,

  • Maroc : La dépouille qui fait peur au Makhzen

    Abdelkrim : La Dépouille d’un Héros ou La Mémoire d’un Peuple

    Il est mort en exil loin de sa patrie, mais le souvenir de la grandeur d’un homme reste vivant dans la mémoire collective des Rifains et des Imazighens en général. Il y a quarante quatre ans, le 6 février 1963, disparaissait en Egypte, à l’âge de 81 ans, Abdelkrim Al Khattabi, figure emblématique de la lutte contre le colonialisme franco-espagnol et un des pionniers de l’indépendance de l’Afrique du Nord.

    En cette date du 6 février 2007, l’Etat marocain composé aujourd’hui du Rif, du Maroc français et du Sahara espagnol, a ignoré royalement la célébration de l’anniversaire de la disparition d’Abdelkrim. Rares les journaux marocains qui se sont souvenus de la date de la disparition de ce résistant rifain exceptionnel.

    Quant aux caisses de résonance du pouvoir, les médias audiovisuels, comme à leur habitude c’est motus et bouche cousue. Et que dire aussi du silence assourdissant de ce pseudo Haut Commissariat aux Anciens Combattants qui d’habitude se manifeste en grande fanfare à la moindre occasion du souvenir dit « national ».

    Drôle d’histoire nationale, qu’ils enseignent à nos enfants, qui fait des collabos, des traîtres et autres manipulateurs et usurpateurs, qui se sont emparés du pouvoir par la violence et la ruse, des pseudo-résistants ; et des authentiques résistants et des hommes braves qui ont combattu, les armes à la main, le colonialisme jusqu’au dernier souffle, des inconnus et des personnages inexistants ou insignifiants. Ignorés de l’histoire officielle de leur propre pays et absents des manuels scolaires mais ô combien présents ces héros dans la mémoire collective du peuple.

    Que reste-t-il de cette histoire de résistance dite « nationale » dépouillée de ses vrais acteurs nationalistes et patriotiques et de son contexte véridique ? Pourquoi perpétuer littéralement jusqu’à aujourd’hui cette histoire, écrite par les faiseurs de l’historiographie, qui n’a rien à voir avec la mémoire collective du peuple transmise de génération en génération ? Certes, on peut priver indéfiniment le peuple de ses héros et de ses symboles qui ont fait son histoire glorieuse mais on n’arrivera jamais à le déposséder de sa mémoire.

    L’histoire contemporaine de ce pays ne peut être monopolisée éternellement par quelques personnages, ni être abrégée à quelques faits et évènements historiques qui se sont déroulés sur cette terre devenue aujourd’hui marocaine. L’histoire de la résistance ne peut se résumer simplement à un document douteux dit « le manifeste de l’indépendance » signés par quelques individus alors qu’elle est écrite par le sang des résistants et des martyrs. L’indépendance du pays chèrement payée ne peut être célébrée en faisant exclusivement référence à quelques évènements et l’éloge à quelques personnages qui ont marqué singulièrement une face de l’histoire de ce pays tout en oubliant les autres personnages qui ont façonné fortement les autres faces.

    Quelles que soient les circonstances et les négligences de l’histoire officielle, l’anniversaire de la disparition d’un homme de cette envergure ne passe pas inaperçue pour les Rifains et leur diaspora. Malgré le discours dominant, le silence des médias officiels et la falsification de l’histoire par les instigateurs de l’historiographie officielle, les héritiers du colonialisme n’ont pas réussi à anéantir la mémoire collective de tout un peuple et à faire d’Abdelkrim un inconnu ni dans le monde, ni dans le Maroc d’aujourd’hui, et moins encore dans le Rif où son âme n’a jamais quitté le cœur des Rifains. Au contraire, ce comportement arrogant a largement contribué à sacraliser la biographie de l’homme et à la transformer en une légende vivante pour tous les Rifains et leur diaspora à travers le monde.

    L’Histoire universelle retiendra que Abdelkrim Al-Khattabi, connu sous le nom du héros du Rif, inventeur de la guérilla moderne, diplomate brillant et fin stratège, fut l’authentique instigateur et initiateur de l’indépendance des trois futurs Etats nord-africains (Algérie, Maroc, Tunisie). Des historiens, des politologues et des hommes politiques de renom se sont largement intéressés à la biographie et aux différentes étapes de lutte de ce leader charismatique. Les uns évoquent souvent sa grande victoire militaire à la bataille d’Anoual (Temsamane, 1921), connue chez les historiens espagnols sous le nom de « Grand Désastre », et son ardent combat qu’il a mené avec génie, en confédérant toutes les tribus rifaines longtemps disparates, contre l’invasion franco-espagnole, les autres se rappellent de sa sagesse et de sa grande tolérance dans son exil à l’île de la Réunion (1927-1947) et les maghrébins retiennent sa grande clairvoyance en fédérant tous les leaders nord-africains pour combattre le colonialisme dans son dernier refuge-exil en Egypte (1947-1963).

    Digne fils du Rif, dès son jeune age il quitte son village natal Ajdir (situé à 9 km d’Al-Hoceima) pour poursuivre des études à Fès, puis en Espagne et s’installa par la suite à Melilla en tant que correspondant d’un journal espagnol. Dans cette ville, il apprivoisa la société coloniale espagnole, assimila son style de vie, appréhenda son mode de fonctionnement et lui livra par la suite au cœur du Rif l’une des batailles les plus rudes de son existence. L’Espagne coloniale, aidée par la France coloniale, fera même usage des armes de destruction massive chimiques et autres contre les populations civiles pour le contraindre à mettre fin à la révolution rifaine (1921-1927) qui avait déjà fait des émules et enflammé les indigènes partout où il y avait trace du colonialisme. En exil, à l’île de la Réunion et en Egypte, comme en témoignent de nombreuses archives de différents partis et syndicats, il tissa des liens de fraternité et de solidarité avec de nombreux résistants au colonialisme et il soutiendra les combattants pour la liberté des peuples dans le monde entier, de l’Amérique latine en passant par l’Afrique et jusqu’en Chine et au Vietnam, avant de rendre l’âme, au Caire, le 6 février 1963.

    Humaniste universel et progressiste avant l’heure, dans ses différents écrits et correspondances, Abdelkrim ne cessa de dénoncer avec force le colonialisme comme un fait contraire à la civilisation et à l’humanité et ne cessa d’appeler avec insistance à la tolérance, à l’entente et la coopération entre les nations. Dans sa célèbre lettre « aux nations civilisées », datée du 6 septembre 1922, il demanda aux Européens « d’agir pour le bien-être de l’humanité entière indépendamment de toute religion ou de toute croyance. Il est temps que l’Europe, qui a proclamé au XXème siècle sa volonté de défendre la civilisation et d’élever l’humanité, fasse passer ces nobles principes du domaine de la théorie à celui de la pratique ».

    Cet état d’esprit d’Abdelkrim, le synthétise loyalement une lettre datée de 1923, signée par Mohamed Azerkane, un de ses compagnons d’armes et son ministre des Affaires étrangères, en réponse à une missive espagnole menaçante, dont voici quelques extraits : « A cette occasion, je crois de mon devoir, sous l’inspiration de mes sentiments humanitaires et en ma qualité de délégué des Affaires étrangères de l’Etat du Rif, de vous fournir les précisions suivantes : Le gouvernement Rifain, édifié sur des bases modernes et une constitution civile, se considère comme indépendant au point de vue politique et économique et nourrit l’espoir de vivre libre comme il a vécu pendant des siècles et comme vivent tous les peuples…Le Rif n’a accepté et n’acceptera point cette protection (le protectorat espagnol), et il la repousse. Il s’engage à se gouverner par lui-même, à s’efforcer d’obtenir ses droits légitimes non contestables, à défendre son entière indépendance par tous les moyens naturels,… que chaque nation devait être laissée libre de diriger ses destinées et que la tyrannie et la force ne comptaient pas devant le droit…. Il n’y aura pas de honte pour l’Espagne à vivre en parfaite harmonie avec le Rif, après avoir reconnu son gouvernement et son indépendance et participé à l’échange des intérêts communs ». Avec ces écrits et son combat pour la dignité, Abdelkrim incarne à lui seul l’Histoire de tous les peuples indigènes et de tous les opprimés sur Terre.

    Originaire du Rif, natif plus exactement d’Al-Hoceima, appartenant à la même fraction et tribu des Aït Ouriaguels que celles d’Abdelkrim (la maison de mes grands-parents est située à quelques pas de celle d’Abdelkrim et de son QG de la République Rifaine appelé « Ficina », aujourd’hui en ruine) et le fait que je sois marié à une femme originaire de l’île de la Réunion où Abdelkrim a passé plus de 20 ans de son exil, il va de soi que je m’intéresse passionnément à la vie d’un homme qui a façonné l’histoire d’un peuple et d’un territoire auxquels j’appartiens et je tenais donc à lui rendre hommage dans ces quelques lignes.

    Je réalise aujourd’hui la valeur inestimable de l’homme qu’il était grâce aux nombreux témoignages que j’ai pu recueillir sur le personnage et son combat pour la dignité, sur sa terre natale au cœur du Rif et à l’île de la Réunion. Mais, c’est dans cette île où je m’y rends régulièrement pour les vacances, que j’ai pu découvrir une face inconnue de sa vie et de son histoire de résistant. Les familles qui l’ont côtoyé, à Saint-Denis où il a passé les premières années de son exil en résidence surveillée à château Morange ou bien dans sa ferme aux Trois Bassins après le relâchement de l’étau sur lui et sa famille, me parlaient souvent d’un homme très sage et très estimé des trois principales communautés de l’île (musulmane, hindou et chrétienne).

    C’est pour dire que cet écrit n’est pas une diatribe violente, mais un appel sincère au rétablissement de sa mémoire et un hommage à un oublié de l’histoire officielle, appel teinté de témoignages que j’ai pu recueillir moi-même sur l’homme ; certes, une critique amère et qui paraîtra même pour certains comme un réquisitoire polémique d’une personne outrée et en colère. Mais comment s’exprimer devant cette grande injustice qui touche encore aujourd’hui les sentiments, la dignité et la mémoire de tous les Rifains après tant de sacrifices, tant d’attente et tant d’espérance née avec l’avènement du nouveau règne.

    Plus de quarante quatre ans après sa mort, sa tombe demeure toujours exilée en Egypte. Certes, selon de nombreux témoignages, Abdelkrim a refusé en 1956 de rentrer dans son pays natal tant que le dernier colon ne l’aura pas quitté et le pouvoir restitué au peuple. Mais comment ne pas comprendre sa position de principe après la trahison contre l’armée de libération et la répression brutale du soulèvement rifain en 1958, instiguées par les mêmes officiers coloniaux et collabos qu’il a combattu quelques années auparavant, devenus en 1956 des commandants de l’armée du Maroc indépendant. Son intuition qui lui a fait pressentir un complot de vengeance contre le Rif s’est avérée exacte.

    Aujourd’hui, Abdelkrim ne concerne pas seulement ce Rif qui a tant souffert de porter honorablement les racines de ce combattant anticolonialiste exceptionnel et de son poids monumental qui pèse encore sur la conscience du pouvoir. De nombreuses voix se soulèvent aujourd’hui partout au Maroc et à l’étranger pour réclamer le retour de sa dépouille à sa terre natale et de lui rendre un hommage solennel avec des funérailles dignes du résistant libre qu’il était. Le rapatriement de sa dépouille dans son village natal d’Ajdir, la restauration de son QG « Ficina » et sa transformation en musée portant son nom, ne seront que fierté et honneur pour tout le peuple marocain d’hier et d’aujourd’hui et justice enfin rendue aux Rifains.

    Enfin, il est temps que l’Etat marocain reconnaisse officiellement ses erreurs du passé et ses représailles commises contre les Rifains en 1958. Comme il est temps également que les anciennes puissances coloniales (Espagne et France) reconnaissent leur responsabilité de « crime contre l’humanité » quant à l’utilisation des armes de destruction massive contre les populations civiles pendant la guerre du Rif en présentant des excuses officielles et des compensations en participant au développement du Rif.

    Mohamed SIHADDOU

    Ingénieur en Télédétection

    Toulouse/FRANCE Abdelkrim : La Dépouille d’un Héros ou La Mémoire d’un Peuple

    Source : FADMA, 24 mars 2007

    Tags: Maroc, Rif, Hirak, Abdelkrim El Khattabi,

  • Maroc-Rif: Lettre adressée par Abdelkrim aux Chefs d’Etat des grandes puissances européennes et à la Société des Nations à Genève le 6 septembre 1922.

    Aux nations civilisées

    Nous avons déjà adressé des communications aux ambassadeurs de certaines puissances à Tanger, en leur exprimant nos griefs à l’égard de l’Espagne et nous ignorons si notre correspondance vous est parvenue. Aujourd’hui, nous faisons appel encore une fois à vos sentiments humanitaires et nous vous demandons d’agir pour le bien-être de l’humanité entière indépendamment de toute religion ou de toute croyance. Il est temps que l’Europe, qui a proclamé au XXème siècle sa volonté de défendre la civilisation et d’élever l’humanité, fasse passer ces nobles principes du domaine de la théorie à celui de la pratique ; il est temps qu’elle se dresse pour défendre les humiliés contre les agresseurs et qu’elle défende, face aux puissants, les droits des faibles que leur sens traditionnel de la dignité ne peut mener, sans apport de secours extérieurs, qu’à une seule fin : l’autodestruction.

    Le Rif est actuellement le théâtre d’une guerre, une guerre injustifiée aux yeux du seigneur, qui causera la destruction inutile de beaucoup d’Espagnols et de Rifains.

    Les Espagnols croient que l’Europe les a chargés de réformer et de civiliser le Rif. Mais les Rifains demandent : » Est-ce que la réforme consiste à détruire des maisons en utilisant des armes interdites, est-ce qu’elle consiste à s’ingérer dans la religion d’autrui ou à usurper ses droits ? Ou bien n’est-elle qu’un mot pour désigner l’annexion de la terre des autres sous couvert de protection ? L’objectif de la protection est de préserver les droits et de protéger les sujets en question, et l’Europe peut constater à l’heure actuelle que nous avons besoin de quelqu’un qui nous protège contre l’agression de ce pouvoir qui s’attaque à notre liberté, notre indépendance, notre honneur et nos femmes.

    Le soulèvement du Rif est le résultat de l’oppression et des abus de pouvoir par des jeunes Espagnols placés ici à des postes de commande. Ils ont autorité même sur les grands docteurs Musulmans, les fonctionnaires civils et les troupes indigènes ; c’est ainsi qu’ils ont commencé à prendre possession de la terre et des gens – ce qui nous rappelle les temps de la barbarie -, mais par le simple fait de porter le nom d’Européens, ils prétendent être des gens civilisés, alors qu’en réalité, loin d’être des réformateurs ou des protecteurs, ils ne sont que des conquérants aveugles.

    Le Rif a mené une existence libre et ses hommes sont sacrifiés actuellement dans la défense de leur liberté et de leur religion.

    Le Rif ne s’oppose pas à la civilisation moderne ; il n’est pas non plus opposé aux projets de réforme ni aux échanges commerciaux avec l’Europe. Le Rif aspire à l’établissement d’un gouvernement local : c’est un point fondamental pour la protection de ses propres droits ainsi que des droits des étrangers, conformément aux clauses des accords commerciaux qui lient les puissances européennes aux puissances d’Afrique occidentale. Mais le Rif ne veut pas que les rênes du pouvoir soient aux mains d’hommes qui reçoivent de l’or étranger en paiement de leur autorité et de leur patriotisme, qui livrent la terre et ses habitants à ceux qui leur offrent de l’argent et qui ne se soucient que de veiller à leurs seuls intérêts personnels. Ces hommes, sous le couvert de titres divers qui leur ont été conférés, ne sont à l’heure actuelle que les instruments des intérêts des Espagnols, et n’ont aucun égard pour la loi islamique et pour les coutumes nationales.

    Le Rif est soucieux d’établir un système de gouvernement pour lui seul, qui dépende uniquement de sa propre volonté ; il veut établir ses propres lois et ses traités commerciaux afin d’être le protecteur de ses droits sur le plan intérieur et international. L’Europe ne peut refuser un gouvernement de ce genre, tant qu’il ne s’oppose en aucune façon aux droits des Européens ou aux réformes ou à la civilisation.

    L’Europe entend qu’il existe au Rif un soi-disant « Khalife » avec un « Protectorat espagnol » et des « Protecteurs ». Elle peut donc penser que ceux-ci sont établis constitutionnellement et qu’ils gouvernent en toute justice. Il n’en est rien.

    Le Rif a déjà fait appel à l’aide de ceux qui en Europe ont un sens de la justice, il a adressé une communication aux représentants des puissances, et il se trouve encore en armes pour chasser les destructeurs, dans l’attente d’une réponse des nations civilisées. Si celles-ci interviennent, et règlent le problème d’une manière satisfaisante pour le Rif et protègent les droits des deux parties, le Rif aurait alors la certitude que ces réclamations en faveur de l’humanité et de la civilisation étaient bien fondées; mais si elles se tiennent à l’écart et ne convoquent pas une conférence à laquelle les chefs du Rif seraient invités pour établir le bien-fondé de leurs déclarations et se charger d’exécuter tout accord conclu, il sera clair que l’Europe ne cherche qu’à lutter contre tout le monde Musulman avec n’importe quelles armes et par n’importe quel moyen.

    Cependant, nous ne pouvons pas penser que la conscience de ceux qui tiennent les rênes politiques du monde civilisé, qu’ils soient Présidents ou Princes, puisse accepter avec sérénité une telle ignominie ; nous entendons ici particulièrement les pays que des liens solides unissent au monde de l’Islam. C’est le temps lui-même qui comblera ou détruira nos espoirs et l’opinion des justes estimant le moment venu nos espoirs à leur vraie valeur.

    Quel était le but de l’Europe en réunissant la conférence d’Algésiras ?

    Cherchait-elle à établir la loi et l’ordre, à promouvoir le bien public et garantir la prospérité économique ? Si le motif était bon et exempt de toute convoitise ou de toute visée politique ou militaire (comme nous croyons qu’il le fut sans aucun doute), il répond exactement aux vœux du Rif. Le Rif n’a aucune objection d’aucune sorte à ces conditions. Tout ce qu’il veut est de se débarrasser de l’oppression espagnole, de l’agression militaire et établir son propre gouvernement local, avec une administration qu’il contrôlera lui-même.

    Est-ce que l’Europe trouve dans ce souhait quoi que ce soit de nuisible à ses intérêts ou une atteinte aux droits de ses communautés ? Y a-t-il quelque préjugé racial ou national qui l’oblige à fermer les portes de ses cercles politiques à ceux qui souffrent sous le joug espagnol ? Si l’Europe n’est pas prête à entendre les doléances du Rif et si elle considère que celles-ci sont loin de la vérité, laissons-la découvrir la vérité par la bouche des Espagnols mêmes, par ceux qui ont déclaré à leur parlement qu’il était nécessaire de se retirer à cause de leur échec et des outrages commis par les soldats et d’autres éléments, qui ne leur ont pas permis d’apaiser l’indignation et la colère du Rif.

    Voici les doléances que nous vous adressons ouvertement, ô, nations civilisées de l’Europe ! Que la paix soit sur vous !

    Source: Espana y el Rif, Maria Rosa de Madariaga.

    Tags: Maroc, Rif, Hirak, Abdelkrim El Khattabi, Guerre du Rif, colonialisme,

  • L’Emir Abdelkrim Al-Khattabi : de la lutte contre l’impérialisme à la construction de l’union maghrébine.

    La lutte de Muhammad Ben Abdelkrim Al-Khattabi contre les forces impérialistes franco-espagnoles a eu lieu au moment même où règne partout dans le monde arabe une effervescence de la renaissance arabe (An-Nahada). Elle s’inscrit dans le cadre des luttes anticoloniales menées par les peuples colonisés du sud et d’Orient, et plus particulièrement les révoltes arabes contre les accords de Sykes-Picot (en 1916). Elle est le symbole des luttes pour l’indépendance et l’autodétermination des peuples à disposer d’eux-mêmes.

    L’action révolutionnaire de l’Emir Abdelkrim Al-Khattabi suscita l’enthousiasme et un soutien authentiques aux quatre coins du monde : l’Emir Al-Khattabi devint une icône pour toute une génération de révolutionnaires assoiffés de liberté et d’indépendance. Il ne fut pas uniquement cet habile stratège rifain qui combattit l’impérialisme occidental à partir de la région du Rif, mais il fut l’unificateur des luttes menées au nom d’un Maghreb uni et indépendant. Il est le fondateur de la guerre moderne anticoloniale du XXe siècle, son combat servira de modèle à toutes les guerres d’indépendances futures.

    Le Maroc, comme bien d’autres pays dans le monde, fut la proie des prédateurs impérialistes qui lorgnaient sur ses ressources minières (phosphate, zinc, plomb, fer, cobalt, cuivre, barytine, charbon , argent…) et convoitaient son littoral. Il sera soumis à un double protectorat français et espagnol en 1912 parachevant ainsi la mise sous tutelle du Maroc dont les prémices remontent au XVe siècle.

    C’est contre ce colonialisme que l’Emir Abdelkrim va s’insurger et combattre tour à tour les espagnols au nord, les français au sud et une coalition franco-espagnole appuyée et soutenue par les puissances occidentales notamment la Grande Bretagne.

    Le 21 juillet 1921, l’Emir Abdelkrim inflige une défaite monumentale à l’armée espagnole suréquipée lors de la mythique bataille d’Anoual. 3000 rifains font face à plus de 100 000 hommes ; la bataille se solde par une véritable débâcle dans le camp espagnol : 16 000 soldats tués, des milliers de blessés et des centaines de prisonniers, 20 000 fusils, 400 mitrailleuses, 200 canons passeront entre les mains des moudjahidines du Rif . L’Espagne vient de perdre le terrain qu’elle avait gagné par des années de guerre. Le général espagnol Fernandez Sylvester se donnera la mort à la suite de la déroute; à Madrid le gouvernement tombe. L’hécatombe est telle que la Société des Nations parle du « cataclysme marocain ». C’est aussi cette guerre du Rif qui provoquera l’ascension de Franco au pouvoir (en février 1926, alors qu’il n’a que 34 ans, il sera le plus jeune général d’Europe).

    La bataille d’Anoual marque un tournant historique décisif dans les luttes anticoloniales : c’est la première fois qu’une armée impérialiste est mise en échec de façon aussi foudroyante. Un historien déclarera : « c’est l’un des plus effroyables désastres enregistrés au cours des entreprises coloniales européennes en Afrique. ».

    Très vite cette victoire dépasse les limites du Rif pour se propager à l’ensemble du Maroc où chaque marocain se sentit rifain. L’aura de l’Emir Abdelkrim s’étendra à l’ensemble du Maghreb et du monde arabe et plus largement encore jusqu’en Indochine où Ho Chi Minh reconnut en Abdelkrim Al-Khattabi son frère d’armes : il le voyait comme « le précurseur de la guerre populaire moderne. »

    Dans un monde marqué par les préjugés racistes et ethnocentristes, la victoire d’Anoual était tout un symbole : elle eut des répercussions psychologiques et politiques immenses chez les peuples qui vivaient sous la domination et le joug colonial. La victoire d’Anoual représentait une victoire triomphale des peuples de « couleurs » exploités par les impérialistes sur une nation « blanche » ; c’était une revanche des pays colonisés et une humiliation de l’Occident arrogant.

    La victoire des moudjahidines rifains venait non seulement de mettre fin au mythe de l’invincibilité des armées occidentales mais elle inaugurait une technique de guerre qui allait faire le succès de toutes les guerres de libération du Tiers-Monde sous occupation coloniale : la guérilla.

    A ce propos, en 1971, recevant une délégation du Fatah, Mao Tsé-toung leur déclara : « Vous êtes venus pour que je vous parle de la guerre populaire de libération alors que, dans votre histoire récente, il y a Abdelkrim, qui est une des principales sources desquelles j’ai appris ce qu’est la guerre populaire de libération. Pourquoi donc avez-vous fait tout ce chemin alors que vous avez le Maitre : Abdelkrim ? »

    L’Emir Al-Khattabi réussit à unir et à mobiliser toutes les tribus du Rif sous son commandement et sous le mot d’ordre de la lutte pour l’indépendance. Il vainquit une armée impérialiste et proclama la création de la « République du Rif » qu’il dotera des institutions étatiques les plus modernes de son temps.

    Cette jeune république, la première dans le monde arabe, représentera alors une menace insupportable pour tous les belligérants :

    – d’une part pour le Makhzen et le sultan Moulay Youssef à qui Abdelkrim reprochait sa passivité, son manque de combattivité pour la libération nationale. En effet le sultan restera sagement sur son trône pendant que les français et les espagnols mèneront une guerre impitoyable au Rif. Le sultan percevait l’Emir Abdelkrim comme une menace pour son pouvoir royal.

    – d’autre part cela représentait pour les français un danger colossal : en effet le risque encouru était de voir les moudjahidines rifains embraser tout le Maroc et la guerre du Rif s’étendre à l’Algérie voisine. Il est vrai que chacune des victoires de l’Emir Abdelkrim sera accueillie par le peuple algérien comme étant la sienne et sa défaite finale aussi. De plus c’est après la reddition d’Al-Khattabi en 1926 que naîtra, à Paris, l’Etoile Nord-Africaine qui va organiser les travailleurs d’origine maghrébine dans un cadre de lutte commun avec comme programme : la libération de l’ensemble des trois colonies du Maghreb. L’idéologie et le programme de cette Etoile Nord-Africaine s’inspire du combat anticoloniale d’Abdelkrim et de ses mots d’ordre unificateur.

    Abdelkrim poursuit son combat tous azimuts contre les troupes françaises qu’il harcèle de toutes parts : au 20 juillet 1925, les pertes françaises s’élève à près de 6 000 hommes. Face à cette déroute, le général Hubert Lyautey sera contraint de démissionner. Le maréchal Philippe Pétain, partisan d’une guerre agressive et sans merci, prendra le relais.

    Une coalition franco-espagnole se mettra alors en place mobilisant une armée d’un demi-million d’hommes. De partout dans le monde occidental, on veut s’engager pour croiser le fer avec les moudjahidines du Rif. Les Etats-Unis participeront activement à la guerre du Rif avec leurs escadrons de la mort.

    La guerre du Rif était devenue le moyen de préserver la suprématie de l’homme blanc et les Empires coloniaux occidentaux en luttant brutalement contre la population rifaine.

    Charles Willoughby, (1892-1972) major général de l’armée des États-Unis, publia un article en août 1925 où il écrit : « Une foule d’hommes noirs et de couleurs avait été précipitée contre des hommes blancs, d’Ypres jusqu’à Bagdad, théâtres d’opérations sur lesquels ils avaient appris à les tuer. Les races assujetties avaient découvert une étrange vérité : les suzerains blancs, ces insondables maîtres de leurs destinées, s’étaient opposés les uns aux autres. Les demi-dieux avaient chu de leurs piédestaux séculaires et avaient été réduits à des fragments d’argile. […] Il y a peu de temps encore, les Empires coloniaux étaient fondés sur une légende, la légende de l’invincible homme blanc. Il n’est pas bon de détruire ce mythe, de toucher au piédestal sur lequel reposait le demi-dieu depuis tant de siècles.[…] Seule une guerre agressive, conduite jusqu’au cœur de leur pays par des expéditions punitives incendiant les villages, détruisant les réserves de blé et dispersant les troupeaux, pourrait accomplir la subordination des tribus rebelles. »

    Pour se faire, Willoughby suggéra l’utilisation de chars, de voitures blindées, de lance-flammes et de gaz. Les Espagnols, aidés par l’armée allemande et l’industrie, construisirent des usines pour la fabrication de gaz en Espagne et au Maroc. Des milliers de tonnes de gaz moutarde furent ainsi répandus sur des villages marocains ce qui préfigurera les guerres coloniales contre-révolutionnaire à venir.

    Le Rif, comme aujourd’hui Gaza, sera soumis à un blocus meurtrier, la population sera pilonnée par un intense bombardement (3 000 tonnes par jour), l‘utilisation inhabituel du gaz moutarde fera des civils rifains les premières victimes gazés de l’histoire contemporaine (mais ce ne sont pas des juifs de l’holocauste – l’histoire n’en parle pas) : 150 000 est le nombre de victimes rifaines.

    Les armées impérialistes, suivant la logique coloniale de responsabilité collective, ne distinguèrent pas les objectifs militaires des objectifs civils. Les Rifains étaient collectivement responsables des revers des armées coloniales et devaient, de fait, être « punis » en conséquence. Cela contraste avec l’esprit humaniste et chevaleresque de l’Emir Abdlekrim Al-Khattabi qui affirmait la distinction qu’il faisait entre les troupes coloniales espagnoles qu’il combattait sans relâche, et le peuple espagnols avec qui il espérait établir des relations amicales : « Le Rif ne combat pas les Espagnols et ne ressent pas de haine envers le peuple espagnol. Le Rif combat cet impérialisme envahisseur qui veut lui ôter sa liberté à force de sacrifices moraux et matériels du noble peuple espagnol. (…) les Rifains luttent contre l’Espagnol armé qui prétend lui enlever ses droits, et cependant garde ses portes ouvertes pour recevoir l’Espagnol sans armes en tant que technicien, commerçant, industriel, agriculteur, et ouvrier »

    La coalition disposant d’un appui aérien américain et d’armes de destruction massive provoquera la capitulation de l’Emir Abdelkrim le 27 mai 1926, mais la pacification complète du Rif ne s’achèvera que 12 ans plus tard en 1934.

    Abdelkrim désormais prisonnier de guerre sera exilé sur l’île de la Réunion où il y demeurera jusqu’en mai 1947. Il réussira à prendre la fuite du navire qui l’emmenait en France pour trouver asile en Egypte et s’installe au Caire. Cette évasion suscitera l’enthousiasme des nationalistes arabes et l’effroi dans le camp franco-espagnol ainsi que pour le Makhzen qui est pris d’une sainte terreur rien qu’à l’idée de voir revenir au Maroc le moudjahid Abdelkrim Al-Khattabi.

    A partir du Caire, il continue son combat pour l’indépendance non seulement du Maroc mais de tout le Maghreb. Il en profitera pour diffuser ses thèses radicales anticoloniales. Il fonde, avec l’aide d’étudiants maghrébins, les commandos nord-africains qui avaient pour but de former des cadres militaires dans la perspective d’une insurrection généralisée des 3 pays du Maghreb. A côté de cet activisme militariste, l’Emir Abdelkrim cherchait à fédérer les différents mouvements nationalistes maghrébins en vue de coordonner la lutte anticolonialiste dans les 3 pays. C’est dans ces conditions qu’il créa, le 9 décembre 1947, le « Comité de Libération du Maghreb Arabe » qui affirmait clairement son identité arabo-islamique et se donnait pour objectif : l’évacuation des pays par les troupes d’occupations et la réalisation de leur indépendance totale et leur souveraineté nationale complète.

    Dans le Manifeste d’Abdelkrim du 5 janvier 1948, on peut lire : « Nous le faisons en vue de réaliser la coalition entre tous les partis du Maroc, de l’Algérie et de la Tunisie qui réclament l’indépendance et la constitution d’un seul front afin de poursuivre la lutte pour libérer nos pays du joug colonialiste. Au moment où les peuples travaillent pour assurer leur avenir, les pays du Maghreb arabe étudient attentivement les moyens de recouvrer l’indépendance dont ils ont été spoliés et leur liberté perdue. Il est donc du devoir de tous les dirigeants maghrébins de s’unir. Tous les partis de l’indépendance doivent également se coaliser et s’aider. Seule cette méthode nous permettra d’atteindre la réalisation de nos buts et de nos aspirations.

    Désormais, notre cause entre dans une phase décisive. Nous affronterons dorénavant les usurpateurs comme un seul bloc, se composant de 25 millions d’hommes rassemblés autour d’un programme et déployant leurs efforts vers un objectif unique : l’indépendance complète pour l’ensemble des pays du Maghreb arabe.

    Désormais, l’occupant colonialiste ne trouvera plus l’opportunité de contrecarrer notre résolution. Il ne sèmera plus de discorde entre nous, en exploitant la multiplicité des partis et les divergences d’opinion pour nous asservir et consolider ses positions dans nos pays.

    Nous considérons que, dans nos trois pays, notre cause est une seule et même cause. Nous affronterons le colonialisme, solidement unis. Nous n’accepterons aucune solution ne réalisant pas notre indépendance complète et notre souveraineté totale. »

    Même après la libération du Maroc en 1956, l’Emir Abdelkrim professait de la manière la plus radicale toujours les mêmes idées de solidarité intermaghrébine. Ainsi, le 4 mai 1956, il affirma son refus de voir la question de la décolonisation des 3 pays du Maghreb être traitée séparément : « Nous n’acceptons pas de solution de compromis en Algérie, au Maroc ou en Tunisie. Nous voulons l’indépendance totale ». L’Emir Abdelkrim était partisan d’une solidarité active avec la révolution algérienne qui devait être pour lui le prélude à une révolution maghrébine permettant d’unifier les trois pays. Lorsque la guerre d’Algérie tourne au carnage, il déclare en avril 1958 qu’il « ne mettra pas le pied sur le sol marocain avant le départ du dernier soldat français du Maghreb ».

    Même si sa préoccupation première était la libération du Maghreb tout entier de toute occupation militaire étrangère et la création d’un Maghreb sous la forme d’une « Union fédérale », son combat avait une portée internationale : à la demande de Ho Chi Minh, L’Emir Abdelkrim lance un appel à la désobéissance des troupes marocaines engagées en Indochine sous le drapeau français. « Choisissez le camp de ceux qui défendent la liberté et affrontent la mort pour l’indépendance dans le but de se libérer de ce que vous endurez vous-même de la part du colonialisme », ordonne l’Emir à ses compatriotes.

    A Cuba, Che Guevara, tenant en respect le génie tactique du héros rifain, avait été initié, avec Fidel et Raul Castro, aux actions de guérilla d’Abdelkrim Al-Khattabi par Alberto Bayo, un général espagnol d’origine cubaine, vétéran de la guerre du Rif, ayant combattu ensuite du côté républicain lors de la guerre d’Espagne. Ce sont ces hommes entraînés par le général républicain qui débarqueront à Cuba pour constituer le premier maquis castriste dans la Sierra Maestra en 1958 : “Bayo nous enseignait comment mettre en place une guérilla pour briser une défense à la manière des Marocains d’Abdelkrim face aux Espagnols”, a raconté Fidel Castro à Ignacio Ramonet (directeur de la rédaction du Monde Diplomatique, dans Cien Horas con Fidel ).

    Quant à la Palestine dès l’annonce de son partage, le 29 novembre 1949, Mohamed ben Abdelkrim Al-Khattabi leva une armée d’un millier de volontaires arabes et maghrébins qui sont allés combattre auprès de leurs frères palestiniens. Prenant de vitesse l’arrivée des volontaires armés des pays de la Ligue. Les leaders palestiniens, Yasser Arafat, Abou Jihad et autres ont pris source à l’enseignement des méthodes de guerre populaire du vainqueur de la légendaire bataille d’Anoual pour lancer leur mouvement de résistance dès janvier 1965. Les Palestiniens en formation militaire se voyaient distribuer des brochures sur les diverses techniques de guérilla dont celle sur Abdelkrim Al-Khattabi à laquelle était donnée la priorité.

    Mohamed ben Abdelkrim Al-Khattabi révolutionnaire sincère, affranchi de toute gangue idéologique qu’elle vienne de l’Est ou de l’Ouest, ennemi intraitable de la langue de bois aura un regard très critique face aux activistes nationalistes arabes auxquels il reproche leur arrivisme, leur affairisme et leur esprit de corruption. Il dénonce les contradictions flagrantes entre leurs discours et leurs actes. Il prendra ses distances avec eux, et deviendra un farouche opposant à Allal el-Fassi dont le parti Istiqlal truste tous les postes importants du jeune Maroc indépendant et fait main basse sur le pouvoir exécutif. Abdelkrim Al-khattabi restera hostile à la monarchie marocaine jusqu’à la fin de sa vie.

    Admirable dans le combat, noble dans la défaite, L’Emir Muhammad Ben Abdelkrim Al-Khattabi restera pour les marocains et pour tous les hommes épris de liberté et de justice un symbole de la lutte contre l’oppression. Il aura été l’un des inventeurs du nationalisme marocain, ou, plutôt maghrébin.

    Décédé loin de sa patrie le 6 février 1963 à l’âge de 80 ans, Nasser lui rendra hommage en organisant des obsèques dignes d’un chef d’Etat.

    Presque 100 ans après la guerre du Rif, le combat d’Abdelkrim contre le colonialisme, son projet révolutionnaire, son refus des concessions et sa vision unificatrice de la Nation arabe représentent toujours le symbole de la résistance contre le pouvoir monarchique qui œuvre depuis pour effacer et taire cette page de l’histoire marocaine.

    Aujourd’hui, il est de la responsabilité des peuples arabes et musulmans de puiser dans leur propre dynamique historique et de se réapproprier le modèle révolutionnaire que fût Abdelkrim al-Khattabi, afin de façonner leur action et leur projet de société de manière autonome et endogène. Il ne fait aucun doute que seule l’unité au sein de la nation arabe pourra être la source de l’émancipation des peuples et du développement économique au bénéfice de tous.

    Comité Action Palestine

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  • Maroc : « La civilisation devrait tendre à libérer les peuples au lieu de les asservir » (Abdelkrim El Khattabi)

    Déclaration d’Abdelkrim El Khattabi dans un une gazette française:

     » Je déclare que, lorsqu’on me reproche de faire la guerre sainte, on commet une erreur, pour ne pas dire plus. Le temps des guerres saintes est passé; nous ne sommes plus au Moyens-Age ou au temps des Croisades. Nous voulons simplement être et vivre indépendants et n’être gouvernés que par Dieu.

    Nous avons un vif désir de vivre en paix avec tout le monde et avoir de bonnes relations avec, car nous n’aimons pas faire tuer nos enfants. Mais pour arriver à ce but désiré, à ces aspirations, à cette indépendance enfin, nous sommes prêts à lutter contre le monde entier s’il le faut. (…) Il n’est pas douteux pour moi que la France désire faire la conquête du Rif; immédiatement peut-être, peut-être encore dans un délai quelconque, mais telle est sa volonté.

    La France attendra une occasion mais, je le répète, je suis convaincu qu’elle a un vif désir de conquérir le Rif. (…) Le Parti colonial veut nous asservir, sans tenir compte des droits d’un peuple à disposer de lui-même et à l’époque où l’on prétend être arrivé au summum de la civilisation. Cette civilisation devrait tendre à libérer les peuples au lieu de les asservir (…).

    (…) En vous parlant du Rif comme je le fais, j’ai voulu vous montrer que nous avions conscience de nous-même et que nous avons toujours manifesté le vif désir de vivre en paix, surtout avec la France. Je lisais dernièrement dans un journal français une interview de Primo de Rivera qui s’exprimait ainsi : « Abd-el-Krim n’est ni fanatique, ni partisan de la guerre, ni nationaliste. » C’est en partie exact. Je ne suis pas fanatique, car, tout en étant fier d’être musulman, la religion que professent les autres ne m’intéresse pas.

    Il est exact aussi que je n’aime pas la guerre, mais par, nationaliste, je le suis. La seule chose qui nous importe aujourd’hui, ce n’est pas l’existence d’un Sultan au Maroc, mais l’indépendance entière, sans réserve, du malheureux peuple rifain qui est prêt à se sacrifier avec honneur pour la réalisation de ce but.

    Personnellement, je n’ai aucune ambition, je n’aspire ni au sultanat, ni au pouvoir absolu. Si je suis une gêne, je suis prêt à disparaître pour laisser la place à un autre. Je le déclare solennellement, mon plus grand désir, mes aspirations les plus élevées tendent vers la paix et, pour arriver à ce résultat, il n’y a qu’un seul moyen logique : Que la France reconnaisse l’indépendance du Rif. »

    Déclaration d’Abdelkrim dans L. Gabrielli, Abd-el-Krim et les Evénements du Rif, pp. 85-89, Editions Atlantides, Casablanca, 1953, Plon, Paris.

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