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  • Algérie : Quels scénarios pour la succession de Bouteflika ?

    L’armée face à un vrai dilemme

    Le Conseil constitutionnel constate officiellement « la vacance définitive de la présidence de la République en application de l’article 102, alinéa 4 de la Constitution » et « communique l’acte de la déclaration de la vacance définitive de la présidence de la République au Parlement ». C’est ce qu’annonce l’institution présidée par Tayeb Belaïz à l’issue de sa réunion d’hier mercredi.

    Kamel Amarni – Alger (Le Soir) – Les choses s’accélèrent donc au lendemain de la démission officielle, dans la soirée de mardi dernier, de Abdelaziz Bouteflika de son poste de président de la République. Le Conseil constitutionnel aura donc accompli sa mission, comme une lettre à la poste, en attendant que le Parlement fasse de même.

    A ce stade-là, celle du constat de la vacance de la présidence de la République, il ne s’agit plus que d’une simple formalité, dès lors que Bouteflika a enclenché le processus avec le dépôt de sa démission, sous la pression populaire mais, aussi, à la suite d’un vrai « coup d’Etat pacifique » conduit par Gaïd Salah, mardi dernier.

    Cette sortie lourde, déterminée et publique de l’institution militaire qui a précipité le départ de Bouteflika, propulse en fait le patron de l’armée, le général de corps d’armée Ahmed Gaïd salah comme le nouvel homme fort du pays. Et à travers lui, c’est toute l’institution qui est appelée à jouer un rôle déterminant dans tout le processus enclenché depuis le 2 avril pour la succession de Abdelaziz Bouteflika.

    Un processus qui ne sera pas si facile à faire aboutir, en dépit de la clarté des dispositions constitutionnelles y afférentes, notamment l’article 102.
    Cet article stipule, en effet, que en l’état actuel des choses et de la configuration institutionnelle telle que laissée par Bouteflika, c’est le président du Sénat, Abdelkader Bensalah, qui sera chargé d’assurer l’intérim du poste de président de la République pour une durée de trois mois, tandis que le gouvernement de Noureddine Bedoui demeure L’armée face à un vrai dilemme lui aussi jusqu’à l’élection d’un nouveau Président (article 104).

    Or, la rue, désormais incontournable, rejette fortement ces options ce qui, en cas de refus général et persistant, aggravera la crise politique qui est déjà assez compliquée.

    A en croire des sources fiables, Ramtane Lamamra avait refusé, la semaine dernière, d’être propulsé à la tête du Sénat en prévision de la démission de Bouteflika, pour donc prendre l’intérim en question.

    Cette option, celle de la désignation d’un remplaçant à Abdelkader Bensalah à la tête du Sénat n’est en tout cas pas à écarter, d’autant plus qu’elle n’est pas anticonstitutionnelle. Il suffit, pour cela, que les membres du Sénat élisent un nouveau président pour leur institution. Chose qui n’est pas possible, s’agissant du gouvernement qu’aucune disposition constitutionnelle ne permet, ni de changer, ni de remanier à compter de la date de démission de Bouteflika.

    Or, l’armée, par la voix de son chef d’état-major, a clairement signifié, à plusieurs reprises, qu’elle n’acceptera aucune autre solution ou mesure qui ne s’inscrirait pas « dans le cadre exclusif de la Constitution ». Et si alors le gouvernement Bedoui fait l’objet d’une forte contestation ? C’est à ce niveau que se situe le véritable enjeu de ces débuts de l’après-Bouteflika et qui accroîtra, à coup sûr, le rôle de l’armée qui est, désormais, un acteur politique direct et même le plus important sur la scène.

    L’institution militaire va-t-elle peser de tout son poids pour imposer le strict respect de la Constitution, et dans ce cas aller vers une présidentielle dans les trois mois, avec le personnel politique actuellement en charge de cette brève transition, même contestée ou alors pousser vers une autre issue, politique, « consensuelle », mais qui sera forcément anti-constitutionnelle ?

    K. A.

    Le Soir d’Algérie, 4 avr 2019

    Tags : Algérie, transition, article 102, Gaid Salah, Bouteflika, armée,

  • Algérie : Zeroual refuse le deal de Saïd Bouteflika

    Nassim Mecheri

    L’ancien président de la République, Liamine Zeroual, est sorti de son silence en publiant ce mardi une lettre dans laquelle il évoque sa rencontre avec le général à la retraite Mohamed Mediène, alias Toufik, qui lui a proposé de diriger la période de transition.

    L’ex-Président a expliqué dans sa lettre le déroulement de sa rencontre avec l’ex-patron du DRS Mohamed Mediene.

    « Je tiens à cet effet à informer, par devoir de vérité et de transparence, que j’ai reçu ce samedi 30 mars et à sa demande, le général de corps d’armée Mohamed Mediene, qui m’a porté la proposition de présider une instance chargée de la conduite de la transition. Il m’a confirmé que cette proposition avait été faite en accord avec Saïd Bouteflika, conseiller à la présidence de la République ».

    L’ancien chef de l’Etat affirme avoir refusé la proposition du général Toufik. « J’ai fait part à mon interlocuteur de toute ma confiance dans la maturité des millions de manifestants et de la nécessité de ne pas entraver la marche du peuple, redevenu maître de son destin », ajoutant qu’il a toujours décliné toute offre politique depuis plus de 15 ans. « Comme vous le savez , je décline depuis 2004 toutes les sollicitations politiques et j’appelle à chaque fois à organiser une véritable alternance de nature à favoriser l’émergence de nouvelles générations auxquelles j’ai toujours fait confiance et fortement encouragées ».

    Liamine Zeroual a pointé du doigt le système politique algérien qui, selon lui, depuis l’indépendance « n’a pas su être à l’écoute du peuple, se réformer à temps, se moderniser et se hisser à la hauteur des attentes d’un grand peuple qui, le 22 février 2019, n‘a pas raté son rendez-vous avec la démocratie et a réconcilié l’Algérie avec son immense histoire ».

    Concernant le mouvement populaire sans précédent que connaît notre pays depuis le 22 février dernier, l’ancien président de la République a exprimé sa fierté, apportant son soutien aux citoyens. « Je suis interpellé tout comme vous par la force des manifestations populaires, massives et organisées du peuple algérien auxquelles j’ai apporté publiquement mon soutien dès les premiers instants », soulignant l’absence de réponses politiques « à la hauteur de ses légitimes revendications démocratiques ». « Comme tous les Algériens, j’ai ressenti une immense fierté en voyant des millions d’Algériennes et d’Algériens réclamer une Algérie démocratique dans une ferveur et une discipline qui font honneur à la Nation et donnent de l ‘Algérie et de son peuple une image digne de nos aspirations historiques », ajoute-t-il.

    Liamine Zeroual appelle dans sa lettre les tenants du pouvoir à faire preuve de « raison et de discernement et s’élever à la hauteur de notre peuple pour éviter tout dérapage aux conséquences incalculables pour le pays et laisser les Algériens s’exprimer librement et imposer la volonté de notre grand peuple » .

    Pour rappel, l’ancien président de la République s’était opposé à un 4e mandat d’Abdelaziz Bouteflika en 2014, affirmant à l’époque qu’il fallait passer le relais aux jeunes et à la génération des enfants de chouhada. Il avait également critiqué la révision de la Constitution en 2008, notamment l’amendement de son article 74 relatif à la limitation des mandats présidentiels à deux, rappelant l’importance de l’alternance au pouvoir pour consolider la cohésion nationale et instituer les bases structurantes d’une stabilité durable.

    Le Jeune Indépendant, 2 avr 2019

    Tags : Algérie, Présidentielles 2019, Bouteflika, article 102, transition,

  • Algérie : Contribution pour une sortie de crise : Lucidité et légalité

    Le peuple algérien, depuis le 22 février, s’est manifesté pour marquer massivement son opposition à un cinquième mandat du Président de la République et, dans le sillage, des formations politiques ont, notamment, appelé au retrait de la candidature du Président de la République, le report du processus électoral et le départ du gouvernement. Ces exigences, au demeurant partagées par une partie de l’opinion publique, ont reçu une traduction effective, mais partielle, à travers les décisions prises par le Président de la République, portées à l’opinion nationale, par sa lettre du 11 mars 2019.

    Les mesures annoncées ont donné lieu à un rejet global par ceux-là même qui les avaient portées, prétextant l’inconstitutionnalité desdites mesures.

    Le propos n’est pas de jeter l’anathème sur telle ou telle partie, ni de faire douter de leur patriotisme ou de leur sincère volonté d’édifier un régime politique plus à même d’assurer une gestion transparente et efficace des affaires du pays.

    L’objet de la présente initiative est d’examiner les préconisations émises par les uns et les autres, sur un plan légal et, surtout, pratique, et d’émettre des propositions concrètes, et surtout réalistes, pour une sortie de crise. En effet, faut-il souligner que le mouvement citoyen n’est pas aussi homogène qu’il n’y parait ; il est traversé par divers, et parfois fondamentalement opposés, courants politiques et idéologiques, de même qu’il n’est pas encadré par des organisations ou des personnes authentifiées, si ce n’est, pour partie, par des personnes et entités agissant sur les réseaux sociaux, dont certaines étrangères.

    En résumé, trois (3) principales voies de sortie de crise sont sur la table ; celle objet de la lettre du Président de la République, celle issue de la réunion de concertation de partis de l’opposition, de représentants de syndicats et de personnalités nationales, et la proposition du Vice-ministre de la Défense Nationale.

    A- La feuille de route de Monsieur le Président de la République est rejetée dans la forme et dans le fond par les formations et personnalités réunies au siège du Front Algérien pour le Développement, la Liberté et la Justice, ainsi que par les millions de manifestants, étant précisé qu’une frange de la société, acquise à priori à cette démarche, ne s’est pas exprimée dans la rue pour des raisons évidentes. Nous pouvons en conclure, cependant, que cette feuille de route est objectivement vouée à l’échec.

    B- La feuille de route issue de la réunion tenue au siège du FADLJ, appelle les observations suivantes :

    1- Ce regroupement qui a fondé son rejet de la feuille de route du Président de la République en faisant valoir des considérations liées à la constitutionnalité des mesures annoncées et à la légitimité de leur auteur, s’est lui-même autorisé à exprimer sa volonté d’agir loin de toute légitimité ou légalité, faisant fi de la souveraineté populaire et des dispositions constitutionnelles.

    2- L’appel à l’Armée Nationale Populaire à cautionner leur démarche est, à tout le moins, incongrue, nonobstant qu’il soit en flagrante contradiction avec les dispositions constitutionnelles. Bien plus, cet appel constitue un réel danger, aussi bien pour la cohésion de la nation toute entière, que pour la stabilité des institutions et du pays, en ce qu’il constituera une opportunité rêvée pour des puissances étrangères de jeter l’anathème sur l’institution militaire, voire justifier une intervention directe ou indirecte dans les affaires internes du pays.

    3- la préconisation de l’installation d’une direction collégiale composée de « personnalités nationales » et de représentants du mouvement citoyen, suscite des questionnements. En effet, qu’entendent-ils par « personnalités nationales » ?

    – est-ce les citoyens ayant exercé des fonctions politiques avant avril 1999 ? Faut-il rappeler que ces mêmes parties, ainsi que le mouvement citoyen exigent le départ du « système », c’est-à-dire celui en place depuis les premières années de l’indépendance, moyennant quelques mutations opérées au grès des circonstances, autrement dit, l’avènement de visages nouveaux ;

    – est-ce les citoyens connus de la place publique, au regard de leurs apparitions publiques régulières sur les plateaux de chaînes télévision ? Quels mérites particuliers peuvent-ils faire valoir par rapport à d’autres algériens aussi compétents, probes et honnêtes, sinon davantage qui, volontairement ou involontairement ont évolué loin des feux de la rampe.

    L’Algérie appartient à tous ses enfants, de tous sexes et générations. Les ambitions de certains ne peuvent servir de faire valoir pour hypothéquer la stabilité du pays et l’avenir des nouvelles générations.

    C- En réaction à cette initiative, le Vice-ministre de la Défense Nationale a encore une fois marqué son opposition à toute solution qui ne s’inscrirait pas en conformité avec la Constitution, et, a suggéré la mise en œuvre de l’article 102 de la Constitution, proposition immédiatement remise en cause par ceux-là même qui ne cessaient de lui faire appel du pied.

    Face a cette situation, quasiment de blocage, qui de plus en plus menace la sécurité et la stabilité du pays et de ses institutions, la présente contribution a pour finalité de soumettre une voie alternative de sortie de crise, en prenant en compte, autant que possible, les revendications des citoyens et les considérations légales.

    Monsieur le Président de la République aurait à prendre, selon cette contribution, les mesures suivantes :

    1-cessation de fonction du premier ministre et du vice-premier ministre qui n’ont pas pu réunir le consensus, et désignation d’un premier ministre et d’un gouvernement constitué exclusivement de technocrates. Aucun membre de l’actuel gouvernement ne serait maintenu.

    Le choix peut s’opérer parmi les cadres supérieurs de l’Etat, des établissements et entreprises publiques, des universitaires et des membres de la société civile, connus pour leur probité et leur expertise, n’appartenant à aucun courant ou formation politique et n’ayant exercé aucune responsabilité gouvernementale, ni un mandant électif national ;

    2- dissolution, sans délai, de l’Assemblée Populaire Nationale, dans les conditions prévues par l’article 147 de la Constitution ;

    3- amendement dans les plus brefs délais, par voie d’ordonnance, des missions de la haute instance indépendante de surveillance des élections pour lui confier les missions d’organisation et de surveillance des élections, en relation avec les institutions concernées de l’Etat.

    La haute instance serait constituée de magistrats élus par leurs pairs sous la supervision du conseil supérieur de la magistrature, dans sa formation disciplinaire, et de représentants des associations et organisations nationales, agréées, activant dans le domaine des libertés et droits de l’homme ou représentatives des avocats, des huissiers de justice, des notaires, des étudiants et des fonctionnaires et travailleurs. Le Président de la haute instance sera élu par l’assemblée générale.

    4- convocation immédiate du corps électoral, pour les élections présidentielle et législatives, dans les délais fixés par la loi.

    Le mandat du Chef de l’Etat en exercice prendra fin dès l’investiture du Président élu. Le Président élu aura toute latitude de soumettre à référendum une nouvelle constitution consensuelle.

    Alger, le 28 mars 2019

    Colonels à la retraite SOUFI Abdelkhalek et ZERROUK Ahmed

    ex-cadres/MDN

    Algérie1

    Tags : Algérie, Présidentielles 2019, Bouteflika, transition, article 102, Gaid Salah,

  • Algérie : Quelle issue pour le bras de fer ?

    PRÉSIDENCE-ANP

    Quelle issue pour le bras de fer ?

    Les scénarios de sortie de crise restent encore difficiles à établir dans le pays. Pour l’heure, la situation semble, au contraire, complètement bloquée.
    Abla Chérif – Alger (Le Soir) – En ce 22 février 2019, la rue algérienne surprend les plus fins des analystes en bravant l’interdiction de sortir manifester qui lui est imposée depuis de très longues années. Des centaines de milliers de personnes investissent Alger, mais aussi les principales grandes villes du pays pour demander à Abdelaziz Bouteflika de renoncer au cinquième mandat qu’il tente de briguer et réclamer la fin du système ayant mené le pays à la crise dans laquelle il se trouve. De nombreuses capitales étrangères soutiennent le mouvement populaire et son droit à décider de son avenir. Plus que jamais mobilisés, les Algériens décident de sortir ainsi tous les vendredis qui suivront jusqu’à satisfaction de leurs revendications.

    Rudement secoués, les tenants du pouvoir n’ont d’autre choix que de se rétracter annonçant l’annulation de l’option du cinquième mandat. Ils tentent aussi une carte : un maintien au pouvoir le temps d’une transition devant déboucher sur l’organisation d’une nouvelle élection présidentielle elle-même basée sur des textes issus d’une nouvelle Constitution.

    Bouteflika, que l’on dit très affaibli depuis son retour de Genève, insiste pour la tenue d’une conférence nationale. Pour ce faire, il met en place une équipe constituée de deux diplomates et de l’ancien ministre de l’Intérieur. Devenu trop gênant, Ouyahia est écarté d’un revers de la main. Mais la rue en colère réclame davantage.

    Au lieu d’avancer, la mission de Bedoui, Brahimi et Lamamra semble relever de l’impossible. Leur départ est exigé, les consultations qu’ils tentent d’entreprendre pour la formation d’un gouvernement de compétence tournent court.

    Sur les ondes de la Chaîne 3, Lakhdar Brahimi parle déjà de blocage. Il quitte Alger et ne se fait plus entendre depuis. Le vice-Premier ministre se tourne lui aussi vers ses tâches de MAE sans rebondir sur les propositions de Bouteflika.

    Bedoui réactive, quant à lui, l’équipe de ministres qu’Ouyahia a laissée après son départ. Le statu quo est total. L’Alliance présidentielle constituée pour dresser un mur autour du programme présidentiel vole en éclats. Décrétée illégitime, l’équipe dirigeante du FLN fait face à une fronde historique.

    Le RND est à «couteaux tirés». De nombreux cadres menacent de destituer Ouyahia par la force s’il refuse de se retirer. Les soutiens inconditionnels du Président tombent en lambeaux. Coincés, ils tentent de se rallier au mouvement populaire qui les rejette cependant. Des volte-face spectaculaires sont observées.

    Le porte-parole du RND compare le régime mis en place par Bouteflika à un «cancer», Ouyahia soutient que la solution passe par la démission du Président. Puis tout bascule après la «proposition» de Gaïd Salah. L’article 102 est soutenu par tous les inconditionnels de Bouteflika. Méfiants, les Algériens poursuivent leur demande de destitution de toutes les figures du régime.

    La nouvelle donne introduite par le chef d’état-major induit une nouvelle situation où le blocage se fait davantage ressentir. En dépit de la pression, le Président et son équipe refusent de céder. Le frère conseiller de Bouteflika est présenté comme étant le verrou principal dans cette nouvelle crise. Des «informations» sciemment distillées font savoir qu’il constituait l’élément essentiel de la réunion suspecte dénoncée par Gaïd Salah dans son dernier communiqué. Le fait que cette rencontre, à laquelle aurait également pris part (selon les mêmes sources) l’ancien patron du DRS, ait bénéficié du soutien de l’Etat français n’est pas anodin.

    En filigrane, on laisse ainsi entendre que sa résistance à toutes les pressions en cours est à mettre sur le compte des sérieux soutiens dont il bénéficie. Il s’appuie aussi sur l’imperturbable Tayeb Belaïz. C’est à ce dernier qu’incombe le rôle de réunir le Conseil constitutionnel censé se pencher sur la demande introduite par le chef d’état-major. Sa fidélité sans faille à Abdelaziz Bouteflika en fait un second verrou. Comme le premier, il résiste à l’heure où le chef d’état-major fait montre d’une certaine impatience mettant en avant sa volonté d’agir pour que le processus de décantation se déroule dans le strict respect de la Constitution.

    Jusqu’où ira le clan présidentiel dans sa résistance ? Mais quel champ de manœuvre reste-t-il aussi à Gaïd Salah pour faire valoir sa demande ?

    A. C.

    Le Soir d’Algérie, 1 avril 2019

    Tags : Algérie, Boutelfika, transition, article 102, Gaid Salah,

  • Algérie : La voie immuable de la légalité

    Deux jours après la démonstration de force, traduisant un engagement sans réserve pour un changement radical et une transition démocratique pacifique, une manifestation nocturne a secoué la capitale pour sceller la symbiose totale entre le peuple et son armée «khawa khawa», scandée haut et fort dans toute l’Algérie tournant le dos aux surenchères d’une frange de la classe politique disqualifiée et prenant leur distance avec l’article 102 qu’elle n’a eu de cesse de professer, redoutant l’épreuve des urnes révélatrice de la réelle représentativité dûment contestée par les manifestants. Elle constitue la meilleure réponse aux manœuvres sournoises de déstabilisation, alimentées par les fake news.

    La sortie du général de corps d’armée Ahmed Gaïd-Salah, vice-ministre de la Défense nationale et chef d’état-major de l’Armée nationale populaire (ANP), renseigne clairement sur les plans de «certaines parties malintentionnées» organisant des «réunions suspectes» destinées à mener une campagne attentatoire à la crédibilité de l’armée et à contourner les revendications légitimes du peuple.

    Tout en dénonçant les agissements néfastes des «individus connus» de tous et dont l’identité sera dévoilée «en temps opportun», le général de corps d’armée Gaïd-Salah a estimé que ces tentatives qui vont à l’encontre de «la légalité constitutionnelle» ou portant atteinte à l’ANP «sont totalement inacceptables et auxquelles l’ANP fera face par les moyens légaux».

    Face à une dérive inquiétante à plus d’un titre, l’union sacrée entre le peuple et l’armée républicaine est le meilleur rempart pour préserver la stabilité et amorcer la sortie de crise par la voie légale.

    Cette union se manifeste par une adhésion populaire à l’article 102, présentée comme «l’unique garantie» pour préserver la stabilité et prémunir notre pays de «toute situation malencontreuse», d’autant que le président de la République a, lors de son message à la nation le 11 mars dernier, affirmé : «Mon état de santé et mon âge ne m’assignant comme ultime devoir envers le peuple algérien que la contribution à l’assise des fondations d’une nouvelle République en tant que cadre du nouveau système algérien que nous appelons de tous nos vœux.» .

    La voie légale est confortée par le recours aux articles 7 et 8 de la Constitution qui stipulent respectivement que «le peuple est la source de tout pouvoir» et que «le pouvoir constituant appartient au peuple».

    La solution constitutionnelle «idoine», plaidée par d’éminents juristes, fait de plus en plus consensus dans la classe politique.

    Horizons, 31 mars 2019

    Tags : Algérie, Boutelfika, transition, article 102, Gaid Salah,

  • Prince Hicham : La démocratisation de l’Algérie va mettre le Maroc dans une situation difficile

    Prince Hicham : La démocratisation de l’Algérie va mettre le régime marocain dans une situation difficile

    Le prince marocain Hicham Alaoui souligne que l’institution militaire algérienne pourrait apprendre de la méthodologie/manœuvre du Makhzen marocain pour répondre aux exigences démocratiques du peuple algérien. Rappelant que si les Algériens parviennent à instaurer la démocratie, le Maroc sera dans une situation difficile.

    Hicham Alauí a exposé ces idées lors d’une conférence à l’Université Duke le 28 mars 2018. Le titre était “Le monde arabe entre révolution et contre-révolution”. Cette conférence coïncide avec le retour du printemps arabe dans des pays comme le Soudan, la Jordanie et surtout l’Algérie. Les idées principales de cette conférence sont :

    1 : Le printemps arabe et ses conséquences ressemblent beaucoup aux révolutions européennes de 1848. Une différence, cependant, est que la réaction contre-révolutionnaire contre le printemps arabe produit une version rénovée et non éclairée de l’autoritarisme qui ignore la nouvelle réalité sociale et au lieu de cela réduit son pouvoir patriarcal et despotique.

    Alors que les despotes éclairés de l’Europe ont cherché à absorber et à détourner le changement en offrant aux citoyens un nouveau type d’ordre politique, ou du moins des réformes conçues pour intégrer des formes croissantes de conscience nationaliste, l’ordre du printemps post-arabe offert par les autocrates régionaux est différent. Il tente d’écraser le changement en éliminant toute dissidence.

    2 : Situation au Maghreb. Comme l’Egypte, l’armée algérienne est l’épine dorsale de l’Etat. L’ère Bouteflika a été une modeste reconfiguration de cette formule, alors que le président civil grignotait cette hégémonie en faisant appel à de nouvelles élites commerciales et en réorganisant les services de sécurité. La chute de Bouteflika marque le retour de l’armée sur le devant de la scène politique algérienne. Ce moment politique est une transition, mais pas nécessairement démocratique. L’armée algérienne tentera d’apprendre de son ennemi juré, le makhzen marocain, en recyclant le système et ses élites. A l’inverse, le Makhzen marocain regarde l’Algérie avec appréhension. Les deux régimes, monarchique et militariste, ont des caractéristiques communes ; ce sont des autocraties libéralisées avec des élites pluralistes et des processus décisionnels opaques. Si le régime algérien fait de véritables pas vers la démocratisation, le système marocain se trouvera dans une position délicate.

    3 : La Chine et la Russie sont des puissances internationales qui n’ont aucun intérêt à promouvoir la démocratisation. Cependant, ils utilisent des stratégies différentes pour ce faire. La Russie fournit une couverture diplomatique aux autocraties, comme en Syrie et en Ukraine, et est même disposée à intervenir militairement pour renforcer leurs régimes favoris. La Chine est plus subtile, soutenant les autoritaires du Moyen-Orient par des ressources économiques et financières, ainsi que par une augmentation prometteuse du commerce et des investissements.

    Source : AlifPost

    Tags : Maroc, Algérie, Makhzen, Hicham Alaoui, Prince Hicham, Moulay Hicham, Bouteflika, article 102,

  • À quoi bon les F-16 Viper US que livrent les USA au Maroc ?

    Le cas algérien est sans doute une exception ! Les États-Unis ont bien rongé leur frein avant de finir par faire tomber leur masque alors que les contestations populaires entrent dans leur sixième semaine et que l’armée nationale demande le recours à l’article 102 de la Constitution et la mise à l’écart du président sortant.

    Dans un point de presse jeudi, le département d’État US affirme que c’est au peuple algérien de décider comment doit se dérouler la période de transition en cours dans le pays.

    La chaîne saoudienne Al-Arabiya, porte-voix du régime saoudien, a diffusé un documentaire où elle privilégie les théories du front Polisario, concernant la région du Sahara.

    Ce qui veut dire très clairement que l’Amérique de Trump n’a cure ni de l’État ni de l’armée algérienne, encore moins des solutions que celle-ci pourrait apporter pour une sortie de crise.

    Pour dire la vérité, les États-Unis s’accommodent fort bien de ce que le blocage perdure et que des mains invisibles aux ramifications obscures repoussent automatiquement toute solution à la crise, d’où cet appel de Palladino à « respecter le droit du peuple algérien à se rassembler et à exprimer pacifiquement son opinion pour que s’accomplissent ses aspirations économiques et politiques ».

    D’ailleurs, sous les dehors d’« une salutation parfaitement hypocrite », le diplomate américain évoque « l’engagement du gouvernement algérien à assurer la sécurité de tous les manifestants ». Pour ceux et celles qui se souviennent du début de la crise syrienne en 2011 et les encouragements transatlantiques à l’adresse du « mouvement pacifique du peuple syrien », ces mots en apparence bienveillants sonnent évidemment bien faux.

    Il y a plus. Le feu vert du Congrès inclut la mise à niveau des F-16 Block 52 de l’armée de l’air marocaine au standard Block 72. Pourquoi ? Le Congrès explique ainsi sa décision : « Le Maroc devrait pouvoir faire face à tout danger éventuel lié à la prise de contrôle des Soukhoï Su-30 algériens si ces appareils venaient à tomber entre les mains d’éléments non étatiques. » Un scénario imaginé par certains cercles du Congrès US qui semblent avoir tiré une leçon de l’échec américain en Syrie, où les milices terroristes n’ont jamais pu réellement s’imposer faute d’avoir un soutien aérien à proprement parler.

    La manipulation des populations par des parties tierces demeure aisée et très efficace, notamment par le biais des réseaux sociaux où les dérapages sont fort nombreux. Une armée électronique algérienne a été mise sur place pour contenir les attaques émanant de Libye et de Chypre, mais son action demeure jusqu’ici fort limitée.

    Pour le reste, la presse outre-Atlantique adopte déjà largement le mot « Hirak » pour désigner les protestations de la rue algérienne. Ce n’est pas anodin. Les sources américaines expliquent que le mot s’est déjà appliqué à la guerre de libération du mouvement sudiste au Yémen (à connotation séparatiste), mais aussi au mouvement de contestation du Rif au Maroc.

    C’est dire dans quel sens les stratèges US, déjà largement présents au Sahel, comptent orienter les protestations en Algérie. La grande question est : réussiront-ils à le faire ?

    PressTV

    Tags : Maroc, Algérie, Hirak, Bouteflika, article 102,

  • Algérie – La deuxième république n’est pas un vain mot, mon général, ministre de la république.

    Mon général, monsieur le ministre,

    Je m’adresse à vous en tant que citoyen libre dans sa pensée (libre penseur), universitaire, écrivain, enfin intellectuel, si mes capacités me le permettent de l’affirmer. Aussi, enfant ayant aiguisé son amour à la patrie dans le berceau de notre armée. Je n’ai pas connu le classique collège du théorème de Pythagore, ni la cour et le dortoir du respectable lycée des années soixante dix. J’étais dans un monde où la rigueur faisait foi dans notre éducation multidimensionnelle. Je vivais dans l’espace du clairon qui annonçait l’extinction des feux et le réveil matinal en l’absence de la douce voix maternelle.

    J’avais à peine neuf ans quand on m’a extirpé de mon environnement parental pour une éducation complémentaire et un rude apprentissage dans les salles de cours. J’étais le cadet de notre glorieuse révolution, le cadet de ceux qui ont défié la mort pour la liberté, le cadet de l’indépendance, héritier de ces valeureux hommes. Heureusement que cet héritage demeure un gène inextirpable, du fait qu’il n’est pas matériel.

    J’appartiens au peuple auquel vous vous êtes adressé du pupitre d’une caserne militaire .Du coup, vous avez accepté de vous soumettre à la critique citoyenne issue du mouvement de la liberté, celui du changement radical . Le discours de la « République démocratique et populaire » n’a pas plus sa place, et ce depuis la révolte citoyenne des jeunes du 22 février 2019.

    La « RADP », un slogan vide de son réel contenu philosophique, ne pouvait enfanter un cadre juridique à travers lequel le peuple espérait mettre en œuvre les outils avérés dans la construction d’une société moderne. Un rappel historique est nécessaire pour vous rappeler que lors du congrès de Tripoli en 1962, et devant le forcing instauré sur le GPRA par l’Etat Major Général présidé par feu colonel Boumédiène, pour la désignation du bureau politique du FLN qui avait pour tâche de préparer la phase de transition avec l’élection de l’assemblée constituante, et devant l’absence du consensus sur les personnalités qui devaient constituer le dit bureau politique, feu Seddik Benyahia, ne pouvant plus gérer la réunion, suspend les travaux du congrès le 05 juin de la même année. La suite est connue pour arriver au 22 février 2019 et voir le peuple s’extérioriser pacifiquement en lançant haut et fort : « Système dégage ». Ce système est né lors de ce congrès dont les travaux sont restés suspendus à ce jour.

    Mon général, monsieur le ministre, cette lettre est destiné au vice ministre de la défense nationale, à l’homme politique, l’homme public, et non pas au chef d’état major. La distinction est de taille. C’est une réponse à vos discours destinés au peuple à partir de casernements militaires. Je refuse d’impliquer l’institution militaire populaire dans le fond et la forme et qui est en dehors de la « République » hégémoniste que le peuple subi depuis la disparition du GPRA. La première « RADP »n’est qu’un slogan imprégné du Baathisme, pour pérenniser un pouvoir qui ne sort nullement du cadre de la « monarchie » archaïque habillée en costume de « république » dont le tissu est de très mauvaise qualité. D’une façon générale Quand la maturité politique fait défaut, l’erreur est omniprésente.

    Mon Général, monsieur le ministre, vous avez rendu visite au « Président » Bouteflika lors de son hospitalisation à l’hôpital militaire français ‘Val De Grâce’ , et où vous avez constaté de visu l’état de santé tout en prenant certainement acte des rapports médicaux inquiétants. C’était à ce moment précis que vous auriez du déposer votre démission du gouvernement, refusant d’emblée le fait accompli. À cet instant, vous auriez du proposer comme vous venez de le faire tardivement, l’application de l’article 102 de la constitution. Malheureusement, votre attitude s’est confondue au silence du consentement jusqu’à vous taire sur le ridicule, à savoir garantir un quatrième mandat à un candidat invalide, éclipsé par son état de santé.

    Mon général, monsieur le ministre,

    Lors de votre dernière déclaration publique vous avez précisé que l’institution militaire se limitera à ses prérogatives constitutionnelles .Cela veut dire tout simplement que votre proposition sur l’application de l’article 102 de la constitution sortait du cadre de vos prérogatives en tant que chef d’état major de l’ANP. Seulement, votre déclaration n’était pas fortuite je pense, car depuis l’avènement du congrès de Tripoli, l’institution militaire est toujours garante dans la désignation ou la destitution du président de la république.Tous les présidents qui ont géré le pays ont fait partie de l’institution militaire, mis à part le défunt Boudiaf.

    Mon général, monsieur le ministre, le peuple est fier de ses enfants qui garnissent les rangs de notre armée populaire, et ne peut s’éloigner de cette dernière pour assurer la stabilité et la sécurité de notre pays. Il existe une véritable symbiose entre le peuple et son armée. Toutefois, l’institution militaire ne saurait être indifférente, lorsque l’instabilité politique est en mesure de déchiqueter les repères de la nation et provoquer un enlisement sans précèdent. Le mouvement du 22 février 2019 entame la marche pacifique pour aboutir à l’éradication du système mafieux qui a marginalisé les compétences au profit de la médiocrité source de dilapidations des richesses du peuple .

    Une véritable mafia micro-régionaliste s’est emparée de l’appareil judiciaire pour faire taire les voix militantes au profit des mains sales. Même leurs enfants se sont gambadés sur le dos de la « République » devant les yeux meurtris d’une jeunesse accablée par la HOGRA, préférant et dans le désespoir, offrir leur corps à la faune marine méditerranéenne que de disparaître à petit feu dans leur pays natal.

    En conclusion, je dois vous assurer que la peur a changé de camp, et le peuple uni dans sa démarche pacifique, mettra fin à l’hégémonie de ce système qui agonise, qui étouffe et qui n’arrive plus à tenir debout. FAKHAMATOUHOU, « le roitelet » de la république écorchée n’existe plus. Enfin, la naissance de la deuxième république n’est pas un vain mot monsieur le ministre, car les articles 7 et 8 de la constitution sont les garants dans sa construction.Vive l’Algérie Horra Dimocratia, Allah yerham Echouhadas et GLOIRE à notre jeunesse, symbole du HIRAK du 22 février 2019.Que dieu tout puissant protège notre ANP.

    Mes sincères respects.

    Dr Driss Reffas , le 31 mars 2019

    31 mars 2019

    Bel-Abbas Info

  • Algérie: Urgence signalée

    » Dans un mois à peine, il sera trop tard pour agir, sauver le pays des graves dérives qui le menacent « .

    Par Mohamed Abdoun :

    La protesta populaire a fait mieux que ne pas faiblir. Elle a, en effet, pris un regain de vigueur qui annonce des vendredis tous plus agités et animés les uns que les autres. Comme il fallait s’y attendre, et comme je le prédisais dans un édito commentant la proposition du chef d’état-major pour la sortie de crise, je peuple répond massivement non.

    La proposition de Gaïd Salah, outre le fait qu’elle provoque une sorte d’immixtion de l’institution militaire dans les questions politiques, intervient bien trop tardivement. Les partis, organisations, et médias qui se sont empressés de s’aligner derrière cette tardive proposition, sans doute par opportunisme, en auront ainsi pris pour leur grade, si je puis dire.

    Cette proposition, comme je l’écrivais le jour-même de sa formulation, aurait été la bienvenue si elle était intervenue à peine deux ou trois semaines plus tôt. A présent, son obsolescence a clairement été démontrée par les manifestations monstres intervenues partout dans le pays, avec des mots d’ordre et des slogans quasi-identiques.

    Excédé, et chauffé à blanc face à la sourde oreille du pouvoir, le peuple a fini par placer la barre de ses revendications aussi haut que possible. Désormais, il ne veut rien moins que le départ du système. Tout le système. Celui-ci n’a pas d’autre choix que d’y donner suite, s’il ne veut pas mettre en péril la stabilité-même du pays.

    La rupture passe forcément par une urgente convocation d’une élection présidentielle. Mais pas avant d’avoir révisé la loi électorale afin de permettre la mise en place d’une commission d’organisation des élections absolument indépendante, et acceptée par tous.

    Parallèlement, un gouvernement technique, et réduit au minimum, sera également mis en place. Le président de la République, toujours en poste, et dont le mandat court toujours, jouit de toutes les prérogatives constitutionnelles et régaliennes pour accomplir tout cela, et sortir par la grande porte.

    Dans un mois à peine, il sera trop tard pour agir, sauver le pays des graves dérives qui le menacent. Il n’est pas difficile d’inscrire son nom au panthéon de l’histoire de l’Algérie.

    Pour cela, il suffit juste de savoir être à l’écoule de son admirable et glorieux peuple. L’exercice est à la portée de tous. Les manifestants répètent inlassablement les mêmes slogans et les mêmes revendications.

    M. A.

    Tribune des Lecteurs, 30 mars 2019

  • Algérie : L’exploit

    L’Algérie qui a écrit de belles pages de son Histoire qui ont émerveillé le monde, est en passe, actuellement, d’en réaliser une autre, de toute beauté. Nous vivons effectivement des instants Historiques. N’était-ce le sort politique d’un homme qui a beaucoup compté dans le parcours de la République qui se termine un peu en queue de poisson, on pourrait qualifier ces instants de magiques.

    Voilà donc un peuple qui, par la force de son engagement pacifique et sa détermination dans l’unité, la bonne humeur et un sens élevé du patriotisme, a réussi là où beaucoup d’autres ont dû sacrifier des centaines de vies humaines et traverser de grandes crises.

    Les Algériens sont en passe de réussir leur grande révolution pacifique, justement parce qu’ils ont déjà vécu des épisodes douloureux de leur histoire. Une douleur qu’il fallait vivre pour arracher l’indépendance, puis pour accéder à la démocratie, ensuite pour se réapproprier leur dimension identitaire millénaire.

    La somme de toutes les expériences qui, chacune en son temps, avait suscité l’admiration de la planète entière, a mis les Algériens sur la voie de la maturité politique. Ce peuple qui retient les leçons de l’Histoire et avance résolument en prenant en compte ses expériences passées, a unanimement pris la forte résolution de renforcer sa démocratie, en optant pour une République plus juste et qui s’inspire véritablement du droit. Il a réussi à passer un cap essentiel de la vie de la nation, sans effusion de sang, ni de débats stériles et encore moins de disputes byzantines.

    Le peuple Algérien uni dans sa lutte pacifique, a réussi l’extraordinaire exploit de sortir par millions 5 vendredis de suite pour dire sa volonté de changement.

    Il faut dire que cet exploit magnifique que les peuples de la planète le reçoivent comme une autre leçon de courage et d’abnégation pour la nation, a été réalisé grâce à un Etat qui, lui aussi, a appris de ses erreurs. Les institutions de la République, notamment, celles chargées de l’ordre public et de la sécurité, ont appliqué à la lettre près, l’article 7 de la Constitution, à savoir que la souveraineté revient au peuple et qu’il est en définitif le seul à l’exercer.

    Les policiers et les militaires ont parfaitement compris le sens de l’expression «Djeich, Chaab, Khawa Khawa». Ils se sont mis au service de leur peuple et de leur nation. Le résultat est cette très belle démonstration de révolution totalement et parfaitement pacifique.

    Il est cependant clair que la marche vers la démocratie n’est pas finie. Il reste encore du chemin à faire, peut être même que le plus dur reste à réaliser. Les uns et les autres ne sont pas encore d’accord sur les détails. Mais le peuple souverain, saura les guider. En grand timonier de son propre navire.

    Par Nabil.G

    Ouest Tribune, 27 mars 2019

    Tags : Algérie, présidentielles 2019, Bouteflika, transition, article 102,