Étiquette : espionnage

  • Agent secret, un métier d’avenir

    L’Office allemand pour la protection de la Constitution fait le bien en cachette

    Ulrich Gellermann

    La SÜDDEUTSCHE ZEITUNG se plaignait l’année dernière : « Ils s’appellent Mehmet ou Maximilian, Jan ou Chantal, et chacun d’eux a du talent, quelque chose à travailler comme un diamant brut. Trop souvent, cependant, il n’en résulte rien. Des centaines de milliers de jeunes commencent leur formation professionnelle en Allemagne année après année, mais beaucoup trop d’entre eux ne franchissent pas ce pas décisif dans leur vie ».

    Cette préoccupation était fondée sur le rapport du gouvernement fédéral sur l’enseignement et la formation professionnels. Cela n’a pas laissé le plus loyal des fidèles, le plus secret des secrets au repos l’Office fédéral de protection de la Constitution [Bundesamt für Verfassungsschutz, service de renseignements intérieurs, NdT] a sauté dans la brèche avec une offensive de formation. Parce que ‘il y a un emploi sûr, c’est le travail dans le service d’espionnage, que ce soit en tant qu’agent pu qu’agente, que ce soit sous ou sans couverturen, que ce soit seulement en tant qu’observateur ou en tant qu’agent provocateur. Les fouineurs de l’Office PC offrent des postes de travail à l’épreuve des crises. Car qui est impliqué dans la crise de la Constitution elle-même crée ses propres emplois pour sa protection.

    Récemment sur Internet : « Faire le bien en cachette » est le titre d’un article destiné aux élèves : « L’Office fédéral pour la protection de la Constitution est l’un des meilleurs formateurs en Allemagne », écrit l’Office fédéral pour la protection de la Constitution, puis s’adresse au groupe cible : « Tu as ton diplôme d’études secondaires dans la poche ou tu auras terminé tes études en un an au plus tard et tu es cherches une tâche passionnante à Cologne et Berlin ? » Ce qui commence d’une manière aussi générale devrait être plus concret. Par exemple, avec une grande perspective salariale : au sommet de l’Office, vous pouvez gagner 11.577,13 euros par mois. Et la pension n’est pas mal non plus. Afin de promouvoir cette carrière, l’Office met en ligne le « Rapport d’un stagiaire à l’Office fédéral de protection de la Constitution ». Et de passer aussitôt au langage de la guerre : « Pendant mes huit années de service à la Bundeswehr, j’ai participé à deux missions en Afghanistan et j’ai vu les événements politiques avec les « lunettes à l’étranger » ». Oui, avec les lunettes du contrevenant au droit international, on peut voir beaucoup de choses différemment des chieurs qui adhèrent au commandement de paix de la constitution.

    C’est pourquoi le mercenaire – parce que les soldats en mission de guerre perçoivent naturellement des salaires plus élevés – peut aussi dire avec fierté au sujet du travail à l’Office : « Aucun jour n’est comme l’autre ! ». Et de même qu’il est devenu volontaire de guerre grâce à une augmentation de solde, il fait maintenant la pub pour l’Office :  » De plus, les possibilités de transfert sûr et le statut de fonctionnaire m’ont motivé à postuler un emploi ». Certes le travail à l’Office n’offre pas autant de garanties de mort qu’en Afghanistan, mais dans les environs du NSU, le groupe terroriste de droite inspiré par les agents de l’Office, il y a eu aussi beaucoup de morts. C’est ainsi que le stagiaire du genre secret continue logiquement : « En ce moment, j’apprends à connaître le travail spécialisé dans le domaine de l’extrémisme de droite. On s’y amuse bien ». Bien sûr, parfois écouter, parfois lire, parfois regarder, c’est ce qui rend le « travail de spécialiste » si passionnant. Et quiconque a appris à connaître l’extrémisme de droite, en tant que Führer agent ou même en formation de Führer, peut apprendre à connaître le Führer de demain, c’est quelque chose, ça.

    On peut certainement corriger un petit manque dans l’annonce de recrutement : ce n’est pas assez concret. La description exacte du poste ne serait pas si difficile. Qu’en est-il de la formation comme déchiqueteur de documents, par exemple ? Il y a aussi quelque chose à apprendre en tant que regardeur ailleurs dans la préparation d’actes terroristes de droite. Très certainement, le service de presse de l’Office a encore beaucoup d’emplois de dissimulateur ou d’obscurcisseur à offrir. Et vous pouvez aussi faire carrière comme examinateur de couleurs, à en croire le rapport de notre stagiaire fédéral : « Il est important d’avoir l’œil pour les détails. Il est crucial de savoir si une cible porte un bonnet rouge ou bleu lors d’une observation continue, par exemple ». Quand il ne se passe rien, l’observation continue. Après tout, il y a même la possibilité de jouer au ballon en service, comme on peut le lire dans le rapport du stagiaire : « Si vous perdez de vue la cible, alors vous devez rester sur le ballon et faire tout votre possible pour la retrouver ! » Donc, si vous voulez envisager une carrière d’agousin ouvrant droit à pension, vous devriez présenter votre demande immédiatement.

    Le mieux est d’envoyer votre dossier à Angela Pley, attachée de presse de l’Office fédéral. Mme Pley a déjà prouvé ses qualifications lorsqu’elle a tiré au sort les postes d’observation pendant le procès du NSU. Après que l’Office eut initialement exclu les médias turcs, un nouveau tirage au sort a dû être effectué. Malheureusement, la déclaration spongieuse de Mme Pley au quotidien suédois Svenska Dagbladet n’a pas pu être réenregistrée : « Nous savons que dans les années 1990, de nombreux Allemands se sont rendus en Suède pour assister à des concerts et des manifestations d’extrême droite. Cependant, nous n’avons aucune information confirmée sur la participation des trois personnes en question (Zschäpe, Mundlos et Böhnhardt) à des manifestations suédoises ». Ainsi Mme Pley a rempli les vertus des armoiries de l’office de façon presque exemplaire ne rien voir et ne rien entendre, ça elle sait déjà bien le faire ; ne rien dire, ça viendra plus tard.

    L’Office peut être joint jour et nuit à l’adresse électronique suivante : bfvinfo@verfassungsschutz.de.

    Source: Tlaxcala

    Tags : agent secret, Allemagne, services secrets, espionnage,

  • Maroc – RG : Espions de proximité

    Vous ne savez rien d’eux, ils savent tout de vous. Enquête sur le premier service secret du royaume.

    “Le modèle policier marocain fut dominé dès sa naissance par une priorité absolue donnée à l’ordre public”, analyse Police Magazine. Une façon de voir, ajoute le mag’ des flics du royaume, marquée par une “présence accrue sur le terrain”. La revue ne croit pas si bien dire. Un service de police a embouteillé en particulier ce terrain : les Renseignements généraux, RG de leur petit nom. Rattachés Direction générale de la sûreté nationale (DGSN), ils sont chargés depuis l’indépendance de collecter et d’analyser des informations en tout genre. Sous le règne de Hassan II, “l’ordre public” devient en priorité un ordre politique à protéger. Grâce à une police de proximité proche des Marocains au mauvais sens du terme. Les RG se voient confier la tâche de ficher les opposants au régime, les filer, noter leurs faits et gestes, mêmes les plus anodins. Ayant fêté leurs 53 ans, le 16 mai dernier, les RG continuent de croquer dans la vie des autres à pleines dents. Hier, ils mâchaient le travail aux sécuritaires en surveillant la gauche et ses projets de lendemains qui chantent. Depuis les attentats kamikazes du 16 mai 2003, ils se font les crocs sur un nouveau sujet d’inquiétude : les Marocains susceptibles de se transformer en pop corn humain.

    Le barbier de service

    17 avril 2008. La jeunesse du PJD tient congrès à Rabat. La barbe marxiste a fait place à une pilosité religieuse chez les jeunes. Mais le barbier est le même, ni de droite ni de gauche, fidèle à un seul slogan : “On vous le dit d’entrée au moment de votre affectation. Notre seule opinion politique doit être Allah Al Watan Al Malik”, confie un inspecteur des RG. Ses collègues sont disséminés dans l’assistance, à peine discrets. Ils se cachent davantage pour la forme, tout le monde sachant qu’ils sont là. Suivre la vie politique et syndicale, au fil des congrès et de manifestations en sit-in, vous transforme à la longue en éléments du décor. L’officier des RG supervisant la pêche à l’info a même droit à un siège à l’entrée de la salle. Il se plaint auprès d’un journaliste d’être obligé de travailler un dimanche. Tout ça, c’est la routine pour lui. Un détail trouble cependant son ennui. Des jeunes du PJD se font prendre en photo au fond de la salle. Ils ont cintré leur front d’un bandeau vert : le bandana des brigades Azzedine Al Qassam, une branche armée du Hamas. Cela relève du décorum et de l’actualité. C’est dans l’air du temps, tout au plus. Mais l’officier en prend tout de même note. Car c’est son boulot l’air du temps, le sentir, le nez à la recherche de l’odeur discordante. Il “chemcheme”, selon le jargon des RG. Au plus près du corps social. De ses besoins primaires parfois. Comme manger.

    Du pain et eux

    Les kamikazes de Hay Farah auraient ainsi été trahis par leur estomac. Le propriétaire d’un four du quartier aurait tiqué devant une commande inhabituelle. Un client venait de déposer huit pains à cuire au lieu des deux habituels. “Moul ferran” en aurait parlé au moqddem du quartier. Fidèle à la voie administrative, le fonctionnaire transmet le tuyau à l’inspecteur des RG du commissariat le plus proche. En temps ordinaire, ce dernier aurait classé l’info à la rubrique des chiens écrasés. Mais ce n’était pas un jour comme les autres. Un kamikaze venait de se faire exploser dans un cyber de Sidi Moumen, deux autres à quelques pas du consulat américain de Casablanca. Le Maroc est en alerte. Six pains en trop, le compte n’est pas bon, c’est peut-être un scoop. Quelques jours plus tard, les forces de l’ordre encerclent le quartier, accompagnées d’agents de la DGED et de la DST. Les RG, quant à eux, restent en retrait, au sein de la foule des curieux… Hay Farah illustre leur place dans le dispositif des renseignements marocains. A cheval entre la police et les services secrets, ils informent mais n’agissent pas. Ils sont le back-office dans l’entreprise du renseignement, chargés d’alimenter une base de données, afin de fournir en temps et en heure des noms, des lieux et des dates. “Les informations recueillies par les RG ont permis les rafles massives après le 16 mai”, explique à ce propos Mohamed Darif, spécialiste des mouvements islamistes. Sauf qu’aujourd’hui, l’info label RG n’aurait plus autant la cote dans la lutte contre le terrorisme. Noter les petits riens du quotidien, leur raison d’être, c’est avoir la tête dans le guidon. Ne pas voir loin alors que cela se passe ailleurs : “En 2006, l’Etat a dû admettre que le terrorisme au Maroc avait des ramifications internationales. Chargée d’enquêter à l’étranger, la DGED est devenue tête de file dans le recueil de renseignements”, analyse Darif. Et les RG has been du coup, accusés de radoter, à l’instar d’un vieil agent secret dépassé par les événements.

    Trop d’infos tue l’info

    Le 16 mai est venu aggraver la maladie. Des informateurs se sont mis à noter tous les signes extérieurs de religiosité, transformant le service de police en tout à l’égout. “On nous signale des trucs sans importance. Un vendeur de détail a trouvé suspect, un jour, le comportement d’un habitant car il allait à la mosquée trop souvent. Vérification faite, il y priait 5 fois par jour, quoi de plus normal”, confie un inspecteur des RG. “C’est le principe du trop d’informations tue l’information”, analyse Darif. Ce reproche est fait aux RG depuis toujours?: obstruer les canaux de renseignements avec des infos sans aucune valeur. “Au lendemain de l’indépendance, on a donné des postes au sein des RG à des résistants dont on ne savait pas quoi faire. La qualité des informations recueillies s’en est ressentie”, explique Darif. L’analyse n’était pas au rendez-vous non plus, à en croire plusieurs militants ayant eu affaire à eux : “J’ai été interrogé à la fin des années 80 par un commissaire des RG. Il était incapable de me situer sur l’échiquier politique. On lui avait écrit la question à me poser sur un bout de papier. Cela vous donne une idée de son niveau intellectuel”, ironise Mohamed Sebbar, président du Forum vérité et justice. Le peu d’intérêt porté à la compétence des agents se serait fait ressentir même dans le choix des patrons. Le meilleur exemple reste Brahim Hmiri, responsable des RG au milieu des années 1990. Nommé à la tête de la DGSN, Hafid Benhachem l’a mis au placard illico presto. Il est allé jusqu’à afficher dans tous les commissariats du royaume une circulaire soulignant l’incompétence supposée du patron des RG…

    Agents new look

    “L’Etat a décidé de moderniser ses services de renseignements suite aux attentats de 2003. Les RG ont aussi eu droit à un programme de mise à niveau”, explique Mohamed Darif. Au bas de l’échelle, les petites mains sont désormais sommées de trier de manière plus stricte le bon grain de l’ivraie. Repérer la pépite dans un fatras d’infos faisandées. Et la livrer toute chaude aux patrons à Rabat pour l’analyse. Pour cela, le service tberguig de la police s’est lancé depuis peu dans une mise à niveau de ses cadres. C’est ainsi qu’en 2007, près d’une cinquantaine de hauts gradés des RG sont partis aux Etats-Unis s’initier aux méthodes du FBI. La base, elle, n’a pas eu droit à un voyage exotique. On l’a plutôt renvoyée sur les bancs de l’école : “Une formation continue pour les agents chargés du renseignement a été mise en place”, explique une source sécuritaire. Une manière de combler une lacune : les futurs agents des RG suivent un tronc commun à tous les flics du royaume sans cours spécifique sur la récolte d’infos.

    Les effectifs ont aussi été rajeunis. Le lifting saute d’ailleurs aux yeux pour qui fréquente les couloirs des tribunaux lors des procès des islamistes. Il est devenu courant de croiser dans la salle d’un tribunal des agents en jeans, tout propres sur eux. “Ce sont nos jeunes !”, vous signale tout fier un officier des RG. Les plus audacieux, quelques semaines après le grand saut, se sentent déjà comme des poissons dans l’eau. Ils n’hésitent pas à aborder les avocats des accusés, sonder un proche parent, voire même discuter d’un article sur le procès avec le journaliste concerné.

    Université à la loupe

    Ces jeunes pousses peuvent aussi être affectées à la surveillance des facultés. C’était déjà valable à l’époque de Basri, qui avait infiltré des éléments des RG à l’université afin de surveiller les étudiants d’extrême gauche. Le campus de Fès a ainsi bénéficié d’une “attention particulière” suite aux événements sanglants du début des années 1990. “Il était courant de voir des étudiants attaquer, à jets de pierre, des voitures des RG traversant le campus universitaire”, témoigne un ancien étudiant à Fès. Le service de police a aussi noyauté la faculté de Fès en recrutant des informateurs parmi les étudiants. En réponse, les militants d’extrême gauche organisaient des procès symboliques pour juger les indics démasqués. Aujourd’hui Basri n’est plus, mais les RG surveillent autant les facs, collant au plus près de l’actualité estudiantine toujours aussi agitée. Simple exemple, entre autres, les manifestations d’étudiants sahraouis de l’Aïd El Kébir dernier, à la gare routière d’Agadir. Voulant rentrer chez eux pour la fête, coûte que coûte, deux d’entre eux sont morts dans l’agitation générale. En réaction, les RG se sont mis en branle en quadrillant les facultés comptant une présence massive de Sahraouis. Ils ont aussi investi les gares. Comme cet agent des RG qui a passé semaine à la station ferroviaire de Mohammédia, en jellaba et babouche, pour signaler tout risque de débordement.

    Photo souvenir

    Les RG ont une obsession chevillée au corps : ficher les nouvelles têtes tentées par la contestation. “On photographie tous les visages inconnus lors des réunions d’étudiants d’extrême gauche ou de diplômés-chômeurs”, raconte un inspecteur des RG, qui s’est vu plusieurs fois confier la mission de retrouver le domicile des “clichetés”. “On commence toujours l’enquête par une tournée des mouqataâs du secteur en demandant à voir les moqaddems”. Un vague air de ressemblance, croit seulement distinguer l’un d’entre eux ? L’inspecteur va tout de même vérifier à l’adresse indiquée. Si la piste est un ***-de-sac, pas grave. On passe aux moqaddems suivants. C’est juste une question de patience car, au final, le “suspect” est toujours localisé. “J’entame une conversation avec un habitant du quartier sous un prétexte quelconque. Si cela accroche entre nous, je lui montre la photo en racontant un bobard. Que je le cherche car il doit de l’argent à un vieux haj, par exemple. C’est une histoire qui marche bien”, confie-t-il. Le voisin accepte d’aller frapper à la porte du vilain débiteur. “Je menace le suspect de lui faire un scandale s’il ne rend pas l’argent à l’haj. Il accepte toujours de me suivre pour une explication. J’indique discrètement au taxi de passer par le boulevard Zerktouni”, poursuit l’inspecteur. Pause surprise au niveau de la préfecture de police de Casablanca. Le jeune homme se retrouve, étonné, dans un bureau à l’étage où on lui conseille gentiment de “changer de fréquentations”.

    T’as du réseau ?

    “Les gens collaborent avec une facilité déconcertante”, lance, apathique, un inspecteur des RG. Il trouve la délation presque normale, le tberguig étant un sport national au royaume, moins fatigant que le football. Plus sarcastique, un haut responsable de la police nationale a résumé un jour la situation : “Le Maroc a une chance formidable. Il compte 30 millions d’informateurs potentiels”. Du citoyen lambda au militaire à la retraite, le contact établi par les RG prend mille et une formes. S’arc-boutant sur le réseau officiel des moqadems, ils recrutent aussi dans une masse d’informateurs informels, s’immisçant dans tout le champ professionnel. A voir comment procèdent les RG, il n’y a jamais trop d’indics. A chacun son utilité, son champ de vision, ses détails. Parmi les informateurs potentiels, les pompistes. De leurs stations-service, ils repèrent les voitures neuves, jugent, à la tête du client, s’il a le profil pour conduire un tel bolide. Les profilers de la pompe à essence, aussi performants qu’ils puissent être, restent des indics anonymes. “Dans le rapport, on indique que l’information nous a été transmise par un agent de la circulation, pour ne pas créer d’embrouilles avec les dirigeants des chaînes de station-service”, justifie cet inspecteur. Ça, c’est de l’entraide. Les vendeurs de détail ont aussi leur utilité. Et pour cause?: leur emplacement, à un poste fixe, leur permet d’observer les passants. Leur carré de rue, avec vue dégagée des deux côtés, laisse le champ libre à toute sorte d’investigation statique. Même intérêt pour les chauffeurs de bus et de taxi, sur la route toute la sainte journée. Les RG amassent l’information, après le service du conducteur, dans les dépôts. Dans la même veine romantique, le rôle de la Lydec dans les renseignements généraux?: tout nouvel abonnement leur est faxé illico presto. Et tout ça, pour combien ? 700 DH par mois pour l’indic lambda qui a fait ses preuves. Il faut le vouloir.

    Tous les chats sont gris

    4ème étage de la préfecture de police de Casablanca. Un grand tableau plein de chiffres. Les codes des enquêtes en cours s’égrènent : 411, 413, etc. Elles ont été ouvertes pour beaucoup grâce à des infos glanées par les RG. Parmi les cas, sexe, drogues et trafic en tous genres. La moisson nocturne a été bonne grâce à la surveillance des bars, boîtes de nuit et cabarets. Hiboux de nuits, ils contrôlent l’horaire de fermeture, le respect de la législation sur l’alcool. La ronde des inspecteurs englobe aussi les casinos dans le cadre de la “police des courses et des jeux”. Il y a bien entendu, derrière la tournée pépère, comme une directive administrative, une face obscure. “L’aire d’intervention de la police de la réglementation (les RG, ndlr) est une aire de menace par excellence”, note Abdellatif Agnouch, professeur en sécurité publique à l’université de Settat. L’“aire de menace” devient ipso facto une zone de pêche à l’info auprès des videurs et des gérants de boîtes de nuit. Et last but not least, les prostituées : “Elles sont utiles pour lutter contre le deal de cocaïne dans les boîtes de nuit”, précise un inspecteur des RG. Elles prennent note aussi d’“un client habituel qui dépense subitement trop d’argent”. Au cœur des excès, là où cela se passe aussi pour les RG. Presque à la marge, un autre de leur territoire de chasse : “On a répertorié 75 000 homosexuels à Casablanca”, lâche un inspecteur au détour d’une phrase. Scribe des mœurs des autres, il recrute beaucoup d’informateurs parmi eux. La boucle est bouclée…

    Telquel

    Source

    Tags : Maroc, services secrets, sécurité, espionnage, RG, rensignements,

  • A propos du logiciel d’espionnage israélien que le Maroc utilise

    Actuellement, un téléphone portable peut être piraté avec un simple appel Whatsapp grâce au logiciel israélien Pegasus que le Maroc utilise pour espionner les opposants au régime. The Guardian en parle dans un article publié le 19 mai 2019

    L’histoire du logiciel espion pour WhatsApp nous dit que rien n’est sécurisé

    John Naughton

    L’attaque sur l’application de messagerie nous a montré que l’espionnage est une entreprise florissante

    Quand Edward Snowden s’est retrouvé à l’extérieur à l’été 2013 et qu’une équipe de journalistes du Guardian l’a rencontré dans son hôtel de Hong Kong, il a insisté non seulement pour qu’ils éteignent leur téléphone portable, mais aussi pour qu’ils placent les appareils dans un réfrigérateur. Cette précaution laissait supposer que Snowden avait une connaissance particulière des pouvoirs de la NSA en matière de piratage, en particulier du fait que l’agence avait développé des techniques permettant de prendre secrètement le contrôle d’un téléphone mobile et de l’utiliser comme appareil de suivi et d’enregistrement. Cela semblait plausible à quiconque connaissait les capacités d’organismes tels que la NSA ou le GCHQ. Et en fait, quelques années plus tard, de telles capacités ont été explicitement considérées comme nécessaires et autorisées (comme «interférence d’équipement») dans la loi de 2016 sur les pouvoirs d’investigation.

    Lorsque Snowden s’est entretenu avec des journalistes à Hong Kong, WhatsApp était une start-up de quatre ans avec un modèle commercial honnête (les gens payaient pour l’application), environ 200 millions d’utilisateurs actifs et une valeur de 1,5 milliard de dollars. En février 2014, Facebook a acheté l’entreprise pour 19 milliards de dollars et tout a changé. WhatsApp a connu une croissance exponentielle dans son omniprésence actuelle: elle compte plus de 1,5 milliard d’utilisateurs et s’est propagée comme une éruption cutanée sur la planète entière.

    Parmi ses avantages, il offre aux utilisateurs un cryptage de bout en bout sans effort pour leurs communications, renforçant ainsi leur vie privée. Même Facebook ne peut pas lire leurs messages. (Par coïncidence, cela fournit à Facebook une carte permettant de sortir de prison, car si les utilisateurs envoient toutes sortes de messages illégaux, peu recommandables ou manipulateurs – et certains le sont -, Facebook ne peut en être tenu responsable, ce qui coûte cher ». modération ”sont donc réduites.)

    En 2014, WhatsApp a introduit une nouvelle fonctionnalité – les appels vocaux gratuits cryptés – qui donnait à chaque utilisateur une installation jusque-là appréciée uniquement par les dirigeants politiques et militaires d’États sophistiqués. Naturellement, il est devenu très populaire, au point que la plupart des conversations téléphoniques intercontinentales entre membres de familles dispersées dans le monde sont probablement désormais acheminées via WhatsApp.

    Tout cela explique les rumeurs sur les révélations de la semaine dernière qui ont été enterrées dans la fonction d’appel vocal était une énorme faille de sécurité. Un méchant féru de technologie pourrait passer un appel WhatsApp à un téléphone cible afin de permettre l’installation secrète de logiciels espions pour transformer le téléphone en un dispositif de surveillance à distance. «Quelques minutes après l’appel manqué», rapporte le Financial Times, «le téléphone commence à révéler son contenu crypté, reflété sur un écran d’ordinateur à l’autre bout du monde. Il retransmet ensuite les détails les plus intimes, tels que les messages privés et l’emplacement, et allume même l’appareil photo et le microphone pour les réunions en direct. »Et ce qui est vraiment impressionnant, c’est que l’appel incriminé n’a même pas besoin d’être répondu: un appel manqué reste permet à l’intrus de laisser tomber sa «charge utile» – un logiciel appelé Pegasus, capable de percer les secrets les plus profonds de tout smartphone.

    Propre, hein? En l’occurrence, il s’agit d’une histoire plus ancienne que ce que suggèrent de nombreux médias. Il s’agissait de la dernière mise à niveau d’un produit vieux de dix ans créé par une société secrète israélienne appelée NSO. La technologie serait si puissante que le ministère de la Défense israélien est censé en réglementer la vente aux forces de l’ordre étrangères et aux agences de sécurité de l’État.

    Les recherches de Ron Deibart et de ses collègues de l’admirable Citizen Lab de l’Université de Toronto suggèrent toutefois que la supervision israélienne des exportations de la NSO a été, pour le moins, permissive. Le projet suit l’utilisation de Pegasus par le gouvernement mexicain et d’autres organisations depuis 2016.

    Les chercheurs ont découvert que les logiciels espions étaient utilisés pour cibler un large éventail de personnes qui ont toutes un point commun: elles sont une épine dans le pied du gouvernement au pouvoir. Parmi les victimes figurent des militants favorables à l’introduction d’une taxe sur les boissons non alcoolisées; législateurs et politiciens indépendants de haut niveau; avocats des familles des femmes assassinées; le directeur d’un groupe mexicain anti-corruption; et des journalistes enquêtant sur des cartels illégaux.

    La méthodologie de l’attaque suit un schéma prévisible. En mai 2017, par exemple, un journaliste primé, Javier Valdez Cárdenas, fondateur de RíoDoce, un journal mexicain connu pour ses enquêtes sur les cartels, a été abattu près de son bureau. Deux jours plus tard, un de ses collègues a reçu un message texte nommant les meurtriers et incluant un lien vers une preuve documentaire, qui était bien sûr le lien destiné à installer Pegasus sur son téléphone.

    La nouvelle tournure de cette histoire est que le conduit pour l’installation secrète de Pegasus est maintenant un simple appel WhatsApp plutôt qu’un texte de phishing. Après tout, même le journaliste le plus stupide sait ne pas cliquer sur un lien provenant d’une source inconnue. Selon le Financial Times, le nouveau piratage d’appel vocal est présenté par la NSO comme un nouveau « vecteur d’attaque » séduisant, ce qui, j’en suis sûr, s’adresse aux types de régimes autoritaires qui aiment ce genre de chose. Pensez à Bahreïn, au Maroc, à l’Arabie saoudite et aux Émirats arabes unis. Cependant, il est curieux de constater que les OSN prétendent également avoir des contrats avec 21 pays de l’UE. Par conséquent, si vous êtes préoccupé par votre sécurité ou votre vie privée, achetez un Nokia 3310 et conservez l’iPhone au réfrigérateur.

    Tags : Whatsapp, espionnage, logiciel espion, Pegasus, NSO,

  • Le Maroc espionne l’Algérie via les réseaux sociaux et par satellite !

    Les services de renseignements marocains ont crée une nouvelle branche spécialisée dans l’espionnage des algériens, via les réseaux sociaux, dont le Facebook et le Twitter sont en tête de liste pour espionner l’Algérie.

    Le Maroc ne se lasse pas de s’équiper de nouvelles technologies pour connaitre et suivre de prêt l’orientation des algériens en termes d’affaires locales ou internationales, afin de l’exploiter dans les plans hostiles que le Makhzen trame contre l’Etat algérien, gouvernement et peuple. Les services algériens spécialisés dans la lutte contre le terrorisme et la cybercriminalité ont avorté une grande opération d’espionnage procédée par les services de renseignements marocains.

    Cette opération consistait à contrôler les commentaires postés par les algériens, ainsi leurs opinions culturelles et politiques . Le Maroc a signé l’année dernière un contrat avec la France portant sur la vente de deux satellites d’observation de type Pléiades en deux phases (1 + 1). La mission principale dévolue à ces satellites serait la surveillance des mouvements des troupes de l’armée algérienne. A cet effet,la presse algérienne a accusé le Maroc de vouloir espionner l’Algérie avec son satellite français et a indiqué que cette prétendue transaction, renforce encore plus, le global, l’ininterrompu et le multisectoriel, axe Rabat -Paris .

    Source: ALgérie360, 13 vr 2015

    Tags : Algérie, Maroc, espionnage, Facebook, réseaux sociaux, satellites,

  • Le Maroc espionne l’Algérie via Facebook !

    Les services de renseignements marocains ont crée une nouvelle branche spécialisée dans l’espionnage des algériens, via les réseaux sociaux, dont le Facebook et le Twitter sont en tête de liste pour espionner l’Algérie.

    Le Maroc ne se lasse pas de s’équiper de nouvelles technologies pour connaitre et suivre de prêt l’orientation des algériens en termes d’affaires locales ou internationales, afin de l’exploiter dans les plans hostiles que le Makhzen trame contre l’Etat algérien, gouvernement et peuple.

    Echorouk a appris de sources bien informées que les services algériens spécialisés dans la lutte contre le terrorisme et la cybercriminalité ont avorté une grande opération d’espionnage procédée par les services de renseignements marocains.Cette opération consistait à contrôler les commentaires postés par les algériens, ainsi leurs opinions culturelles et politiques .

    Le Maroc a signé l’année dernière un contrat avec la France portant sur la vente de deux satellites d’observation de type Pléiades en deux phases (1 + 1). La mission principale dévolue à ces satellites serait la surveillance des mouvements des troupes de l’armée algérienne.

    A cet effet,la presse algérienne a accusé le Maroc de vouloir espionner l’Algérie avec son satellite français et a indiqué que cette ‘prétendue’ transaction, renforce encore plus, le global, l’ininterrompu et le multisectoriel, axe Rabat – Paris.

    Tags : Maroc, Algérie, espionnage, Facebook,

  • Maroc : Mohamed Yassine Mansouri, du FBI à la DGED

    Par Abdellah Miloudy                                              Source: I-Bergag, 20/12/2012

    Le patron de la Direction générale des études et de la documentation (DGED), les services secrets extérieurs du royaume, Mohamed Yassine Mansouri, a eu droit à un extensif portrait publié par le quotidien espagnol El Pais. Signé par Ignacio Cembrero, le spécialiste du Maghreb au journal madrilène et l’un des rares journalistes européens qui n’a pas encore succombé au charme et à la générosité de nos dirigeants, ce portrait est truffé d’informations que l’on ne lit pas souvent au Maroc.

    L’une d’elles est que depuis 2008 la DGED a perdu 10 chekamas (espions) en Europe et un autre en Mauritanie. Un record battu seulement par la Russie de Poutine. Quelques uns travaillaient sous couvert de la protection diplomatique et d’autres étaient des RME (résidents marocains à l’étranger). Quatre marocains ont été attrapés la main dans le sac en Allemagne, jugés et condamnés. Contrairement à l’Espagne et à la France, où les agents secrets marocains font comme chez eux, et dans le cas de l’hexagone reçoivent même l’aide des services français, Berlin se montre intraitable quand il s’agit des droits et de la sécurité des personnes qui résident sur son sol, quelque soit leur nationalité.

    El Pais nous explique que le cas qui a fait le plus de mal à la DGED est celui de Redouane Lemhaouli, ce policier hollandais d’origine marocaine, qui a été arrêté et expulsé des forces de l’ordre pour avoir utilisé l’ordinateur central du ministère de l’intérieur des Pays Bas pour les besoins des services de Mansouri. Et que Bagdad A, le dernier des marocains arrêtés et jugés en Allemagne, a encaissé 22 800 euros pour son travail patriotique et que c’est lui-même qui s’est proposé en 2007 à la DGED pour espionner. Certains ont l’espionnite dans le sang. Le syndrome du mokadem.

    Quant à Mohamed Yassine Mansouri, Cembrero nous raconte qu’il est originaire de la sainte ville de Bejaad, ça on le savait ; qu’il est très pieux, on le savait aussi ; qu’il a un frère gauchiste, ça on ne le savait pas, et qu’il a suivi une formation au FBI américain, et ça non plus on ne le savait pas.

    Enfin, avant de s’occuper de la DGED, Mansouri a dirigé la MAP, l’agence de presse officielle, qui possède de très nombreux honorables correspondants à travers le monde. Un poste qui est allé comme un gant à cet ancien du FBI et qui a sûrement contribué à sa formation avant d’être catapulté à la tête de la DGED.

    Une dernière touche humoristique, El Pais nous rappelle que selon les documents de Wikileaks Yassine Mansouri a été l’une des rares personnes à se préoccuper de la « fragilité » du régime tunisien à cause de la « cupidité » de l’ancien dictateur Zine Eddine Ben Ali. C’était en 2008.

    C’est vrai qu’à l’époque le livre d’Eric Laurent et de Catherine Graciet sur un autre « cupide », « Le roi prédateur. Main basse sur le Maroc » (Editions du Seuil, 2012) n’avait pas encore été publié….

    Tags: Maroc, Makhzen, DGED, Yassine Mansouri, espionnage, FBI,

  • Les petits secrets d’Hacking Team au Maroc

    WikiLeaks a traqué les vendeurs d’armes de surveillance

    Rue89, 4/09/2013

    Jean-Marc Manach, journaliste

    Selon les révélations de l’unité de contre-espionnage de WikiLeaks, auxquelles Rue89 a eu accès avec 18 médias étrangers, les marchands de surveillance numérique privilégient les pays peu regardants sur les droits de l’homme.

    Les marchands d’armes n’aiment guère la publicité. Problème: les télécommunications, ça laisse des traces, opportunément exploitées par la NSA (entre autres), comme Edward Snowden l’a amplement démontré.

    WikiLeaks a décidé de rendre publique la liste des pays visités par les principaux marchands d’armes de surveillance numérique, dont trois « sociétés ennemies d’Internet » – pointées du doigt par Reporters sans frontières pour avoir vendu des logiciels espions à des pays eux aussi considérés par RSF comme des « ennemis d’Internet ».

    En 2011, WikiLeaks avait rendu publics, avec ses « SpyFiles », des centaines de documents internes révélant l’ampleur du business des logiciels et systèmes d’espionnage et de surveillance des télécommunications.

    Dans une nouvelle série de révélations, intitulée « SpyFiles 3 », à laquelle Rue89 a eu accès en partenariat avec dix-huit autres médias étrangers, WikiLeaks révèle que la WLCIU (pour WikiLeaks Counter Intelligence Unit), son « unité de contre-espionnage » (sic), a recensé les pays d’où se sont connectés les téléphones portables de dix-neuf employés ou responsables de onze marchands d’armes de surveillance numérique.

    Surveillés depuis des mois par WikiLeaks
    Du 4 au 6 juin derniers, le gotha de la surveillance des télécommunications se réunissait au Clarion Congress Hotel de Prague, à l’invitation d’ISS World. L’entrée de ce salon itinérant, interdit aux journalistes mais organisé sur les cinq continents, facturée entre 995 et 2 295 dollars (entre 755 et 1 742 euros), est réservée aux représentants de services de renseignement, forces de l’ordre et gouvernements.

    Les participants viennent y découvrir les dernières nouveautés en matière de surveillance et d’interception des télécommunications, assister à des démonstrations « live » de logiciels espions, et à des dizaines de conférences où les marchands d’armes expliquent comment leurs systèmes et logiciels peuvent aider les autorités à surveiller et combattre « les activités criminelles conduites sur les réseaux de télécommunication, l’Internet et les réseaux sociaux ».

    Du 7 au 9 juillet, plusieurs de ces marchands d’armes se retrouvaient à Lyon, au forum Technology Against Crime, qui se targue de vouloir devenir le « Davos de la sécurité » puis, du 22 au 25, au Brésil, pour l’édition sud-américaine du salon ISS.

    Ce qu’ils ne savaient pas, c’est que plusieurs d’entre eux étaient surveillés, depuis des mois et pour certains des années, par l’unité de contre-espionnage de WikiLeaks.

    Et force est de constater que, lorsqu’ils sont en voyage d’affaires, ces mercenaires du numérique ont une furieuse tendance à privilégier les pays peu regardants en matière de droits de l’homme. (Dans la carte ci-dessus, cliquez sur les pays en rouge pour connaître leur rang au classement RSF de la liberté de la presse, et découvrir quels marchands d’armes les ont visités.)

    Droits de l’homme et bord de mer

    L’allemand Trovicor, ex-Nokia Siemens Networks, est l’un des plus gros fournisseurs de solutions légales d’interception dans le monde. Plus de 100 pays utiliseraient ses technologies, et c’est le principal sponsor du salon ISS. Son code de bonne conduite précise, au chapitre « business ethics » que l’objectif de l’entreprise est de faire partie des industries leaders en matière de responsabilité sociale et de respect des droits de l’homme.

    Elle n’en a pas moins fourni des systèmes d’interception à l’Iran, au Bahreïn et en Syrie, ce qui en a fait l’un des principaux « ennemis d’Internet » pour RSF. Sur ses 170 employés, un seul était surveillé par la WLCIU, qui avance que, depuis janvier, il a été deux fois aux Emirats arabes unis (où Trovicor a une filiale), ainsi qu’en Bulgarie, Serbie, et en Thaïlande, l’un des quatorze pays placés « sous surveillance » par RSF en 2012, en raison de ses velléités de contrôle, de filtrage et de censure d’Internet.

    Contactée, la responsable communication de Trovicor à répondu à Rue89 que la liste de ces pays lui fait penser à l’itinéraire de quelqu’un qui apprécierait particulièrement les pays en bord de mer, et que son employeur s’interdit par ailleurs de vendre ses solutions à tout pays en guerre civile…

    Elaman, elle aussi allemande, se présente comme spécialiste des « solutions de sécurité gouvernementale ». Son catalogue, que WikiLeaks avait rendu public à l’occasion des Spy Files, est un inventaire de tout ce dont aurait rêvé le Mr Q. de James Bond.

    Sur la page d’accueil de son site web, Elaman avance que « la confidentialité est essentielle dans le business de la sécurité ». Elle aurait donc probablement préféré que l’on ne sache pas que, du 21 au 24 janvier dernier, puis les 12 et 13 juin, son responsable commercial, Holger Rumscheidt, était au Turkménistan, 177e (sur 179) au classement RSF de la liberté de la presse, un des douze pays considérés par l’ONG, en 2012, comme faisant partie des « ennemis d’Internet ».

    Décrit par RSF comme « l’un des plus fermés au monde », le Turkménistan est aussi l’« un des pays les plus hostiles à la liberté d’expression ». Facebook, Twitter, YouTube et Gmail y sont bloqués et « les possesseurs d’antennes paraboliques ou de téléphones portables sont considérés comme des ennemis en puissance ».

    La liste des pays d’où Rumscheidt s’est connecté au réseau téléphonique indique qu’il a aussi visité l’Azerbaïdjan (156e du classement RSF) en février 2012, la Jordanie (134e) en avril dernier, et multiplié les déplacements au Liban (101e), au sultanat d’Oman (141e) et aux Emirats arabes unis (114e), par ailleurs placés « sous surveillance » par RSF en 2012, suite aux « arrestations arbitraires » de plusieurs blogueurs qui avaient osé demander aux autorités de procéder à des réformes, ce qui leur avait valu des condamnations de deux à trois années de prison.

    Les logiciels espions des Printemps arabes

    Le groupe britannique Gamma, une des cinq sociétés classées « ennemies d’Internet » par RSF, n’est pas en reste : entre les 2 et 10 mars 2013, pas moins de quatre de ses principaux responsables se rendaient ainsi aux Emirats arabes unis, en compagnie d’Holger Rumscheidt (Gamma a noué une alliance de sécurité avec Elaman). Au total, huit des onze entreprises surveillées par la WLCIU ont visité les Emirats l’an passé.

    La liste de WikiLeaks révèle que les employés de Gamma placés sous surveillance auraient par ailleurs visité le sultanat d’Oman, le Liban, l’Ouganda (104e au classement RSF), le Qatar (110e), le Nigéria (115e), Brunei (122e), l’Ethiopie (137e), l’Indonésie (139e) et la Guinée Equatoriale (166e), ainsi que deux des douze pays placés « sous surveillance » par RSF à l’occasion de son rapport sur les « ennemis d’Internet »: la Malaisie (145e) et le Kazakhstan (160e).

    L’employé de Gamma dont le téléphone portable était, du 9 au 12 juin dernier, localisé au Kazakhstan, est un « usual suspect »: Martin Münch, né en 1981, est le responsable de FinFisher, une suite de logiciels espions (ou « chevaux de Troie ») qui ont beaucoup fait parler d’eux depuis que, Printemps arabes aidant, on a découvert qu’ils avaient été utilisés en Egypte, pour espionner des dissidents au Bahrein, ainsi que, comme l’ont révélé des chercheurs américains au printemps dernier, dans au moins 35 pays, dont quinze des pays visités par les employés de Gamma et de ses filiales l’an passé (Brunei, Nigeria, Afrique du Sud, République tchèque, Ethiopie, Indonésie, Malaisie, Mexique, Qatar, Serbie, Singapour, Turkménistan, Royaume-Uni, Etats-Unis, Emirats arabes unis).

    25 200 euros le « kit d’intrusion »

    WikiLeaks publie par ailleurs une dizaine de documents révélant comment FinFisher et une entreprise suisse, DreamLab, ont vendu un « proxy d’infection » afin de pouvoir infecter les ordinateurs des citoyens ou résidents d’Oman et du Turkménistan (à la demande de leur gouvernement), ainsi qu’une fiche confidentielle révélant combien sont facturés ces logiciels espion.

    Comptez 25 200 euros le « kit d’intrusion », ou bien 100 000 euros la licence de FinSpy, sa solution complète d’intrusion à distance, si vous voulez espionner de une à dix cibles, mais 250 000 euros si vous voulez en surveiller plusieurs centaines, plus 9 500 euros de licence (par client). Le support technique, et les mises à jour, sont facturés 255 338 euros la première année, ou 308 960 euros pour trois ans. Les formations, elles, sont facturées 22 500 euros, les cinq jours. Un juteux business qui a d’ailleurs conduit Gamma à ouvrir un compte « offshore » aux Iles vierges britanniques…

    Interviewé par un journaliste de Bloomberg, Martin Münch déplorait l’an passé la publicité faite par les nombreux articles expliquant comment les logiciels espions de FinFisher étaient utilisés pour espionner des défenseurs des droits de l’homme et cyberdissidents, et expliquait avoir abandonné toute forme de vie sociale : « Si je rencontre une fille et qu’elle tape mon nom dans Google, je suis sûr qu’elle ne me rappelera jamais »…

    Le blog du « voyageur au Moyen-Orient »

    D’autres employés n’ont pas ces pudeurs de jeunes filles : Nelson Brydon, qui se présente sur son compte Twitter (@Brydon_N, désormais indisponible) comme « voyageur au Moyen-Orient » a ouvert un blog (désormais indisponible aussi) où il narre ses nombreux voyages en avion entre le Qatar et Dubaï, l’Ouganda, l’Arabie saoudite, les Emirats arabes unis et Munich – siège social d’Elaman, révélant incidemment la liste des pays où sont donc probablement installés des logiciels ou systèmes espions de Gamma, son employeur.

    Sur ce blog, Nelson Brydon ne parle pas de son métier mais, une fois par an, il rédige un (très) long billet où il explique ce que cela fait de prendre l’avion, et compare les compagnies aériennes, les stewards, hôtels…

    Le dernier billet se conclut par un « rendez-vous en 2013 ». Sans trahir de secret professionnel, la liste de WikiLeaks indique que, rien qu’entre février et août, il a déjà été cette année sept fois au Qatar, ainsi qu’aux Emirats arabes unis, à Oman, en Malaisie, qu’il était à Chypre du 8 au 29 juillet (en vacances ?), et qu’il était de nouveau au Qatar du 18 au 22 août derniers.

    Les petits secrets d’Hacking Team

    L’unité de contre-espionnage de WikiLeaks s’est également intéressée au principal concurrent de FinFisher, Hacking Team, une entreprise italienne elle aussi placée dans la liste des « ennemis d’Internet » de RSF. Elle s’était en effet fait connaître après que des journalistes marocains, et un blogueur des Emirats arabes unis, ont reçu des e-mails infectés par « Da Vinci », son logiciel espion.

    En avril dernier, une étude de Kaspersky Lab avait révélé que le cheval de Troie d’Hacking Team était particulièrement utilisé au Mexique, en Italie, au Vietnam, aux Emirats arabes unis, en Irak, au Liban et au Maroc. La WLCIU révèle aujourd’hui que les deux employés de Hacking Team qu’elle a surveillé ont multiplié les courts séjours (de deux jours) au Maroc en 2011, 2012 et 2013, ainsi qu’aux Emirats arabes unis, à Singapour, en Serbie, en Espagne, Egypte, Arabie saoudite, au Qatar, Liban, en Malaisie et à Oman.

    Eric Rabe, conseiller juridique de Hacking Team, a refusé de commenter la liste des pays visités, mais a tenu à préciser que son employeur avait constitué un panel d’experts indépendants habilité à opposer un veto à tout contrat, qu’il vérifie systématiquement si leurs nouveaux clients pourraient se servir de leurs logiciels espions pour commettre des violations des droits de l’homme, et qu’Hacking Team se réserve le droit de refuser ou suspendre tout contrat en pareil cas, ce qui serait déjà arrivé.

    Interrogé sur les soupçons d’utilisation de leur cheval de troie pour espionner des opposants marocains et émiratis, Eric Rabe refuse de rendre publiques les conclusions de leur contre-enquête, ni d’éventuelles mesures prises depuis. Il refuse également de révéler l’identité des experts indépendants, non plus que de leur permettre de répondre aux questions des journalistes, afin d’éviter qu’ils ne fassent l’objet de « pressions pouvant influencer leurs décisions »…

    Julian Assange : « Surveiller les surveillants »

    Et c’est précisément, explique le fondateur Julian Assange, pour « mettre en lumière cette industrie secrète de la surveillance, qui travaille main dans la main avec les gouvernements de par le monde pour autoriser l’espionnage illégitime de citoyens » que WikiLeaks a lancé ces « SpyFiles 3 », qui permet de doubler le nombre de documents, brochures, plaquettes et autres portfolios émanant des marchands d’armes de surveillance numérique contenus dans la base de données de l’ONG.

    Interrogé sur ce qui lui avait permis de mener l’opération de « location tracking » (sic), Julian Assange oppose un « no comment » ferme et définitif. Tout juste consent-il à expliquer que « le rôle de la WLCIU est de protéger les actifs, personnels et sources de WikiLeaks de toute opération d’espionnage hostile, et de révéler la nature des menaces en terme d’espionnage qui pèsent sur les journalistes et leurs sources »:

    « Cela comprend des mesures de contre-espionnage incluant, par exemple, la détection de mesures de surveillance mais également le fait de recevoir des informations émanant de sources internes aux organisations susceptibles de menacer la sécurité des journalistes.

    Les données collectées par la WLCIU et révélées dans ces SpyFiles 3 permettent aux journalistes et citoyens d’aller plus loin dans leurs recherches portant sur l’industrie de la surveillance, et de surveiller les surveillants. »

    Les révélations de la WLCIU ont permis au magazine espagnol Publico de découvrir que la Guardia Civil et l’armée espagnole avaient passé un contrat avec Gamma. En février dernier, plusieurs ONG, dont Reporters sans frontières et Privacy International, portaient plainte contre Gamma et Trovicor, qui auraient violé onze des principes directeurs de l’OCDE, censés garantir la responsabilité sociale des multinationales, en fournissant des armes de surveillance numérique au Bahreïn.

    Les nouvelles révélations de WikiLeaks, et la liste des pays, pourraient donner de nouveaux arguments à ceux qui plaident pour un contrôle à l’exportation des systèmes et outils de surveillance et d’interception des télécommunications qui, à ce jour, ne sont pas considérés comme des « armes », et peuvent donc être vendus à des pays connus pour bafouer les droits de l’homme, en toute légalité.

    Source : Wikileaks Actu

    Tags : Maroc, Wikileaks, Hacking Team, espionnage, logiciels,

  • Dossier DGED (4) Enquête Exclusive. Nos espions à l’étranger

    Par Mehdi Sekkouri Alaoui, envoyé spécial à Amsterdam

    Enquête Exclusive. Nos espions à l’étranger

    Vrais flics et faux diplomates

    Comment la chute d’un agent secret marocain a fait scandale en Hollande, mettant à nu un réseau d’espionnage aux ramifications insoupçonnées.

    Lundi 28 septembre 2008. En ce début de soirée, les cafés d’Oost, quartier multiethnique à l’ouest d’Amsterdam à forte présence marocaine, sont quasi déserts. Cela semble être le cas depuis plusieurs jours, déjà. L’explication à cette étrange désaffection tient en une phrase : les révélations fracassantes sur les activités des services de

    renseignements marocains sur le sol néerlandais. Tout simplement. En moins d’une semaine, les 350 000 personnes que compte la communauté marocaine en Hollande ont appris que des policiers et des responsables politiques, d’origine marocaine eux aussi, flirtaient avec la puissante DGED (Direction générale des études et de la documentation) de Yassine Mansouri. Résultat : un vent de méfiance et de paranoïa souffle depuis sur les “Marokkaanse”, dont beaucoup réduisent désormais leurs “sorties” au strict minimum. “Aujourd’hui, il faut se mettre en tête que tout le monde est susceptible de travailler pour les flics. Même tes proches”, lâche en souriant Ahmed, 29 ans, qui reconnaît avoir changé ses habitudes : “J’ai décidé de moins fréquenter certains endroits et surtout certaines personnes”. Un premier constat que confirme Jamal Ryane, militant associatif à Amsterdam : “Cette affaire a créé un profond malaise au sein de la communauté marocaine. On n’avait vraiment pas besoin de ce genre de scandales, nous sommes déjà suffisamment pointés du doigt…”. Et d’ajouter, déçu : “On croyait qu’avec l’arrivée de Mohammed VI au pouvoir, le temps des barbouzeries de bas étage était révolu. Ce n’est malheureusement pas le cas. Nous sommes toujours aussi fliqués qu’avant”.

    On infiltre bien la police hollandaise

    Flash-back. Nous sommes en mars 2007, les services secrets néerlandais (AIVD, équivalent de la DGST marocaine) envoient une note interne à la direction de la police les informant que deux de leurs membres seraient des collaborateurs des renseignements marocains, la DGED en l’occurrence. La réaction ne se fait pas attendre : la police licencie illico presto Redouane Lemhaouli et Mohamed Ziad pour “violation du secret professionnel” et “manquement au devoir”. Les autorités néerlandaises n’hésitent pas, dans le même temps, à faire part de leur colère à Rabat. Dans la foulée, deux agents secrets, théoriquement rattachés à l’ambassade du Maroc à La Haye, sont priés de quitter le pays sur le champ…

    Dans un premier temps, les deux présumés coupables, Redouane Lemhaouli et Mohamed Ziad, encaissent le coup sans broncher. Le premier, dit “Ré”, est brigadier à Rotterdam. Il est devenu, à 38 ans, une célébrité locale connue pour son engagement dans la société civile, notamment auprès des Marocains. Marié à une Hollandaise, cet originaire du Rif marocain, qu’il a quitté très jeune dans les valises de ses parents, était en 1991 un des tout premiers “étrangers” à rejoindre les rangs de la police. Il est un si bon représentant de l’entente maroco-hollandaise, qu’on lui prête un rôle actif dans la préparation de certaines visites effectuées par des délégations néerlandaises au Maroc. Mohamed Ziad, lui, est un enfant de Hay Mohammadi à Casablanca, arrivé en Hollande dans les années 90. Il est préposé bénévole à l’accueil dans un commissariat de quartier de La Haye depuis moins d’un an. Assistant social à la base, Mohamed, la trentaine, milite dans une ONG dont il est le président : l’association des droits des Marocains aux Pays-Bas. Il est connu pour prendre part, comme nous l’ont confirmé plusieurs sources, “aux manifestations revendiquant la marocanité du Sahara”. Ziad, à qui il arrive de collaborer avec des journaux arabophones au Maroc, a par ailleurs la réputation d’être “proche des employés du consulat du Maroc, qu’il fréquente assidûment”.

    L’espion et la princesse

    L’affaire aurait pu en rester là, sans écho public, si les médias ne s’en étaient pas mêlés. Le 15 septembre, Nova, émission quotidienne phare de la télévision publique néerlandaise, dévoile les barbouzeries supposées du tandem Redouane Lemhaouli – Mohamed Ziad. Le scandale éclate alors au grand jour.

    Rencontré dans les studios de Nova dans la région d’Amsterdam, le journaliste Robert Bas nous confie avoir eu beaucoup de mal à boucler son enquête. “Au début du mois de juillet, nous avions eu des informations selon lesquelles un membre de la police de Rotterdam a été licencié pour espionnage. Nous avons alors entamé notre investigation, qui s’est avérée plus longue que prévu du moment que personne ne voulait répondre à nos questions”. Raison de cette omerta : l’affaire des deux policiers d’origine marocaine, qui promet de remonter jusqu’à un haut niveau de l’establishment local, risque d’éclabousser au passage la famille royale néerlandaise. Et pour cause, en février dernier, la princesse Maxima, épouse du prince héritier Willem Alexander, présidait une cérémonie de remise des diplômes à 57 jeunes immigrés. L’opération, un coup de marketing pour l’intégration des populations immigrées, est parrainée… par un certain Redouane Lemhaouli, épaulé par Mohamed Ziad. Le jour de la remise des diplômes, donc, la princesse trône au milieu d’un parterre de haut rang (le ministre de la Jeunesse et de la Famille, le chef d’état-major des armées, l’ambassadeur du Maroc aux Pays-Bas, etc), parmi lequel s’est glissé Lemhaoudi. Sans oublier Ziad, confortablement installé parmi le public. Séduite par ce programme de réinsertion mis sur pied par “Ré”, la princesse va jusqu’à accepter de le parrainer en le baptisant “Projet Maxima”. Ce qu’elle ne savait pas, c’est que “Ré”, et son ami “Momo”, feraient l’objet de la fameuse note des services néerlandais quelques semaines plus tard…

    Scandale national

    La diffusion de l’enquête de Nova, le 15 septembre, fait l’effet d’une bombe dans l’ensemble des Pays-bas. Toute la classe politique est montée au créneau pour crier au scandale. Le parti travailliste, membre de la coalition au gouvernement, demande que l’ambassadeur du Maroc soit rappelé à l’ordre. Même requête du côté des chrétiens démocrates. Pour sa part, l’extrême droite de l’ultraconservateur Geert Wilders, connu pour son islamophobie, a carrément exigé l’expulsion du diplomate marocain en poste à La Haye si Rabat ne présentait pas ses excuses dans les plus brefs délais. C’est la crise ouverte.

    Dans la foulée, le ministre des Affaires étrangères, Maxime Verhagen, déclare donner “une importance particulièrement grande à l’affaire”. Devant le Parlement, il confirme le licenciement de Redouane Lemhaouli et le renvoi des deux diplomates marocains, dont l’identité n’a jamais été clairement établie. Le ministre renchérit en précisant que “des explications ont été officiellement demandées au Maroc”. Pour les détails de l’affaire, il faudra repasser. Après un tête-à-tête quelques jours plus tard avec son homologue marocain dans les couloirs des Nations Unies, dont la teneur est restée secrète, Verhagen envoie une lettre aux élus condamnant “l’intervention de certaines parties ou services pour influencer les citoyens d’origine marocaine”. Le responsable néerlandais pointe indirectement la DGED, l’accusant à demi-mots de “porter atteinte à la démocratie et à la souveraineté des Pays-Bas”. Mais il évite soigneusement de déclarer la guerre ouverte : non, tous les détails de l’affaire ne seront pas révélés parce que “le sujet est sensible et l’enquête suit toujours son cours”.

    Une façon bien diplomatique pour éviter la rupture totale avec Rabat. Mais aussi, comme nous l’explique cette source locale, “pour éviter de s’aliéner l’ensemble de la (forte) communauté marocaine aux Pays-Bas”.
    La loi du silence Question : quel genre d’informations Redouane Lemhaouli et Mohamed Ziad pouvaient-ils bien transmettre aux services de renseignements marocains ? “On ne peut pas trancher, répond l’enquêteur de Nova, Robert Bas. Mais d’après tous les éléments d’enquête qui sont passés entre nos mains, nous sommes sûrs de leur culpabilité. Ce n’est pas pour rien qu’on a interdit aux deux hommes d’exercer dorénavant dans la fonction publique ou d’occuper tout autre poste jugé sensible. Et puis, s’ils étaient vraiment innocents, comment se fait-il qu’ils n’ont jamais protesté?”.

    Contacté par TelQuel, Mohamed Ziad a nié catégoriquement être un agent à la solde de la DGED (lire interview). Quant à Redouane Lemhaouli, il a préféré ne pas donner suite aux sollicitations des journalistes. Ce qui laisse la porte ouverte à toutes les supputations. Dont une, particulièrement colportée, comme nous avons pu le constater, tant à La Haye qu’à Rotterdam ou Amsterdam, et qu’une source à Nova nous résume ainsi : “Il est probable qu’il y ait eu un deal entre Lemhaouli et les autorités néerlandaises. En contre-partie de son silence, il ne serait pas poursuivi en justice”. Impossible pour le moment de le confirmer. Mais si Lemhaouli continue de se terrer dans le silence absolu, son entourage se charge de clamer son innocence et va jusqu’à crier au complot. Fomenté par qui ? “Les services de renseignements hollandais pour l’obliger à collaborer, ou l’extrême droite, voire tout simplement des concitoyens (marocains) jaloux de sa réussite”, clame sans conviction Farid Oulad Lahcen, responsable de “La voix des démocrates marocains aux Pays-Bas”, unique organisation engagée dans la défense du tandem Lemhaouli – Ziad.

    Politiciens ou espions ?

    Lemhaouli et Ziad ne seraient pas les seuls à collaborer avec les services de renseignements marocains. Dans les jours qui ont suivi la diffusion de l’enquête de Nova, un conseiller communal de Rotterdam a mis le feu aux poudres en déclarant, dans un programme télévisé, avoir été sollicité par les services marocains. Rencontré à la mairie de la deuxième ville des Pays-bas, Fouad El Haji nous raconte : “Un jour, un ami m’a invité à l’accompagner à une soirée marocaine. Sur le chemin, il m’a clairement demandé de rejoindre un réseau d’informateurs dont il faisait partie. Il m’a dit, pour finir de me convaincre, qu’en contre-partie mon avenir serait pleinement assuré !”. Le conseiller d’origine marocaine (il a vu le jour à Al Hoceïma en 1969) va encore plus loin : “Je peux vous assurer que je ne suis pas le seul homme politique d’origine marocaine à avoir été contacté par les services marocains. Beaucoup ont même répondu favorablement à l’offre qui leur a été proposée”. Mohamed Rebbae, un des premiers députés marocains aux Pays-Bas, basé à Utrecht, joint pour les besoins de notre enquête, abonde dans le même sens : “En 1999, ils (les services marocains) m’ont envoyé un ancien voisin, qui s’est présenté comme un agent des renseignements s’occupant de la communauté marocaine en Espagne. Il m’a clairement signifié que je pouvais avoir tout ce que je voulais si je répondais favorablement à sa demande de collaboration”. Comme Fouad El Haji, Mohamed Rebbae affirme avoir décliné “l’offre”, informant au passage les autorités néerlandaises…qui se sont plaintes à Rabat. “Mon cas n’est sûrement pas isolé. Ils sont nombreux ceux qui sont approchés mais rares sont ceux qui osent le dire”, nous explique encore Rebbae.

    Ce qui est sûr, c’est que le scandale (des services marocains) a pris des proportions énormes en Hollande. Pas au Maroc, où les responsables ont visiblement décidé de “laisser passer l’orage”. Yassine Mansouri, patron des services, Taïeb Fassi Fihri, diplomate numéro 1 du royaume, voire Khalid Naciri, porte-parole du gouvernement, jouent pour le moment la carte de la sérénité, rangeant ainsi “l’affaire” au rayon des faits-divers. En un mot, Rabat fait la sourde oreille. Jusqu’à quand ?

    Mohamed Ziad. Espion, pas espion ?

    Mohamed Ziad est, avec Redouane Lemhaouli, à l’origine du scandale d’espionnage qui secoue les relations entre les Pays-Bas et le Maroc. Il a accepté de nous rencontrer à Amsterdam.

    En mars dernier, vous avez été licencié par la police de La Haye qui vous accuse de collaborer avec les services de renseignements marocains. Qu’avez-vous à dire à ce sujet ?

    A ce jour, je n’arrive toujours pas à réaliser ce qui m’arrive. D’ailleurs, je suis tombé des nues lorsque mes supérieurs m’ont appris la nouvelle. Je ne peux pas être un espion pour la simple raison que je n’ai pas la mentalité qu’il faut, je ne suis pas fait pour ça. Le militant associatif que je suis n’acceptera jamais de travailler pour un service de renseignement, qu’il soit marocain ou néerlandais. Les idéaux et les valeurs que je défends me l’interdisent.

    On vous dit proche des employés du consulat du Maroc, que vous fréquenteriez assidûment…

    Mais ce n’est pas un crime de rentrer dans un consulat du Maroc. Si j’y suis aussi souvent, c’est parce que je suis à la tête d’une association qui défend les droits des Marocains aux Pays-bas. Des gens ayant des problèmes avec l’administration marocaine font appel à moi, et c’est cela qui m’amène à m’y rendre régulièrement pour rencontrer un assistant social, dans le but de leur trouver des solutions. Cela ne prouve en rien que je suis un agent à la solde des services marocains.

    Quel rapport entreteniez-vous avec Redouane Lemhaouli ?

    J’ai rencontré son père en 2001 au sein du consulat du Maroc. Il était là parce qu’il avait lui aussi un différend à régler avec l’administration marocaine. Par la suite, les gens lui ont parlé de moi, il est donc venu vers moi pour me demander des conseils. C’est ainsi que j’ai connu Redouane Lemhaouli, à qui j’ai apporté mon aide dans le cadre du “projet Maxima”. Mon rôle à moi était de lui trouver des jeunes Marocains en situation difficile pour les inclure dans le projet.

    Selon vous, Lemhaouli, alias Ré, est-il un agent au service des renseignements marocains ?

    Pas du tout. Il n’y a pas si longtemps, Lemhaouli s’est vu saisir une maison à Tanger parce qu’il n’arrivait plus à rembourser son crédit. S’il était vraiment un espion, je ne pense pas qu’il aurait eu droit à ce genre de traitement.

    Et vous ?

    Je ne suis pas un espion. Ma propre mère restée au Maroc a été expulsée de son appartement à Casablanca parce qu’elle n’arrivait plus à payer son loyer. Si j’étais un espion, je ne crois pas que cela se serait pas passé ainsi. Et puis au commissariat de quartier où j’étais affecté, je n’étais qu’un simple préposé à l’accueil qui n’avait même pas accès à l’informatique.

    Comment avez-vous appris votre licenciement ?

    Mes supérieurs m’ont appelé du jour au lendemain pour m’annoncer qu’ils ne pouvaient pas me garder, sans autre forme d’explication. Ils m’ont ensuite accompagné à la maison pour récupérer mon uniforme de police. Je n’ai plus de contacts avec eux depuis ce jour-là.

    Si vous êtes innocent, pourquoi avoir choisi de garder le silence ?

    J’aurais pu donner suite à cette affaire, crier au scandale, mais j’ai choisi de tourner la page. Ce travail, en fin de compte, je n’en ai pas besoin. A la base, je suis assistant social, mais actuellement, je suis en arrêt maladie, et je perçois toujours mes indemnités d’invalidité. Ce travail à la police de La Haye, je le faisais à titre bénévole, pour meubler mon temps.

    DGED. Voyage au-dessus d’un nid d’espions

    La Direction générale des études et de la documentation (DGED, service de renseignements extérieurs) est une bien diplomatique appellation pour désigner la toile de l’espionnage marocain tissée à travers le monde. “Diplomatique”, le mot est trouvé. La DGED, nid d’espions au service du royaume, opère la plupart du temps dans le sillage de la diplomatie marocaine à laquelle l’essentiel de ses membres est théoriquement rattaché. La “centrale” a d’ailleurs des airs de diplomatie parallèle, surtout depuis l’avènement de Mohamed Yassine Mansouri, proche (et compagnon de classe) de Mohammed VI, à la tête de la DGED. Un Mansouri, qui a fait partie de la délégation officielle reçue cette semaine par le secrétaire général des Nations Unies, pratiquement au même titre que le ministre des Affaires étrangères Taïeb Fassi Fihri… La DGED a classiquement pour tâche de tenir une “veille” (informations et renseignements en tous genres) là où elle se trouve, aux quatre coins du monde. La veille est d’autant plus importante que les pays cibles représentent un enjeu politique important pour le Maroc : cas des voisins du Maghreb, Algérie et Mauritanie en tête, mais aussi de l’Europe (France, Espagne, Belgique, Hollande). Sans oublier les pays à forte implantation islamiste (Soudan, Pakistan, etc.). Concrètement, nos espions ont la tâche (secrète, bien entendu) d’infiltrer les milieux et les réseaux sensibles, à commencer par les rouages des chancelleries occidentales, mais aussi d’encadrer la communauté marocaine à l’étranger. Le but premier de toutes ces activités étant de suivre à la trace les mouvements des “fortes têtes” (activistes politiques, islamistes) marocaines de la diaspora. Comme nous l’ont expliqué plusieurs sources consultées pour les besoins de notre enquête, la DGED a un fort penchant pour les amicales marocaines à l’étranger, réputées très perméables aux infiltrations policières. Même les mosquées, à l’image de tous les lieux de rassemblement communautaire, n’échappent pas à la surveillance des espions venant ou agissant pour le compte de Rabat.

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    Tags : Maroc, DGED, espions, espionnage, Yassine Mansouri, services secrets, renseignements,

  • Dossier DGED (1) : le chef du renseignement marocain a de l’estime pour le « sérieux » de Tzipi Livni ! (Wikileaks )

    Le Chef du renseignement Marocain, Mohamed Yassine Mansouri, a beaucoup apprécié le « sérieux » de Tzipi Livni, l’ex ministre des Affaires étrangères israélien. Dans un câble diplomatique américain de l’ambassade US à Rabat révélé par Wikileaks, le chef de la Direction Générale des Etudes et de la Documentation (DGED), le contre-espionnage Marocain, a confié à des diplomates américains que Tzipi Livni est un bon partenaire !

    Tzipi Livni, la politicienne qui a soutenu la guerre contre les femmes et les enfants de Gaza en 2008-2009 aux côtés d’Ehud Olmert, rentre dans les bonnes grâces de Mohamed Yassine Mansouri, le premier responsable du renseignement marocain.

    En effet, lors d’une rencontre tenue en février 2008 avec le sous-secrétaire d’Etat américain chargé des affaires du Proche-Orient et de l’Afrique du Nord, David Welsh, en visite à Rabat, le chef de file du contre-espionnage marocain, Mohamed Yassine Mansouri a confié qu’il s’est bel et bien entretenu avec Tzipi Livni (une ex-du MOSSAD) à Paris en juillet 2007.

    Accompagné par le ministre Marocain des Affaires étrangères, Taieb Fassi Fihri, Mohamed Yassine Mansouri a étudié avec la délégation israélienne de nombreuses questions liées au Proche-Orient. Ceci dit, le patron du DGED ne révélera aucun détail à David Welch sur le contenu exact et précis de cette rencontre mystérieuse.

    A l’époque, de nombreux observateurs ont relevé que Mohamed Yassine Mansouri a été dépêché par Mohamed VI à Paris pour demander une assistance aux israéliens dans un dossier sensible. Cette hypothèse ne sera ainsi ni confirmée ni infirmée par ce câble diplomatique révélé par Wikileaks dans lequel Yassine Mansouri se contente de faire part à Welsh de toutes les impressions positives que lui a procurée sa rencontre avec Tzipi Livni.

    Toutefois, dans ce même câble, le patron du DGED n’a pas hésité à dénoncer la « cupidité » du régime de Ben Ali. Mohamed Yassine Mansouri s’est dit même préoccupé par la fragilité du régime tunisien qui risque de vaciller à n’importe quel moment.

    Concernant la Mauritanie, Mohamed Yassine Mansouri a demandé une plus grande implication des américains dans ce pays aux prises avec les menaces terroristes. Et à ce sujet, David Welsh a rassuré son interlocuteur que sur cette question, comme sur celle du Sahara Occidental, Washington « est pro Mohamed VI ».

    Abderrahmane Semmar

    El Watan, 23/12/2010

    Tags : Maroc, Makhzen, Yassine Mansouri, Tzipi Liivni, Wikileaks, DGED, services secrets, espionnage,

  • Dossier DGED (3) – Maroc : le quinquennat de tous les records des services secrets marocains

    Difficile de remettre en question l’article d’El Pais, paru le 14 décembre passé, tant la notoriété de son auteur, Ignacio Cembréro, n’est plus à faire. Avec comme titre « La chasse à l’espion Marocain » l’article relate la descente aux enfers d’un service secret qui a « perdu le plus d’agents sur le vieux continent après la Russie ».

    La DGED (Direction Générale des Études et de la Documentation) aurait perdu depuis 2007 dix agents en Europe plus un au mali l’année dernière (ce dernier utilisait comme couverture le poste de correspondant de l’agence de presse MAP). L’auteur cite le cas de Bagdad A., 59 ans, évoluant comme un poisson dans l’écosystème de la diaspora Maghrébine en Allemagne. En 2007 il se met à la disposition des services marocains et affirme avoir « un vaste réseau de contacts ». Le 7 décembre dernier, le tribunal de Karlsrhue l’envoie en prison pour ses « activités en faveur de services de renseignement étrangers », il est le quatrième Marocain, envoyé en prison pour les mêmes raisons, c’est à dire, surveiller les faits et gestes des 230 000 marocains établis en Allemagne et accessoirement des militants Sahraouis.

    Le plus célèbre de ces agents démasqués est, selon l’auteur de l’article, celui répondant au surnom « Re », Redouane Lemhaouli en vrai, 42 ans et policier batave d’origine marocaine, qui a eu accès au fichier du Ministère de l’Intérieur des Pays-Bas.

    Re a pu transmettre des informations sur les « actions contre le Roi », le « terrorisme » et le « trafic d’armes », aux agents marocains sous couvert diplomatique.

    L’article se penche aussi sur le rôle de la DGED, seul service de renseignement sous tutelle unique du palais royal, qui serait devenu au fil des ans un Ministère des Affaires Etrangères bis, et sur la personnalité atypique du patron de ce service Yassine Mansouri, premier patron civil de cette institution. Ami d’enfance de Mohamed 6, il fut le seul de ses proches loué par le puissant Driss Basri et envoyé par ce dernier en 1992 se former chez le FBI.

    « Né à Bejaâd, dans le centre du pays, fils d’un alem (érudit musulman), Mansouri avait reçu une éducation religieuse, ce qui était plutôt problématique pour les amitiés gauchistes de son frère, jusqu’à ce qu’on lui offre une place au sein du Collège royal. Aujourd’hui encore, il reste un homme pieux qui fait ses prières, ne boit pas d’alcool, ne fume pas, et ne fait pas dans l’ostentation.

    Sa traversée du désert a pris fin après l’intronisation du Roi Mohammed VI qui, en 1999 l’avait nommé directeur général de la MAP, l’agence de presse officielle du pays, qu’il avait quittée en 2003, pour revenir au ministère de l’intérieur, y entrant cette fois-ci par la grande porte. Pendant deux ans, il avait dirigé la plus importante direction du ministère, d’ou Basri l’avait limogé, la Direction des Affaires générales. De là, il avait fait ses premiers pas dans le monde de l’espionnage et dans la diplomatie parallèle.

    Mansouri était ainsi membre, par exemple, de la délégation marocaine qui s’était rendue à New York en 2007 pour soumettre au Secrétaire général de l’ONU la proposition d’autonomie pour le Sahara ; il avait aussi rencontré à plusieurs reprises le Polisario pour négocier et avait secrètement noué des contacts, à Paris en 2007, avec la ministre israélienne des Affaires étrangères, Tzipi Livni. En 2008, il avait reçu à Rabat le Secrétaire d’Etat-adjoint américain, David Welsh, qui s’était déclaré préoccupé par la fragilité du régime tunisien et la « cupidité » du dictateur Ben Ali, ce qui avait été révélé par la suite dans les messages diplomatiques divulgués par Wikileaks. Trois ans plus tard, Ben Ali a été renversé, et Mansouri figurait donc parmi les rares personnes qui avaient établi un bon diagnostic pour la Tunisie », conclue l’article.

    Source : Secret Difa3, 24 déc 2012

    Tags : Maroc, Sahara Occidental, Front Polisario, DGED, Yassine Mansourim, espionnage, services secrets,