Étiquette : Daech

  • L’Occident peut-il vaincre le «terrorisme islamique»?

    L’Occident ne semble remarquer l’incendie qu’il a provoqué aux quatre coins de la planète que lorsque les flammes la lèchent et ressentent sa chaleur.

    Peu importe que les souffrances causées par certains événements dont il est coresponsable aient été infligées beaucoup plus largement par la «périphérie», avant même qu’il n’y ait de rétroaction au «centre». En résumé: ce qui se passe ici n’est qu’une fraction de ce qui se passe là-bas.

    En ce qui concerne le «terrorisme islamique», cette dynamique atteint le paroxysme: n’est-ce pas peut-être l’Occident – de concert avec les monarchies pétrolières du Golfe – qui l’a utilisé et diffusé pour atteindre ses objectifs géopolitiques?

    De l’Afghanistan, au moment de la guerre menée par l’URSS, en passant par les Balkans lors du processus (induit) de désintégration de la Yougoslavie et de l’agression contre la Serbie puis, pour atteindre l’Afrique et le «Moyen-Orient» avec la guerre contre la Libye d’abord et à la Syrie – qui a échoué – et avant cela à l’Irak.

    Opérations visant le « Chaos Créatif », avec des effets secondaires incontrôlés, comme cela est typique des effets dévastateurs causés par chaque apprenti sorcier …

    Mais ce ne sont pas les seuls territoires où ce «cancer» – comment le définir, sinon? – reproduit. Pensez simplement au Caucase, par exemple, à la Chine au Xinjiang ou ailleurs en Asie, que les populations ont payé dans l’indifférence internationale. Souvenons-nous simplement des effets du terrorisme islamiste tchétchène en Russie …

    Certes, cependant, la perception du phénomène – complice des appareils informationnels-culturels «au casque», embauchés par les classes dirigeantes – ne commence à se manifester que lorsque cette longue traînée de mort et de destruction nous revient.

    Peut-être sous la forme d’un meurtre odieux d’un citoyen ordinaire, perpétré par un « extrémiste islamique », comme ce fut le cas avec le professeur de français décapité en banlieue parisienne par un Français d’origine tchétchène il y a quelques jours. Dont la famille, liée à la guérilla islamique tchétchène, avait «fui» la Russie pour obtenir l’asile politique en France.

    Il est difficile de trouver une analyse qui corrèle les effets du néocolonialisme et la propagation du djihadisme dans le cadre des États postcoloniaux, où les politiques d’indépendance vis-à-vis des anciens et des nouveaux parrains ont échoué en partie ou totalement, ainsi que dans la construction d’entités étatiques solides capables de satisfaire les besoins de leurs citoyens avec un développement autocentré, comme dans le cas de certains pays africains.

    Nous avons traduit ici une enquête multi-mains, publiée dans «Le Monde», qui fait le point sur l’évolution du djihadisme sur le continent africain, à partir de là où s’articulent les intérêts néo-coloniaux français et pas seulement, désormais menacés par l’insurrection Islamique, comme cela se produit par exemple autour des gisements de gaz au Mozambique.

    Exploitation des ressources sans contrepartie (à part les descendants qui vont engraisser les élites locales complaisantes), déracinement de la population, insertion des jihadistes dans cette contradiction et donc militarisation des territoires; à la fois par des armées «régulières» et par des milices privées hautement rémunérées.

    C’est le scénario qui se répète de plus en plus souvent, dans un cercle vicieux où la dynamique: extractivisme / déracinement / militarisation est rejoint par le «facteur islamique», qui agit selon toute vraisemblance «pour le compte de tiers» pour contrer les tentatives de pénétration d’autres acteurs mondiaux.

    On ne voudrait pas faire de mal aux auteurs, mais il semble que le principal moteur de leurs préoccupations, au-delà de la validité de l’étude, soit la menace pesant sur le plus grand projet d’extraction de gaz africain impliquant le français Total, au Mozambique (le neuvième plus grande ressource estimée de la planète), plus que la souffrance des 1 300 morts et des plus de 210 000 personnes déplacées, dans une vraie guerre qui ne s’appelle même pas ainsi et qui évidemment ne fait pas d’histoires.

    Une approche «euro-centrique», fondamentalement plus intéressée par les intérêts matériels de son propre impérialisme, pratiquement indifférente aux souffrances causées aux populations locales.

    Soit dit en passant, ENI est également impliquée dans l’extraction de gaz offshore au Mozambique …

    Si vous listez les différentes agences de sécurité privées impliquées dans les étapes ultérieures, vous trouverez les principales sociétés mercenaires mondiales: Blackwater, Wagner, Dyck Advisory Group, etc.

    Dans un autre article du Monde sur cette guerre peu oubliée, Total avoue avoir fait appel à 5 ​​de ces agences et qu’un appel d’offres était en cours pour confier le contrat à 7 autres!

    Ce n’est pas le seul nouveau projet de la multinationale française aux effets dévastateurs. Pensez à l’oléoduc de pétrole brut de l’Afrique de l’Est, un oléoduc de 1445 km qui part du lac Alberta en Ouganda et atteint la côte nord-est de la Tanzanie, dans l’océan Indien.

    Malgré le « capitalisme vert », sur les 400 puits d’extraction prévus à Tilenga, en Ouganda, 132 se trouvent dans un parc national protégé, avec un projet qui a un impact négatif sur environ 100 000 personnes, leur refusant les activités les plus élémentaires de subsistance par l’agriculture.

    Pour les oligarchies européennes, la «transition écologique» s’arrête à leurs propres frontières.

    Revenant à l’article traduit, nous avons une image assez réaliste de la façon dont les principales « sociétés holding » du terrorisme islamique « investissent également en Afrique », qui ces dernières années est devenue l’un des principaux théâtres du Jihad mondial, avec tout le respect dû à ceux qui pensaient que L’Etat islamique avait été vaincu parce qu’il avait été battu militairement au «Moyen-Orient». Nous voyons aussi les «coupures islamiques» à la solde de la Turquie, pour agir en Libye ou dans le conflit arméno-azerbaïdjanais.

    Comme le dit un chercheur cité dans l’enquête: tant que l’État islamique continuera d’avancer en Afrique, le rêve du «califat» mondial n’est pas mort. Nous ajoutons: tant que les conditions d’existence dans lesquelles des millions de personnes en Afrique sont contraintes sont celles dictées par la logique coloniale, ce «rêve» ou cauchemar aura un véritable espace social.

    Les stratégies d’enracinement changent – parfois la guérilla islamique prend la place d’une administration étatique absente – et les modes de fonctionnement, qui profitent des défaites subies. Mais la principale condition pour laquelle ils peuvent prospérer est la destruction que l’Occident a apportée et continue d’apporter dans ces territoires également par le biais de ses propres troupes d’occupation – comme c’est le cas au Sahel – ou par l’utilisation de soldats de fortune du XXIe siècle. .

    L’Occident capitaliste peut remporter des victoires limitées et limitées contre le djihadisme mais certainement pas gagner la guerre ou à l’intérieur de ses propres frontières – dans la mesure où il impose des politiques répressives – ou en dehors de cela – dans la mesure où les coalitions internationales sont préparées – car c’est l’une des premières causes de mal qu’il voudrait guérir.

    Bonne lecture!

    Source : Contropiano, 21 oct 2020

    Tags : Islam, Occident, terrorisme, djihadisme, Daech, ISIS, Etats Islamique, capitalisme, Afrique,

  • A l’ONU, le Yémen annonce la découverte de documents sur la relation de l’Arabie Saoudite avec Al Qaïda et Daech.

    Selon le site HyspanTV, le Yémen a révélé au Conseil de Sécurité de l’ONU, les liens de l’Arabie Saoudite avec les groupes terroristes d’Al-Qaïda et Daech.

    Dans deux lettres envoyées simultanément à l’Assemblée Générale et au Conseil de Sécurité des Nations Unies, le minstre yéménite des affaires étrangères a mis en exergue les récentes réalisations de l’armée yéménite, soutenue par des comités populaires, face aux terroristes d’Al-Qaïda et de Daech opérant dans la province sud-ouest d’Al-Bayda.

    D’après les lettres, lors d’une opération menée dans cette province, des dizaines d’éléments d’Al-Qaïda et de Daech ont été tués ou capturés. Parmi les morts figurent des chefs de ces gangs et des éléments de nationalité arabe et occidentale, pour la plupart des Saoudiens.

    Les forces armées et les comités populaires ont confisqué de grandes quantités d’armes de qualité et d’équipements militaires à des terroristes appartenant à seulement quelques pays, tels que l’Arabie saoudite et les États-Unis, confirmant leurs liens avec les deux gangs Takfiri, selon les lettres. .

    Ils indiquent également qu’à Al-Bayda, les forces yéménites ont trouvé une partie des archives d’Al-Qaida et de Daech. Ces documents montrent que les ministères saoudiens de la défense et ceux de leurs alliés apportent un soutien financier aux terroristes, y compris le paiement de salaires mensuels, et ont émis des cartes militaires identifiant les terroristes comme des membres militaires de la coalition saoudienne.

    Selon le ministère yéménite des Affaires étrangères, même certains des dirigeants de ces groupes extrémistes occupent des postes de haut rang dans le gouvernement de l’ancien président yéménite en fuite, Abdu Rabu Mansur Hadi, et parmi eux plusieurs figurent sur la liste noire américaine, ajoute-t-il.

    Par ailleurs, la note remarque, lors des pourparlers sur l’échange de prisonniers, les affiliés de Mansur Hadi ont appelé à la libération de 96 membres d’Al-Qaïda et de Daech qui sont sous l’arrestation du gouvernement de salut national du Yémen à Sanaa, la capitale.

    Par conséquent, le ministère yéménite des Affaires étrangères appelle le CSNU et l’ONU à condamner la coopération entre l’Arabie saoudite et ses partenaires avec des organisations terroristes.

    Tags : Yémen, terrorisme, Al Qaïda, Daech, Etats Islamique, ISIS, Arabie Saoudite,



  • Le Maroc, derrière une tentative d’attentat terroriste aux Pays Bas

    Encore une fois, le royaume de Mohammed VI se trouve derrière un crime lié au terrorisme. Cette fois-ci, aux Pays Bas, où, selon la presse locale, deux marocains ont été condamnés à 9 et 7 ans de prison pour avoir tenté de faire exploser un commissariat de police à Rotterdam.

    Ahmed B. en Mouad M., tous les deux originaires du Maroc, se trouvent en prison depuis 2018 depuis qu’ils ont échangé des messages suggérant la commission d’un attentat contre le commissariat de De Veranda ainsi qu’une photo dudit poste.

    D’après des sources de la justice, citées par des médias néerlandais, l’arrestation de ces deux individus a permis d’éviter une catastrophe.

    Ahmed B. avait des contacts avec « une soeur » qui voulait utiliser une ceinture explosive. Ils ont consulté des sites appartenant à l’Etat Islamique où se trouvens des explications sur l’utilisation d’un camion pour commettre un attentat terroriste.

    Mouad M. a séjourné en prison à plusieurs reprises après avoir fui d’une institution pour mineurs en France avant de regagner les Pays Bas. En raison de sa violence, il a dû être transféré de la prison de Vught où il était influencé par l’assassin de Theo Van Gogh.

    Tags : Maroc, Pays Bas, Rotterdam, terrorisme, attentat, commissariat, De Veranda, Etat Islamique, ISIS, Daech,

  • Pays Bas : Deux marocains écroués pour tentative d’attaque contre un commissariat de police

    La justice néerlandaise a condamné deux marocains à 9 et 7 ans de prison pour tentative d’attaque terroriste contre un commissariat de police de la ville de Roterdam.

    Selon le site nu.nl qui rapporte la nouvelle, Ahmed B. et Mouad M., tous les deux nés au Maroc, en ont parlé dans un chat et partagé une photo du commissariat.

    « Leur arrestation a évité beaucoup de mal, a déclaré mercredi le procureur de la République devant le tribunal de Rotterdam », indique la même source.

    Les deux inculpés ont été arrêtés en juin 2018 après que des informations aient été interceptées selon lesquelles ils préparaient une attaque avec des armes et des explosifs.

    Ahmed B. aurait eu des contacts avec «une sœur» qui voulait porter une ceinture anti-bombe. Les pages Internet de l’Etat Islamique ont également été visitées où ils ont consulté les instructions pour une attaque avec un camion.

    D’après l’agence ANP, ils sont arrivés aux Pays Bas dans le but de commettre un attentat terroriste et l’un d’eux été influencé en prison par le meurtrier de Theo Van Gogh

    Tags : Maroc, Pays Bas, terrorisme, Rotterdam, commissariat, Etat Islamique, ISIS, Daech,

  • Le Maroc : point commun entre les attentats terroristes qui ont secoué l’Europe

    Le feuilleton de la terreur marocaine a débuté en 2004 avec l’explosion des trains de Madrid qui a laissé 200 morts et près de 2000 blessés. Cette attaque est connue avec le code de 11-M en référence au 11 mars, date que les espagnols remémorent chaque année pour ne pas oublier ce massacre commis essentiellement par des marocains.

    La même année, le cinéaste néerlandais Théo Van Gogh est lâchement assassiné par un marocain du nom de Mohammed Bouyari.

    Mais ce n’est pas tout. En 2015, c’est au tour de la France de faire connaissance avec les terroristes marocains qui ont exécuté les attentats de Paris. Parmi eux les frères Abdeslam. Belgian-Moroccan Islamic terrorist Abdelhamid Abaaoud was the ringleader of the Paris attacks while Moroccan brothers Salah and Ibrahim Abdeslam carried out the attacks.

    Le 22 mars 2016, des terroristes de Daesh perpétuent des attentats suicides à l’aéroport de Bruxelles puis dans une rame du métro Maelbeek à Bruxelles, tuant 32 personnes et faisant près de 350 blessés. Les attentats de Bruxelles ont été vraisemblablement commis par une cellule terroriste commune aux attentats de Paris et Saint-Denis du 13 novembre 2015, cellule dirigé par le marocain Najim Laachraoui.

    Le 3 juin 2017, au Pont de Londres, 8 personnes laissaient la vie et 48 blessés par le trio Khuram Butt, pakistanais, 27 ans, les marocains Rachide Redouane, 30 ans et Youssef Zaghba.

    Le 21 août 2017, en Finlande, le marocain Abderrahman Mechkah, 18 ans, a laissé deux morts et huit blessés vendredi à couteau.

    C’est le cas aussi, la même année, de la cellule dirigée par l’imam de la ville de Ripoll et de Younes Abouyaaqoub, le boucher de l’Espalanade de Las Ramblas, à Barcelone qui s’est servi de sa voiture comme véhicule-bélier pour écraser les passant le 17 et 18 août 2017.

    Il serait trop naïf de penser qu’un phénomère si répétitif puisse être le produit d’un hazard, notamment sachant que le pays originaire des terroristes, le Maroc, a toujours été qualifié de « havre de paix » et reste, selon les dires du D Charles Saint-Pro, Directeur Général de l’Observatoire des Etudes Géopolitiques à Paris, un pays stable et un acteur important contre les risques de radicalisation.

    Selon d’anciens prisonniers salalfistes marocains, les services secrets marocains utilisent des méthodes très sophistiquées en vue de manipuler des simples citoyens dans le but de les pousser à commetre des actes terroristes. Dans ce contexte, il utilise les fiches « S » obtenues gràce au policier ripoux de l’aéroport d’Orly. Les individus suspectés par les services français sont des cibles potentiels qui seront rapprochées par les agents marocains en vue de les manipuler.

    Tags : Maroc, terrorisme, moroccan connection, Daech, ISIS, Charlie Hebdo, Bataclan, Barcelone, Las Ramblas, Ripoll, Imam, Fiche S,

  • Terrorisme : Quand l’émission Envoyé Spécial accable le Maroc

    Sur Youtube, toutes les émissions du programme Envoyé Spécial sont accessibles, sauf celle du 17 octobre 2013. La vidéo correspondante a été supprimée. A sa place, on trouve le message suivant : « Cette vidéo n’est plus disponible en raison d’une réclamation pour atteinte aux droits d’auteur envoyée par Kuiv Productions ». Il s’agit d’une pratique courante des services secrets marocains, ils contactent l’administration de Youtube pour revendiquer une propriété fictive de toute vidéo qui n’est pas du goût des autorités marocaines.

    La vidéo de cette émission dévoile la provenance des terroristes qui s’activent au Mali au sein du mouvement qui, à l’époque, se faisait appeler MUJAO (Mouvement pour l’Union et la Jihad en Afrique de l’Ouest) devenu plus tard le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM, ou JNIM selon ses initiales en arabe).

    Les journalistes de France2 chargés de l’émission ont accompagné l’unité de parachutistes français qui ratissait le nord du Mali. Les élément du MUJAO ont pris la fuite avant l’arrivée des troupes françaises.

    Les parachutistes du 2ème RED sont descendus dans la valléé de Terz, après avoir mis au peigne fin celle d’Ametettaï dans le but de contrôler les points d’eau. Ils y retrouvent les traces des djihadistes qui avaient quitté les lieux : un bivouac, des couvertures, entre autres et « au milieu de nulle part du matériel informatique, des disques durs, des composants électroniques et aussi tout un arsenal d’armes de gros calibre. Des canons bitubes, des mitrailleuses de 14,5, des armes lourdes qu’on peut installer sur des pick-up ». Mais aussi une dizaine de passeports avec une dizaine de cartes d’identité. Leur nationalités : Egypte, Tunisie, et même Canada. « Ces passeports, précieuses sources de renseignement prouvent que l’international djihadiste s’est constituée ici une base arrière puissamment armée. Tous ces documents et surtout les GPS trouvés ont permis de retracer une autoroute des djihadistes pour les combattants étrangers », précise le journaliste. Sur l’écran apparaît une carte qui indique le chemin suivi par les terroristes du Maroc et de la Tunisie jusqu’au Mali. 

    L’opération Serval a permis de capturer 400 terroristes qui « ont sûrement apporté des renseignements précieux qui sont actuellement entre les mains des militaires français », mais le gouvernement français, en vue de protéger son allié marocain, refuse de livrer ces renseignements à la presse et aux autorités maliennes. Il s’agit d’un secret de polichinelle que les autorités algériennes ont toujours dénoncé. Une chose est sûre : rien n’échappe aux autorités françaises sur les activités du narco-Etat terroriste du Maroc.

    Tags : Maroc, Mali, terrorisme, MUJAO, GSIM, JNIM, Daech, Opération Serval, Barkhane,

  • La Turquie s’est-elle simplement sacrifiée pour protéger Al-Qaïda ?

    Par Matthew Ehret − Le 1er mars 2020 − Source Strategic Culture

    Après que trente-trois soldats turcs ont été tués dans une offensive de l’armée syrienne le 27 février dans le cadre de la campagne actuelle de libération d’Idlib soutenue par la Russie, Erdogan a répondu en rejetant entièrement la faute sur la Russie et la Syrie – en évitant avec succès toute mention du fait inconfortable que la Turquie a protégé – et continue – des réseaux terroristes radicaux non seulement à Idlib, mais dans toute la Syrie pendant des années.

    Pendant ce temps, les forces islamistes en Turquie, favorables au renversement d’Assad, ont tenté de jouer un jeu complexe de géopolitique pour lequel elles ne sont absolument pas qualifiées.

    La Turquie impliquée jusqu’au cou

    L’un des membres les plus sauvages de l’OTAN, la Turquie se préparait à l’origine à entrer dans l’Union européenne avec la promesse du contrôle régional du Moyen-Orient en tant que membre fidèle du Nouvel Ordre Mondial. Cette ambition pour un Empire ottoman ressuscité a fait d’Erdogan un ardent défenseur des changements de régime au Moyen-Orient et, comme la journaliste Eva Bartlett l’a documenté pendant des années, a entraîné la Turquie dans le rôle de fournisseur de logistique, de matériel militaire, de formation et de soutien monétaire aux divers groupes terroristes, des groupes se faisant passer pour des combattants de la liberté face au régime d’Assad.

    Lorsque cette politique a failli faire en sorte que la Turquie soit rayée de la carte géopolitique régionale après avoir abattu un avion russe dans l’espace aérien syrien le 24 novembre 2015 – les allégations selon lesquelles il aurait volé dans l’espace aérien turc ont été réfutées depuis longtemps – Erdogan a commencé à changer de ton, d’abord en envoyant une lettre d’excuses à Poutine le 27 juin 2016, avec laquelle il a commencé à changer radicalement son comportement. Pour ce revirement politique, la Turquie a été remerciée par Washington avec un coup d’État à l’échelle nationale lancé par des partisans de l’étrange agent de la CIA, Fethullah Gülen, le 15 juillet 2016.

    Cette lourde leçon d’humilité, genre tarte à la crème, a apporté une dose de raison à la Turquie, qui a atténué sa rhétorique de changement de régime en Syrie, ouvert des voies diplomatiques avec celle-ci et la Russie, réduit de nombreuses opérations de soutien à État islamique – en particulier son rôle en tant que principal acheteur du pétrole volé par ISIS dans les champs pétroliers syriens – et s’est installée avec un rôle plus modeste dans la région… mais pas entièrement.

    Une partie des négociations d’Astana en 2017 – et plus tard des négociations Russie-Syrie-Turquie-Iran à Sotchi – ont impliqué la création par la Turquie de 12 postes d’observation militaire dans la province d’Idlib, ce qui a porté à 29 les installations militaires turques à Idlib, déjà importantes.

    Ce qu’ils faisaient là-bas n’a jamais été abordé dans la presse occidentale, mais en 2017, Brett McGurk, envoyé présidentiel spécial de la Coalition mondiale contre ISIS, a déclaré lors d’un forum sur la politique au Moyen-Orient que « la province d’Idlib est le plus grand refuge d’al-Qaïda depuis le 11 septembre … » Dans un rare moment de lucidité en 2014, même le bredouillant Joe Biden a admis que la Turquie était un sponsor majeur d’État islamique. Pour cela il a été dûment réprimandé et a ensuite présenté ses excuses. Tous les signes de ce genre d’honnêteté ont depuis longtemps disparu de l’esprit de Biden, laissant Tulsi Gabbard comme la seule figure présidentielle aujourd’hui à avoir soulevé ce fait inconfortable.

    En opposition aux demandes d’Ankara de suspendre l’opération anti-terroriste en cours à Idlib, allant jusqu’à menacer d’une guerre avec la Russie, les forces syro-russes ont continué à toute vitesse avec un grand succès sachant que si cette dernière zone d’insurgés est nettoyée, alors toutes les menaces terroristes résiduelles de la région peuvent être définitivement éliminées, et la reconstruction pourra commencer. Ce n’est pas un secret que cette reconstruction sera guidée dans une large mesure par un nouveau partenariat avec la Russie et la Chine dans la région, qui ont offert des milliards de dollars et une assistance technique pendant des années, apportés dans le cadre de l’initiative Belt and Road. Ce projet concerne directement l’Iran, l’Irak et la Syrie, qui seraient tous transformés par cette initiative de plusieurs milliers de milliards de dollars.

    Retour à la crise actuelle

    En réponse aux menaces hurlées par Ankara, le ministère russe des Affaires étrangères a répondu clairement en soulignant deux points : premièrement, la Turquie a refusé de donner suite à sa part d’engagement dans l’accord de Sotchi de 2018 sur Idlib, qui exigeait une séparation des terroristes (mauvais) et des modérés (bons), ce qu’elle n’a absolument pas fait, et deuxièmement, l’armée turque n’a fait aucun effort pour modifier l’emplacement de ses forces, ce qui est étrange étant donné qu’une opération militaire active était en cours. Quoi qu’il en soit, comme l’a déclaré Lavrov, «l’armée syrienne a certainement [le] plein droit de riposter et de réprimer les terroristes».

    En réponse aux morts turcs, Ankara a invoqué l’article 4 de l’OTAN en convoquant une réunion des 29 ambassadeurs des alliés de l’OTAN qui, espérait-il, entraînerait une zone d’exclusion aérienne au-dessus d’Idlib et un soutien de la défense aérienne US avec des missiles Patriot. Pour augmenter la pression, Erdogan a même tenté de faire chanter ses alliés de l’OTAN en jouant la carte des immigrés, menaçant pour la première fois depuis quatre ans d’ouvrir sa frontière nord aux millions de réfugiés « syriens » [et beaucoup autres, NdSF] qui souhaitent se rendre en Europe par voie terrestre et maritime. Après la crise de l’immigration de 2015-2016, qui a vu des millions de réfugiés affluer en Europe, venant de nations déchirées par la guerre en Libye et en Syrie, la Turquie avait accepté de fermer sa frontière nord, ce qui a eu pour conséquence que 3,7 millions de réfugiés syriens sont concentrés dans des camps turcs où ils souffrent d’hivers froids, d’un faible niveau d’assainissement et souvent de pénurie alimentaire.

    Les menaces d’Erdogan n’ont pas abouti au résultat escompté, car l’OTAN a simplement publié un message écrit de condamnation de l’offensive, mais rien de plus. À ce stade, l’analyste militaire Scott Ritter a déclaré que «à un moment où l’OTAN se concentre sur la confrontation avec la Russie dans les pays baltes, l’ouverture d’un deuxième front contre les Russes en Syrie n’est pas quelque chose que l’alliance était prête à soutenir en ce moment».

    On ne sait pas comment l’Europe répondra à ce nouvel assaut de réfugiés, mais le fait est qu’ils ne peuvent pas faire grand-chose pour faire reculer les forces russes et syriennes ou saboter le succès de l’opération d’Idlib à ce stade du conflit. Si les pays européens souhaitent obtenir les meilleurs résultats dans ce jeu de longue haleine, la meilleure chose qu’ils pourraient faire est d’accepter le flux d’immigrants à bras ouverts et d’ignorer les cris d’indignation d’Ankara. En donnant à la Russie et à la Syrie l’espace politique et militaire nécessaires pour éradiquer définitivement le terrorisme à Idlib, le Moyen-Orient se rapprochera beaucoup plus d’une véritable stabilisation et d’une possibilité de reconstruction complète. Cela, à son tour, créerait une dynamique positive de croissance et de stabilité qui inaugurerait le retour des réfugiés syriens vivant à l’étranger, qui participeraient fièrement à la renaissance de leur pays.

    Matthew Ehret

    Le Saker francophone 

    Tags : Turquie, OTAN, Etats-Unis, terrorisme, Al Qaïda, Daech, daesh, Idelb, Syrie, Russie,

  • Palestine : Le deal de toutes les prédations

    Trois grands conflits en Afrique et au Moyen Orient ont jeté un voile sur un vieux problème que l’humanité traîne depuis plus de 70 ans. En effet, le Mali, la Libye et la Syrie vers où convergent les inquiétudes des Occidentaux, des Africains et des Arabes, ont relégué au second plan la question de décolonisation en Palestine. La récente sortie de Trump avec son «deal du siècle» renseigne, si besoin, des conséquences de l’absence de vigilance sur le dossier palestinien.

    Certes, les deux époques sont différentes, l’origine des conflits également, mais l’on constate dans les deux cas une volonté occidentale de maintenir la plaie ouverte. Les Britanniques, les Français et les Américains, le trio de pays qui n’ont pas hésité à attaquer l’Egypte de Nasser en 1956, pour sauver Israël, pousser ces dernières années les pays du monde à entrer dans un conflit international et ouvert contre la Syrie. Un seul objectif sous-tend cette attitude guerrière: fragiliser au maximum le pays-cible pour le rendre dépendant de leur volonté et l’offrir à Israël, dont le rêve de contrôler le monde arabe, n’a jamais été aussi près d’être réalisé.

    Dans ce monde arabe, il y a également l’Algérie. Après l’échec de l’anéantissement de cette grande Nation, le même trio milite «secrètement» pour allumer la mèche d’un autre conflit aux conséquences insoupçonnables aux frontières sud et est du pays. Pareille perspective n’anéantira certainement pas l’Algérie, mais risque de l’affaiblir au sens où elle aura, en tant que puissance régionale, à gérer une situation inextricable où des dizaines de pays impliqués dans la guerre, voudraient tirer profit de la situation.

    Le but des Occidentaux à travers l’internationalisation des conflits libyen, syrien et malien, est sans doute de créer des foyers de tension permanents qui viendraient s’ajouter à la question palestinienne. Cela reléguera aux calendes grecques le règlement d’une des plus importantes et légitimes revendications de l’humanité depuis l’imposition par les pays du tiers-monde du principe de l’autodétermination.

    Il est vrai que ces conflits arrangent deux alliés objectifs de l’Occident: Israël. Le printemps arabe et Daech ont complètement occulté les souffrances du peuple palestinien encore sous le joug de l’occupation. Comme quoi les «Révolutions» et le terrorisme servent les pouvoirs les plus injustes de la planète.

    Par Nabil G.

    Ouest Tribune, 12 fév 2020

    Tags : Palestine, Etats-Unis, Israël, deal du siècle, autodétermination, Proche Orient, monde arabe, terrorisme, Daech, printemps arabe,

  • Human Rights Watch salue le rapatriement des enfants des terroristes de Daech par la Tunisie

    Pour l’organisation des droits de l’Homme cette démarche permettrait de protéger les enfants

    Meher Hajbı

    AA – Tunis

    Human Rights Watch a estimé, jeudi, que le rapatriement des six enfants des terroristes de Daech par la Tunisie constitue une démarche vers la protection des droits de ces enfants.

    Dans un communiqué rendu public jeudi, l’organisation a expliqué que les autorités tunisiennes devraient tout mettre en œuvre pour accélérer le retour de plus de 36 autres enfants toujours bloqués en Libye, ainsi que les 160 autres enfants qui seraient également détenus dans des camps et des prisons en Syrie et en Irak ».

    Pour Human Rights Watch, les femmes détenues avec leurs enfants, ainsi que les hommes soupçonnés d’appartenir à Daech, pourraient faire l’objet d’une enquête et être jugés dans le cadre des normes de procès équitable après leur retour.

    En effet, le 24 janvier, le président tunisien Kaïs Saïed a ordonné de suivre le dossier des enfants bloqués en Libye et de faciliter leur retour au pays après avoir reçu 6 orphelins récupérés de Libye.

    La Présidence de la République accorde au dossier du retour des enfants bloqués une importance particulière. Le président Saïed avait convenu, lors de sa rencontre avec le président du Conseil présidentiel du gouvernement libyen, Fayez al-Sarraj, d’assurer le retour rapide de ces enfants. (Anadolou)

    Tags : Tunisie, Daech, Daesh, ISIS, Etat Islamique, EI, terrorisme, Syrie,

  • La prostitution au Maroc finançait-elle Daech ?

    Le plus vieux métier du monde a encore de beaux jours devant lui. On n’a plus le «bousbir» (célèbre quartier de maisons closes) d’antan, cette antre de la prostitution légalisée du temps du Protectorat installée dans l’ancienne médina de Casablanca, où les soldats français, et autres marocains en mal de plaisir, venaient se divertir, mais le commerce du sexe fleurit toujours dans toutes les villes du pays.

    «Durant les années 1970, raconte ce témoin sexagénaire, il n’existait pas de quartier où il n’y avait pas une maison close, sous la houlette d’une entremetteuse, pour accueillir les clients à longueur de journée. La passe ne coûtait pas plus de dix dirhams, et les jeunes y venaient vivre leur première expérience sexuelle. Les hôtels avaient aussi leur lot de prostituées, jeunes, belles et moins belles, l’entremetteuse les présentait au client, qui faisait son choix. On y proposait même des garçons». La loi interdisait, comme d’ailleurs de nos jours, la prostitution, mais, comme à l’époque, elle était pratiquée à grande échelle, pauvreté et précarité obligent. Mais pas seulement.

    La nouveauté en effet en ce début de XXIe siècle est que le plus vieux métier du monde devient un business lucratif et une voie facile et rapide d’enrichissement, pour celles et ceux qui offrent leur corps comme marchandise, sur un marché de plus en plus demandeur. Ceci dit, la pratique de la prostitution comme on le sait est condamnée par les mœurs, abhorrée par la religion, interdite par la loi. Cela va de l’article 497 à l’article 504 du code pénal. Les peines d’emprisonnement vont de deux à dix ans et les amendes de 5 000 DH à un million de dirhams.

    La prostituée et le client sont punis selon les dispositions de l’article 490 du code pénal, qui stipule que «toute relation sexuelle extraconjugale entre un homme et une femme est considérée comme prostitution et punie d’une peine d’emprisonnement ferme allant d’un mois à un an». Si une des personnes est mariée, c’est l’article 491 qui est appliqué et qui «punit d’une peine d’emprisonnement ferme d’un an à deux ans tout conjoint impliqué dans une affaire d’adultère». La poursuite est annulée si la conjointe annule la plainte. D’un autre côté il n’existe pas d’étude sur le sujet pour éclairer nos lanternes d’une manière scientifique, ni de statistiques officielles pour estimer le nombre de ces vendeurs de sexe.

    «A défaut de ces statistiques officielles, nous ne disposons que de monographies préparées par nos étudiants sur le sujet, et elles montrent, toutes, que la prostitution est pratiquée partout au Maroc. Nouveauté : elle a changé de forme. La précarité et la pauvreté constituent toujours la cause principale, mais les choses ont évolué ces dernières années avec une société de consommation qui crée de plus en plus de frustrations», remarque Jamal Khalil, sociologue (voir entretien).

    Le phénomène touche désormais toutes les catégories sociales, milieu estudiantin compris, et la misère n’en est plus le principal moteur. Les quelques fines études sur le sujet dont on dispose sont le produit d’associations de lutte contre le sida, car, elles savent que le principal facteur de propagation de cette maladie est la prostitution, et les enquêtes qu’elles mènent sur ce milieu sont riches d’enseignements. L’une d’elles, menée en 2008 par l’Organisation panafricaine de lutte contre le sida (OPALS), a révélé des réalités insoutenables. D’abord le jeune âge des prostituées : sur un échantillon de 500 travailleuses du sexe ayant fait l’objet de cette enquête, 32,6% ont eu leur premier rapport sexuel entre 6 et 15 ans (peut-on parler de rapport sexuel à cet âge ?), 59,4% ont été payées pour la première fois entre l’âge de 9 et 15 ans, et 90% des interrogées déclarent avoir intégré le monde de la prostitution avant l’âge de 20 ans. Ensuite, sur la manière dont des enfants sont exploités sexuellement : 13% de l’échantillon, ajoute l’enquête, sont des petites filles vierges qui proposent sodomie, fellation ou encore «coups de pinceaux» à la va-vite.

    La prostitution au Maroc finance-t-elle Daech ?

    L’enquête de l’OPALS a touché la catégorie démunie de la population qui vend son corps pour gagner sa vie. On la trouve dans toutes les villes du Maroc, c’est la plus courante. «La grande majorité des prostituées ne l’est pas devenue par choix, ni par goût de luxe. Elles y ont échoué après une longue dérive et n’ont que leur corps comme source de revenus», coécrivent les deux sociologues, Soumia Naâmane et Chakib Guessous dans leur livre Grossesses de la honte (Ed. Afrique Orient, 2011). Mais, selon la catégorie sociale des vendeuses de sexe et de leurs clients, cette prostitution peut être «bon marché», comme elle peut être de luxe.

    Commençons par la première, la prostitution dite «bon marché» : Casablanca, Boulevard Mohammed V. Les travaux du tramway ont eu un impact négatif sur les commerces de cette artère principale du centre-ville. Mais, s’il y a une activité qui n’a pas été touchée par ce remue-ménage, c’est bien la prostitution. Sur l’artère principale mais également dans les ruelles adjacentes, vers Mers Sultan, le centre-ville historique et ses multiples cafés sont les endroits du business de la chair. «A la terrasse des cafés, une clientèle normale vient s’attabler. Pour le reste et à l’étage, ce sont des lieux de marchandage pour des passes», explique Rachid, serveur dans une crémerie de Mers Sultan. Dans cet univers, le prix d’une passe est de 100 DH et les ébats se déroulent en majorité dans des appartement à proximité du café. Dans chaque quartier, c’est une entremetteuse qui assure le bon fonctionnement de ce système et qui se fait payer également pour la transaction sexuelle. «C’est 60 DH pour moi et 60 DH pour l’entremetteuse», avoue, Hanane, 30 ans, qui vend sa chair depuis déjà plusieurs années.

    Mais, d’où viennent ces femmes qui se prostituent pour moins de 100 DH la passe ? Qui les a poussées à devenir des professionnelles de la prostitution ? En fait, on trouve de tout dans ce marché de la chair. Notamment des quadragénaires, voire des quinquagénaires, qui travaillaient, plus jeunes, dans des bars, mais que la flétrissure de l’âge a fait dégringoler au bas de l’échelle. Une marchandise usée, à prix bas. On y retrouve également des mères célibataires, des filles violées et abandonnées par leurs familles… «Moi, je travaillais dans une usine de textile à Lissasfa pour 1 200 DH par mois. Mais je devais coucher impérativement avec le chef pour garder mon boulot. Coucher pour coucher, autant le faire pour de l’argent», explique Hanane, qui habite encore le même quartier. Les prostituées qui exercent au centre-ville vivent en général dans les quartiers périphériques de Casablanca, souvent à plusieurs sous un même toit. Elles choisissent également de vivre dans les zones surpeuplées, une façon de se noyer dans la masse et passer inaperçues.

    Au centre de Casablanca, tout près du Marché central, nous avons rencontré Najiba, la quarantaine, affublée d’une djellaba. Elle y vient chaque jour chercher du «travail» : «Si c’est pour le ménage, c’est tant mieux. Mais si c’est pour une passe, je ne dis jamais non», lance-t-elle. Elle est de mèche avec une entremetteuse du quartier qui lui assure le gîte pour la passe. Cette dernière «arrose» les policiers et ces derniers ferment les yeux. Najiba, mère célibataire, deux enfants, vit avec cinq autres femmes dans une même maison à Sidi Elkhadir, à Sidi Maârouf. «Nous avons toutes des enfants. On doit payer 300 DH pour la propriétaire, 300 DH pour la personne qui nous garde les enfants. Il faut nourrir ces enfants, leur acheter des vêtements, les envoyer à l’école… Vous comprenez pourquoi je vends mon corps à 100 DH la passe», avoue Najiba, dépitée. Le lieu de la passe ? Chez l’entremetteuse, chez le client, ou encore dans certaines salles de cinéma. Les séances de l’après-midi servent à accueillir les ébats sexuels de ceux qui ne peuvent se payer une chambre chez l’entremetteuse. Une bonne partie des salles de cinéma, du moins celles encore ouvertes, sont concernées par ce business. D’ailleurs, il n’est pas rare de trouver à proximité de ces salles des femmes reconnaissables à leurs regards aguichants et à leur démarche provocante.

    «La passe varie selon la tête du client et la nature de la prestation. Une salle de cinéma, c’est pas ce qu’il y a de plus confortable», explique le serveur d’un café à proximité d’une salle de cinéma au centre-ville.

    Les filles de joie, on les trouve aussi, la nuit, du côté du boulevard d’Anfa, à l’affût de clients potentiels. Le racolage bat son plein : des voitures s’arrêtent et disparaissent dans le noir à la recherche d’une «planque» où pratiquer, si ce n’est dans les voitures mêmes, ou dans les taxis en contrepartie d’un pécule pour le chauffeur. Parmi ces prostituées, quelques-unes sont des SDF. Là, l’ambiances est glauque, et, parfois, elles se contentent de montants dérisoires pour une passe (15 ou 20 DH), pour se procurer de quoi s’acheter de la drogue, ou leur bouteille de vin. Il leur arrive d’être brutalement agressées et poursuivies par la police.

    D’autres, un peu plus «préservées», se placent près des hôtels longeant le boulevard d’Anfa où elles se querellent constamment pour un meilleur emplacement. Ce même type de prostitution est répandu dans les quartiers populaires. A Sidi Bernoussi extension, là où de nouveaux immeubles poussent chaque jour, des prostituées vivant dans les bidonvilles avoisinants se rabattent sur les maçons et autres ouvriers des chantiers; la passe va de 20 à 50 DH et l’acte est consommé sur le chantier même.

    Direction Tanger. La ville du détroit, la nuit tombée, vit au rythme de visiteurs venus goûter aux délices d’une chair, pas trop chère, assez attirante, abondante à satiété. Lieu : un hôtel trois étoiles, sur la corniche, face à la mer. Les passes y sont quotidiennes, dans un cadre plus feutré, plus confortable. A proximité : une discothèque. Une clientèle masculine diversifiée : nationaux, Espagnols, Français, Hollandais, MRE, ressortissants de pays du Golfe. De l’alcool à profusion, on s’amuse. La clientèle féminine : des prostituées, de 18 à 30 ans, venues en majorité d’autres villes (Fès, Meknès, Taounate, Azrou, Sefrou, Asilah, Larache…), pour être plus discrètes et pour rencontrer des clients plus généreux. Chacune a son histoire.

    Là encore, c’est la misère qui pousse la fille à vendre son corps, mais ce n’est pas la seule raison. Il y a même des filles qui ont fait des études, certaines ayant des diplômes universitaires. Siham et Malika, deux sœurs, 30 et 22 ans, viennent de Sefrou. La première a une licence en langues, sa cadette a laissé tomber les études au niveau du collège. «Je me suis mariée à 16 ans avec un homme que je n’aimais pas, mes parents me l’ont imposé. Ça n’a pas duré plus de deux ans, j’ai eu avec cet homme une fille, elle a maintenant 12 ans. J’ai repris mes études après le divorce, mais une fois diplômée, pas de travail», se désole Siham. La suite coule de source : de Fès, elle met le cap sur Tanger, pour vendre son corps et gagner de l’argent.

    «Ici, les clients sont généreux, et on passe inaperçues. On ne se plaint pas, nos corps sont encore jeunes et séduisants pour attirer une bonne clientèle, ce qui nous a permis de louer un appartement pas loin de cet hôtel à 3 500 DH le mois», reprend Siham. Malika, la cadette, était elle aussi, mariée, mais à un Saoudien. Pas pour longtemps. Juste ce qu’il fallait à ce dernier pour profiter d’une chair fraîche, et pour elle de se faire offrir quelques bijoux. Elle ne parle pas, écoute sa sœur raconter leur histoire, sans broncher. L’ambiance s’échauffe dans la boîte. Par grappes, les filles sont réunies en cercles autour de tables, en train de boire, et d’attendre un signe du client. La discothèque n’est qu’un lieu de rencontres, et la soirée qui dure jusqu’à trois heures du matin est égrenée par des passes dans l’hôtel d’à côté, ou dans d’autres. La passe coûte de 400 à 1 000 dirhams, c’est en fonction de l’heure de la nuit à laquelle elle a lieu, et selon sa durée. La moisson journalière de la fille peut atteindre jusqu’à 1 500 DH par jour, mais il y a des jours où elle ne gagne pas le moindre sou.

    «Les filles ont des charges liées à leur activité, raconte un client habitué du lieu. Les intermédiaires sont nombreux, et pour continuer à fréquenter cette boîte elle se doit de s’acquitter des pourboires au serveur, à la préposée au vestiaire, au videur, au chauffeur de taxi et au réceptionniste de l’hôtel. A chacun d’eux elle donne entre 50 et 100 DH. Mais les clients mettent souvent la main à la poche pour les aider. Ici, les filles préfèrent l’hôtel à l’appartement, elles se méfient de clients agressifs et brutaux, elles y sont plus à l’aise. Il faut ajouter à ces charges la dîme de la police quand la fille est arrêtée lors d’une rafle, c’est pourquoi elles préfèrent ne jamais s’afficher dans la rue avec un client, mais que ce dernier les rejoint à l’hôtel». La prostitution de ce niveau bat son plein dans toutes les grandes villes. La clientèle est souvent constituée de cadres de sociétés, de fonctionnaires, de commerçants plus ou moins fortunés, et d’étrangers qui font miroiter leurs devises en échange de jeunes filles à peine pubères. Elle se pratique dans des hôtels moyenne gamme, ou dans des appartements appartenant à des entremetteuses.

    Cette prostitution finance également Daech.

    La prostitution au Maroc finance-t-elle Daech ?
    Le président du Centre marocain d’études stratégiques (CMES) a fait une inattendue révélation à un site d’information de l’armée américaine : Daech s’intéresserait aux prostituées marocaines. En effet, Mohamed Benhammou, professeur à l’université Mohammed V – Souissi de Rabat, expert international sur les questions de sécurité et de terrorisme et président du Centre marocain d’études stratégiques – CMES, a révélé que le groupe terroriste en Syrie et Irak, Daech, a commencé à recruter des prostituées au Maroc.

    Faisant sa révélation au site Magharebia, web-média d’information, édité par le commandement de l’armée américaine en Afrique, l’US Africom, le Pr Benhammou a déclaré qu’il existe une dimension nouvelle concernant le voyage des femmes marocaines vers la Syrie et l’Irak, pour aller rejoindre Daech. Cette dimension est liée aux réseaux de prostitution dont l’attention s’est tournée vers la région lorsque la guerre a éclaté en Syrie.

    Mohamed Benhammou a expliqué que le CMES, le Think Tank qu’il préside, avait il y a trois ans, publié un rapport sur le crime transnational dans lequel, il relevait d’intenses activités des réseaux mondiaux de prostitution, impliquant des femmes marocaines, vers la Turquie et la Jordanie et ce en parallèle avec l’émergence en Syrie et en Irak du groupe Daech.

    Selon Benhammou, Daech et les réseaux de prostitution travaillant pour lui, exploitent le désir des filles marocaines d’immigrer en Europe et les attirent vers la Turquie, où de nombreuses jeunes filles ainsi trompées, se sont retrouvées otages de ces réseaux, qui vendaient leurs corps aux combattants de Syrie. Une fois à Istanbul, en Turquie, ou en Syrie, les candidates à l’immigration clandestine ne maîtrisent plus leur sort. Les réseaux de prostitution leur confisquent leurs passeports. Et puis, ils les exploitent sur place dans la prostitution, généralement pour le compte de leurs clients, originaires notamment du Golfe. Elles sont donc prises dans le piège. Elles ont en commun plusieurs caractéristiques: belles, jeunes, analphabètes et originaires pour leur majorité de petites localités et de patelins. Ce qui voulait dire qu’elles ont été triées méticuleusement. Elles sont issues de familles modestes, de familles à problèmes ou divorcées. Elles font des allers-retours Casa-Istanbul, sachant qu’elles sont discrètes. On peut meme assister à certaines disputes entre deux prostituées au sujet d’un client régulier. Elles se sont habituées à leur nouveau « métier », très rentable. Elles percevaient chacune jusqu’à 15.000 dollars par mois. Ce qui les pousse à se professionnaliser, ayant parfois le consentement et la bénédiction de leurs parents ou de leurs proches. Quand on a commencé à parler de l’appel à « Jihad An-Nikah » en Syrie, et avec la présence importante de femmes dans ces zones de guerre, il existe un lien entre les réseaux de prostitution, d’un côté, et les réseaux de criminalité transnationale et les réseaux terroristes, de l’autre. Au Vietnam, les prostitués tiraient des renseignements de l’armée française puis de l’armée américaine. Certaines prostituées sont exploitées par ces groupes terroristes comme Daech. Sur le plan sexuel, les membres de Daech font croire aux prostituées qu’elles servent la bonne cause et que c’est un moyen de se repentir. Bien plus que cela, ils leur proposent le double de ce qu’elles touchaient en les persuadant qu’elles peuvent tirer profit de leurs relations sexuelles, en devenant émissaires entre leurs réseaux ou en devenant des agents de renseignement auprès des camps adverses ou des Etats ciblés. Ces prostitués sont originaires du Maroc, de l’Algérie et de la Tunisie, mais aussi de l’Afrique subsaharienne et de l’Europe. La plupart d’entre elles sont arabes. C’est ce qu’on appelle les « putes de guerre », l’appellation existe dans les livres qui relatent l’histoire de la prostitution et de la guerre. En tout cas, il ne faut pas faire la séparation entre terrorisme et criminalité transnationale. La différence, s’il y en a vraiment, réside dans l’objectif de chaque groupe. Pour le premier, il est idéologique. Pour les seconds, il est matériel. En dehors de cette différence, les criminels usent de tous les moyens de renseignement pour atteindre leur objectif. Il y a une interconnexion entre les deux.

    Mohamed Benhammou en a dit :

    ‘‘Daech a profité de cette situation pour rallier les réseaux de prostitution et recruter des femmes pour le groupe dans le cadre du jihad annikah’’.

    Le président du CMES a ajouté :

    « Daech propose aux prostituées un ensemble d’incitations financières et morales, comme un salaire mensuel, une chance de se repentir, de sortir du cercle de l’illégalité et d’effacer leur passé en s’adonnant au jihad, ainsi qu’une possibilité de continuer à exercer leur profession sous le prétexte du mariage avec les combattants du groupe ».

    Mohamed Benhammou conclut :

    « C’est ainsi qu’est né le jihad annikah, par le biais d’une alliance entre Daech et les réseaux de prostitution mondiaux. Ce groupe terroriste cherche à offrir à ses combattants stabilité émotionnelle et calme, tandis que les réseaux de prostitution et les trafiquants d’êtres humains veulent de l’argent. »

    A noter que selon le site de l’armée US, Magharebia, le phénomène des femmes marocaines voyageant vers la Syrie et l’Irak a pris ces derniers mois une dimension alarmante, le nombre de ces femmes étant estimé entre 300 et 500.

    Source : Decryptnews, 18 fév 2016

    Tags : Maroc, prostitution, Daech, terrorisme, Syrie,