Étiquette : Belliraj

  • Belgique : Espions venus du Maroc

    Gilbert Dupont, La Dernière Heure

    Des agents actifs à Bruxelles à la recherche du trésor de Belliraj

    Des Belgo-Marocains de Bruxelles et leurs familles, de près ou de loin liées à l’affaire Belliraj, ont souffert, entre février et juillet, en Belgique, de la présence, des procédés et des agissements d’agents des services secrets marocains ou présentés comme tels.

    Leur objectif était aussi d’en savoir plus sur le trésor Belliraj , une partie de l’argent, estimée par les services marocains à 11 millions d’euros, provenant d’un hold-up au Grand-Duché, qui n’a pas été retrouvée.

    Selon des sources rencontrées par La DH/Les Sports, ces agents marocains ont recouru au chantage, à l’intimidation et à la menace. Ils se sont vantés de torturer Belliraj et Abdellatif Bekhti qu’ils détenaient dans leur centre de Temara. Belliraj, selon eux, avait travaillé pour eux dans l’affaire Mellouk. Dans les années 1990, Farid Mellouk, le dernier du groupe Kelkal (attentats GIA de 1995) était soupçonné de se cacher en Belgique. Les Marocains le payaient alors 40.000 francs belges/mois pour les aider à le localiser.

    À Bruxelles, des avocats s’étonnent de ces agissements tolérés sur le sol belge d’agents présentés comme liés à la DGET, la Direction générale des études techniques, le contre-espionnage marocain.

    En concurrence avec les services belges, ces équipes n’observaient pas la même déontologie et certainement pas les mêmes scrupules. Elles ont cherché à recruter. Elles ont dissuadé des Belgo-Marocains de travailler pour les Belges. Elles avaient l’avantage de travailler dans une communauté où le seul prononcé des initiales DGET provoque une sainte terreur.

    Pendant des semaines, des Belgo-Marocains de Bruxelles se sont cachés pour leur échapper. Des pressions ont été exercées sur les familles au Maroc.

    « Ils expliquaient qu’ils torturaient Bekhti et Belliraj à Temara, qu’ils leur lâchaient les chiens et aussi qu’ils les faisaient violer par des gardiens d’origine djbela (apparemment très opposée aux Rifains) pour casser leur honneur. »

    Les agents marocains auraient menacé de procéder à des enlèvements sur le sol belge. Ils ont cherché à attirer à Lille, hors Belgique, des Belgo-Marocains qui les intéressaient, notamment un frère Bekhti et un certain Boucif .

    dh.be, 31 déc 2008

    Tags : Maroc, Belgique, Belliraj, terrorisme, DGED,

  • Maroc : “ Rappelez-moi comment c’est à l’extérieur (Ali Aarrass)

    “ Rappelez-moi comment c’est à l’extérieur.0148 Un texte inédit d’Ali Aarrass

    « … Un désir profond de serrer ma fille dans mes bras… »

    Ce texte inédit d’Ali Aarrass, avec ses Lettres de prison, publiées en 2016, a sa place à côté des plus beaux textes de prison du Palestinien Mahmoud Darwish, de l’Américaine Assata Shakur ou de l’Allemande Rosa Luxembourg.

    Il y a quelque temps j’avais demandé à Ali d’écrire la préface d’un livre que j’avais l’intention d’écrire, regroupant des textes parus sur le site Free Ali pendant ses années de détention. Pour de multiples raisons ce livre ne s’est pas fait. La préface d’Ali, je l’ai gardée pour moi comme un précieux cadeau. Aujourd’hui, deux mois avant sa libération (le 2 avril 2020), j’en partage quelques extraits avec vous. Ce texte est un message d’humanité, aussi poétique et émouvant que bouleversant. Une réflexion profonde sur la liberté et la dignité, que seuls ceux qui ont dû traverser l’enfer, sont capables d’écrire. Que tout le monde en puise des forces pour continuer son combat pour la justice et l’égalité. Merci de faire connaître les paroles d’Ali et de les partager autour de vous.

    Luk Vervaet

    « … Demain, je serai honoré de vous connaître sur le terrain. Vous, le Comité de soutien et tous les sympathisants. Si je sors un jour à la vie, ma maison n’aura pas de clés. Elle sera toujours ouverte, comme la mer, le soleil et l’air. Qu’ils entrent : les oiseaux, le jour, la nuit, la pluie bleue, et la lune, ma douce amante… Mais avant, rappelez-moi comment c’est le monde à l’extérieur ? Parce que la prison, c’est comme un insatiable vampire, qui peu à peu absorbe mes souvenirs. Dites-moi aussi comment est la justice, car là où je me trouve entre ses quatre murs maudits, la justice est une caricature, une mascarade ! Mais ne me dites pas ce qu’est la dignité. Parce que je l’ai connu intimement. C’est avec elle que je me couche, avec elle je me lève, je mange à sa table, je lui offre ma faim, elle est la pure essence de la liberté. C’est elle qui m’a fait comprendre que j’étais incarcéré, mais libre. Aujourd’hui, je me dois un grand respect vers ceux qui croient et voient en elle la sincérité, la cohérence, un compromis d’amour actif envers les autres, en particulier envers les plus humiliés, les offensés. Vous comprendrez que l’homme n’est homme que s’il se convertit à l’humanité.
    Luk, en dépit des circonstances souvent désastreuses, a-t-on le droit de rêver ? Car un de mes rêves, c’est de voir un monde sans faim, sans guerres, sans inégalités sociales, où le soleil sort et nous réchauffe tous. Mais sommes-nous prêts à tout accepter, quoi qu’il arrive ? Il faut avoir confiance en soi, connaître ses capacités, avoir la volonté d’arriver au but. Se réaliser que toutes les expériences négatives qu’on vît, doivent être perçues comme de véritables opportunités pour se remettre en question, et jamais, à aucun moment, permettre aux échecs apparents de nous décourager.

    Si nous tombons, relevons-nous tout simplement. Et essayons encore. Et ne soyons à aucun moment satisfaits de rester statiques. Il faut aller en avant, toujours en avant ! Nous devons être parmi ses hommes qui pendant des siècles ont été à l’image de l’arbre privé à la fois d’air et de racines. Ce n’est pas la première fois que des hommes auront joué ce rôle dans la cristallisation de la conscience, de l’espoir et de souvenirs. Et cela malgré la répression, la prison ou le bannissement quand ils n’ont pas choisi l’exil. Aujourd’hui, plus que jamais, l’être humain doit être solidaire, il doit simplement défendre la paix, la liberté et la sécurité des siens.

    Luk, alors que je suis plongé dans l’écriture, mon stylo s’arrête de lui-même et observe une minute de silence. Que se passe-t-il ? Y-at-t-il un opprimé qui meurt quelque part ? Oui, nombreuses sont les lampes qui ont honte de ce qui se passe autour d’elles. Elles détournent le regard vers le plafond… Quant à moi, je me sens toujours prisonnier de celui qui me tend la main. Durant toutes ces années en prison, au lieu d’être angoissé, ça a donné plus de valeur à mon existence, dans une dimension spéciale, avec un désir profond de sentir un jour la liberté, de pouvoir marcher sur l’herbe, de regarder le grand ciel bleu, les étoiles, et de serrer ma fille dans mes bras. Ce sentiment de pouvoir découvrir, de posséder à nouveau un jour, me rendait heureux.

    Oui, je sais parfaitement encaisser les chocs, en me serrant les dents, en mobilisant mes ressources pour affronter et traverser les épreuves pendant les tempêtes. Il fallait que je reste concentré sur mon objectif pour arriver à bon port, sain et sauf. Je dois reconnaître aussi que le recours à l’endurance provient d’un long entrainement. Qui prend très souvent une source dans l’enfance. C’est là, que j’ai dû apprendre à ne compter que sur moi pour m’en sortir des situations difficiles. Le choc de l’épreuve non seulement ne provoque pas l’effondrement, mais il met celui qui le subit en contact direct avec ses ressources et ses compétences de survie. C’est pour cela que nous devons savoir que la volonté et la possession d’une boîte à outils personnelle nous permet de ne pas se sentir démuni face à adversité. De se programmer pour résister dans le temps. Aide-toi, le ciel t’aidera !

    Celui qui doit endurer ne quitte pas son armure. Il vît comme s’il fallait être prêt à tout moment à affronter une épreuve. Aujourd’hui, toutes ces épreuves ne m’ont pas broyé ! Je suis toujours là, ici. Ils ont voulu me briser dans des conditions de détention inhumaines, mais au contraire je suis resté debout et bien raide avec ma dignité inséparable. Je les remercie d’avoir fait de moi un homme plus fort encore, avec ma conscience et ma dignité d’homme libre toujours dans mon esprit. Je dois dire que j’ai pleinement conscience d’être un privilégié, Dieu merci, de toutes ces années dures et difficiles. Je sais de quoi je parle.

    Je me pose cette question : peut-on faire un grand pas dans la vie sans avoir des garanties ? Ou devons-nous prendre le taureau par les cornes et s’engager très vite sur une autre voie, si ce n’est que pour éviter cette catastrophe ou au moins tenter de l’atténuer.

    Luk, au nom de tous les opprimés du monde, je vous remercie, et tout le Comité de soutien, ainsi que tous les hommes et toutes les femmes dont l’aide nous a été précieuse pour mener à bien votre combat. Et surtout de ne jamais avoir baissé les bras… ».

    Ali Aarrass

    Solidarité Maroc, 22 jan 2020

    Tags : Maroc, Ali Aarrass, répression, terrorisme, Belgique, Belliraj,

  • Ali Aarrass et « l’efficacité et l’intelligence des services de sécurité marocains » (dixit Joëlle Milquet)

    Le 1er avril 2015, cela fera 7 ans qu’Ali Aarrass se trouve derrière les barreaux.

    Le 1er avril 2008, Ali a été arrêté par les autorités espagnoles dans l’enclave espagnole de Melilla, ville où il est né. Il y fût arrêté, suite à un mandat d’arrêt international pour terrorisme, émis par les autorités marocaines, dans le cadre du démantèlement de « la cellule terroriste Belliraj ».
    Le Maroc obtient aussi l’arrestation, pour les mêmes motifs, d’un hispano-marocain, Mohamed El Bay.

    De l’Espagne à la prison de Salé II, le Guantanamo du Maroc

    Incarcéré d’abord à Madrid, puis à Badajoz et enfin à la prison de Botafuegos à Algeciras, Ali Aarrass fut immédiatement placé en régime spécial, réservé aux suspects terroristes en Espagne. Il passera ainsi quasi deux ans en isolement complet.

    Pendant son incarcération en Espagne, Ali sera à deux fois innocenté.
    D’abord par le juge Baltazar Garzon, qui décide d’un non-lieu. Ensuite par une déclaration d’Abdelkader Belliraj, qui déclare vouloir se présenter devant un tribunal pour témoigner qu’Ali Aarrass n’a rien à voir dans son affaire.1

    Mais ni Garzon, ni Belliraj n’empêcheront l’extradition, fin 2010, d’Ali Aarrass vers le Maroc.

    Pendant sa garde-à-vue, Ali sera torturé jusqu’à ce qu’il signe un papier en arabe, langue qu’il ne comprend pas. Le 24 décembre 2010, il est inculpé par le parquet de Rabat sous les chefs d’accusation de « constitution d’une bande criminelle pour la préparation et la perpétration d’actes terroristes dans le cadre d’un projet collectif visant à porter gravement atteinte à l’ordre public . »

    Le 24 novembre 2011, suite à un procès inique, Ali est condamné à 15 ans de réclusion, peine commuée en appel à 12 ans. Soumis aux mauvais traitements systématiques à la prison, sept ans plus tard, Ali se trouve aujourd’hui toujours à Salé II, prison de haute sécurité, appelé aussi le « Guantanamo du Maroc »2.

    Le réseau terroriste Belliraj, procès monstre contre cinquante personnes

    Ali Aarrass et Mohamed El Bay furent les premiers arrêtés en Europe dans le cadre d’un dossier marocain fourre-tout contre un groupe de plus de 50 personnes.

    Ce groupe sera appelé dans la presse : « le réseau terroriste de Belliraj » ou encore « la cellule terroriste la plus dangereuse qu’ait connue l’histoire du Maroc ».3

    En plus des 35 inculpés arrêtés au Maroc, les autorités marocaines demandent l’arrestation et l’extradition de pas moins de 17 personnes dans différents pays d’Europe.

    Ainsi, en Belgique, le 27 novembre 2008, « douze perquisitions ont été menées et onze personnes interpellées dans le cadre d’une enquête pénale ouverte par le parquet fédéral contre X pour participation, sur le territoire belge, à des activités de la mouvance terroriste autour de Belliraj ».4
    Que le Maroc avait l’habitude de ratisser large, on le savait, mais dans l’affaire Belliraj il se dépasse dans la mégalomanie sécuritaire.

    Comment en est-on arrivé là ?

    On ne pourra comprendre l’affaire Ali Aarrass ni le dossier Belliraj dans lequel il serait impliqué5 en dehors d’un contexte national marocain ni en dehors de la guerre mondiale contre le terrorisme et des relations complexes qui lient le Maroc et l’Europe (et les Etats-Unis) dans la lutte contre « le terrorisme, l’immigration clandestine et le trafic de drogue. »

    Ces derniers 25 ans, des millions de Marocains ont manifesté contre la première guerre d’Irak en 1991, contre la répression de la deuxième intifada en 2002 ou contre la nouvelle guerre contre l’Irak en 2003. A chaque fois le régime marocain a choisi le camp opposé de son peuple : celui des Etats-Unis et de ses alliés. La soumission du Maroc à ces derniers s’est encore renforcée après le déclenchement de la guerre mondiale contre le terrorisme par George W. Bush après le 11 septembre 2001.

    Depuis, le Maroc a collaboré aux interventions militaires occidentales, a servi comme pays de transit pour des suspects de terrorisme capturés par les Américains, en route pour Guantanamo6, et comme sous-traitant de la torture pour des pays occidentaux d’un nombre de ses détenus.
    L’engagement du Maroc dans la guerre mondiale contre le terrorisme a eu des conséquences qu’on voit apparaître à travers l’affaire Belliraj.

    Le Maroc se sert de la lutte antiterroriste mondiale pour éliminer une opposition politique interne.

    Toutes les forces politiques encore réticentes à adopter des législations antiterroristes supplémentaires, en majorité au parlement, ont définitivement fait volte-face après les attentats de Casablanca en 2003. A partir de là, le processus de libéralisation politique a été arrêté et la lutte antiterroriste a été utilisé non seulement pour arrêter des terroristes, vrais ou supposés, mais aussi pour frapper et éliminer une résistance légitime et une opposition démocratique et radicale.

    Dorénavant, tout est mis dans le seul sac du terrorisme.

    A partir de ce moment- là, le Maroc va démanteler au moins une « cellule terroriste » par an. Qui fait mieux !?

    Comme le remarque un journaliste dans son article « Maroc : Des cellules terroristes trop dormantes » : « A l’occasion du dixième anniversaire des attentats de Casablanca, le ministère de l’Intérieur marocain a déclaré que les services de sécurité marocains ont réussi à démanteler pas moins de 113 cellules terroristes et à arrêter 1256 présumés terroristes « soupçonnés de préparer une trentaine d’actes ». Pourtant, après Casablanca 2003, le seul attentat enregistré est celui du café Argana, à Marrakech en 2011 en plein cœur du Printemps Arabe. Une opération qui a soulevé beaucoup d’interrogations sur son véritable auteur. »7

    Ce palmarès antiterroriste marocain, qui cache la pauvreté extrême du peuple et qui couvre la violence, la torture et l’arbitraire depuis plus d’une décennie, va pourtant impressionner les autorités belges, dont Joëlle Milquet (CDH), alors vice-premier ministre et ministre de l’intérieur. « Tout le monde connaît l’efficacité des services de sécurité marocains qui ont réussi à démanteler plusieurs cellules terroristes ces dernières années, et c’est pour cette raison que le Maroc a été invité aux discussions que mènent les pays européens sur la question des combattants étrangers en Syrie’ », a déclaré Mme Milquet. La ministre s’est dite intimement convaincue que les pays européens peuvent tirer profit de l’expérience du Maroc dans le domaine de la lutte antiterroriste et notamment en ce qui concerne les jeunes qui partent combattre en Syrie. Parce que, a-t-elle ajouté, le Maroc est non seulement confronté au même problème, mais il a su l’aborder avec énormément d’efficacité et d’intelligence’. »8

    Efficacité et intelligence !?

    Voyons de plus près, madame Millquet, « l’efficacité et l’intelligence des services de sécurité marocains » dans le démantèlement de la « cellule terroriste Belliraj. »

    D’abord, en juin 2013 Human Rights Watch (HRW) sort un rapport sous le titre « Tu signes ici, c’est tout : Procès injustes au Maroc fondés sur des aveux à la police » (un rapport de 137 pages sur « six affaires politiquement sensibles », dont l’affaire Belliraj)9.

    Human Rights Watch affirme que les 84 personnes inculpées dans ces six affaires ont été condamnées sur base des aveux « extorqués sous la torture ou par d’autres méthodes illégales » ou sur base de « témoignages, sans que les témoins aient à témoigner au tribunal ».

    HRW constate que nombre d’inculpés dans l’affaire Belliraj ont été enlevés et ont disparu pendant une période qui a été beaucoup plus longue que la période légale de garde à vue prévue par la loi, et sans aucun contact avec un avocat ou un membre de leur famille. HRW constate que les tribunaux « n’ont pas fait d’effort significatif pour vérifier les plaintes de torture » et ne se basent que sur « les déclarations à la police qui les incriminent ». Et ce malgré le fait que les accusés ont affirmé que « ces déclarations leur avaient été extorquées ».

    Ensuite, dans les mois qui suivent les arrestations en Belgique dans le cadre du démantèlement de la cellule terroriste Belliraj au Maroc, la Cour d’Appel de Bruxelles va se prononcer contre l’extradition des détenus, demandée par le Maroc, en déclarant qu’il s’agit clairement d’une demande d’extradition pour des « raisons politiques ».

    La Sûreté de l’État belge ajoute : « Parmi les détenus, aucun ne sera finalement extradé, les éléments communiqués par les autorités marocaines n’ayant pas été jugés pertinents. »10

    Enfin, à la tête de « la cellule terroriste Belliraj », se trouveraient un membre du Parti Socialiste Unifié, un dirigeant du Parti de la Justice et du Développement, un correspondant d’Al Manar TV, un dirigeant du Parti de la Nation et deux dirigeants du parti Al Badil Al Hadari.

    Ces six personnes sont désignées comme les responsables politiques et têtes pensantes du « complot terroriste Belliraj ».

    A l’issue de leur procès, les six écoperont jusqu’à 25 ans de prison ferme. Comprenne qui pourra, les chemins de la justice marocaine étant impénétrables, ces six dangereux terroristes seront tous graciés par le Roi le 14 avril 2011, soit deux ans après leur condamnation. Mais tous les autres condamnés, dont Ali Aarrass, qui ne seraient pourtant que des exécutants, restent en prison.

    Le Maroc et la lutte antiterroriste à usage externe.

    Jusqu’au milieu des années 2000, tout en considérant le Royaume du Maroc comme un pays stable et modèle contre l’islamisme radical, les pays européens pointent du doigt le Maroc qui ne ferait pas assez pour arrêter l’immigration clandestine vers l’Europe et qui servirait de base terroriste, menaçant l’Europe.

    Ainsi, le 15 juillet 2004, le juge Baltazar Garzon, le même juge qui va innocenter Ali Aarrass, crée un petit tremblement de terre en déclarant devant une commission parlementaire espagnole que le Maroc compterait « quelque 100 cellules terroristes liées à Al-Qaïda et susceptibles de mener des attentats-suicide, constituant ainsi la pire menace terroriste pour l’Europe.. ce qui fait environ 900 ou mille personnes qui pourraient être recherchées par la police.. à mon avis, c’est le plus grave problème auquel l’Europe doit faire face aujourd’hui avec cette sorte de terrorisme. »11

    A ces accusations fantaisistes et à la fois humiliantes pour le Maroc, celui-ci va y répondre en renforçant sa collaboration avec l’Europe et en prouvant qu’il n’a pas de leçons à recevoir de l’Europe.

    En échange d’un statut politique et économique privilégié de la part de l’Europe, le Maroc conclut des accords, invente des plans, organise des forums avec l’Europe à un rythme infernal. De la collaboration antiterroriste avec la Belgique, au renforcement de la répression contre l’immigration clandestine à Melilla, à la participation à Frontex, au programme de surveillance maritime Seahorse Atlantique, à l’Opération « Hibou », renforcée et élargie à travers le Plan TELOS, à la création à Rabat en 2013 du « G4 antiterroriste » (avec la France, l’Espagne et le Portugal), jusqu’à l’adoption en 2014 d’un nouveau plan antiterroriste Hadar… le Maroc se construit la réputation de seul rempart capable d’arrêter l’immigration clandestine vers l’Europe et se hisse au premier rang de la classe antiterroriste mondiale.

    Refusant le label d’exécutant, le Maroc revendique et affirme son rôle unique et invite l’Europe (et le monde entier !) à suivre son exemple au niveau de la lutte antiterroriste.

    Voici ce qu’écrit un journaliste du régime le 26 octobre 2014 : « le Royaume du Maroc reste l’un des pays les plus stable et les plus sûrs de la région et de l’Europe occidentale… Un modèle marocain de lutte anti-terroriste qui fait référence dans le monde entier et que de nombreux pays, notamment africains et européens, tentent de s’en inspirer, en sollicitant le concours du Maroc pour faire bénéficier leurs Imams d’une formation… Le Royaume du Maroc ne laisse pas de place aux loupés sécuritaires, comme l’ont fait très récemment certains pays européens… Qui peut donc encore se permettre d’accuser indûment et avec désinvolture Maroc d’être un pays peu sûr ? L’unique réponse à faire est : les mesures de vigilance appliquées au Maroc sont reconnues à l’international et de nombreux pays européens et africains ne tarissent pas d’éloges sur le savoir-faire des services marocains de sécurité au point de solliciter leur expertise en ce domaine sensible… »12
    En 2014, le Maroc, la France et 9 autres pays maghrébins et africains lancent une E-revue ‘La Lettre de Nouakchott’, sur le « terrorisme et le crime organisé en Afrique. »

    En 2015, le Maroc, dans le cadre du « ‘Global Community Engagement and Resilience Fund – GCERF’ », projet, qu’il cofinance, « se porte volontaire pour un projet mondial pilote, de lutte contre les racines du terrorisme, qui devra servir de modèle pour les pays en lutte contre ce dangereux phénomène. »13

    Que les services secrets marocains sont plus performants que ceux des pays européens, le Maroc a voulu en faire la preuve dans l’affaire Belliraj en 2008.

    Non seulement l’accusé principal est Belge ainsi que plusieurs autres inculpés, mais le Maroc demande en plus à la Belgique l’arrestation et l’extradition de 12 personnes. Ce qu’il n’obtiendra pas, à part pour Ben Rabeh Ben Yettou, un sans-papiers algérien et sans avocat. Ce qu’il n’obtiendra pas non plus de l’Espagne qui refuse d’extrader Mohamed El Bay, qui est citoyen espagnol de double nationalité, mais qui, comme la Belgique, leur offre un sans papier local : le Belge Ali Aarrass. Aussi bien Ben Rabeh Ben Yettou qu’Ali Aarrass, les deux seules personnes dont les autorités marocaines ont obtenu l’extradition, seront sauvagement torturés.

    La justice marocaine ira plus loin et dépassera toutes les limites du bon sens en collant 6 meurtres jamais élucidés en Belgique sur le dos du principal inculpé du procès Belliraj.

    Ce qui ne manque pas de laisser perplexes les services secrets, le monde policier et judiciaire en Belgique.

    En avril 2015, sept ans après son arrestation, la justice belge se prononcera enfin sur cette accusation après plusieurs années d’enquête minutieuse. Le procureur belge demande un non-lieu ! Ce qui réduirait définitivement en cendres l’affaire Belliraj…

    Human Rights Watch : libérer tous les détenus encore emprisonnés dans le dossier Belliraj.

    Beaucoup a été dit et écrit, et surtout insinué et supposé, autour de l’affaire Belliraj. La seule réponse raisonnable à cette affaire est la position formulée par Human Rights Watch dans son rapport mentionné plus haut :

    « En ce qui concerne l’affaire de Gdeim Izik, dans laquelle 21 des 25 accusés sont en prison, et l’affaire Belliraj, où 17 des 35 accusés sont en prison, les autorités marocaines devraient libérer les accusés encore emprisonnés ou bien leur accorder un nouveau procès qui soit équitable…

    Si les affaires sont rejugées, la présomption devra être que tous les accusés seront libres jusqu’à leur procès… Quand les accusés seront rejugés, le tribunal devra étudier leurs allégations de torture et garantir, conformément au droit international et marocain, qu’aucune déclaration obtenue par la violence ou sous la contrainte ne soit admise comme preuve.

    Le tribunal devrait mener ces enquêtes même si les traces physiques de torture se sont déjà probablement effacées. Ces investigations devraient respecter les critères internationaux d’enquête sur les plaintes individuelles de torture, notamment ceux du Manuel pour enquêter efficacement sur la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants (« protocole d’Istanbul ») »14..

    (Cet article est la deuxième partie de « 7 ans déjà ! Ali Aarrass et la Belgique, une plaie toujours ouverte »)

    Luk Vervaet 31 mars 2015

    Révision des textes : Annie Goossens

    Notes

    1http://liberezbelliraj.blogspot.be/2012/06/temoignage-de-abdelkader-belliraj.html

    2 http://www.demainonline.com/2011/11/05/les-barbus-denoncent-la-torture-a-guantanamo-maroc/

    3http://tlaxcala.es/pp.asp?reference=9463&lg=fr Rapport d’observation du procès des « Six détenus politiques » au Maroc (« Affaire Belliraj »)

    4Rapport de la sûreté de l’Etat belge de l’année 2008

    5http://prisonnierseuropeensaumaroc.blogspot.be/2013/10/le-proces-belliraj-en-belgique-appel-la.html

    6Voir l’article tout récent paru dans le journal britannique du Daily Mail sur l’utilisation du Maroc par un jet transportant des détenus vers Guantanamo : http://www.dailymail.co.uk/news/article-1321244/CIA-paid-Liverpool-buyout-tycoons-millions–use-jet-torture-flights.html Voir aussi le témoignage de Binyam Mohamed : http://www.legrandsoir.info/Mohamed-Binyam-detenu-a-Guantanamo-torture-au-Maroc.html

    7http://diasporasaharaui.blogspot.be/2013/12/maroc-des-cellules-terroristes-trop.html

    8http://www.maghress.com/fr/lopinion/38876

    9http://www.hrw.org/sites/default/files/reports/morocco0613frsumandrecs.pdf (résumé en français)

    10Rapport de la sûreté de l’état belge de l’année 2008

    11 http://www.yabiladi.com/forum/maroc-pire-menace-terroriste-pour-2-148579.html

    12http://www.alwihdainfo.com/Le-plan-Hadar-renvoi-les-delateurs-du-Maroc-en-matiere-securitaire-a-leurs-cheres-etudes_a13275.html

    13Larbi Amine – publié le Samedi 17 Janvier 2015

    14page 10 du résumé du rapport en français

    Source : ZinTV, 31 mars 2015

    Tags : Maroc, terrorisme, Belliraj, menace terroriste, Belgique,

  • Ali Aarrass : torturé au Maroc et abandonné par la Belgique

    Ali Aarrass : quand la Belgique abandonne certains de ses citoyens…

    Abdellah BOUDAMI

    Source: Politique, 6/01/2012

    Jeudi 24 novembre 2011, Ali Aarrass se tient seul devant ses juges. C’est alors la neuvième audience de son procès, au Tribunal de Rabat. Et c’est à ce moment, alors que ses avocats et ses proches se sont retiré le temps d’une pause, que le verdict est prononcé : il est condamné à quinze ans de prison. Ne comprenant pas l’arabe, ce n’est que lorsque ses avocats le rencontrent qu’il prend la mesure de l’injustice de la peine. En effet, Ali Aarrass est innocent… Rappelons les faits qui jalonnent cette saga politico-judiciaire et qui ont mené Ali Aarrass de la prison espagnole à la torture marocaine, en passant par l’indifférence belge.

    Arrestations et non-lieu

    Ali Aarrass est né en 1962 à Melilla, une des deux enclaves espagnoles au Maroc (avec Ceùta), et est arrivé en Belgique en 1977, où il obtient la nationalité belge La nationalité marocaine étant inaliénable, tout Marocain qui acquiert la nationalité belge devient automatiquement belgo-marocain, indépendamment de sa propre volonté. Ce n’est qu’en 2005 qu’il retourna vivre auprès de son père, à Melilla.

    Durant ces longues années passées en Belgique, Ali effectua son service militaire et travailla dans plusieurs secteurs avant d’ouvrir son propre commerce, une papeterie à Bruxelles. Très apprécié, honnête et généreux, c’était un homme respecté dans le quartier. C’est donc comme un coup de tonnerre que sonna l’annonce de son arrestation en Espagne, en novembre 2006. Relâché sous caution, et faisant l’objet d’une enquête pour trafic d’armes, il fut arrêté à nouveau, en avril 2008, sur base d’éléments provenant de la justice marocaine.

    “Absolument rien n’a été fait au niveau du ministère des Affaires étrangères pour sauver le citoyen belge.”

    Cette dernière lança plusieurs mandats d’arrêts internationaux, et les justifia en invoquant des preuves émanant d’interrogatoires dans le cadre de l’affaire Belliraj, un Belgo-Marocain comme Ali Aarass, qui est accusé d’avoir commandité des attentats.

    Le procès Belliraj ayant été cette farce que l’on sait (on a pu voir dans les câbles Wikileaks que, aussi bien du côté américain que belge, il n’y avait pas de doutes quant au caractère inique du procès Belliraj, sans compter les accusations de torture), la justice belge refusa d’extrader les hommes arrêtés en Belgique. L’Espagne diligenta une enquête sous la direction du célèbre juge Baltazar Garzon, connu pour sa rigueur et son inflexibilité. Il ne trouva absolument aucun fait à charge de Ali Aarrass et délivra un non-lieu en mars 2009.

    Pourtant, et c’est ce qui causait la perplexité de ses proches et de ses avocats, Ali Aarrass était maintenu en détention, en isolement, et la justice espagnole délégua au Conseil espagnol des ministres la décision de l’extrader ou pas vers le Maroc. Le Conseil postposa cette décision jusqu’en novembre 2010.

    Extradition et torture

    Malgré les grèves de la faim et les protestations (la campagne « Free Ali » se mit doucement en place et tenta de sensibiliser citoyens, médias et politiques à propos de l’affaire), le Conseil des ministres en Espagne décida, le 19 novembre 2010, d’accepter d’extrader Ali Aarrass vers le Maroc. Tout de suite, ses avocats portèrent l’affaire au niveau de l’ONU, laquelle décida, via son Haut-Commissariat aux Droits de l’Homme, de demander la suspension de l’avis d’extradition.

    Passant outre, l’Espagne extrada Ali Aarrass le 14 décembre 2010, sans même que sa famille ou ses avocats ne soient prévenus. En effet, c’est par la presse qu’ils furent mis au courant. Ali Aarrass disparut de longues semaines, sans que personne ne sache où il se trouvait… L’attitude du gouvernement belge est sidérante. Absolument rien n’a été fait au niveau du ministère des Affaires étrangères pour sauver le citoyen belge.

    Dans un premier temps, lorsqu’Ali Aarrass était en Espagne, la Belgique justifiait son inaction dans le dossier par le fait que l’Espagne est un État démocratique et qu’il fallait donc lui faire entière confiance. Dans un second temps, après l’extradition au Maroc, l’État belge invoqua la loi selon laquelle un citoyen ayant la double nationalité, lorsqu’il met les pieds dans le pays de son autre nationalité, ne reçoit aucune aide consulaire ou action particulière du gouvernement belge. Les réponses (ou non-réponses, le plus souvent) de Steven Vanackere sont restées cohérentes tout au long des interpellations (à l’instar de celle de Zoé Genot du groupe Ecolo- Groen !) : il refusa d’agir.

    “Et c’est cette question de la double nationalité que soulève avec encore plus d’acuité l’affaire Aarrass.

    Dans la mesure où il était certain que Ali Aarrass allait subir des tortures au Maroc, et que par conséquent des droits humains fondamentaux allaient être bafoués, on peut se poser la question de la pertinence, dans le chef de l’État belge, à mettre en balance d’une part une loi sur l’aide consulaire qui date du XIXe siècle, et d’autre part des droits humains élémentaires. Tabassages en règle, viols à l’aide de bouteille, chocs électriques, privations de sommeil, injections de produits chimiques, rien ne sera épargné à Ali Aarrass. Il sera forcé et contraint de signer des aveux (en arabe !) dans lesquels il est censé reconnaître, après quelques jours d’interrogatoires, des faits qu’il avait pourtant niés pendant plus de trois ans.

    En avril 2011, commença alors un procès-farce parsemé de vices de procédure et de manquements flagrants aux droits de la défense : les pièces du dossier qui sont à sa décharge seront escamotées, les plaintes pour torture n’aboutiront pas, la conversation téléphonique dans laquelle Belliraj innocente Ali Aarrass n’apparaîtra jamais, la confrontation d’Ali Aarrass avec un autre accusé censé avoir prononcé son nom lors des interrogatoires, confrontation durant laquelle cet accusé nie le connaître, sera écartée sans plus de détails… Et les plaidoiries pourtant brillantes des avocats d’Ali Aarrass resteront lettre morte. Ainsi, après être passé par la sinistre DST marocaine, Ali Aarrass vécut aussi la triste réalité des procès politiques au Maroc : des juges d’instruction à la botte du pouvoir et des audiences de procès toujours reportées, afin de fatiguer la campagne « Free Ali » et de saper les ressources – financières et morales – des amis solidaires d’Ali Aarrass. Tout ceci, sous l’oeil complice des autorités belges et européennes…

    L’indifférence des autorités

    Parmi les quelques soutiens qu’a reçus Ali Aarrass au long de son calvaire figure l’appel du citoyen belgo-turc Bahar Kimyongür. Ce dernier sait fort bien de quoi il parle, puisqu’il a souffert également du piège de la double nationalité. En effet, pour permettre l’extradition vers la Turquie de Bahar Kimyongür, les autorités belges avaient orchestré en 2006 une machination visant à le faire arrêter aux Pays-Bas, où il n’aurait plus pu bénéficier de la protection que lui conférait en Belgique sa nationalité belge. Et c’est cette question de la double nationalité que soulève avec encore plus d’acuité l’affaire Aarrass.

    En effet, chez nombre de Belgo-Marocains, on a le sentiment prégnant d’être traité comme des citoyens de seconde zone, ne bénéficiant pas des mêmes droits que les Belges « de souche ». Dans un contexte marqué par une islamophobie rampante, par des thèses racistes de plus en plus assumées et relayées, par une guerre « antiterroriste » qui justifie les lois d’exception, la figure du bouc émissaire arabo-musulman qui ne peut pas jouir pleinement de sa citoyenneté interpelle nombre de Belges, notamment ceux qui sont issus de l’immigration. L’indifférence des autorités belges depuis le début des événements ne peut que conforter cette impression.

    Tags : Maroc, Belgique, Ali Aarrass, torture, terrorisme, Belliraj, Espagne,

  • BD : Nouvelle édition sur Ali Aarrass, détenu au Maroc

    C’est avec un immense honneur et joie que je vous annonce l’arrivée de la toute dernière BD Ali Aarrass de Manu Scordia.

    Cette BD est l’un des plus beaux outils crées durant la campagne freeali. Je remercie en passant notre cher ami Manu Scordia qui a su mettre à la fois l’aspect informatif sur l’affaire, ainsi que toute l’émotion requise pour la faire ressentir au plus profond de soi. Vivre chaque passage comme si vous y étiez. Ce qui est sûr et certain c’est que vous ne serez plus la même personne une fois que vous l’aurez lue.
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    Pour continuer les visites mensuelles à Ali Aarrass. Un immense merci pour votre généreuse participation.(Je fais un virement aux avocats chaque fois qu’on atteint les 500€ au minimum)

    Ali sent le temps passer plus vite. Nous allons pouvoir préparer la prochaine visite vers la fin du mois d’avril et il restera à coup sur de quoi organiser deux prochaines visites.

    Ce projet consistant à casser l’isolement se déroule bien, puisque maintenant Ali s’attend à recevoir quelqu’un au moins une fois par mois. Ce qui n’était pas réalisable pour nous du fait de son coût, le devient parce que vous y avez contribué. Pour votre aide, pour votre confiance, pour votre magnifique soutien, je ne vous remercierai jamais assez. Ali a été fort surpris lorsqu’on lui a fait savoir que c’était grâce à l’aide de personnes qui le soutiennent que ces voyages ont lieu. Il se morfondait dans sa cellule d’où il refusait de sortir (vous vous rappelez, nous étions sans nouvelles). L’impact horrible de l’isolement ainsi que de tous les mauvais traitements subis. Nous allions le perdre et le voilà qu’il reprend motivation. Il ne reçoit plus son courrier depuis novembre 2018, et il ignore les raisons de ce refus. Son courrier lui permettait de s’évader imaginairement de ces lieux immondes, de toute cette solitude on ne peut plus punitive.

    Mais n’arrêtez pas de lui écrire, parce que s’ils refusent de lui remettre son courrier, il faut que le corps pénitencier apprenne que nous ne l’oublions pas et qu’il ne sera jamais abandonné.

    J’ai eu très peur pour lui. Nous avons appelé à l’aide et vous avez répondu. Je ne l’oublierai jamais.

    Farida Aarrass BE69 0016 7484 8678

    Source : Solidarité Maroc

    Tags : Maroc, Ali Aarrass, répression, Belliraj, terrorisme,

  • Maroc : Les bourdes de la DGED avec la Belgique

    Note d’alerte

    Magazine Actuel / Dged

    Le magazine Marocain Actuel dans son édition d’aujourd’hui publie une interview réalisée avec le journaliste Kristof Clerix

    Celui-ci affirme « Samir Addahr l’ambassadeur du Maroc a Bruxelles m’a affirmé que la DGED défend un agenda politique et surveille l’intégrisme religieux…j’ai travaillé 3 mois dessus et je me demande sur quelle base Belliraj a été condamné… »

    10 avr 2010

    Un an avant, le 26 août 2009 plus précisément, Kristof Clerix écrivait sur l’affaire dans les pages de Mondiaal Niews un article sous le titre de « Dossier Belliraj: Un seul homme connaît toute la vérité ».

    Dossier Belliraj: Un seul homme connaît toute la vérité

    La représentation officielle des services secrets marocains à Bruxelles a fermé boutique depuis plusieurs mois. La collaboration ne fonctionnait déjà plus depuis un certain temps entre le Maroc et la Belgique, l’éclatement de l’affaire Belliraj est venue complètement pourrir la situation au sein des services de renseignements des deux pays. Alan Winants, le patron de la Sécurité belge, estime que « cela ne peut que mener à la faillite ».

    KRISTOF CLERIX – TRADUCTION: MEHMET KOKSAL . 21 OCTOBRE 2009

    En date du 27 juillet 2009, Abdelkader Belliraj a été condamné par le tribunal de Salé (Maroc) à la prison à vie. La justice marocaine a considéré qu’il était établi que ce Belgo-marocain (soupçonné d’être un informateur des services de renseignements belges) avait commis six meurtres, qu’il avait clandestinement fait entrer des armes au pays, qu’il était impliqué dans un trafic de blanchiment d’argent et qu’il était à la tête d’un réseau terroriste.

    Le magazine MO* s’est plongé pendant trois mois dans le dossier Belliraj, a assisté au procès marocain, s’est entretenu avec des dizaines d’acteurs autour de l’affaire et a réussi à dénicher des documents que personne encore n’avait pu lire sur ce dossier.

    Gentleman’s agreement

    Le 9 octobre 1971, Abdelkader Belliraj, alors âgé de seulement 14 ans, décide de quitter sa ville natale de Nador pour s’installer à Bruxelles où son père Mimoun travaillait pour une usine de verrerie dénommée Durobor. A cette époque où des milliers de Marocains venaient tenter leur chance en Belgique, le Maroc décide de créer de nouveaux départements de services secrets. En réponse à une attaque contre le Boeing du roi Hassan II en 1973, le DGED (Direction Générale des Etudes et de la Documentation) et la DGST (Direction Générale de la Surveillance du Territoire) ont été mises en place. En Belgique, tant la DGED que la DGST marocaines entretenaient de bonnes relations avec la Sûreté de l’Etat dirigée à l’époque par Albert Raes. Les différents services de renseignements avaient conclu un gentleman’s agreement: la Sûreté belge surveillait les ‘comportements excentriques’ de la communauté marocaine sur son territoire, en échange la DGED marocaine informait les Belges s’il y avait des menaces en cours contre l’ordre public en Belgique et au Maroc.

    Pour l’Etat belge, c’est le jeune inspecteur André Jacob qui était chargé du maintien des contacts avec les autorités marocaines. La coopération se passait très bien, la Belgique échangeait de manière structurée des informations avec le Maroc en fournissant notamment des renseignements sur les opposants au roi Hassan II ou son régime.

    Fructueuse coopération

    Abdelkader Belliraj était à cette époque un total inconnu. Le jeune marocain avait fait ses études à Braine-Le-Comte et à La Louvière pour finalement décrocher en 1980 un diplôme en électricité industrielle. Puis, il se marie avec Karima Nasseri et commence à travailler comme électricien pour le géant de l’acier aux Forces de Clabecq.

    Dans les années quatre-vingt, les contacts entre la Sûreté belge et la DGED s’intensifie. La DGED joue même, au nom de Hassan II, un rôle de médiateur dans les relations parfois difficiles entre le roi Baudouin et le Président zaïrois Mobutu.

    Cette fructueuse coopération des services de renseignements belgo-marocains a été encore plus évident lorsqu’en 1989 Albert Raes, le patron de la Sûreté belge, a officiellement été décoré par le Maroc en recevant l’attribution de l’ordre d’Ouissam Alaouite. Cette décoration militaire est attribuée par le roi aux personnes civiles ou militaires en faveur des services rendus pour l’Etat marocain.

    Raes devait sa distinction au rôle qu’il a joué dans le cadre d’une initiative conjointe maroco-algéro-belge au sujet du Polisario qui milite pour l’indépendance du Sahara occidental. Plus tard, Raes recevra même une proposition pour devenir consul honoraire pour le Maroc, une fonction que l’ancien chef de la Sûreté belge occupe encore à ce jour.

    Profil chiite

    C’est précisément pendant cette période de bonne coopération entre la Belgique et le Maroc que le fameux Abdelkader Belliraj entre en scène. Depuis le début des années quatre-vingt, la Sûreté belge avait déjà fiché Belliraj comme étant un extrémiste islamiste pro-iranien et un opposant au roi du Maroc.

    Belliraj avait été observé par les services en 1986, 1988, 1990, 1993 et 1999 lorsqu’ils s’intéressaient surtout au profil chiite de l’opposant marocain. La montée du chiisme au sein de la communauté marocaine de Belgque, traditionnellement sunnite, était un phénomène typiquement belge.

    Après le renversement du régime du Shah en Iran pendant la révolution islamique de 1979, des centaines de Marocains en Belgique s’étaient “convertis” au chiisme car ils voyaient un parallèle évident entre le régime du Shah et celui de Hassan II et ils espéraient que le même scénario se répète au Maroc. Un développement qui avait été suivi avec un grand intérêt par les services belges.

    El Palesto

    La cellule antiterroriste belge avait également accroché au profil de Belliraj. ‘Son surnom était El Palesto chez nous parce qu’il était très attaché à la cause palestinienne’ , se souvient un inspecteur de la Police fédérale belge qui a suivi Belliraj depuis plus de vingt ans. ‘Ensuite, nous l’avons retrouvé dans le mouvement chiite. Belliraj était connu de tous. Nous l’avons effectivement approché mais finalement pas recruté car c’était trop compliqué et nous n’avions pas le budget’.

    ‘Je confirme que j’ai été approché en 2000 par les services de renseignement belges qui m’ont demandé de travailler pour eux et les aider dans certains dossers liés au terrorisme’, déclare Belliraj lors de sa seconde audition auprès du juge d’instruction marocain Chentoufi. ‘Je leur ai répondu que je les aiderai si je découvre des choses sensibles qui pourraient constituer une menace pour la sécurité de l’Etat. J’ai de temps en temps rencontré un certain Patrick, agent de la Sûreté, mais la collaboration ne s’est pas faite pour de l’argent en contrepartie’.

    Le fait que Belliraj était un informateur de la Sûreté belge fera l’effet d’une bombe par la suite. Les services de renseignement savaient-ils vraiment avec qui ils étaient en train de collaborer ? D’autres sources bien informées expliquent au contraire que Belliraj a fourni des informations ‘extrêmement précieuses’ afin de déjouer des attentats terroristes, notamment en Grande-Bretagne.

    Graves tensions

    Le 16 mars 2003 se produit le “11 septembre marocain”: des attentats suicides à Casablanca provoquent la mort de 33 personnes. Immédiatement après ces attentats terroristes, une rumeur court selon laquelle les auteurs auraient été formés en Belgique et qu’ils avaient tout préparé depuis la Belgique. Le gouvernement belge demande rapidement à la Sûreté de vérifier l’information tandis qu’André Jacob se rend, en compagnie d’un collègue des services de renseignement français, à Rabat. Très vite, il leur est apparu que l’hypothèse belge était fausse. Différentes versions circulent sur ce qu’il s’est effectivement passé lors de la visite de Jacob au Maroc mais une chose semble certaine: son passage a conduit à de graves tensions entre la DGED marocaine et la Sûreté belge.

    Prison secrète

    À partir de 2008, des rumeurs sur la “disparition” de Belliraj au Maroc circulent au sein de la communauté marocaine installée dans la ville flamande de Gand. La Sûreté a vent de l’histoire et signale au ministère belge des Affaires étrangères qu’un ‘Belge est en difficulté à l’étranger’.

    Selon Toufiq Idrissi, le troisième avocat marocain de Belliraj, son client a été enlevé le 18 janvier par les autorités marocaines à Marrakech alors qu’il sortait d’un hôtel appartenant à son frère. Belliraj aurait ensuite été enfermé, interrogé et torturé dans un prison secrète basée à Temara, puis à Rabat et enfin à Casablanca. Ce n’est qu’un mois plus tard que le gouvernement marocain annonce le démantèlement d’un réseau terroriste djihadiste clandestin dont le leader serait le dénommé Belliraj.

    Les policiers belges n’ont même pas été informés de l’arrestation du Belgo-marocain. La Sécurité de l’Etat précise avoir découvert l’affaire à travers la presse, une information confirmée par un rapport du Comité R (comité belge de contrôle parlementaire des services de renseignement) mais démentie par le Maroc.

    ‘Problèmes répétées avec la DGED’

    Le 8 juillet 2008, le patron de la Sûreté belge Alain Winants demande à Mohamed Yassine Mansouri, chef de la DGED, de rappeler trois agents marocains repérés en Belgique.

    ‘Cette mesure n’était pas liée à l’affaire Belliraj. Dans le passé, il y a déjà eu des problèmes répétées avec les agents de la DGED. Ils avaient par exemple organisé une manifestation devant l’ambassade d’Algérie à Bruxelles’ , déclare Alan Winants. Les allégations de la Sûreté belge étaient tellement graves que la DGED a non seulement rappelé les trois agents démasqués mais a également décidé de fermer carrément sa représentation en rappelant tous ses agents.

    Intimidations et menaces

    Après les premières arrestations liées au dossier Belliraj, le Maroc a demandé à la Belgique d’extrader quatorze personnes. A peine quelques mois plus tard, presqu’en réponse à cette vague d’arrestations, un procureur fédéral belge procède à des perquisitions le 27 novembre 2008 en auditionnant 11 personnes. Six d’entre elles témoignent des nombreuses activités de la DGED en Belgique.

    Les personnes auditionnées ont détaillé les procédures utilisées par les agents marocains en Belgique qui propageraient de fausses rumeurs à l’attention des Marocains en Belgique et qui les soumettraient à du chantage, des intimidations, des menaces en les photographiant et en les fichant. L’une des personnes a même que la DGED marocaine peut compter sur la collaboration active de 150 Marocains en Belgique. L’enquête sur les activités de la DGED en Belgique a été tellement loin qu’elle a probablement hypothéqué la procédure judiciaire dans l’affaire Belliraj.

    Believers et non believers

    En février 2009, les audiences ont repris au Maroc dans le procès du réseau Belliraj et le verdict a été prononcé fin juillet : la prison à vie. D’après Belliraj, les services secrets marocains ont inventé toute cette histoire de toute pièce parce qu’il a refusé de travailler pour eux.

    Après la déclaration de culpabilité de Belliraj et ses 34 co-accusés, des organisations pour la défense des droits humains et des membres de la famille ont manifesté devant le tribunal de Salé pour dénoncer la justice marocaine. Pour eux, il s’agit d’un ‘procès politique’: le Maroc aurait fabriqué toute cette affaire pour mettre fin à deux nouveaux partis islamiques.

    En plus de Belliraj, six autres personnalités politiques marocaines ont été condamnées parce qu’ils avaient rencontré l’intéressé en 1992. C’est l’une des pistes dans cette affaire qui a fait couler beaucoup d’encre dans la presse marocaine mais qui n’a presque pas été évoquée par la presse belge. Pendant ce temps, la Belgique continue son enquête judiciaire sur les activités terroristes ainsi que sur les crimes non élucidés liés à cette affaire.

    L’affaire Belliraj divise la société entre les “believers” (ceux qui croient aux actes d’accusation) et les “non believers” (ceux qui n’y croient pas).

    Abdelkader Belliraj est-il vraiment un dangereux islamiste à la tête d’un vaste réseau djhadiste ou est-ce un informateur qui paye le prix fort pour une guerre des services de renseignement opposant la Belgique au Maroc ?

    Une seule personne connaît toute la vérité et c‘est Belliraj, Abdelkader Belliraj.

    (publié dans mensuel MO* au mois de septembre 2009)

    Source : Maroc Leaks

    Tags : Maroc, DGED, Belgique, Belliraj, terrorisme,

  • Maroc: Quand le Makhzen sacrifiait Belliraj pour diaboliser les rifains

    L’avocat d’Abdelkader Belliraj deshabille la « justice » marocaine

    Vincent Lurquin, l’avocat d’Abdelkader Belliraj, le binational belgo-marocain condamné à perpétuité pour des « faits » de terrorisme par la justice marocaine, a fait une intervention remarquée lors de son dernier passage au Maroc.

    Me Lurquin a expliqué que même s’il est l’avocat de Belliraj depuis six ans, il n’a jamais pu rencontrer son client, et ce en raison du refus réitéré des autorités marocaines.

    L’avocat a également affirmé, sans être démenti pour le moment, que Belliraj a été « torturé » et que par conséquent les « aveux qui lui ont été extorqués ne valent strictement rien.

    Il a également révélé une anecdote révélatrice du bizarre fonctionnement de la justice marocaine. Alors qu’il était en possession d’une autorisation en bonne et due forme qui l’autorisait à visiter Belliraj, il n’a pas pu le faire.
    Et pour cause.

    Lors de sa visite à Meknès où est incarcéré Belliraj (prison de Toulal), le procureur du roi a demandé à voir l’autorisation, puis sans raison apparente l’a mise dans sa poche. Le magistrat a confisqué l’autorisation qu’il avait lui-même donnée à Lurquin.

    Ce qui fait dire à ce dernier sur un ton ironique : « C’est assez extraordinaire la relation entre un avocat et un procureur. On vous demande de présenter un document et puis on le met dans la poche. Ça ne va pas, évidemment ».

    Enfin, l’avocat de Belliraj annonce qu’après « cinq ans » d’enquête au Maroc menée par des juges et des enquêteurs belges, le Parquet fédéral de Belgique s’apprêtait à rendre une ordonnance de non lieu à l’encontre de son client.

    En clair, Belliraj devrait être dans les prochains jours innocenté de toutes les charges retenues contre lui en Belgique. Et quand on sait que ce sont les mêmes faits qui l’ont fait condamner à perpétuité au Maroc …

    Cet acquittement va porter un coup terrible au peu de crédibilité qui reste à la justice marocaine. Et par ricochet aux services secrets marocains qui ont fait de cette affaire le symbole dans leur lutte contre le terrorisme islamiste.

    Demain Online, 13 nov 2014

    Tags : Maroc, Belliraj, terrorisme, Belgique, RME, Rif, Hirak,