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  • Algérie : Faut-il faire partir le chef d’état-major ?

    À mesure que les langues se délient, que la trame du projet de « consultation » nationale, initié sous la houlette de l’ex. DRS Toufik, précise ses contours, il est une évidence que le maintien du système Bouteflika avait tout l’air d’être promu à de beaux jours, après que l’option du cinquième mandat eut été rejetée globalement et dans le détail par le « Hirak ». C’est, du moins, le sentiment des instigateurs du projet de la 2ème République et de leur fan-club, croyant naïvement qu’il s’agissait là d’une simple opération technique comme dans le bon vieux temps lorsque les lois de la République étaient éludées, la Constitution ignorée et bafouée juste pour satisfaire le canevas du statu quo et assurer ainsi, la survie et les affaires du Clan.

    Partant d’hypothèses pour le moins erronées ne prenant pas en ligne de compte, notamment, l’instabilité de la contestation de la rue et sa versatilité au gré de l’évolution du « combat pour la liberté », et négligeant de façon ostentatoire le rôle de l’ANP dans pareille situation, les concepteurs du plan B de l’après-Bouteflika en préservant tout de même la philosophie intacte du système, ont fait fausse route et lamentablement échoué dans leur entreprise.

    Autre négligence de taille de cette stratégie à la va-vite, les risques potentiels de déstabilisation du pays par les ennemis d’hier et d’aujourd’hui. Résultats des courses, des voix s’élèvent ici et là pour appeler au départ du chef d’état-major de l’ANP visant, par la même, l’objectif sournois de porter atteinte à la stabilité et à l’unité de cette Institution, véritable colonne vertébrale du pays.

    Si des hommes politiques aigris, avides de pouvoir, mal sponsorisés au demeurant, et quelques podcasters aux mœurs débridées vivant à l’étranger et financés par des pays hostiles à l’Algérie, font du départ de Gaïd Salah un leitmotiv, il est intolérable que la rue en vienne à s’immiscer dans les affaires de l’ANP au seul motif que son chef d’état-major ait fait partie de l’ère Bouteflika. Un raisonnement absurde et dangereux à la fois en ce sens que tous les subalternes du chef d’état-major nommés par lui-même doivent, par transitivité, partir de l’Armée qui sera ainsi vidée de sa substance.

    La relève dans un tel cas de figure est totalement différente de celle d’une sentinelle dans une guérite. Cela demande du temps et expose le pays à toute velléité malveillante.

    Et puis, quel est ce pays, de par le monde, qui se vante de démocratie et qui laisserait des manifestants réclamer des changements à la tête de son Armée? Cela ne s’est pas vu même dans les Républiques banannières les plus archaïques.

    Fol espoir que d’espérer une réponse de Tabou ou de Zitout, aveuglés par leur machiavélisme et l’obligation de résultat pour laquelle engagement a été pris.

    L’objet de ce propos est de schématiser, tant bien que mal, le complot qui menace le Pays à travers l’ANP, complot ourdi par des officines et des think tanks relevant de puissances étrangères et que, malheureusement Toufik et consorts n’ont pas pris à sa juste mesure.

    La partie n’est pas encore définitivement gagnée. Les citoyens doivent se rendre à cette évidence amère. Que Dieu préserve notre pays!

    Le Courrier d’Algérie

    Tags : Algérie, transition, Hirak, armée, ANP, Gaïd Salah,

  • Algérie : Comment sera l’Aïd El Fitr ?

    En ces temps de bouillonnement politique, il serait hasardeux d’évoquer d’autres événements d’ordre social, culturel ou sportif, sans paraître anachronique. Pourtant, il faut bien souligner que la vie continue et doit continuer de toute façon et les Algériens n’ont pas que la politique pour vivre.

    Présentement, et même s’ils ne le disent pas entre eux, ces mêmes Algériens ont un double objectif à plus ou moins court terme. Ils voudraient bien voir leur équipe nationale de football débuter la phase éliminatoire pour la prochaine coupe d’Afrique des nations par une victoire.

    Ils aimeraient aussi passer un Aïd El Fitr tranquille, dans la communion et dans le respect de leur religion. A ce propos, ils craignent certainement pour leur portefeuille, après un mois de dépenses et une perspective de dépenses « douloureuses » que sont les achats de l’Aïd. Mais bonne nouvelle sur ce front. Les prix des habits ne se sont pas enflammés, bien au contraire.

    A l’orée de l’une des deux fêtes les plus importantes du calendrier musulman, il est de tradition de faire un bilan d’un mois de Ramadhan très particulier, dans l’histoire de l’Algérie indépendante. Il aura été marqué par un grand défi que se sont lancé les Algériens, celui de manifester les quatre vendredis du mois. Défis relevés haut la main. De fait, durant ce Ramadhan, un seul sujet meublait les soirées : Le mouvement populaire et son actualité passionnante.

    Accessoirement, les familles ont jeté un œil à la grille spéciale Ramadhan des chaînes de télévision nationales. Un programme, une ville et un quartier ont eu la palme de la satisfaction. Le programme est un feuilleton, la ville, c’est Oran et le quartier Ederb. Ouled lahlal a fait pénétrer toute la société dans l’un des quartiers mythiques de la capitale de l’Ouest et montré toute l’humanité, la sensibilité et la générosité des Algériens.

    Le feuilleton a eu le succès qu’il a eu, parce que les Algériens s’y sont reconnus. Et le fait qu’il soit diffusé en ce mois de piété et dans l’ambiance du mouvement populaire, il a fait le consensus que les politiques ne parviennent toujours pas à trouver sur le moyen de sortir de la crise institutionnelle. Il est vrai enfin, que l’Algérien s’est redécouvert, qu’il revit, mais n’oublions pas que nous n’avons pas réglé le problème de l’institution présidentielle.

    Cela dit, on aura vécu un Ramadhan particulier aux couleurs de la mobilisation citoyenne, comment sera donc notre Aïd El Fitr ? Certainement meilleur que les précédents.

    Par Nabil.G

    Ouest Tribune, 1er juin 2019

    Tags : Algérie, transition, Hirak, armée, dialogue, élections,

  • Algérie : Peut-on dialoguer à l’ombre du « limogeons-les tous »?

    Nadia Abdat

    Pour une deuxième république ! non ce n’est pas l’affiche d’une réclame mais une vraie question qui taraude en ce moment, les esprits universitaires et certaines élites politiques ; l’intelligentsia de circonstance se coule quant à elle, dans la fadeur des généralités, étant peu habituée à visiter ce type de questions qui conduiraient à la question.

    Pourtant, tout le monde a rapidement adopté plein de nouveautés langagières depuis le commencement du Hirak, mais entend-on pareillement ce dont il s’agit, à l’aune de l’inimaginable et inconvenable « limogeons les tous » ?

    Un petit retour sur ces quinze grandes marches populaires permet de relever que le mouvement de protestation qui est allé crescendo a porté sur deux revendications majeures.

    Celle du rejet populaire unanime du cinquième mandat présidentiel, qualifié de mandat de la honte à laquelle, il a été donné satisfaction presque instantanément par l’annulation pure et simple du rendez-vous électoral. Au point où on en était du rigorisme constitutionnel, l’argument politique a prévalu sur les arguties juridiques.

    Puis, celle du rejet massif toujours en vigueur, de tout le système politique ayant produit ces forces extra constitutionnelles qui ont cherché à rééditer l’escroquerie au mandat présidentiel.

    Il s’agit d’une revendication de haut grade qui taille aussi dans les journées ouvrées de la semaine.

    Cette revendication qui a pris de court tous les politiques installés, a cependant inauguré une séquence plus complexe et plus lourde avec une protesta farouche et toujours sans relais.

    Il n’est dès lors, pas surprenant, que cette séquence béante, soit tiraillée par des tensions, étirée par une surenchère artificielle et, émaillée par des escalades verbales, des mises en garde et, hélas des échauffourées ça et là aussi.

    Arrêtons-nous à cette phrase injonctive « limogeons les tous ».

    Ainsi exprimée, cette formule éruptive, tracée sur les banderoles arborées lors des marches, sera exploitée dans ce qu’elle comporte d’excessif et de radical.

    Pour ceux qui ont oublié ou manqué l’anecdote, cette phrase impérative a été balancée à chaud, comme une rebuffade, au micro d’une chaine étrangère par un manifestant, à l’adresse de la journaliste qui, au lieu de rapporter fidèlement la manifestation dont elle assurait la couverture, se livrait à un commentaire pour le moins biaisé et provocateur de ce qui se produisait cette journée de Hirak.

    Proférée avec la fougue propre à la jeunesse dans ce qu’elle a de spontané, cette injonction deviendra la formule sensationnelle dont on tirera l’obstacle dissuasif au dialogue.

    Etrangère au lexique et au mode politiques, cette phrase injonctive a installé le malentendu au sein des marcheurs eux mêmes, au sein de la classe politique et avec les autorités qui s’arcboutent contre la frêle constitution. On se regarde depuis, en chiens de faïence.

    Cette formule s’est surtout muée, en un piège qui se referme sur tous mais aussi, sur ceux qui y ont trouvé, l’alibi pour tenter de saborder une possible sortie de la longue crise politique et morale qui a exaspéré durant vingt ans tout un peuple qui en souffre encore. La méfiance maladive gagnant du terrain, les paramètres imprévisibles aux conséquences incalculables qui entourent tout soulèvement populaire, risquent de compromettre sa finalité, à savoir, l’avènement d’une deuxième république.

    Le « limogeons les tous » qui fait office d’écran de fumée, ne peut pas tenir lieu de proposition politique ni un préalable à verser au dossier de sortie de crise. La maison Algérie doit être remise en ordre, elle trouvera ses hommes naturellement.

    Le « limogeons les tous » qui visait au départ, le personnel de proue du système honni, en l’occurrence les trois B, a été mystérieusement étendu sans distinguo, à tout l’appareil étatique, devenant ainsi une condition irréaliste mais surtout démagogique.

    La justice a pourtant, depuis quelque temps, la main lourde. Elle fait suite à cette formule transformée pour les besoins de salubrité morale publique, en une requête solennelle introductive d’instance. Un nombre important de hauts dignitaires en exercice, en retraite et en réserve de la République, sont attraits en justice, tous présumés coupables de graves délits. On assure, sous l’œil des médias invités à ouvrir les bans, que ce n’est que le prélude à une gigantesque et longue opération mains propres.

    Le dégagisme total et absolu qui revient en ce moment, tel un leitmotiv, trahit l’influence sourde d’un courant d’obédience anarchiste qui entend semer le chaos pour le chaos.

    Or, c’est de changement de logiciel politique pour le pays qu’il est question, pour peu qu’il soit mené, par la volonté de tous, dans le cadre d’une entreprise sérieuse de refondation et d’édification d’un Etat de droit.

    La révolution populaire pacifiste qui a cours en Algérie n’a rien à voir avec la sanglante révolution française qui a servi à meubler aveuglément des charrettes pour raccourcir des hommes par milliers.

    Pour disparaître, ses effets ravageurs pour la société française, ont mis autant de temps que la méditerranée lorsqu’elle renouvelle ses eaux.
    Confier l’œuvre de justice à la vindicte populaire, c’est transgresser le droit avec tout ce que cela comporte comme funestes conséquences.

    Se défaire du droit, c’est se mettre soi même en danger d’avoir à en manquer pour faire valoir le moment venu, ses propres droits.

    En panne d’initiative ou démesurément circonspects, les acteurs politiques et ceux qui font de la chose publique leur métier, tardent à réagir à l’unisson alors qu’il y a péril en la demeure. La langue de bois dont ils ne s’émancipent pas, les fera passer sous le couperet de ce dégagisme sans frein. Ils donnent à penser à ceux qui les critiquent, qu’ils dépendent du Pouvoir tapi dans l’ombre et qu’ils se complaisent dans la procrastination à moins qu’ils n’en soient à attendre un signe des astres.

    Retranchés dans leur pré carré, ils ne se sont même pas saisis des invites à requérir le dialogue, qui ont été faites par le désormais historique trio de sages. Ces derniers ont tenu à préciser, avec juste raison, qu’ils ne peuvent se substituer aux concernés dont les partis politiques et l’administration pour saisir, réunir et convaincre tous les protagonistes en vue de l’organisation d’un dialogue de sortie de crise.

    L’appel au dialogue « réaliste et constructif » du chef d’Etat major des armées, le 28 mai 2019, fera t-il bouger les lignes comme le fit, en d’autres circonstances pour sa patrie en danger, celui d’un Général de Gaulle tout aussi excédé et inquiet, un 18 juin 1944 ?

    Le Jeune Indépendant, 1 juin 2019

    Tags : Algérie, transition, Hirak, armée, dialogue, élections,

  • Algérie : SAVOIR RAISON GARDER

    » L’alchimie est particulièrement subtile. Elle consiste en une sorte de main de fer dans un gant de velours. Elle consiste, surtout, à se montrer avant tout ferme -très ferme- envers les siens, envers ses policiers, avant de se tourner vers les citoyens lambda, afin que ces derniers comprennent que nul n’est au-dessus de la loi, que les changements sont bel et bien en marche et que les oligarques et anciens très hauts responsables emprisonnés ne l’ont pas été dans le cadre de règlements de comptes entre clans sur fond de hirak populaire « .

    Par Mohamed Abdoun :

    Tout d’abord, et afin que les choses soient parfaitement claires d’entrée de jeu, il est hors de question d’encourager ici la violence, de quelque nature qu’elle soit, et quelle qu’en soit l’auteur. Dans un pays civilisé digne de ce nom, tout se règle par le dialogue. Et, même lorsque le litige devient absolument insoluble, il existe des lois et des arbitres -les juges en l’occurrence- pour trancher en connaissance de cause, sans jamais attenter aux droits des uns et des autres.

    Ce préambule pour rebondir sur l’affaire de ces deux jeunes interpellés, et inculpés de » tentative d’homicide volontaire et agression avec violence contre un agent de la forte publique « . Ma foi, au risque de me tromper, cette accusation, particulièrement grave, me parait particulièrement disproportionnée au regard des faits constatés, et que chacun pour visionner à son aise sur les réseaux sociaux.

    Le contact physique, qui ne dure pas plus d’une fraction de seconde, ne comporte en aucune manière une quelconque » agression avec violence « . En revanche, il est vrai que le policier a bel et bien été poussé du haut de ce fourgon. L’agression y est, ce me semble. Mais sans violence. Et, encore moins avec volonté de tuer ce policier, puisqu’il est question ici, dois-je le répéter encore, de » tentative d’homicide volontaire «.

    La dureté de cette inculpation a de quoi braquer un peu plus les citoyens, vis-à-vis de la justice et des pouvoirs publics alors que le but premier, à mon humble sens, est d’apaiser les esprits et de tenter de trouver une issue à la grave crise dans laquelle se débat l’Algérie depuis de nombreuses semaines. Sinon, pourquoi est-ce que ce policier n’a pas été inculpé lui aussi.

    Ma foi, en plein ramadan, il procédait, du haut de ce fourgon, à l’arrosage des citoyens-manifestants à l’aide d’une bombe aérosol distillant des gaz lacrymogènes. L’agression est formellement et dûment constatée. Ce n’est pas le seul cas, du reste. Le sentiment d’impunité dont jouiraient les services de sécurité ne peut donc qu’exacerber une opinion publique déjà chauffée à blanc, à cause de la non-satisfaction de ses revendications principales, et dont des membres sont inculpés de très lourdes charges alors qu’ils ne faisaient, en somme, que défendre les leurs de l’agression caractérisée dont ils étaient victimes de la part de ce policier.

    Hélas, la violence engendre la violence. Elle reste condamnable d’où qu’elle vienne. Elle l’est cependant deux fois plus chez celui qui a commencé. Qui a déclenché les hostilités. Le choix idoine, à mon humble sens, serait la voie de l’apaisement. Tout le monde a pu constater avec quel civisme les citoyens se comportent chaque vendredi, et qu’ils ne prennent la mouche que lorsqu’ils sont agressés et/ou provoqués.

    Des gilets oranges ont même été improvisés afin d’éviter et d’atténuer les frottements directs avec les services de sécurité, et de débusquer les provocateurs -d’Otpor et de Rachad- pouvant se glisser parmi les manifestants. L’alchimie est particulièrement subtile. Elle consiste en une sorte de main de fer dans un gant de velours. Elle consiste, surtout, à se montrer avant tout ferme -très ferme- envers les siens, envers ses policiers, avant de se tourner vers les citoyens lambda, afin que ces derniers comprennent que nul n’est au-dessus de la loi, que les changements sont bel et bien en marche et que les oligarques et anciens très hauts responsables emprisonnés ne l’ont pas été dans le cadre de règlements de comptes entre clans sur fond de hirak populaire.

    M. A.

    La Tribune des Lecteurs, 29 mai 2019

    Tags : Algérie, transition, Hirak, armée, ANP, Gaid Salah,

  • Algérie : Le 15e vendredi de mobilisation

    Mouvement populaire : Le 15e vendredi de mobilisation

    10h01 : La grande poste et ses alentours sont fortement occupés par un important dispositif policier et l’on opère des arrestations parmi les premiers manifestants qui arrivent sur les lieux. Les accès vers la capitale sont bloqués par des barrages filtrant les automobilistes. Le Tunnel des facultés est pour le moment ouvert à la circulation avec une forte présence policière en prévision de sa fermeture.

    9h35 : Le quinzième vendredi de mobilisation populaire pour le départ du système intervient dans un contexte marqué par l’aboutissement de fait de la revendication portant annulation des élections présidentielles convoqués contre la volonté de la rue et au lendemain de la nouvelle offre de dialogue lancée par le chef de l’Etat major de l’armée nationale Ahmed Gaid Salah.

    Les Algériennes et les Algériens s’apprêtent à descendre dans la rue aussi au lendemain du décès tragique du détenu politique Kameleddine Fekhar après 54 jour de grève de faim pour protester contre la sa détention à la prison de Ghardaia.

    Cette question de détenus d’opinion puisque l’on a recensé pas moins de 14 suscitera sans aucun doute la réaction des manifestants de ce vendredi.

    Algérie1, 31 mai 2019

    Tags : Algérie, transition, Hirak, armée, ANP, Gaid Salah,

  • Algérie: En attendant des solutions concrètes à la crise politique

    par Ghania Oukazi

      L’appel du chef d’état-major de l’ANP au dialogue et à l’organisation d’élections présidentielles devient redondance et continue de l’opposer à un «hirak» et à une classe politique qu’il s’est même refusé à qualifier en tant que tels.

    Encore une fois, le général de corps d’armée parle mais ne décide pas. Ses interventions dans les casernes deviennent des messages classiques qui n’apportent pas de solution concrète à la crise politique dans laquelle s’enlise le pays depuis trois mois. Ahmed Gaïd Salah sait qu’il est dans l’impossibilité d’organiser des élections présidentielles le 4 juillet prochain comme il l’a fait annoncer par le chef de l’Etat, Abdelkader Bensalah, au lendemain de la démission de Bouteflika.

    Des échos des Tagarins laissent même penser à une élection présidentielle le 31 octobre ou le 7 novembre prochains et qu’il faille au préalable conformer l’esprit de la Constitution à la situation nationale «exceptionnelle». L’on sait d’ailleurs qu’une ébauche sur les mécanismes à mettre en place pour la création d’une instance chargée de l’organisation du scrutin lui a été adressée par des milieux universitaires.

    De tout cela, le chef de l’état-major de l’armée n’en fait cas dans son discours du mardi dernier à partir de la 6ème région militaire. Son refus de se prononcer sur le report d’un rendez-vous avorté doit être à ses yeux cet indice qu’il veut de taille pour montrer que l’armée se refuse à intervenir dans le champ politique.

    Devant l’opinion nationale et internationale, il tient absolument à ne pas être vu comme un putschiste qui impose au pays un régime militaire de fait. Il l’explique et l’affirme lorsqu’il souligne que «la priorité aujourd’hui est d’aller vers un dialogue productif qui prépare la voie à la tenue des prochaines élections dans les plus brefs délais possibles, loin, et je le dis, de périodes de transition aux conséquences incertaines, car l’Algérie ne peut supporter davantage de retard et de procrastination». Son allusion aux généraux putschistes de 1991 est claire. Il est certain que Gaïd Salah ne veut pas être considéré comme tel et refuse de revenir aux circonstances qui ont prévalu à l’arrêt du processus électoral de l’époque. Ses sous-entendus rappellent précisément l’intronisation du Haut Commandement de l’armée de l’époque à la tête de l’Etat à travers la présence de généraux janviéristes comme Khaled Nezzar dans le HCE (Haut Comité d’Etat.) Ce qui a plongé le pays dans une période de transition «d’exception» jusqu’en 95, date de l’élection présidentielle de Liamine Zeroual.

    Quand Gaïd prône la prudence

    C’est peut-être pour cela que le général de corps d’armée répète qu’il n’a aucune ambition politique. Ceci étant, ses affirmations ne l’éloignent pas de la scène politique dans laquelle il se trouve les pieds joints depuis le déclenchement de la crise. Mais il se veut prudent en restant dans les grands principes de sortie de crise, et ce, en s’abstenant à ce jour de fixer clairement les contours et les mécanismes du dialogue auquel il appelle et se refuse même à en désigner précisément les acteurs.

    En attendant qu’il arrête l’opportunité pour les faire préciser par le chef de l’Etat, le chef d’état-major s’est adressé de Tamanrasset à «des personnalités et aux élites nationales», aux «personnalités nationales» et aux «enfants du pays» pour leur rappeler qu’un «dialogue sérieux, rationnel, constructif et clairvoyant est la seule solution à la crise». A aucun moment, le général de corps d’armée n’a interpellé nommément les partis politiques. Il est resté très vague sur les interlocuteurs ou les parties qu’il veut faire asseoir autour d’une table.

    Et bien qu’il exhorte «les enfants du pays» à «apporter la contribution judicieuse de façon à trouver les solutions escomptées», il réaffirme sa solution à lui à l’impasse politique en insistant sur «la tenue d’élections présidentielles dans les plus brefs délais». Il place ainsi le balle dans le camp de ceux qui appellent au dialogue à partir de leurs salons tout en leur faisant remarquer qu’«il n’y a aucune raison de continuer à perdre du temps, car le temps est précieux et il n’y a pas moyen de le gâcher dans des discussions stériles loin du véritable dialogue sincère et constructif». Il ne manquera pas de leur dire que «rien n’est impossible et l’Algérie attend une sortie légale et constitutionnelle qui la prémunira contre toute forme d’exacerbation de la situation». Il rejette par la force du verbe toute idée de période de transition «aux conséquences incertaines».

    La nouveauté dans son discours est peut-être cette esquisse d’un ordre du jour basé sur sa demande d’une «évaluation des circonstances que vit le pays» et surtout ces «concessions réciproques» qu’il attend de ceux qui appellent au dialogue. L’on se demande cependant de quel genre de concessions Gaïd Salah parle-t-il, mise à part celle qu’il attend de ses antagonistes de ne pas tenter de défaire le cadre constitutionnel par leur condition de faire partir le chef de l’Etat. Pour l’heure, Abdelkader Bensalah est la seule autorité constitutionnelle avec laquelle le dialogue peut être mené comme il le veut.

    «La Constitution telle qu’elle est» ?

    «Les solutions viendront dans les plus proches délais afin d’assister l’Armée Nationale Populaire dans l’accompagnement des fils de notre patrie, lorsqu’ils présenteront leurs propositions constructives comme le requiert le noble devoir national», a-t-il dit en supposant que le «hirak» aussi arriverait rapidement à désigner ses représentants pour la phase de concertation.

    Le général de corps d’armée préfère slalomer entre les diverses situations plutôt que de détailler sa feuille de route et d’affronter ses objecteurs qui veulent l’amener physiquement sur le terrain politique. Pour lui, le jeu n’en vaut pas la chandelle parce qu’il risque de précipiter sa chute. La France lui a signifié hier qu’elle gardait l’œil sur ce qui se passait «chez lui». Son ministre des Affaires étrangères qui intervenait mardi dernier devant la commission de l’assemblée nationale de l’Europe et des Affaires étrangères, a exprimé le souhait de son pays que «les Algériens puissent trouver ensemble les chemins d’une transition démocratique».

    Jean-Yves Le Drian s’est prononcé sur l’élection présidentielle en Algérie en faisant cette remarque claire : «(…) le problème c’est que pour qu’il y ait une élection, il faut qu’il y ait des candidats et, voilà, les candidats ne se manifestent pas. Il y a deux candidatures qui ont été reçues par le Conseil constitutionnel «. Le chef de la diplomatie française qualifie la situation de «très particulière où il y a des manifestations qui se poursuivent dans le pays, avec des aspirations profondes pour ouvrir un nouveau chapitre de l’histoire de l’Algérie». Il fait un clin d’œil au chef d’état-major de l’ANP en relevant «la volonté des autorités militaires de faire en sorte que la Constitution telle qu’elle est puisse s’appliquer.

    D’où la répétition de l’engagement par M. Gaïd Salah de faire en sorte que l’élection puisse avoir lieu le 4 juillet». Son «mais», c’est, a-t-il dit, «il y a deux voies parallèles, d’un côté cette affirmation, de l’autre côté le mouvement du peuple algérien» et entre les deux, «nous (la France ndlr), nous souhaitons que les Algériens puissent trouver ensemble les chemins d’une transition démocratique. C’est ce que nous espérons compte tenu des liens profonds qui nous lient à ce pays et dans ces moments nous continuons de nous tenir aux côtés des Algériens dans le respect de l’amitié qui doit présider toujours à nos relations». Ceux qui tenaient à ce que la France officielle donne «son avis» sur les événements nationaux, Le Drian l’a fait avec précision.

    Le Quotidien d’Oran, 30 mai 2019

    Tags : Algérie, transition, Hirak, armée, ANP, Gaid Salah,

  • Gaïd Salah met en garde contre les ceux qui veulent exacerber la situation et faire perdurer la crise

    Le chef d’état-major de l’ANP, Ahmed Gaïd Salah, a affirmé, hier, à l’occasion de sa visite à la 6e Région militaire, que «l’unique voie pour résoudre la crise que vit notre pays est d’adopter la voie du dialogue sérieux, rationnel, constructif et clairvoyant, qui place l’Algérie au-dessus de toute considération».

    Le vice ministre de la Défense nationale, Ahmed Gaïd Salah a prononcé un nouveau discours, aujourd’hui, mercredi 29 mai, dans lequel il révoque l’importance du dialogue honnête et constructif pour sortir l’Algérie de la crise actuelle.

    Le chef de corps d’armée a confirmé que rien ne justifie la perte de temps et l’éloignement de la voie du dialogue honnête et constructif.

    Il avait notamment mis en garde contre les desseins de certains à vouloir exacerber la situation et faire perdurer cette crise, en répandant sciemment les rumeurs, les informations erronées et les mensonges, de façon continue, à travers de nombreux médias :

    «Ceux qui tendent à exacerber la situation et faire perdurer cette crise sont ceux-là mêmes qui œuvrent sciemment à répandre continuellement les rumeurs, les informations erronées et les mensonges à travers de nombreux médias, et ils ne peuvent en aucun cas contribuer à créer un climat d’entente mutuelle propice, voire un dialogue calme et serein et cela induit que ceux qui recourent à de telles pratiques sont contre le dialogue sérieux et pondéré. Ce sont des objectifs qui ne sont nullement innocents, dont les instigateurs supporteront les conséquences devant Allah, le peuple et l’histoire. Ils empruntent délibérément cette voie, même s’il était en leur capacité d’acquérir davantage de crédibilité en mettant l’accent sur la transmission des faits réels, au lieu de s’adonner à la désinformation de l’opinion publique par des mensonges et des scénarios fabriqués de toutes pièces et erronés, qu’ils imputent à des personnalités et des centres de décision, tout cela sur la base de plans étudiés et élaborés avec une grande ruse, afin de discréditer tout acte visant l’apaisement de la population et la recherche de solutions idoines à la crise actuelle que traverse le pays, leur but évident étant d’entraver toute solution et obstruer toute bonne démarche nationale de dialogue et de concertation entre les différentes parties »,a-t-il martelé.

    Rachel Hamdi

    Echourouk Online, 30 mai 2019

    Tags : Algérie, transition, Hirak, armée, ANP, Gaid Salah,

  • Algérie : Pathétique

    » En conclusion, si le peuple doit se trouver un autre lieu de ralliement, il devra également se prémunir de cette contreoffensive déclenchée tous azimuts par les pouvoirs publics pour qui le temps des concessions semble bel et bien révolu « .

    Par Mohamed Abdoun :

    Difficile, très difficile, de croire que le parvis de la Grand-Poste tombe vraiment en ruine. Si cela était vraiment le cas, pas mal de signes évidents auraient été constatés auparavant. Et puis, je conçois mal que quelques dizaines de manifestants auraient pu provoquer les dégâts dont nous parlent des responsables au sein de la wilaya d’Alger.

    La rapidité avec laquelle ces derniers se sont empressés de fermer le lieu est elle aussi particulièrement suspecte. Le mode opératoire aussi. De lourds, très lourds, fourgons de police ont encerclé le lieu sans se soucier du fait que leur poids pourrait aggraver les choses, ou même précipiter la chute de ce parvis.

    Des policiers ont également été placés entre ces fourgons, bouchant les moindres espaces existant entre eux, empêchant même une fourmi de s’y glisser, et se souciant donc bien peu de leur propre sécurité. Au-delà de cette barrière faire de machines et de chair humaine, des plaques de zinc ont été fichées au sol sans se soucier, là encore, d’aggraver les choses avec les gros trous creusés dans ces escaliers centaines, ainsi que le poids de tout ce métal.

    Notre fluette photographe, qui ne pèse pas plus qu’une ou deux de ces plaques, a quand même été empêché de photographier de près ce véritable cirque, sous prétexte que sa sécurité aurait été menacée si elle s’était trop approchée des lieux. Fadaises que tout cela. Il semble bel et bien que l’on ait cherché à » neutraliser » le lieu de ralliement emblématique du hirak. Et, si tel est vraiment le cas, il faudra s’attendre à d’autres actions également hostiles à ce mouvement dans les prochains jours et semaines.

    En conclusion, si le peuple doit se trouver un autre lieu de ralliement, il devra également se prémunir de cette contre-offensive déclenchée tous azimuts par les pouvoirs publics pour qui le temps des concessions semble bel et bien révolu.

    Le système sacrifie des pions pour calmer la colère citoyenne, mais oeuvre à se régénérer. Son départ, tel que revendiqué par la rue, n’est absolument pas à l’ordre du jour. Le plus dur reste à venir…

    M.A.

    Source : La Tribune des Lecteurs, 22 mai 2019

    Tags : Algérie, ANP, armée, pouvoir, Gaïd Salah,

  • Algérie : Le nécessaire débat

    Trois mois, presque jour pour jour, après l’émergence sur la scène nationale d’un mouvement populaire inédit en Algérie, la situation générale du pays, demeure exceptionnellement sereine, avec une «inflation salutaire» de débats citoyens. Les craintes d’une dérive violente ou d’un passage en force des autorités sur les questions que pose la société se sont dissipées, laissant place à un échange assez intense, faut-il l’admettre, entre les acteurs qui font l’actualité de l’heure. Mais cette intensité qui retient l’intérêt de toute la communauté nationale, où la chose politique s’impose, de fait, comme la priorité des priorités, est à ce jour stérile d’une feuille de route digne de ce nom.

    Cette stérilité dans la formulation d’une solution véritablement consensuelle, n’est certainement pas le fait de l’ANP, comme le crient certains leaders politiques qui se font relayer dans les manifestations. Et pour cause, l’attitude de l’institution militaire tient compte d’abord d’un constat de terrain, à savoir que le pays est actuellement dirigé par un président intérimaire. Il y a là des signes de fragilité, dont il faut s’occuper de manière urgente. L’armée n’a pas en face d’elle un interlocuteur représentatif de la scène politique à défaut d’être celui du Hirak. Et combien même cela serait-il possible, l’ANP a pris la résolution de n’avoir comme vis-à-vis que les institutions légales de la République. Dans le cas de figure de l’Algérie de l’après 2 avril, c’est la présidence de l’Etat.

    En restant sur sa position quant à l’organisation d’une élection présidentielle, sans passer par une période de transition, l’institution militaire est donc dans son rôle, telle que préconisée par la Constitution. Son refus d’ouvrir un débat direct avec la classe politique, relève du même principe constitutionnel. Que l’on soit d’accord ou pas avec la posture de l’état-major de l’ANP, il faut impérativement en prendre connaissance et le respecter. C’est à partir de là qu’il sera possible d’entrevoir une sortie à la crise que traverse le pays. Ce n’est pas en se posant comme donneur d’ordre à une institution de l’Etat, dont les missions sont clairement formulées dans la Constitution.

    Cela, pour dire que l’infertilité du débat qui prévaut actuellement avec cette impression de «dialogue de sourds», c’est précisément parce que les politiques semblent considérer que l’armée est à leur service. Qu’ils sachent donc qu’elle ne l’est pas. Elle est au service de toute la collectivité nationale, quelle que soit son obédience et ses positions vis-à-vis de la crise. Que les politiques descendent un peu de leur piédestal qu’ils écoutent réellement ce que dit l’armée. Le dialogue n’en sera que plus intéressant.

    Par Nabil G

    Source : Ouest Tribune, 22 mai 2019

    Tags : Algérie, transition, dialogue, Hirak, débat, ANP, armée,

  • Algérie : Gaïd Salah juge urgent la formation d’une commission chargée de la gestion et de la surveillance des élections

    Le Général de Corps d’Armée, Ahmed Gaïd Salah, vice-ministre de la Défense nationale, Chef d’état-major de l’Armée nationale populaire (ANP) a qualifié d’important l’activation des mécanismes constitutionnels des élections présidentielles, seule issue selon lui afin de mettre fin à cette crise qui bouleverse le pays.

    En marge d’une visite de travail et d’inspection entamée ce lundi à la 4e Région militaire à Ouargla, Chef d’état-major de l’Armée nationale populaire affirme que le déroulement des élections présidentielles évitera à l’Algérie le piège du vide constitutionnel et les dangers qui guettent la stabilité de la patrie.
    Rachel Hamdi

    Echourouk Online, 20 mai 2019

    Tags : Algérie, élections, Gaïd Salah, armée,