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  • Algérie : Mobilisation intacte

    DES MILLIONS D’ALGÉRIENS À NOUVEAU DANS LES RUES :
    Mobilisation intacte

    Au sixième vendredi de manifestations nationales populaires contre Abdelaziz Bouteflika, son régime et l’ensemble du système, la mobilisation reste extraordinairement forte et la détermination des Algériens toujours aussi intacte quant à rejeter toutes les propositions émanant du pouvoir. Après le cinquième mandat, le prolongement du quatrième contenu dans « le plan de travail » proposé par Bouteflika le 11 mars dernier, c’était au tour de la proposition de Gaïd Salah de subir l’épreuve de ce qui est devenu un référendum national hebdomadaire.

    Kamel Amarni – Alger (Le Soir) 

    Et d’ores et déjà, l’on notera que l’appel du chef de l’état-major de mardi dernier n’a en rien influé sur « le taux de participation » aux marches du vendredi. Ce 29 mars aussi, ils étaient des millions à battre le pavé, pour réclamer le changement et, en l’occurrence, à juger que, globalement, l’application de l’article 102 de la Constitution n’est plus dans l’agenda de la rue !

    Trop peu, trop tard, estime, en quelque sorte, la population qui conteste son application par le personnel politique du pouvoir. Plus précisément, l’actuel président du Conseil de la Nation, Abdelkader Bensalah, et le gouvernement de Nouredine Bedoui. L’un comme président intérimaire et l’autre comme exécutif en charge des affaires publiques jusqu’à l’élection d’un futur président de la République, comme le stipule effectivement l’article 102, s’il est appliqué en l’état actuel des choses.

    A l’arrivée, le pays s’englue encore davantage dans une crise politique sans précédent et qui est d’autant plus inextricable, que les manifestations que vit l’Algérie en ce printemps 2019 sont nationales, générales, incluant toutes les catégories de la société et toutes les générations et ne sont chapeautées par aucune tutelle partisane ou politique.

    C’est un face-à-face direct entre le pouvoir et le peuple et donc, sans aucune possibilité de concevoir un dialogue « à l’ancienne ». Une situation d’impasse inédite et qui explique l’intervention de l’institution militaire dans le débat, à travers la proposition de Gaïd Salah. Mardi, à partir du sud-est du pays, l’homme fort de l’ANP avait affirmé qu’« afin de prévenir notre pays de toute situation incertaine, il est du devoir de tout un chacun d’œuvrer avec patriotisme et abnégation, et de privilégier les intérêts suprêmes du pays, afin de trouver, dans l’immédiat, une solution de sortie de crise.

    Une solution qui s’inscrit exclusivement dans le cadre constitutionnel, qui constitue l’unique garantie pour la préservation d’une situation politique stable ». Pour le pouvoir donc, le cadre doit être « exclusivement constitutionnel », à travers l’article 102, excluant de fait, toute autre option, autrement dit, une période de transition.

    Devant le rejet exprimé hier vendredi, le pouvoir est encore appelé à davantage de concessions pour faire accepter sa feuille de route. A en croire des sources crédibles, il a été convenu entre Bouteflika et l’armée d’un agenda qui prévoit la nomination d’un nouveau gouvernement et d’un remplaçant pour l’actuel président du Sénat, Abdelkader Bensalah , voire même, aussi, pour Tayeb Belaïz, préalablement à une démission de Bouteflika ; démission qui enclencherait la procédure de la mise en application de l’article 102 de la Constitution par le Conseil constitutionnel.

    Epargnée par la colère populaire, l’institution militaire aura, dans tous les cas, un rôle central à jouer dans les jours et les semaines à venir. Un rôle qui sera déterminé par l’évolution de la situation politique générale sur le terrain.

    Gaïd Salah avait d’ailleurs prévenu, mardi dernier, à partir de Djanet, qu’«en dépit du caractère pacifique et du civisme qui caractérisent ces marches jusqu’à présent, qui démontrent la grandeur du peuple algérien, sa conscience et sa maturité, et qui a tenu à préserver l’image de marque dont jouit l’Algérie parmi les nations, il est de notre devoir de souligner que ces marches pourraient être exploitées par des parties hostiles et malintentionnées, aussi bien de l’intérieur que de l’extérieur, qui usent de manœuvres douteuses visant d’attenter à la stabilité du pays. Des desseins abjects que ce peuple conscient et éveillé saura mettre en échec ».

    Il est également à prévoir d’autres sorties médiatiques du général de corps d’armée Ahmed Gaïd Salah dans les jours à venir.

    K. A.

    Le Soir d’Algérie, 30 mars 2019

    Tags : Algérie, présidentielles 2019, Bouteflika, transition, article 102,

  • Algérie : Quels scénarios pour une sortie de crise ?

    Manifestations pour un changement de régime: Quels scénarios pour une sortie de crise ?

    par Ghania Oukazi

    Le chef d’état-major, le général de corps d’armée, vice-ministre de la Défense nationale est depuis mardi dernier dans l’œil du cyclone. «Il doit partir !» ont scandé vendredi dernier marcheurs et nombreux autres milieux.

    Une telle revendication est une suite évidente de toutes celles exprimées depuis 6 vendredis consécutifs. Elle devait être au centre dans tout ce que le mouvement populaire met en avant depuis son soulèvement contre le pouvoir en place. Elle devait apparaître en même temps que celles revendiquant le «départ immédiat de Bouteflika», «système dégage !» et «irouhou gaâ !». Il fallait juste attendre que le chef d’état-majeur s’implique officiellement et publiquement dans la gestion de la crise politique du pays pour être pris au piège.

    Les appels incessants à une intervention de l’armée pour faire partir le pouvoir en place étaient certainement pour le pousser à le faire en vue de le pointer directement du doigt au même titre que le président de la République. Prévoir de le faire tomber des hauts des Tagarins n’est pas une chose nouvelle. Il est clair qu’elle était inscrite sur la feuille de route des hommes de l’ombre au même titre que la gronde de la rue. Mais sa mise en évidence attendait le moindre faux pas que Gaïd Salah allait faire. Sa «proposition» du recours à l’article 102 en a été un. L’appel à sa chute est devenu public depuis quelques jours. Le slogan est tout trouvé. «Bouteflika rayah, rayah, edi maâk Gaïd Salah !» scandait vendredi dernier des marcheurs et des voix bien éclairées.

    Reste à savoir comment Gaïd sera-t-il «cueilli». Une petite polémique a tout de suite levé le doute sur le procédé. Dès qu’elle a été exprimée par des politiques, la demande de son limogeage a été jugée «étonnante» par des observateurs avertis. «Mais qui doit limoger le chef d’état-major, le président que la rue veut limoger ?» ont-ils interrogé jeudi dernier. La parade est trouvée. «Ce sont les militaires qui doivent eux-mêmes le faire partir, d’ailleurs ils ne l’aiment pas», soutiennent des voix proches des anciens responsables des services secrets. Le verdict devrait être sans appel au regard de sa préparation bien réfléchie par ceux qui connaissent depuis longtemps les rouages du système.

    (Re)déploiement des wilayas historiques

    Il est demandé «aux troupes» de se révolter contre leur chef. A l’intervention militaire dans le champ politique décidée par Gaïd et qui a l’air d’un coup d’Etat à blanc contre le président de la République, il est apposé l’exigence d’un putsch à l’intérieur même de l’institution militaire pour le faire partir. C’est l’implosion des rangs qui est recherchée alors que jusque-là ils sont en principe unis face aux dangers des frontières. Des voix le réclament publiquement depuis jeudi dernier. «Bouteflika et Gaïd doivent partir, ce sont les deux piliers du système», plaident-elles.

    Les pièces du puzzle recherché sont ainsi placées au fur et à mesure que la rue marche. Le scénario de faire chuter le pouvoir en place n’est cependant pas totalement dévoilé. Reste la réponse définitive qui doit être donnée à la question «à qui remettre les clefs du pays s’ils doivent tous partir (irouhou gaâ) ?»

    Aux quelques noms de personnalités qui ont été avancés dès les premières marches pour prendre les commandes du pays, il est susurré depuis peu mais non encore au grand jour, celui de Abdelghani Hamel, l’ex-directeur général de la sûreté nationale limogé en mai dernier par Bouteflika dès l’éclatement de l’affaire El Bouchi ou les 701 kg de cocaïne.

    Depuis ses déclarations fracassantes sur la gestion de cette affaire et surtout sa phrase «celui qui veut lutter contre la corruption doit être propre», Hamel s’est imposé le silence. Aujourd’hui, des officines des services avancent que son nom figure parmi ceux qui doivent revenir «pour assainir les lieux». D’autant que, selon eux, «il fait partie de ceux qui ont des revanches à prendre sur le pouvoir en place». Mais il n’est pas question de le placer avant Zeroual ou autres personnalités qui sont proches à l’ancien président de la République de par son positionnement passé et présent. Il est fait état d’alliances «étroites» entre wilayas historiques qui ne pouvaient se faire il y a à peine quelques années ou même durant la guerre de libération nationale pour des raisons évidentes de leadership.

    Recompositions des pouvoirs anciens

    Un casting minutieux est entrepris en parallèle des joyeux «Silmia !Silmia !(pacifique)» qui sont clamés par la rue depuis le 22 février dernier. Il est fait en sorte que tout soit bien synchronisé pour que la chute programmée des gouvernants intervienne au moment jugé opportun par ses concepteurs. Des restructurations sont menées sur la base de recompositions de pouvoirs anciens.

    De nouveaux visages devraient apparaître pour faire croire au changement sans qu’il ne se produise véritablement. Il est certain que ce ne sont pas des incultes des manœuvres tactiques qui planifient l’exécution d’un tel scénario. L’enchaînement des revendications, leur cohérence et leur profondeur sont trop bien faits pour être une simple œuvre d’une rue dont la majorité sort pour se retrouver dans une ambiance festive. C’est cet air de «liberté» qui en dessine chaque vendredi les différentes phases. Scénario qui ne peut avoir été monté sur un coup de tête d’un ras-le-bol populaire.

    L’on se demande comment le clan présidentiel et le chef d’état-major n’ont-ils rien vu venir de la programmation de leur chute alors qu’il est affirmé par des sources du renseignement qui leur sont proches qu’ils avaient reçu il y a plus d’une année des rapports détaillés prévoyant de fortes protestations populaires.

    Services de renseignement, police militaire, gendarmerie nationale ont, selon ces sources, tous tiré la sonnette d’alarme mais le clan Bouteflika a fait la sourde oreille. Il importe peu de savoir aujourd’hui si une telle attitude résulte de la prétention ou de l’ignorance, la chute est bien organisée. Elle concerne en premier un homme que la maladie ronge depuis plusieurs années. Ainsi affaibli physiquement, son départ ne devrait se faire en principe ni par la force des bras ni par celle de la violence.

    L’Algérie aura tout à gagner à observer la sérénité loin des haines dévastatrices comme celles qui ont marqué les années 90 où près de 200.000 de ses enfants avaient péri. «Mais il faut bien que des têtes tombent et que les marches s’arrêtent», nous disent des anciens responsables. Tout dépendra de l’entêtement des antagonistes en faction, les uns pour garder le pouvoir et les autres -tapis dans l’ombre- pour le récupérer quelques années après en avoir été éjectés.

    Le Quotidien d’Oran, 31 mars 2019

    Tags : Algérie, présidentielles 2019, Bouteflika, transition, article 102,

  • Les relations franco-algériennes : La solidarité dans la nécessité et l’hypocrisie

    MAGHREB. L’Algérie est, pour la France, une douleur et une nécessité. Partenaire économique qui finit par privilégier nos concurrents ou terre d’islam avec qui il faut lutter de concert contre le terrorisme, l’allié algérien est un facteur d’instabilité nationale.

    L’élection présidentielle algérienne a finalement été ajournée ce 11 mars par le président Bouteflika, qui a annoncé, dans la foulée, la préparation d’une nouvelle constitution. Ceci nous importe dans la mesure où la France et l’Algérie sont liées par des relations complexes qui les enchaînent mutuellement.

    Des relations d’interdépendance

    Au plan économique, cette dépendance mutuelle est criante : la France est le premier fournisseur de l’Algérie en matériels divers et son cinquième partenaire commercial. Notons, à ce sujet, la régression de la France, au départ à la première place, puis dépassée par les États-Unis, l’Italie l’Espagne, et la Chine, nouvelle venue, dont les importations de produits algériens représentent, depuis 2014, 8 197 milliards d’euros, contre 6 342 milliards pour notre pays. Les États-Unis, eux, ont un volume d’échanges commerciaux avec l’Algérie qui s’élève à 19 milliards de dollars. Il importe d’ailleurs de remarquer que le maintien de la France à cette cinquième place découle en bonne partie de son appartenance à l’Union européenne, laquelle absorbe 50% des exportations algériennes.

    Depuis longtemps, la France cherche à sauver sa prééminence en Algérie et en Afrique du nord. Rappelons ici son rôle déterminant dans le lancement du Processus de Barcelone (27-28 novembre 1995), à l’initiative de Jacques Chirac, puis dans la constitution de l’Union pour la Méditerranée, fondée à Paris le 13 juillet 2008 à l’initiative de Nicolas Sarkozy, et regroupant 43 pays du pourtour méditerranéen, dont les trois États maghrébins et les 27 membres de l’UE, et dont le but officiel consistait à construire « un espace de paix, de sécurité et de prospérité partagée », étayé sur le libre-échange, le développement des ressources humaines et des échanges culturels, et le respect des Droits de l’Homme. Saluée comme un grand succès de la diplomatie française, l’Union pour la Méditerranée a accouché de projets ambitieux, mais de peu de réalisations pratiques.

    Le renforcement des relations franco-algériennes viendrait plutôt de la lutte commune contre le djihad. Ministres, hauts fonctionnaires et généraux français et algériens se consultent, depuis 2017, pour coordonner leurs opérations, échanger leurs analyses et leurs expertises. Les ministres des Affaires étrangères et de l’Économie des deux États se rencontrent régulièrement. Chacune des deux nations ne peut se passer de l’autre : toutes deux sont condamnées à s’entendre et à s’épauler.

    Des relations tumultueuses

    Or, depuis cinquante-sept ans, cette association nécessaire est émaillée de tensions, de ruptures, de refroidissements et de raideurs. L’ancien président algérien Houari Boumedienne disait justement : « Les relations entre la France et l’Algérie peuvent être bonnes ou mauvaises, mais elles ne peuvent pas être banales ». Et, de fait, non seulement elles n’ont jamais été ni banales, ni normales, mais toujours fortement empreintes de rancœur, de haine latente, de méfiance, d’oppositions.

    Les accords d’Évian du 18 mars 1962 devaient tenir lieu de base à l’ensemble des relations entre la France et l’Algérie indépendante. On sait ce qu’il advint. La guerre d’Algérie se termina dans des bains de sang et les accords ne furent acceptés ni par l’aile radicale du FLN, qui les considérait comme « une plate-forme colonialiste », ni par une bonne partie de la classe politique française, encline à les interpréter comme une défaite humiliante et une amputation du territoire national. Les désaccords entre les deux pays éclatèrent dans le domaine militaire (les Algériens s’accommodant mal de la libre disposition par les Français, pendant cinq ans, des installations de In Ecker, Reggane, Colomb-Béchar et Hammaguir) et au plan économique, au niveau de l’exploitation des ressources pétrolières du Sahara. La crise culmina avec la décision du président Boumédiène de nationaliser les ressources pétrolières et d’en confier l’exploitation à une société nationale, la Sonatrach (24 février 1971). Elle connut un moment d’arrêt avec la visite de Giscard d’Estaing à Alger (10 avril 1975). Le président français déclara alors : « Aujourd’hui, nos deux peuples travaillent ensemble », ce qui semblait relever d’une bonne volonté coopérative fondée sur l’oubli du passé. Mais rien ne fut sérieusement tenté pour lancer cette coopération, et la collaboration entre les deux pays continua à relever de la contrainte mutuelle, et resta défiante. D’autant plus qu’à partir de 1976, le soutien diplomatique apporté par la France au Maroc, lors de la crise du Sahara occidental, empoisonna les relations politiques entre Paris et Alger.

    Notre prudence sans panache et sans génie s’efforce de préserver un avenir bien incertain.

    Les deux États semblèrent pourtant opérer un sérieux rapprochement au début de la décennie 1980. Ils étaient dirigés par deux nouveaux présidents, Chadli en Algérie, Mitterrand en France, décidés à aller dans la voie d’une collaboration étroite et confiante. Dès la fin de 1979, Chadli avait affirmé, à la télévision française, que les deux pays pouvaient oublier le passé et entretenir les meilleurs rapports, à l’exemple des relations franco-allemandes ; de son côté, Mitterrand, galvanisé par son très pro-arabe ministre des Relations extérieures, Claude Cheysson, rêvait d’instaurer entre la France et les pays du Tiers Monde des rapports exemplaires. Ce qui l’amena à conclure, à la suite de son séjour à Alger (30 novembre-1er décembre 1981), une série d’accords commerciaux, dont l’achat par la France du gaz algérien à un prix supérieur de 25% au cours mondial ! Initiative typique des bouffées délirantes de Mitterrand, qui présenta l’inconvénient d’alourdir notre facture énergétique sans que l’Algérie ne nous renvoyât l’ascenseur par des préférences ou des facilités accordées à nos entreprises ou des avantages douaniers sur nos produits. Le « coup de passion » entre Paris et Alger, suivant l’expression de Cheysson resta sans lendemain. Et les relations franco-algériennes poursuivirent leur fatal chemin, cahin-caha. Maintenues par la seule nécessité et le poids de l’histoire, insuffisantes pour générer un réel avantage politique ou économique, elles suffirent, en tout cas, à entraîner des conséquences néfastes pour notre pays. Celui-ci, en raison de ses liens avec le pouvoir FLN d’Alger, devint, à partir des années 1990, la cible du terrorisme islamiste, en lutte contre ce dernier… avec lequel les relations tendaient à se dégrader. En effet, des décennies durant, la France avait fermé les yeux sur le caractère autoritaire, clanique et corrompu de l’État et du système politique algériens. D’autant plus que le régime avait été institué par les « patriotes » algériens vainqueurs du colonialisme français au nom du droit des peuples, ce qui rassérénait la bonne conscience qui imprègne toute notre classe politique et nos gouvernements successifs.

    Mais l’irruption, sous la forme du terrorisme, de la guerre civile entre l’État FLN et ses adversaires djihadistes obligea nos dirigeants, volens nolens, à prendre position dans ce conflit. Ainsi, la France se permit-elle de critiquer les entorses faites à la démocratie en Algérie et le caractère irrégulier de l’élection d’Abdelaziz Bouteflika en 1999. Le président algérien fut reçu cordialement par son homologue français, Jacques Chirac en juin 2000, lequel lui rendit la pareille à Alger en mars 2003, mais les relations entre la France et l’Algérie se tendirent de nouveau, lorsque en février 2005 le Parlement français vota une loi rappelant les aspects positifs de la colonisation. La visite de Sarkozy à Bouteflika, en décembre 2007, permit la conclusion de contrats pétroliers et gaziers de cinq milliards de dollars. Mais cette rencontre au sommet frôla l’échec cuisant, le président algérien persistant à manifester sa rancune anticolonialiste envers la France.

    Une nouvelle crise éclata avec l’arrestation, en août 2008, du diplomate Mohamed Ziane Hasseni, accusé d’avoir commandité le meurtre d’un opposant algérien, et ne fut que très difficilement surmontée, notamment par la visite à Alger de l’ancien Premier ministre français Raffarin, en avril 2015. Dans l’intervalle, Sarkozy ignora Bouteflika lors de la réunion du G20 à Nice, en novembre 2011, et le président algérien attendit ostensiblement l’élection de François Hollande, le 6 mai 2012, pour accréditer le nouvel ambassadeur français à Alger, nommé par son prédécesseur.

    Un avenir incertain qui condamne l’hypocrisie de la diplomatie française
    Décidément, le passé ne veut pas passer, et il se complique, aujourd’hui, des répercussions sur les relations franco-algériennes de la montée des oppositions au pouvoir FLN. Pénible dilemme pour la France : elle aurait intérêt à se démarquer d’un État FLN toujours plus contesté, qui ne se maintient que par la force militaire et qui ne peut plus, comme il l’a longtemps fait, acheter la paix sociale en distribuant (aux entreprises, en particulier aux jeunes entrepreneurs) des subventions prélevées sur la manne des revenus du pétrole et du gaz, en raison de la baisse des cours mondiaux de ces sources d’énergie ; mais elle ne peut miser sur une opposition très émiettée, encore loin du pouvoir, et qui risque de se montrer exigeante lorsqu’elle y accédera ; et tout cela avec le danger de voir croître en influence le radicalisme musulman. Actuellement, elle se tient à une attitude expectative. Benjamin Griveaux a affirmé que le gouvernement, dont il est le porte-parole, souhaite que l’élection « réponde aux aspirations du peuple algérien ». Précisant ce pont de vue tout en évitant d’engager son gouvernement dans le débat politique algérien, il a déclaré : « C’est au peuple algérien et à lui seul qu’il revient de choisir ses dirigeants, de décider de son avenir, et cela dans la paix et la sécurité […] Nous formons le vœu que cette élection donne à l’Algérie l’impulsion nécessaire pour faire face aux défis qui sont les siens et pour répondre aux aspirations profondes de sa population ». Compréhensible, cette prudence ménage la chèvre et le chou, et s’efforce, sans panache et sans génie, de préserver un avenir bien incertain. Une incertitude encore accrue par la décision de Bouteflika de renoncer à briguer un cinquième mandat tout en demeurant à la tête de l’État jusqu’à la réforme de la constitution préparée par une « convention nationale », dont on ignore tout de la composition. Nos dirigeants actuels sont manifestement dépassés par la situation politique de l’Algérie d’aujourd’hui. On peut néanmoins se demander s’ils le seraient autant si leurs prédécesseurs, depuis 1962, avaient donné aux maîtres d’Alger l’exemple d’une politique nationale lucide, ferme et réellement constructive, au lieu d’une attitude hypocrite et bassement calculatrice mal dissimulée par une rhétorique et des postures tiers-mondistes dont aucun des deux pays n’a tiré un bénéfice réel et durable.

    Politique Magazine,

    Tags : Algérie, France, Bouteflika, Présidentielles 2019, article 102,

  • Algérie : La rue se déchaîne contre la proposition de Gaid Salah

    Les manifestations populaires qui se déroulent depuis le 22 février, ont pris une nouvelle tournure ce vendredi 29 mars, en s’en prenant au chef d’état-major, Gaid Salah, qui en a pris pour son grade, avec les slogans « Gaid Salah dégage », « Gaid n’est pas Salah » ( ne convient pas) », « Ils dégagent Tous », « chaab la yourid la Gaid la Said »..

    En sus des slogans hostiles au pouvoir, les manifestants ont crié leur refus de l’application de l’article 102 de la constitution, une idée développée par le chef d’état-major de l’armée.

    Les manifestants rejettent l’article 102 et réclament l’application de l’article 7 de la Constitution qui stipule que « Le peuple est la source de tout pouvoir. La souveraineté nationale appartient exclusivement au peuple ».

    Le peuple dans la rue et des partis politiques ne se sont pas trompés sur les objectifs réels de cette inattendue et surprenante déclaration de Gaid Salah, assimilée à une tentative de perpétuer le système en place. En effet, appliquer l’article 102 de la Constitution génèrera une transition dirigée par le pouvoir actuel, avec une présidence par intérim assurée par Abdelkader Bensalah, un proche du président Bouteflika, et qui sera à la tête du gouvernement actuel. Et si ce scénario est appliqué, il en sortira obligatoirement comme prochain président un homme du système, ce qui est rejeté par la rue.

    En effet, après son ingérence dans le politique, en suggérant l’application de l’article 102 de la constitution, Gaid Salah s’est encore immiscé dans le judiciaire, si l’on croit le directeur du groupe Echourouk, qui avait rendu hier hommage au chef d’état-major pour son intervention qui aurait permis sa libération, selon ses dires.

    Algérie1

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  • Algérie : L’application de l’article 102 ne satisfait pas la classe politique

    La classe politique, toutes tendances confondues, a été unanime pour rejeter la proposition du chef d’état-major et vice-ministre de la Défense, Ahmed Gaïd Salah, de recourir à l’article 102 de la Constitution comme outil de règlement de la crise actuelle.

    Le Parti des travailleurs de Mme Louisa Hanoune estime que «l’application de l’article 102 implique le maintien du gouvernement actuel et les deux chambres du Parlement dont l’écrasante majorité du peuple réclame le départ car non légitimes».

    Dans un communiqué du parti, à l’issue de la réunion de son bureau politique le mardi 26 mars, le PT estime que la proposition de Gaïd Salah «vise donc le sauvetage du système et sa continuité». «Et l’application de l’article 102 est porteuse de tous les risques pour la nation, pour sa souveraineté et son intégrité ouvrant la voie aux ingérences étrangères tant rejetées par les millions de manifestants. Ce qui confirme que toute période de transition constitue un réel danger pour le pays.

    Par conséquent, une éventuelle constitutionnalisation de ce qui s’apparente à un coup de force constituerait une dérive sans précédent qui menacerait les fondements mêmes de l’Etat et la sécurité nationale, une menace contre la paix recouvrée». A noter que le bureau politique du Parti des travailleurs a également décidé «la démission du groupe parlementaire du parti de l’APN».

    Pour le Front des forces socialistes (FFS), la proposition du chef d’état-major est une «grave atteinte à la dignité du citoyen». «Encore une fois, le pouvoir algérien par le biais du chef d’état-major de l’armée provoque et se joue de la volonté populaire. L’institution militaire ne s’est pas retirée du politique, elle s’ingère encore une fois dans le processus constitutionnel et ne répond pas aux revendications du peuple algérien qui demande le changement du système et non un changement dans le système», lit-on dans un communiqué du FFS rendu public mercredi.

    Le FFS estime que «l’option de l’application de l’article 102 de la constitution n’est pas la solution demandée par le peuple algérien, l’armée vise à étouffer le mouvement populaire et permettre au système de se pérenniser». «L’article 102 ne répond plus aux revendications du peuple algérien, le peuple veut contrôler son destin, prendre en charge son avenir, un avenir de libertés, de justice sociale et de dignité», indique le communiqué signé par le premier secrétaire du FFS, Hakim Belahcel.

    Le président de Talaie El Hourriyet, Ali Benflis, estime de son côté que «compte tenu de la situation exceptionnelle que vit notre pays, la mise en œuvre de l’article 102 de la Constitution n’est pas susceptible de constituer à elle seule une base – toute la base – pour le règlement de la crise. De ce point de vue, l’application de l’article 102 devra impérativement être adaptée de manière que soient respectées les conditions de transparence, de régularité et d’intégrité que le peuple réclame afin de pouvoir exprimer son choix librement et sans contrainte et sans tutelle».

    Au Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD), on qualifie la proposition de Gaïd Salah de «tentative de coup d’Etat». Cité par TSA, le secrétaire national à la communication du RCD, Yassine Aissiouane, estime qu’«il ne s’agit plus pour eux (le pouvoir, ndlr) de sauver le soldat Bouteflika, mais d’organiser le sauvetage du régime», dit-il. «Ceux qui se sont rendus complices, par leur trahison légendaire, auront à répondre de leurs actes ignobles devant le tribunal de l’histoire. Ils veulent une passation de consignes à l’intérieur du même système, nous exigeons une transition démocratique qui pose les fondations de l’Algérie nouvelle», ajoute-t-il.

    Pour Abdallah Djaballah, président du Front de la justice et du développement (FJD), la proposition du chef d’état-major «est en contradiction avec les revendications du peuple algérien et l’application de l’article 102 requiert le transfert des responsabilités au président du Sénat, Abdelkader Bensalah, ce que nous refusons».

    Le Mouvement de la société pour la paix (MSP) de Abderrezak Makri estime lui aussi que la «proposition» du chef d’état-major, Ahmed Gaïd Salah, «d’appliquer l’article 102 de la Constitution (…) ne permet pas la transition démocratique, ainsi que des élections libres et équitables». Le MSP souligne «la nécessité pour l’institution militaire d’accompagner l’accès à une solution politique et à un consensus national et la préservation de l’Etat civil, ainsi que la nécessité d’ajouter des mesures garantissant les revendications du peuple algérien dans le cas de l’application de l’article 102, tout prenant en compte les propositions de la classe politique, avant que le Conseil constitutionnel ne déclare la situation de vacance du poste du président de la République».

    Le MSP propose la «nomination d’un chef de gouvernement consensuel» en «collaboration avec la classe politique» et qui soit «accepté par le mouvement populaire». Il propose également : la «création d’une Commission nationale indépendante pour l’organisation des élections et la révision de la loi électorale» et la «publication en toute urgence de décrets garantissant la libéralisation de l’action politique, l’indépendance du pouvoir judiciaire et la protection des richesses nationales».

    Le Quotidien d’Oran, 28 mars 2019

    Tags: algérie, présidentielles 2019, Bouteflika, article 102, vacance du pouvoir, transition,

  • Algérie : Nouveau vendredi de suspense

    Depuis mardi, la scène politique algérienne est marquée par de très nombreuses réactions faisant suite à la demande de l’application de l’article 102 par le chef d’état-major. La réponse la plus attendue émanera cependant de la rue qui s’apprête à vivre un nouveau vendredi de contestation.

    Abla Chérif – Alger (Le Soir) – Les appels en cours pour une nouvelle mobilisation citoyenne ce week-end peuvent être d’ores et déjà considérés comme étant un début de cette réponse. Les Algériens se sont fixé des objectifs très clairement exprimés à travers des mots d’ordre réactualisés en fonction de l’évolution de la situation et il est très peu probable que la dernière sortie de Gaïd Salah ait été accueillie comme étant une «mesure» passible d’inverser la tendance.

    En attendant vendredi, plusieurs éléments sont ainsi à prendre pour tenter d’évaluer la manière dont se traduira l’expression populaire. Le premier a trait à la situation qui a prévalu durant les premières heures et au lendemain du discours tenu par le chef d’état-major à Ouargla.

    Les manifestants (des étudiants surtout) réunis à la place Audin pour maintenir la pression n’ont pas été rejoints par une foule en liesse et surtout favorable aux déclarations inattendues réclamant le départ de Abdelaziz Bouteflika par l’application de l’article 102. Des citoyens sortis à bord de véhicules exiger le départ immédiat du président de la République n’ont pas été suivis.

    Les journalistes de chaînes de télévision privées dépêchés rapidement sur place sont repartis sans images particulières. A l’inverse, on a constaté l’affluence de plusieurs petits groupes venus prendre la température et rechercher des explications. Petit à petit, les lieux se sont transformés en espace de concertation, de débats. Il s’en dégageait du scepticisme, des doutes (quant à l’intention véritable des auteurs de l’appel), des interrogations, mais en aucun cas une acceptation unanime de la proposition largement relayée par les médias étatiques.

    Le second élément à prendre en compte est inévitablement lié aux réactions qui s’enchaînent sur Facebook. Ce réseau social numéro un dans le pays a constitué le point de départ indéniable de la contestation en cours. C’est de là que sont partis les premiers commentaires virulents faisant suite à la confirmation de l’option du cinquième mandat, des appels à exprimer des réactions hors du cadre virtuel, que se sont en somme organisés les Algériens en vue du déclenchement des manifestations du 22 février. Et c’est là encore que des appels à la prudence on été postés très peu de temps après la déclaration de Ouargla. Des intellectuels ont décortiqué le contenu de l’article 102, les dispositions de loi portant sur les étapes menant à la disposition de la loi avant d’aboutir à des conclusions largement relayées : «Dans le meilleur des cas, écrivait ainsi un internaute, on aura Bensalah pendant 45 jours, dans le pire, ce sera à Belaïz de décider pour nous, c’est une grosse couleuvre qu’on veut nous faire avaler».

    Tout au long de la journée d’hier, les internautes ont été très actifs, publiant des messages hostiles à cette proposition qui pourraient bien être présents dans les prochains slogans. En attendant la confirmation de vendredi…

    A. C.

    Le Soir d’Algérie, 28 mars 2019

    Tags : algérie, présidentielles 2019, Bouteflika, article 102, vacance du pouvoir, transition,

  • Argelia : El viernes de todos los riesgos

    ¿QUÉ RESPONDERÁN LOS MANIFESTANTES A LA PROPUESTA DE GAÏD SALAH? – Nuevo viernes de suspenso

    Desde el martes, el panorama político argelino ha estado marcado por reacciones muy numerosas a raíz de la petición del Jefe de Estado Mayor de que se aplicara el artículo 102(*).

    Sin embargo, la respuesta más ansiada vendrá de la calle, que está a punto de experimentar otro viernes de protesta ya que abundan los llamamientos para una nueva movilización ciudadana este fin de semana y que pueden considerarse como una respuesta a la proposición del jefe del ajército.

    Los argelinos se han fijado objetivos muy claramente expresados a través de consignas actualizadas basadas en la evolución de la situación y es muy poco probable que la última publicación de Gaïd Salah fuera acogida como una « medida » que podría invertir la tendencia.

    Mientras tanto, hay que tener en cuenta varios elementos en un intento de evaluar cómo se traducirá la expresión popular. El primero se refiere a la situación que prevaleció durante las primeras horas y el día después del discurso de Gaid Salah en Ouargla.

    A los manifestantes (principalmente estudiantes) reunidos en la Plaza de Audin para mantener la presión no se les unió una multitud en júbilo y especialmente a favor de las declaraciones inesperadas que pedían la ida de Abdelaziz Bouteflika por la aplicación del artículo 102. No se siguió a la voluntad de los ciudadanos que salían en vehículos que exigían la salida inmediata del Presidente de la República.

    Los periodistas de los canales de televisión privados que fueron enviados rápidamente al lugar se quedaron sin ninguna imagen en particular. Por el contrario, varios grupos pequeños vinieron a tomar la temperatura y a buscar explicaciones. Poco a poco, los lugares se han ido transformando en un espacio de consulta y debate. Hubo escepticismo, dudas (en cuanto a la verdadera intención de los autores de la apelación), preguntas, pero de ninguna manera una aceptación unánime de la propuesta ampliamente difundida por los medios de comunicación estatales.

    El segundo elemento a considerar está inevitablemente ligado a las reacciones que se suceden en Facebook. Esta red social número uno en el país fue el punto de partida innegable para el desafío en curso. A partir de ahí, los argelinos hicieron los primeros comentarios virulentos tras la confirmación de la opción del quinto mandato, llamados a expresar reacciones fuera del marco virtual, con miras a lanzar las manifestaciones el 22 de febrero. Y fue aquí también donde se hicieron llamamientos a la cautela muy poco después de la declaración de Ouargla. Los intelectuales han analizado el contenido del artículo 102, las disposiciones de la ley relativas a las etapas que conducen a la disposición de la ley antes de llegar a conclusiones ampliamente difundidas: « En el mejor de los casos, escribió un internauta, tendremos a Bensalah durante 45 días, en el peor de los casos, será Belaïz quien decida por nosotros, es una gran serpiente que quieren que nos traguemos ».

    A lo largo de todo el día de ayer, los usuarios de Internet se mostraron muy activos, enviando mensajes hostiles a esta propuesta que bien podrían estar presentes en futuros eslóganes. Esperando la confirmación del viernes……

    (*) « ART. 102.-

    Cuando el Presidente de la República, a causa de una enfermedad grave y duradera, se encuentre en la imposibilidad total de ejercer sus funciones, el Consejo Constitucional se reunirá de oficio y, después de haber verificado la realidad de este impedimento por todos los medios apropiados, propondrá por unanimidad al Parlamento que declare el estado de impedimento.

    El Parlamento, reunido en cámaras unificadas, declara el estado de incapacidad del Presidente de la República, por mayoría de dos tercios (2/3) de sus miembros y encarga al Jefe de Estado interino, por un período máximo de cuarenta y cinco (45) días, al Presidente del Consejo de la Nación, quien ejerce sus prerrogativas de conformidad con lo dispuesto en el artículo 104 de la Constitución (que limita los poderes del Presidente interino, Nota de la redacción).

    En caso de que el impedimento continúe después de la expiración del plazo de cuarenta y cinco (45) días, se hará una declaración de vacante por ministerio de la ley, de conformidad con el procedimiento a que se refieren los párrafos anteriores y las disposiciones de los párrafos siguientes del presente artículo.

    En caso de renuncia o fallecimiento del Presidente de la República, el Consejo Constitucional se reunirá de oficio y determinará la vacante definitiva de la Presidencia de la República.

    Transmitirá inmediatamente la declaración final de vacante al Parlamento, que se reunirá de pleno derecho. El Presidente del Consejo de la Nación asumirá el cargo de Jefe de Estado por un plazo máximo de noventa (90) días, durante los cuales se celebrarán elecciones presidenciales ».

    Tags : algérie, présidentielles 2019, Bouteflika, article 102, vacance du pouvoir, transition,

  • Algérie: Les mises en garde de Louisa Hanoune

    par M. Aziza

      La secrétaire générale du Parti des travailleurs (PT), Louisa Hanoune a rejeté les propositions d’une partie de l’opposition qui a plaidé pour un présidium (instance présidentielle provisoire) et celles faites par des pro-systèmes. Pour elle, toutes ces alternatives se rejoignent sur la nécessité, selon ces acteurs, d’aller vers une «période de transition» et pour la conception « des instruments de transition».

    Intervenant, hier, à l’ouverture des travaux du bureau politique de son parti, Mme Hanoune a appelé toutes les forces politiques du pays à laisser le mouvement populaire s’épanouir car il a besoin de plus de temps pour la «maturation». Et d’affirmer dans ce sens qu’ «il n y a aucune révolution qui a atteint ses objectifs en un mois».

    Louisa Hanoune a, également, lancé des mises en garde en avertissant contre «toute précipitation ou toute tentative d’empêcher ou de vouloir écourter le processus révolutionnaire algérien qui pourrait tourner au chaos». Elle a tenu à préciser que ce processus révolutionnaire n’est pas un «Hirak» ni même «un printemps arabe» mais c’est «une révolution typiquement algérienne».

    Pour la SG du PT, le dernier mot revient au peuple pour trancher s’il veut «un régime parlementaire», ou s’il veut, par exemple, «un régime semi-présidentiel ou présidentiel». Et de s’interroger «pourquoi imposer aujourd’hui des élections présidentielles, alors que le peuple n’a pas encore tranché sur la nature du régime ?».

    Selon Louisa Hanoune, «la logique dit que le peuple doit pouvoir chasser ce système du parti unique qui s’est élargi aux partis RND, MPA, et TAJ et des partis du deuxième collège et qui s’est élargi aux mafias et aux oligarques, puis le peuple va décider de la nature du régime qu’il veut et fixera par la suite le calendrier électoral».

    Le Parti des travailleurs affirme qu’il n’est pas contre l’opposition, mais s’est dit pour un dialogue avec le peuple sur l’ensemble des possibilités existantes, et non pas se focaliser sur «la période de transition», qui n’est pas une solution «positive» selon le PT.

    Pour Mme Hanoun, les périodes de transition n’ont jamais réussi, notamment, dans les pays africains dont certaines ont duré 6 à 7 ans. Elle prévient, en outre, en affirmant qu’«aucune période de transition n’a eu lieu, sans un protectorat étranger».

    Louisa Hanoune a noté, parallèlement, que les déclarations très contradictoires des directions du FLN et du RND sont en fait, une expression publique et même violente de l’accélération de la crise du système, dont ces deux partis sont l’incarnation. En fin de compte, dit-elle, «les directions de ces deux partis sont revenues à leur source où elles étaient contraintes de soutenir les propositions du président de la République, c’est-à-dire, contourner la volonté du peuple pour sauver le système et essayer de le maintenir quelque temps, «ce qui permet aux oligarques de siphonner les 85 milliards de dollars de réserves de changes et d’accaparer davantage de foncier et ruiner complètement le pays». Car dit-elle, ces partis n’ont jamais été indépendants sauf dans la période de feu Abdelhamid Mehri, ancien secrétaire général du FLN. Louisa Hanoune a, également, lancé des mises en garde en affirmant que « des informations circulent au sujet de l’octroi des parcelles de foncier et des crédits colossaux en devises à des prédateurs, après le 22 févier, c’est-à-dire après le déclenchement du processus révolutionnaire ». En soulignant «qu’en principe et dans les situations révolutionnaires lorsque la question du pouvoir et du système est posée, la mission du gouvernement se limite à la gestion des affaires courantes en attendant l’amorce du changement, la mise en place des institutions définies par la majorité du peuple, dans le cadre de la rupture avec l’ancien système et l’ancien régime». Et d’expliquer que cela veut dire que «les banques publiques, le gouvernement et tous les ministres et autres responsables ne doivent, en aucun cas, prendre des décisions importantes d’autant plus, lorsqu’il s’agit de décisions qui hypothèquent le sort de la nation ou qui permettent la poursuite de la prédation et de siphonner l’argent public».

    Elle a de ce fait appelé les procureurs généraux à s’auto-saisir pour l’ouverture des dossiers de corruption et de dilapidation des biens publics. Elle a, également, appelé les walis à cesser de sélectionner des personnes, des individus comme faux représentants pour assister à la conférence nationale, que les partisans du maintien du système veulent imposer, coûte que coûte. Et de souligner encore que la ré-appropriation et l’émancipation de l’UGTA par les travailleurs et les syndicalistes est une condition majeure pour empêcher les forces de la réaction et de la contre-révolution de dénaturer la lutte révolutionnaire et de confisquer la révolution.

    Le Quotidien d’Oran, 27 mars 2019

    Tags : Algérie, Gaid Salah, Article 102, armée, transition, vacance du pouvoir,

  • Algérie : réactions des partis politiques à l’application de l’article 102 de la constitution

    L’appel du chef d’Etat Major de l’Armée, Ahmed Gaid Salah, à l’application immédiate de l’article 102 de la constitution pour résoudre la crise politique que traverse l’Algérie après le refus populaire du 5ème mandat et les revendications d’un changement radical du système, a été largement commenté par les partis politiques.

    Réagissant à l’appel du chef d’état-major de l’armée à l’application de l’article 102 de la Constitution, le Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD), dénonce « un coup d’Etat » contre la volonté du peuple.

    Pour le Mouvement de la société pour la paix (MSP), l’application de l’article 102 de la Constitution ne peut être la solution à la crise.

    Le président du Jil Jadid a réagi à l’appel du chef d’Etat-major de l’ANP qui a appelé à l’application de l’article 102 de la Constitution. Pour lui, « le peuple algérien commence à récolter les fruits » de son mouvement et de la pression qu’il a exercée sur le pouvoir. « Destituer le président est un autre pas en avant, mais ce n’est pas la fin du parcours », a pourtant estimé Djilali Soufiane dans une vidéo postée, ce mardi soir sur sa page facebook.

    Le Front des forces socialistes (FFS) a réagi à l’appel d’Ahmed Gaid Salah, chef d’Etat-major de l’ANP, à l’application de l’article 102 de la Constitution.

    Source: DMA

    Tags : Algérie, Gaid Salah, Article 102, armée, transition, vacance du pouvoir,

  • Algérie : Conte de fées, par Mohamed Abdoun

    « Et le ministre des finances de l’époque, promu plus tard président du conseil constitutionnel, qui reconnait avoir » manqué d’intelligence « , et fait donc montre de sa totale incompétence, mais qui reste quand membre de l’élite qui préside aux destinées de l’Algérie… pendant ce temps, l’ancien directeur général de la CNAS, dont les compétences sont reconnues par tous, et qui n’est lié ni de près ni de loin à ce scandale, a quand même été condamné à sept longues années de prison ».

    Par Mohamed Abdoun :

    La mise au point du CPA, importante banque publique algérienne, sonne comme une sorte d’insulte collective lancée à la face de l’ensemble des citoyens algériens. Au lieu de prendre le parti d’en rire, la trouvant -à la rigueur- simpliste et plaisante, je ne peux m’empêcher de la considérer avant tout blessante, réduisant à néant le peu de discernement dont peuvent encore jouir la mémoire et l’intelligence collectives. Explications.

    Pour faire court, en ce qui concerne cette mise au point, qui concerne la suspicion liée à un gros emprunt contracté par un oligarque en devise, doublé d’un transfert du plus gros de cette somme vers l’étranger, on nous indique très doctement, et très sobrement aussi, qu’il est » impossible » que de pareils emprunts et transferts aient pu se faire sans avoir obéi au préalable à une procédure lente, compliquée, et se déroulant sous divers contrôles, tant internes qu’externes. Voilà qui a de quoi rassurer le plus sceptique des quidams.

    Oui, mais alors, qui peut nous expliquer comment se sont » goupillées » les affaires Khalifa et Tonic ? Ce dernier avait » pillé » les finances d’une banque publique, y puisant -au total- une somme bien supérieure à son capital social.

    Quant au golden boy algérien, il a vidé des caisses sociales, avec la complicité d’un Sidi Saïd, qui a officiellement admis avoir commis des faux et vouloir assumer ce fait, sans jamais avoir été inquiété par la justice. Khalifa a, lui aussi, puisé dans les finances de divers fonds, transférés vers sa » banque » en échange de divers avantages consentis à l’adresse des donneurs d’ordres.

    Non, impossible n’est pas français. Ni algérien d’ailleurs. En théorie, il est -presque certain- qu’il est impossible que les opérations citées au début de ce texte avaient pu avoir lieu avec cette déconcertante facilité. Mais, en pratique, il en va tout autrement.

    Comme je l’ai si souvent répété dans ces mêmes colonnes, le problème chez nous ne se pose pas tant en termes d’arsenal juridique, mais plus mauvais qu’un autre, mais plutôt dans son application. Je ne pense pas trahir un quelconque secret en révélant ici que nous ne sommes pas tous égaux devant la justice.

    Un Sidi Saïd, qui déclare assumer des faits gravissimes devant une juge à Blida, est rappelé à l’ordre par celle-ci, non pas pour ordonner son mandat de dépôt immédiat, mais simplement pour lui rappeler » maternellement » qu’il n’est là qu’en tant que témoin. Et le ministre des finances de l’époque, promu plus tard président du conseil constitutionnel, qui reconnait avoir » manqué d’intelligence « , et fait donc montre de sa totale incompétence, mais qui reste quand membre de l’élite qui préside aux destinées de l’Algérie…

    Pendant ce temps, l’ancien directeur général de la CNAS, dont les compétences sont reconnues par tous, et qui n’est lié ni de près ni de loin à ce scandale, a quand même été condamné à sept longues années de prison. Car, il fallait bien des lampistes face à un scandale aussi retentissant. Amar Saidani, qui a raté l’occasion de rester loin des sunlights, a lui aussi reconnu avoir acheté un bien immobilier en France.

    La justice ne s’est quand même pas saisie de cet énorme scandale, alors que l’on sait qu’il est interdit -j’allais dire » impossible » pour paraphraser le CPA- de transférer des fonds vers l’étranger sans respecter des procédures particulièrement strictes et onéreuses.

    A cela s’ajoute le fait de savoir d’où il a obtenu une somme aussi importante, en monnaie forte. Tout cela pour dire, encore une fois, que la mise au point du CPA sonne comme une insulte à l’adresse de notre intelligence. Ce qui ne veut pas dire, forcément, que l’affaire en question ait quand même eu lieu.

    Je veux juste dire par là que le CPA aurait dû se contenter de démentir ce fait sans aller plus loin dans sa littérature, car on sait que des choses, franchement pas catholiques, se déroulent au sein de notre système bancaire.

    Le trop plein de bla-bla du CPA, qui touche le contraire de l’objectif recherché, me fait irrésistiblement penser à cette maxime vieille comme le monde, selon laquelle » qui se justifie, s’accuse… « .

    M. A.

    Tribune des Lecteurs, 27 mars 2019

    Tags : Algérie, Présidentielles 2019, Bouteflika, transition, vacance du pouvoir, ANP, armée, Gaïd Salah, Article 102, Banque, CPA,