Étiquette : Bouteflika

  • Manifestations – Algérie: dans les yeux du monde

    par Bruxelles: M’hammedi Bouzina Med

      D’une seule marche populaire, l’Algérie a effacé les préjugés qui faisaient d’elle un pays rigide, irréformable, marqué par l’intolérance et la violence politique. Après l’étonnement, les Européens manifestent encore plus leur admiration à ce que beaucoup appellent déjà la « révolution tranquille » qui se joue en Algérie. C’est que des clichés et préjugés ont donné longtemps l’image d’un pays coincé entre le poids de traditions vieillottes, d’intolérance religieuse et de nationalisme chauvin qui se mêlent dans une sorte de syncrétisme indéchiffrable qui condamne à l’échec toute perspective pour le pays de s’arrimer à la modernité, la démocratie, la citoyenneté même. C’est que l’histoire récente du pays, notamment la terrible décennie noire ont identifié l’Algérie à un peuple rigide, dompté par les interdits et la violence politique est devenu, définitivement, un peuple incapable de se secouer, de se réveiller et d’embrasser le reste du monde «civilisé», de conquérir sa liberté. Les préjugés ont la peau dure.

    Du coup, voir ces milliers de femmes aux avant-postes des marches, dans les villes algériennes, cheveux au vent, scandant des slogans hostiles au système et son pouvoir politique, paraît aux yeux de nos amis européens comme des scènes de fiction, voire même de vision fantastique. Autant dire qu’ils s’attendaient à voir les islamistes encadrant les marches à la place de ces belles et jeunes rebelles. Etonnant, inattendu, prometteur.

    Les Algériennes et Algériens ont effacé d’une seule marche, le cliché qui leur colle à la peau et au visage de pays figé, irréformable, condamné à la stagnation et au sous-développement. Mais au-delà de se rassemblement général des Algériens, femmes et hommes, en jeans et en hidjab, dans la danse et dans le chant qui surprend d’abord les Algériens eux-mêmes et le monde ensuite, s’ajoute cette incroyable discipline, ordre et pacifisme malgré les peurs et menaces longtemps distillées par un pouvoir diabolique, méprisant le sens civique et la conscience citoyenne du peuple « d’en bas ».

    Faire le ménage après le passage des marcheurs dans les rues est une « invention algérienne ». Elle soulève l’admiration du reste du monde. Puis, encore cette vigilance à toute tentative de dérapage qui s’est soldée par la chasse aux casseurs et leur arrestation pour les remettre aux forces de police est, encore, une autre invention certifiée de ce peuple si longtemps considéré comme nerveux, indiscipliné, violent.

    Désormais les Algériens ont leur marque déposée: les manifs en musique et youyous, avec le sourire et la bienveillance, dans l’allégresse et l’espoir de lendemains qui chantent. Cette leçon de civisme et de haute conscience des enjeux politiques de l’heure s’inscrit dans la durée. Rien ne pourra arrêter ce vaste et magnifique mouvement vers une société plus juste, plus digne, plus libre.

    Seul le pouvoir et son système archaïque et oppresseur ne voient pas ce besoin de changement et de liberté du peuple. Convaincu de son « invincibilité », crotté dans son archaïsme d’un autre âge, déconnecté du réel et des bouleversements du reste du monde, le pouvoir algérien n’abandonnera pas, facilement, face au réveil du peuple. Il a gouverné depuis plus d’un demi-siècle par la triche, la ruse, la menace, la peur, le clientélisme, le vol et la prébende… il ne comprend plus les notions élémentaires de droit, de justice, de démocratie et de désir de liberté des gens. Il s’accrochera jusqu’à son dernier soupir, tentera de renverser la situation à son profit, rusera, mentira pour sauver sa peau et ses indus-privilèges et s’en fout des conséquences catastrophiques éventuelles de son entêtement et de son inconscience.

    Le pouvoir n’a pas la vaillance et la dignité d’un guerrier qui se bat pour une juste cause. Il est rusé et lâche et ne partira qu’après avoir tenté de se venger de ce peuple qui le divorce aujourd’hui. Heureusement pour le pays et le peuple, la logique de l’Histoire est de son côté. Nul pouvoir usurpateur et violent n’a duré plus que la vie d’une nation et d’un peuple.

    Le temps travaille pour une nouvelle Algérie engagée sur la voie de sa libération et son émancipation. Le pouvoir et son système sont déjà vaincus. Il faudra le temps qu’il faudra, mais ce pouvoir partira.

    De Paris à Bruxelles, de Montréal à San-Francisco, de Tunis à Londres… partout l’Algérie est observée, suivie, admirée enfin et désormais respectée pour son immense envie de rejoindre la marche du siècle du monde libre.

    L’Algérie ne décevra pas ses enfants d’abord, ensuite le reste du monde qui la regarde.

    Le Quotidien d’Oran, 11 mars 2019

    Tags : Algérie, Présidentielles 2019, Bouteflika, 5ème mandat,

  • Algérie: Le plus dur reste à faire

    Le succès de la mobilisation populaire contre le cinquième mandat est indéniable. Le mur de la peur est brisé depuis le 22 février et le mouvement s’inscrit maintenant dans la durée et parvient à préserver son caractère pacifique. Le soulèvement est impressionnant d’organisation et de détermination, certains parlent d’un deuxième 1er novembre ou de renaissance de la nation algérienne, mais la bataille n’est pas encore gagnée. Encore moins « la guerre ».

    Pour la rue et l’opposition qui, en plus du renoncement de Bouteflika à sa candidature, réclament le départ de tout le système, beaucoup reste à faire. Le premier défi c’est d’amener le président ou ceux qui agissent en son nom à retirer cette candidature surréaliste, condition sine qua non pour apaiser les esprits et réfléchir à la suite dans la sérénité.

    Pour le moment, et en dépit des démonstrations de force organisées trois vendredi de suite, le pouvoir ne montre aucun signe de fléchissement sur ce point. Dans quatre jours, le 13 mars, le Conseil constitutionnel devra dévoiler les candidatures retenues et rien n’indique que celle qui a fait sortir les Algériens dans la rue n’en fera pas partie. Néanmoins, cela ne signifie pas qu’il ne subsiste aucune chance de voir Bouteflika amené à céder par une forme ou une autre. Renoncement de son plein gré, sur pression de l’armée ou de son entourage, par l’invalidation de sa candidature ou simplement par l’application de l’article 102 de la Constitution qui prévoit l’état d’empêchement du chef de l’Etat, par quelque moyen qu’il adviendrait, le retrait du président constituera une grande victoire pour la mobilisation populaire mais sonnera aussi le début des choses sérieuses.

    L’enjeu sera ensuite de peser sur la transition qui s’ensuivra de fait. Laisser le système gérer la transition à sa guise c’est lui offrir toutes les chances de se régénérer et de se maintenir. Bouteflika est âgé, gravement malade et plus que jamais impopulaire. Ce n’est pas tant son maintien que le souci de lui survivre qui importe aujourd’hui à son proche entourage et à toutes les factions du régime.

    Pour le système, l’idée est simple : provoquer une période de transition, le temps de régler en douce la succession. En interne, bien entendu.

    L’automne dernier déjà, on a tenté de vendre l’idée d’une conférence nationale qui devait déboucher sur le report du scrutin en contrepartie de profondes réformes. L’opposition n’a pas mordu et c’est ce sursaut qui a contraint le pouvoir à cette option désastreuse pour lui de cinquième mandat.

    En réitérant, le jour même du dépôt de la candidature de Bouteflika, la même offre de conférence et de réformes pour après la présidentielle, le pouvoir n’a pas eu plus de succès. Il s’agira pour l’opposition de garder le cap et de s’imposer comme acteur clé de la transition. L’enjeu est crucial.

    Laisser le pouvoir actuel décider de son propre destin, c’est prendre le risque de passer à côté d’une opportunité historique. L’opposition, forte de la mobilisation populaire qui ne faiblit pas, peut bien s’ériger en chef d’orchestre dans l’étape à venir pour peu que ne remontent pas à la surface ses contradictions, ses clivages et les excès d’égo de ses chefs qui ont fait le bonheur du pouvoir des décennies durant.

    La classe politique n’a pas d’autre choix que de s’entendre sur un minimum syndical, soit une feuille de route aux contours clairs et la composante humaine qui aura à mener la transition. Donner un contenu politique aux manifestations est de sa responsabilité.

    Pour la rue aussi, le renoncement de Bouteflika, encore une fois s’il se concrétise, ne signifiera pas la fin de sa mission. Elle sera appelée à maintenir la mobilisation si le pouvoir se laisse tenter par l’idée d’imposer un successeur par un coup de force ou une manœuvre. Il lui appartiendra aussi de rester vigilante pour que les marches, jusque-là calmes, ne dérapent pas et de réfléchir éventuellement à d’autres formes de lutte pacifique, sans verser dans les excès, comme ces appels à la grève générale et à la désobéissance civile qui feront les affaires du pouvoir.

    Les choses sérieuses ne font peut-être que commencer pour tout le monde. Le pouvoir n’a pas dit son dernier mot et se serait une erreur de prendre son silence pour une capitulation.

    L’Est Républicain, 11 mars 2019

    Tags : Algérie, Présidentielles 2019, Bouteflika, transition,

  • Algérie : Les EAU se seraient ingérés dans les évènements algériens à la demande de la France

    Les Emirats arabes Unis semblent tenter vouloir s’immiscer dans les récents évènements algériens, émaillées par des manifestations qui refusent que le président Abdel Aziz Bouteflika brigue un 5ème mandat. Et ce à la demande de la France.

    Selon un célèbre compte Twitter baptisé « Without Shaddow », dont l’opérateur se présente comme étant un officier des services de sécurité émirati, le prince héritier d’Abu Dhabi a accordé son soutien au chef d’état-major algérien et vice-ministre de la Défense Ahmad Kayed Saleh qui a visité les EAU dernièrement.

    « Cheikh Mohamad ben Zayed voudrait en soutenant le chef d’état-major et vice-ministre de la Défense Ahmad Kayed Saleh l’utiliser comme une carte de chantage contre le roi du Maroc », a-t-il tweeté le samedi 9 mars.
    Il y indique aussi que ce même soutien devrait lui accorder une carte gagnante en faveur du maréchal libyen Khalifat Haftar en Libye et contre le président turc Recep Tayyip Erdogan.

    Toujours selon le même tweeter, c’est le président français qui aurait donné son feu vert à MBZ pour s’ingérer dans les affaires internes algériennes et de rentrer en contact avec le général Saleh. D’autant que des manifestants français d’origine algérienne ou détenant la double nationalité ont commencé eux aussi à manifester en France.

    manif_algerie_eauSelon une vidéo diffusé par le site en ligne d’informations alKhaleej Online, durant les manifestations du vendredi 8 mars, les manifestants algériens ont arboré des pancartes hostiles à MBZ, au côté de ceux contre la 5ème candidature de M. Bouteflika. On y voit inscrit : « A bas les EAU ».

    Les médias algériens ont évoqué amplement cette ingérence émiratie, relayant des militants et tweeters qui s’expriment au nom des EAU, lesquels ont semblé être particulièrement réjouis par les contestations qui ont éclaté dans ce pays.

    La contestation est même montée d’un cran lorsque l’agence de presse officielle émiratie a diffusé les photographies de l’accueil réservé par cheikh Mohammad ben Zayed, le vice-président des EAU et gouverneur de Dubaï au général algérien et à la délégation qui l’a accompagné.

    Un colonel algérien à la retraite, Hussein Ben Hadid a même accusé ce dernier de prendre ses ordres des EAU, et de contribuer à exacerber la crise en semant la peur parmi les manifestants.

    L’Arabie saoudite aussi se trouve dans le collimateur des manifestants algériens. Le vendredi, ils ont scandé des slogans anti-saoudiens, poussant la chaine de télévision saoudienne al-Arabiyyat à suspendre son direct.

    Al Manar, 10 mars 2019

    Tags : Algérie, Arabie Saoudite, Emirats Arabes Unis, EAU, Bouteflika, Présidentielles 2019, 5ème mandat,

  • L’Arabie Saoudite s’invite aux manifestations en Algérie

    Slogans contre l’Arabie saoudite : Al-Arabiya interrompt son direct à partir d’Alger durant les manifestations

    Alors que le correspondant à Alger, de la chaine satellitaires saoudienne AlArabiya, couvrait en direct la manifestation algéroise du vendredi 8 mars, les marcheurs, à sa vue, ont commencé à scander des slogans contre le régime saoudien et la chaine Al_Arabiya, accusés de comploter contre l’Algérie.

    Les slogans antisaoudiens, entendus en direct par les téléspectateurs de la chaîne, ont poussé le présentateur du journal dans le studio d’Al-Arabiya à rompre la connexion avec son correspondant à Alger.

    Il est à noter que les autorités saoudiennes n’ont fait aucun commentaire sur les manifestations en Algérie contre le cinquième mandat du président algérien Abdelaziz Bouteflika.

    Algerie1

    Tags: Algérie, Arabie Saoudite, Bouteflika, 5ème mandat, présidentielles 2019,

  • Algérie: Vigilance face aux grenouilleurs nostalgiques

    par Kharroubi Habib

    La gigantesque mobilisation populaire contre le cinquième mandat n’a pas pour seul objectif la fin du règne de Bouteflika. Les millions de citoyens qui descendent dans les rues depuis trois vendredis réclament tout autant la fin du système politique qui les a réduits à l’état de « ghachi » et a piétiné leur dignité et fierté en faisant d’eux « des étrangers dans leur étrange pays ».

    En faisant irruption et de quelle manière magnifique et irrépressible sur la scène politique du pays, les Algériens obligent la camarilla qui gouverne à constater que l’agenda qui a été le sien comprenant la réélection de Bouteflika pour un cinquième mandat lui donnant le temps de s’entendre sur son successeur, n’est plus réalisable. Ce qui n’induit nullement que cette camarilla entend se soumettre à la volonté populaire et quitter le pouvoir comme réclamé par la « vox populi » qui se fait entendre dans les marches et rassemblements.

    De sa part, il faut s’attendre à tout y compris à vouloir garder par la force ce pouvoir. Raison pour laquelle les Algériens doivent accentuer la pression pour la contraindre au départ mais en restant pacifiques dans la revendication et unis dans son expression.

    Leur pacifisme et leur unité n’ont pas pour ennemi que le pouvoir qui cherchera à les en détourner en tentant d’inoculer la zizanie dans leurs rangs par de clivantes propositions de sortie de crise et certainement en jouant parallèlement sur les « égos » et les ambitions d’activistes qui seront sensibles à ce qu’il leur fera miroiter comme perspectives personnelles pour eux.

    D’autres forces sont en embuscade en ce moment décisif dans lequel se trouve le pays, qui ont rejoint le mouvement populaire non pas pour l’aider à atteindre son objectif qui est la réappropriation par les Algériens de leur citoyenneté et leur droit à choisir le régime et les hommes à qui confier leur destin et celui du pays, mais pour le détourner afin qu’ils assouvissent leur désir revanchard. Il en est une qui amalgame les nostalgiques de la «dawla islamia» qu’ils ont voulu imposer au peuple algérien par le fer et le sang et l’autre ceux de l’Etat DRS qui accordait à ses tenants droit de vie et de mort sur les citoyens et de prédation dans l’impunité totale.

    Ni le pouvoir ni ces nostalgiques d’un rêve perdu ne veulent que se réalise le grand espoir qui réunit l’écrasante majorité des Algériens. Ils sont capables de s’entendre pour que cela ne se produise pas en négociant un deal sur le dos du peuple sur la base de la prise en compte des intérêts des uns et des autres.

    D’où l’impératif absolu pour le mouvement populaire de rebattre irrévocablement les cartes en signifiant que son exigence à dégager englobe aussi bien le régime et ses gens que les nostalgiques d’un projet et d’une ère qu’il met dans le même sac que les premiers pour avoir fait l’expérience de leur absolue négation du droit à la citoyenneté des Algériens. Plus que jamais, il y a nécessité de faire montre de maturité politique et de vigilance à l’endroit des tentatives de récupération et de détournement de la mobilisation populaire.

    Le Quotidien d’Oran, 10 mars 2019

    Tags: Algérie, Présidentielles 2019, Bouteflika,

  • Algérie : Faux barrage

     » C’est ainsi que l’on a vu le tristement célèbre Kamel Guemmazi, ancien dirigeant de l’Ex-FIS, prendre une part active à la réunion de l’opposition de ce jeudi. Non contents de convier à leurs joutes verbales ce triste sire, les présents ont poussé le bouchon aussi loin que possible en priant publiquement, se donnant volontairement en spectacle, en prenant pour  » imam  » le sieur Guemmazi ».

    Par Mohamed Abdoun

    I l me souvient avoir déjà évoqué, dans ce même espace, la très grave problématique des islamistes, plus que jamais en embuscade, et prêts à profiter des manifestations actuelles pour rafler la mise, en s’emparer du pouvoir à moindre frais. J’en voulais pour preuves irréfutables plusieurs éléments d’analyses. Le premier, et le plus important sans doute, est lié au fait que l’intégrisme, chez nous, a grandi et a pris ses aises ces derniers temps.

    Une  » bigoterie  » sans limites a en effet fini par gangrener la société algérienne, au point où les débits de boissons et les restaurants servent de l’alcool ferment à qui mieux-mieux, harcelés qu’ils sont par des fonctionnaires et des élus zélés, alors que les citoyens qui ne jeûnent pas durant le ramadan, sont carrément jetés en prison. Or, outre le fait que dans une République qui se respecte les libertés des uns doivent être respectées et protégées tant qu’elles n’empiètent pas sur celles des autres, il est plus qu’axiomatique que l’intégrisme représente la parfait terreau du terrorisme, sans jeu de mot aucun.

    Les Islamistes, en outre, sont réputés pour être très bien organisés, mais aussi et surtout, d’un grand opportunisme politique. On a pu le voir lors de tous les printemps arabes précédents, à commencer par le nôtre, celui de 1988.

    Les Islamistes laissent le peuple se sacrifier, aller aux affrontements, suer sang et eau, avant de recueillir les fruits de ces engagements et de ces combats. La grande organisation de ces derniers est grandement favorisée par l’existence de mosquées à chaque coin de rue du pays, qui sont autant de lieux de rencontres et de concertation.

    A cela s’ajoute l’argent, nerf de la guerre, dont sont pourvus les islamistes à profusion. Les fonds étrangers qu’ils reçoivent sans discontinuer, sont adjoints à leurs propres ressources, générées le plus souvent par le trabendisme, car pour eux toute forme de  » tidjara  » est forcément  » halal « .

    Ainsi, et pour ne pas faire trop long, on a bien vu que les Islamistes étaient quasi-absents des manifs du vendredi, même si les points de départ sont supposés se faire aux niveaux des mosquées, à la fin de la prière hebdomadaire. Malins comme ils sont, ils préfèrent sans doute demeurer en retrait en attendant leur heure. Or, celle-ci semble approcher inexorablement.

    La persistance des manifestations, mais aussi et surtout leur caractère pacifique, civique et mixte, semble avoir poussé le loup à sortir du bois. C’est ainsi que l’on a vu le tristement célèbre Kamel Guemmazi, ancien dirigeant de l’Ex-FIS, prendre une part active à la réunion de l’opposition de ce jeudi.

    Non contents de convier à leurs joutes verbales ce triste sire, les présents ont poussé le bouchon aussi loin que possible en priant publiquement, se donnant volontairement en spectacle, en prenant pour  » imam  » le sieur Guemmazi. Ici, l’opposition, privée de leaders charismatiques il faut le dire aussi, donne l’air d’avoir accepté de jouer le rôle de cheval de Troie en faveur des islamistes intégristes. Ces derniers n’ont jamais renoncé (totalement) à accaparer le pouvoir en Algérie. Ils voient ici une occasion en or qui leur est offerte sur un plateau d’argent. La prudence et la vigilance doivent dès lors être de mise, aujourd’hui plus que jamais.

    La Tribune des Lecteurs, 8 mars 2019

    Tags: Algérie, Présidentielles 2019, Bouteflika,

  • Algérie: L’incroyable a été fait, reste le croyable

    L’homme qui se révoltait en 1999 à l’idée de n’être qu’un trois-quarts de président a supplié le peuple algérien de le laisser encore président pour un an, une petite année, un quart de mandat… S’il vous plaît !

    Mais dans son dos, il tenait le sabre d’al-Hadjadj et attendait le moindre prétexte pour s’en servir sans pitié.

    Le peuple algérien a vite compris que le rusé Djouha qui essayait de le berner une fois de plus, n’était autre que Djouha le fourbe qui l’avait enfumé pendant vingt ans.

    Une fois dans la place, il ne l’aurait quittée qu’entre quatre planches.

    Prévenant, il est sorti par millions sur l’ensemble du territoire national pour lui notifier d’une seule voix sa réponse unanime et non négociable : « Allah inoub ! », formule du dialecte algérien par laquelle on exprime un refus poli, reprise par un manifestant d’Alger.

    Les forces de l’ordre ont été une fois encore à la hauteur de leur peuple, ce qui nous change de la « gestion démocratique des foules » du général Hamel quand médecins, enseignants, militants politiques, syndicalistes et tout ce qui bougeait rentraient chez eux après une manif pacifique cabossés ou ensanglantés.

    C’était de la gestion barbare et sanglante. Si aucun trouble n’a éclaté là où on a manifesté par millions, Rachid Nekkaz a, à lui seul, mis en émoi l’hôpital de Genève où gît Bouteflika.

    De mémoire suisse on n’a vu malade aussi encombrant que Bouteflika qu’on risque de devoir renvoyer chez lui pour les ennuis causés au personnel, aux autres malades, aux visiteurs, à la réputation des lieux et à la ville de Genève.

    N’ayant jamais cru en la médecine algérienne, il pourrait alors connaître le sort du shah d’Iran qui n’a pas trouvé un pays pour l’accueillir et se soigner après sa chute, avant que Sadate ne l’accueille dans un geste d’hospitalité.

    Lui qui rêvait de finir sa vie dans l’Histoire, est en train de l’achever dans les histoires comme je le lui avais prédit dans une lettre ouverte que je lui ai adressée le jour de son investiture en avril 1999, et dans un article de 2014 quand il a postulé au 4e mandat.

    Mais j’étais loin d’imaginer qu’il pourrait être un jour placé sous tutelle par la justice d’un pays étranger comme l’envisage une procédure judiciaire ouverte à Genève pour établir s’il répond ou non à la définition juridique de l’« incapable ».

    Qu’attend le général Gaïd Salah pour courir à Genève, comme il le faisait au Val-de-Grâce, lui porter ce « Niet ! » avant que le président en exercice de l’Algérie ne soit placé sous la responsabilité d’experts médicaux et ne devienne inapprochable sans leur aval ?

    Que va-t-il arriver après la marche du 8 mars ? On connaît l’ultimatum lancé par le peuple : Bouteflika n’en a plus que jusqu’au 18 avril ! Mais le pouvoir semble tenir à l’élection, ce qui montre que contrairement à ce qu’on pouvait penser c’est le plus facile qui a été fait, pas le plus dur.

    Le peuple algérien flottait dans les airs avec le sentiment d’être adulé des cieux pour avoir accompli l’incroyable. Il y a de quoi, en effet, et il le mérite amplement et de l’aveu du monde entier.

    Ce qu’il a fait relève proprement de l’incroyable car inattendu et allant à contre-sens de ce qu’on pensait de lui et de ce qu’il pensait de lui-même. Comme dans un film, il s’est réveillé au dernier moment, juste avant la chute fatale dans l’abîme qu’aurait été le 5e mandat.

    Cet « incroyable », c’est le nombre fabuleux de personnes qui sont sorties manifester, la synchronicité de leurs mouvements, l’unicité des mots d’ordre d’un point à l’autre du territoire national, l’adhésion générale aux idéaux démocratiques…

    La force, la pérennité et la sécurité de cette révolution citoyenne résident dans sa capacité à mobiliser le peuple chaque fois que nécessaire, jusqu’à la réalisation de ses objectifs : fin de l’ère Bouteflika et du « système » tapi dans les institutions, principalement.

    Mais il faut se préparer à descendre du ciel, à mettre pied sur terre pour faire face à l’ordinaire, au plus urgent, pour construire de ses mains et avec ses propres idées le « croyable ».

    Le « croyable », ce sont l’avenir, l’unité nationale, le socle idéologique consensuel, les institutions démocratiques, une économie indépendante des hydrocarbures…

    Il y a tellement de choses à faire qu’on en a le vertige, mais on est obligés de les faire car le temps presse : ne serait-ce que parce que nous vivons avec de la fausse monnaie (la création monétaire qui a atteint l’équivalent de 60 milliards de dollars en un an).

    Il faut se préparer à quitter l’ambiance de fête pour s’engager dans une période de turbulences au bout de laquelle le pays entrera dans une nouvelle ère : celle de la Nouvelle Algérie, rajeunie et plurielle, libre et fraternelle, démocratique et sociale, comme la voulaient la Proclamation du 1er Novembre 1954 et la Plateforme de la Soummam.

    Sans « açabiyate », sans exploitation par les uns ou les autres de l’islam, des valeurs de novembre, de l’amazighité ou des valeurs du 22 Février ou du 8 Mars (ça dépend de la date qui sera retenue pour marquer la nouvelle ère).

    A moins d’être devenu complètement fou, le pouvoir abandonnera le 5e mandat, mais il ne renoncera pas de lui-même, facilement, aux leviers de commande (les institutions) et à sa tutelle sur l’économie (les richesses).

    La première chose à laquelle il va s’atteler sera de casser la cohésion du peuple en activant les moyens, techniques et astuces pour le diviser, le séparer, le ramener aux anciennes « açabiyate » ou susciter en son sein de nouveaux clivages.

    La mise en congé des universités et des cités universitaires où loge un grand nombre d’étudiants est la première ficelle usée trouvée pour éparpiller la force qu’ils représentent. Elle échouera.

    Le « système » disparaîtra au fur et à mesure que le peuple qui a initié la Révolution citoyenne dégagera ses représentants (sorte de « Coordination nationale de la révolution citoyenne ») et que ceux-là s’organisent en force politique pour veiller au succès du processus de démocratisation du début à la fin.

    En attendant, il faut réfléchir à toutes les diableries dont il est capable pour se maintenir, les anticiper et leur apporter la riposte qui convient.

    S’il y a ce que peut faire le pouvoir, il y a aussi ce que peut faire le peuple.

    Pour ma part, je continuerai à proposer des idées comme je le fais depuis un demi-siècle. J’oserai même dire les mêmes idées.

    Auteur
    Nour-Eddine Boukrouh

    Le Matin d’Algérie, 10 mars 2019

    Tags: Algérie, Présidentielles 2019, Bouteflika,

  • L’Algérie a droit à des élections libres et démocratiques

    L’annonce de la candidature du président algérien, Abdelaziz Bouteflika, à un cinquième mandat a déclenché, en Algérie, une vague de contestations sans précédent depuis plus de 20 ans. Des centaines de milliers d’Algériennes et d’Algériens sont sortis dans plusieurs villes du pays pour affirmer leur refus de cette candidature et, plus généralement, leur rejet d’un régime de plus en plus contesté. La connivence entre les pouvoirs affairistes et répressifs a cristallisé le désespoir d’une jeunesse et un ras-le-bol généralisé de la société algérienne dans son ensemble.

    Europe Écologie – Les Verts salue le pacifisme qui a caractérisé les manifestations qui ont réuni des tendances plurielles de la société algérienne et réaffirme son attachement au respect du choix du peuple algérien que seules des élections parfaitement démocratiques et indépendantes peuvent garantir.

    La jeunesse algérienne aspire manifestement aujourd’hui à la refonte de son système politique et à un nouveau modèle sociétal. La diversité des manifestant·e·s, l’ampleur des manifestations et son étendue géographique témoignent de cet attachement profond.

    Les Algérien·ne·s semblent décidé·e·s à écrire une nouvelle page de leur histoire. Leur envie de plus de démocratie doit être soutenue.

    Le vendredi 8 mars 2019 – journée internationale des droits des femmes – est prévue une journée de mobilisation nationale en Algérie et durant laquelle les Algériennes ont décidé d’être à la tête de la contestation. Europe Écologie – Les Verts apporte son soutien à toutes les revendications algériennes démocratiques et pacifiques.

    Europe Écologie – Les Verts exprime son soutien au peuple algérien et son droit à manifester pacifiquement, et apporte également son soutien aux revendications des Algérien·ne·s pour des élections libres et démocratiques.

    Julien Bayou et Sandra Regol, porte-parole nationaux

    Source

    Tags: Algérie, Présidentielles 2019, Bouteflika,

  • Algérie: Notre seule boussole

    Ce 8 mars 2019, dans cette Algérie 2019, est une date particulière. Une date qui ne sonne pas comme toutes les autres. Dans cette Algérie qui vit au rythme de craintes bien présentes et de rêves bien légitimes, il reste toujours ce rayon de bonheur et de joie que portent les Algériennes qui ont eu,de tous temps, à porter haut notre pays.

    En ces jours de marches et de quêtes de changement, le rôle de la femme est salué par toutes les parties et par toutes les chapelles politiques. Quoi que l’on dise et quoi que l’on pourrait penser des droits encore à conquérir par la femme algérienne, il n’en demeure pas exagéré de mettre en avant le respect que l’on voue à toutes nos sœurs et nos mères qui nous ont appris à aimer à s’aimer et à vivre en peuple uni et au destin commun.

    De ces femmes qui ont marché, qu’elles soient voilées ou les cheveux au vent, qu’elles soient sur le terrain du travail ou femmes au foyer, il en ressort un grand espoir qui anime toute une nation. Un espoir qu’incarne au plus haut la femme d’aujourd’hui dont coule dans les veines le même sang que celui des leurs aînées qui ont contribué à changer le destin de notre pays.

    Devant tant de courage, d’abnégation, de don de soi, nous ne pouvons que nous incliner, quelles que soient nos convictions et nos positions, face à cette femme algérienne qui nous a inculqués dès notre tendre enfance à aimer cette Algérie qui nous tolère tous et qui nous serre contre sa poitrine exactement comme l’ont fait nos mères.

    Et si nous nous sommes partagés le respect et l’amour pour nos mères, nous devons saisir que c’est le sentiment commun que nous devons à notre patrie. Une patrie que nous devons préserver de tous les malheurs, pour que le sourire ne puisse jamais quitter le visage de toutes ces femmes qui ont tant pleuré nos malheurs et le malheur de l’Algérie par le passé.

    En ces moments délicats que nous connaissons avec tous leurs espoirs et toutes leurs inquiétudes, c’est bien la femme algérienne qui restera notre boussole et la raison de toutes nos espérances en une Algérie qui saura faire la part des choses et qui œuvrera au bonheur de tout un peuple qui a prouvé jusqu’à ce jour sa grande maturité et su placer l’intérêt de la nation au dessus de toutes les autres considérations.

    Pour cela et pour tant d’autres choses encore, nous rendons le plus grand hommage à la meilleure des femmes sur cette terre : la femme algérienne et lui souhaitons la plus heureuse des fêtes en ce 8 mars bien particulier.

    Par Abdelmadjid Blidi

    Ouest Tribune, 8 mars 2019

    Tags : Algérie, Présidentielles 2019, Bouteflika,

  • Algérie: Un 3e vendredi de marche plus impressionnant

    DES MILLIONS DE CITOYENS ONT MARCHÉ À TRAVERS LE PAYS EN CE JOUR DU 8 MARS MARQUÉ PAR LES ALGÉRIENNES : Un 3e vendredi de marche plus impressionnant

    Pour un troisième vendredi de suite de révolte pacifique, les Algériens étaient des millions à avoir marché dans toutes les villes du pays. C’est dire tout le poids de la voix du peuple qui, lorsqu’il se soulève, il n’a d’yeux que pour son pays, une Algérie qui aspire au changement.

    À Alger, en particulier, environ deux millions de personnes ont battu le pavé le long des boulevards du centre de la capitale, alors que les femmes ont laissé leur empreinte et une forte présence en ce jour du 8 mars. La mobilisation était tellement grande que certains, parmi la génération de 1962, se rappellent des défilés des Algériens à l’occasion de la fête de l’Indépendance. Retour sur une troisième marche historique, hier, à Alger.

    La date du 8 mars 2019 qui coïncide avec la Journée mondiale de la Femme, restera gravée à jamais dans la mémoire de toutes les Algériennes et de tous les Algériens. Hier, dans l’après-midi, soit après la prière du vendredi, des centaines de milliers d’Algériens sont sortis en force dans toutes les rues de la capitale pour protester pacifiquement contre le 5e mandat de Bouteflika et pour le changement dans le pays.

    Les manifestants ont commencé à converger vers la Grande-Poste d’Alger, depuis des processions humaines qui émanaient de tous les quartiers algérois, vers les coups de 14h. Munis de drapeaux algériens, ils sont venus tous dire «Non au 5e mandat de Bouteflika! », «Non au régime en place ! » et «Oui pour une Algérie démocratique et souveraine ! ». Une ambiance festive et démocratique a régné tout au long qu’a duré la manifestation avec une présence massive de femmes et d’enfants. À telle enseigne que même les forces de l’ordre ont géré la foule de manière professionnelle.

    Pendant plus de trois heures, les participants ont scandé des slogans hostiles au pouvoir et au régime. De nombreux jeunes hommes et femmes ont pris part à cette marche historique et pacifique, en montrant au monde entier que l’Algérien est un citoyen civilisé qui sait clamer ses revendications, aussi profondes soient-elles, dans le calme et la sérénité. Les marcheurs ont entonné des chansons connues dans les stades du pays, allant même jusqu’à allumer des fumigènes à l’intérieur du tunnel des facultés afin de faire mouche pour des slogans typiquement algériens.

    «La marche d’aujourd’hui restera longtemps gravée dans la mémoire du peuple algérien, elle est celle qui a mobilisé le plus de citoyens. Des milliers de manifestants ont battu le pavé, pour dire non à un 5e mandat qui va offenser encore la dignité des Algériens», nous a dit une dame âgée de 60 ans environ, repérée parmi la foule.

    La femme algérienne répond à l’appel de la Patrie

    Interrogée sur la fête du 8 mars, notre interlocutrice indiquera que «la femme algérienne a toujours été un acteur important dans la société. Si les femmes sont sorties aujourd’hui ce n’est que pour répondre à l’appel du pays», a-t-elle souligné. Tout en ajoutant que «l’important est que le peuple algérien a brisé le mur de la peur, avec beaucoup de courage et de conviction, pour dire non à un 5e mandat de trop. Je revois dans la marche d’aujourd’hui l’indépendance de l’Algérie, pour moi c’est pareil. Ce vendredi 8 mars 2019 sera inscrit en lettres d’or dans les annales des luttes citoyennes en Algérie.» Islam, employé, la quarantaine bien entamée, a bien voulu adresser un message au Président Bouteflika, il lui a lancé : «Monsieur Bouteflika, vous êtes rentré par la grande porte au pays, le peuple vous a accepté, s’il vous plaît, laissez la place aux jeunes comme vous l’avez promis. » Un autre manifestant crie : «Le peuple veut la chute du régime. L’Algérie est une République», a-t-il revendiqué.

    En tout état de cause, la forte mobilisation des citoyens d’hier laisse augurer, de surcroit pour une manifestation pacifique à tous les égards, une poursuite des marches de vendredi, comme l’a laissé la voix de la jeunesse qui promettait de maintenir ses mots d’ordre.

    L’empreinte remarquable des moudjahidate

    Le troisième acte du mouvement pacifique contre le 5e mandat et pour le changement, organisé hier, avec une participation massive de la gente féminine, a été marqué par la présence d’un grand nombre de moudjahidate qui ont voulu apporter, elles aussi, comme elles l’avaient toujours fait, leurs voix à celle du peuple algérien. Un peuple qui ne cesse d’appeler, depuis le 22 février, le président sortant à renoncer à sa candidature, mais aussi à un changement pacifique pour une Algérie meilleure, libre et démocratique. Parmi les figures emblématiques de la Révolution sorties ce vendredi 8 mars, l’on cite Louisette Ighilahriz, Djamila Bouhired, Zohra Drif, et tant d’autres sœurs de combat. À noter qu’à l’occasion du 8 mars, les Algériennes ont tenu à marquer leur présence partout dans le pays lors de ce troisième vendredi de manifestations pacifiques.

    Ania Nch

    Le Courrier d’Algérie, 9 mars 2019

    Tags: Algérie, Présidentielles 2019, Bouteflika,