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  • Algérie : Pourquoi le populisme de rejet a-t-il pris?

    Nadia Abdat

    Voilà bientôt quatre mois depuis que les algériens manifestent pacifiquement des frustrations et des colères longtemps ravalées car étouffées par la très moderne gestion démocratique des foules, qu’ils réclament mordicus une véritable démocratie au lieu du multipartisme de carton qui a donné autant de clones d’un FLN du pouvoir chevillé au régime oligarchique et, qu’ils scandent aussi de nombreux slogans.

    De ces slogans, il en est qui relèvent d’un radicalisme certes catégorique mais sans conteste d’une indiscutable légitimité au regard des conséquences désastreuses pour les finances publiques, de l’incroyable dépravation des mœurs politiques de ces néo mameluks gavés dans le sérail et qui se sont vautrés depuis deux décennies au moins, dans d’ineffables affaires de corruption, asservissant comme jamais toutes les structures de gouvernance, aux forces insatiables de la prédation érigée en mode de captation de la rente.

    De plus, tous les indicateurs permettant de jauger l’état de l’économie signaleraient un collapsus imminent.

    Pas de quoi rassurer les citoyens alors que le pays tourne visiblement au ralenti. Un ralentissement qui affecte les secteurs importants comme le BTPH ou les hydrocarbures, et qui promet d’être durable selon de récurrentes analyses que rapportent de sérieux quotidiens.

    L’ONG transparency international qui a rangé l’Algérie à la 105 place dans son classement pour 2018 sur la perception de la corruption au sein du secteur public, réactualisera sûrement son prochain classement au vu de ce que charrie l’actualité judiciaire.

    Et, en attendant que l’on procédât à un éventuel arrêté des comptes de l’industrie de la prédation, la méfiance gagne toujours plus de terrain.
    Les purges qui commencent à s’abattre sur les milieux politico affairistes ne font que détériorer encore plus la perception qu’ont les citoyens de leur classe dirigeante.

    Et pour cause, cette dernière est largement éclaboussée par un déluge de scandales de malversations, de marchés générateurs de pots de vin et de rackets sur pièces administratives. Une enfilade de relations louches soudant le secteur formel à son pernicieux pendant, dans l’informel ainsi que des réseaux bien établis de complicités avec l’argent sale , de la base au sommet et ce, jusqu’au niveau local, sont mis au jour.

    Ce qui n’était que rumeurs et ébruitages de corridors, a laissé place à une opération de divulgation de grande envergure dont le ton a été donné l’été dernier au cours duquel, ont été diffusées en boucle sur les chaînes de télévision d’habitude taiseuses sur de tels sujets, des images d’importantes captures, laissant entrevoir de dangereuses liaisons avec le crime organisé international.

    Sur fond de déballages tous azimuts à l’heure des délations et des fuites ciblées, la défiance du peuple s’est également étendue aux relations de l’Algérie avec quelques traditionnels partenaires, soupçonnés d’avoir accordé d’amicales indulgences aux affairistes et aux politiques ayant confié aux banques amies d’outre-mer, leur astronomique butin ; ces capitaux frauduleusement exfiltrés du pays alors que les réserves de change, de ce dernier fondaient à vue d’œil.

    Le slogan ultra radical régulièrement ponctué par les marcheurs, qui traduit leur perception et qui exprime leur rejet viscéral de toute la classe politique et de tous les décisionnaires réside dans la formule du « Yatnahaw Ga3 » (arrachons-les tous)

    Ce slogan sur lequel risque d’achopper non seulement l’impératif dialogue, mais aussi le dénouement positif de la crise actuelle, devrait être sérieusement pris en compte par les politiques afin qu’ils en saisissent les tenants et les aboutissants.

    Approché de plus près, ce 22 Février 2019 marque une rupture dans l’histoire du pays post 1992, en même temps qu’il date deux épisodes politiques consécutifs et liés dont il faudra tirer les enseignements :

    **Le premier s’est soldé par le knock out au sommet du pouvoir, du clan lié à l’argent et à l’extérieur qu’un second clan à l’affut, a entrepris d’affaiblir encore plus et de façon ouverte en 2017 , dans une guerre hors normes, qui a atteint son point d’orgue, au cours de l’été 2018.

    **Le second, est relatif à l’effondrement des digues anti-émeutes populaires (dont celle qui assurait la paix sociale), tel un château de cartes, sur les structures anémiées d’un pouvoir miné et fragmenté dont se disputent les oripeaux seconds et sous fifres.

    Le peuple s’est alors « miraculeusement » et paisiblement coulé dans l’espace public déterminé à le libérer seulement lorsque le « dégagisme » aura lieu. Se défiant de la classe politique à laquelle il ne semble n’avoir jamais trouvé de vertu représentative, le peuple en appelle à l’armée (le pouvoir) afin qu’elle contribuât à faire sortir le pays autrement de la grave crise.

    Ce peuple qui s’estime sous-estimé et oublié, a surgi, là où on ne l’attendait pas, ou plus.
    La mémoire collective surgit à son tour et ressoude toutes les strates de la société vers un même objectif, la moralisation de la vie publique. Selon l’acception populaire : un accès égalitaire à la rente.

    Pour ces millions de marcheurs, il est nécessaire de revenir aux idéaux d’égalité incarnés aussi bien par l’Islam des compagnons que par l’esprit novembriste.

    Les griefs de la population

    Les politiques doivent entendre attentivement les griefs de la population à leur encontre.

    Ils doivent se rappeler à leur tour :

    -que des démocrates auto-proclamés se disant déçus que ce peuple n’ait pas été à la hauteur de leur ambition, ont déclaré qu’ils s’étaient trompés de peuple quand d’autres, désappointés par un peuple qu’ils estiment inculte, l’ont affublé du méprisant vocable de « ghachi ». Ce qui ne les a pas empêché de pointer aux assemblées pour les premiers ou de s’installer dans des maroquins pour les seconds.

    -que c’est avec acharnement qu’ont été ostracisés ces courants politiques taxés de libertaires, par ceux là mêmes qui bien qu’ayant remporté les législatives ont professé que la démocratie est « kofr », promettant de sceller sous leur imperium et à jamais, ces urnes provenant du monde impie.

    -que ces suffisants leaders des partis politiques de la défunte alliance pour la longévité de son excellentissime, proféraient avec morgue, insultes et menaces à l’encontre du petit peuple ingrat qui ne manifestait pas suffisamment de reconnaissance pour les enviables subventions maintenues hinc et nunc par celui qu’ils ont élevé au rang de messager de Dieu.

    -que ces partis politiques de l’opposition officielle qui pour conserver leurs strapontins, ont préféré négocier des quotas aux assemblées préférant l’entrisme et adoptant la posture des trois singes surtout lorsque le pouvoir et les alliés qu’il s’est créés ou choisis, faisaient passer comme des lettres à la poste, amendements tordus à la constitution et régimes dérogatoires de faveur pour la nomenklatura.

    -que les pseudo-indépendants politiques, constituent surtout une réserve de docilité afin de, maintenir, renforcer, ou défaire des équilibres au besoin.

    Les alertes ratées

    Les taux d’abstention et le recul du taux de participation aux différentes élections, constituaient pourtant un signal fort qui aurait du alerter les élites politiques.

    Ulcéré par l’arrogance et l’incompétence de ces mêmes politiques, le peuple refuse de se faire chaperonner par eux. Il s’est alors réfugié dans un populisme de rejet déployant l’étendard du « khaoua khaoua » à l’adresse des forces armées dont l’institution, incarne encore des valeurs à même de protéger le pays de la horde des politicards et des prédateurs embusqués aux frontières.

    Un peuple nourri aux populismes pendant de longues décennies ne peut que répondre par un populisme de rejet. Certes, ce populisme constitue une saine réaction de défense du corps social agressé par l’affairisme de la classe politique, mais il ne peut tenir lieu de solution politique.

    Ce qui est néanmoins le plus à craindre, c’est la faillite des politiques laquelle ne laisserait d’autres voies, qu’une dictature personnifiée ou la somalisation.

    Nadia Abdat

    Le Jeune Indépendant

    Tags : Algérie, armée, Hirak, consitution, dialogue, contestation,

  • «Les partis de l’opposition sont défaillants puisqu’ils n’arrivent pas à s’entendre sur une plateforme commune» (politologue)

    Mohamed Hennad, politologue : «Les partis de l’opposition sont défaillants puisqu’ils n’arrivent pas à s’entendre sur une plateforme commune»

    Reporters : Les initiatives de sortie de crise par le dialogue des partis politiques, tous courants confondus, ainsi que celles de la société civile se multiplient. Est-ce une bonne chose d’avoir une multitude de propositions ?
    Mohamed Hennad : Est-ce une bonne chose ? Oui et non ! Oui, parce que cela signifie que les forces politiques et sociales sont à pied d’œuvre pour essayer de contribuer à la résolution de la crise au lieu de se complaire dans leur passivité coutumière, même relative.

    Non, parce que cela signifie que lesdites forces n’ont pas encore pris conscience de la spécificité du moment historique, à savoir la nécessité de s’entendre sur une plateforme commune pour sortir le pays de la crise politique laquelle a déjà trop duré. Qui plus est, si la crise se prolongeait, ces forces se disperseraient encore plus, pour le bonheur du Pouvoir !

    Les partis qui proposent des solutions de sortie de crise mettent des préalables pour aller au dialogue parmi lesquels «l’instauration d’un climat d’apaisement qui passe, entre autres, par la libération des détenus d’opinion. Jusqu’à l’heure, il n’y a même pas un début de concrétisation de cet important préalable. A votre avis, cet état de fait est-il de nature à décourager même ceux qui croient au dialogue et qui veulent y aller ?

    Tout cela est classique : à chaque fois qu’il y a crise politique il y a un problème de confiance qui se pose pour l’opposition à l’égard du Pouvoir. Et Dieu sait combien cette confiance nous fait défaut ! Dans l’état présent des choses, les forces politiques et sociales ont besoin de préalables pour tester la bonne foi du Pouvoir et espérer aller de l’avant avec lui.

    Parmi ces préalables qui reviennent souvent, il y a, effectivement, ceux relatifs à l’installation d’un climat d’apaisement et la libération des prisonniers politiques. Mais pas seulement, puisqu’il s’agit aussi d’ouvrir le champ politique et de ne pas arrêter les citoyens pour leurs opinions. Mais pour le moment, les tenants du pouvoir semblent faire la sourde oreille ; ce qui est de nature à ne pas favoriser un climat de dialogue que tout le monde semble appeler de ses vœux.

    Parmi les autres préalables, les deux blocs des partis de l’opposition, que ce soit les «Forces de l’alternative démocratique» ou les «Forces du changement» mettent en avant le départ du gouvernement Bedoui ainsi que le départ de tous les symboles du système décrié. Dans le cas où les choses restent telles qu’elles sont, cela pourrait-il entraver l’option du dialogue ?

    Après trois mois d’intérim, les choses restent en l’état. Le Pouvoir continue à parler de dialogue avec les mêmes termes, sans tenir compte du problème de confiance qui se pose entre lui et les forces politiques et sociales du pays.
    Pour l’opposition, il faut se refuser à un jeu perdu d’avance puisqu’il se fait avec des forces qui refusent qu’il y ait des règles à ce jeu ! Aussi, le remplacement du gouvernement Bédoui par un autre composé de personnalités consensuelles devrait constituer un préalable non négociable.

    Mais, ceci dit, les deux blocs de l’opposition demeurent, pour le moment, défaillants puisqu’ils n’arrivent toujours pas à s’entendre sur une plateforme commune dont ils peuvent se prévaloir devant un pouvoir et lui faire comprendre que ce n’est plus possible de continuer comme à l’accoutumée.

    Lors de la dernière rencontre du Chef de l’Etat avec son Premier ministre, il a été procédé à «l’examen des mesures que l’Etat envisage de prendre en vue d’accompagner le processus de dialogue inclusif (…)», selon un communiqué de la présidence de la République. L’Etat ne semble pas prêt pour le dialogue puisqu’il «envisage» de prendre des mesures «en vue de…», ce qui veut dire que rien de concret n’a été fait. Est-ce normal que l’Etat qui prône le dialogue n’ait pas encore pris des mesures concrètes alors que les partis semblent plus actifs ?

    En l’occurrence, je préfère parler plutôt de Pouvoir que d’Etat. L’échange dont on nous a fait part entre un « Chef d’Etat » – dont l’intérim est arrivé à terme – et un Premier ministre fortement contesté a été, comme d’habitude, dans le plus pur style de la langue de bois.

    La rencontre démontre l’obstination du Pouvoir, lequel veut, apparemment, un dialogue sans préalable, c’est-à-dire non régi par des règles mutuellement acceptées, parce qu’il tient à en être le seul maître. Qui plus est, il donne l’impression qu’il navigue à vue soit parce qu’il est à court d’idées et acculé soit parce qu’il mise sur le pourrissement de la situation afin d’imposer, pour survivre, une sortie de crise à sa manière.

    Tags : Algérie, dialogue, partis politiques, armée, constitution,

  • Algérie : Le rond-point

    par El Yazid Dib

    L’on ne tourne pas en rond pour rien. L’on cherche l’issue, le bon chemin, la bonne destination. Cependant les indications sont nombreuses, le plus souvent pernicieuses. Chacun exhibe sa carte, sa propre géographie. Sa feuille de route. Et si l’on remettait tout ça à une consultation générale ?

    Tous au nom de la liberté disent des choses au moment où les autres au nom de cette même liberté disent le contraire. L’on se réunit là pour vilipender ceux qui se réunissent ailleurs. Le ridicule c’est que ce beau monde ne cache pas son ardeur déclarative d’aimer son prochain, de respecter son avis tout en lui déniant le droit de dire ce qui lui parait bienveillant. En fait la pensée unique rode toujours dans la tête de ceux qui vantent les vertus de la démocratie.

    Ces derniers temps, à la faveur d’un mouvement, d’un hirak ou d’une révolution, c’est selon ; plusieurs manifestations au non d’une liberté d’expression, de comportement ou d’être ont été brandies. Du politique à ce qui s’apparente à l’identitaire, de la centralité des revendications à la disparition de tous ; tout est exposé le vendredi. Rien ne semble pour autant réussir à réunir un semblant de consensus ou sur une personne ou sur une démarche. Dans la mouvance il y a du pêle-mêle. Personne n’est bon, digne et représentatif. Ceux qui furent dans l’opposition façadière durant l’ère maintenant maudite, ceux qui viennent d’embarquer ou ceux que l’on extirpe des annales de l’histoire, aucun n’arrive à créer autour de lui un soupçon d’authenticité. Loin cependant de penser générer une unanimité qui reste d’ailleurs antinomique et chimérique. Pourtant l’on doit bien, un jour ou l’autre avoir un président de la république, un gouvernement, des walis, des députés et bien d’autres cadres.

    Les bousculades dans l’événement forcent la création de conviction du pour ou du contre. Les positions des uns et des autres peuvent certes exprimer dans leur diversité une bonne santé de l’état des lieux et d’esprit. Les tenants de telle ou telle position, réflexion, approche, démarche, projection ne laissent nulle tolérance pour pouvoir arriver à un minima consensuel. Ils se chamaillent, ils se tordent le cou, ils sont loin des méninges profondes de cette Algérie aussi profonde que ses crises. A l’une d’elles viennent s’ajouter les humeurs et les recentrages, les racolages et les enrôlements. L’on sent que tout le monde, des créateurs d’avis aux procréateurs de décisions ; sont semble-t-il sommés de s’introduire dans l’une ou l’autre opinion. Alors que dans le principe, l’heure reste à se réinscrire davantage dans cet amour national perdu et qui s’évapore au sein des luttes précaires lesquelles auront un jour ou l’autre une place à l’ombre de l’histoire. A l’instar des péripéties subies dans la chair de ceux tous disparus qui, victimes ou bourreaux, les ont allaitées.

    L’hémorragie des scandales et affaires de détournement, de corruption, d’enrichissement illégal et autres griefs malheureux qui se débitent n’arrange que les diagnostics maladifs et hostiles à une guérison terminale. Le pays est en pleine convulsion. Si la nation est malade, son corps social traumatisé, ses coffres vidés, ses poches troués c’est que les soubresauts cycliques qui secouent toute la maison n’ont pu trouver la légendaire contre-attaque d’un peuple ayant vu le pire. Certains sont en prison et pas des moindres, ce sont ceux qui nous ont longtemps gouvernés, d’autres courent toujours. L’essentiel est déjà dans l’installation de ce principe d’absence de l’impunité. Tout un chacun demeure justiciable. La justice doit fonctionner en fonction de la loi et non d’une conjoncture. Loin de satisfaire une opinion avide de justice, elle doit satisfaire l’exigence légale.

    Si la bonne rétribution par la grâce d’un baril pétrolier mis à contribution savait faire boucher les luettes et clouer les becs ; la sécheresse économique qui se pointe n’irait qu’en tarissant le confort et la quiétude de tous les indices. Que ceux qui manient les volants, tentent de tracer la bonne feuille route, de choisir le meilleur chemin, d’éviter les péages et les pannes onéreuses et d’aimer surtout dans leur conduite les passagers à bord en les rassurant de la bonne destination. Ne pas parler au chauffeur, ne pas gêner la circulation, préparer sa monnaie en la vérifiant, oblitérer son ticket, laisser la place aux sièges à priorité n’est-ce pas là des règles du voyager-ensemble ? Sauf qu’à son tour le staff conducteur demeure autant tenu par la rigueur et le respect du contrat de transport. Entre une transition et une élection ; la voie est toute indiquée. Le pays se suffit déjà à ses peines, évitons lui l’aventurisme et les longs tunnels. Il est vrai que l’on ne peut refaire un lifting systémique sans faire passer toutes les pièces usagées dans le broyeur de l’histoire. Et lorsque le mal est si profond, comme il l’est ; la seule issue reste la rupture totale. Pas de renouvellement, juste le tout nouveau. Difficile équation opératoire, mais…

    L’Algérie est un pays que se partage tout le peuple. Les clans naissent de l’accumulation des enjeux et se disloquent de la disparition des intérêts réciproques. Ils crèchent là où la concurrence est prise pour rivalité et le brio pour une escroquerie. Un ministre quel que soit son verbe, reste une institution, un investisseur reste un créateur de richesse quelle que soit sa fortune. Ainsi le verbe infinitif ou incisif peut, sans la vouloir exciter une conflagration. Pourvu que ce ministre ou le gouvernement à qui il appartient ne soit pas illégitime, honni et blackboulé. Tel en est le cas.

    Lorsque le peuple voulait son indépendance, il l’a eue. Lorsqu’il persiste à vouloir sa liberté, il tergiverse et lui fait-on prendre la sécurité comme une antinomie. La liberté est indissociable de la sécurité. Les deux sont des produits sociaux très chers qu’il faudrait chérir davantage. Penser à sauvegarder des libertés individuelles et collectives dans un pays où il était interdit de penser à contre-courant du pouvoir est en soi un combat continuel. Au souvenir frustrant qu’en ces temps là, la liberté se confinait exclusivement dans un pack d’importation ou s’assimilait à un produit impérialiste. Ayant dépassé les premiers balbutiements libertaires, la passion de les accentuer s’est aiguisée au fur et à mesure de l’évolution de la lutte pour le pouvoir. La liberté de ce jour ne peut se limiter à une simple expression sans écho. Elle est multiple et plurielle. En quoi une banderole, un slogan, un sit-in puisse-t-il embarrasser des niveaux supérieurs ? Sauf si cela touche les fondements de la nation, tente de briser l’unité nationale ou menace la sécurité territoriale. La loi doit être aussi juste que forte.

    La consécration des libertés est une entité totale. L’exclusion, l’exil forcé ou le refuge politique ne doivent pas s’élever comme ritournelle à une opposition en mal d’ancrage sociétal. L’on n’a jamais vu un français ou un américain affichant nettement son opposition au pouvoir agir à partir d’un Etat étranger. Il le fait de chez lui, avec les siens et sans « la main étrangère ». Tant que l’on a des « opposants » ou des détenteurs d’avis contraires installés ailleurs car interdits de séjour chez eux ; l’on est loin de la liberté d’opinion et de ses connexes expressions. Cependant certains aigris, à contre courant de l’évolution des choses s’empressent à tirer sur tout ce qui bouge. Rien ne leur plait, rien n’arrive à se situer dans leur fil de raisonnement. Bouteflika n’était pas bon, ceux qui lui sont contre le sont aussi. C’est une pathologie chronique de ne rien positiver. L’envers de l’envers.

    Renforcer la liberté est un attribut d’un Etat fort qui ne craint pas de sévir là où celle-ci est menacée. La rétrécir par contre, en avoir la trouille à fleur de peau ou en être frétillant ne sera qu’une résistance précaire face à un besoin instinctif et biologique. Car l’histoire qui devra se faire aura à retenir ce rétrécissement comme une honte à dégueuler le jour du bris de chaines. Que de pans historiques dans l’évolution des pays n’aient pas eu à rougir de certains hommes ayant pour raison de survie escamoter les libertés populaires. Laisser-faire dans la règle, laisser-dire dans l’éthique, canaliser le tout dans un contrat social agrée est loin des actions tendant à gadgétiser la démocratie par des libertés à menu fretin.

    Il ne peut y avoir de liberté lorsque la liberté des autres est menacée. Ni encore quand les fondements de la nation sont mis à défi où des entêtements sont pris pour une liberté d’expression. Les guerres d’appartenance à telle ethnie, langue, région ne peuvent donner lieu à des espacements de respect ou d’acceptation. L’Algérie est une, indivisible, diversement multiple. Y a-t-il un problème ? Dépeçons-le et prenons la bonne voie. Celle des urnes.

    Le Quotidien d’Oran

    Tags : Algérie, dialogue, Hirak, révolution, transition, armée,

  • Algérie : Mises en garde

    Le discours tenu par Ahmed Gaïd Salah hier au Cercle national de l’Armée à Beni-Messous se veut une réaffirmation de la feuille de route des autorités.
    Son soutien à l’approche présentée récemment par le chef de l’Etat a été au rendez-vous.

    Il a néanmoins haussé le ton contre les «supplétifs et les inféodés de la bande» qui mènent « des campagnes aux objectifs bien connus, pour remettre en cause toute action qu’entreprend l’institution militaire ».
    Des mises en garde ont été proclamées aussi à l’adresse des « cercles hostiles à l’Algérie » tout en spécifiant que «réclamer un Etat civil et non militaire» est un slogan mensonger.

    Il justifie d’ailleurs la position de celle qui fut une grande muette par la remise en cause de toute action qu’elle entreprend en actionnant une jeunesse désorientée. Les porteurs de drapeaux autres que l’emblème national sont aussi pointés du doigt, et « ont failli envers le peuple et la patrie ».

    Gaïd Salah ne manquera pas aussi de dénoncer, encore une fois, « la bande » et exprimera tout son soutien à la justice, et qualifiera la corruption généralisée comme une autre forme de colonialisme.

    Droit dans ses bottes, Gaïd Salah ne change pas de cap maintenant la voie de la présidentielle dans les plus brefs délais pour rester dans l’option constitutionnelle maintes fois défondue par les autorités.

    Par ailleurs, il est loisible de constater que les préalables posés avant toute amorce de dialogue, comme la libération des détenus politiques et les porteurs de l’emblème amazigh, aussi bien par l’ensemble de la classe politique tout courant confendu n’ont pas été évoqués dans le discours du vice-ministre de la Défense.

    « L’intérêt suprême de la patrie » nécessite « la fédération des efforts de tous les hommes de bonne volonté parmi les enfants de l’Algérie… afin de préparer la manière effective et sérieuse de la tenue des prochaines élections présidentielles », soulignera Gaïd Salah sans ambages, et surtout en adressant des messages non voilés « aux cercles hostiles à l’Algérie ».

    En définitive, l’option du pouvoir est toujours de vigueur, selon laquelle il n’y aura pas de période de transition, mais des élections présidentielles, avec la précision que l’Armée ne peut « rester à l’écart » des décisions qui engagent l’avenir de la nation.

    Reporters, 11 jui 2019

    Tags : Algérie, transition, armée, Gaïd Salah, dialogue,

  • La Turquie utilisera les systèmes S-400 en cas d’attaque – Erdogan

    Le président turc a réitéré les projets d’Ankara concernant la production en commun des systèmes S-400

    ANKARA, 10 juillet. / TASS /. La Turquie envisage d’utiliser les systèmes de missiles S-400 fabriqués en Russie si le pays est attaqué, a déclaré le président turc Recep Tayyip Erdogan à son retour de Bosnie-Herzégovine.

    « Certains se demandent pourquoi nous achetons [les systèmes S-400] et faisons un tel investissement. Si le besoin s’en fait sentir, nous aurons le droit de les utiliser. Si quelqu’un nous attaque, nous utiliserons ces systèmes de défense antiaérienne. C’est pourquoi nous faisons un tel investissement « , a déclaré Erdogan, cité par le journal Hurriyet.

    Erdogan a réitéré les plans d’Ankara concernant la production en commun des systèmes S-400. « En ce qui concerne la production en commun, nous n’avons aucun problème avec la Russie. Au tout début de nos discussions avec le président Poutine, nous sommes parvenus à un accord à ce sujet. J’espère que nous lancerons une production en commun, il n’ya pas de problèmes en ce moment. » Cependant, ceux qui veulent que nous abandonnions l’achat du S-400 continuent de faire des spéculations « , a souligné le président turc.

    Dans le même temps, le porte-parole du président russe, Dmitry Peskov, a déclaré le 29 juin que le contrat pour la livraison des systèmes S-400 à la Turquie prévoyait un transfert partiel de technologie.

    Le marché des S-400

    Les premières nouvelles concernant les pourparlers russo-turcs sur la livraison des systèmes S-400 ont eu lieu en novembre 2016. En septembre 2017, Erdogan a annoncé qu’Ankara avait signé un contrat avec Moscou pour l’achat des systèmes S-400 et effectué un paiement anticipé. Le ministre turc de la Défense, Hulusi Akar, a déclaré plus tard qu’Ankara commencerait le déploiement des systèmes S-400 en octobre 2019. Sergueï Chemezov, de la société d’État russe Rostec, a déclaré en décembre 2017 que l’accord valait 2,5 milliards de dollars.

    Pendant ce temps, les États-Unis continuent leurs tentatives d’empêcher la Turquie d’acheter les systèmes de missiles russes. Washington a déclaré qu’il exclurait Ankara du programme des F-35 si la Turquie achetait les systèmes S-400.

    Le S-400 Triumf (nom de l’OTAN: SA-21 Growler) est le système de missile anti-aérien à longue portée le plus avancé mis en service en 2007. Il est conçu pour détruire les missiles d’avions, de croisière et balistiques, y compris ceux de portée moyenne, et peut également être utilisé contre des objectifs au sol. Le système S-400 peut engager des cibles à une distance de 400 km et à une altitude allant jusqu’à 35 km.

    Source : TASS

    Tags : S-400, missiles, défense, armée, Turquie, Tayip Erdogan, Russie, OTAN,

  • Algérie: MIEUX VAUT PRÉVENIR…

    » D’une part, la justice est supposée être totalement indépendante. Notamment, depuis le déclenchement du hirak, et le lancement de cette campagne tous azimuts contre la corruption « .

    Par Mohamed Abdoun :

    La menace salafiste, qui est loin d’être une simple vue de l’esprit, existe bel bien. Elle n’a, du reste, jamais été aussi présente, ni aussi imminente. En témoigne par exemple, la menace dont a été victime djelloul Hadjimi, le secrétaire général de la coordination des imams qui, pourtant, est lui-même loin d’être un enfant de choeur.

    Ce dernier, en effet, aurait été empêché par un groupe d’intégriste d’entrer au sein de la mosquée où il avait pour habitude d’officier tous les vendredis. Dans une déclaration adressée à la presse, le dénommé Hadjimi pointe du doigt les salafistes qu’il désigne par « une minorité ayant ses propres référents doctrinaires et idéologiques ».

    Tirant la sonnette d’alarme, ce porteparole des imams affirme que « tout le monde est responsable de cette dérive dangereuse », en rappelant toutes les mises en garde déjà adressées à la tutelle au sujet de la multiplication des actes d’agression ciblant les fonctionnaires des Affaires religieuses et des Wakfs.

    Dans le même sillage, Djeloul Hadjimi prévient contre « une mauvaise exploitation du hirak et ses effets pervers », allusion à la montée des extrémistes. Le signataire de la déclaration estime par ailleurs que le fait de « se taire face à une telle conduite est une dérive intolérable et une voie ouverte à la fitna (…) qui plongera le pays dans une spirale fatale et dont les conséquences ne peuvent être que néfastes ».

    Il n’est pas exclu, en revanche, qu’il s’agisse là d’une grossière manipulation de la part de ce personnage, lui-même peu fréquentable. Ce dernier, en effet, a mis à profit cet incident -dont l’authenticité reste à prouver- pour lancer un bien curieux appel à l’ANP, dans lequel il lui demande » de venir à leur secours et d’actionner la justice contre l’agresseur ». Il est évident que ce genre d’activités ne relèvent absolument pas des prérogatives de l’ANP.

    D’une part, la justice est supposée être totalement indépendante. Notamment, depuis le déclenchement du hirak, et le lancement de cette campagne tous azimuts contre la corruption. Demander à l’ANP d’actionner la justice serait dès lors une manière sournoise de suggérer que cette derrière serait à la botte où à la solde de l’institution militaire.

    Il aurait été tellement plus simple, plus sain, et plus conforme aux lois de la République, pour ce personnage sulfureux d’introduire lui-même une action en justice, s’il avait été véritablement agressé et empêché de se livrer à son traditionnel prêche du vendredi. Il en va de même pour ce curieux et sournois appel au secours. Il n’est pas non plus dans les prérogatives de l’ANP de voler au secours d’un citoyen agressé, quel qu’il soit, puisque cela relève du rôle traditionnel de la police et de la gendarmerie.

    L’ANP, elle, veille à préserver l’intégrité et la souveraineté territoriales, tout en luttant contre le terrorisme. Or, si ces salafistes représentent en effet un danger pour le pays, ses lois et pour la République, ils ne sont quand même pas terroristes tant qu’ils ne commettent pas d’actes de violence qualifié, ni n’adhèrent pas à un groupe criminel activant dans le pays ou ailleurs. C’est dire que la sortie de Hadjimi, loin d’être innocente, donne l’air de chercher à impliquer l’ANP dans ces affaires qui ne sont pas le siennes. Il pourrait même s’agir ici d’une façon machiavélique de la disqualifier, après coup, afin d’ouvrir la voie toute grande aux salafistes, intégristes et terroristes de tous poils. Prudence…

    M. A.

    La Tribune des Lecteurs, 6 jui 2019

    Tags : Algérie, dialogue, hirak, armée, Gaïd Salah,

  • Forum national: Un début de dialogue, des vieux reflexes et des réserves

    par Ghania Oukazi

    «C’est une véritable opération d’accaparement de ce que nous avons fait», s’est exclamé hier un politologue face à ses confrères universitaires qui se considèrent «issus de la société civile».

    Par «accaparement», le politologue visait les tentatives de chefs de partis politiques de l’opposition présents hier au forum ou certains représentants de ceux qui se sont abstenus de se déplacer à l’Ecole supérieure de l’hôtellerie et restauration d’Alger (ESHRA) située à Aïn Benian de se positionner en «avant-garde» de l’initiative politique.

    Les organisateurs attendaient près de 700 invités, «il y en a 900, on peut renvoyer des personnalités qui sont venues à la dernière minute, il y a aussi certains chefs de partis politiques qui avaient décliné l’invitation mais ils sont venus quand même ou ont envoyé leurs élus nationaux ou locaux», nous renseigne un des organisateurs.

    Parmi les présents, l’on compte près de 13 partis politiques en comptant avec ceux qui se sont coalisés pour constituer «les forces du changement», 6 groupements d’associations et de syndicats autonomes et un nombre important de représentants de la société civile (corporations comprises). Abdallah Djaballah, Ali Benflis, Sofiane Djilali, Abderrezak Makri, Mohand Saïd, Tahar Benbaïbèche, Abdelkader Merbah, Guemazi, Boukhemkhem étaient présents hier dans cette rencontre qui se voulait selon la plupart des participants «novembria-Benbadissia».

    Coordonné par Abdelaziz Rahabi, le forum est présenté comme étant «la première réunion officielle entre la société civile et les partis politiques de l’opposition». Les représentants du courant «démocratique» comme le RCD et le FFS étaient absents. Deux du PT étaient arrivés pratiquement à la fin des travaux de la matinée. L’assistance était fortement marquée par les courants «nationaliste, islamiste et conservateur».

    Pour avoir évolué au sein des arcanes du pouvoir, de nombreux participants sont connus pour appartenir à des officines, à des clans ou des chapelles. «Il y a à l’intérieur de la salle des hommes qui de Bouteflika, ou de Gaïd Salah, de Toufik, ou alors de Betchine, ils ont invité des associations qui étaient pour le 5ème mandat jusqu’à la dernière minute », disait un politique avec un large sourire. «Dans toutes les réunions, on était 71 représentants de la société civile, aujourd’hui, on ne peut plus les compter tellement ils sont nombreux, d’où les ont-ils sortis ?», interroge un autre des organisateurs.

    Les vieux réflexes du pouvoir

    Hier, le pouvoir passé et présent était représenté dans ses moindres démembrements. «On a travaillé pour que l’intérêt commun soit mis au-dessus de tout marchandage, on s’est retrouvé face à des manœuvres pour positionner l’intérêt personnel, il y a un manque flagrant de sincérité», soutiennent les universitaires. «C’est une véritable guerre de positionnement», affirment d’autres membres de la société civile.

    Les vieux réflexes du pouvoir n’ont pas manqué. Des discours langue de bois, en prose, en rimes… La voix très élevée, les certitudes, parfois l’arrogance et autres la suffisance et les références inutiles, tout était pour les reproduire. Ceci pour l’ambiance qui a été marquée, avant les travaux, par des bousculades pour qui s’assied au premier rang…

    Les organisateurs relèvent que «le dernier discours de Bensalah reprend pratiquement tous les points essentiels de notre plate-forme, on n’est pas contre mais celui de trop dans ce discours c’est de vouloir faire participer tout le monde au dialogue national, sans exclusion aucune, cela veut dire tous les partis du pouvoir, ce n’est pas normal». Partis que l’on accuse d’avoir participé à «la déchéance du pays, il vaut mieux les dissoudre», pensent nos interlocuteurs. Des représentants de la société civile veulent que «même les partis d’opposition soient dissous, ils sont tous faux». La plate-forme dont il est question justifie la tenue de l’événement d’hier par l’importance de la crise et ses dimensions «politique, économique, sociale et d’éthique».

    Les participants devaient s’engager à respecter un certain nombre de principes entre autres «l’article 7 et 8 de la Constitution, le message du 1er novembre, de considérer les élections libres et crédibles comme seul moyen de prétendre au pouvoir(…), respect des libertés, multipartisme(…), liberté de la presse publique et privée, la solution à la crise dans le cadre constitutionnel qui associe les obligations de la Constitution et la solution politique(…), l’armée en tant qu’institution constitutionnelle dont les missions permanentes sont la préservation de l’indépendance du pays et la protection de la souveraineté nationale, l’unité du pays(…), rejet de toute intervention étrangère(…)».

    Un dialogue et des élections en point de mire

    La mise en place de «mesures et mécanismes» pour en premier instaurer la confiance et les conditions du dialogue, entre autres valoriser le mouvement populaire et reconnaître la légitimité de ses revendications, départ des symboles du système politique, l’ouverture du champ politique, l’engagement de protéger les marches et les manifestations populaires, respect d’une justice équitable, des libertés individuelles et collectives, de la liberté d’expression(…). La plate-forme considère le dialogue comme étant «une nécessité(…), pour un consensus autour des mécanismes et mesures à mettre en place pour l’organisation des élections présidentielles». Ses concepteurs partagent l’idée de Bensalah de le faire organiser et diriger par des personnalités nationales honnêtes et crédibles(…). Parmi les critères de participation au dialogue, «n’avoir pas soutenu le 5ème mandat, ni être concerné par les crimes économiques, n’être pas une figure du pouvoir politique corrompu». Il est retenu la création d’une instance de surveillance des élections présidentielles ainsi que l’ensemble de ses missions, sa composante, son indépendance, son organisation.

    Avant l’organisation des élections présidentielles qu’ils veulent dans «une période n’excédant pas les 6 mois», les animateurs du forum exigent «le départ des symboles du régime». Dernier point de la plate-forme «l’institution militaire doit aider à la résolution de la crise et au changement démocratique et ce en respectant la volonté populaire(…)».

    Ali Benflis a affirmé dans son intervention que «la crise qui fait face à une impasse politico-constitutionnelle (…) qui ne peut être surmontée que par un dialogue national serein, crédible et confiant». Il approuve le fait que le dernier discours de Bensalah a «fait bouger des lignes(…).» Makri approuve «l’importance du dialogue» mais le conditionne par «le rejet des luttes idéologiques et régionalistes».

    «Ne parlez pas au nom des jeunes»

    Mais il précise que «cela ne nous rassure pas tant qu’il n’y aura pas à la tête de l’Etat durant la période de la tenue des élections, une personnalité forte, crédible, indépendante(…).»

    Des intervenants ont appelé à la libération immédiate des détenus d’opinion, de Bouragaa et des jeunes du mouvement populaire. C’est le cas entre autres de Sofiane Djilali qui conditionne «des discussions sur un ordre du jour autour du changement du gouvernement actuel», «la négociation sur la nature, les pouvoirs et la composante de la future autorité d’organisation des élections et les amendements des lois les régissant, l’ouverture des médias publics et privés, la date des prochaines élections».

    Abdallah Djaballah discourra surtout sur «l’impératif maintien du hirak, le respect des droits du peuple, de la justice(…).»

    Au milieu de ces joutes oratoires, un jeune arrache le micro et lance à l’assistance «je suis jeune et je dirige une association, ne parlez pas en notre nom, ce sont les jeunes qui doivent être là, vous aussi vous devez le passer aux jeunes(…).»

    Avant de lever la séance du matin, Rahabi a tenu à préciser que «pour faire taire la polémique, le forum est financé par les organisateurs entre société civile, partis politiques et personnalités, il a coûté 160 millions de centimes». L’on nous précise du côté des organisateurs que «les partis politiques ont participé à hauteur de 10 millions, les groupements socioprofessionnels avec 5 millions et certaines personnalités (universitaires) ont donné 2 millions de leur poche».

    Le forum a dans l’après-midi d’hier ouvert le débat autour de l’ensemble des points exposés. Rahabi devait clôturer les travaux par un communiqué final.

    Le Quotidien d’Oran

    Tags : Algérie, transition, dialogue, armée, Hirak,

  • Maroc: Une Armée marginalisée et inefficace (Wikileaks)

    Le Département d’État pense que le roi considère toujours les militaires constituent toujours la principale menace pour son trône

    Les Forces Armées Marocaines « sont toujours éclaboussées par la corruption, l’inefficience bureaucratique, leur bas niveau d’éducation, certains de leur soldats courent le risque de tomber dans le radicalisme, elles sont politiquement marginalisées et le gros de leurs effectifs sont déployés au Sahara Occidental ». « Elles se modernisent mais elles continuent à être lestées par de vieux problèmes ». L’ambassadeur des États Unis au Maroc, Thomas Riley, a élaboré, en août 2008, un rapport exhaustif et confidentiel de neuf feuillets sur l’armée marocaine avec l’aide des attachés de défense et de sécurité. C’est une véritable radiographie des Forces Armées Royales aujourd’hui encore très mal connues.

    Les effectifs des trois armées s’élèvent à 218.000 hommes -10.000 de moins que ceux qui sont sous les drapeaux en Espagne- dont la moitié, voire même 70%, se trouvent au Sahara. Seules 40% de ces unités déployées dans cette ancienne colonie espagnole, un pourcentage assez bas, sont réellement opérationnelles. Les jeunes qui s’enrôlent comme soldats touchent 2.000 dirhams par mois (180 euros) et les officiers en début de carrière 6.000 dirhams (540 euros). A cela il faut ajouter un logement de fonction ce qui les place « dans une situation relativement confortable dans le contexte marocain ».

    Auteurs de deux coups d’État malheureux au début des années soixante dix, les militaires marocains sont encore étroitement surveillés. « Nous pensons que la monarchie estime toujours qu’ils représentent la plus grande menace pour la couronne ». « Les officiers continuent à être écartés de la prise de décisions politiques et même leur participation à des débats sur la force militaire du Maroc est restreinte ». Leurs relations avec les officiers des armées étrangères, y compris les attachés militaires américains, son aussi réduites. Du coup la qualité de l’information sur les Forces Armées Royales laisse à désirer.

    L’approbation du roi

    Ce manque de confiance royal à pour conséquence « qu’il n’y a pas de mouvements de troupes, de man½uvres ni de voyages officiels, à l’intérieur ni à l’extérieur du pays, sans l’approbation du roi ». Au Maroc il n’y a pas de Ministère de la Défense mais une petite administration civile, qui dépend du premier ministre, dont le rôle est de contrôler la gestion. Le Ministère des Affaires Étrangères s’occupe, quant à lui, de la participation marocaine dans des opérations de maintien de la paix. « Toutes les autres questions en rapport avec la défense se décident au palais royal », précise Riley.

    L’ambassadeur est cependant de l’avis que « certains symptômes montrent que la confiance du roi dans les Forces Armées s’accroît ». Pour preuve « la hausse significative des dépenses militaires » avec, par exemple, l’achat de 24 chasseurs bombardiers américains F-16. « Récemment le roi a autorisé les vols militaires au nord de Ben Guérir [la plus grande base militaire marocaine à 200 kilomètres au sud de Rabat], ce qui n’était pas permis jusqu’à présent car le souverain souhaitait que les militaires restent éloignés du palais de Rabat ».

    Le principal défi auquel doivent faire face les Forces Armées c’est la corruption, d’après Riley. Elle touche surtout les niveaux supérieurs de la hiérarchie militaire. Elle a une origine historique car, après les deux coups d’État frustrés, Hassan II déclara aux militaires : « Soyez loyaux et vous pourrez en tirer profit ». « Des rapports dignes de foi signalent que le lieutenant général Benanni tire justement profit de son poste de commandant en chef du secteur sud ». Il en tire « des revenus des contrats militaires et exerce son influence sur les décisions du monde des affaires ». « Une rumeur très répandue veut qu’il soit le propriétaire d’une bonne partie des pêcheries au Sahara Occidental ». « Comme d’autres officiers vétérans Benanni possède une fastueuse résidence familiale qui fut probablement construite avec l’argent recouvré des pots de vin ».

    Pénétration islamiste dans les armées

    « Une position de leader dans une région est, pour la hiérarchie militaire, une source importante de revenus non légaux », affirme l’ambassadeur. « Il y a même des rapports sur les élèves de l’académie militaire marocaine qui soudoient pour améliorer leur classement scolaire et obtenir ainsi [à leur sortie d’école] des postes militaires lucratifs ». « Des postes de commandement dans le secteur sud, c’est-à-dire au Sahara Occidental, sont considérés parmi les plus lucratif étant donnée la concentration, là bas, de l’activité militaire (…) ». « Le Gouvernement du Maroc semble chercher des formules pour freiner la corruption dans les rangs des militaires en formation, en commençant par les colonels et jusqu’au bas de la hiérarchie ».

    Un problème mineur, comparé à la corruption, est la pénétration islamiste dans les armées. Certaines informations « suggèrent qu’un petit nombre de soldats sont susceptibles de tomber dans l’islamisme radical ». Après les attentats de 2003 à Casablanca, qui firent 45 morts, les enquêteurs « ont identifié des militaires » faisant partie de la conspiration. Plus tard la police arrêta « plusieurs militaires et gendarmes faisant partie d’autres cellules terroristes dont l’une vola des armes dans une base (…) ».

    Parmi les mesures préventives prises pour empêcher la propagation de l’islamisme radical dans l’armée figurent « l’élimination des mosquées dans toutes les casernes (…) et le déploiement de la contre intelligence militaire, appelée le Cinquième Bureau, avec ses agents secrets pour surveiller les activités radicales dans les mosquées » proches des bases militaires.

    Source : El País, 2 déc 2010

    Tags: Maroc, armée, Mohammed VI, corruption, islamisme, radicalisme,

  • Faut-il faire partir le chef d’état-major ?

    À mesure que les langues se délient, que la trame du projet de « consultation » nationale, initié sous la houlette de l’ex. DRS Toufik, précise ses contours, il est une évidence que le maintien du système Bouteflika avait tout l’air d’être promu à de beaux jours, après que l’option du cinquième mandat eut été rejetée globalement et dans le détail par le « Hirak ».

    C’est, du moins, le sentiment des instigateurs du projet de la 2ème République et de leur fan-club, croyant naïvement qu’il s’agissait là d’une simple opération technique comme dans le bon vieux temps lorsque les lois de la République étaient éludées, la Constitution ignorée et bafouée juste pour satisfaire le canevas du statu quo et assurer ainsi, la survie et les affaires du Clan.

    Partant d’hypothèses pour le moins erronées ne prenant pas en ligne de compte, notamment, l’instabilité de la contestation de la rue et sa versatilité au gré de l’évolution du « combat pour la liberté », et négligeant de façon ostentatoire le rôle de l’ANP dans pareille situation, les concepteurs du plan B de l’après-Bouteflika en préservant tout de même la philosophie intacte du système, ont fait fausse route et lamentablement échoué dans leur entreprise.

    Autre négligence de taille de cette stratégie à la va-vite, les risques potentiels de déstabilisation du pays par les ennemis d’hier et d’aujourd’hui. Résultats des courses, des voix s’élèvent ici et là pour appeler au départ du chef d’état-major de l’ANP visant, par la même, l’objectif sournois de porter atteinte à la stabilité et à l’unité de cette Institution, véritable colonne vertébrale du pays.

    Si des hommes politiques aigris, avides de pouvoir, mal sponsorisés au demeurant, et quelques podcasters aux mœurs débridées vivant à l’étranger et financés par des pays hostiles à l’Algérie, font du départ de Gaïd Salah un leitmotiv, il est intolérable que la rue en vienne à s’immiscer dans les affaires de l’ANP au seul motif que son chef d’état-major ait fait partie de l’ère Bouteflika.

    Un raisonnement absurde et dangereux à la fois en ce sens que tous les subalternes du chef d’état-major nommés par lui-même doivent, par transitivité, partir de l’Armée qui sera ainsi vidée de sa substance.

    La relève dans un tel cas de figure est totalement différente de celle d’une sentinelle dans une guérite. Cela demande du temps et expose le pays à toute velléité malveillante. Et puis, quel est ce pays, de par le monde, qui se vante de démocratie et qui laisserait des manifestants réclamer des changements à la tête de son Armée? Cela ne s’est pas vu même dans les Républiques banannières les plus archaïques.

    Fol espoir que d’espérer une réponse de Tabou ou de Zitout, aveuglés par leur machiavélisme et l’obligation de résultat pour laquelle engagement a été pris.

    L’objet de ce propos est de schématiser, tant bien que mal, le complot qui menace le Pays à travers l’ANP, complot ourdi par des officines et des think tanks relevant de puissances étrangères et que, malheureusement Toufik et consorts n’ont pas pris à sa juste mesure.

    La partie n’est pas encore définitivement gagnée. Les citoyens doivent se rendre à cette évidence amère. Que Dieu préserve notre pays!

    A. T.

    Tags : Algérie, transition, armée, Hirak, Gaïd Salah,

  • Algérie : Bensalah reste…

    Les élections du 4 juillet annulées

    La date du dimanche 2 Juin marque un nouveau tournant de la crise politique et institutionnelle que vit l’Algérie, notamment depuis le départ forcé du président Bouteflika le 2 avril dernier. En effet, le Conseil Constitutionnel vers lequel tous les regards étaient braqués a rendu en quelque sorte son verdict au sujet de la présidentielle du 4 Juillet, constatant l’impossibilité de sa tenue à la date indiquée.»

    Le Conseil Constitutionnel, réuni les 21, 24 et 27 Ramadhan 1440 correspondant aux 26 et 29 Mai et 1er Juin 2019, à l’effet de délibérer sur les dossiers de candidatures pour l’élection du Président de la République prévu le 4 Juillet 2019, s’est prononcé par le rejet des deux dossiers de candidature déposés auprès de lui, en vertu de deux décisions individuelles n 18/D.CC/19 et n 19/D.CC/19 datées du 1er Juin 2019, lit-on dans le communiqué qui justifie l’annulation du rendez-vous électoral par l’annulation des dossiers des deux candidats, sans donner pour autant des détails sur les raisons de cette annulation.

    Il est néanmoins aisé de les deviner, à savoir que ces deux candidats, en l’occurrence Abdelkrim Hamadi et Hamid Touahri, (les seuls qui ont déposé leurs dossiers, sur les 77 qui ont retiré les lettres d’intention) sont des inconnus qui n’ont pas le profil ni les épaules pour prétendre à la magistrature suprême.

    C’est précisément pour cette raison que l’annulation de l’élection du 4 Juillet était déjà dans l’air du temps, le Conseil Constitutionnel n’a fait qu’acter cette impossibilité qui rebat de facto les cartes. Autant cette annulation était attendue, autant la décision du Conseil Constitutionnel de prolonger indéfiniment le mandat de Bensalah, jusqu’ à l’élection du nouveau président de la République constitue une surprise qui prend de court toutes les exégèses des experts en droit constitutionnel qui ont évoqué plusieurs scénarii qui postulent tous au départ de Bensalah à la fin de son mandat le 4 Juillet.

    Non seulement Bensalah restera comme président de l’Etat, mais en plus son nouveau mandat n’a pas de limites dans le temps, assuré de garder le pouvoir jusqu’ à l’élection du nouveau président de la République. « Il revient au Chef de l’Etat de convoquer de nouveau le corps électoral et de parachever le processus électoral jusqu’à l’élection du Président de la République et la prestation du serment constitutionnel», explique le communiqué du Conseil Constitutionnel. Cette institution est allée puiser ses arguments, pour justifier sa décision de maintenir Bensalah à la tête de l’Etat, d’abord dans sa réunion « du 1er juin 2019, par laquelle il déclare l’impossibilité de tenir l’élection du Président de la République, le 4 Juillet 2019, et la réorganisation de celle-ci de nouveau. » Puis de se référer dans un deuxième temps à la Constitution, plus précisément le paragraphe numéro 12 du préambule qui stipule « la Constitution est au-dessus de tous, elle est la loi fondamentale qui garantit les droits et libertés individuels et collectifs, protège la règle du libre choix du peuple, confère la légitimité à l’exercice des pouvoirs, et consacre l’alternance démocratique par la voie d’élections libres et régulières. »

    L’institution présidée par Kamel Fenniche se réfère également aux articles 7, 8, stipulant que « le peuple est la source de tout pouvoir et qu’il exerce sa souveraineté par l’intermédiaire des institutions qu’il se donne.» Référence aussi aux articles 102 alinéas 6, 182 et 193 de la Constitution qui définissent la mission du Conseil Constitutionnel de « veiller au respect de la Constitution. »

    Cette même Constitution, ajoute le communiqué « prévoit que la mission essentielle dévolue à celui investi de la charge de Chef de l’Etat est d’organiser l’élection du Président de la République, il y a lieu de réunir les conditions adéquates pour l’organisation de cette élection dans la transparence et la neutralité en vue de préserver les institutions constitutionnelles qui concourent à la réalisation des aspirations du peuple souverain. »

    Si l’exégèse du Conseil constitutionnel a le mérite d’éloigner le spectre du vide constitutionnel et institutionnel, jusqu’ à l’élection du nouveau président, elle risque en revanche de braquer davantage le mouvement citoyen et la classe politique qui continuent de réclamer à cor et à cri le départ des deux « B », Bensalah et Bédoui.

    H.Khellifi.

    L’Est Républicain, 3 juin 2019

    Tags : Algérie, Constitution, Bensalah, élections, armée,