Étiquette : article 102

  • Algérie : La rue disqualifie la présidentielle

    9e VENDREDI DE CONTESTATION
    La rue disqualifie la présidentielle

    Une pression très forte s’exerce depuis deux semaines pour l’annulation de l’ élection présidentielle compromettant ainsi la dernière véritable carte politique jouée par les dirigeants actuels.

    Abla Chérif – Alger (Le Soir) – Il ne se passe plus, en effet, un jour sans que des appels au rejet du processus électoral devant aboutir à l’élection d’un nouveau chef d’État le 4 juillet prochain soient enregistrés. Depuis que l’annonce en a été faite, la rue gronde à cet effet tous les vendredis. De très nombreux slogans rejetant cette option sont exprimés dont quelques-uns souvent très durs et entendus d’un bout à l’autre du territoire national. Hier encore, dans les rues d’Alger, on pouvait lire sur des affiches : «On ne fait pas du neuf avec du vieux, pas d’élections avec cette bande.»

    En substance, le même message a été transmis mardi dernier par les étudiants sortis en force maintenir la pression pour le départ de tous les symboles du système. Sur une chaîne de télévision privée, l’un d’eux résumait tout l’esprit de la revendication : «Aller à un scrutin avec les mêmes hommes équivaudrait à annuler notre révolution et tout ce que nous avons fait depuis le 22 février dernier.»

    Ce sentiment est très largement partagé, y compris par ceux-là mêmes censés appuyer techniquement la démarche puisque les magistrats et les maires ont annoncé à leur tour leur intention de ne pas «gérer» les élections du 4 juillet prochain.

    Jeudi, le Club des magistrats a tenu à expliquer les raisons de cette démarche. Selon son porte-parole (interrogé par TSA), les magistrats refusent de travailler sur la base du code électoral actuel car «le rôle du juge est purement statistique, il ne peut ni visiter ni surveiller les centres de vote, il ne fait que valider les résultats qui lui sont présentés».

    «Ce n’est une opposition ni à l’armée ni à son commandement», a tenu à préciser ce dernier. Cette position fait-elle l’unanimité chez les magistrats ? Il est à rappeler que, durant les rassemblements organisés par ces derniers, il a été annoncé à l’opinion publique que le boycott était un soutien au mouvement populaire.

    Dans les deux cas, le fait essentiel demeure le même, puisque le scrutin est rejeté. Avec le refus de nombreux maires de superviser l’opération, la décision des magistrats constitue un élément fondamental dans le blocage du processus et les dirigeants actuels l’ont compris.

    Dans un communiqué publié cette semaine, le Club des magistrats a fait savoir que des pressions se sont exercées sur leurs confrères de Oued Souf et Annaba. Ces pressions n’ont pas eu raison de la détermination affichée puisque le corps concerné a refusé ce mardi d’entamer la révision du corps électoral. Cette déclaration a été faite mardi, à quelques heures de l’annonce de la démission du président du Conseil constitutionnel et son remplacement par Kamel Fenniche.

    L’homme n’est finalement pas aussi inconnu qu’on le croyait. Des victimes du Printemps berbère l’ont désigné comme étant le procureur (à Béjaïa) qui les avait condamnés. Sur la toile, les Algériens se sont enflammés et remplacé le nom de Belaïz par celui de Fenniche sur la liste des personnes appelées à «dégager».

    Des spécialistes en droit constitutionnel sont, en outre, intervenus le jour de sa nomination expliquant que la démission de Belaïz à l’heure où la révision du corps électoral débutait n’est pas un élément de blocage réel, contrairement à la nomination de son remplaçant. Ces derniers affirment que sa désignation est illégale au regard de l’article 183 de la Constitution qui stipule que le président du Conseil constitutionnel et son vice-président font partie des quatre personnes devant être nommées par le président de la République et doivent être les représentants du pouvoir exécutif et non du pouvoir constitutionnel.

    Le problème fondamental mis en avant par ces mêmes constitutionnalistes est cependant davantage politique. Il est directement lié la crise de confiance, au rejet par les Algériens des figures qui veulent organiser ce scrutin ce qui rend leur tenue pratiquement impossible aujourd’hui.

    Cette situation semble d’ailleurs liée à la déclaration du chef d’état-major.

    Après avoir déclaré que les slogans des manifestants étaient irréalisables, ce dernier a changé de ton en affirmant que «toutes les perspectives possibles restent ouvertes afin de surpasser les difficultés et trouver une solution à la crise dans les meilleurs délais». Va-t-on vers l’annulation des élections du 4 juillet ?

    A. C.

    Le Soir d’Algérie, 20 avr 2019

    Tags : Algérie, transition, article 102, armée, corruption,

  • Algérie – Neuvième vendredi de manifestation à Alger : la mobilisation reste forte, mais les divergences politiques surgissent

    Par Nabil Semyane

    Algérie1, 9 Avril 2019

    Ce vendredi 19 avril 2019 marque le neuvième acte du mouvement de protestation qui dure mais surtout qui tient bon depuis le 21 février. A Alger, vitrine et épicentre de la protesta, la foule est encore au rendez-vous. Les inquiétudes de la matinée s’estompaient à mesure que les heures passaient et les manifestants affluaient.

    De Kabylie surtout, malgré les barrages filtrants et de longues files de véhicules et de bus sur l’autoroute est- Ouest, selon des témoignages. Des manifestants venus aussi de Blida Tipasa, de Ain Defla. Même du Sud du pays. « C’est Alger le cœur du Hirak », résume un habitant d’El Mgheyer, Wilaya de Oued Souf, qui a passé la nuit de jeudi à vendredi dans un hôtel, avenue Ben Boulaid, pas loin de la Grande Poste « pour être au rendez-vous».

    A Midi l’esplanade de la grande poste est noire de monde, tel un serpent qui sur le boulevard Didouche, jusqu’ à la place Maurice Audin, du nom de ce jeune mathématicien français mort sous la torture des soldats du Général Massu, pour la Révolution algérienne.

    Après la sortie des fidèles des mosquées, c’est le raz de marée humain. De tous les boulevards, ça se déverse par escouades successives, direction la Poste. La foule est bien au rendez-vous et les craintes de voir certains rester à la maison ne se sont pas avérées, notamment les familles, après les incidents de vendredi passé.

    Toujours la même joie, la même convivialité des manifestants, surtout des jeunes avec des couleurs à profusion, avec dominante vert, Blanc, rouge, le drapeau national. Mais aussi l’emblème Amazigh. Un pied de nez à Gaid Salah, après ses propos à Ouargla sur « le respect du drapeau national ».

    Question slogan, c’est quasiment les mêmes qui reviennent depuis quelques semaines. « Vous avez bouffé le pays, bande de voleurs », « Quand l’arbitraire est loi, la résistance devient devoir », « ils partiront tous, on a dit tous » , sont autant de slogans entonnés ou inscrits sur les banderoles.

    En fin de matinée, un groupe de « Patriotes » en tenue de paras, venus de Khenchela ont ravi l’attention des manifestants. Sous la conduite d’un « chef d’orchestre » ils répètent des slogans bien appris. « Zeroual, le devoir t’appelle », « Ya Toufik y a Khaine (Toufik traitre), répètent-ils dans un chœur ponctué de « Kassaman ».

    Gaid Salah n’est pas épargné en image et en son. Sur une pancarte, on le voit affalé sur un canapé et Ben Salah assis sur son biceps. « Gare aux manœuvres », lit-on en bas du dessein. « Les fils du complot commencent à se démêler », clame une autre pancarte sur laquelle on voit encore le chef de l’Armée.

    Tout au long de la rue Didouche, des groupes de manifestants pour échanger sur la crise, son dénouement. Avec des termes parfois vifs qui montrant que chacun voit midi à sa porte et que le consensus, ce n’est pas pour demain la veille.

    Mustapha Bouchachi, entouré de ses amis a fait une incursion à la rue Didouche. « Le Hirak doit se poursuivre et la pression ne doit pas être lâchée, jusqu’à ce qu’ils partent tous », assène t-il sous les acclamations de la foule qui crie « Bouchachi, président ! Bouchachi président ! »

    Si le Mouvement n’a pas perdu de sa vigueur, ni de ses couleurs et de ses sonorités, ni de convivialité joyeuse, reste qu’il y a comme un sentiment de déjà vu, de déjà entendu. Comme sur ce plan , le Hirak a épuisé tous ses charmes. Peut-être est-il déjà temps de passer au coup d’après.

    Tags : Algérie, manifestation, vendredi, transition, article 102, Gaid Salah, armée,

  • Algérie : Un message brouillé

    par Kharroubi Habib

    En déclarant lors de sa très attendue allocution de mardi que «toutes les perspectives possibles restent ouvertes afin de surpasser les difficultés et trouver une solution à la crise dans les plus brefs délais », le commandant en chef de l’armée à voulu faire comprendre que si l’institution militaire à initialement privilégié l’option de la transition dans le cadre constitutionnel, elle ne fait plus de cette démarche un dogme sur lequel elle ne transigerait pas.

    Le message de Gaid Salah aurait pu atteindre son objectif d’autant qu’il a été précédé par l’annonce de la démission du controversé président du Conseil constitutionnel qui était appelé à jouer un rôle clef durant cette transition. Il a été toutefois incontestablement brouillé par l’autre annonce faite que le chef de l’Etat Abdelkader Bensalah avait procédé à la nomination du remplaçant de Tayeb Belaiz.

    La célérité avec laquelle il a été procédé au remplacement de ce dernier et au-delà de la pertinence ou non du choix de la personnalité désignée, a été perçue comme le signe que le pouvoir maintiendrait en réalité le cap dans la mise en œuvre de la transition constitutionnelle.

    Il parait en effet évident qu’en s’empressant de nommer un nouveau président du Conseil constitutionnel, ceux qui en ont pris la décision se sont préoccupés d’assurer la poursuite des opérations ayant été enclenchées dans le cadre de l’organisation de l’élection présidentielle censée avoir lieu le 4 juillet prochain.

    Du moment que Gaid Salah a soutenu que toutes les perspectives possibles restent ouvertes dont il peut en résulter une démarche pour une transition faisant consensus entre l’armée et le mouvement citoyen, il aurait pu « suggérer » au président de l’Etat de surseoir à la nomination du nouveau président du Conseil constitutionnel.

    Dans le même allocution au cours de laquelle il a tenu des propos qu’ils voulait rassurants sur l’engagement de l’armée à rester au côté du peuple afin que se réalisent ses revendications et aspirations légitimes, le chef de l’état-major de l’ANP s’en est pris à des milieux qui selon lui seraient encore à la manœuvre et gardent une capacité de nuisance.

    Il peut être déduit de cette affirmation que la guerre des clans qui a ponctué le règne de Bouteflika n’a pas pris fin avec la démission de celui-ci et que le pouvoir de fait qui s’est substitué à lui en vit lui aussi une dont l’enjeu est le pilotage de la période de transition et l’élection présidentielle qui va en être l’ultime séquence.

    C’est la raison pour laquelle la mobilisation populaire ne doit pas fléchir et que le mouvement citoyen doit rester vigilant à ne pas s’en tenir aux proclamations d’adhésion à ses revendications et aspirations qui lui promettent qu’elles seront réalisées et à ne pas succomber aux manœuvres visant à lui faire prendre parti dans la guerre entre clans du pouvoir visant leur recyclage dans l’ère post-Bouteflika.

    Le quotidien d’Oran, 19 avr 2019

    Tags : Algérie, Transition, Gaid Salah, armée, article 102,

  • Algérie: La dernière tentation des retardataires

    La révolution continue sa marche, gaiement dans son expression, sale et haineuse dans ses coulisses. De plus en plus, les positions se radicalisent et les hypocrisies se cristallisent. Il faut dire que la nouvelle mode en ces temps de Révolution, ce sont ces selfies pris par les uns et les autres dans les marches pour clamer son positionnement et sa nouvelle légitimité pour aller envahir les réseaux sociaux et se refaire une virginité.

    Mais plus qu’une virginité, ces opportunistes de tout bord, se permettent aujourd’hui de dérouler leurs propositions de sortie de crise. Des propositions qui n’ont rien d’innovants sinon reprendre les différents slogans affichés par les jeunes du «hirak», en clamer la paternité, et se positionner dans cette nouvelle Algérie qui se dessine.

    La nouvelle mode en ces temps de Révolution, c’est de s’en prendre à tout ce qui est Etat, en mélangeant sciemment, ou tout bonnement, par ignorance Etat et pouvoir. Des agissements de loubards qui veulent prendre le train en marche. Ainsi, alors que des millions d’Algériens marchent et manifestent pour une nouvelle Algérie, certains, toute honte bue, veulent se positionner pour de basses ambitions personnelles. Et pour ce, ils se veulent plus virulents que ne le sont ces formidables jeunes qui rêvent de lendemains meilleurs. Un opportunisme de bas étage qui renseigne sur ces révolutionnaires du dernier quart d’heure qui infestent les plateaux de télévisions et les pages des réseaux sociaux.

    Le drame de cette Révolution du sourire est bien là. Il est dans ces énergumènes qui ne pensent qu’à eux ou qui ne pensent qu’à mettre en pratique les visées de leurs maîtres qu’ils soient d’ici ou d’ailleurs. Et le danger est bien là. Voir cette Révolution pacifique prendre les chemins dangereux de l’affrontement et de la violence qui ne menacent pas uniquement ce magnifique élan d’un peuple assoiffé de démocratie et de liberté, mais surtout la paix et l’avenir de tout un pays.

    Ces pyromanes de la dernière minute qui n’ont pas fini de traire l’Algérie jusqu’au sang, et qui sont dans tous les clans et tous les râteliers, doivent être débusqués et neutralisés, car, pour satisfaire leurs démesurées ambitions, ils n’hésiteront pas à manœuvrer pour l’effondrement de l’Etat bien avant le seul pouvoir. Ils n’hésiteront pas à faire de nos jeunes des chairs à canons et à marcher sur leurs corps pour atteindre leurs objectifs et épancher leur soif du pouvoir. Mais il ne fait aucun doute que le «hirak» vaincra et sûrement sans ces opportunistes.

    Par Abdelmadjid Blidi

    Ouest Tribune, 17 avr 2019

    Tags : Algérie, transition, article 102, Gaid Salah, armée,

  • Algérie : Gaïd Salah insiste sur la préservation de l’indépendance de l’Algérie

    Au 4e jour de sa visite dans la 4e Région militaire, le général de Corps d’Armée, Ahmed Gaïd Salah a insisté sur la nécessité de relever plusieurs défis, essentiellement ceux ayant trait à la “sauvegarde de l’indépendance de l’Algérie, la consolidation des fondements de sa souveraineté nationale, son intégrité territoriale et la préservation de la force et la solidité des liens de son unité populaire… “.

    Le chef d’état major de l’Armée a réitéré les missions nobles dont l’Armée nationale populaire s’honore toujours de les exécuter de la manière la plus appropriée et la plus judicieuse, entre autres au “peuple algérien le droit de vivre dans la sécurité et la paix”.

    Des grandes puissances veulent refaire la carte du monde suivant leurs intérêts

    Le vice-ministre de la Défense nationale a, par ailleurs, accusé “des parties et des grandes puissances qui œuvrent à refaire la carte du monde suivant leurs intérêts, même si cela devait se faire au dépens de la liberté, de la sécurité, de l’indépendance et de la souveraineté nationale des peuples”.

    Mise à l’échec de toutes les tentatives visant la sécurité du pays
    Gaïd Salah a déclaré également que “Toutes les tentatives désespérées ciblant la sécurité et la stabilité de notre pays ont échoué, et vont encore échouer dans l’avenir grâce à l’aide d’Allah Le Tout-Puissant, puis grâce aux efforts laborieux et fructueux, que l’Armée nationale populaire, digne héritière de l’Armée de libération nationale, ne cesse de consentir, en s’inspirant de son dévouement aux valeurs de novembre et son message éternel afin que l’Algérie demeure unie et indivisible conformément au serment prêté au service de la patrie”.

    Echoroukonline, 18 avr 2019

    Tags : Algérie, transition, article 102, Gaid Salah, armée,

  • La crise politique en Algérie n’a aucun impact sur la position du pays dans le conflit du Sahara Occidental

    La crise politique en Algérie n’a aucun impact sur la position du pays dans le conflit au Sahara occidental. Telle est la position d’un membre de la direction et responsable des relations extérieures du Front Polisario.

    Mhamed Khadad, membre de la direction et responsable des relations extérieures du Front Polisario, a livré son point de vue sur la crise politique qui sévit actuellement en Algérie et ses possibles répercussions sur la position du pays sur la question du Sahara occidental.

    «La situation en Algérie est une question strictement interne qui concerne l’État et le peuple algériens avant tout», a-t-il déclaré, avant de confier: «Nous souhaitons dans ce cadre la paix, la sécurité, la stabilité et le succès pour le peuple algérien».Le responsable estime que la position d’Alger sur le Sahara occidental devrait «rester la même» car elle découle d’«une question de principe».

    «En ce qui concerne le soutien de l’Algérie à la cause du peuple du Sahara occidental, il n’y a ni réticence ni hésitation dans la position algérienne, qui est une position de principe envers toutes les luttes de décolonisation et d’autodétermination dans le monde», a affirmé Mhamed Khadad.

    Le 2 avril, sur fond du mouvement de contestation populaire qui touche l’Algérie depuis le 22 février, le Président algérien Abdelaziz Bouteflika, 82 ans, a mis fin à son mandat présidentiel. Suite à cette démission, le Parlement algérien a entériné la vacance définitive du poste de Président de la République et désigné le Président du sénat, Abdelkader Bensalah, comme chef d’État par intérim pour une durée de 90 jours. Durant cette période, ce dernier doit s’atteler à l’organisation d’une élection présidentielle à laquelle il n’aura pas le droit d’être candidat.

    News Front, 15 avr 2019

    Tags : Algérie, transition, article 102, Sahara Occidental, Maroc,

  • Algérie : Sale temps pour les fraudeurs en transfert de devises vers l’étranger

    Depuis le début du mouvement populaire contre le système politique, des soupçons ont pesé sur des hommes d’affaires quant à des opérations de transfert illicite de devises vers l’étranger.

    Karim Aimeur – Alger (Le Soir) – A la fin du mois de mars, alors que la polémique faisait rage sur cette question, la Banque d’Algérie, dirigée par Mohamed Loukal, a affirmé que les informations relatives aux transferts de capitaux, par le canal bancaire, « sont dénuées de tout fondement ». Mais avant-hier, dans la soirée, le ministère des Finances, dirigé par le même Mohamed Loukal, entre-temps promu ministre dans le gouvernement de Bedoui, a annoncé la mise en place d’un comité de veille et de suivi, chargé de suivre l’évolution des transferts en devises vers l’étranger.

    Son objectif ? Renforcer la vigilance en matière de transactions financières avec le reste du monde et débusquer les fraudeurs. Ce comité est composé de hauts fonctionnaires du ministère des Finances, de représentants de la Banque d’Algérie (BA) et de représentants de la communauté bancaire (Abef).

    Le comité a pour mission de s’assurer que les opérations de transferts en devises par les banques, en tant qu’intermédiaires agréés, sont exécutées dans le strict respect de la réglementation des changes édictée par la Banque d’Algérie, a expliqué le ministère des Finances.

    Que s’est-il alors passé entre-temps pour que M. Loukal passe d’un homme qui « dément des rumeurs » à un homme qui « donne du crédit aux mêmes rumeurs » ?

    Il y a d’abord sa promotion au poste de ministre. Mais il y a surtout ce communiqué du chef d’état-major de l’APN qui a parlé ouvertement de tentatives de faire fuir des capitaux volés et s’enfuir vers l’étranger.

    Le 2 avril, jour de la démission de Bouteflika, Ahmed Gaïd Salah a parlé de « vastes opérations de pillage et de dilapidation qu’a connues notre pays, ciblant ses potentiels et ressources économiques et financières ». Il s’est interrogé sur « les moyens qui ont permis à cette poignée de personnes d’amasser des richesses immenses par des voies illégales et dans un court laps de temps, en toute impunité, profitant de leur accointance avec certains centres de décision douteux, et qui tentent ces derniers jours de faire fuir ces capitaux volés et s’enfuir vers l’étranger ».

    Dans son communiqué, le ministère des Finances a expliqué que les opérations de transferts en devises par les banques sont classées en trois catégories. Il s’agit du règlement des opérations d’importation de biens et services, conformément à la législation et à la réglementation régissant le commerce extérieur et des changes en vigueur, des transferts dans le cadre d’investissements à l’étranger effectués par un opérateur résident en Algérie et les transferts des dividendes liés à des investissements directs en Algérie.

    En tout cas, l’annonce du ministère des Finances confirme les soupçons sur des opérations de transferts illicites de devises à l’étranger.

    Mais la décision semble avoir des objectifs politiques destinés, au même titre que la décision relative à l’interdiction de sortie de territoire national pour plusieurs hommes d’affaires, à calmer la rue qui demande des comptes aux « voleurs ». C’est une réponse au slogan « Vous avez dévoré le pays, espèce de voleurs ». « C’est destiné à calmer le peuple en lui disant qu’on est en train de surveiller le mouvement des capitaux », soutient l’expert économique Ferhat Aït Ali, contacté par Le Soir d’Algérie.

    Il affirme que le ministère des Finances n’a pas le droit d’installer un tel comité qui relève des prérogatives de la Banque centrale.

    « C’est une compétence de la Banque d’Algérie de contrôler a posteriori la régularité des opérations de transfert de devises. Il s’agit donc d’un empiétement des prérogatives de la Banque centrale », souligne notre interlocuteur.

    K. A.

    Le Soir d’Algérie, 15 avr 2019

    Tags : Algérie, Transition, Article 102, armée, Bensalah, Bedoui, Gaid Salah,

  • ALGERIE: VOX POPULI, VOX DEI

    M’hamed Khodja

    Le divorce semble définitivement consommé entre le peuple et ses gouvernants. Si ces derniers se drapent dans les oripeaux d’une Constitution faite sur mesure et qu’ils manient à leur guise pour poursuivre leur feuille de route, les manifestants leur opposent l’éclatante volonté populaire avec un seul mot d’ordre : qu’ils partent tous, « Yetna7aw ga3 » !

    Ce bras de fer ne se suffit-pas de demi-mesures ou de compromis qui ressembleraient plus à des compromissions. Le décalage entre la volonté populaire et la stratégie du « régime » est sans appel, la première forte d’une légitimité unique dans les annales politiques algériennes car unanime et créant le moment fondateur d’un nouveau contrat social, national, populaire et sans exclusive, tandis que le second, relégué par la dynamique des événements qui se succèdent depuis le 22 février, à un pouvoir de fait, un « régime » illégitime qui semble jouer la montre afin de trouver la parade pour se régénérer.

    Le discours du chef d’état-major de l’ANP Ahmed Gaïd Salah, qui s’est positionné d’une manière spectaculaire le 2 avril aux côtés des aspirations populaires, reprenant la phraséologie et les arguments du « hirak », surtout la notion de « clique mafieuse », « 3issaba », a certes précipité la démission de l’ancien président Abdelaziz Bouteflika. Il a surtout donné l’impression d’une communion entre l’institution militaire et le peuple, un retour au slogan « armée-peuple : frères », « Djeïch-Chaab : khawa-khawa ».

    Ce discours était « le » moment fondateur, ou censé tel, d’une compréhension et d’une prise en charge des revendications populaires par la seule institution de l’Etat dont la légitimité a été portée au zénith par le « hirak ». L’intelligence collective qui, a élaboré des revendications simples mais très sophistiquées en termes de représentation et de scénarisation des slogans continue, malgré la démission de Bouteflika, d’exiger le départ des « 4B ».

    Le quatuor Bensalah-Belaïz-Bedoui-Bouchareb, tous, responsables désignés, non issus du suffrage du peuple, doivent, selon la Constitution de 2016, piloter la période post-démission de l’ancien chef de l’Etat jusqu’à l’élection d’un nouveau président durant les 90 jours. Ce que le peuple a évacué d’un revers de main avec le slogan « les 4B : dégage » !

    Et c’est justement là que le décalage entre les attentes des uns et les attitudes des autres s’est installé d’une manière durable. Avec l’application de l’article 102 dans son acception la plus stricte, le peuple algérien, et avec lui son armée, se sont retrouvés comme piégés par une dynamique qui leur impose au moins deux des quatre B ! Ainsi, Abdelkader Bensalah est passé automatiquement de la présidence du sénat à celle de l’Etat. Et conformément à l’article 104, Noureddine Bedoui, le Premier ministre nommé par l’ancien président demeurera en fonction jusqu’à l’élection du successeur de Bouteflika.

    Ahmed Gaïd Salah s’est-il plaint de cet état de fait dans son discours du 10 avril, ou conforte-t-il l’idée que sa préférence va au respect strict des modalités qui découlent de la Constitution ? Peut-être les deux à la fois ! En se conformant à la Constitution, Gaïd Salah déçoit plus qu’il ne conforte le « hirak ».

    Pour Fateh Khenenou, enseignant à l’Ecole nationale supérieure de sciences politiques d’Alger, il y a « une crise de confiance entre le pouvoir en place et le hirak ». Les clés de compréhension de cette crise de confiance sont simples selon notre interlocuteur : « Le pouvoir n’a pas compris qu’il y a transformation dans le processus de légitimation : nous sommes passés de la force de la loi à la force de la rue. Celle-ci refuse les thèses du pouvoir qui se fonde sur le droit constitutionnel pour imposer la solution préconisée par l’article 102. »

    Ainsi, « cette mobilisation sociale, ce hirak populaire, constitue une force sociétale qui s’exprime par millions, ce qui démontre que l’Algérie vit une période de changement social radical. Le peuple refuse de dialoguer avec le pouvoir auquel il récuse la solution de sortie de crise (la constitution actuelle), tout en lui opposant une nouvelle vision qui s’inspire des articles 07 et 08 », précise Fateh Khenenou.

    C’est donc le retour à la notion de peuple, source du pouvoir, qui constitue la pierre d’achoppement dans la crise politique que traverse le pays. Le refus des symboles du pouvoir, passés et/ou présents est consubstantiel à la volonté de changement radical de système politique.

    L’éradication de la « clique mafieuse » est loin d’être une réalité et les mécanismes actuels de sortie de crise tels que proposés par le régime sont perçus plus comme les leviers actifs d’une contre-révolution en marche. Plus qu’un décalage, c’est une rupture historique qui s’opère entre le peuple et ses gouvernants, qualifiés d’illégitimes. Ces derniers feignent d’oublier l’adage qui glorifie le magistère du peuple : Vox Populi, Vox Dei, le voix du Peuple est la voix de Dieu.

    Le Jeune Indépendant, 14 avr 2019

    Tags : Algérie, Présidentielles 2019, Bouteflika, transition, article 102,

  • Ingérence en Algérie: les services secrets russes auraient averti la France

    Tout est parti d’un tweet de Georges Malbrunot, grand reporter du Figaro. Il relaie une source diplomatique qui avance que les services de renseignement russes ont averti leurs homologues français que Moscou ne souhaitait pas d’ingérence des Français dans les changements politiques en cours en Algérie. Sputnik France a tenté d’en savoir plus.

    «Un confidentiel du Figaro nous apprend que les services de renseignements russes ont transmis le message suivant à leurs homologues français. “On ne veut pas d’une ingérence française dans le choix du nouveau régime algérien».

    Ce tweet daté du 9 avril a pour auteur Georges Malbrunot, grand reporter au Figaro. Le journaliste cite cette information qui aurait pour source un diplomate français. Ce dernier assure que les services secrets russes ont averti la France qu’ils ne souhaitaient aucune intervention de Paris visant à influencer le changement politique en cours en Algérie.

    «Les services français ont répondu oui oui, mais ils n’ont tiendront pas compte, l’Algérie, c’est trop important pour nous», aurait ajouté le diplomate.

    Alain Rodier, ancien officier supérieur des services de renseignement extérieurs et directeur de recherche au sein du Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R) a livré son analyse à Sputnik France. Selon lui, il n’y a rien d’étonnant à ce que les services russes parlent avec leurs homologues français: «Je rappelle que nous avons des relations diplomatiques avec la Russie.

    À ma connaissance, les ambassades respectives sont toujours actives dans les deux pays. Le rôle des services de renseignement est aussi de maintenir des contacts avec leurs homologues étrangers sur des sujets d’intérêt commun, comme la lutte contre le terrorisme ou le crime organisé. Tout ceci se fait a priori, en dehors de considérations géopolitiques et entre professionnels.» Ce qui surprend plus l’ancien officier de renseignement, c’est la méthode:

    «Que les services russes aient dit aux services français de ne pas s’ingérer dans le changement de pouvoir en Algérie et que cette information sorte m’étonne. La première raison est que ce type d’échanges entre services doit rester secret. Un diplomate français aurait eu vent d’échanges entre les services russes et français. Or, à ma connaissance, les diplomates français n’ont pas accès à ce type d’échange. J’appelle donc à la prudence quant à cette source.»

    Sputnik France a contacté le porte-parole du ministère algérien des Affaires étrangères. Ce dernier n’avait toujours pas donné suite à nos demandes de réaction au moment de la publication de cet article. Nous avons également sollicité les autorités russes afin de connaître leur point de vue et attendons leur retour.

    Echourouk Online, 12 avr 2019

    Tags : Algérie, transition, article 102, Bouteflika, France, Russie,

  • Algérie : S’adapter à l’article 102 ?

    « Sans perdre de vue le fait que l’on traine encore de conjecture en conjecture, ce scénario, même s’il était bel et bien retenu, pourrait quand même faire long feu au cas où la riposte du vendredi venait à en rejeter le résultat… » globalement et dans le détail ».

    Par Mohamed Abdoun

    Le Parlement doit donc se réunir, en assemblée générale, ce mardi afin de constater la vacance du poste de président de la République, et de permettre la désignation du président du Sénat en qualité d’intérimaire pour gérer une phase de transition de trois mois, avant lesquels une élection présidentielle devrait avoir lieu. Il s’agit là du scénario le plus conforme à ce que prévoit la constitution, de par son article 102.

    Ainsi, si l’on devait poursuivre sur cette voie, il est plus que probable que le président du Sénat va déposer sa démission afin de permettre à une figure moins » grillée » de prendre sa place.

    Abdelkader Bensalah, en effet, est unanimement rejeté par les millions de manifestants qui battent le pavé chaque vendredi. Ces derniers, au reste, ont concentré l’essentiel de leurs revendications et de leurs slogans, vendredi passé, à la nécessité de se défaire de Bensalah et, accessoirement de Belaïz et Bedoui.

    Le » minimum syndical » consisterait, donc, à donner suite ne serait qu’à une partie de cette revendication en se délestant de Bensalah dès ce mardi, ou même avant, en attendant le verdict de la rue vendredi prochain.

    Le fait que le journal El Moudjahid ait décidé d’explorer cette piste dans son éditorial de la veille me semble être un indice assez sérieux concernant le fait que c’est ce choix qui aurait été retenu, dans l’espoir que la rue s’en satisfera aussi. Il devient clair, en tous cas, que les décideurs, qui se contentent de réagir aux imposantes marches du vendredi, lâchent à chaque fois un peu plus de lest à mesure que les manifestations grossissent en nombre et placent plus haut la barre des revendications. Il est, par exemple, bien loin ce temps où le peuple se serait satisfait du départ du président, sans que tout le système ne le suive dans sa chute.

    Sans perdre de vue le fait que l’on traine encore de conjecture en conjecture, ce scénario, même s’il était bel et bien retenu, pourrait quand même faire long feu au cas où la riposte du vendredi venait à en rejeter le résultat… » globalement et dans le détail « .

    Dans ce cas, et comme le suggèrent déjà plusieurs acteurs politiques, qui donnent plus ou moins l’air d’être dans le » secret des dieux « , il deviendrait plus que nécessaire de briser le carcan inhibiteur de cette constitution, en s’appuyant sur cet article 7 qui veut que toute souveraineté et tout pouvoir soit l’émanation du peuple, et de lui seul.

    Ici, plusieurs questions resteront quand même en suspens. La première, et la plus importante sans doute, sera celle de savoir qui en prendra le premier l’initiative, en sachant par avance que l’écrasante majorité des acteurs politiques et figures de proue de la société civile sont favorable à un pareil scénario.

    La première réponse qui vient à l’esprit sera bien entendu l’ANP. Celleci, et en ces moments particulièrement délicats et cruciaux pour l’avenir de l’Algérie, est en quelque sorte la garante que la transition se fera sans heurts. Le chef d’état-major, en outre, a maintes fois souligné le fait que l’armée partage l’intégralité des revendications soulevées par la rue. L’armée ne saurait dès lors se soustraire à ce rôle historique, dont la finalité servirait à mener le pays à bon port, en le dotant des institutions et des responsables librement et démocratiquement choisis par le peuple.

    Une pareille phase de transition, la plus courte possible, doit en revanche recueillir l’adhésion d’une écrasante majorité, et laisser émerger des figures que ni la rue, ni les acteurs politiques, ne sauraient logiquement rejeter.

    Mais, dans tous les cas de figures, les quelques jours à venir s’annoncent cruciaux pour la suite des évènements. L’Algérie, qui se trouve bel et bien à la croisée des chemins, n’a absolument pas droit à l’erreur.
    M. A.

    Tribune des Lecteurs, 7 avr 2019

    Tags : Algérie, Article 102, Abdelkader Bensalah, transition, armée,