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  • Vidéo : Les vérités d’un ancien officier des FAR sur le Sahara Occidental

    IL DÉFEND LE DROIT DES SAHRAOUIS À L’INDÉPENDANCE ET DÉCLARE LA SUPRÉMATIE DE L’ANP SUR SON HOMOLOGUE DE L’OUEST : Les vérités acerbes d’un ancien officier de l’Armée royale

    La question du Sahara occidental et son droit absolu à l’indépendance et à l’autodétermination, les errements du régime marocain qui continue à fuir ses responsabilités face à la dernière colonie d’Afrique, une Armée royale ce colosse aux pieds d’argile…, un ancien officier des forces aériennes marocaines a touché du doigt ce qui fera indubitablement très mal au royaume chérifien.

    Ainsi, dans une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux, Mustapha Adib, cet ancien capitaine qui a visiblement gros sur le cœur, a craché crûment ses vérités en face du roi Mohammed VI et son régime qu’il accable et l’accuse de fourberie et d’imposture. Pas que, puisque l’ancien militaire n’a pas tari d’éloge l’Algérie, ses positions sur les cause justes comme le Sahara occidental, ainsi que son Armée nationale populaire dont il déclare-qui mieux qu’un officier pour le dire ?- sa supériorité sur l’Armée royale. C’est le cas de le dire, en effet, que la défense des peuples opprimés et leur droit à l’indépendance n’est pas un vain mot en Algérie.

    C’est ce que justement explique cet ancien militaire, également militant des droits de l’Homme, à travers « la Constitution algérienne qui a consacré le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. » Ce qui n’est pas le cas « chez nous (Maroc) dont on ne trouve pas ce principe dans notre Constitution qui est impopulaire. Si l’État (marocain) se respecte, il aurait déclaré être aux côtés des peuples qui aspirent au droit d’indépendance ». Et ce n’est pas seulement le Sahara occidental, car l’Algérie a de tout temps défendu les causes justes, comme l’abolition de l’apartheid en Afrique du Sud, dont l’Algérie et son peuple ont soutenu la décolonisation dans ce pays, rappelle-t-il à « Sa Majesté » dans des propos qui font honneur au voisin de l’est autant qu’il accable davantage le régime chérifien. « Choukran (merci) à l’Algérie et son peuple de soutenir, et même de dépenser de l’argent, au profit de l’autodétermination du Sahara occidental.

    « Le moral du soldat marocain au-dessus de zéro »

    Sur un autre registre, cet ancien officier qui sait de quoi il parle lui qui semble très introduit dans la Défense royale, parle de la position de l’armée marocaine par rapport à sa « rivale » algérienne. Là encore, l’avis du militaire démontre une réalité à l’opposé de ce que veut faire croire le Makhzen au service de la propagande militaire dans la région. Pour Mustapha Adib, contrairement à ce qui est supposé être une « puissance régionale », les troupes de l’Armée royale se placent en bas du tableau et largement « à la portée » de son homologue de l’est, l’ANP à savoir. En sus, « le moral des troupes de l’Armée royale est au plus bas», a-t-il précisé.

    Se voulant de preuve à l’appui à ce constat, autrement pour démontrer la suprématie de l’ANP, cet ancien officier parle d’une supériorité en matière d’armement, le facteur humain, le moral du groupe et son engagement sur le terrain. « Le moral du soldat marocain ? Il est au-dessus de zéro, contrairement à celui de son homologue algérien qui est au plus haut de son niveau. Qu’on ne se voile pas la face », témoigne-t-il à tel enseigne que l’on croirait à un militaire algérien qui parlait. « Qu’on soit réaliste, Dieu seul sait qui sera le perdant si, ce que je ne souhaite pas, un conflit armé nous oppose à l’Algérie. L’Armée royale sera anéantie », a-t-il livré ses vérités qui ne vont certainement pas plaire à ses anciens supérieurs et encore moins au régime marocain.

    Plus que ça, Mustapha Adib affirme l’écart considérable entre la condition et les dispositions militaires du soldat marocain et son vis-à-vis algérien. « Le soldat algérien est bien nourri et largement mieux formé, alors que le marocain, lui ? Ses souliers sont usés et sa nourriture est pourrie », dira-t-il encore. Au-delà des peuples marocain et algérien, dont il a affirmé les liens de fraternité qui ne sont pas à démontrer, ce militaire sort l’artillerie lourde et tire à bout portant sur Mohammed VI qu’il accuse de mensonges à l’égard de l’Algérie à travers sa machine de propagande médiatique.

    Au sujet d’ailleurs des manifestations organisées au pied du mur de la honte et à Guerguerat, Adib met au défi le Roi en personne. Autrement si Mohammed VI « oserait » sortir son armée contre les Sahraouis. Se sachant qu’il s’agit que du « bla bla », cet ancien capitaine de l’Armée royale démontre ce qu’il laisse entendre comme une lâcheté face à un peuple dont il a spolié les richesses et opprimé son peuple.

    Farid Guellil

    [youtube https://www.youtube.com/watch?v=r_oDywo1Kg8&w=560&h=315]

    Le Courrier d’Algérie, 24 oct 2020

    Tags : Sahara Occidental, Maroc, Front Polisario, Mustapha Adib, armée marocaine, autodétermination,

  • Sahara Occidental : Lettre ouverte à l’ONU de Mahrez Lamari

    MAHREZ LAMARI / MILITANT DES DROITS DE L’HOMME ET DES PEUPLES : Lettre ouverte à l’ONU

    Au moment où se tiennent et se déroulent les travaux de la 75ème session de l’Assemblée générale de l’ONU et à la veille des travaux de la 4eme commission (questions politiques spéciales et de décolonisation des Nations unies), J’ai l’honneur de m’adresser à Votre Haute Autorité, en qualité de citoyen d’honneur de la ville d’ Alger-centre et de militant des droits de l’Homme et des peuples, ex-président du comité national algérien de solidarité avec le peuple sahraoui, pour vous exprimer mes profonds sentiments de justice et d’humanité basés sur la défense du principe de droit à l’autodétermination des peuples. Cette position constante de l’Algérie inspirée de l’attachement aux valeurs et aux enseignements tirés de la lutte du peuple algérien pour son indépendance.

    Ainsi, j’appartiens à un peuple jaloux de son indépendance, attaché aux valeurs nobles de la glorieuse Révolution de novembre 1954, tirant légitimement un motif de fierté du formidable mouvement de libération nationale qui a permis du faire prévaloir la primauté du principe de droit des peuples de disposer d’eux mêmes, principe qui est la seule solution conforme à la Résolution 1514 (XV) du 14 décembre 1960 de L’AG des Nations unies, portant déclaration sur l’octroi de l’indépendance aux pays et peuples coloniaux.

    J’ai fortement souhaité et aimé me déplacer au siège des Nations unies et m’inscrire en qualité de citoyen pétitionnaire pour défendre, devant les membres de la 4ème commission en charge des questions politiques et de décolonisation, la légalité internationale qui appelle au parachèvement de la dernière question de décolonisation en Afrique, inscrite à l’ONU: Le Sahara occidental. Malheureusement les contraintes indépendantes de notre volonté, la pandémie du coronavirus ont fait de sorte que les moyens de transport aérien soient impossibles et inexistants en cette période. C’est la raison pour laquelle j’ai choisi cette forme citoyenne (LETTRE OUVERTE) pour m’adresser à Vous pour vous réaffirmer ma solidarité agissante avec la lutte du peuple du Sahara occidental pour son indépendance et aussi pour appuyer la position officielle de mon pays, l’Algérie, autour de cette question de décolonisation, position de principe qui rappelons-le, est claire et sans ambiguïté, constante et cohérente, basée sur le principe de l’autodétermination.

    C’est sans vous rappeler que le Sahara occidental représente la dernière question de décolonisation en Afrique inscrite sur l’agenda des Nations unies et figurant sur la liste de l’ONU des territoires non autonomes, depuis 1963, alors que ce territoire était sous le régime colonial espagnol. L’AG de L’ONU a reconnu depuis et à maintes reprises le droit inaliénable du peuple sahraoui à l’autodétermination et à l’indépendance. Elle a appelé à l’exercice de ce droit en concordance avec les textes et principes de la Charte de l’ONU et de ses résolutions, dont principalement la Résolution 1514 de L’AG contenant la Déclaration sur l’octroi de l’indépendance aux pays et peuples coloniaux. En effet, L’AG des Nations unies a adopté ses premières résolutions depuis 1965 en appelant à la décolonisation du Sahara occidental, via le référendum d’autodétermination du peuple sahraoui. L’AG des Nations unies continue d’appuyer la question sahraouie en tant que question de décolonisation et elle continue aussi à se mobiliser en faveur de l’autodétermination du peuple sahraoui par la tenue d’un référendum libre, régulier et sans contrainte. Les résolutions pertinentes du Conseil de sécurité de l’ONU confortent le principe inaliénable du droit des peuples à l’autodétermination et confirment ainsi clairement la voie la plus appropriée pour un règlement juste, équitable et définitif de ce conflit.

    Or, nous constatons malheureusement que le royaume du Maroc qui occupe illégalement le territoire du Sahara occidental, continue d’adopter une attitude négative, une stratégie de confrontation, et une fuite en avant comme style de politique permanente, qui à chaque progrès enregistré par la communauté internationale, il érige de nouveaux obstacles sur le chemin du processus de règlement pacifique sur la base de la légalité internationale, comme ce fut le cas de son refus de toutes les résolutions du Conseil de sécurité, autour de cette question de décolonisation, reconnue et qualifiée comme telle par la communauté internationale. La stratégie du Maroc consiste à vouloir ignorer son vis à vis dans son conflit sur le Sahara occidental, à savoir le Front Polisario représentant unique et légitime du peuple sahraoui reconnu par la communauté internationale en tant que tel, et à travers la République arabe sahraouie démocratique (RASD), membre fondateur de L’Union africaine, ce même Front Polisario avec lequel, d’ailleurs et à maintes reprises le Maroc s’est assis autour d’une table, sous les auspices de l’ONU, pour négocier une solution juste et définitive au problème du Sahara occidental. Face à l’entêtement du Maroc qui se complaît dans le statu quo au Sahara occidental et qui s’emploie à le perpétuer et face aux violations systématiques des droits de l’Homme du peuple sahraoui, face à ses manœuvres de vouloir aussi détourner la volonté des Nations unies exprimée clairement dans les différentes résolutions et face au déni marocain du droit dont est victime le peuple sahraoui : Je lance un appel citoyen à L’ONU.

    L’ONU doit agir, les Nations unies ont une responsabilité politique et légale à assumer à l’égard des populations des territoires non autonomes comme c’est le cas pour le peuple du Sahara occidental. Car tout regard silencieux et complaisant, nourrit l’injustice. L’ONU, son AG des Nations unies, son Conseil de sécurité, son Secrétaire général doivent relever les défis et faire prévaloir la légalité internationale, par l’application des textes de la Charte onusienne et par le respect de la doctrine des Nations unies, en matière de décolonisation. Ils ne doivent en aucun cas compromettre leur crédibilité, ni altérer leur image et prestige. Le Conseil de sécurité des Nations unies doit faire preuve de détermination et de fermeté pour qu’il oblige le Maroc à stopper sa politique d’arrogance, d’obstruction à l’application de la légalité internationale au Sahara occidental.
    Le Conseil de sécurité des Nations unies doit assumer sa responsabilité qui lui incombe dans le processus devant conduire au parachèvement de la décolonisation du Sahara occidental, en vue de garantir la paix et la sécurité des peuples de la région, par le respect et l’application des résolutions pertinentes des Nations unies.

    Pour conclure ma Lettre ouverte, je souligne haut et fort qu’aucune forme de pression ne pourrait influer sur la détermination citoyenne du mouvement populaire mondial solidaire avec la juste lutte du peuple sahraoui conduite par le Front Polisario, à continuer à soutenir le droit du peuple sahraoui à se libérer du joug colonial marocain, jusqu’à l’organisation d’un referendum libre régulier et sans contraintes

    TÔT OU TARD LE DROIT IMPRESCRIPTIBLE À L’AUTODETERMINATION DES PEUPLES COLONIAUX TRIOMPHERA AU SAHARA OCCIDENTAL et ‘L’HISTOIRE EST LÀ POUR EN TÉMOIGNER ET LE RAPPELER.
    Respectueusement.

    MAHREZ LAMARI / Citoyen d’honneur de la Ville d’Alger Centre, militant des droits de l’Homme et des peuples, ex-président du Comité national algérien de solidarité avec le peuple sahraoui (CNASPS).

    Tags : Sahara Occidental, ONU, MINURSO, Mahrez Lamari, Front Polisario, autodétermination, décolonisation, 

  • Le Sahara occidental suscite les convoitises de ses voisins

    Fardeau pour l’Espagne, casse-tête pour l’ONU
    Le Sahara occidental sous domination espagnole sera-t-il une « nouvelle Palestine » comme certains l’ont hâtivement avancé ou un « nouveau Katanga » ? En tout cas, le problème est complexe ; il risque de provoquer une crise grave dans la région et la façon dont il sera résolu modifiera le visage du Maghreb.
    Ces « quelques arpents de sable », convoités par le Maroc et par la Mauritanie tandis que l’Algérie, qui ne revendique rien, soutient le F. POLISARIO (Front populaire pour la libération de Seguiet-El-Hamra et du Rio-de-Oro), partisan de l’indépendance pure et simple, sont devenus un fardeau pour l’Espagne, un casse-tête pour l’ONU, un sujet épineux pour l’O.U.A. et la Ligue arabe, et un objet de préoccupations pour les intérêts occidentaux qui y ont fait des investissements. Des mouvements de libération affirment que le sort du Sahara occidental ne laisse pas les Etats-Unis et l’OTAN indifférents parce qu’il est lié à l’avenir des îles Canaries. De leur côté, les Africains se sentent menacés du fait que l’archipel risque de plus en plus de devenir une puissante base américaine.
    Il suffit de regarder la carte pour constater que les frontières établies par les puissances coloniales sont d’une perfection géométrique bien théorique pour les nomades qui, de tout temps, ont suivi des zones de parcours à la recherche de pâturages, sans se soucier de ces « lignes conventionnelles » artificiellement tracées. Le territoire – 284 000 kilomètres carrés – est divisé en deux grandes zones : Seguiet-El-Hamra au nord, avec El Aïoun comme capitale, et le Rio-de-Oro (Ouadi-El-Dhahab en arabe) au sud, dont l’agglomération principale est Villa-Cisneros.
    La population est formée d’une vingtaine de tribus qui se rattachent à quatre grands groupes : les Reguibat, les Tekna, les Maquils et les Ouled Delim. Combien sont-ils ? Les Espagnols, qui ont procédé l’an dernier à un recensement, avancent le chiffre de soixante-dix mille à quatre-vingt mille, mais ils admettent qu’ils n’ont pu, évidemment, comptabiliser les Sahraouis qui se sont réfugiés dans les pays limitrophes et ceux qui y nomadisent. Des dirigeants du F. POLISARIO estiment, quant à eux, que le chiffre oscille entre deux cent cinquante mille et trois cent mille (1).
    Se serait-on avisé de l’importance de ce désert, position stratégique mise à part, si l’Espagne n’avait commencé à exploiter en 1963 les fabuleux gisements de phosphates (découverts en 1947) de Seguiet-El-Hamra ? Longs de 75 kilomètres sur 1 à 15 kilomètres de large, ils s’étendent sur 250 kilomètres carrés. Les réserves, réparties en cinq zones, sont évaluées à 10 milliards de tonnes. Celle de Bou-Kraa, où l’extraction se fait à ciel ouvert, renferme 1,7 milliard de tonnes exploitées par l’ENMINSA (Empressa Nacional Mineras del Sahara). Fondée en 1962, elle fut rebaptisée, en 1969, Fosfatos de Bu-Craa lorsque son capital a été porté à 5 milliards de pesetas et qu’elle a associé à son entreprise des intérêts occidentaux, notamment américains, allemands et français.
    Le sous-sol recèle également du fer, du cuivre, de l’uranium et du gaz. Au large de la côte se trouve un des plus riches réservoirs de poissons du monde et la nappe pétrolifère sous-marine ne serait pas négligeable. Les sociétés pétrolières se montrent discrètes sur les résultats obtenus ou minimisent les réserves. Selon le M.P.A.I.A.C. (Mouvement pour l’autodétermination et l’indépendance de l’archipel canarien), les forages commencés en 1959-1960 auraient été prometteurs. Toutefois, à l’époque, priorité aurait été donnée au brut libyen dont l’extraction était moins onéreuse, « le Sahara atlantique étant conservé comme réserve stratégique ». Fait troublant, c’est en 1969 – année du renversement du roi Idriss et de l’accession au pouvoir du colonel Kadhafi – que les sociétés éprouvent de nouveau un penchant pour le Sahara, et l’Union Carbide Petroleum conclut, en juillet 1970, un contrat de deux ans avec Madrid, renouvelé depuis, pour des forages en mer ; le permis est octroyé pour une zone de 1 600 000 hectares à une de ses filiales espagnoles qui s’engageait à investir 147 millions de pesetas. Des filiales de la Standard Oil, de la Gulf Oil et d’autres « sœurs » du cartel se sont aussi mises sur les rangs.
    Si le Maroc, dépourvu de pétrole mais premier exportateur mondial de phosphates, récupérait le Sahara occidental, sa puissance serait considérablement accrue. Si la Mauritanie, moins bien lotie, voyait tout ou partie de ce territoire lui revenir, ses capacités économiques en seraient d’autant renforcées. En revanche, un Sahara indépendant, républicain et non aligné aurait tendance à se tourner vers l’Algérie, à moins que les trois voisins ne s’entendent pour aider le jeune Etat à se structurer et à exploiter ses richesses. Le jeu de l’Espagne a consisté à organiser une indépendance qui se fasse dans sa mouvance ; ses espoirs s’étant estompés, il semble qu’elle s’accommoderait d’un régime non aligné qui, tout en lui retirant les bases militaires, maintiendrait avec elle une coopération économique et culturelle.
    « Droits historiques » et autodétermination
    L’enjeu est de taille. Quant à la complexité du dossier, elle ne s’explique que dans sa perspective historique. Puissance coloniale en Mauritanie et en Algérie, la France avait obtenu entière liberté d’action au Maroc par la convention du 8 avril 1904 signée avec la Grande-Bretagne ; le 3 octobre suivant, elle concluait une convention secrète avec Madrid reconnaissant les prétentions espagnoles sur le Rio-de-Oro et Seguiet-El-Hamra. Toutefois, ce n’est qu’en 1934-1935 que l’Espagne, de connivence avec Paris, qui s’inquiétait de la résistance des Berbères du Haut-Atlas, réussit à occuper la totalité du territoire, transformé en province par la loi du 19 avril 1961.
    En 1956, Si Allal El Fassi, leader de l’Istiqlal, qui avait précédemment élaboré une carte du « grand Maroc » s’étendant jusqu’au Sénégal et au Niger, proclame les droits de son pays sur la région occupée par l’Espagne. Le roi Mohammed V donne un caractère officiel à cette revendication le 25 février 1958 en affirmant, dans un discours prononcé à M’hamid, dans le Sud, sa volonté « de poursuivre son action pour la restitution du Sahara au Maroc ». Quelques dates vont alors jalonner le contentieux saharien (2).
    Le 1er avril 1958, Madrid signe l’accord de Cintra, qui restitue à Rabat la zone de Tekna, située entre le cap Juby et l’oued Draa. Mais, le 28 novembre de la même année, la République islamique de Mauritanie est proclamée au sein de la Communauté française, et, deux ans plus tard jour pour jour, elle accède à l’indépendance. Coup dur pour le gouvernement et les partis politiques marocains qui reprochent à la France d’avoir créé un Etat factice en amputant le Maroc d’un territoire qui a fait partie de l’empire chérifien et qui lui a donné certains de ses plus prestigieux monarques. En octobre 1963, un conflit oppose Rabat et Alger au sujet de Tindouf, et l’opposition marocaine ne s’est jamais consolée depuis de ce que la souveraineté algérienne se soit étendue à cette région. Le roi Hassan II finit cependant par admettre les réalités : le 15 janvier 1969, il signe avec le président Boumediène un traité de fraternité et de bon voisinage qui met officiellement fin au litige, puis il invite le président Ould Daddah au « sommet » islamique de septembre à Rabat, ce qui revient à reconnaître la Mauritanie, l’Algérie ayant joué un rôle non négligeable pour favoriser cette réconciliation.
    Entre-temps, le 6 juillet 1963, Hassan II avait eu avec le général Franco, sur l’aérodrome madrilène de Barajas, une entrevue qui détendit l’atmosphère et permit, après de longues et laborieuses négociations, la signature, le 4 janvier 1969, du traité de Fès, par lequel l’Espagne rétrocédait au Maroc l’enclave d’Ifni. Parallèlement, le Sahara occidental faisait régulièrement l’objet de résolutions à l’ONU, à l’O.U.A. et au sein du mouvement des non-alignés. Hassan II et M. Boumediène décident, lors d’une visite à Tlemcen le 27 mai 1970, de se concerter avec M. Ould Daddah. Les trois chefs d’Etat se rencontrent à Nouadhibou (14 septembre 1970) et à Agadir (24 juillet 1973), tandis que leurs ministres des affaires étrangères siègent à Alger (5 janvier 1972) et à Nouakchott (9 mai 1973). Dans toutes ces instances, le principe de l’autodétermination est proclamé ; la résolution 1514, intitulée Déclaration sur l’octroi de l’indépendance aux pays et peuples coloniaux, et adoptée par l’ONU le 14 décembre 1960, sert de référence.
    D’une façon plus précise, en 1966, l’Assemblée générale de l’ONU « réaffirme le droit inaliénable des peuples d’Ifni et du Sahara espagnol à l’autodétermination conformément à la résolution 1514 ». Le 16 décembre 1969, elle « invite à nouveau la puissance administrante à arrêter le plus tôt possible, en conformité avec les aspirations de la population autochtone du Sahara dit espagnol, et en consultation avec les gouvernements marocain et mauritanien et toute autre partie intéressée (3), les modalités de l’organisation d’un référendum tenu sous les auspices de l’ONU afin de permettre à la population autochtone du territoire d’exercer librement son droit à l’autodétermination… »
    De même, le communiqué publié à Agadir déclare :« Les trois chefs d’Etat ont consacré une attention particulière à l’évolution de la question du Sahara encore sous domination espagnole. Ils ont réaffirmé leur attachement indéfectible au principe de l’autodétermination et leur souci de veiller à l’application de ce principe dans un cadre qui garantit aux habitants du Sahara l’expression libre et authentique de leur volonté conformément aux déclarations des Nations unies dans ce domaine. »
    La solidarité maghrébine à l’épreuve
    Les textes sont clairs et le règlement de l’affaire paraît relativement simple. D’où vient alors l’inquiétude brusquement éprouvée par les Marocains au printemps 1974 ? Les partis de l’opposition, principalement l’Istiqlal, l’U.S.F.P. (Union socialiste des forces populaires) et le P.P.S. (Parti du progrès et du socialisme) de M. Ali Yatta, qui ont mal accepté de « perdre » la Mauritanie et la région de Tindouf, craignent de voir le Sahara occidental leur échapper à son tour. En effet, des mouvements favorables à l’indépendance se manifestent, tandis que l’Espagne, qui a modifié sa tactique, donne l’impression de vouloir accélérer son départ. Elle entend organiser, avant la fin de l’année, un référendum qui aboutirait, selon Rabat, à mettre en place un régime fantoche manipulé par Madrid. L’opposition presse le roi d’agir. La récupération du « Sahara spolié » leur permet de se rapprocher en faisant « l’union sacrée » : le souverain dépêche ses ministres et les chefs de parti comme émissaires à travers le monde pour exposer la thèse marocaine. Ils font valoir que le Maroc a des droits historiques sur le territoire sahraoui et que, si la population est consultée, l’alternative proposée devrait être : maintien sous la « férule du colonialisme » espagnol ou retour à la mère patrie. Missions aux résultats mitigés, les capitales visitées ne souhaitant pas se brouiller avec un des protagonistes en prenant trop nettement parti.
    La Mauritanie, qui ne dispose pas des moyens de ses deux voisins, se montre discrète et cherche à maintenir la balance égale entre Alger et Rabat tout en préservant ses intérêts. Elle finit cependant par élever la voix pour rappeler qu’elle aussi a des droits. Mais, plus que sur la terre, elle met l’accent sur les hommes : « Nous ne pourrons, quant à nous, montrer des camps de réfugiés (4), pour la bonne raison que ce sont les mêmes populations qui, de tout temps, ont habité de part et d’autre de cette frontière artificielle », déclare le président Ould Daddah. L’Algérie, de son côté, se contente de réaffirmer son hostilité au « colonialisme espagnol et son « attachement au principe de l’autodétermination ».
    Au cours de l’été, la presse marocaine s’en prend vivement à l’Algérie ; elle l’accuse de faillir à la solidarité maghrébine et de jouer un double jeu qui en fait l’alliée objective de l’Espagne. Alger évite d’alimenter la polémique et se contente de rappeler ses positions de principe par le truchement d’un article paru dans la République d’Oran. En privé, de hauts fonctionnaires font remarquer que c’est le Maroc qui a modifié son attitude en renonçant à la concertation tripartite et en donnant une interprétation unilatérale au principe et aux modalités de l’autodétermination. En outre, dit-on, le processus de décolonisation a été accéléré à la suite de la participation de l’Algérie à la concertation tripartite de Nouadhibou.
    Le Maroc va-t-il envahir le Sahara, où l’Espagne a envoyé des renforts et maintient cinquante-six mille hommes ? La question se pose quand Hassan II révèle, au cours d’une conférence de presse tenue le 17 septembre 1974, qu’il va demander à la Cour internationale de La Haye de dire le droit. Sa démarche réduit la tension et entraîne l’ajournement du référendum annoncé par l’Espagne à qui le roi tend la perche : ayant à l’esprit les précédents de Cintra, de Barajas et de Fès, le souverain, qui semble avoir donné quelques gages à Nouakchott, suggère à Madrid de régler directement cette affaire avec lui à l’amiable. Il laisse entendre que des arrangements sont possibles pour les bases militaires espagnoles au Sahara et pour l’exploitation en commun des phosphates. Madrid fait la sourde oreille.
    Un diable sort de sa boîte
    La tension remonte au printemps 1975, en particulier lorsque la mission d’enquête de l’ONU, présidée par M. Siméon Ake, représentant de la Côte-d’Ivoire à l’ONU, se rend fin mai-début juin en Espagne, au Sahara, au Maroc, en Algérie et en Mauritanie. Il se produit un coup de théâtre qui fait craindre au Maroc d’être coiffé au poteau malgré les points marqués au cours des mois écoulés : le F. POLISARIO, dont on connaissait vaguement l’existence mais qui n’avait guère fait parler de lui, sort de sa boîte comme un diable. La mission d’enquête se trouve à El-Aïoun ; le P.U.N.S. (Parti de l’unité nationale sahraouie), seul mouvement légalement reconnu et qui a la bénédiction de Madrid, décide de manifester. Or, à la grande surprise des autorités locales, les militants déploient des drapeaux du F. POLISARIO et se révèlent être de ses partisans. Quelques jours plus tard, lorsque la mission se rend à Tindouf, le Front lui présente quinze militaires espagnols faits prisonniers et une partie du matériel capturé. Enfin, en Mauritanie, une nouvelle manifestation se produit en faveur du Front.
    « Nous sommes l’émanation authentique du peuple sahraoui, nous a dit un de ses dirigeants. Si on nous a ignorés jusqu’ici, c’est parce que, tant Espagnols que Marocains, on fait le silence autour de nous. De plus, nous étions davantage préoccupés d’organiser la lutte que de mener une campagne publicitaire. Il faut que l’on sache toutefois que notre mouvement ne date pas d’aujourd’hui. »
    Dès 1968, explique-t-il, le Front de libération du Sahara (F.L.S.) (5) entame son action qui débouche, le 17 juin 1970, sur une grande manifestation à El-Aïoun. A l’époque, le mouvement se contente de réclamer l’autonomie interne, de contester l’autorité des cheikhs « aux ordres de l’Espagne » et les interventions étrangères, d’où qu’elles viennent. Les autorités réagissent : il y a des morts et des blessés ; quelque cinq cents personnes sont arrêtées, dont le chef du mouvement, M. Mohamed Sid Ibrahim Bassiri. Ce dernier, après des études de journalisme au Caire et à Damas, avait gagné Rabat en 1967 et y avait fondé un journal, Al Chihab (le Flambeau), avant d’aller animer le F.L.S.
    La répression du 17 juin conduit le F.L.S. à revoir sa stratégie. Il se transforme en mouvement embryonnaire de libération et, au cours des années 1971-1972, amasse des armes tout en se livrant à un travail de réflexion qui aboutit à la tenue, le 10 mai 1973, du Congrès constitutif du F. POLISARIO. Ce dernier élabore une plate-forme politique fondée sur l’indépendance et décide de passer à la lutte armée pour atteindre ses objectifs. Dix jours plus tard, il déclenche sa première opération contre le poste militaire de Khanga. Les maquisards arrêtent des soldats sahraouis servant dans l’armée espagnole, leur exposent les buts de la « Révolution du 20 mai » – qui a donné son nom au journal du Front – et les renvoient pour en témoigner.
    Le Front, qui ne dispose pas de beaucoup de matériel, déploie un intense effort de mobilisation politique et tient son deuxième congrès du 25 au 31 août 1974, en plein désert, sous des tentes gardées par des guérilleros. Un bureau politique est constitué. L’état-major du mouvement, composé de six membres, est divisé en deux directions chargées respectivement des affaires politiques et des opérations militaires. Le secrétaire général, que nous avons rencontré à Tindouf, s’appelle Ouali Mustapha Siyed, dit Lulei. Agé de vingt-huit ans, il serait né en Mauritanie, appartiendrait à la fraction Tahalat de la tribu des Reguibat et aurait étudié le droit au Maroc avant de rejoindre la clandestinité. Les autres cadres se recrutent parmi une centaine d’étudiants sortis des universités espagnoles – dont une dizaine d’ingénieurs et de médecins, – les militants formés dans la lutte ou dans d’autres pays et les déserteurs de l’armée espagnole.
    Les slogans lancés à El-Aïoun, puis à Tindouf, puis en Mauritanie par les Sahraouis résument parfaitement les tendances du Front : « Le F. POLISARIO est le seul représentant légitime du peuple sahraoul », « Non au paternalisme marocain et mauritanien », « Nous voulons l’indépendance complète », « République arabe sahraouie », « Un régime national républicain et non aligné. » En politique étrangère, les mots d’ordre affirment le soutien du Front aux révolutions palestinienne et vietnamienne, réclament la levée du blocus de Cuba et proclament : « Le golfe Arabique est arabe ». Le drapeau – trois bandes horizontales noire, blanche, verte, un triangle rouge près de la hampe et un croissant et une étoile rouges sur la bande médiane – est également significatif. Les différentes couleurs, le croissant et l’étoile sont une combinaison des pavillons des pays progressistes du Proche-Orient et du Maghreb tandis que le triangle rouge évoque celui des Palestiniens, précise un responsable.
    Quant au Programme d’action nationale adopté par le deuxième Congrès, il se propose, entre autres, de « réaliser l’unité nationale authentique », de « nationaliser les ressources minières », de « suivre une politique d’industrialisation », de favoriser le développement de l’agriculture et de l’élevage, de « protéger les ressources maritimes et d’annuler toutes les formes d’exploitation ». Le mémorandum adressé au comité de décolonisation de l’ONU démontre que les tribus ont toujours eu leur organisation propre, qu’elles ne se sont pas confondues avec les populations marocaine et algérienne, qu’elles n’ont jamais fait acte d’allégeance au souverain du royaume chérifien – ce qui est absolument exact (6) – et qu’elles ont opposé, depuis le seizième siècle, une vigoureuse résistance aux envahisseurs européens – Portugais, Espagnols et autres.
    Un des dirigeants à qui nous faisions remarquer que les arguments juridiques marocains paraissaient au moins aussi solides, nous a répondu : « Les droits historiques sur la terre sont un droit féodal qui ne vaut que s’il est entériné par le consensus populaire. Sinon, on nierait le droit des peuples à évoluer et à s’autodéterminer. Pourquoi, dès lors, l’Angleterre ne revendiquerait-elle pas l’Amérique, les Arabes le sud de l’Espagne, etc. C’est le peuple qui donne son identité au sol, non le contraire. » Il rejette également l’argument selon lequel le territoire, faiblement peuplé, ne serait pas viable. « L’autodétermination est un principe proclamé par l’ONU. Il ne peut y avoir deux poids et deux mesures ; des Etats moins riches et ayant moins d’habitants – comme les îles Maldives – ont bien accédé à l’indépendance. »
    Rappelle-t-on l’existence du F.L.U. (Front de libération et de l’unité), les dirigeants du F. POLISARIO affirment qu’il s’agit d’une « troisième force » constituée « principalement de militaires marocains détachés » qui n’auraient réussi jusqu’ici aucune opération d’envergure. L’argument est accueilli avec colère par les Marocains qui rétorquent avec raison qu’une partie de l’armée du Sud est composée d’anciens réfugiés sahraouis. Le F. POLISARIO, ajoutent-ils, bénéficie de la complaisance des autorités espagnoles, ce que nient les responsables du Front en rappelant que leurs militants sont pourchassés et emprisonnés ; ils précisent aussi que le secrétaire général du P.U.N.S. s’est réfugié au Maroc après avoir emporté la caisse de l’organisation. Quant au Morehob (Mouvement révolutionnaire des hommes bleus), il accuse tout simplement son chef d’être un « flic » dont le nom, Eduardo Moha, n’a rien de sahraoui et n’a pas rallié grand nombre de partisans. Le fait est que le comportement d’Eduardo Moha n’est pas limpide : il affirmait, début 1973, à Alger, qu’il avait eu des ennuis avec les autorités marocaines parce qu’il défendait l’indépendance du Sahara ; il disparut au moment du « sommet » des non-alignés, en septembre, après avoir emporté du matériel et contracté des emprunts, jamais remboursés, auprès de mouvements de libération. On l’a vu, depuis, dans diverses capitales arabes et occidentales, notamment à Bruxelles, et il a récemment refait surface à Rabat où il défend la thèse marocaine, pour le moment…
    Que la mission de l’ONU ait considéré le F. POLISARIO comme « partie au débat » et que M. Kurt Waldheim ait rencontré ses chefs n’ont fait qu’accroître l’irritation des Marocains et nourrir leur suspicion à l’égard d’Alger qu’ils accusent de « vouloir faire la Grande Algérie plutôt que le Grand Maghreb ».
    Sortant de son mutisme, le président Boumediène a longuement répondu dans le discours prononcé à l’occasion du dixième anniversaire de son accession au pouvoir, le 19 juin. Les thèses algériennes peuvent se résumer ainsi : l’Algérie n’a pas modifié son attitude et s’en tient aux principes qui l’ont toujours guidée. Elle a précisé à maintes reprises qu’elle établit une distinction entre les presides de Ceuta et Melilla, « partie intégrante du territoire marocain », et le Sahara occidental au sujet duquel elle ne formule d’ailleurs aucune revendication. Cependant, ayant une frontière commune avec lui, elle est considérée par l’ONU comme « partie intéressée » et elle s’est prononcée pour l’autodétermination. Pour les Algériens, cela signifie que les Sahraouis ont plusieurs choix possibles : demander leur rattachement au Maroc ou à la Mauritanie ; accepter le partage de leur territoire entre les deux ; opter pour l’indépendance. S’ils avaient voulu semer la zizanie dans la région, les Algériens n’auraient pas déployé des efforts pour réconcilier Rabat et Nouakchott et inciter la Mauritanie à adhérer au Maghreb. Fidèle à la lutte menée par le F.L.N., l’Algérie a aidé tous les mouvements de libération authentiques : il n’y avait pas de raison qu’elle refuse de répondre aux demandes du F. POLISARIO. L’argument selon lequel elle voudrait obtenir un couloir territorial ne tient pas : elle avait proposé l’exploitation en commun des gisements de fer de Gara-Djebilet et il était question que le minerai soit évacué par rail – tout comme l’oléoduc qui traverse la Tunisie évacue du pétrole, – le chemin le plus court vers l’Atlantique passant par le Maroc et non par le Sahara occidental. Les Marocains n’ayant pas donné suite au projet, M. Boumediène a voulu couper court aux spéculations en décidant qu’une ligne de chemin de fer reliera Gara-Djebilet à la Méditerranée.
    Dans l’intervalle, on apprend qu’un accord secret a été conclu après le « sommet » arabe de Rabat (octobre 1974) entre le Maroc et la Mauritanie, aux termes duquel les deux pays se seraient entendus pour se partager le Sahara occidental et exploiter en commun les gisements de phosphate de Seguiet-El-Hamra, zone qui serait placée sous la souveraineté de Rabat. Le président Bourguiba révèle publiquement à Tunis qu’il a personnellement conseillé à Hassan II et à Ould Daddah de s’entendre directement. Il précise qu’il n’y a pas lieu, selon lui, de procéder à un référendum au Sahara, « ni de créer un Etat indépendant qui serait sous l’influence de l’Espagne ou d’un Etat maghrébin ». Le président Senghor, du Sénégal, a fait une déclaration qui va dans le même sens. L’un et l’autre semblent craindre qu’un Sahara indépendant ne contribue à accroître le poids déjà grand de l’Algérie dans la région.
    Dans le même temps, une partie de la classe politique mauritanienne se pose des questions sur le danger d’un partage du Sahara ; certains n’hésitent d’ailleurs pas à condamner cette formule, et d’autres l’auraient dit en privé aux membres de la mission d’enquête de l’ONU. Ils font remarquer que le Maroc a reconnu leur pays à contrecœur et parce qu’il ne pouvait pas faire autrement, le Sahara occidental servant de zone tampon. Le jour où les deux Etats auront une frontière commune, le Maroc ne cherchera-t-il pas à récupérer le Rio-de-Oro, voire la Mauritanie ? « Le partage, disent-ils, nous donne un avantage dans l’immédiat, mais nous risquons d’être perdants à moyen terme. »
    Pour leur part, les dirigeants algériens réagissent vivement à l’accord secret (7). Retournant l’argument de ceux qui craignent le poids de l’Algérie, ils se demandent si, en coulisse, les Etats-Unis ne tirent pas les ficelles pour affaiblir le Maghreb en attisant des dissensions, isoler le gouvernement Boumediène et renforcer des régimes moins radicaux.
    « On ne peut dissocier, disent-ils, les agissements autour du Sahara de la position militante adoptée par l’Algérie dans le domaine de l’énergie. On cherche à porter des coups aux options socialistes de notre pays et à son non-alignement actif et réel. »
    Quoi qu’il en soit, quelques jours plus tard M. Bouteflika, ministre algérien des affaires étrangères, est envoyé en mission à Rabat pour détendre l’atmosphère. Il y réussit si bien que les diplomates s’interrogent : l’Algérie a-t-elle modifié ses positions, a-t-elle consenti un recul stratégique ou tout simplement tactique ? Quelques faits apportent des éléments de réponse. Le 10 juillet, deux des militaires espagnols faits prisonniers par le F. POLISARIO ont été remis, sous l’égide du Croissant Rouge algérien, aux autorités de Madrid et les dirigeants du Front venus pour la circonstance à Alger nous ont laissé entendre qu’ils continuent à bénéficier du soutien de l’Algérie. D’autre part, l’ambassadeur d’Algérie, M. Bedjaoui, a développé devant la Cour internationale de La Haye l’argumentation de son pays dans toute sa rigueur.
    Les Canaries, enjeu stratégique
    Les Espagnols affirment, de leur côté, qu’ils souhaitent une concertation avec les trois pays. N’ayant pas réussi, ils ont suggéré à l’ONU de l’organiser. Mais Madrid estime aussi que le F. POLISARIO est majoritaire sur les deux tiers du territoire et qu’il peut constituer un interlocuteur valable. « Nous serions prêts à avoir des conversations avec ses dirigeants, à condition qu’ils s’identifient », nous a dit un diplomate. « En attendant, a-t-il ajouté, nous ferons tout pour parvenir à une solution pacifique. Toutefois, nos moyens étant limités, si nous devions recevoir des coups de tous les côtés, nous demanderions à l’ONU de prendre la relève et d’envoyer éventuellement des casques bleus pour assurer le maintien de l’ordre jusqu’au référendum préconisé par l’Assemblée générale. »
    Pour le moment, aucune des parties intéressées ne se hasarde au moindre pronostic, le nombre d’inconnues étant trop grand. Les milieux diplomatiques n’excluent cependant pas l’hypothèse d’une confrontation. De toute façon, le problème de la « décolonisation » des territoires administrés par l’Espagne rebondira à l’Assemblée générale de l’ONU en septembre.
    Madrid affirme que Ceuta et Melilla ne sont pas négociables et que l’archipel des Canaries ne lui donne pas plus de souci que la Corse à la France. La situation pourrait bien changer. Le comité de libération de l’O.U.A., qui s’est réuni à Rabat du 9 au 15 juin, a décidé d’apporter un soutien accru et fort important au M.P.A.I.A.C. Son secrétaire général, M. Antonio Cubillo, un avocat installé à Alger, a toujours souligné que le problème du Sahara occidental était lié à celui des Canaries et il a fini par convaincre. La décision tendant à autoriser le mouvement à ouvrir une agence régionale au Maroc devrait être soumise à la prochaine réunion du comité de libération, les chefs d’Etat africains ayant pris conscience de l’importance stratégique de l’archipel que les Etats-Unis sont en train de transformer en base militaire. A partir des îles, qui servirent toujours de point d’appui à la colonisation espagnole, il est non seulement possible de neutraliser une offensive marocaine contre Ceuta et Melilla, mais aussi d’exercer un contrôle sur l’ensemble du Maghreb et de l’Afrique occidentale et équatoriale, affirme le M.P.A.I.A.C. Il a été entendu. En plus du Sahara occidental, la question des Canaries est désormais posée par l’O.U.A. Affaire à suivre.
    Paul Balta
    Auteur de La Méditerranée réinventée, La Découverte, Fondation René Seydoux, Paris, 1992.

    Le Monde diplomatique, août 1975

    Tags : Sahara Occidental, Maroc, Sahara Espagnol, autodétermination, décolonisation, 
  • Solution politique mutuellement acceptable et autodétermination sont deux concepts incompatibles (diplomate)

    Selon le représentant du Front Polisario auprès des Nations Unies, le Dr Sidi Mohamed Omar, la solution politique mutuellement acceptable n’est pas compatible avec le concept d’autodétermination.

    « Nous sommes tous d’accord que les négociations sont essentielles. Mais lorsque le Conseil appelle les parties à trouver une solution politique mutuellement acceptable, cela n’est pas compatible avec le concept d’autodétermination » a-t-il affirmé dans un entretien accordée au site Junge Welt » précisant que « cette approche contradictoire est en fait la raison de l’impasse dans laquelle nous nous trouvons actuellement ».

    Questionné sur la situation des négociations, le Dr Omar a affirmé que le peuple sahraoui n’a plus aucune confiance en l’ONU à un moment où son processus est complètement paralysé. « Cette situation est aggravée par le fait que l’ONU et la communauté internationale dans son ensemble ne font rien pour faire avancer les choses », a-t-il ajouté.

    Pour le diplomate sahraoui, « l’option préférée du Maroc est celle de gagner du temps, dans l’espoir que la communauté internationale accepte et reconnaisse son occupation illégale et l’annexion des autres parties du Sahara occidental ». « Mais même si certains ont accepté le statu quo comme excuse pour ne rien faire, les Sahraouis et le Front Polisario ne l’accepteront jamais » a-t-il indiqué.

    Tags : Sahara Occidental, Maroc, autodétermination, conseil de sécurité, ONU, solution mutuellement acceptable,

  • Sahara Occidental : L’Espagne et la France fustigées

    Cela fait 44 ans, aujourd’hui, que la République arabe sahraouie démocratique (Rasd) a été proclamée. Mais après tant d’années, le constat est là : à l’exception d’avoir arraché quelques acquis certes précieux et néanmoins symboliques, l’évolution du dossier stagne et se caractérise, ces derniers mois, notamment, par un nouveau blocage. Pour les représentants du Front Polisario, le Maroc et ses « alliés » œuvrent sans cesse à entraver le peuple sahraoui dans sa marche pour son indépendance.

    Massiva Zehraoui – Alger (Le Soir) – Irrité, l’ambassadeur du Front Polisario à Alger a, dans ce contexte, pointé du doigt la complicité «affichée» de certains pays européens qui seraient à l’origine de ce statu quo.

    Lors d’une conférence de presse qu’il a animée, hier mercredi, au forum du quotidien El Wassat, Abdelkader Taleb Omar a ouvertement fustigé l’Espagne et la France. Ses critiques se sont particulièrement dirigées à l’endroit du gouvernement espagnol dont il considère que «la position d’hier n’est plus celle d’aujourd’hui». Il a souligné que les positions de Madrid ont de tout temps viré du chaud au froid lorsqu’il s’agit de la reconnaissance de la Rasd. Il fera toutefois remarquer que ces derniers mois, la politique espagnole, à cet égard, a totalement rompu avec les positions des gouvernements successifs en manifestant un «soutien pratiquement inconditionnel au colonisateur marocain», déplore l’ambassadeur.

    Abdelkader Taleb Omar dénonce le parti-pris du gouvernement de Pedro Sanchez, qui se fait aujourd’hui «le défenseur des intérêts du Maroc au détriment de tout un peuple». A chaque fois que l’Espagne se prononce en faveur de l’autodétermination du peuple sahraoui, elle est «aussitôt rappelée à l’ordre et se rétracte à la vitesse de la lumière», a-t-il constaté.
    Abdelkader Taleb Omar a, d’ailleurs, rappelé le récent «incident» suite auquel le gouvernement espagnol a dû réitérer sa position sur le Sahara Occidental afin d’apaiser ses relations avec Mohammed VI.

    Rappelons qu’un membre du gouvernement issu du parti de gauche Podemos avait reçu dernièrement une représentante du Front Polisario en qualité de «ministre», signifiant, de ce fait, sa reconnaissance de la Rasd en tant qu’État. La réaction au sein du gouvernement n’a pas tardé à se manifester, réaffirmant la «non-reconnaissance de l’Espagne officielle de la République sahraouie».

    Selon Abdelkader Taleb Omar, c’est de façon décomplexée que l’Espagne cautionne « la propagande du roi ». Il attirera encore l’attention sur l’absence totale du mot « autodétermination » du peuple du Sahara Occidental dans le paysage médiatique espagnol. « Nous avions pour habitude d’envoyer régulièrement des représentants du Front Polisario s’entretenir avec des dirigeants espagnols », a-t-il relevé, chose qui n’arrive plus aujourd’hui. L’ambassadeur de la Rasd a par ailleurs chargé la France qui, d’après lui, «ne fait que calquer la politique de l’Espagne vis-à-vis du dossier sahraoui».

    Il estimera encore que la France a accepté de jouer le mauvais rôle dans les négociations pouvant mener vers un règlement de la crise, de manière pacifique.

    M. Z.

    Tags : Sahara Occidental, Maroc, RASD, France, Espagne, ONU, autodétermination, référendum,

  • SAHARA OCCIDENTAL : L’ONU et l’UA attachées à la légalité internationale

    La République arabe sahraouie démocratique (RASD) et le Front Polisario se sont félicités de la déclaration conjointe rendue publique par l’Union africaine (UA) et l’Organisation des Nations unies (ONU) dans laquelle les deux instances ont réitéré leur attachement à la légalité internationale au Sahara occidental.

    La RASD et le Front Polisario ont affirmé que la déclaration conjointe rendue par les deux organisations « dans les circonstances actuelles et trois décennies après la signature par les deux parties de l’accord de paix UA-ONU en 1991, souligne que le règlement juste, permanent et définitif ne saurait se réaliser sans l’exercice par le peuple sahraoui de son droit inaliénable à l’autodétermination et à l’indépendance, conformément à la légalité internationale qui classe la question du Sahara occidental dans son cadre légal en tant que question de décolonisation ». La RASD et le Front Polisario se sont félicités de la position commune exprimée dans la déclaration rendue publique, par l’UA et l’ONU, après la réunion de leurs commissions de coordination dans le cadre commun visant la promotion de la paix et de la sécurité. Les deux organisations « ont mis en avant leur attachement à la légalité internationale dans le cadre des efforts de la communauté internationale pour la décolonisation du Sahara occidental, dernière colonie en Afrique », a souligné la même source. Pour la direction sahraouie, la réaffirmation par les deux organisations de leur attachement à la légalité internationale se veut « un signe fort » au moment où la France, au sein du Conseil de sécurité de l’ONU et l’Espagne tentent de modifier le statut juridique et légal de la question sahraouie, en complicité flagrante avec l’occupant marocain ».

    La réaffirmation de la légalité internationale « intervient en contradiction avec le sombre tunnel dans lequel la France tente d’introduire le processus ONU-UA, en utilisant une terminologie extrinsèque aux questions de décolonisation et à la résolution onusienne relative à l’octroi de l’indépendance aux pays et peuples colonisés, à l’instar de « réalisme », « pragmatisme » ou « entente », qui cachent souvent des visées colonialistes propres à des forces dont les intérêts sont étroitement liés à des mentalités révolues visant à confisquer les droits du peuple sahraoui à l’autodétermination, à l’indépendance et à la souveraineté », a noté le communiqué de la direction politique sahraouie. Le président de la République arabe sahraouie démocratique (RASD) et secrétaire général du Front Polisario, Brahim Ghali, avait informé le SG de l’ONU, Antonio Guterres, à Addis-Abeba, que « la partie sahraouie appelle l’ONU à œuvrer pour permettre à la Mission des Nations unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental (MINURSO) d’accomplir pleinement sa mission », ajoutant que la partie sahraouie « n’acceptera plus de tergiversations, ni de dépassements de la part de l’occupant marocain qui sévit en toute impunité ».

    L’ONU et l’UA avaient réitéré leur attachement à l’application de la légalité internationale au Sahara occidental dans une déclaration conjointe rendue publique, à l’issue de sa réunion consultative mardi à Addis-Abeba.

    M. Bendib

    SAHARA OCCIDENTAL-PARLEMENT EUROPéEN

    L’intergroupe parlementaire mis en place

    Le nouveau représentant du Front Polisario en France, Mohamed Sidati, s’est félicité de la formation de l’Intergroupe parlementaire européen « Paix pour le peuple sahraoui » y voyant comme une grande réussite pour le peuple sahraoui dans son combat pour la liberté et l’indépendance. Le diplomate sahraoui a affirmé lors d’une conférence de presse tenue après l’annonce officielle, à Strasbourg, de la naissance de ce nouveau groupe de soutien au peuple sahraoui que « cette réussite est extrêmement importante pour la cause sahraouie puisque le groupe s’efforcera de donner de la visibilité à la lutte juridique menée par le Front Polisario pour la liberté et l’indépendance du peuple sahraoui ». Pour le représentant du Front Polisario en France, l’intergroupe parlementaire européen a également le noble objectif de défendre les droits du peuple sahraoui et de confronter toutes les méthodes adoptées par le régime marocain dans le but de saper tout soutien à la cause sahraouie.

    À cet égard, il a salué le soutien exprimé par les membres du groupe qui dépasse la centaine de députés des différentes formations du Parlement européen, et leur volonté de travailler au niveau de cette institution européenne pour assurer le plein respect des droits du peuple sahraoui et de sa souveraineté exclusive sur ses ressources naturelles. L’intergroupe européen « Paix pour le peuple sahraoui » a été annoncé officiellement jeudi à Strasbourg, un bloc de plus d’une centaine de députés de divers partis politiques de tous les pays de l’Union européenne (UE) dans le but de soutenir le peuple sahraoui dans sa lutte légitime pour la liberté et l’indépendance. Le chef de ce groupe interparlementaire européen « Paix pour le peuple sahraoui », député du Parti social-démocrate allemand, Joachim Schuster, a souligné de son côté l’importance de pousser l’Union européenne (UE) à jouer « un rôle positif et pivot » dans la résolution du conflit au Sahara occidental, tel que stipulé dans les résolutions pertinentes des Nations unies et du Conseil de sécurité onusien. Joachim Schuster, élu jeudi à la tête du nouveau groupe de soutien au peuple sahraoui, a également déclaré dans un communiqué que l’Union européenne « est tenue d’assumer ses responsabilités et son engagement à respecter le droit international et européen, d’une part et d’autre part envers le peuple sahraoui et sa lutte juste pour ses droits légitimes, y compris le droit à l’indépendance et à l’autodétermination ». « Nous, en tant que députés au Parlement européen, sommes également tenus d’espérer que les Nations unies nommeront un envoyé personnel du Secrétaire général pour reprendre le processus politique vers une solution juste et équitable au conflit du Sahara occidental (occupé par le Maroc depuis 1975) qui garantisse au peuple sahraoui le droit à l’autodétermination, en impliquant l’Union africaine (UA) dans cette question .’’

    M.B.

    Le Courrier d’Algérie, 16 fév 2020

    Tags : Sahara Occidental, Maroc, Front Polisario, ONU, UA, Union Africaine, autodétermination,

  • Le soutien des USA au Maroc entrave l’adoption d’une solution basée sur la légalité (journaliste péruvien)

    Le 21 mai 2024, el Sr Ricardo Sanchez Serra venait de publier deux intéressantes articles sur le Maroc et son lobbying aux Etats-Unis sur le Sahara Occidental, dans deux quotidiens péruviens, La Primera et La Razon. Deux articles qui semblent avoir suscité la préoccupation de l’ambassadrice marocaine à Lima, Oumama Aouad que le journaliste free-lance péruvien d’ingérence dans les affaires internes de son pays.

    Le premier article, intitulé «Etats-Unis, Front Polisario et Sahara Occidental: La vérité »

    Etalé sur deux pages et alimenté de plusieurs photos, l’article publié par La Primera sous le titre de «Etats-Unis, Front Polisario et Sahara Occidental: La vérité » met en exergue l’idée selon laquelle le soutien des Etats-Unis au Maroc concernant le dossier du Sahara Occidental, entrave l’adoption d’une solution en faveur au Polisario.

    Dans cette optique, Sanchez Serra rappelle que « durant la guerre froide tant les Etats-Unis que l’URSS exigeaient l’appui inconditionnel et total à leur décisions politiques, ce que le mouvement de libération du peuple sahraoui « Polisario» qui combattait la colonisation espagnole et ensuite marocaine, a refusé de faire. Il a payé très cher cette audace ».

    En se basant sur la publication de « Foreign Policy» parue en février 2014, Serra a indiqué que « le Maroc a dépensé, aux États-Unis, 20 millions de dollars entre 2007 et 2013 pour maintenir son lobbying et ses relations publiques à Washington ».

    Il a ainsi affirmé que « les millions du Maroc semblent avoir été utilisés efficacement, puisque les États-Unis n’ont jamais exercé de pression sur le Royaume pour aller de l’avant dans sa promesse de tenir un référendum sur l’autodétermination au Sahara Occidental ».

    Selon lui, « la politique étrangère des États-Unis comme celle de la France et de l’Espagne, est fondée sur « la realpolitik » par laquelle les principes sont abandonnées au profit des intérêts pratiques, indépendamment de l’éthique, des valeurs et du droit international ».

    Dans ce sens, le journaliste a ajouté que « c’est également le cas sahraoui où les préjugés ont prévalu grâce aux lobbyistes marocains et leur millionnaire propagande, qui accusent le Sahara Occidental d’être un état instable, non viable, sans ressources avec une population minoritaire ».

    Par ailleurs, il signale que «le Secrétaire Général de l’ONU, a exhorté, sans succès, le Conseil de Sécurité, à la nécessité d’assurer une surveillance indépendante, impartiale et constante de la situation des droits de l’homme dans le Sahara Occidental et dans les camps des réfugiés de Tindouf».

    Serra a ajouté que «cela a incité la réaction du Roi du Maroc, qui a pratiquement menacé l’ONU de lui retirer ce dossier, en l’avertissant de la nécessité d’éviter les approches partielles sur le Sahara occidental ».

    L’ancien président du comité de solidarité saharaui-péruvien a publié, le même jour, un deuxième article dans le quotidien péruvien La Razon, sous le titre «La torture et la bestialité de l’Homme ».

    Ledit article reprend le rapport critique publié, à l’époque, sur le Maroc par l’association «Amnesty International» sur les pratiques de la torture et les violations quotidiennes des droits de l’homme dans l’ancienne colonie espagnole.

    Cet article est illustré d’une photo reprise du site péruvien de l’association « Amnesty International» qui représente un homme ligoté et recouvert du drapeau marocain.

    Ainsi, rappelant que le Maroc figure parmi les 5 pays sur lesquels s’est centré le dernier rapport de (AI) dans le cadre de sa campagne « Stop Torture », le journaliste a révélé que selon cette source «dans le territoire du Sahara occidental, occupé par le Maroc, la torture et les mauvais traitements pratiqués dans les postes de police et les centres de détention restent souvent impunis ».

    Il a ajouté que «le Maroc est condamné par toutes les organisations des droits de l’Homme dans le monde, cependant, le Conseil de Sécurité de l’ONU, a évité de doter les Casques Bleus de la MlNURSO des prérogatives de défense des droits de l’Homme et ce malgré les recommandations du Secrétaire Général Ban Ki­moon. »

    Tags : Sahara occidental, Maroc, Front Polisario, Pérou, Etats-Unis, lobbying, autodétermination,

  • Palestine : Le deal de toutes les prédations

    Trois grands conflits en Afrique et au Moyen Orient ont jeté un voile sur un vieux problème que l’humanité traîne depuis plus de 70 ans. En effet, le Mali, la Libye et la Syrie vers où convergent les inquiétudes des Occidentaux, des Africains et des Arabes, ont relégué au second plan la question de décolonisation en Palestine. La récente sortie de Trump avec son «deal du siècle» renseigne, si besoin, des conséquences de l’absence de vigilance sur le dossier palestinien.

    Certes, les deux époques sont différentes, l’origine des conflits également, mais l’on constate dans les deux cas une volonté occidentale de maintenir la plaie ouverte. Les Britanniques, les Français et les Américains, le trio de pays qui n’ont pas hésité à attaquer l’Egypte de Nasser en 1956, pour sauver Israël, pousser ces dernières années les pays du monde à entrer dans un conflit international et ouvert contre la Syrie. Un seul objectif sous-tend cette attitude guerrière: fragiliser au maximum le pays-cible pour le rendre dépendant de leur volonté et l’offrir à Israël, dont le rêve de contrôler le monde arabe, n’a jamais été aussi près d’être réalisé.

    Dans ce monde arabe, il y a également l’Algérie. Après l’échec de l’anéantissement de cette grande Nation, le même trio milite «secrètement» pour allumer la mèche d’un autre conflit aux conséquences insoupçonnables aux frontières sud et est du pays. Pareille perspective n’anéantira certainement pas l’Algérie, mais risque de l’affaiblir au sens où elle aura, en tant que puissance régionale, à gérer une situation inextricable où des dizaines de pays impliqués dans la guerre, voudraient tirer profit de la situation.

    Le but des Occidentaux à travers l’internationalisation des conflits libyen, syrien et malien, est sans doute de créer des foyers de tension permanents qui viendraient s’ajouter à la question palestinienne. Cela reléguera aux calendes grecques le règlement d’une des plus importantes et légitimes revendications de l’humanité depuis l’imposition par les pays du tiers-monde du principe de l’autodétermination.

    Il est vrai que ces conflits arrangent deux alliés objectifs de l’Occident: Israël. Le printemps arabe et Daech ont complètement occulté les souffrances du peuple palestinien encore sous le joug de l’occupation. Comme quoi les «Révolutions» et le terrorisme servent les pouvoirs les plus injustes de la planète.

    Par Nabil G.

    Ouest Tribune, 12 fév 2020

    Tags : Palestine, Etats-Unis, Israël, deal du siècle, autodétermination, Proche Orient, monde arabe, terrorisme, Daech, printemps arabe,

  • Jusqu’à 1973, le Maroc soutenait l’autodétermination au Sahara (Le Monde diplomatique)

    Fardeau pour l’Espagne, casse-tête pour l’ONU – Le Sahara occidental suscite les convoitises de ses voisins

    Le Sahara occidental sous domination espagnole sera-t-il une « nouvelle Palestine » comme certains l’ont hâtivement avancé ou un « nouveau Katanga » ? En tout cas, le problème est complexe ; il risque de provoquer une crise grave dans la région et la façon dont il sera résolu modifiera le visage du Maghreb.

    Ces « quelques arpents de sable », convoités par le Maroc et par la Mauritanie tandis que l’Algérie, qui ne revendique rien, soutient le F. POLISARIO (Front populaire pour la libération de Seguiet-El-Hamra et du Rio-de-Oro), partisan de l’indépendance pure et simple, sont devenus un fardeau pour l’Espagne, un casse-tête pour l’ONU, un sujet épineux pour l’O.U.A. et la Ligue arabe, et un objet de préoccupations pour les intérêts occidentaux qui y ont fait des investissements. Des mouvements de libération affirment que le sort du Sahara occidental ne laisse pas les Etats-Unis et l’OTAN indifférents parce qu’il est lié à l’avenir des îles Canaries. De leur côté, les Africains se sentent menacés du fait que l’archipel risque de plus en plus de devenir une puissante base américaine.

    Il suffit de regarder la carte pour constater que les frontières établies par les puissances coloniales sont d’une perfection géométrique bien théorique pour les nomades qui, de tout temps, ont suivi des zones de parcours à la recherche de pâturages, sans se soucier de ces « lignes conventionnelles » artificiellement tracées. Le territoire – 284 000 kilomètres carrés – est divisé en deux grandes zones : Seguiet-El-Hamra au nord, avec El Aïoun comme capitale, et le Rio-de-Oro (Ouadi-El-Dhahab en arabe) au sud, dont l’agglomération principale est Villa-Cisneros.

    La population est formée d’une vingtaine de tribus qui se rattachent à quatre grands groupes : les Reguibat, les Tekna, les Maquils et les Ouled Delim. Combien sont-ils ? Les Espagnols, qui ont procédé l’an dernier à un recensement, avancent le chiffre de soixante-dix mille à quatre-vingt mille, mais ils admettent qu’ils n’ont pu, évidemment, comptabiliser les Sahraouis qui se sont réfugiés dans les pays limitrophes et ceux qui y nomadisent. Des dirigeants du F. POLISARIO estiment, quant à eux, que le chiffre oscille entre deux cent cinquante mille et trois cent mille (1).

    Se serait-on avisé de l’importance de ce désert, position stratégique mise à part, si l’Espagne n’avait commencé à exploiter en 1963 les fabuleux gisements de phosphates (découverts en 1947) de Seguiet-El-Hamra ? Longs de 75 kilomètres sur 1 à 15 kilomètres de large, ils s’étendent sur 250 kilomètres carrés. Les réserves, réparties en cinq zones, sont évaluées à 10 milliards de tonnes. Celle de Bou-Kraa, où l’extraction se fait à ciel ouvert, renferme 1,7 milliard de tonnes exploitées par l’ENMINSA (Empressa Nacional Mineras del Sahara). Fondée en 1962, elle fut rebaptisée, en 1969, Fosfatos de Bu-Craa lorsque son capital a été porté à 5 milliards de pesetas et qu’elle a associé à son entreprise des intérêts occidentaux, notamment américains, allemands et français.

    Le sous-sol recèle également du fer, du cuivre, de l’uranium et du gaz. Au large de la côte se trouve un des plus riches réservoirs de poissons du monde et la nappe pétrolifère sous-marine ne serait pas négligeable. Les sociétés pétrolières se montrent discrètes sur les résultats obtenus ou minimisent les réserves. Selon le M.P.A.I.A.C. (Mouvement pour l’autodétermination et l’indépendance de l’archipel canarien), les forages commencés en 1959-1960 auraient été prometteurs. Toutefois, à l’époque, priorité aurait été donnée au brut libyen dont l’extraction était moins onéreuse, « le Sahara atlantique étant conservé comme réserve stratégique ». Fait troublant, c’est en 1969 – année du renversement du roi Idriss et de l’accession au pouvoir du colonel Kadhafi – que les sociétés éprouvent de nouveau un penchant pour le Sahara, et l’Union Carbide Petroleum conclut, en juillet 1970, un contrat de deux ans avec Madrid, renouvelé depuis, pour des forages en mer ; le permis est octroyé pour une zone de 1 600 000 hectares à une de ses filiales espagnoles qui s’engageait à investir 147 millions de pesetas. Des filiales de la Standard Oil, de la Gulf Oil et d’autres « sœurs » du cartel se sont aussi mises sur les rangs.

    Si le Maroc, dépourvu de pétrole mais premier exportateur mondial de phosphates, récupérait le Sahara occidental, sa puissance serait considérablement accrue. Si la Mauritanie, moins bien lotie, voyait tout ou partie de ce territoire lui revenir, ses capacités économiques en seraient d’autant renforcées. En revanche, un Sahara indépendant, républicain et non aligné aurait tendance à se tourner vers l’Algérie, à moins que les trois voisins ne s’entendent pour aider le jeune Etat à se structurer et à exploiter ses richesses. Le jeu de l’Espagne a consisté à organiser une indépendance qui se fasse dans sa mouvance ; ses espoirs s’étant estompés, il semble qu’elle s’accommoderait d’un régime non aligné qui, tout en lui retirant les bases militaires, maintiendrait avec elle une coopération économique et culturelle.

    « Droits historiques » et autodétermination

    L’enjeu est de taille. Quant à la complexité du dossier, elle ne s’explique que dans sa perspective historique. Puissance coloniale en Mauritanie et en Algérie, la France avait obtenu entière liberté d’action au Maroc par la convention du 8 avril 1904 signée avec la Grande-Bretagne ; le 3 octobre suivant, elle concluait une convention secrète avec Madrid reconnaissant les prétentions espagnoles sur le Rio-de-Oro et Seguiet-El-Hamra. Toutefois, ce n’est qu’en 1934-1935 que l’Espagne, de connivence avec Paris, qui s’inquiétait de la résistance des Berbères du Haut-Atlas, réussit à occuper la totalité du territoire, transformé en province par la loi du 19 avril 1961.

    En 1956, Si Allal El Fassi, leader de l’Istiqlal, qui avait précédemment élaboré une carte du « grand Maroc » s’étendant jusqu’au Sénégal et au Niger, proclame les droits de son pays sur la région occupée par l’Espagne. Le roi Mohammed V donne un caractère officiel à cette revendication le 25 février 1958 en affirmant, dans un discours prononcé à M’hamid, dans le Sud, sa volonté « de poursuivre son action pour la restitution du Sahara au Maroc ». Quelques dates vont alors jalonner le contentieux saharien (2).

    Le 1er avril 1958, Madrid signe l’accord de Cintra, qui restitue à Rabat la zone de Tekna, située entre le cap Juby et l’oued Draa. Mais, le 28 novembre de la même année, la République islamique de Mauritanie est proclamée au sein de la Communauté française, et, deux ans plus tard jour pour jour, elle accède à l’indépendance. Coup dur pour le gouvernement et les partis politiques marocains qui reprochent à la France d’avoir créé un Etat factice en amputant le Maroc d’un territoire qui a fait partie de l’empire chérifien et qui lui a donné certains de ses plus prestigieux monarques. En octobre 1963, un conflit oppose Rabat et Alger au sujet de Tindouf, et l’opposition marocaine ne s’est jamais consolée depuis de ce que la souveraineté algérienne se soit étendue à cette région. Le roi Hassan II finit cependant par admettre les réalités : le 15 janvier 1969, il signe avec le président Boumediène un traité de fraternité et de bon voisinage qui met officiellement fin au litige, puis il invite le président Ould Daddah au « sommet » islamique de septembre à Rabat, ce qui revient à reconnaître la Mauritanie, l’Algérie ayant joué un rôle non négligeable pour favoriser cette réconciliation.

    Entre-temps, le 6 juillet 1963, Hassan II avait eu avec le général Franco, sur l’aérodrome madrilène de Barajas, une entrevue qui détendit l’atmosphère et permit, après de longues et laborieuses négociations, la signature, le 4 janvier 1969, du traité de Fès, par lequel l’Espagne rétrocédait au Maroc l’enclave d’Ifni. Parallèlement, le Sahara occidental faisait régulièrement l’objet de résolutions à l’ONU, à l’O.U.A. et au sein du mouvement des non-alignés. Hassan II et M. Boumediène décident, lors d’une visite à Tlemcen le 27 mai 1970, de se concerter avec M. Ould Daddah. Les trois chefs d’Etat se rencontrent à Nouadhibou (14 septembre 1970) et à Agadir (24 juillet 1973), tandis que leurs ministres des affaires étrangères siègent à Alger (5 janvier 1972) et à Nouakchott (9 mai 1973). Dans toutes ces instances, le principe de l’autodétermination est proclamé ; la résolution 1514, intitulée Déclaration sur l’octroi de l’indépendance aux pays et peuples coloniaux, et adoptée par l’ONU le 14 décembre 1960, sert de référence.

    D’une façon plus précise, en 1966, l’Assemblée générale de l’ONU « réaffirme le droit inaliénable des peuples d’Ifni et du Sahara espagnol à l’autodétermination conformément à la résolution 1514 ». Le 16 décembre 1969, elle « invite à nouveau la puissance administrante à arrêter le plus tôt possible, en conformité avec les aspirations de la population autochtone du Sahara dit espagnol, et en consultation avec les gouvernements marocain et mauritanien et toute autre partie intéressée (3), les modalités de l’organisation d’un référendum tenu sous les auspices de l’ONU afin de permettre à la population autochtone du territoire d’exercer librement son droit à l’autodétermination… »

    De même, le communiqué publié à Agadir déclare :« Les trois chefs d’Etat ont consacré une attention particulière à l’évolution de la question du Sahara encore sous domination espagnole. Ils ont réaffirmé leur attachement indéfectible au principe de l’autodétermination et leur souci de veiller à l’application de ce principe dans un cadre qui garantit aux habitants du Sahara l’expression libre et authentique de leur volonté conformément aux déclarations des Nations unies dans ce domaine. »

    La solidarité maghrébine à l’épreuve

    Les textes sont clairs et le règlement de l’affaire paraît relativement simple. D’où vient alors l’inquiétude brusquement éprouvée par les Marocains au printemps 1974 ? Les partis de l’opposition, principalement l’Istiqlal, l’U.S.F.P. (Union socialiste des forces populaires) et le P.P.S. (Parti du progrès et du socialisme) de M. Ali Yatta, qui ont mal accepté de « perdre » la Mauritanie et la région de Tindouf, craignent de voir le Sahara occidental leur échapper à son tour. En effet, des mouvements favorables à l’indépendance se manifestent, tandis que l’Espagne, qui a modifié sa tactique, donne l’impression de vouloir accélérer son départ. Elle entend organiser, avant la fin de l’année, un référendum qui aboutirait, selon Rabat, à mettre en place un régime fantoche manipulé par Madrid. L’opposition presse le roi d’agir. La récupération du « Sahara spolié » leur permet de se rapprocher en faisant « l’union sacrée » : le souverain dépêche ses ministres et les chefs de parti comme émissaires à travers le monde pour exposer la thèse marocaine. Ils font valoir que le Maroc a des droits historiques sur le territoire sahraoui et que, si la population est consultée, l’alternative proposée devrait être : maintien sous la « férule du colonialisme » espagnol ou retour à la mère patrie. Missions aux résultats mitigés, les capitales visitées ne souhaitant pas se brouiller avec un des protagonistes en prenant trop nettement parti.

    La Mauritanie, qui ne dispose pas des moyens de ses deux voisins, se montre discrète et cherche à maintenir la balance égale entre Alger et Rabat tout en préservant ses intérêts. Elle finit cependant par élever la voix pour rappeler qu’elle aussi a des droits. Mais, plus que sur la terre, elle met l’accent sur les hommes : « Nous ne pourrons, quant à nous, montrer des camps de réfugiés (4), pour la bonne raison que ce sont les mêmes populations qui, de tout temps, ont habité de part et d’autre de cette frontière artificielle », déclare le président Ould Daddah. L’Algérie, de son côté, se contente de réaffirmer son hostilité au « colonialisme espagnol et son « attachement au principe de l’autodétermination ».

    Au cours de l’été, la presse marocaine s’en prend vivement à l’Algérie ; elle l’accuse de faillir à la solidarité maghrébine et de jouer un double jeu qui en fait l’alliée objective de l’Espagne. Alger évite d’alimenter la polémique et se contente de rappeler ses positions de principe par le truchement d’un article paru dans la République d’Oran. En privé, de hauts fonctionnaires font remarquer que c’est le Maroc qui a modifié son attitude en renonçant à la concertation tripartite et en donnant une interprétation unilatérale au principe et aux modalités de l’autodétermination. En outre, dit-on, le processus de décolonisation a été accéléré à la suite de la participation de l’Algérie à la concertation tripartite de Nouadhibou.

    Le Maroc va-t-il envahir le Sahara, où l’Espagne a envoyé des renforts et maintient cinquante-six mille hommes ? La question se pose quand Hassan II révèle, au cours d’une conférence de presse tenue le 17 septembre 1974, qu’il va demander à la Cour internationale de La Haye de dire le droit. Sa démarche réduit la tension et entraîne l’ajournement du référendum annoncé par l’Espagne à qui le roi tend la perche : ayant à l’esprit les précédents de Cintra, de Barajas et de Fès, le souverain, qui semble avoir donné quelques gages à Nouakchott, suggère à Madrid de régler directement cette affaire avec lui à l’amiable. Il laisse entendre que des arrangements sont possibles pour les bases militaires espagnoles au Sahara et pour l’exploitation en commun des phosphates. Madrid fait la sourde oreille.

    Un diable sort de sa boîte

    La tension remonte au printemps 1975, en particulier lorsque la mission d’enquête de l’ONU, présidée par M. Siméon Ake, représentant de la Côte-d’Ivoire à l’ONU, se rend fin mai-début juin en Espagne, au Sahara, au Maroc, en Algérie et en Mauritanie. Il se produit un coup de théâtre qui fait craindre au Maroc d’être coiffé au poteau malgré les points marqués au cours des mois écoulés : le F. POLISARIO, dont on connaissait vaguement l’existence mais qui n’avait guère fait parler de lui, sort de sa boîte comme un diable. La mission d’enquête se trouve à El-Aïoun ; le P.U.N.S. (Parti de l’unité nationale sahraouie), seul mouvement légalement reconnu et qui a la bénédiction de Madrid, décide de manifester. Or, à la grande surprise des autorités locales, les militants déploient des drapeaux du F. POLISARIO et se révèlent être de ses partisans. Quelques jours plus tard, lorsque la mission se rend à Tindouf, le Front lui présente quinze militaires espagnols faits prisonniers et une partie du matériel capturé. Enfin, en Mauritanie, une nouvelle manifestation se produit en faveur du Front.

    « Nous sommes l’émanation authentique du peuple sahraoui, nous a dit un de ses dirigeants. Si on nous a ignorés jusqu’ici, c’est parce que, tant Espagnols que Marocains, on fait le silence autour de nous. De plus, nous étions davantage préoccupés d’organiser la lutte que de mener une campagne publicitaire. Il faut que l’on sache toutefois que notre mouvement ne date pas d’aujourd’hui. »

    Dès 1968, explique-t-il, le Front de libération du Sahara (F.L.S.) (5) entame son action qui débouche, le 17 juin 1970, sur une grande manifestation à El-Aïoun. A l’époque, le mouvement se contente de réclamer l’autonomie interne, de contester l’autorité des cheikhs « aux ordres de l’Espagne » et les interventions étrangères, d’où qu’elles viennent. Les autorités réagissent : il y a des morts et des blessés ; quelque cinq cents personnes sont arrêtées, dont le chef du mouvement, M. Mohamed Sid Ibrahim Bassiri. Ce dernier, après des études de journalisme au Caire et à Damas, avait gagné Rabat en 1967 et y avait fondé un journal, Al Chihab (le Flambeau), avant d’aller animer le F.L.S.

    La répression du 17 juin conduit le F.L.S. à revoir sa stratégie. Il se transforme en mouvement embryonnaire de libération et, au cours des années 1971-1972, amasse des armes tout en se livrant à un travail de réflexion qui aboutit à la tenue, le 10 mai 1973, du Congrès constitutif du F. POLISARIO. Ce dernier élabore une plate-forme politique fondée sur l’indépendance et décide de passer à la lutte armée pour atteindre ses objectifs. Dix jours plus tard, il déclenche sa première opération contre le poste militaire de Khanga. Les maquisards arrêtent des soldats sahraouis servant dans l’armée espagnole, leur exposent les buts de la « Révolution du 20 mai » – qui a donné son nom au journal du Front – et les renvoient pour en témoigner.

    Le Front, qui ne dispose pas de beaucoup de matériel, déploie un intense effort de mobilisation politique et tient son deuxième congrès du 25 au 31 août 1974, en plein désert, sous des tentes gardées par des guérilleros. Un bureau politique est constitué. L’état-major du mouvement, composé de six membres, est divisé en deux directions chargées respectivement des affaires politiques et des opérations militaires. Le secrétaire général, que nous avons rencontré à Tindouf, s’appelle Ouali Mustapha Siyed, dit Lulei. Agé de vingt-huit ans, il serait né en Mauritanie, appartiendrait à la fraction Tahalat de la tribu des Reguibat et aurait étudié le droit au Maroc avant de rejoindre la clandestinité. Les autres cadres se recrutent parmi une centaine d’étudiants sortis des universités espagnoles – dont une dizaine d’ingénieurs et de médecins, – les militants formés dans la lutte ou dans d’autres pays et les déserteurs de l’armée espagnole.

    Les slogans lancés à El-Aïoun, puis à Tindouf, puis en Mauritanie par les Sahraouis résument parfaitement les tendances du Front : « Le F. POLISARIO est le seul représentant légitime du peuple sahraoul », « Non au paternalisme marocain et mauritanien », « Nous voulons l’indépendance complète », « République arabe sahraouie », « Un régime national républicain et non aligné. » En politique étrangère, les mots d’ordre affirment le soutien du Front aux révolutions palestinienne et vietnamienne, réclament la levée du blocus de Cuba et proclament : « Le golfe Arabique est arabe ». Le drapeau – trois bandes horizontales noire, blanche, verte, un triangle rouge près de la hampe et un croissant et une étoile rouges sur la bande médiane – est également significatif. Les différentes couleurs, le croissant et l’étoile sont une combinaison des pavillons des pays progressistes du Proche-Orient et du Maghreb tandis que le triangle rouge évoque celui des Palestiniens, précise un responsable.

    Quant au Programme d’action nationale adopté par le deuxième Congrès, il se propose, entre autres, de « réaliser l’unité nationale authentique », de « nationaliser les ressources minières », de « suivre une politique d’industrialisation », de favoriser le développement de l’agriculture et de l’élevage, de « protéger les ressources maritimes et d’annuler toutes les formes d’exploitation ». Le mémorandum adressé au comité de décolonisation de l’ONU démontre que les tribus ont toujours eu leur organisation propre, qu’elles ne se sont pas confondues avec les populations marocaine et algérienne, qu’elles n’ont jamais fait acte d’allégeance au souverain du royaume chérifien – ce qui est absolument exact (6) – et qu’elles ont opposé, depuis le seizième siècle, une vigoureuse résistance aux envahisseurs européens – Portugais, Espagnols et autres.

    Un des dirigeants à qui nous faisions remarquer que les arguments juridiques marocains paraissaient au moins aussi solides, nous a répondu : « Les droits historiques sur la terre sont un droit féodal qui ne vaut que s’il est entériné par le consensus populaire. Sinon, on nierait le droit des peuples à évoluer et à s’autodéterminer. Pourquoi, dès lors, l’Angleterre ne revendiquerait-elle pas l’Amérique, les Arabes le sud de l’Espagne, etc. C’est le peuple qui donne son identité au sol, non le contraire. » Il rejette également l’argument selon lequel le territoire, faiblement peuplé, ne serait pas viable. « L’autodétermination est un principe proclamé par l’ONU. Il ne peut y avoir deux poids et deux mesures ; des Etats moins riches et ayant moins d’habitants – comme les îles Maldives – ont bien accédé à l’indépendance. »

    Rappelle-t-on l’existence du F.L.U. (Front de libération et de l’unité), les dirigeants du F. POLISARIO affirment qu’il s’agit d’une « troisième force » constituée « principalement de militaires marocains détachés » qui n’auraient réussi jusqu’ici aucune opération d’envergure. L’argument est accueilli avec colère par les Marocains qui rétorquent avec raison qu’une partie de l’armée du Sud est composée d’anciens réfugiés sahraouis. Le F. POLISARIO, ajoutent-ils, bénéficie de la complaisance des autorités espagnoles, ce que nient les responsables du Front en rappelant que leurs militants sont pourchassés et emprisonnés ; ils précisent aussi que le secrétaire général du P.U.N.S. s’est réfugié au Maroc après avoir emporté la caisse de l’organisation. Quant au Morehob (Mouvement révolutionnaire des hommes bleus), il accuse tout simplement son chef d’être un « flic » dont le nom, Eduardo Moha, n’a rien de sahraoui et n’a pas rallié grand nombre de partisans. Le fait est que le comportement d’Eduardo Moha n’est pas limpide : il affirmait, début 1973, à Alger, qu’il avait eu des ennuis avec les autorités marocaines parce qu’il défendait l’indépendance du Sahara ; il disparut au moment du « sommet » des non-alignés, en septembre, après avoir emporté du matériel et contracté des emprunts, jamais remboursés, auprès de mouvements de libération. On l’a vu, depuis, dans diverses capitales arabes et occidentales, notamment à Bruxelles, et il a récemment refait surface à Rabat où il défend la thèse marocaine, pour le moment…

    Que la mission de l’ONU ait considéré le F. POLISARIO comme « partie au débat » et que M. Kurt Waldheim ait rencontré ses chefs n’ont fait qu’accroître l’irritation des Marocains et nourrir leur suspicion à l’égard d’Alger qu’ils accusent de « vouloir faire la Grande Algérie plutôt que le Grand Maghreb ».

    Sortant de son mutisme, le président Boumediène a longuement répondu dans le discours prononcé à l’occasion du dixième anniversaire de son accession au pouvoir, le 19 juin. Les thèses algériennes peuvent se résumer ainsi : l’Algérie n’a pas modifié son attitude et s’en tient aux principes qui l’ont toujours guidée. Elle a précisé à maintes reprises qu’elle établit une distinction entre les presides de Ceuta et Melilla, « partie intégrante du territoire marocain », et le Sahara occidental au sujet duquel elle ne formule d’ailleurs aucune revendication. Cependant, ayant une frontière commune avec lui, elle est considérée par l’ONU comme « partie intéressée » et elle s’est prononcée pour l’autodétermination. Pour les Algériens, cela signifie que les Sahraouis ont plusieurs choix possibles : demander leur rattachement au Maroc ou à la Mauritanie ; accepter le partage de leur territoire entre les deux ; opter pour l’indépendance. S’ils avaient voulu semer la zizanie dans la région, les Algériens n’auraient pas déployé des efforts pour réconcilier Rabat et Nouakchott et inciter la Mauritanie à adhérer au Maghreb. Fidèle à la lutte menée par le F.L.N., l’Algérie a aidé tous les mouvements de libération authentiques : il n’y avait pas de raison qu’elle refuse de répondre aux demandes du F. POLISARIO. L’argument selon lequel elle voudrait obtenir un couloir territorial ne tient pas : elle avait proposé l’exploitation en commun des gisements de fer de Gara-Djebilet et il était question que le minerai soit évacué par rail – tout comme l’oléoduc qui traverse la Tunisie évacue du pétrole, – le chemin le plus court vers l’Atlantique passant par le Maroc et non par le Sahara occidental. Les Marocains n’ayant pas donné suite au projet, M. Boumediène a voulu couper court aux spéculations en décidant qu’une ligne de chemin de fer reliera Gara-Djebilet à la Méditerranée.

    Dans l’intervalle, on apprend qu’un accord secret a été conclu après le « sommet » arabe de Rabat (octobre 1974) entre le Maroc et la Mauritanie, aux termes duquel les deux pays se seraient entendus pour se partager le Sahara occidental et exploiter en commun les gisements de phosphate de Seguiet-El-Hamra, zone qui serait placée sous la souveraineté de Rabat. Le président Bourguiba révèle publiquement à Tunis qu’il a personnellement conseillé à Hassan II et à Ould Daddah de s’entendre directement. Il précise qu’il n’y a pas lieu, selon lui, de procéder à un référendum au Sahara, « ni de créer un Etat indépendant qui serait sous l’influence de l’Espagne ou d’un Etat maghrébin ». Le président Senghor, du Sénégal, a fait une déclaration qui va dans le même sens. L’un et l’autre semblent craindre qu’un Sahara indépendant ne contribue à accroître le poids déjà grand de l’Algérie dans la région.

    Dans le même temps, une partie de la classe politique mauritanienne se pose des questions sur le danger d’un partage du Sahara ; certains n’hésitent d’ailleurs pas à condamner cette formule, et d’autres l’auraient dit en privé aux membres de la mission d’enquête de l’ONU. Ils font remarquer que le Maroc a reconnu leur pays à contrecœur et parce qu’il ne pouvait pas faire autrement, le Sahara occidental servant de zone tampon. Le jour où les deux Etats auront une frontière commune, le Maroc ne cherchera-t-il pas à récupérer le Rio-de-Oro, voire la Mauritanie ? « Le partage, disent-ils, nous donne un avantage dans l’immédiat, mais nous risquons d’être perdants à moyen terme. »

    Pour leur part, les dirigeants algériens réagissent vivement à l’accord secret (7). Retournant l’argument de ceux qui craignent le poids de l’Algérie, ils se demandent si, en coulisse, les Etats-Unis ne tirent pas les ficelles pour affaiblir le Maghreb en attisant des dissensions, isoler le gouvernement Boumediène et renforcer des régimes moins radicaux.

    « On ne peut dissocier, disent-ils, les agissements autour du Sahara de la position militante adoptée par l’Algérie dans le domaine de l’énergie. On cherche à porter des coups aux options socialistes de notre pays et à son non-alignement actif et réel. »

    Quoi qu’il en soit, quelques jours plus tard M. Bouteflika, ministre algérien des affaires étrangères, est envoyé en mission à Rabat pour détendre l’atmosphère. Il y réussit si bien que les diplomates s’interrogent : l’Algérie a-t-elle modifié ses positions, a-t-elle consenti un recul stratégique ou tout simplement tactique ? Quelques faits apportent des éléments de réponse. Le 10 juillet, deux des militaires espagnols faits prisonniers par le F. POLISARIO ont été remis, sous l’égide du Croissant Rouge algérien, aux autorités de Madrid et les dirigeants du Front venus pour la circonstance à Alger nous ont laissé entendre qu’ils continuent à bénéficier du soutien de l’Algérie. D’autre part, l’ambassadeur d’Algérie, M. Bedjaoui, a développé devant la Cour internationale de La Haye l’argumentation de son pays dans toute sa rigueur.

    Les Canaries, enjeu stratégique

    Les Espagnols affirment, de leur côté, qu’ils souhaitent une concertation avec les trois pays. N’ayant pas réussi, ils ont suggéré à l’ONU de l’organiser. Mais Madrid estime aussi que le F. POLISARIO est majoritaire sur les deux tiers du territoire et qu’il peut constituer un interlocuteur valable. « Nous serions prêts à avoir des conversations avec ses dirigeants, à condition qu’ils s’identifient », nous a dit un diplomate. « En attendant, a-t-il ajouté, nous ferons tout pour parvenir à une solution pacifique. Toutefois, nos moyens étant limités, si nous devions recevoir des coups de tous les côtés, nous demanderions à l’ONU de prendre la relève et d’envoyer éventuellement des casques bleus pour assurer le maintien de l’ordre jusqu’au référendum préconisé par l’Assemblée générale. »

    Pour le moment, aucune des parties intéressées ne se hasarde au moindre pronostic, le nombre d’inconnues étant trop grand. Les milieux diplomatiques n’excluent cependant pas l’hypothèse d’une confrontation. De toute façon, le problème de la « décolonisation » des territoires administrés par l’Espagne rebondira à l’Assemblée générale de l’ONU en septembre.

    Madrid affirme que Ceuta et Melilla ne sont pas négociables et que l’archipel des Canaries ne lui donne pas plus de souci que la Corse à la France. La situation pourrait bien changer. Le comité de libération de l’O.U.A., qui s’est réuni à Rabat du 9 au 15 juin, a décidé d’apporter un soutien accru et fort important au M.P.A.I.A.C. Son secrétaire général, M. Antonio Cubillo, un avocat installé à Alger, a toujours souligné que le problème du Sahara occidental était lié à celui des Canaries et il a fini par convaincre. La décision tendant à autoriser le mouvement à ouvrir une agence régionale au Maroc devrait être soumise à la prochaine réunion du comité de libération, les chefs d’Etat africains ayant pris conscience de l’importance stratégique de l’archipel que les Etats-Unis sont en train de transformer en base militaire. A partir des îles, qui servirent toujours de point d’appui à la colonisation espagnole, il est non seulement possible de neutraliser une offensive marocaine contre Ceuta et Melilla, mais aussi d’exercer un contrôle sur l’ensemble du Maghreb et de l’Afrique occidentale et équatoriale, affirme le M.P.A.I.A.C. Il a été entendu. En plus du Sahara occidental, la question des Canaries est désormais posée par l’O.U.A. Affaire à suivre.

    Paul Balta

    Auteur de La Méditerranée réinventée, La Découverte, Fondation René Seydoux, Paris, 1992.

    (1) Le mémorandum adressée par l’organisation au comité de décolonisation de l’ONU écrit cependant : « La population est d’environ sept cent cinquante mille habitants, sans les exilés ». Il semble, sans que cela soit clairement précisé, que le F. POLISARIO avance ce chiffre en y incluant les populations de territoires restitués au Maroc par l’Espagne, notamment la région de Tarfaya et peut-être aussi celle d’Ifni.

    (2) En 1957, des unités de l’Armée de libération marocaine avaient franchi Seguiet-El-Hamra et traversé le Rio-de-Oro, menaçant la frontière mauritanienne et refoulant les Espagnols sur une mince bande côtière. A la suite de cette alerte, la France, après avoir redressé la situation par l’opération « Ecouvillon », accélérait la constitution de l’Etat mauritanien tandis que l’Espagne s’apprêtait à rendre à Rabat la zone de Tarfaya pour assurer sa tranquillité dans le reste du Sahara.

    (3) Il s’agit de l’Algérie.

    (4) Le Monde des 23 mai, 3 et 6 juin 1975.

    (5) La création du P.U.N.S. est nettement postérieure.

    (6) Les Algériens font remarquer que ces actes d’allégeance étaient d’ordre spirituel et non politique, comme cela arrivait à l’époque dans le monde musulman où la notion d’Etat moderne n’existait pas encore.

    (7) Le Monde du 1er juillet.

    Le Monde diplomatique, août 1975

    Tags : Sahara Occidental, Maroc, Algérie, Mauritanie, ONU, autodétermination,

  • La grande manœuvre marocaine au Sahara Occidental (1/2)

    Par D.M. Chetti

    A la croisée des chemins entre l’Afrique et l’Europe, la Méditerranée, l’Atlantique et le monde arabe, le Maroc a toujours eu une place spéciale dans la diplomatie occidentale et dans sa planification stratégique, spécialement américaine.

    Cette situation s’est renforcée depuis les attaques terroristes du 11 Septembre 2001 jusqu’aux récentes inquiétudes liées aux printemps arabes et la montée des extrémismes islamiques en conséquence, donnant plus de valeur à la pertinence opérationnelle et stratégique de l’alliance américano-marocaine.

    Cependant, depuis quelque temps, les relations du Makhzen semblent s’effriter avec l’apparition sur la scène politique internationale d’une nouvelle configuration géostratégique qui ne cesse de changer au niveau de sa ligne, selon les intérêts des grandes nations de ce monde.

    Considéré par ces mêmes grandes nations comme le pays le plus stable, libéral et démocratique du monde arabo-musulman, le Maroc a également été un partenaire important dans la lutte contre le terrorisme et la poursuite de la paix au Moyen-Orient par le biais de ses relations privilégiées avec l’état sioniste d’Israël.

    C’est à ce titre qu’il perçoit la plus importante aide étrangère américaine et l’armée américaine participe régulièrement à de grandes manœuvres axées sur la sécurité et destinées à renforcer les capacités de partenariat entre les deux pays.

    Depuis le retrait espagnol suivi de l’occupation du territoire sahraoui par le Maroc en 1975, les Etats-Unis ont dépensé des millions de dollars en matériel et en formation des forces armées royales sans que ces dernières ne réussissent à infliger une défaite décisive au Front Polisario qui revendique une indépendance totale du Sahara occidental.

    Et pourtant, même après des décennies marquées par la guerre, avec une implication militaire et diplomatique significative des Etats-Unis, aucune solution royale ne semble émaner pour régler le conflit avec les nationalistes sahraouis, à part chercher la nique au voisin, dont la ligne stratégique a toujours été d’une clarté biblique ne souffrant aucune ambiguïté depuis les années Boumediene jusqu’à ce jour.

    Il n’en demeure pas moins que l’un des piliers de la légitimité de la monarchie marocaine, sa revendication du Sahara occidental, reste un point de violents contentieux. Mais revenons un peu en arrière et essayons de comprendre les événements d’une manière chronologique. Lors de la Conférence de Berlin de 1884 à 1885, l’ Espagne a fait valoir son droit à une large bande de territoire le long de la côte atlantique, au sud du Maroc actuel.

    La demande est fondée au nom d’une petite entreprise commerciale espagnole à Dakhla, alors appelée Villa Cisneros, qui était une excroissance des installations mises en place il y a plusieurs années pour soutenir des opérations de pêche en provenance des îles Canaries. En 1912, la France et l’Espagne ont convenu de la frontière pour leurs possessions africaines du Nord-Ouest.

    La France a pris l’Algérie et la Mauritanie et le contrôle de la plus grande partie du nouveau protectorat du Maroc.

    Les zones espagnoles du protectorat marocain occupaient une partie de la côté méditerranéenne et ce qu’on a appelé le Sahara espagnol.

    Légalement, le protectorat marocain n’était pas une colonie parce que le sultan avait une apparence de pouvoir, en réalité entre les mains de l’administration française et espagnole.

    Le Sahara occidental était donc bien une colonie à part entière de l’Espagne
    Le territoire du Sahara occidental constituait alors une superficie de 266.000 kilomètres carrés coincée entre la côte atlantique, le Maroc au nord, la Mauritanie au sud et l’Algérie à l’Ouest.

    L’archipel espagnol des Canaries est à environ 100 km au large de la frontière sud marocaine.

    Il n’est pas entièrement couvert de sable. Au nord, Es Saqiyah Al-Hamra est une profonde ravine et le Guelta Zemmour possède de fortes montagnes et de nombreuses grottes.

    Au fil des ans, les caractéristiques géographiques de la partie nord du Sahara occidental vont faciliter les attaques de guérilla contre les forces marocaines en fournissant une couverture des mouvements insurrectionnels et un repli vers les nombreuses caches dans les montagnes Ouarkziz.

    La côte atlantique est assez rude et bordée de falaises.

    Les villes côtières comme Dakhla, La Guera et Laâyoune sont équipées de ports, mais il n’y a presque pas de tradition de pêche chez les habitants sahraouis.

    Historiquement, les pêcheurs dans les eaux au large de la côte du Sahara viennent essentiellement des îles Canaries. C’est en octobre 1957 que le nouvellement indépendant Etat marocain adoptera officiellement l’idéologie du Grand Maroc et la dynastie alaouite jalonnera sa légitimité en partie sur la préservation de ses «Provinces du Sud», comme elle aime à dénommer le Sahara occidental.

    L’attrait populaire de la notion de Grand Maroc explique bien pourquoi Rabat a résisté aux pressions extérieures en refusant de transiger sur la question, même après que les coûts militaires et financiers de l’occupation du territoire Sahraoui aient contribué lourdement à l’apparition de troubles sociaux au royaume.

    Historiquement, la domination espagnole sur le territoire reposait sur un système relativement efficace consistant en la présence d’une force armée d’occupation et d’administration.

    Malgré cela, les autorités espagnoles n’ont jamais réussi à comprendre comment l’évolution géographique et les conditions sociales ont fomenté la montée de la résistance nationaliste, en particulier parmi les jeunes Sahraouis.

    Après le retrait espagnol du territoire en 1975, le Maroc a mené une campagne militaire brutale contre le Polisario et un grand nombre de personnes ont fui vers des camps de réfugiés. Conséquence : l’identité tribale traditionnelle s’est lentement effacée pour donner naissance à une identité et à une conscience nationale sahraouie.

    Les ressources naturelles ont façonné la géographie humaine ainsi que les intérêts extérieurs du royaume chérifien.

    L’expansion du Maroc au Sahara occidental lui a permis bien évidemment de les exploiter pleinement avec un désir de développer le potentiel économique nouveau consistant en d’importants gisements de phosphates, de la pêche et d’une potentielle d’exploitation pétrolière.

    Comme composante de l’identité nationale marocaine, la croyance que le Sahara occidental fait partie intégrante du Maroc a bénéficié du soutien interne généralisée, bien que les coûts humains et financiers de la guerre contre le Polisario a également eu un impact négatif sur sa popularité.

    Alors que le président algérien feu Houari Boumediene proposait que les trois pays soutiennent le mouvement de libération du peuple sahraoui en collaborant pour expulser l’occupant espagnol du Sahara occidental, le roi Hassan II préférait voir les Espagnols rester que d’avoir un Etat indépendant sous la tutelle algérienne.

    Lors de la rencontre de juillet 1973 entre les trois chefs d’Etat, Hassan II accusera directement l’Algérie d’avoir trahi sa parole. Et pourtant, l’Algérie a fait comprendre à plusieurs occasions et d’une manière officielle au Maroc qu’elle ne réclamait pas le Sahara, ni une partie du Sahara occidental.

    Lors des négociations entre le Maroc, l’Algérie, la Mauritanie et l’Espagne à propos du Sahara en 1973, Hassan II imposa sa position selon laquelle «le Sahara doit être marocain, à défaut, il reste espagnol, mais il ne sera jamais ni algérien ni indépendant».

    C’est ce qu’ont révélés plusieurs télégrammes diplomatiques américains rendus publics récemment par Wikileaks

    En réalité, du point de vue géostratégique, il faut considérer le Sahara occidental comme une zone tampon pour le Maroc. La perspective d’un Sahara indépendant ou sous l’influence algérienne est à ce point inenvisageable qu’il promettait déjà de faire la guerre si cela devait se produire.

    Sa crainte c’est que si l’Algérie s’en saisissait ; le royaume serait enclavé, donc plus faible et vulnérable aux pressions algériennes.

    Le roi Hassan II n’aurait jamais pu tenir ce genre de discours belliqueux si les Etats-Unis ne lui avaient pas fourni l’assurance et le soutien nécessaire pour faire la guerre.

    C’est d’ailleurs ce que révèle Henri Kissinger dans ses mémoires, l’Amérique voulant empêcher une zone d’influence communiste aux portes du palais.

    L’Echo d’Algérie, 21/12/2013

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