Étiquette : Bouteflika

  • Algérie : Gaïd Salah compte faire de nouvelles révélations

    Hocine Adryen

    Tout le monde a compris de qui il s’agissait lorsque le général de corps d’armée Ahmed Gaïd Salah a évoqué, ce lundi à Ouargla, les têtes de la discorde à l’origine du complot échafaudé, selon lui, contre l’Etat et l’Armée. Il s’agit des deux généraux Athmane Tartag et Mohamed Mediène ainsi que de l’ex-conseiller à la présidence Saïd Bouteflika, emprisonnés actuellement à Blida.

    Selon Gaïd Salh, le complot contre l’Armée et l’Algérie fomenté par « les têtes de la discorde », serait encore plus vaste. « Nul doute que les têtes de la discorde, qui ont été démasqués, ainsi que leurs actes criminels et pernicieux néfastes pour l’Algérie sont aujourd’hui en train de subir la sanction juste et équitable qu’elles méritent par la force de la loi », a-t-il dit.

    Le vice-ministre de la Défense nationale a ajouté que l’enquête dévoilera de nouvelles personnes impliquées dans le complot contre l’Armée et l’Algérie. Celle-ci auront le même sort que Said Bouteflika et que les généraux Toufik et Tartag. « Ce sera également le sort de tous ceux qui sont impliqués dans le complot contre l’Armée nationale populaire et l’Algérie, en commettant des actes criminels. Ceux-là mêmes que les enquêtes persévérantes et approfondies en cours ne manqueront pas de dévoiler dans l’avenir et seront eux aussi sanctionnés de manière juste et équitable par la force de la loi », a-t-il déclaré. Evoquant de la corruption, l’autre cheval de bataille de l’institution militaire, qui a atteint des sommets inégalés, Gaïd Salah a parlé « de nombreux dossiers lourds et dangereux, ce qui a fait peur à la bande. Cette dernière s’est précipitée pour entraver les efforts de l’ANP et de la justice », a-t-il ajouté.

    Dans un nouveau discours, prononcé avant-hier soir mais diffusé hier, Gaïd Salah a évoqué la corruption, révélant, cette fois-ci, que ce phénomène « a des prolongements politiques, financiers, médiatiques et de multiples lobbies qui se diffusent dans les institutions de l’Etat ». Selon le vice-ministre de la Défense nationale, l’approche employée dans la lutte contre la corruption « est axée sur une fondation solide et des informations sûres et confirmées, ce qui a énervé le clan et suscité la peur chez eux ».

    Le ministre de la Justice, Slimane Brahmi, a, de son côté, exhorté les parquets généraux à « superviser minutieusement les enquêtes préliminaires à travers un approfondissement des investigations pour démasquer les personnes impliquées dans des affaires de corruption, définir leurs avoirs illicites et situer les lieux où ils se trouvent ». Le ministre a tenu a préciser, lors d’une cérémonie d’installation du procureur général près la cour d’Alger, que la lutte contre les crimes de corruption « implique de la part des parquets généraux de diriger et de superviser, de manière permanente et minutieuse, les enquêtes préliminaires de la police judiciaire, à travers l’approfondissement des investigations pour démasquer les auteurs de ces crimes, définir leur avoirs criminels et situer les lieux où ils se trouvent pour leur recensement ».

    Selon le ministre de la Justice, cette mesure « précède la saisie ou le gel des avoirs illicites récupérés en prévision de leur communication aux juridictions compétentes pour trancher conformément à la loi », a ajouté Brahmi, pour qui les avoirs de la corruption constituent « la pierre angulaire » de la lutte contre les crimes de corruption en portant un coup de grâce aux coupables, c’est-à-dire à leur patrimoine ».

    Le garde des Sceaux a souligné que la prévention contre ce fléau « exige l’exploitation de tous les mécanismes juridiques disponibles et le recours, le cas échéant, à la coopération internationale dans le cadre des accords bilatéraux ou internationaux ratifiés par l’Algérie afin d’arrêter les coupables et de les présenter à la justice pénale, habilitée à les juger conformément aux lois de la République ». Il a assuré que la justice, avec les compétences et moyens juridiques dont elle dispose, « est en mesure de traiter ce genre d’affaires qui nuisent à l’économie nationale ».

    Le Jeune Indépendant

    Tags : Algérie, Tartag, Bouteflika, Toufik, complot, Gaïd Salah,

  • Algérie : Panique à bord

    « Moi qui craignait que cette mouvance, réputée particulièrement opportuniste, ne récupère le fantastique sursaut de notre magnifique peuple, voilà qui me rassure, en partie, par rapport à ces appréhensions. Djaballah et Mokri, de même que leurs plus fidèles lieutenants, vont ainsi de révélation en révélation, et de crasse en crasse, révélant au grand jour de quels genres de basses oeuvres ils sont capables pour accéder au pouvoir ».

    Par Mohamed Abdoun

    Sentant, sans doute, l’étau se resserrer sur eux dans le cadre de l’affaire dite « Toufik- Tartag et Saïd Bouteflika », les islamistes sont en train de s’entre-déchirer, et de laver leurs linge sale, particulièrement sale il faut le dire, en public. Cela n’est pas pour me déplaire, je dois le confesser.

    Moi qui craignait que cette mouvance, réputée particulièrement opportuniste, ne récupère le fantastique sursaut de notre magnifique peuple, voilà qui me rassure, en partie, par rapport à ces appréhensions. Djaballah et Mokri, de même que leurs plus fidèles lieutenants, vont ainsi de révélation en révélation, et de crasse en crasse, révélant au grand jour de quels genres de basses oeuvres ils sont capables pour accéder au pouvoir.

    En écoutant parler Abderrezak Mokri, président du MSP, ce lundi, lors de son passage par le forum d’El Moudjahid, on a peine à croire que l’on vit au XXI siècle, que nous sommes en démocratie, et que l’ensemble des libertés collectives et individuelles sont scrupuleusement garanties et protégées par la constitution.

    Mokri, en effet, a montré une mine pathétique en tentant de justifier les rencontre qu’il aurait eu avec le frère-conseiller du président, en dépit du fait que cela ait eu lieu au siège-même de la Présidence, que Bouteflika était encore en poste, et que ce genre d’activités n’avaient absolument rien d’illégal.

    Plus grave encore, avec sa risible manière de changer de fusil d’épaule, Mokri, qui n’avait jamais évoqué ces rencontres avant que les réseaux sociaux ne le dénoncent et ne les rendent publiques, a prêté allégeance au chef d’état-major, bien avant l’institution militaire elle-même, en soulignant qu’il aurait insisté sur le fait que sa proposition, ou bien celle de Saïd Bouteflika, soumise aux représentants de la classe politique, devait être également présentée à Gaïd Salah, et que celui-ci donne son accord.

    Poussant encore plus loin sa flagornerie, il est allé jusqu’à prétendre avoir insisté pour rencontrer personnellement Gaïd Salah et entendre de sa propre bouche qu’il était d’accord avec cette démarche.

    Mokri, qui donne l’air d’être terrifié à l’idée d’être convoqué à son tour, et même d’être mis au arrêt au même titre que Louisa Hanoune, ne sait franchement plus où donner de la tête, ni quels arguments développer.

    A l’entendre parler, en effet, il ne se contente pas d’inverser les valeurs, en plaçant l’institution militaire au-dessus de l’institution présidentielle.

    En effet, il accorde à la première nommée le droit de faire de la politique, et même d’avoir le dernier mort, alors que cela contredit l’esprit et la lettre de la constitution algérienne.

    Mokri, sans doute aveuglé par sa peur-panique, ne se rend sans doute pas compte des graves contradictions dans lesquelles il s’est empêtré en tentant de s’en sortir à bon compte.

    Sachant, ses propres aveux, qu’il a été au centre de cette affaire, ou de ce complot, il serait normal que la justice militaire le convoque à son tour, et même qu’elle le mette aux arrêts puisqu’il donne l’air d’avoir joué un rôle autrement plus important que celui de Louisa Hanoune. Il serait également bon que l’on nous éclaire une bonne fois pour toute sur la nature ainsi que les tenants et aboutissants de ce complot, afin que chacun puisse enfin se faire une opinion tranchée en son âme et conscience.

    La Tribune des Lecteurs, 17 mai 2019

    Tags : Algérie, transition, islamistes, Tartag, Bouteflika, Toufik, Mokri,

  • Algérie : La cour et le clan

    par Mohamed Salah

    Faut-il s’étonner de la dernière déclaration du président de la Cour des comptes au micro de la chaîne 3 ? Abdelkader Boumaâraf a confirmé que l’institution qu’il préside n’a jamais publié ses rapports annuels depuis 1999, année de l’intronisation de Bouteflika.

    Petit rappel de l’histoire : l’enquête de la Cour des comptes, saisie par Chadli Bendjedid, aboutit à un premier arrêt qui sera prononcé le 8 août 1982 et qui «met en débet Abdelaziz Bouteflika pour une somme dont la contre-valeur en dinars représente 58.868.679, 85 DA et qui reste à justifier».

    La Cour explique que ce montant «est l’aboutissement des longues investigations tant à la Trésorerie principale d’Alger qu’au ministère des Affaires étrangères».

    Suite à cette décision, Bouteflika se voit d’abord suspendu du Comité central du FLN avant son exclusion par le congrès de l’ex- parti unique. Connaissant le passif de l’ex- président de la République on soupçonne l’une des raisons pour lesquelles Bouteflika a mis sous le coude l’institution, l’empêchant d’accomplir ses missions.

    Or, la mission essentielle de la Cour des comptes est de «favoriser l’utilisation régulière et efficiente des ressources, moyens matériels et fonds publics, de promouvoir l’obligation de rendre compte et la transparence dans la gestion des finances publiques et de contribuer au renforcement de la prévention et de la lutte contre les diverses formes de fraudes et de pratiques illégales». Théoriquement. «Car en théorie tout se passe bien», comme l’a dit un auteur inconnu, puisqu’en réalité, la Cour des comptes a ressemblé à toutes les institutions publiques du temps du régime Bouteflika. Des coquilles vides résonnant aux seuls échos des injonctions formulées en haut lieu.

    On comprend un peu mieux le sentiment d’impunité qui a longtemps régi la gestion de l’argent public et les largesses permises à ses gestionnaires en dilapidant des milliards et des milliards de dinars entre malversations et incompétences qui ont coûté très cher au Trésor public.

    Le clan et ses cercles sont parvenus à discréditer toutes les structures organisationnelles de l’Etat, plaçant leurs hommes aux postes clé décisionnels. La justice tout comme ses appendices ont été instrumentalisés au seul service du pouvoir alors en place.

    Aujourd’hui encore, après la chute du système, on est en train de vivre les mêmes réflexes avec la nomination de profils, pour le moins surprenants, à la tête des institutions de l’Etat.

    Tags : Algérie, transition, clan, Bouteflika, cour des comptes, corruption, trésor public,

  • Wikileaks : quand Bouteflika se confie sur le Maroc et le Sahara Occidental

    « Un enfant ». « Il n’est pas ouvert ». « Il manque d’expérience ». Bouteflika n’est nullement tendre avec le monarque Mohamed VI qu’il accuse d’être une marionnette entre les mains des Français lesquels n’hésitent pas à instrumentaliser le Maroc contre l’Algérie pour déstabiliser un pays dont elle « n’a jamais accepté l’indépendance » chèrement et dignement acquise.

    Ces révélations de WikiLeaks, publiées vendredi 3 décembre dans la soirée par les quotidiens El Pais et Le Monde, viennent de prouver, s’il en est vraiment besoin, que le Maghreb est en proie à une grande instabilité à cause des incompréhensions et relations « froides » qu’entretiennent les dirigeants Algériens et Marocains.

    Pis encore, les pics de tensions entre le Maroc et l’Algérie ont nourri de graves crises diplomatiques qui ont failli dégénérer en guerre ouverte.

    D’ailleurs, selon des mémos diplomatiques américains diffusés par WikiLeaks, Abdelaziz Bouteflika a fait part, à maintes reprises, à des interlocuteurs américains de son « aversion » pour le monarque marocain dont la politique hostile à l’égard de l’Algérie n’est en fait qu’une commande de Paris laquelle « n’a jamais vraiment accepté l’indépendance algérienne ».

    En 2007, lors de ses entretiens avec, l’assistante du président américain George Bush pour la sécurité intérieure et l’antiterrorisme, Frances Fragos Townsend, Bouteflika a clairement accusé la France de « tenter de régler ses comptes avec l’Algérie  » en appuyant le « Maroc ».

    Ainsi, pour Alger, il est apparaît clairement que le conflit du Sahara Occidental n’est qu’un leurre « français » tendu par l’Elysée pour diviser le Maghreb et garder une influence malsaine dans cette région stratégique du monde.

    Dans ce sillage, Bouteflika fera savoir aux américains que les Français, « du fait du poids de leur histoire coloniale au Maghreb, sont incapables de jouer un rôle constructif dans le conflit » du Sahara Occidental.

    Et à ce sujet, il n’hésitera pas à déclarer que « si je pouvais résoudre le problème je le ferais ». « Mais je ne peux pas parler à la place des Sahraouis », a-t-il tranché. Ce qu’il faut, c’est que « le Maroc et le Polisario trouvent une solution, et ils peuvent le faire avec l’aide des Américains », aurait ajouté Abdelaziz Bouteflika.

    Selon d’autres mémos diplomatiques américains diffusés par WikiLeaks, en février 2008, après un entretien avec un diplomate américain, Abdelaziz Bouteflika a jugé qu’au lieu de faire preuve d’une approche « élégante » en acceptant une indépendance du Sahara occidental, qu’ils auraient pu « contrôler » ou « superviser », les Marocains souhaitent en réalité « un Anschluss, comme Saddam Hussein avec le Koweït ».

    Mais contrairement à ce que laisse croire ce tableau noir dressé par les coulisses de la diplomatie, les Algériens et les marocains peuvent s’entendre quelques fois. Pour preuve, le frère de Mohamed VI, Moulay Rachid est, apparemment, très apprécié par Abdelaziz Bouteflika avec lequel il affirme avoir « plaisanté et discuté agréablement » lors d’une rencontre à Séville, en Espagne, selon un autre mémo américain.

    Malheureusement, les plaisanteries ont leurs limites et les clés du Makhzen ne sont pas détenues par Moulay Rachid. Et en attendant des jours meilleurs, le Maghreb continue à patiner dans ses divisions et ses crises de désespoir…

    El Watan, 4/12/2010

    Tags : Algérie, Maroc, Mohammed VI, Bouteflika, Wikileaks,

  • Maroc – Algérie : Bouteflika, le cauchemar de Mohammed VI (wikileaks)

    Ces révélations de WikiLeaks, publiées le 3 décembre dans la soirée par les quotidiens El Pais et Le Monde, elon des mémos diplomatiques américains diffusés par WikiLeaks, Abdelaziz Bouteflika a fait part, à maintes reprises, à des interlocuteurs américains de son « aversion » pour le monarque marocain  dont la politique hostile à l’égard de l’Algérie n’est en fait qu’une commande de Paris laquelle « n’a jamais vraiment accepté  l’indépendance algérienne ».

    En 2007, lors de ses entretiens avec, l’assistante du président américain George Bush pour la sécurité intérieure et l’antiterrorisme, Frances Fragos Townsend, Bouteflika a clairement accusé la France de « tenter de régler ses comptes avec l’Algérie  » en   appuyant le « Maroc ». Ainsi, pour Alger, il est apparaît clairement que le conflit du Sahara Occidental n’est qu’un leurre « français »  tendu par l’Elysée pour diviser le Maghreb et garder une influence malsaine dans cette région stratégique du monde.

    Dans ce sillage, Bouteflika fera savoir aux américains que les Français, « du fait du poids de leur histoire coloniale au Maghreb, sont   incapables de jouer un rôle constructif dans le conflit » du Sahara Occidental. Et à ce sujet, il n’hésitera pas à déclarer que « si je pouvais résoudre le problème je le ferais ». « Mais je ne peux pas parler à la place des Sahraouis », a-t-il tranché.
    Ce qu’il faut, c’est que « le Maroc et le Polisario trouvent une solution, et  ils peuvent le faire avec l’aide des Américains », aurait ajouté Abdelaziz Bouteflika.

    Selon d’autres mémos diplomatiques américains diffusés par WikiLeaks, en février 2008, après un entretien avec un diplomate américain, Abdelaziz Bouteflika a jugé qu’au lieu de faire preuve d’une approche « élégante » en acceptant une indépendance du Sahara occidental,   qu’ils auraient pu « contrôler » ou « superviser », les Marocains souhaitent en réalité « un Anschluss, comme Saddam Hussein avec le Koweït ».

    Bouteflika méprise Mohammed VI à qui il ne serrera jamais la main

    Abdelaziz Bouteflika méprise le roi Mohamed VI. Et il l’a fait savoir aux Américains au cours d’entretiens au Palais d’El Mouradia, selon des documents du site WikiLeaks révélés vendredi 3 novembre dans la soirée par le quotidien espagnol El Pais. Mais le président algérien a assuré à ses interlocuteurs que l’Algérie ne fera pas la guerre au Maroc à cause du Sahara occidental et ne permettra pas au Front Polisario de combattre depuis le territoire algérien. Toutefois, la frontière restera fermée jusqu’à la résolution du conflit au Saharaoccidental, a expliqué le président Bouteflika.

    « Je ne serrerai pas la main du roi  ». Le président Bouteflika a fait cette déclaration en juin 2006 à l’assistante du président américain George Bush pour la sécurité intérieure et l’antiterrorisme, Frances Fragos Townsend, en visite à Alger. Avant de décrire le monarque marocain comme « pas ouvert  » et « sans expérience  », selon la même source. Selon Abdelaziz Bouteflika, feu Hassan II et Moulay Rachid, frère de l’actuel roi, sont plus ouverts. Le président Bouteflika évoque une rencontre avec Moulay Rachid lors d’un match à Séville, en Espagne. « Nous avons bavardé et plaisanté avec bonheur, mais je ne peux pas faire la même chose avec le roi, car nous n’avons pas le même sens de l’humour  », a-t-il déploré.

    Selon un document daté du 1er juillet 2006, le président Boutelika a avoué, d’après l’ambassadeur américain à Alger, qu’il croyait au dialogue pour résoudre les problèmes avec le Maroc. Mais il ne croit pas à un dialogue avec le roi Mohamed VI.

    Les présidents Bush et Chirac ont essayé de rendre le président Bouteflika plus clément à l’égard du roi. Le président algérien a rappelé que le roi était encore un enfant quand lui-même était déjà un vétéran de la diplomatie. Mais le roi a fait subir un affront au président Bouteflika en annulant à la dernière minute une visite du Premier ministre à Rabat. « Je ne suis pas Jésus, je ne vais pas tendre l’autre joue », avait alors déclaré Bouteflika.

    Tags : Maroc, Algérie, Wikileaks, Mohammed VI, Bouteflika, Sahara Occidental, Front Polisario,

  • ALGERIE: VOX POPULI, VOX DEI

    M’hamed Khodja

    Le divorce semble définitivement consommé entre le peuple et ses gouvernants. Si ces derniers se drapent dans les oripeaux d’une Constitution faite sur mesure et qu’ils manient à leur guise pour poursuivre leur feuille de route, les manifestants leur opposent l’éclatante volonté populaire avec un seul mot d’ordre : qu’ils partent tous, « Yetna7aw ga3 » !

    Ce bras de fer ne se suffit-pas de demi-mesures ou de compromis qui ressembleraient plus à des compromissions. Le décalage entre la volonté populaire et la stratégie du « régime » est sans appel, la première forte d’une légitimité unique dans les annales politiques algériennes car unanime et créant le moment fondateur d’un nouveau contrat social, national, populaire et sans exclusive, tandis que le second, relégué par la dynamique des événements qui se succèdent depuis le 22 février, à un pouvoir de fait, un « régime » illégitime qui semble jouer la montre afin de trouver la parade pour se régénérer.

    Le discours du chef d’état-major de l’ANP Ahmed Gaïd Salah, qui s’est positionné d’une manière spectaculaire le 2 avril aux côtés des aspirations populaires, reprenant la phraséologie et les arguments du « hirak », surtout la notion de « clique mafieuse », « 3issaba », a certes précipité la démission de l’ancien président Abdelaziz Bouteflika. Il a surtout donné l’impression d’une communion entre l’institution militaire et le peuple, un retour au slogan « armée-peuple : frères », « Djeïch-Chaab : khawa-khawa ».

    Ce discours était « le » moment fondateur, ou censé tel, d’une compréhension et d’une prise en charge des revendications populaires par la seule institution de l’Etat dont la légitimité a été portée au zénith par le « hirak ». L’intelligence collective qui, a élaboré des revendications simples mais très sophistiquées en termes de représentation et de scénarisation des slogans continue, malgré la démission de Bouteflika, d’exiger le départ des « 4B ».

    Le quatuor Bensalah-Belaïz-Bedoui-Bouchareb, tous, responsables désignés, non issus du suffrage du peuple, doivent, selon la Constitution de 2016, piloter la période post-démission de l’ancien chef de l’Etat jusqu’à l’élection d’un nouveau président durant les 90 jours. Ce que le peuple a évacué d’un revers de main avec le slogan « les 4B : dégage » !

    Et c’est justement là que le décalage entre les attentes des uns et les attitudes des autres s’est installé d’une manière durable. Avec l’application de l’article 102 dans son acception la plus stricte, le peuple algérien, et avec lui son armée, se sont retrouvés comme piégés par une dynamique qui leur impose au moins deux des quatre B ! Ainsi, Abdelkader Bensalah est passé automatiquement de la présidence du sénat à celle de l’Etat. Et conformément à l’article 104, Noureddine Bedoui, le Premier ministre nommé par l’ancien président demeurera en fonction jusqu’à l’élection du successeur de Bouteflika.

    Ahmed Gaïd Salah s’est-il plaint de cet état de fait dans son discours du 10 avril, ou conforte-t-il l’idée que sa préférence va au respect strict des modalités qui découlent de la Constitution ? Peut-être les deux à la fois ! En se conformant à la Constitution, Gaïd Salah déçoit plus qu’il ne conforte le « hirak ».

    Pour Fateh Khenenou, enseignant à l’Ecole nationale supérieure de sciences politiques d’Alger, il y a « une crise de confiance entre le pouvoir en place et le hirak ». Les clés de compréhension de cette crise de confiance sont simples selon notre interlocuteur : « Le pouvoir n’a pas compris qu’il y a transformation dans le processus de légitimation : nous sommes passés de la force de la loi à la force de la rue. Celle-ci refuse les thèses du pouvoir qui se fonde sur le droit constitutionnel pour imposer la solution préconisée par l’article 102. »

    Ainsi, « cette mobilisation sociale, ce hirak populaire, constitue une force sociétale qui s’exprime par millions, ce qui démontre que l’Algérie vit une période de changement social radical. Le peuple refuse de dialoguer avec le pouvoir auquel il récuse la solution de sortie de crise (la constitution actuelle), tout en lui opposant une nouvelle vision qui s’inspire des articles 07 et 08 », précise Fateh Khenenou.

    C’est donc le retour à la notion de peuple, source du pouvoir, qui constitue la pierre d’achoppement dans la crise politique que traverse le pays. Le refus des symboles du pouvoir, passés et/ou présents est consubstantiel à la volonté de changement radical de système politique.

    L’éradication de la « clique mafieuse » est loin d’être une réalité et les mécanismes actuels de sortie de crise tels que proposés par le régime sont perçus plus comme les leviers actifs d’une contre-révolution en marche. Plus qu’un décalage, c’est une rupture historique qui s’opère entre le peuple et ses gouvernants, qualifiés d’illégitimes. Ces derniers feignent d’oublier l’adage qui glorifie le magistère du peuple : Vox Populi, Vox Dei, le voix du Peuple est la voix de Dieu.

    Le Jeune Indépendant, 14 avr 2019

    Tags : Algérie, Présidentielles 2019, Bouteflika, transition, article 102,

  • Ingérence en Algérie: les services secrets russes auraient averti la France

    Tout est parti d’un tweet de Georges Malbrunot, grand reporter du Figaro. Il relaie une source diplomatique qui avance que les services de renseignement russes ont averti leurs homologues français que Moscou ne souhaitait pas d’ingérence des Français dans les changements politiques en cours en Algérie. Sputnik France a tenté d’en savoir plus.

    «Un confidentiel du Figaro nous apprend que les services de renseignements russes ont transmis le message suivant à leurs homologues français. “On ne veut pas d’une ingérence française dans le choix du nouveau régime algérien».

    Ce tweet daté du 9 avril a pour auteur Georges Malbrunot, grand reporter au Figaro. Le journaliste cite cette information qui aurait pour source un diplomate français. Ce dernier assure que les services secrets russes ont averti la France qu’ils ne souhaitaient aucune intervention de Paris visant à influencer le changement politique en cours en Algérie.

    «Les services français ont répondu oui oui, mais ils n’ont tiendront pas compte, l’Algérie, c’est trop important pour nous», aurait ajouté le diplomate.

    Alain Rodier, ancien officier supérieur des services de renseignement extérieurs et directeur de recherche au sein du Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R) a livré son analyse à Sputnik France. Selon lui, il n’y a rien d’étonnant à ce que les services russes parlent avec leurs homologues français: «Je rappelle que nous avons des relations diplomatiques avec la Russie.

    À ma connaissance, les ambassades respectives sont toujours actives dans les deux pays. Le rôle des services de renseignement est aussi de maintenir des contacts avec leurs homologues étrangers sur des sujets d’intérêt commun, comme la lutte contre le terrorisme ou le crime organisé. Tout ceci se fait a priori, en dehors de considérations géopolitiques et entre professionnels.» Ce qui surprend plus l’ancien officier de renseignement, c’est la méthode:

    «Que les services russes aient dit aux services français de ne pas s’ingérer dans le changement de pouvoir en Algérie et que cette information sorte m’étonne. La première raison est que ce type d’échanges entre services doit rester secret. Un diplomate français aurait eu vent d’échanges entre les services russes et français. Or, à ma connaissance, les diplomates français n’ont pas accès à ce type d’échange. J’appelle donc à la prudence quant à cette source.»

    Sputnik France a contacté le porte-parole du ministère algérien des Affaires étrangères. Ce dernier n’avait toujours pas donné suite à nos demandes de réaction au moment de la publication de cet article. Nous avons également sollicité les autorités russes afin de connaître leur point de vue et attendons leur retour.

    Echourouk Online, 12 avr 2019

    Tags : Algérie, transition, article 102, Bouteflika, France, Russie,

  • L’État algérien ne va pas disparaître en trois mois (Thomas Serres)

    Propos recueillis par Léa Masseguin

    A travers les mobilisations pacifiques, la société algérienne a envoyé un message radical bien au-delà de l’Algérie et des pays du monde arabe, selon Thomas Serres, lecturer au département de politique à l’université de Californie, Santa Cruz, et chercheur associé à l’UMR développement et Sociétés. Il est l’auteur de l’ouvrage L’Algérie face à la catastrophe suspendue. Gérer la crise et blâmer le peuple sous Bouteflika (1999-2014), paru chez Karthala en mars 2019.

    Que signifie la démission d’Abdelaziz Bouteflika, après vingt ans à la tête du pays ?

    La démission de Bouteflika marque le second succès de la mobilisation populaire après l’annulation des élections présidentielles. Ce départ du pouvoir était l’un des objectifs initiaux des manifestants et marque une étape majeure dans le processus critique. La présidence de Bouteflika n’était plus tenable et la révolution n’a pas pu être ignorée.

    Le chef d’état-major de l’armée algérienne a demandé, le mardi 2 avril, que soit « appliquée immédiatement » la procédure constitutionnelle permettant d’écarter le président Bouteflika du pouvoir, précipitant le départ de ce dernier. Quelles sont actuellement les ambitions de l’armée ?

    En Algérie, l’armée a une légitimité historique. Elle possède une fonction immunitaire et tutélaire, qui relève à la fois de la défense de la nation et du contrôle du jeu politique. Elle a aussi une influence économique depuis l’indépendance. N’oublions pas que le budget militaire est très élevé, plus de 5% du PIB, sans être soumis au contrôle du Parlement. Dans le cas présent, l’objectif de l’intervention de l’armée était donc double. Il s’agit, certes, de mettre fin à la crise politique, mais également de protéger les intérêts de l’État-major, et notamment du chef d’État-Major, Ahmed Gaïd Salah, qui est complice de Bouteflika depuis sa nomination en 2004. L’implication de l’armée dans la crise actuelle n’est donc pas surprenante ; elle relève à la fois de la fonction historique de l’institution et de la défense des intérêts des hauts-gradés.

    Le président du Conseil de la nation algérien, Abdelkader Bensalah, doit organiser de nouvelles élections dans les 3 mois à venir. Une transition politique est-elle réalisable en si peu de temps ?

    Non. Si on parle d’un changement profond dans le fonctionnement des institutions et dans la nature des élites politiques, comme ce qui est exigé par les protestataires, une véritable révolution prend plusieurs années, voire des décennies. L’État ne va pas disparaître ou se reconfigurer totalement en trois mois. Cette temporalité de la transition politique que le régime essaye d’imposer est très problématique pour les opposants car il faut agir vite en écartant un certain nombre d’acteurs totalement discrédités, mais en négociant avec ceux qui tiennent toujours les institutions. Pour l’instant, rien n’a changé.

    Quelles sont aujourd’hui les alternatives à Bouteflika ?

    Si l’armée a un rôle très important en Algérie, il me semble impossible qu’elle s’empare du pouvoir. Par ailleurs, la population ne voudra pas de personnalités issues de la structure étatique actuelle, comme Ramtane Lamamra, Abdelkader Bensalah, ou Tayeb Belaiz. Des groupes au sein du régime et certains opposants appuient l’ancien président Liamine Zéroual, mais il reste un général à la retraite qui a dirigé le pays au plus fort de la guerre civile ; ceux que l’on appelle les réconciliateurs, c’est-à-dire les groupes opposés à la stratégie d’éradication étatique pendant la guerre civile, refuseront qu’il accède au pouvoir. Lui-même a d’ailleurs écarté cette hypothèse pour le moment. Du côté de l’opposition, aucune figure ne fait vraiment consensus au sein de la cinquantaine de partis algériens. Finalement, le nom qui ressort actuellement et qui est une réelle possibilité est celui de Mustapha Bouchachi, un homme de parole, militant des droits de l’homme et figure très respectée à Alger dont le parcours peut être comparé à celui de Moncef Marzouki, [président de la République tunisienne de 2011 à 2014].

    Que va-t-il advenir du camp de Bouteflika ?

    Les frères Bouteflika sont assignés à résidence, ce qui est un signe qu’ils auront probablement des comptes à rendre, surtout Saïd. Par ailleurs, les capitalistes pro-Bouteflika, soupçonnés de corruption, sont les cibles d’une offensive judiciaire massive, comme en attestent les interdictions de sortie de territoire visant notamment Mahieddine Tahkout ou Rédha Kouninef. Le développement le plus spectaculaire est le placement d’Ali Haddad sous mandat de dépôt et son transfert à la prison de El Harrach. Les membres du Front de libération nationale (FLN) et du Rassemblement national démocratique (RND) ne feront pas non plus partie du nouveau gouvernement. Ils incarnent l’incompétence et l’intéressement dénoncés par les manifestants. Toutefois, il faudra plus que l’embastillement de quelques affairistes et la mise à l’écart des partis du régime pour vraiment faire tomber le « système ». On n’a pas affaire à un processus de « dénazification » et il y aura quoi qu’il arrive une continuité de l’État. Les généraux, les préfets et les énarques continueront d’être des acteurs clés, même après les trois mois de transition.

    En réussissant à écarter Bouteflika du pouvoir en quelques semaines, quel message la société algérienne a-t-elle envoyé au reste du monde ?

    Les manifestants envoient un message radical au reste du monde. Ces mobilisations parlent bien au-delà de l’Algérie et des pays du monde arabe, y compris dans des pays qui se veulent « démocratiques » comme la France. La crise des régimes représentatifs trouvait en Algérie un exemple absolument caricatural : un simulacre de représentation au service de l’appareil étatique, d’affairistes et d’une clique hétérogène d’individus cooptés. En miroir, les manifestants ont tenu un discours réaffirmant le caractère indépassable de la souveraineté populaire, directe, et libérée du poids de la délégation quand les délégués n’en sont pas dignes. Grâce à l’autodiscipline de la population, sa démonstration de civisme radical et horizontal, la violence de l’État policier n’a jamais pu être justifiée. Tant dans le contenu que dans la forme, c’est une valeur d’exemple remarquable.

    Source : Les clés du Moyen Orient

    Tags : Algérie, Bouteflika, Article 102, transition,

  • Algérie – Marches, manifs et militantisme virtuel : L’œuvre inachevée des Algériens

    Chaouki Mechakra

    Révolution, Hirak, Mouvement Populaire, marches pacifiques… L’exemplarité des manifestations qui se déroulent en Algérie depuis le 16 février à Kherrata avant de s’élargir, une semaine plus tard, à l’ensemble du territoire national, ont subjugués au-delà du pays, les observateurs les plus avertis du monde.

    Pas une goutte de sang n’a coulée, ni une vitrine saccagée, encore moins un décès enregistré. Magistrale leçon de pacifisme retransmise en mondovision.

    Des acquis ont été actés, dont la démission du président de la République, suivie de celle du patron des services secrets.

    En ce septième acte du mouvement, la liste des revendications s’étend aux 3 B à la tête des plus importantes institutions de la République. La pression de la rue est telle qu’il faille surfer sur la loi fondamentale pour habiller légalement ces desirata du « peuple », quitte à contourner voire, détourner les textes de la constitution. Un détail dirait, à juste titre, le citoyen lambda, vu que le président sortant en a fait son « cahier de brouillon », gommant par-ci et raturant par-là, ce qu’il ne lui convenait pas dans ce texte remanié à chacun de ses caprices.

    Jusque-là, l’ANP a accompli sa part du « boulot » en réponse aux revendications populaires, en déverrouillant les portes les mieux gardées du système. Faut-il qu’elle en fasse davantage, surtout que des voix s’élèvent ici et là, pour l’accuser d’un scénario à l’égyptienne ?

    Rafraichissons les mémoires

    Comment est-il possible qu’un peuple qui, il n’y a pas si longtemps, a porté aux cimes un Rachid Nekkaz et un Ghani Mehdi, deux comiques politiques, avant de se raviser, puisse aujourd’hui se laisser berner par ceux qui appellent au retour de l’armée à ses casernes ?

    Comment est-il possible qu’un peuple puisse, au nom d’un article 7 de la constitution, vouloir se substituer à des institutions sans être structuré et physiquement représenté ?

    Si, de son côté, l’ANP a fait le plus gros du « boulot », ne se peut-il pas aujourd’hui que le peuple en fasse autant en réalisant sur le terrain le reste de ses revendications ?

    Au-delà des marches et de l’activisme des claviers, dont l’impact est considérable, rappelons que sur les vingt millions de manifestants, figurent des militants encartés FLN, RND, MPA, TEJ… dont les directions, tant nationales que locales, se sont faites complices et relais du pouvoir décrié. Ces partis ne doivent plus faire partie du futur de l’Algérie et des Algériens, même s’ils venaient à changer leurs responsables.

    Il appartient aux militants sincères de se désolidariser de ces sigles trompeurs en empruntant aux parlementaires leur méthode, c’est-à-dire en cadenassant kasmas, mouhafadas et représentations locales. Ces partis sont à euthanasier par leurs plus proches affiliés. Ce n’est que par des actions de ce type, que l’on pourra tourner la page de la soumission et de la Hogra. D’ailleurs, en attendant que l’ébauche des prochaines institutions se dessine, il serait souhaitable d’inclure en bonne place de la longue liste des revendications, l’interdiction à ces partis d’être partie prenante de la vie politique nationale pendant les cinq années à venir.

    C.Mechakra

    Le Provincial, 6 avr 2019

    Tags : Algérie, peuple algérien, Bouteflika, article 102, armée, manifestations, transition,

  • Algérie : La rue exige le départ de «tous»

    Ce vendredi, acte 7 d’une véritable révolution menée par les Algériens, la rue n’est pas sortie fêter son premier week-end sans Abdelaziz Bouteflika. Elle réclame à présent le départ de tout le système, des symboles, surtout, des années de «pillage» et de mauvaise gestion ayant conduit le pays à la crise.

    Abla Chérif – Alger (Le Soir) – Pour ce, un véritable tribunal populaire s’est mis en place dans les rues du centre-ville envahi très tôt par les manifestants. La place Audin et la rue Didouche-Mourad vibraient en effet dès les premières heures de la matinée sous l’effet d’une sorte de frénésie, d’impatience de «démarrer» la grande protestation hebdomadaire. Et tous se sont, comme de coutume, préparé en adaptant les messages à transmettre en fonction des dernières évolutions.

    De ces messages, on en déduit que la démission du président de la République n’est pas le seul facteur ayant conduit à l’incroyable mobilisation observée hier, mais que le sentiment de «réconfort», d’avoir obtenu gain de cause, d’avoir franchi le premier écueil (le plus symbolique surtout) a entraîné une foule encore dense qu’auparavant. Il faut dire que la capitale a enregistré une très grande affluence de citoyens venant d’autres wilayas du pays et que même si l’arrivée de ces derniers a été retardée par les barrages dressés autour d’Alger, tous, ou presque, ont pu finalement rejoindre les lieux de rassemblement.

    Ici, beaucoup ont la fierté d’annoncer le nom de la ville d’où ils arrivent : «Je viens de Chlef, c’est mon septième déplacement depuis le 22 février dernier», lance un jeune. A lui seul, il résume l’état d’esprit qui règne actuellement au sein de la population.

    «Depuis que les gens sortent réclamer leurs droits, nous n’avons plus enregistré un seul harraga là-bas, les candidats à l’aventure en mer viennent à Alger chaque vendredi.

    On n’ira pas dans les prisons espagnoles ou italiennes, maintenant c’est à eux de se retrouver derrière les barreaux.» Trois hommes venus spécialement de Grande-Bretagne pour soutenir le mouvement boivent littéralement les paroles de ce jeune. Ils sont sous le coup de l’émotion.
    «On est tellement fiers, comment rater un tel événement», dit l’un d’eux. Ils observent les images qui défilent sous leurs yeux en lâchant des commentaires : «C’est hollywoodien», crie l’un d’entre eux en voyant une immense foule amassée autour des portraits des symboles appelés à «dégager». Les noms dont le départ est réclamé sont très nombreux. Bedoui, Belaïz et Bensalah sont caricaturés en bagnards portant de lourdes chaînes. Abdelkader Bensalah est très visé : «Tu ne seras jamais président même pour une heure, rentre chez toi maintenant», scandent les manifestants. Bedoui également : «Fais tes bagages et emmène ta troupe avec toi.»

    Le nouveau gouvernement est aussi complètement rejeté. Il faut dire que la ministre de la Culture focalise particulièrement la colère des manifestants. Son départ est exigé, comme tous les autres.

    Tous réclament également justice. Des photos grand format de Ali Haddad, Chakib Khelil, Ouyahia sont brandies. L’arrestation de l’ex-patron du FCE et sa mise sous mandat de dépôt a donné lieu à une nouvelle chanson populaire : «Ils ont pris Haddad, guettez les suivants», «On vous l’a dit, nous n’arrêterons pas jusqu’à ce qu’ils partent tous». Des slogans de fraternité avec l’ANP sont très présents. Les messages sont pleins de finesse : «Emmène-les tous en prison, mais le pouvoir c’est nous.»

    L’après-midi tire à sa fin. Une dame d’un certain âge est applaudie car elle balaye symboliquement sous une immense pancarte où est inscrit en gras : «Tous, c’est tous.»

    A. C.

    Le Soir d’Algérie, 6 avr 2019

    Tags : Algérie, Bouteflika, Nacer Bouteflika, Article 102, armée, transition,