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  • Trump Vs Biden, fascisme à l’ancienne contre fascisme du XXIème siècle

    Je vous propose une analyse de la situation politique aux Etats Unis telle qu’elle est comprise par Glen Ford de Black Agenda Report.

    Black Agenda Report se présente comme un média d’information, d’analyse et de commentaire politique de la gauche noire. L’article est extrait de leur site, Black Agenda Report dispose aussi d’une page Facebook.

    D’après Glen Ford, c’est en tout cas ce que j’ai compris, Donald Trump en tant que figure du passé, d’un fascisme à l’ancienne, est un accident dans le paysage politique des Etats Unis, du moins c’est ainsi que le perçoivent les élites économiques et financières. Ces dernières auraient opté pour un nouveau modèle qui inclut le management de la diversité susceptible de permettre à une infime minorité richissime de maintenir son contrôle de l’État. Ce modèle n’est pas moins fasciste (ou fascistoïde dirait Emmanuel Todd) puisque son principe est le pouvoir de cette minorité d’ultra-riches, le militarisme et la guerre perpétuelle.

    Pendant que cette élite dirige, le reste de la population est lancé dans une course vers le bas, la descente dont parle Emmanuel Todd dans son livre sur les luttes de classes en France au XXIème siècle.

    Glen Ford a-t-il lu Todd où s’agit-il simplement d’une convergence qui résulte de l’analyse,



    Qui est le fasciste le plus dangereux?
    Par Glen Ford, Black Agenda Report (USA) Editor 23 Juillet 2020 traduit de l’anglais par Djazaïri

    La plupart des gauchistes américains sont incohérents dans l’emploi du terme fascisme, et les Démocrates ont complètement détruit le sens de ce mot.

    «Dans leur vison politique caricaturale, fasciste signifie simplement «Trump».

    Après la prise d’une première tête de pont autour des bâtiments fédéraux à Portland, en l’Oregon, Donald Trump menace d’envoyer ses über alles Storm Troopers [Sections d’Assaut] de la sécurité intérieure dans les villes du pays qui, selon lui, sont «dirigés par des démocrates très libéraux [à gauche dans la terminologie américaine]… par la gauche radicale». La prochaine sur la liste est Chicago, où 150 agents fédéraux devraient être déployés dans les prochains jours. Des agents de la sécurité intérieure ont déjà été envoyés à Seattle et à Washington DC, et Trump a évoqué la nécessité de «dominer» le terrain à Philadelphie, Detroit, Baltimore et Oakland. Pendant ce temps, le ministère américain de la Justice prévoit d’étendre son intervention urbaine «Operation Legend», qui vise actuellement la criminalité locale à Kansas City, Missouri.

    Tout comme d’autres présidents américains ont historiquement utilisé l’armée comme instrument pour leur réélection, organisant des attaques contre des pays désignés par les Etats Unis comme «voyous» et «terroristes» pour consolider leur assise électorale, Donald Trump fait campagne en tant que shérif qui fera régner la loi et l’ordre dans les vastes régions du pays occupées le mois dernier par les hordes inspirées de «Black Lives Matter». Bien que l’intervention armée de Trump dans les affaires locales et étatiques semble politiquement en contradiction avec ses sympathies confédérées, son déploiement massif d’agents de la force publique paraît légal.

    Leur comportement dans la rue, cependant, est une autre affaire. «Des agents fédéraux non identifiés dans des véhicules banalisés enlèvent des manifestants pacifiques dans les rues, les transportent vers des lieux inconnus, sans les informer des raisons de leur arrestation, puis les relâchent sans trace de d’une procédure d’arrestation», a déclaré Marjorie Cohn, ancienne présidente de la National Lawyers Guild. «Ces actions rappellent la police secrète des dictatures qui kidnappe e t« fait disparaître» les opposants au régime. Elles sont conçues pour dissuader les gens d’exercer leur droit au premier amendement de protester contre le racisme et la suprématie blanche.»

    Oui, ça «rappelle» la police secrète à d’autres époques et dans d’autres pays, mais les agents de la sécurité intérieure se comportent en fait comme le font les flics locaux un peu partout aux États-Unis. La police de Chicago a fait fonctionner pendant des années un centre de torture pas si secret dans lequel des hommes noirs disparaissaient jusqu’à ce qu’ils avouent des crimes qu’ils n’avaient pas commis. Les villes du pays déploient régulièrement des «escouades» de policiers en civil qui sautent de véhicules banalisés pour enlever des gens dans les rues de leur quartier. Et la plupart des flics locaux chargés de réprimer les manifestations anti-police retirent leurs badges et marques d’identification. Les équipes SWAT (unités d’élite de la police) locales et fédérales portent régulièrement des masques pour cacher leurs identités. Cela aussi «rappelle» le fascisme, mais cela n’a pas commencé avec Trump en janvier 2017.

    De fait Trump est plutôt amateur dans le domaine de l’art sinistre de la répression intérieure, son expérience passée se limitant à terroriser les locataires de ses immeubles d’habitation et les «apprentis» dans les émissions de télé-réalité. Les outils de répression étatique déployés par Trump en tant que The Mad White Avenger étaient déjà beaucoup utilisés par les anciens présidents. Le FBI de Barack Obama a coordonné la répression par la police nationale des sites d’Occupy, il y a près de dix ans – une vaste opération impliquant les actions synchronisées d’un président démocrate noir, de maires principalement démocrates et de leurs chefs de police. La maire noire de Baltimore avait qualifié les personnes qui avaient pris part à la rébellion de Freddie Gray de 2015 de «voyous» – déshumanisant ainsi ses propres électeurs – tout comme Obama, dont les procureurs fédéraux avaient exigé et obtenu des peines sévères pour les accusés de dégradations matérielles.

    Obama a marqué un tournant dans l’histoire de l’État policier quand il a obtenu l’adoption par le Congrès d’une législation autorisant la détention pour une durée indéfinie de citoyens américains sans faire l’objet d’un procès ou d’une accusation – un saut dans l’abîme que même George W. Bush n’avait pas osé faire.




    Les outils de répression étatique déployés par Trump en tant que The Mad White Avenger étaient déjà beaucoup utilisés par les anciens présidents.




    Les libertariens en matière de droits civiques sont à juste titre préoccupés par le fait que le ministère de la Justice de Trump se coordonne avec la police locale pour se servir de Facebook pour accuser ceux qui protestent contre l’assassinat de George Floyd de crimes graves – un autre signe avant-coureur du fascisme. Mais les polices locales utilisent depuis des années Facebook comme outil d’enquête de premier ordre. Et les groupes de travail de la police fédérale- police de New-York sous le titre «Operation Crew Cut» s’étaient grandement appuyés sur des déclarations faites sur Facebook pour inculper plus de 100 jeunes dans deux quartiers HLM de Harlem en 2014 et 120 autres jeunes noirs et à la peau bronzée du Bronx en 2016– un raid présenté comme la plus grande opération de «répression des gangs» de l’histoire de New York. Est-il fasciste d’utiliser Facebook contre des dissidents politiques, mais normal quand il s’agit d’expédier les «suspects habituels» (jeunes de couleur ) dans le goulag de l’incarcération de masse? Ou est-cet fasciste seulement quand Trump le fait?




    Si la plupart des gauchistes américains sont incohérents dans l’emploi du terme fascisme,les Démocrates ont complètement détruit le sens de ce mot.




    Comme je l’ai écrit dans des articles précédents (voir «91ll Legacy: Two Contending Fascisms », 15 septembre 2018), le système Jim Crow du sud des États-Unis a se rvi de modèle à l’État racial d’Adolph Hitler. Le Sud ségrégationniste entièrement sous les lois Jim Crow, correspondait en fait plus étroitement à la définition largement répandue du fascisme que la plupart des fascismes européens du XXe siècle:

    * Nationalisme poussé à l’extrême

    * Recours fréquent au pouvoir de la foule

    * Oppression d’un «Autre» interne comme principe organisateur

    * Militarisme

    * La domination politique des éléments les plus réactionnaires de la bourgeoisie

    “ le système Jim Crow du sud des États-Unisa servi de modèleà l’État racial d’Adolph Hitler”

    Donald Trump est un fasciste américain à l’ancienne, du genre Jim Crow – mais qui est également désireux d’utiliser tous les outils modernes de répression politique et raciale pour préserver un système capitaliste dans sa phase de déclin final. La politique ouvertement raciste de Trump (avec l’oppression d’un «Autre»interne comme principe organisateur») le rend incompatible avec la doctrine de la «diversité» managériale adoptée par nécessité par les multinationales. Il entre donc en tension avec le régime capitaliste au 21e siècle – mais est extrêmement utile comme repoussoir, c’est pourquoi il a été l’adversaire préféré des démocrates liés au monde des affaires en 2016 et 2020. N’ayant rien à offrir à leur base si ce n’est une austérité sans fin («la course vers le bas ”) et la guerre, les démocrates liés au monde du business ont fait de Trump le seul enjeu de leurs campagnes.

    Le capital multinational et l’État sécuritaire (CIA, etc.) trouvent Trump totalement indigne de confiance en tant que gestionnaire de l’empire américain – c’est pourquoi ils ont concocté le Russiagate en collaboration avec les démocrates.

    Les républicains sont depuis plusieurs générations les vassaux des grandes compagnies pétrolières, tandis que les démocrates sont le parti privilégié du capitalisme financier qui domine désormais tous les secteurs capitalistes, y compris les médias et la haute technologie. Au sein du duopole électoral, les Noirs n’ont d’autre choix que les Démocrates, tandis qu’environ la moitié des Blancs choisissent les Républicains, ouvertement le parti des Blancs bien avant l’avènement de Trump, l’intrus impulsif. Cependant, le duopole institutionnel fonctionne mieux pour tous les secteurs du capital lorsque les partis du duopole jouent en «tag team» [en collusion], échangeant périodiquement les rênes du pouvoir exécutif avec le moins de perturbations possible pour l’ordre capitaliste. {C’est ce qu’ils appelaient le «génie» du système. ) L’humiliation de l’establishment corporatif républicain par Donald Trump en 2016 – avec l’aide décisive des démocrates et des grands médias – a déstabilisé le duopole politique, le mécanisme institutionnel qui, avec les médias liés au monde des affaires, médiatise les divergences entre les secteurs capitalistes et construit un récit politique commun ( mensonges) pour la consommation populaire. Le résultat a été une scission ouverte et destructrice de la classe dirigeante, les instruments étatiques de la sécurité nationale (CIA, etc.) collaborant ouvertement avec les démocrates pour rendre politiquement illégitime un président en exercice.




    “ le duopole institutionnel fonctionne mieux pour tous les secteurs du capital lorsque les partis du duopole jouent en «tag team» [en collusion]’”




    La bonne nouvelle, c’est que la guerre civile interne à la classe dirigeante a délégitimé non seulement Trump mais l’ordre impérial US lui-même. Une fois perdue, la légitimité politique peut rarement être intégralement recouvrée – et certainement pas par un ordre capitaliste en bout de course en proie à un écheveau de contradictions accumulées en son stade terminal, et dont le domaine impérial se réduit progressivement.

    La mauvaise nouvelle est que la gauche US est si faible qu’elle a été incapable de proposer un discours qui explique les crises multiples qui ont été si dévastatrices pour le peuple américain, ou même d’accomplir a minima nos obligations de solidarité avec les victimes de l’impérialisme US dans le monde. Imaginant le fascisme dans les termes d’une caricature personnifiée par Trump, les gauchistes américains semblent croire que anti-Trump égale antifascisme, alors qu’en fait Trump représente un avatar de Jim Crow que les champions du capital cherchent à écarter depuis un demi-siècle afin d’exercer leur pouvoir plus efficacement. Ces champions du capital ont, par contre, construit un ordre fasciste du 21ème siècle dans lequel un tout petit nombre de milliardaires peut exercer le pouvoir sans réelle opposition, tandis qu’une bonne partie du monde est enfermé et contraint à une «course vers le bas» et que la moitié de l’humanité vit dans la terreur d’interminables guerres américaines.

    Le président Obama était un agent de ce fascisme – qui n’est pas une caricature de presse, et tue des millions de gens. Il en est ainsi de tous les Démocrates du jeu institutionnel. Ils sont les plus dangereux parce que si peu de gens les considèrent comme des fascistes, en dépit de leur servilité abjecte à l’égard de la dictature du monde des affaires, de l’État carcéral et des guerres sans fin. Nous battrons Trump pour la simple raison qu’il ne représente pas la véritable classe dirigeante capitaliste. L’oligarchie veut qu’il soit battu – et elle veut que nous la remerciions d’oeuvrer pour ses propres intérêts et se débarrasser de son propre problème: le genre de service que rend l’oligarque Michael Bloomberg quand il achète le contrôle de l’infrastructure du Parti Démocrate ainsi que la loyauté d’une partie substantielle de la (pseudo) classe politique noire.

    Certains gauchistes américains, incapables de sortir de leur vision caricaturale craignent que Donald Trump refuse de quitter la Maison Blanche si le scrutin lui est défavorable en novembre. Ils imaginent que les généraux de l’armée américaine soutiendront un coup de force de Trump dans un scénario de «Sept jours en mai» à l’envers. Complètement ridicule! Un coup de force militaire ne pourrait venir que du J-SOC, le Joint Special Operations Command qui supervise les forces d’opérations spéciales de toutes les branches de l’armée, comme les Bérets Verts (armée de terre) et les SEALS (marine). Les unités d’opérations spéciales ont toujours travaillé main dans la main avec la CIA – de fait, les Bérets Verts sont souvent appelés «l’armée de la CIA». Donald Trump, le candidat de «l’arrêt des des changements de régimes» [no more regime changes] en 2016 s’est ainsi gagné un ennemi implacable dans la CIA.

    Si un coup de force quelconque devait se produire en novembre, ce serait en faveur des Démocrates. Et beaucoup de gens qui se présentent comme de gauche applaudiront, se figurant la CIA comme un allié dans la lutte contre le «fascisme.»

    Source : Mounadil Al Djazaïri

    Tags : Etats-Unis, USA, Donald Trump, Joe Biden, fascisme, impérialisme, racisme,

  • Bellaciao, la chanson de la liberté

    Par Jean Lemaitre

    BELLA CIAO, aujourd’hui chanté partout en Italie par le mouvement des « Sardines », en riposte aux dérives fascisantes de l’infect Salvini entraînant dans son sillage nauséabond, malheureusement, une bonne partie de la population. BELLA CIAO, chant emblématique de la résistance des partisans italiens durant la dernière guerre mondiale.

    Voici un livre bien intéressant qui se lit en moins de trois heures, où l’auteur a beaucoup investigué pour connaître les sources de cette chanson devenue hymne universel de résistance. Il a enquêté, Pestelli, tous azimuts, interrogé des témoins , épluché quantité d’archives et, au bout de son travail, n’a pas de certitude. Le plus probable, à l’origine, il y a une belle et lointaine mélodie Klezmer, qui pourrait avoir voyagé en Europe, et avoir connu, au fil des distances parcourues, des améliorations successives.

    Quant aux paroles de Bella Ciao ? Là aussi plusieurs hypothèses. Sur la même musique ont été écrites des textes qui diffèrent ; ce qui est classique, dans le registre des chansons populaires, qui se transmettent oralement, et où, au gré des circonstances, des paroles variées sont reprises sur un même air. Certains attribuent la naissance du Bella Ciao (musique) aux travailleurs des rizières. D’autres datent la chanson de la première guerre mondiale, où des paroles pacifistes auraient été dans un premier temps composées.

    Ce qui est sûr, par contre : la version connue et reprise aujourd’hui (« Una mattina mi sono alzato E ho trovato l’invasor. E se io muoio da partigiano… ») remonte aux années 1943/1944 et fut alors ainsi chantée par les partisans antifascistes.

    Pourquoi, s’interroge aussi l’auteur, Bella Ciao a survécu trois quarts de siècle, en étant retransmise de génération en génération, devenant symbole fort d’engagement démocratique, traduite et interprétée dans nombre de pays et en autant de langues ! A quoi cela tient ? A une musique mélodieuse, à l’attaque vive, et facile à mémoriser? A des paroles très poétiques et simples, qui durent dans le temps et touchent un espace élargi?

    Personnellement, je vois de nombreuses similitudes entre Bella Ciao, et le Portugais Grândola Vila Morena (de Zeca Afonso), qui servit de détonateur à la Révolution des œillets en 1974. Une musique également puisée aux sources des traditions populaires. Des paroles non pompeuses disant de manière belle et simple la nécessité de fraternité, de liberté !

    Avec ma collègue Mercedes Guerreiro, nous avons enquêté au Portugal et puis écrit un livre (réédité par les Editions OTIUM, en 2019), « Grândola Vila Morena, le roman d’une chanson ». Plus d’infos à ce propos : https://jeanlemaitre.com/232/

    Jean Lemaître

    (*) Pour toute commande de « BELLA CIAO » : www.antidote-publishers.be
    De l’artiste musicien Carlo Pestelli, éditions Antidote (*)

    10 euros, 129 pages, format poche ; traduction en français par Michèle et Nadine Rosa-Rosso

    Bella Ciao fut pour la première fois interprétée en France par Yves Montand.

    Source : Solidarité Maroc, 8 fév 2020

    Tags : Bellaciao, Italie, résistance, fascisme, dictature, despotisme, liberté,

  • Belgique : Le fascisme qui s’installe c’est …

    Manu Scordia

    Le fascisme qui s’installe c’est par exemple le « plan canal » qui criminalise les populations issues de l’immigration. C’est par exemple les « opérations Médusa » qui font la chasse aux migrants allant jusqu’à provoquer la mort de la petite Mawda.

    Le fascisme qui s’installe, ce sont toutes ces lois racistes et répressives qui sont passées dans l’indifférence générale. La loi sur la déchéance de nationalité, la loi « déportation » qui permet d’expulser des étrangers -même nés en Belgique- lorsqu’ils « troublent l’ordre public », la loi de non-assistance consulaire pour les binationaux…

    Le fascisme qui s’installe c’est le délit de solidarité, la criminalisation des « hébergeurs »… c’est Walid, Belgo-Tunisien qui a passé 8 mois en prison pour avoir hébergé des migrants. C’est Ahmed Elasey, ce sdf qui s’est fait tirer dessus par un policier et qui se retrouve inculpé pour tentative de meurtre. C’est Fayçal Cheffou, c’est Ali Aarrass….

    Le fascisme qui s’installe c’est la déshumanisation progressive du migrant, du musulman, du Noir, de l’Arabe… qui mène à des agressions et tentatives de meurtre racistes et islamophobes. C’est le MR qui a gouverné avec l’extrême-droite pendant 5 ans. C’est le Vlaams Belang qui explose aux dernières élections.

    Le fascisme qui s’installe, ce sont toutes ces choses qui sont désespérément absentes des débats et négociations post-électorales. Parce que manifestement le fascisme qui s’installe, ça n’a pas l’air très grave ni très important. Ou peut-être qu’il est déjà vachement bien installé.

    Manu Scordia

    Tags : Belgique, fascisme, racisme, extrême droite, migration, xénophobie,

  • « Le Maghreb sous la croix gammée » de Bill Cran et Karin Davison

    La chaîne franco-allemande Arte a diffusé Le Maghreb sous la croix gammée (In search of… the Arabian Schindler, Gesucht wird der arabische Schindler), documentaire de Bill Cran et Karin Davison. Menée par Robert Satloff, cette « enquête historique » du Proche-Orient en France et aux Etats-Unis « rend justice aux « Justes » oubliés du monde arabe ». Ce film intéressant montre aussi les persécutions antisémites visant les Juifs d’Afrique du Nord, en particulier le travail forcé dans des camps et la déportation en Europe. Des faits que beaucoup ignorent. Comme le livre de Robert Satloff dont il s’inspire, ce documentaire souffre cependant de graves lacunes historiques. Le 25 avril 2019, de 20 h 30 à 22 h, le Cercle Bernard Lazare (CBL) proposera la conférence « Les musulmans et la machine de guerre nazie » par David Motadel, professeur à Sciences-Po, d’après son livre éponyme publié aux éditions la Découverte.

    Le 11 septembre 2001, Robert Satloff, directeur exécutif du Washington Institute for Near East Policy (WINEP) un think tank (institut de recherche) américain expert en politique étrangère et sur le Moyen-Orient, et Juif américain, avait rendez-vous au Rockfeller Center.

    D’une des fenêtres de cet immeuble, il a vu les attentats islamistes contre les Twin Towers, la fumée, les cendres. « Très vite, les images d’Auschwitz se sont superposées » dans son esprit, « la fumée, les cendres ».

    Robert Satloff s’interroge sur la glorification, le déni et la « relativisation » de la Shoah dans les mondes musulman et arabe. « Pour combattre l’ignorance, il amorce un dialogue avec des Arabes pour les sensibiliser à l’Holocauste. Comment s’y prendre ? Le problème est qu’il s’agit d’une histoire éloignée : des fascistes européens ont tué des juifs européens ».

    C’est par une question que Robert Satloff répond : « Y a-t-il eu des Justes arabes ? »

    A la recherche d’un « Oscar Schindler arabe »
    Vingt mille Justes parmi les Nations sont recensés par Mémorial Yad Vashem à Jérusalem, dont environ 60 sont musulmans (des Bosniaques et Albanais, un Turc).

    Pourquoi aucun nom arabe ne figure-t-il dans cette liste des Justes ? Cette question taraude Robert Satloff qui, avec équipe de documentaristes, de journalistes et de chercheurs dans 11 pays, part en quête d’« Arabes ayant sauvé des Juifs » en ayant la conviction que s’il existe « un Oscar Schindler Arabe, peut-être les Arabes auraient-ils une autre approche de l’Holocauste?»

    Au terme de cinq ans de recherches, Robert Satloff, qui a vécu dans le royaume chérifien lorsque cinq attentats islamistes ont visé majoritairement des cibles juives à Casablanca, publie en 2007 le livre Among the Righteous, Lost stories from the Holocaust’s Long Reach into Arab Lands (Parmi les Justes).

    Un ouvrage évoquant les persécutions des juifs d’Afrique du Nord – protectorats français du Maroc et de Tunisie, départements français d’Algérie – lors de la Seconde Guerre mondiale et le comportement des Arabes dans ces pays : de la collaboration avec les Nazis à la protection de juifs persécutés, via l’indifférence. Un livre qui espère amorcer un nouveau dialogue entre juifs et Arabes.

    Composé d’interviews passionnantes de témoins et d’historiens, ainsi que de visites sur les lieux mêmes de camps de travail forcé et de caches de juifs – ce qui est inédit -, ce documentaire documenté en est largement inspiré en se focalisant sur ces trois seuls pays ; l’histoire des juifs de Libye fait l’objet d’une allusion (camp de Giado) et celle d’Egypte ignorée.

    Plus de 100 camps de concentration

    « La plupart des camps de concentration au Maroc ne furent pas construits par les Nazis. Avant l’occupation du Maghreb par les Allemands, le régime de Vichy avait installé plusieurs dizaines au Maroc et en Algérie. Les fascistes italiens construisirent eux aussi des camps, comme le terrible camp de Giado en Libye où plus de Juifs furent tués que partout ailleurs en Afrique du Nord… Plus d’une centaine de camps » ont été édifiés dans les pays arabes. A deux reprises, le film de Michael Curtis Casablanca (1942) fait allusion aux camps de concentration au Maroc.

    « Un vrai réseau de camps traverse le Sahara. Les détenus sont essentiellement des Juifs d’Europe centrale réfugiés pour échapper aux nazis et déportés là ». Un film de propagande montre ces travailleurs forcés construire une voie de chemin de fer.

    Les « camps du désert ont été parmi les pires de la Seconde Guerre mondiale ». Ils étaient « dirigés de main de fer » et leurs « gardiens étaient indifférents au sort des prisonniers », constate l’historien de la Shoah, Sir Martin Gilbert.

    Le commandant du camp accueillait ainsi les nouveaux internés : « Vous êtes tous venus pour mourir. Mon travail est de faire en sorte que vous mouriez tous ici et je fais bien mon travail ». Les travailleurs forcés mouraient de faim, de torture, de dysenterie, de choléra, de piqures de scorpion et de serpent…

    A la différence du Maroc et de l’Algérie, la Tunisie a été occupée par les Nazis de novembre 1942 à mai 1943. Là, le SS colonel Walter Rauff, « un des inventeurs des camions à gaz en Europe de l’Est », organisa la rafle des juifs priant à la synagogue de Tunis, le 9 décembre 2002. Direction : les camps de travail forcé.

    Si certains Arabes sont indifférents devant les persécutions des juifs, deux Tunisiens se souviennent d’Arabes disant « Jüden, vous allez être égorgés » ou « Tape avec la pelle, Shalom ! Shalom signifie juif ». D’autres Tunisiens s’engagent dans l’armée allemande ou sont recrutés pour garder les camps d’internement de juifs.

    De rares Justes parmi les nations arabes

    Le documentaire se focalise sur trois musulmans ayant sauvé des juifs. En 1943, plusieurs dizaines de juifs parviennent à s’échapper d’un de ces camps et sont cachés par un fonctionnaire retraité, Si Ali Sakkat. Joseph Nacache échappe à une rafle grâce à Hamza Abdul Jalil, propriétaire d’un hammam, qui le prévient. Avec simplicité, le fils de ce sauveur explique le geste de son père : « Juif, ou chrétien ou musulman, c’est un humain ». Les familles Boukris et Uzan sont cachées à Mahdia (Tunisie) dans une propriété de l’architecte Khaled Abdul Wahab.

    En Algérie, « des décrets musulmans interdisent aux musulmans d’administrer les propriétés confisquées aux juifs ». Ils seront respectés.

    Pourquoi cette histoire d’Ali Sakat est-elle tombée dans l’oubli ? Pour des raisons politiques : il est « dangereux d’avoir aidé des juifs dans de nombreux pays arabes ». La famille Sakat serait-elle favorable à la pose d’une plaque rendant hommage à l’acte salvateur ? Un peu gêné, le petit-fils prévoit que certains seront pour, d’autres contre : « Beaucoup de Tunisiens ont de la sympathie pour le peuple palestinien quand ils le voient souffrir, etc. etc. »

    Une histoire tragique méconnue

    On peut regretter et s’étonner que le travail remarquable accompli par Robert Satloff – enregistrements vidéo des souvenirs des témoins – n’ait pas été réalisé par la Fondation pour la Mémoire de la Shoah.

    Rendre hommage aux Justes musulmans est justifié. Rechercher un « Oscar Schindler » Arabe ? C’est étrange : cet industriel allemand était ambigu ; il n’est pas Aristides de Sousa Mendes, consul général du Portugal à Bordeaux qui, désobéissant à sa hiérarchie, a donné des visas d’entrée au Portugal à 30 000 réfugiés, dont 10 000 juifs. Et c’est ignorer la distinction entre Arabe et Amazigh (Berbère).

    Des questions demeurent : quels étaient les liens entre Khaled Abdul Wahab et les officiers nazis ? Des relations d’affaires ? Khaled Abdul Wahab devait-il maintenir ses contacts avec les officiers allemands pour mener à bien sa protection des deux familles juives dont les adultes semble-t-il travaillaient dans sa propriété ?

    On voit une photo inédite où Français et Algériens font le salut nazi. Mais les liens entre nationalistes arabes et nazis ainsi que la fascination de masses arabes pour le Führer Hitler sont souvent minorés ou occultés. Il aurait aussi été utile de rappeler l’engagement de 150 000 à 300 000 musulmans dans les rangs des forces de l’Axe, la réception favorable de la propagande nazie dans le monde arabe, etc.

    Sur l’application en Afrique du Nord des statuts des juifs du régime de Vichy, ce documentaire demeure souvent trop vague. Ainsi, il allègue : « Malgré les pressions de Vichy, Mohammed V au Maroc réussit à protéger les juifs marocains ». Cependant, la caméra s’attarde sur Le Journal du Maroc évoquant les discriminations visant les Juifs français, étrangers et marocains édictées au Maroc par quatre dahirs (décrets royaux). Pourquoi ne pas citer et montrer ces dahirs marocains et les décrets beylicaux tunisiens antisémites ? Pourquoi ne voit-on pas Robert Satloff consulter les archives des protectorats français à Nantes (France) ? Pour ne pas écorner les mythes de la protection courageuse de souverains musulmans ?

    La réalité du pouvoir appartient au Résident général, c’est-à-dire à la France. Quant aux statuts des Juifs de Vichy d’octobre 1940 et de juin 1941, le Sultan du Maroc les appliquera à la lettre. Il ne s’oppose à aucune mesure prévue par ces deux statuts. Il n’y a que dans le volet économique qu’il tente légèrement de protéger la communauté juive du Maroc. Cette intervention n’est pas désintéressée, car elle sert surtout les intérêts économiques du Makhzen (gouvernement du Sultan). Sur l’essentiel, le Sultan Mohammed n’a pas protégé les Juifs puisqu’il a même promulgué les statuts des Juifs en Dahir (décret) chérifien.

    Au Maroc, « le Sultan Mohammed entend faire savoir aux autorités de Vichy qu’il reste le maître du pays. S’il y a persécution ou protection, il estime que c’est à lui à en décider. Le message est les suivant : les Juifs sont ses sujets et non pas ceux de Vichy. A travers les Juifs, le Sultan Mohammed réclame sa part d’autonomie vis-à-vis du gouvernement de Vichy. Les Juifs sont des pions parmi d’autres dans le rapport de force entre le Makhzen et Vichy », a déclaré l’historien Georges Bensoussan qui prouve que la prétendue opposition du sultan au port de l’étoile jaune par les Juifs est un mythe.

    Et d’ajouter : le sultan du Maroc « ne fait preuve d’aucune détermination à défendre les Juifs : il ne rencontre les dirigeants de la communauté juive qu’une seule fois et en privé, au printemps 1942, pour leur dire qu’à titre personnel, il désapprouve les mesures de Vichy. En revanche, à titre officiel et publiquement, il ne prend aucune mesure en faveur des Juifs. Pire, il traduit les statuts des Juifs en Dahir chérifien ! Le port de l’étoile jaune est une mesure allemande qui n’a jamais été d’application en Zone libre, c’est-à-dire sur l’ensemble du territoire français placé sous l’autorité du gouvernement de Vichy. Et le Maroc (comme l’Algérie) faisait partie de la Zone libre… Les 150.000 Français vivant au Maroc sont violemment antisémites. L’administration française est littéralement gangrénée par l’antisémitisme. Quotidiennement, elle apporte la preuve de son antisémitisme dans la façon dont elle traite les Juifs. Ainsi, le gouvernement de Vichy n’accorde aux Juifs que 50% des ressources alimentaires qu’il attribue aux musulmans. Dans ce contexte particulier, l’attitude du Sultan du Maroc -qui reçoit notamment les dirigeants de la communauté juive en audience privée pour leur témoigner de sa solidarité- fait le tour de tous les mellahs (quartiers juifs) du Maroc. En comparant son attitude avec celle des autorités françaises, il n’a aucune difficulté à apparaître comme un sauveur magnanime… Le départ des Juifs du Maroc constitue une blessure, car il marque l’échec de l’intégration des Juifs à leur Etat nouvellement indépendant, tout comme il montre à quel point le nationalisme marocain est fermé et fondé sur l’islam. Les Marocains ont donc intérêt à présenter le passé comme une coexistence heureuse perturbée et sapée par le développement du sionisme, la création de l’Etat d’Israël et le départ des Juifs qu’ils considèrent comme une manipulation des sionistes ».

    De plus, quels sont les droits et les statuts en France de ces travailleurs forcés, Juifs et non Juifs ? Les sites des camps semblent délabrés, en voie d’effacement. Signe du désintérêt ou du refoulement des dirigeants de ces pays pour ce pan de leur histoire ? Souci de cacher « que la Shoah n’est pas qu’une affaire européenne ayant visé les seuls juifs européens ». Alors que les camps en France métropolitaine font l’objet d’attentions, ceux d’Afrique du Nord risquent de disparaître sans volonté des autorités politiques et des responsables Juifs français ou nord-africains. Pourquoi ?

    Quant à Joseph Scemla et ses deux fils, Gilbert et Jean, ils ont été guillotinés en Allemagne, après avoir été dénoncés par le Tunisien Hassen ben Hamouda El Ferdjani, qui voulait s’emparer de leurs biens. Ce dernier a certes été condamné à mort à la Libération. Mais sa peine a été commuée en travaux forcés à perpétuité. Et, ce traître cupide a été libéré peu après l’indépendance de la Tunisie, après avoir purgé dix ans de prison. Et non les 14 ans indiqués dans le film.

    Si ce documentaire évoque la vie difficile des juifs sous joug musulman, il ne nomme pas la dhimmitude, ce statut inférieur, cruel et déshumanisant des non-musulmans en « terre d’islam » induit par le jihad. Et Robert Satloff ajoute, sans preuve : « Il est sûr qu’au cours des derniers millénaires, si on est juif, il valait mieux naître dans un pays musulman que dans un pays chrétien ». Rappelons que si l’histoire juive remonte à 5770 ans, Mahomet, prophète de l’islam est né en 570 après Jésus-Christ, et l’islam a donc moins de 1 500 ans. Au début du XXe siècle, les pays où la situation des juifs était la plus épouvantable étaient la Russie tsariste et le Maroc.

    Les images de cette synagogue vide à Mahdia sur laquelle veille pieusement le dernier juif, de ce vestige d’une communauté juive jadis nombreuse sont bouleversantes. L’« exode oublié » – exil généralement contraint de près d’un million de juifs des pays arabes, d’Iran et de Turquie des années 1940 aux années 1970 – est attribué en partie à la « fondation » de l’Etat d’Israël. Mais d’une part, il s’agit de sa recréation, et surtout cet exode a été causé par le refus de ces pays, et pas seulement des nationalistes arabes, de l’Etat juif sur sa terre biblique, en Eretz Israël.

    Curieusement, ce film occulte les similarités entre le processus de discriminations, de marginalisation, d’exclusion des nazis ou du régime de Vichy et celui de cet exil.

    Etrangement, Robert Satloff interviewe le président Shimon Peres et le ministre Sylvain Shalom sans souligner le rôle du grand mufti de Jérusalem Mohammed Amin al-Husseini dans la Shoah ni les menaces de destruction du Yichouv (ensemble des juifs vivant dans la Palestine mandataire, en Eretz Israël).

    Robert Satloff espère que nommer des Justes Arabes constitue « un premier jalon pour un nouveau dialogue entre juifs et Arabes ».

    Avec toutes ses qualités, ce documentaire prouve que relater une Shoah plus ou moins « arabiquement ou islamiquement correcte », ne pas dire toute l’histoire avec ses pans plus ou moins sombres, opter pour un dialogue judéo-musulman sans « apurer les contentieux » (Shmuel Trigano) induit, même involontairement, des amalgames anti-israéliens : ainsi, un spectateur musulman a quitté la réunion où l’on débattait du film en alléguant un parallèle diffamatoire entre la Shoah et « l’Holocauste des Palestiniens ». Des diatribes anti-israéliennes s’étaient déjà produites lors de la conférence de lancement du projet Aladin.

    « Certains Arabes ont fait des choix personnels, pour le meilleur et pour le pire. Même à l’époque des nazis, ils ont fait un choix… Jusqu’à présent, la Shoah a toujours été vue du côté des juifs européens. Les souffrances des juifs européens ont occulté celles des communautés d’Afrique du Nord », conclut avec pertinence Robert Satloff.

    Il est regrettable qu’aucune photo de ces Arabes au comportement louable ou des témoins Juifs ne figure parmi les visuels libres de droits pour la presse. De plus, ce documentaire a été diffusé à deux seules reprises, à 21 h 25 et à 5 h du matin. Dommage ! Les faits qu’il rappelle demeurent ignorés du grand public en France.

    A l’Institut Universitaire Elie Wiesel, les 12 mai, 26 mai et 2 juin 2015 à 17 h, Ariel Danan, docteur en histoire, directeur-adjoint de la Bibliothèque de l’AIU et responsable de la Médiathèque Alliance Baron Edmond de Rothschild. Secrétaire général de la Commission française des Archives juives et vice-président de la Société d’Histoire des Juifs de Tunisie et d’Afrique du Nord, enseigna l’Histoire des Juifs d’Afrique du Nord pendant la Seconde Guerre mondiale : « Ce cycle aura pour objectif de découvrir un aspect souvent méconnu de la Seconde Guerre mondiale et de la Shoah, qui, pendant longtemps, n’a pas retenu l’attention des historiens. Les Juifs d’Afrique du Nord ne sont en effet pas restés à l’abri de la Shoah : les lois antisémites de Vichy y ont été appliquées (avec une sévérité particulière en Algérie) : recensement des individus et des biens, exclusions professionnelles et scolaires, pillages etc. Le débarquement anglo-américain de novembre 1942 change la donne : en Tunisie, occupée par les troupes allemandes contraintes de reculer face à l’avance alliée, les Juifs de Tunisie subissent six mois d’horreur : spoliations, travail forcé, assassinats, sévices, ainsi que quelques déportations quelques jours avant la libération du pays. En Algérie et au Maroc (puis six mois après en Tunisie), malgré la reconquête alliée, une nouvelle ère pleine de difficultés et de remises en cause s’ouvre pour les Juifs qui subissent de graves difficultés économiques, un antisémitisme – quelquefois virulent – bien présent au sein des populations locales et du pouvoir colonial qui n’a pas été épuré. Si la période de la Seconde Guerre mondiale a été infiniment moins dramatique pour les Juifs d’Afrique du Nord que d’Europe, elle porte en son sein les germes du départ des Juifs des trois pays. La première leçon 1 a pour titre « Les Juifs d’Afrique du Nord sous le régime de Vichy ((juillet 1940 – novembre 1942) », la deuxième leçon « Les Juifs de Tunisie face aux Nazis (novembre 1942-mai 1943) » et la troisième leçon « Les Juifs d’Afrique du Nord face à de nouveaux défis (1942-1945) ». Ce cours fait partie du nouveau champ thématique « Visages de Sepharad : l’Orient, la Méditerranée, l’Afrique du Nord ».

    En partenariat avec l’Institut Ben Zvi, Jérusalem, Israël, le numéro 205 d’octobre 2016 de La Revue d’Histoire de la Shoah est consacré aux Juifs d’Orient face au nazisme et à la Shoah (1930-1945). Les « communautés juives dispersées du Maroc à l’Irak, de l’Égypte au Yémen, sont bien informées des vicissitudes d’un judaïsme européen qui est alors, de loin, majoritaire. Dès l’avènement des nazis au pouvoir, elles organisent avec plus ou moins de succès le boycott des produits allemands, au risque de se couper des autorités locales comme des mouvements nationalistes arabes. Mais cette solidarité éprouve rapidement ses limites, a fortiori quand la guerre se déclenche en Europe. Pour les communautés juives du monde arabe, le nazisme et la guerre constituent un tournant majeur. En 1945, leur avenir sur leur terre natale semble moins assuré que jamais ».
    « Seul périodique européen consacré à l’histoire de la destruction des Juifs d’Europe, et première revue d’histoire sur le sujet, cette publication est essentielle pour tout étudiant ou chercheur travaillant sur cette césure de l’histoire. Elle entend donner un aperçu des chantiers actuels de l’historiographie du judéocide. La Revue d’histoire de la Shoah ouvre également son champ d’étude aux autres tragédies du siècle : le génocide des Tutsis au Rwanda, celui des Arméniens de l’Empire ottoman et le massacre des Tziganes ». Pourquoi ne pas évoquer aussi celles des Grecs pontiques, des Assyriens, etc. ?

    Le 20 juin 2018 à 20 h, la Médiathèque Alliance-Baron Edmond de Rothschild de l’Alliance israélite universelle (AIU) proposa la conférence « Les juifs d’Afrique du Nord pendant la Seconde Guerre mondiale : nouvelles perspectives », avec Haïm Saadoun. « Si l’histoire des juifs d’Afrique du Nord durant la Seconde Guerre mondiale est longtemps restée méconnue, elle est aujourd’hui devenue un sujet de recherches important en France, en Israël et en Afrique du Nord. Haïm Saadoun, spécialiste de cette période, Professeur à l’université ouverte d’Israël, apportera un éclairage nouveau sur des questions telles que l’application de la législation antisémite de Vichy en Algérie et au Maroc, sur la vie quotidienne des juifs de Tunisie durant l’occupation nazie, sur la condition des juifs de Libye ou encore sur la résistance juive en Afrique du Nord. »

    Le 25 avril 2019, de 20 h 30 à 22 h, le Cercle Bernard Lazare (CBL) proposera la conférence « Les musulmans et la machine de guerre nazie » par David Motadel, professeur à Sciences-Po, d’après son livre éponyme publié aux éditions la Découverte. « Au plus fort de la Seconde Guerre mondiale, après les premiers revers militaires subis en Union soviétique et l’enlisement dans des territoires abritant de nombreux musulmans – l’Afrique du Nord, le Caucase, les Balkans et la Crimée –, les dirigeants nazis ont cédé à une sorte d’urgence stratégique. Ainsi ont-ils mis de côté certains de leurs préjugés racistes et tenté d’instrumentaliser l’« islam » – religion que Hitler et Himmler, notamment, admiraient car ils la jugeaient « autoritaire », « fanatique » et « conquérante » – pour en faire une force politique ralliée à leur cause. Les musulmans sont donc devenus la cible d’une propagande acharnée et sophistiquée, quoique totalement ignorante des cultures et contextes régionaux. Mais en postulant l’unité du monde musulman, en manipulant les textes sacrés ou en tentant de faire passer Hitler pour une figure centrale de l’eschatologie islamique, la machine de guerre nazie a fabriqué de toutes pièces un islam imaginaire… Fondé sur des sources inédites issues de quatorze pays, ce livre démonte avec précision la thèse d’une proximité idéologique entre nazis et musulmans à l’égard des juifs. Si des dizaines de milliers de soldats musulmans se sont effectivement enrôlés dans la Wehrmacht et la SS, ils l’ont presque toujours fait pour échapper à une misère plus grande encore, aux menaces de la violence nazie, ou pour se venger de leurs anciens oppresseurs. »

    Robert Satloff, Among the Righteous, Lost stories from the Holocaust’s Long Reach into Arab Lands. Public Affairs, 2007. 251 pages. ISBN : 1586483994
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    Le Maghreb sous la croix gammée de Bill Cran et Karin Davison

    MacNeil/Lehrer Productions et Robert Satloff, MedienKontor, WDR pour ARTE, France, Allemagne, Maroc, 52 minutes, 2010

    Diffusions sur Arte le 2 juin 2010 à 21 h 25 et le 6 juin 2010 à 5 h

    Source : Véronique Shemla

    Tags : Shoah, Holocauste, juifs, nazis, fascisme, Robert Satloff, ARTE,