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  • Algérie : Revoilà l’APN

    Aprés une éclipse de plus de deux mois : Revoilà l’APN

    L’Assemblée populaire nationale (APN), après s’être totalement effacée de la scène nationale depuis le mouvement populaire du 22 février, va reprendre ses activités.

    Ce jeudi, en effet, le bureau del’APN a programmé une séance de questions orales. Huit ministres seront ainsi appelés à répondre aux interpellations desdéputés.

    Les membres du gouvernement répondre aux questions de pas moins de 24 députés. Cette activité d’une bonne partie des membres de l’Exécutif constituera, à coup sur, une bouffée d’oxygène.

    Les ministres du gouvernement de Noureddine Bedoui sont, faut-il le rappeler, fortement décriés par la population.

    Depuis sa nomination par le président dela République, deux jours avant sa démission, plus exactement le 31 mars dernier, le gouvernement se trouve dans une très mauvaise posture.

    Le Premier ministre est la cible, à chaque manifestation des vendredis, d’attaques répétées par les manifestants qui réclament à cor et à cri son départ.

    Noureddine Bedoui se fait, par conséquent, très discret tant ses apparitions publiques sont très rares. Comme seule activité, il se contente de présider des réunions du gouvernement, qu’il réunit généralement tous les mercredis. Cette situation inédite s’est, à l’évidence, répercutée sur les activités des ministres.

    Ces derniers, fortement décriés par la population, ont du mal à effectuer des visites sur le terrain. De nombreux ministres ont été empêchés par la population, lors de leur déplacement dans de nombreuses wilayas, d’effectuer leurs activités, quand bien même ils étaient accompagnés par un important dispositif de sécurité.

    Il n’ ya pas que le gouvernement qui se trouve dans cette situation exceptionnelle, puisque l’APN, a aussi subi de plein fouet, les repercussionsdu mouvement populaire. Cette Assemblée qui, bien avant le début du mouvement populaire, est fortement discréditée et accusée de n’être qu’une Chambre d’enregistrement.

    Auprès de l’opinion publique, elle ne jouit d’aucune sympathie, et il est très souvent reproché aux députés, de ne se soucier que de leurs étroits intérêts et de leur salaire, que les Algériens considèrent comme mirobolants.

    En cadenassant l’APN lors du coup de force contre l’ancien président Said Bouhadja, les députés de la majorité ont davantage terni l’image de l’Assemblée. On comprend dès lors pourquoi, suite au mouvement populaire, les Algériens, presque à l’unisson, réclament la dissolution de cette Assemblée qui souffre d’un grand déficit de légitimité.

    En programmant une séance de questions orales, après une quasi paralysie de plus de deux mois, l’Assemblée tente de faire l’impasse sur toutes les critiques et faire comme si derien n’était.

    Par : LAKHDARI BRAHIM

    Le Midi Libre, 29 Avril 2019

    Tags : Algérie, Assemblée populaire nationale, APN, transition, Bedoui,

  • Algérie : Sale temps pour les fraudeurs en transfert de devises vers l’étranger

    Depuis le début du mouvement populaire contre le système politique, des soupçons ont pesé sur des hommes d’affaires quant à des opérations de transfert illicite de devises vers l’étranger.

    Karim Aimeur – Alger (Le Soir) – A la fin du mois de mars, alors que la polémique faisait rage sur cette question, la Banque d’Algérie, dirigée par Mohamed Loukal, a affirmé que les informations relatives aux transferts de capitaux, par le canal bancaire, « sont dénuées de tout fondement ». Mais avant-hier, dans la soirée, le ministère des Finances, dirigé par le même Mohamed Loukal, entre-temps promu ministre dans le gouvernement de Bedoui, a annoncé la mise en place d’un comité de veille et de suivi, chargé de suivre l’évolution des transferts en devises vers l’étranger.

    Son objectif ? Renforcer la vigilance en matière de transactions financières avec le reste du monde et débusquer les fraudeurs. Ce comité est composé de hauts fonctionnaires du ministère des Finances, de représentants de la Banque d’Algérie (BA) et de représentants de la communauté bancaire (Abef).

    Le comité a pour mission de s’assurer que les opérations de transferts en devises par les banques, en tant qu’intermédiaires agréés, sont exécutées dans le strict respect de la réglementation des changes édictée par la Banque d’Algérie, a expliqué le ministère des Finances.

    Que s’est-il alors passé entre-temps pour que M. Loukal passe d’un homme qui « dément des rumeurs » à un homme qui « donne du crédit aux mêmes rumeurs » ?

    Il y a d’abord sa promotion au poste de ministre. Mais il y a surtout ce communiqué du chef d’état-major de l’APN qui a parlé ouvertement de tentatives de faire fuir des capitaux volés et s’enfuir vers l’étranger.

    Le 2 avril, jour de la démission de Bouteflika, Ahmed Gaïd Salah a parlé de « vastes opérations de pillage et de dilapidation qu’a connues notre pays, ciblant ses potentiels et ressources économiques et financières ». Il s’est interrogé sur « les moyens qui ont permis à cette poignée de personnes d’amasser des richesses immenses par des voies illégales et dans un court laps de temps, en toute impunité, profitant de leur accointance avec certains centres de décision douteux, et qui tentent ces derniers jours de faire fuir ces capitaux volés et s’enfuir vers l’étranger ».

    Dans son communiqué, le ministère des Finances a expliqué que les opérations de transferts en devises par les banques sont classées en trois catégories. Il s’agit du règlement des opérations d’importation de biens et services, conformément à la législation et à la réglementation régissant le commerce extérieur et des changes en vigueur, des transferts dans le cadre d’investissements à l’étranger effectués par un opérateur résident en Algérie et les transferts des dividendes liés à des investissements directs en Algérie.

    En tout cas, l’annonce du ministère des Finances confirme les soupçons sur des opérations de transferts illicites de devises à l’étranger.

    Mais la décision semble avoir des objectifs politiques destinés, au même titre que la décision relative à l’interdiction de sortie de territoire national pour plusieurs hommes d’affaires, à calmer la rue qui demande des comptes aux « voleurs ». C’est une réponse au slogan « Vous avez dévoré le pays, espèce de voleurs ». « C’est destiné à calmer le peuple en lui disant qu’on est en train de surveiller le mouvement des capitaux », soutient l’expert économique Ferhat Aït Ali, contacté par Le Soir d’Algérie.

    Il affirme que le ministère des Finances n’a pas le droit d’installer un tel comité qui relève des prérogatives de la Banque centrale.

    « C’est une compétence de la Banque d’Algérie de contrôler a posteriori la régularité des opérations de transfert de devises. Il s’agit donc d’un empiétement des prérogatives de la Banque centrale », souligne notre interlocuteur.

    K. A.

    Le Soir d’Algérie, 15 avr 2019

    Tags : Algérie, Transition, Article 102, armée, Bensalah, Bedoui, Gaid Salah,

  • Algérie : L’impossible mission de Bedou, Lamamra et Brahimi

    L’équipe mise en place pour porter les réformes préconisées par Abdelaziz Bouteflika aurait-elle atteint ses limites ? L’offensive lancée au lendemain de leur désignation n’a pas connu de phase ascendante, bien au contraire, Bedoui, Lamamra et Brahimi semblent avoir déjà perdu la main.

    Abla Chérif – Alger (Le Soir) – Fallait-il pour autant s’attendre à davantage de forcing en direction des Algériens ? Tout le laissait supposer dans un premier temps. Surpris par la réaction de la rue algérienne réclamant son départ inconditionné, les tenants du pouvoir ont fait appel à des personnalités auxquelles ils pouvaient à la fois épargner le doute de la trahison en ces temps incertains et incarner l’image de personnages n’ayant jamais trempé dans la gestion des affaires qui ont «dérangé».
    Partant de ce fait, il paraît peu étonnant que le choix se soit porté sur deux diplomates. Le premier, Ramtane Lamamra, a longtemps bénéficié d’une aura lui assurant l’image d’homme intègre écarté de sa fonction de ministre des Affaires étrangères par un Président voulant centraliser à son niveau toutes les fonctions sensibles.

    Depuis sa nomination au poste de vice-Premier ministre et sa prise de fonction à la tête du MAE, il n’en reste cependant plus rien. De diplomate volant au secours du cinquième mandat, il est actuellement la cible de graves critiques et accusations émanant à la fois du mouvement citoyen et d’hommes politiques déçus. Lamamra n’a pas su parler aux Algériens et n’a fourni aucun effort pour rattraper sa première grosse erreur, celle d’avoir choisi de calmer la rue en colère en s’adressant à elle via une radio française (RFI) et à partir de capitales étrangères.

    Les manifestants lui ont adressé des messages très violents ces deux derniers week-ends. «Lamamra, tu as mis la mer entre nous, tu es le ministre de l’ingérence», pouvait-on lire sur l’une des pancartes brandies ce vendredi 22 mars. Le concerné a bien tenté de justifier la raison pour laquelle il a choisi d’expliquer les réformes présidentielles sur Radio France Internationale (RFI) à l’heure où des journalistes de la Chaîne 3 se battaient pour leur indépendance, mais ses arguments semblent l’avoir, au contraire, enfoncé. «C’est la radio la plus écoutée en Afrique (…) j’ai reçu beaucoup de coups de fil de personnalités après mon passage», déclarait-il durant la conférence de presse animée conjointement avec Bedoui.

    Une sortie publique très peu convaincante, la seule sortie publique surtout durant laquelle les deux hommes placés par Bouteflika ont tenté de s’adresser aux Algériens. L’essentiel de leur message s’est limité à convaincre du bien-fondé de la conférence nationale et des autres mesures préconisées par le Président. Mais depuis, plus rien. Lamamra s’est envolé pour une longue tournée diplomatique dont les Algériens ignorent la véritable substance, mais présentée à l’opinion destinée à rassurer des «partenaires pas inquiets» selon les propos de ce dernier à Rome.

    Le MAE semble avoir achevé sa tournée (la dernière étape a eu lieu en Allemagne) sans avoir rien apporté de nouveau à la population qui manifeste chaque vendredi avec force sur l’ensemble du territoire national. Tout comme le Premier ministre, il semble n’avoir plus rien à proposer aux Algériens.

    Devant l’impossibilité de former le gouvernement de compétences auquel avait appelé Bouteflika, il a dû se résigner à réactiver l’équipe d’Ouyahia. Le fait d’avoir demandé aux ministres de rechercher des formules de sortie de crise auprès de leur staff en dit également long sur le sujet. A court d’arguments, il préfère visiblement garder le silence.

    Lakhdar Brahimi a, quant à lui, disparu des radars sans dire mot. Diplomate bien connu sur la scène internationale, il est venu, dit-il, aider le pays à faire face à la crise. Son discours s’est, cependant, limité à la «vente» des réformes du Président ami. Durant ses interventions, celui-ci a aussi passé de longs moments à tenter de justifier son implication dans l’équipe choisie pour faire face à la colère du peuple. Se défendant d’avoir été mandaté, Brahimi a tenté avant de se murer lui aussi dans le silence.

    Tout comme Bedoui et Lamamra, il fait l’objet de jugements populaires hebdomadaires impitoyables. Le trio choisi par Bouteflika semble frappé d’un discrédit qui l’empêche pour le moment d’aller plus loin.

    A. C.

    Le Soir d’Algérie, 25 mars 2019

    Tags : Algérie, Prédisentielles 2019, Lamamra, bedoui, Brahimi,

  • Algérie: Le pouvoir algérien tente de convaincre à la veille d’un vendredi test

    Le pouvoir en Algérie tente, avec difficulté, de convaincre la rue du bien-fondé de la prolongation sine die du mandat du président Abdelaziz Bouteflika et de son plan de réformes, à la veille d’un vendredi décisif pour le mouvement de contestation populaire.

    Le pays est le théâtre depuis le 22 février de manifestations contre M. Bouteflika, d’une ampleur inédite depuis son arrivée au pouvoir il y a 20 ans, déclenchées par sa décision de briguer un 5e mandat malgré une santé défaillante.

    Sous la pression de la rue, le chef de l’Etat, 82 ans, a renoncé lundi à se présenter et reporté la présidentielle prévue initialement le 18 avril, prolongeant de fait son mandat actuel jusqu’à la fin d’une « Conférence nationale » chargée de réformer le pays et d’élaborer une nouvelle Constitution. Aucune date n’a été fixée pour cette conférence.

    Jeudi, face à la presse, le nouveau Premier ministre Noureddine Bedoui -qui a remplacé lundi le très impopulaire Ahmed Ouyahia- et son vice-Premier ministre Ramtane Lamamra ont tenté de promouvoir les décisions du chef de l’Etat, qui n’ont pas calmé la colère.

    – « Jeunes compétences » –

    « Nous avons entendu le message de la jeunesse algérienne » et « les revendications de la rue » fixeront le cap du futur gouvernement, a assuré M. Bedoui.

    Sa composition sera dévoilée « au plus tard la semaine prochaine » et il s’agira d’une équipe de « technocrates », puisant dans les « jeunes compétences, hommes et femmes », a-t-il précisé.

    « La situation générale du pays est sensible et marquée parfois par des tensions ne permettant pas de parvenir à un consensus à même de répondre aux revendications » immédiatement, a argué M. Bedoui en ouvrant la conférence de presse.

    « Il faut sortir de cette crise de manière calme et en veillant à la stabilité du pays », a-t-il poursuivi, en appelant à plusieurs reprises au « dialogue ».

    M. Bedoui, préfet de carrière jusqu’ici ministre de l’Intérieur -que le quotidien El Watan qualifiait il y a quelques mois de « ministre de la Répression »-, est souvent apparu à la peine pour répondre concrètement aux questions des journalistes.

    Il a justifié par la « volonté du peuple » le report de la présidentielle et l’extension par le chef de l’Etat de son mandat -des décisions jugées illégales voire inconstitutionnelles par de nombreux observateurs.

    Il n’a pas donné de date pour la future présidentielle à l’issue de laquelle M. Bouteflika s’est engagé à se retirer.

    Il a simplement indiqué que le mandat du gouvernement, qui n’aura qu’un rôle « de soutien et d’appui » de la Conférence nationale, « ne dépassera pas une année », laissant entendre que la Conférence elle-même pourrait avoir fini ses travaux en un an, ce dont doutent de nombreux observateurs.

    MM. Bedoui et Lamamra ont au final peiné à convaincre. « A quoi sert cette conférence de presse? », leur a demandé un journaliste: « vos réponses ont jusqu’ici été hors sujet, vous ne donnez pas l’impression de vouloir répondre aux questions (…) du peuple ».

    – Derby largement boycotté –

    Les réactions ont également paru négatives sur les réseaux sociaux, où se multiplient les appels pour un 4e vendredi consécutif de grandes manifestations à travers le pays.

    Cette journée-test, pour les contestataires comme pour le pouvoir, permettra de savoir si M. Bouteflika a réussi à apaiser la contestation qu’étudiants et universitaires, puis enseignants et lycéens, ont maintenu vivace en défilant en nombre mardi et mercredi.

    Mercredi, M. Lamamra, chargé de « vendre » le « plan de travail » présidentiel à l’étranger selon les observateurs, avait vanté les mérites des annonces du chef de l’Etat.

    Pour M. Bouteflika, « il ne s’agit pas de rester au pouvoir pendant quelques semaines ou quelques mois de plus », a-t-il assuré. « La priorité absolue est de réunir les Algériens et leur permettre d’aller ensemble vers un avenir meilleur ».

    Un autre ancien diplomate, Lakhdar Brahimi, réputé proche de M. Bouteflika, a défendu aussi les solutions proposées par le chef de l’Etat, prônant le « dialogue » et mettant en garde contre tout « changement radical ».

    Mais, selon le quotidien Liberté, ces « interventions médiatiques ont eu le mérite de confirmer le profond décalage entre les solutions (…) proposées par le régime et celles défendues par le peuple ».

    Dans ce contexte, le derby entre le Mouloudia et l’USM -clubs rivaux d’Alger-, avancé d’un jour pour ne pas coïncider avec les manifestations de vendredi, a été largement boycotté, en réponse à un appel aux supporteurs à ne pas assister à la rencontre en raison de craintes de violences qui pourraient mettre au pas la contestation.

    TV5MONDE

    Tags : Algérie, Présidentielles 2019, Bouteflika, Lamamra, Bédoui, transition,