Étiquette : Hicham Alaoui

  • Ce que ferait Joe Biden au Moyen Orient et en Afrique du Nord (Hicham Alaoui)

    Hicham Alaoui

    Associé, Weatherhead Center for International Affairs. DPhil, études orientales, St Antony’s College, Oxford.

    Si Joe Biden remportait les élections de novembre 2020, sa nouvelle administration serait immédiatement confrontée à quatre défis au Moyen-Orient: l’Iran, l’axe saoudo-émirati, le printemps arabe et Israël / Palestine.

    La politique de l’administration Trump au Moyen-Orient est celle d’un repli chaotique. En revanche, la stratégie de l’administration Biden serait une stratégie de réengagement prudent. Il serait fondé sur un sens du réalisme critique, un peu comme l’approche de l’administration Obama. Elle verrait la région comme un terrain géopolitique cohérent, dans lequel la réalisation des objectifs à long terme exigerait moins d’action unilatérale et plus de coordination multilatérale. En même temps, il affronterait l’importance décroissante du Moyen-Orient pour les intérêts américains à l’étranger.

    Premièrement, en ce qui concerne l’Iran, l’administration Biden essaierait de restaurer le principe de négociation incarné par le cadre de l’accord nucléaire de 2015. Au cours des quatre dernières années, les États-Unis sont revenus à une position d’intimidation unilatérale et de rhétorique militarisée, de sanctions et de frappes militaires dans l’espoir de contraindre l’Iran à se soumettre. Pourtant, si les États-Unis peuvent lentement étouffer les ressources nucléaires de l’Iran, ils ne peuvent pas le faire avec leur programme de missiles balistiques existant, qui est le principal fer de lance de l’Iran pour ses ambitions d’expansion régionale.

    En tentant de revoir le cadre de l’accord sur le nucléaire pour ouvrir un nouveau dialogue, les États-Unis essaieraient de freiner le programme de missiles balistiques de l’Iran en donnant à son régime une place à la table des négociations. Les dirigeants iraniens résisteront sans aucun doute à l’invitation, car l’arsenal reste un atout vital pour sa capacité militaire. Cependant, ce processus pourrait ouvrir la porte à un grand marché régional à long terme. Un tel accord aborderait de manière globale l’implication de l’Iran dans des pays comme la Syrie, le Yémen et l’Irak sans aggraver les tensions dans le Golfe.

    Deuxièmement, en ce qui concerne l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis (EAU), les États-Unis reconsidéreraient soigneusement leur attitude libre. Au cours de la dernière décennie, et en grande partie sous une nouvelle direction politique, l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis ont agi en tant qu’avant-garde contre-révolutionnaire du Moyen-Orient, s’efforçant d’inverser les acquis démocratiques. Ils ont cherché à renforcer les régimes autoritaires et les alliés dans toute la région – et ils ont réussi grâce à un mandat virtuel de l’administration Trump.

    L’administration Biden serait plus stricte, consciente des conséquences désastreuses de ce que l’aventurisme saoudo-émirati a produit au Yémen, en Libye et au Qatar. Les actions menées au sein de ces pays ont créé des perturbations tumultueuses avec peu de retours positifs. Bien sûr, les États-Unis resteraient en dehors de la politique intérieure saoudo-émiratie. Pourtant, il reconnaîtrait également que les deux sont différents. Alors que les dirigeants des Émirats arabes unis feraient face à des conséquences moins graves de ce recalibrage, les dirigeants saoudiens subiraient des coûts plus élevés en raison de leur domination sur un pays beaucoup plus grand avec des courants populaires plus diversifiés et un défi économique plus difficile. En outre, les dirigeants saoudiens auraient lésé de nombreux acteurs politiques internes, et ils pourraient essayer de réaffirmer leur pouvoir dans le système politique.

    Troisièmement, les États-Unis réorienteraient leur vision du printemps arabe – qui est un processus historique en cours plutôt qu’un résultat singulier. Ce processus est un processus de changement politique, et l’administration Biden reconnaîtrait que les luttes impliquées ont des racines structurelles. L’ancien contrat social qui a troqué l’obéissance politique contre la subsistance économique est révolu. Les sociétés jeunes exigent voix et dignité, et les régimes autoritaires ne peuvent pas le faire.

    Le rétablissement de la démocratie américaine dans le pays peut enhardir les mouvements démocratiques dans la région et même dans le monde. Le déclin de la démocratie dans le monde et son affaiblissement du dynamisme du printemps arabe sont souvent négligés. De plus, si de nouvelles révolutions éclatent, une administration Biden ne supposerait pas que les alliés autocratiques, comme le régime de Sissi en Égypte, resteront stables. Les attentes populaires en matière de réforme exigeraient une réponse plus raisonnée de la part des États-Unis.

    Dans le même ordre d’idées, des pays fracturés comme la Libye et la Syrie exigeraient le multilatéralisme plutôt que des interventions ponctuelles. Cela nécessiterait à terme de reconstruire les modes de coopération avec les alliés occidentaux et de réengager la Russie et la Chine à travers un cadre d’interactions positives et bien réglementées. Une administration Biden adopterait plus volontiers une telle approche.

    Enfin, l’administration Biden s’occuperait de la tragédie palestinienne. Ici, en raison de leur partialité passée, les États-Unis ont peu d’espace de manœuvre, et cela ne changera probablement pas. Il reviendrait sur «l’accord du siècle» et tenterait de ressusciter la solution à deux États. La possibilité d’une solution à deux États est effectivement morte, mais aucune des parties impliquées ne souhaite en reconnaître l’implication douloureuse. Ainsi, les États-Unis tenteraient de ramener Israël aux négociations. Cependant, il y aurait des gains limités: même si le gouvernement israélien arrête l’annexion de jure du territoire palestinien, il y aura toujours une annexion de facto par des activités de colonisation illégales. Beaucoup dépendrait également de la manière dont les Palestiniens se réorganiseraient, car l’Autorité palestinienne est bloquée dans un déclin moribond depuis des décennies.

    Pourtant, se retirer de l’accord du siècle aurait des implications régionales à considérer. Par exemple, les États arabes seraient moins incités à se précipiter dans des normalisations avec Israël sans que ce dernier ne traite des droits des Palestiniens. En ce sens, la politique étrangère de l’administration Biden au Moyen-Orient aurait des conséquences considérables, mais il faudrait un certain temps pour réparer les dommages causés par les politiques américaines actuelles.

    Dans le cas où Trump gagnerait, nous verrions plus de la même chose en termes de politique étrangère employée au cours des quatre dernières années. Les États-Unis poursuivraient leur approche militante vis-à-vis de l’Iran, et continueraient à donner aux dirigeants saoudiens et émiratis leur mandat pour la contre-révolution. Il resterait inactif alors que la région entre dans un nouveau cycle de répression autoritaire et de répression populaire. Ce refoulement consommerait la rue et serait plus fracturé que jamais, car il y aurait encore moins de répit au sein de la société civile. Les conflits régionaux en Libye, au Yémen et ailleurs s’aggraveraient en l’absence de coopération transatlantique et d’engagement multilatéral. Ces pays sombreraient plus profondément dans le conflit.

    Enfin, les États-Unis continueraient à négliger la dynamique israélo-palestinienne et à ne pas dépenser ne serait-ce qu’un minimum d’efforts pour relancer le processus de négociation. En conséquence, cela accélérerait la dissolution éventuelle de l’Autorité palestinienne et accélérerait également la reconnaissance formelle du fait que la solution à deux États est définitivement morte.

    Source : EPICENTER, 27 oct 2020

    Tags : Proche Orient, Moyen Orient, Noe Biden, Donald Trump, Hicham Alaoui, Palesine, Israel,

  • Maroc : Reportage photo et audio d’une conférence de Hicham Alaoui en Aquitaine

    A la salle, il y avait, entre autres, le président de la région d’Aquitanie, le patron du Courrier International et Philippe Labarde.

    Parmi le public, il y avait aussi un certain Maroc Intelligence qui a pris le soin d’enregistrer la conférence et de prendre quelques photos pour la DGED.

    Tags : Maroc, Printemps Arabe, Hicham Alaoui, Moulay Hicham, conférence, Aquitaine, 

     

  • Moulay Hicham : « La solution au Maroc : une monarchie réformée »

    ENTRETIEN MOULAY HICHAM REALISE PAR DOMINIQUE LAGARDE DANS L’EXPRESS DE CE MERCREDI 11 MAI 2011. IL DONNE SON AVIS SUR LE PRINTEMPS ARABE ET PARLE DU MAROC.

    Interrogé par l’Express sur le fait que les manifestants au Maroc ne demandent pas au souverain de « dégager », mais de réformer le système et que les rois seraient donc plus légitimes que les dictateurs républicains, Moulay Hicham estime que « L’institution monarchique est à la fois une institution d’arbitrage et le symbole de l’identité de la nation. Les populations de ces pays adhèrent majoritairement à ce concept. Mais cela pourrait bien, à terme, ne plus être le cas si ces monarchies ne prennent pas en compte l’aspiration des peuples au changement. Or, elles peinent à faire face à cette urgence, notamment, lorsqu’il s’agit de monarchies de droit divin ».

    Interrogé sur les pouvoirs religieux du souverain qui sont « aujourd’hui largement débattus », notamment, par le mouvement du 20 février, ainsi que sur la notion du sacralité de la personne de Sa Majesté, Moulay Hicham déclare que « La +sacralité+ n’est pas compatible avec la démocratie. On peut concevoir que la personne du roi soit inviolable, parce qu’il est le représentant de la nation. On peut conserver une commanderie des croyants si celle-ci est dotée d’une dimension morale, un peu comme la reine du Royaume unie est chef de l’église d’Angleterre et Defender of the Earth. Mais il faut renoncer au caractère sacré de la personne du roi. Si on garde cette notion-là, copiée sur l’absolutisme français au milieu d’un dispositif institutionnel par ailleurs démocratique, tout sera biaisé. A terme, cela ne marchera pas ».
    Interrogé sur la Commission de la réforme de la constitution et si elle peut aller jusqu’à proposer la suppression de la sacralité de la personne du Roi, Moulay Hicham répond : « je crois que la monarchie marocaine a compris l’ampleur du défi, même si elle peine à y répondre. La commission est consultative, c’est le roi qui tranchera ».

    Sur la demande de l’ultragauche marocaine de l’élection d’une assemblée constituante, Moulay Hicham réponde : « C’est irréaliste. Cela signifierait la fin du régime. Historiquement, les assemblées constituantes servent à consommer la fin d’un régime ».

    Entre une monarchie à l’espagnole ou la conception d’une Constitution dans laquelle le Roi aurait peu ou prou les pouvoirs d’un président français, avec un exécutif bicéphale, Moulay Hicham souligne qu’ « En France, le chef de l’Etat et le Premier ministre sont l’un et l’autre issus de la souveraineté populaire. Au Maroc, il y a deux légitimités, celle des urnes et celle de la tradition. On ne peut pas transposer la logique et la philosophie de la cohabitation et du domaine réservé. Il faut tourner la page, et le faire sans ambiguïté. Le Maroc doit s’inspirer des expériences des monarchies européennes tout en préservant ses traditions et sa culture. »

    Interrogé sur son rôle d’avocat de l’ouverture démocratique des monarchies arabes tout en étant le neveu de Feu le roi Hassan II, Moulay Hicham répond : « Des études à l’étranger, l’ouverture au monde sans doute. Et un intérêt, très tôt stimulé, pour les problèmes sociaux… »

    « Mais vous restez monarchiste ? », interroge Dominique Lagarde de l’Express. « Oui je reste convaincu qu’un changement dans le cadre d’une monarchie réformée représente la solution la moins coûteuse pour le Maroc. Je mentirais si j’affirmais que la biologie est étrangère à cette conviction.»

    Interrogé sur ses prises de position et les ennuis qu’elles auraient générés avec Feu le roi Hassan II et S.M le roi Mohammed VI, Moulay Hicham répond : « Avec Mohammed VI surtout, d’autant que son entourage pèse davantage qu’autrefois celui de Hassan II. J’ai fait l’objet de campagnes, j’ai été en bute à des tracasseries… »

    Interrogé sur l’état de ses relations actuelles avec le souverain, Moulay Hicham dit : « Depuis dix ans, je ne me suis rendu qu’une seule fois au palais royal. Je n’ai vu le roi que deux ou trois fois, lors de réunions de famille. Restent les souvenirs d’une enfance et d’une jeunesse partagées. Le sentiment aussi d’appartenir à une même famille. C’est un élément constructif de mon identité. »

    Tags : Maroc, Hicham Alaoui, prince Moulay Hicham, Printemps Arabe, monarchie marocaine,

  • Maroc : Rapport d’Abdelmalek Alaoui sur une conférence de Hicham Alaoui donnée à Malaga

    Narratif

    Le Prince Moulay Hicham est arrivé sur les lieux de la conférence à 09 :12 heure espagnole, accompagné des journalistes Houssein Majdoubi et Abdellatif Housni. Le Prince arbore un costume bleu. La conférence est organisée au sein du siège du rectorat, un édifice qui se situe à proximité du siège de la mairie au centre ville de Malaga.

    L’assistance est évaluée à une centaine de personnes, dont une dizaine de journalistes.

    La conférence est ouverte à 09 : 38 heure espagnole par le modérateur qui présente Moulay Hicham comme étant le cousin de Sa Majesté le roi mais également comme un soutien du mouvement du 20 Février. Sa qualité de chercheur est également rappelée par le modérateur.

    Le Prince, qui a visiblement répété sa communication et l’a chronométrée, pose sa montre devant lui avant de démarrer sa présentation, qui s’inscrit dans le cadre de l’université d’été de Malaga. Le prince a choisi l’anglais comme langue de son intervention.

    Le Prince ne cite pas le Maroc durant toute la première partie de son intervention qui est axée sur les théories politiques et l’analyse des différentes étapes parcourues par les systèmes politiques arabes.

    Moulay Hicham a par la suite abordé le thème des « Monarchies Soft », pour lequel il estime que le Maroc est le meilleur exemple. A cet égard, le prince estime que deux facteurs fondamentaux limitent les risques de révolution au sein du royaume.

    Abordant la question du 20 Février, le prince Moulay Hicham a estimé que le mouvement doit se projeter à long terme et s’allier avec les partenaires sociaux.

    Le Prince a terminé son intervention à 10 : 32 heure espagnole.

    Tags : Maroc, monarchie marocaine, Prince Moulay Hicham, Hicham Alaoui, Abdelmalek Alaoui, Printemps arabes, Mouvement 20F,

  • Maroc : Quand Abdelmalek Alaoui traite Ali Lmrabet de « traître »

    Dans cet email, Abdelmalek Alaoui, directeur de Global Partnership Intelligence, traite Ali Lmrabt de « traître » en raison d’un article sur Hicham Alaoui.

    Voici l’article :

    Ali Lmrabet

    J’ai accroché ce matin sur ce mur l’interview du prince Hicham El Alaoui dans le quotidien espagnol El Pais. L’idée était de donner l’information mais aussi d’étudier certaines réactions.

    Voilà un prince alaouite, petit-fils de roi, neveu de roi et cousin de roi, et de surcroît troisième dans la ligne de succession au trône, qui assur…e à contrecourant de tout ce qui s’écrit et se dit au Maroc, que notre pays n’est pas une « exception » dans la région, et que s’il n’introduit pas des réformes urgentes et profondes il y aura inévitablement des troubles autrement plus graves que ceux de Tunisie.

    Son analyse appelle à un débat. Parce que c’est un intellectuel, parce qu’il n’est pas n’importe qui et enfin par le sérieux, ou la gravité, des choses qu’il avance.

    Qu’il ait raison ou pas c’est une autre histoire. Chacun est libre d’interpréter à sa manière ces déclarations et s’il a des arguments contraires à ceux du prince il peut les présenter dans un débat d’idées comme dans tout pays civilisé. Le Maroc est bien un pays civilisé, n’est-ce pas ?

    Or, depuis une bonne dizaine d’heures depuis que j’ai accroché cette interview aucun cybermakhzenien, aucun « flic dans sa tête », aucun vrai flic de la DST, de la DGED, des RG, des renseignements de la gendarmerie ou des bureaux de l’armée, ne s’est manifesté, ni n’a osé critiquer ce qui normalement, pour infiniment moins que ça, vaut à ce mur un tombereau d’injures et d’accusations malveillantes de la part des services, des désaxés et des ignorants.

    Si je peux comprendre qu’un « nihiliste » ou qu’un citoyen marocain qui espère le vrai changement n’ait rien à redire de ce qu’avance ce prince, si je peux comprendre qu’un cyberchékam de l’Etat doive attendre des instructions pour oser (sinon ikazbou babah) émettre une critique au cousin du roi, par contre ce que je ne comprends vraiment pas c’est l’édifiant silence des cybermakhzeniens ou autres « flics dans leur tête ».

    Alors que normalement cette meute est aux avant-postes pour veiller au grain, surveiller la moindre déviation et protéger la patrie en danger, là face à Hicham El Alaoui ils se taisent. Ils fuient. Ils font comme s’il n’y avait rien.

    J’avais vraiment espéré que ces courageux patriotes, flics vrais ou simulés, ou en apprentissage, se lancent à l’attaque du prince : « Combien l’Espagne vous a payé a Moulay pour faire cette interview dans un quotidien espagnol ennemi du Maroc ? », « Etes-vous un traître Moulay Hicham ? », « Pourquoi vous versez de l’huile sur le feu avec cette interview ? », etc… La littérature habituelle.

    Et pourtant, à part une ébauche de remarques assez ternes, il n’y eu aucune attaque contre Hicham El Alaoui, aucun battement d’aile de mouche. Rien.

    Mais pourquoi donc ? Si comme nous le chantent ces cybermakhzeniens, ainsi que ces écervelés de la monarchie, le Maroc est en train de changer et que c’est le pays de la démocratie et de la liberté d’expression, pourquoi ne peut-on pas critiquer un prince ? Pourquoi ne pas le contredire dans un débat démocratique ? Pourquoi ne pas s’en prendre à lui comme on le fait souvent, « courageusement », derrière un ordinateur ?

    La vérité, c’est que cette bande de lâches et de serviles, je parle de ces cybermakhzeniens et de ces monarchistes de la dernière heure, ces amoureux du baisemain et des marches de « l’amour », ces « naâmistes», cette tribu d’habitués de la prosternation, ont peur. Oui, ils ont peur que l’article 179 du code pénal qui punit toute critique à un membre de la famille royale leur tombe sur la gueule.

    Et oui, On est courageux jusqu’à une certaine limite. Au delà, rien n’est sûr.

    Mais alors que fait-on des convictions ? Quand on aime sa patrie on doit être prêt à se sacrifier pour elle, aller en prison et même, dans les cas extrêmes, à mourir. Ce prince, ce « Moulay Hicham » s’en prend à la stabilité de notre patrie, croit-on ? Attaquons-le, donc ! Et tant pis pour l’article 179 du code pénal. Sur ce mur nous l’avons critiqué maintes fois, mais sans jamais l’injurier ou porter atteinte à sa dignité comme le fait une certaine presse téléguidée par qui de droit.

    Triste réalité de ce monde, le patriotisme s’éteint quand on éteint son ordinateur ou quand il y a risque de se retrouver privé de liberté, convoqué devant un tribunal, sans son précieux portable et sans le net. Défendre la monarchie avec un ordinateur relié à un router, et au chaud chez soi, oui, oui et oui, aller en taule pour des idées, des convictions, fréquenter des taulards qui ne viennent pas des beaux quartiers, subir les humiliations des gardiens, « la khouya ». Mali ana ?

    Quel beau patriotisme, quel beau nationalisme, sincère et vigoureux…

    Je n’ai donc que mépris pour ces makhzeniens qui vont d’un mur à un autre en criant « vive le roi !», sans connaître le sens de ce mot, « parce que c’est comme ça », « parce que tout le monde le dit », et « parce que si on ne le dit pas on peut aller en prison ». Sans faire fonctionner leur tête, sans lire l’histoire et les histoires de ce pays.

    Cher amis, le Maroc que nous voulons est celui où tout le monde pourra critiquer, émettre des doutes, des opinions différentes et même anachroniques, sans qu’on le menace, de prison ou de stigmatisation. Un Maroc éloigné de la peur du Makhen, débarrassé de la pensée unique et où chacun cultive ses propres convictions dans le respect d’autrui.Dans le respect mutuel.

    Si certains veulent vivre éternellement dans la servitude et la prosternation perpétuelle, libres à eux, mais ils n’ont pas le droit de nous empêcher d’aspirer à la liberté.

    Vive le Maroc et vive la liberté !

    Source : mail confidentiel (voir image ci-jointe)

    Tags : Maroc, Mohammed VI, Ali Lmrabet, Abdelmalek Alaoui, Hicham Alaoui,

  • Maroc : « Moulay Hicham » veut que le Makhzen « périsse »

    Rabat.- La très sélecte revue française Le Débat, qui a été fondée par l’historien Pierre Nora en 1980 et appartient aux éditions Gallimard, vient de publier une interview de Hicham El Alaoui, « Moulay Hicham ». Un long entretien de 14 pages dans lequel le détesté cousin du roi Mohamed VI va un peu plus loin dans ses critiques de la monarchie que lors de ses précédentes sorties.

    A la première question de son interviewer, Stephen Smith, un ancien journaliste de Libération et du Monde, auteur d’un très remarqué livre sur le général Oufkir, « Moulay Hicham » démarre au quart de tour :

    « A la mort de mon oncle, j’ai continué de soutenir publiquement que le makhzen, c’est-à-dire le pouvoir patrimonial au Maroc, devait périr pour que la monarchie vive et serve les Marocains. Je me suis également prononcé contre le califat, autrement dit contre une monarchie sous l’autorité du «Commandeur des croyants» mêlant prérogatives politiques et religieuses. »

    En fait, on ne l’a jamais entendu demander la destruction du Makhzen, cette pieuvre, ce Big Brother marocain qui menace, avilit la condition humaine et asservit la bonne trentaine de millions de marocains au nom de traditions moyenâgeuses et dépassées. Mais, c’est un début.

    Questionné sur l’« éveil arabe », le prince qui a apparemment évolué, mais pas vers cette évolution qui voulait cacher la révolution, estime qu’il faudrait peut-être cesser d’appeler le réveil des peuples arabes contre les tyrannies un « printemps », qui est une « saison passagère et cyclique ». Pour lui, c’est sûr, le monde arabe ne va pas revenir en arrière ni « se rendormir ».

    « Politiquement, je suis persona non grata au palais. »

    Mais « dans votre pays, le Maroc, vous êtes plus qu’un observateur engagé, vous faites partie du problème, espérez-vous aussi faire partie de la solution, voire être la solution? », lui lance impudique le journaliste. Déconcerté un moment, « je ne vois pas bien en quoi je ferais partie du problème », il reprend rapidement du poil de la bête en disant pour la première fois, avec ses propres mots, ce qu’il n’avait jamais dit auparavant, même si d’autres l’ont fait à sa place :

    « Après la mort de Hassan II, j’ai dit à Mohammed VI avec la sincérité que me commandait mon affection pour lui qu’il fallait réellement changer, qu’il ne suffisait pas de rajeunir le makhzen. Depuis, je n’ai revu le roi, mon cousin, que deux fois, dans des cadres strictement familiaux où nos échanges sont restés courtois et distants, comme l’exigeaient les circonstances. Politiquement, je suis persona non grata au palais. »

    Mais cette marginalisation cela ne le chagrine point. Apparemment, il a prévenu il y a douze ans son cousin, qui depuis quelques mois se présente comme le champion de la démocratie dans le monde arabe, des chamboulements à venir. Sans aucun résultat jusqu’à ce que, récemment, les dictatures arabes ne commencent à tomber l’une après l’autre et trembler les Alaouites :

    « J’ai dit ce que j’avais à dire, mais je n’ai pas été entendu, ni par Mohammed VI ni par ces bateleurs de l’information qui l’ont présenté, lui, comme le «roi des pauvres» et qui m’ont surnommé, moi, le «prince rouge». Mieux vaut en rire! Alors, j’ai pris du champ en m’installant avec ma famille aux États-Unis, et je me félicite tous les jours de cette décision qui m’a permis de me réaliser sur le plan tant professionnel que personnel. »

    Prenant de la hauteur, tant vis-à-vis de l’autocrate alaouite, « j’ai fini par me rendre à l’évidence que je gêne le roi », qu’envers la démocratisation du Maroc, qui n’a pas besoin d’un prince (c’est vrai !) pour aller à son terme, « Moulay Hicham » revendique tout de même une totale « liberté d’expression, sans lignes rouges à ne pas franchir ». Dans un pays truffé non pas de lignes rouges mais plutôt de frontières armées rouges, cette mise au point est la bienvenue.

    « On a bourré le crâne des gens dans les mosquées »

    En ce qui concerne la farce du référendum constitutionnel, applaudie par ceux qui voulaient bien applaudir, le cousin du roi n’y va pas par quatre chemins. Après les précautions d’usage, « je n’ai aucun doute sur le fait que la réforme constitutionnelle proposée par le roi ait été adoptée par une large majorité des Marocains », il déclare néanmoins que :

    « 98 % de «oui» et un taux de participation de 72 %, soit presque le double de la dernière élection, ce n’est pas crédible. La machine à «faire des scores» que l’on espérait remisée pour de bon s’est au contraire emballée : les gens ont été ramassés par des cars, ils ont été conduits vers les urnes comme du bétail électoral et, pour qu’ils comprennent bien ce qui était attendu d’eux, on leur avait bourré le crâne dans les mosquées, le vendredi 25 juin, avec un prêche dicté par le ministère des Affaires islamiques – du jamais vu, même du temps de Hassan II et de son ministre de l’Intérieur maître ès plébiscites, feu Driss Basri! La plus grande confrérie soufie du royaume, la Zaouiya Boutchichia, a été embrigadée tout comme, ce qui n’est pas moins inquiétant, des bandes de jeunes voyous qui ont été commis à monter des «contre-manifestations», parfois violentes. Bref, si une démocratisation progressive était le but, et si – comme je le crois – une majorité des Marocains étaient prêts à avaliser ce projet, pourquoi avoir tourné un référendum de citoyens en beiya (allégeance) populiste? Le modus operandi a démenti le but affiché. Frileusement accroché à ses privilèges, le makhzen a abusé du vote populaire pour la mise en place d’un «parti de l’ordre», d’un rempart pour mieux se mettre à l’abri. Mais c’est un calcul à la petite semaine. La sacralité de la monarchie, abandonnée dans la lettre de la nouvelle Constitution, a été réaffirmée dans son esprit le plus rétrograde par ces pratiques d’un autre âge. Le résultat en est double, et doublement néfaste: d’un côté, les peurs du plus grand nombre – la peur de perdre son gagne-pain, d’être aliéné dans un pays en voie de mondialisation, aux mœurs nouvelles et inquiétantes »

    Tout est dit. Et puis, si c’est un membre de la famille royale et régnante qui le répète, lui qui connaît le palais, le régime, les rois et le Makhzen, pourquoi le contredire ?

    Ali Lmrabet

    Demain Online, 30 sept 2011

    Tags : Maroc, Makhzen, Moulay Hicham, Hicham Alaoui, printemps arabe,

  • Le prince Hicham du Maroc condamne le traitement infligé au défunt président Morsi

    Le prince Hicham, cousin germain du roi du Maroc a exprimé lundi ses condoléances à la famille de Mohamed Morsi, suite au décès de l’ancien président égyptien emprisonné par le Général Al-Sissi.

    « J’ai reçu avec une grande consternation et une grande tristesse la nouvelle de la mort du président Mohamed Morsi et, à cette occasion douloureuse, j’adresse mes plus sincères condoléances à sa famille, au peuple égyptien et à tous les peuples libres du monde », a écrit Hicham El Alaoui dans un twit.

    Pour lui, « le président Morsi est décédé des suites d’une négligence systématique en prison. Il a été accusé de trahison, mais ce sont les traîtres qui ont usurpé la volonté et la souveraineté du peuple égyptien et en ont tué des centaines ».

    « Oui, le président Morsi a commis des erreurs politiques, mais il reste l’incarnation de la légitimité démocratique: tôt ou tard, cette même légitimité sera de nouveau imposée en Égypte. Le cas de Morsi est la tragédie de tous les Égyptiens qui revendiquent la démocratie et qui sont victimes de la torture, les disparitions, la détention et l’exil », a-t-il ajouté.

    « Que Dieu ait pitié de son âme », conclue-t-il.

    Tags : Maroc, Mohamed Morsi, Hicham Alaoui, Moulay Hicham, Mohammed VI,

  • Discours de Hicham Alaoui au Lycée de Belmont

    Entre éthique et éducation : Une vie de dissidence

    Je tiens à remercier le corps professoral, les élèves de l’école Belmont Hill, et en particulier le Directeur pédagogique de l’éducation globale, Adam Harder, pour cette merveilleuse occasion. Je dois avouer que lorsque j’ai reçu cette invitation, j’étais très honoré mais aussi un peu anxieux.

    J’étais heureux de cette invitation, parce que notre discussion d’aujourd’hui me permet de me sentir partie intégrante du tissu social de cette communauté scolaire en partage. Cependant, j’étais aussi inquiet, parce qu’aujourd’hui, je ne parle pas comme à mon habitude dans le cadre de mon expertise scientifique. Les organisateurs m’ont demandé de vous provoquer, de vous inspirer…Et c’est très clairement le défi intellectuel le plus difficile qu’il soit !

    Pour essayer de répondre à cet appel du mieux que je peux, il me faut retourner en arrière dans le temps, et convoquer les images et les bruits d’un pays lointain. Ce que j’entends dans ce souvenir c’est le sourd bruit des bottes de combat qui marchaient sur le tarmac, et le grincement des barrières métalliques des check-points.

    Nous étions en 1971, et j’étais ce garçon de sept ans, au Maroc, qui regardait de loin un coup d’État militaire se dérouler contre mon oncle, le roi Hassan II. Le coup d’État visait à renverser une monarchie vieille de 400 ans et à faire disparaître une institution vieille de 1200 ans. Le coup a échoué, mais pas avant que les troupes rebelles ne fassent un bain de sang au palais royal. J’ai vu un officier de l’armée dire à ses deux soldats de tuer ma mère. Après son départ, ils ont refusé, car elle était enceinte de ma future sœur.

    Mon père a été blessé par balle et de nombreux membres du palais ont été tués. Ce jour-là, la monarchie marocaine, dirigée par la famille royale dans laquelle je suis né, a failli se terminer. Après cela, ni la monarchie ni la politique de mon pays n’ont été les mêmes. En y repensant, cette journée épouvantable a représenté bien des choses. Mais avant toute chose, elle a marqué une transition. Depuis ce jour, s’est ouverte une ère de répression violente et brutale alimentée par le nationalisme, dont les cicatrices sont toujours présentes aujourd’hui. Au plan personnel, elle a aussi marqué ma propre transition de l’innocence de l’enfance à la vie adulte. Quand vous devez arrêter d’agir mais commencer à réfléchir; mais aussi quand vous devez arrêter de réfléchir et commencer à agir.

    Soyons honnêtes. Aucun d’entre nous n’est le Pape François ou le Dalai Lama. Nous sommes des êtres humains profondément imparfaits. Et personne d’entre nous ne prétend être un exemple de rectitude, ou de perfection. Nous avons des défauts, des faiblesses, et des regrets. Avoir un fondement éthique ne signifie pas être parfait. En revanche, cela signifie que, quoique vous fassiez, vos actions résonnent en correspondance de vos valeurs les plus profondes. Ainsi, fiez-vous à votre conscience quand vous poursuivez vos rêves, ils sont interdépendants, et le seront toujours. Ils se nourrissent les uns des autres. On ne peut pas poursuivre un rêve sans conscience, ou, à l’inverse, avoir une conscience sans rêve.

    Je réalise que ce que j’énonce ici peut sembler énigmatique ou abstrait. Cependant, permettez-moi d’illustrer mon propos à travers l’expérience personnelle et ce que signifie concrètement avoir une boussole morale comme guide de ses actions et cela, en particulier dans les moments de transitions tumultueux et de changements imprévisibles. Les trois points sur lesquels je voudrais insister aujourd’hui sont : l’universalité de l’éthique, le pouvoir de la dissidence et l’importance de l’éducation.

    Éthique universelle

    Premièrement, l’éthique est une question universelle. Par éthique, j’entends les règles, les croyances et les loyautés sous-jacentes qui nous soufflent intérieurement quand nous agissons avec vertu ou que nous nous trompons. Les codes éthiques, par ailleurs, sont aussi différents pour chaque individu que peuvent l’être leurs empreintes digitales. Mais tout comme les empreintes digitales, tout le monde doit avoir un système éthique. C’est pourquoi l’éthique est universelle. Je voudrais vous parler de ma propre perspective éthique, en partant de mon expérience personnelle, en tant que musulman ancré dans la foi islamique et socialisé dans la tradition du Prophète. Les rudiments de l’islam peuvent sembler familier a beaucoup d’entre vous qui êtes non-musulmans.

    Par exemple, la foi islamique m’a aidée, moi comme beaucoup d’autres, à adopter une gamme extraordinaire de bons comportements. Je citerais d’abord le besoin de lutter contre l’oppression partout où nous pouvons la voir, lorsque certaines personnes sont injustement lésées, marginalisées ou ciblées par le triomphalisme d’autres. Une autre leçon importante est de faire preuve de compassion et de bienveillance envers les pauvres et les personnes vulnérables. Leur vie est égale à la nôtre, et pourtant ils sont souvent oubliés au sein de la société. Une autre idée encore est l’importance de l’évolution et de la croissance individuelle, du moins d’après ma propre expérience de musulman.

    J’ai commencé ma vie en pensant au bien en le rapportant à mes propres actions ou aux faits qui pouvaient me rendre dignes. Cependant, tout au long de mes études, au fur et à mesure que j’explorais les traditions philosophiques occidentales et que je voyageais à travers le monde, mon horizon s’est élargi. J’ai commencé à croire non seulement à ce qui était bon, mais aussi à ce qui était juste. J’ai été éduqué comme un membre d’une communauté de croyants. Notre cohésion et notre foi avaient la valeur de droits collectifs pour nous. Cependant, mes différentes expériences m’ont obligées à considérer l’individu comme méritant également tous les droits et libertés inhérents aux personnes. Ce n’était pas une transition facile, car elle exigeait une longue réconciliation entre le fondement de ma foi et ce flot de nouvelles idées. Et cela reste d’ailleurs pour moi, encore aujourd’hui, une quête sans fin.

    C’est ce fondement éthique qui m’a poussé, il y a vingt ans, à rejoindre le corps des casques bleus des Nations Unies au Kosovo, pays qui sortait alors d’une guerre terrible. Ce fondement éthique m’a également convaincu du bien-fondé de la protection des droits les plus fondamentaux des êtres humains, y compris le droit de vote en démocratie. Vos propres ambitions et objectifs vous mèneront certainement dans des directions très différentes. Mais ce que j’ai appris durant ces années, c’est que peu importe comment vous construisez et calibrez votre boussole morale, elle reflétera probablement une partie de cette universalité qui s’étend à toutes les traditions culturelles.

    De plus, il vous faudra réussir à relier vos actions à votre éthique. Ils sont imbriqués : l’un est le produit de l’autre. Je peux vous assurer qu’à chaque étape de votre vie où vous sentirez que vous avez réalisé quelque chose d’important, vous serez encore plus satisfaits et tranquilles. Vous devez pouvoir vous retrouver dans la phrase de Frederick Douglass : « L’âme qui est en moi, personne ne peut la dégrader. »

    Considérant l’époque dans laquelle nous vivons il s’agit d’une intuition particulièrement vitale. Notre époque est marquée par la montée de la peur, de l’incertitude et de l’imprévisibilité. Nous ne pouvons pas prévoir l’avenir. Mais individuellement, nous pouvons toujours connaître nos valeurs. C’est l’ultime certitude.

    Le pouvoir de la dissidence

    J’aimerais maintenant parler un instant de ce que signifie être dissident, surtout en ces périodes de transition. Parfois, vos convictions éthiques sont si fortes, et votre engagement envers elles si inébranlable, que vous pouvez devenir un dissident sans jamais avoir eu l’intention de l’être. Dans mon cas, le voyage vers la dissidence a eu le temps lent de la géologie. Mes convictions dans le bien fondé des droits de l’homme et de l’importance de la démocratie se sont sédimentés au fil des années. A chaque fois que je me suis engagé personnellement parce que j’étais témoin d’injustice ou à chaque étape de mon éducation, une nouvelle couche de ma conviction démocratique s’est sédimentée.

    Finalement, ces engagements ont été si forts et inévitables qu’ils m’ont forcés à prendre position dans mon pays natal, le Maroc. Et cela a créé des tensions. D’une part, la monarchie régnante s’accroche au pouvoir absolutiste. Aux yeux de beaucoup, l’autorité royale est ointe de Dieu. La Monarchie a survécu aux coups d’État et a écrasé les soulèvements grâce au soutien de la providence. Pour les défenseurs de cet ancien système de gouvernement pourtant humainement construit, des notions démocratiques comme les élections ne servent qu’à perpétuer cette réalité.

    D’autre part, il y a beaucoup de voix comme la mienne qui croient en la monarchie constitutionnelle, où le souverain est le symbole de la continuité de l’État et de l’unité du peuple – mais pas le chef de l’exécutif, comme c’est le cas de pays comme le Royaume-Uni et le Japon. Inversement, les défenseurs de l’absolutisme invoquent toujours l’argument que leurs systèmes de gouvernement sont les produits d’histoires uniques, et sont donc à la fois exceptionnels et culturellement authentiques.

    L’absolutisme peut prendre différentes formes. En fin de compte, l’arbitre ultime est la loterie biologique. Le pouvoir absolu peut être exercé par les forts et les dominateurs, ou il peut être manié par les inconstants et les capricieux. De même, il peut être exercé par l’indifférent et le lointain. Aucun n’est supérieur à l’autre, car le pouvoir absolu ne se perpétue pas seulement grâce aux caprices d’un dirigeant, mais plutôt grâce aux institutions politiques qui soutiennent l’ensemble du système. Ces institutions existent souvent bien au-delà du cadre d’un gouvernement officiel. Par-dessus tout, nous croyons que lorsqu’une société veut une réforme, la réponse du pouvoir devrait être accommodante et empreinte de tolérance plutôt que de résistance et d’obstruction.

    Si ces tensions m’ont forcé à me séparer de la monarchie et de l’environnement dans lequel je suis né, elles m’ont également permis de découvrir une grande vérité. Aujourd’hui, le Maroc, comme beaucoup d’autres pays, est en pleine transition vers l’inconnu. Et l’extrême incertitude -c’est un instinct humain – déclenche la peur. Cette peur pousse les personnes à se raccrocher à ce qui leur est familier. Il s’agit, tout comme l’éthique, d’une caractéristique universelle. Je dois avouer que moi aussi j’ai ressenti cette peur et, avec elle, le désir de me rabattre sur les éléments plus familiers de ma vie.

    Si vous vous tenez debout dans cette tempête de peur, vous apprendrez à résister à cet instinct fondamental – et c’est précisément celaqui fera de vous un dissident. Cela veut dire aussi, ignorer la pensée dominante de l’époque et toujours défendre ses propres positions. « La croyance aveugle en l’autorité est le plus grand ennemi de la vérité » a dit Albert Einstein.

    La dissidence est encore plus subversive lorsqu’elle est, en plus, raisonnable. Si vous avez des objectifs extrêmes, il est facile pour les autorités de vous disqualifier mais lorsque vous proposez des changements réalistes et réalisables, vous devenez une menace toujours plus grande. Je sais que cela peut sembler ambitieux. Mais cela touche réellement chacun de vous ici, en tant que jeune. Nous vivons, ici, dans une société libre, ce qui veut dire beaucoup plus qu’organiser des élections tous les deux ou trois ans, ou encore bénéficier de droits civils. Vivre en démocratie, signifie aussi pouvoir devenir un citoyen engagé qui, quel que soit son âge, se bat pour faire de son école, de sa communauté et de son pays des endroits meilleurs et plus justes.

    Alors que mon combat a consisté à introduire la démocratie dans un système de gouvernement absolutiste, votre combat portera sur la défense de la démocratie en période de stress et d’incertitude. Les démocraties occidentales, sont en ce moment mêmes soumises à de fortes pressions. En Occident, l’aggravation des inégalités économiques a mis en évidence l’étendue de la pauvreté et du dénuement. Culturellement, les normes de comportement de base comme la tolérance et le respect disparaissent de nos relations. Tout cela est encore plus fort en politique, les élus mettent de plus en plus à l’épreuve les limites de leur pouvoir et de leurs privilèges. Ils accusent souvent ceux qui ne sont pas d’accord avec eux d’être déloyaux, ou pire encore, les désignent comme l’ennemi.

    En Amérique, nous avons beaucoup de qualificatifs pour exprimer cette décadence politique : populisme, nativisme et polarisation. Peu importe comment nous les appelons, ces forces centrifuges menacent de déchirer le tissu social de la démocratie américaine. Votre combat ici sera de rétablir la civilité et la tolérance en politique et de préserver les droits et la dignité de tous – y compris ceux qui sont en désaccord avec vous.

    Dans ce contexte, je vous encourage à remettre en question l’autorité. Avec discernement, et en mettant à part l’autorité de ceux qui vous souhaitent le meilleur, comme vos professeurs et vos parents. Mais soyez critiques et souvenez-vous toujours du pouvoir de votre voix. Et avant tout, rappelez-vous que le premier devoir d’un dissident est sa propre conservation. Ne confondez pas sacrifice et autodestruction. En suivant cette voie, vous pourrez être impopulaire à certains moments. Pendant les périodes particulièrement difficiles, vous subirez de multiples pressions pour vous conformer à la majorité dans ce climat de peur.

    En effet, les dissidents peuvent vivre un ostracisme total. Votre meilleure réponse est de rester humain et de ne pas laisser votre cœur devenir impitoyable. Vous perdrez peut-être beaucoup d’amis, mais vous découvrirez que la plupart n’ont jamais été des amis, seulement des connaissances. Vous découvrirez aussi que les personnes fiables qui restent seront vos meilleurs amis pour la vie.

    Je me souviens précisément quand ma dissidence a dépassé les limites de la tolérance de mon oncle, le roi Hassan II, qui m’a élevé après la mort de mon père. Pour me punir, on m’a presque interdit d’entrer au Palais. Un soir, j’ai décidé d’aller à une soirée royale sans invitation et sans m’annoncer. Pour moi, le roi n’était pas seulement mon oncle, mais un homme plus grand que nature. Plus généralement, quels que soient ses excès ou les taches indélébiles de son règne, le roi était mythique pour les Marocains en raison de son esprit et de son habileté. A la fin de sa vie, il a aussi posé les jalons pour une potentielle percée démocratique du pays. Souhaitant me châtier devant des centaines d’invités, le roi m’a appelé et m’a demandé : « Et vous, qui êtes-vous ? »

    A ce moment-là, portant mon smoking, j’ai répondu de la seule façon qui me semblait appropriée : « Je m’appelle Bond. James Bond. Aux services secrets de Sa Majesté. » Inutile de dire que le roi m’a permis de rester, mais pas avant de dire : « Je suis le seul à avoir un permis de tuer ! » Cette histoire est restée un bon souvenir, mais toutes les expériences de dissidences n’ont pas été aussi amusantes et le voyage (vers l’indépendance) n’as pas été sans encombre. Au début, je me sentais coupable, car je violais l’esprit de cohésion et d’unité. Rapidement, cependant, j’ai réalisé que la force se trouvait plutôt dans la diversité et le questionnement. Et avec le temps, j’ai embrassé mon ostracisme.

    Être dissident peut sauver votre esprit. Un esprit brisé est plus difficile à guérir que des os brisés. Cependant, ne laissez pas les autres briser votre esprit. Au début des années 1990, une prison bien connue dans le désert du Maroc a fermé ses portes et ses prisonniers politiques ont été libérés après des décennies d’incarcération brutale. Certains de ceux qui ont été relâchés étaient dans un état épouvantable. Ils avaient des griffes à la place des ongles et leurs visages ressemblaient à ceux de fauves. Certains avaient rapetissés, ayant été forcés de s’asseoir accroupis pendant des années. Pourtant, de cette prison sont également sorties des histoires extraordinaires de survie et d’héroïsme. Beaucoup de prisonniers politiques n’ont jamais renoncé à leurs convictions et croyances les plus profondes malgré les conditions barbares auxquelles ils ont été soumis. Leurs os étaient brisés, mais leur esprit est resté intact.

    Inversement, il y avait beaucoup d’opposants politiques au Maroc qui ont eu la chance de ne jamais connaître la prison. Leurs os étaient entiers. Pourtant, leur esprit s’est lentement évanoui en raison de leur étouffement progressif et de leur isolement par les autorités politiques. Ils n’ont pas tant été attaqués, mais marginalisés. Ils n’étaient pas tant punis, mais châtiés, pas tant réprimés que réprimandés par ceux qui étaient au pouvoir. Parce qu’ils n’ont jamais été forcés de confronter leurs convictions morales dans un moment de vérité déterminant, pour lequel ils auraient eu besoin de rassembler toutes leurs forces, ils sont lentement tombés dans l’abîme de l’insignifiance.

    Sur un autre plan, ma dissidence m’a fait affronter d’innombrables défis. L’État a orchestré de nombreuses campagnes, publiques et secrètes, pour me faire pression, m’intimider et me contraindre à plusieurs niveaux. Outre les attaques politiques, j’ai été la cible d’étranglement économique, je suis devenu un bouc émissaire public et subi l’ostracisme social. J’ai été expulsé de pays en raison de mes opinions politiques et je reconnais que mes actions sont sous surveillance constante. Mes courriels et mes appels téléphoniques ont fait l’objet de piratage informatique et de fuites publiques bien avant que le rapport Mueller ne montre aux États-Unis que la communication de personne n’était vraiment pas sûre. Et il vaut mieux ne pas parler en public d’autres actions encore qui ont été prises contre moi. Cependant, ces difficultés ne sont rien en comparaison à ce que certains ont enduré.

    Mais le plus dur a été de quitter mon pays. Comment élèverais-je mes deux enfants si loin de chez moi ? C’était une peur profonde, comme James Bond l’aurait dit, ‘it scared the living daylights out of me’ Comment pourrais-je me rattacher à mon pays de naissance ? Pour paraphraser Bond à nouveau, je n’ai eu qu’un ‘Quantum of Solace’, qu’un certain réconfort. Mais aujourd’hui, avec le recul, je me rends compte que l’exil que je me suis imposé était une bénédiction déguisée. J’ai adopté ce pays comme le mien. Grâce à ce pays, j’ai pu m’épanouir d’une manière que je n’aurais jamais pu imaginer possible auparavant.

    Ces expériences m’ont appris que, même lorsque les circonstances sont difficiles nous devons toujours séparer nos liens affectifs de nos principes moraux et des buts que nous nous efforçons d’atteindre. Mais ne vous laissez jamais intimider. Vous ne devriez pas non plus succomber au ressentiment. Rappelez-vous que votre dissidence vient du pouvoir de résister à la peur de l’inconnu. En effet, le vrai courage vient de la capacité de surmonter cette peur.

    L’éducation, une clé de voute

    Cela m’amène à mon dernier point qui porte sur le fait que l’éducation et la connaissance doivent constituer une clé de voûte dans votre vie alors que vous construisez une boussole morale et apprenez le pouvoir de la dissidence. Vous allez tous quitter cette école, à un moment donné, pour poursuivre vos études supérieures. Pour beaucoup, cela signifie aller à l’université. Pour certains cette échéance est proche, pour d’autres elle est à l’autre bout du monde. Cela signifie un chemin hors du collège encore rempli de leçons et de visions.

    Lorsque je parle d’éducation, je parle de deux dimensions différentes. Tout d’abord, dans la salle de classe, rappelez-vous l’avertissement du poète classique Rumi : « Laissez-vous entraîner par la plus forte attraction de ce que vous aimez vraiment. Elle ne vous perdra pas. » En d’autres termes, donnez-vous la liberté d’expérimenter, d’explorer et d’expliquer sans abnégation. Il n’y a aucune pénalité pour l’apprentissage d’une matière ou d’un sujet qui n’est peut-être pas nécessaire plus tard dans la vie. Ce faisant, vous découvrirez peut-être votre véritable passion.

    La deuxième dimension de l’éducation va au-delà de la salle de classe. Il ne s’agit pas seulement de salles de cours ou de bibliothèques ou encore de la supervision d’un professeur. Cette deuxième dimension requiert plus encore que l’effort intellectuel et retenir des notions pour les examens. L’éducation, c’est saisir l’impact de vos actions sur le monde. Cela signifie comprendre comment vos actions peuvent non seulement miner et blesser les autres, mais aussi les inspirer et les enrichir. Apprendre la différence critique est votre impératif éducatif.

    En même temps, cette introspection exige que vous alliez au-delà dans la recherche de vos fondements éthiques et de votre voix personnelle. Vous méritez en même temps, le droit de tout critiquer et celui de défendre ce en quoi vous croyez.

    Mais il y a un piège. Une fois que vous aurez quitté cette école, personne ne pourra vous contrôler ou dicter vos actions. Il vous faudra choisir. C’est la partie la plus terrifiante de votre éducation future, l’idée austère mais libératrice qu’à partir de ce moment, vous serez seul responsable de ce que vous apprenez, de comment vous l’apprenez, et de pourquoi vous luttez.

    Ces choix, à leur tour, auront un impact durable, « car l’âme prend la couleur et la teinte des pensées qu’elle entretient » a dit Marc Aurèle. Ainsi, vous deviendrez votre propre artiste. Tout au long de ce processus, vous devez rester humble. L’humilité est une source de force. Avoir beaucoup d’amis n’est pas nécessairement mieux que d’en avoir quelques-uns fiables, et les plus grands plaisirs de la vie proviennent souvent des plus petites choses.

    Surtout, rappelez-vous qu’il y aura des périodes où vous douterez. Peut-être êtes-vous en train de vivre une période de doute en ce moment même, alors que vous vous préparez à obtenir votre diplôme et à plonger tête la première dans ce moment de transition. Ce faisant, suivez votre boussole morale, rappelez-vous le pouvoir de la dissidence et restez déterminés à faire de l’éducation la clé de voûte de votre vie. C’est votre choix, mais ce sera aussi votre destin – le vôtre et le vôtre seul.

    Hicham Alaoui

    Source: Fondation Hicham Alaoui

    Tags : Hicham Alaoui, Maroc, Hassan II, Collège Belmont,

  • Maroc : Aucun militant ne fait le poids de Hicham Alaoui

    Mustapha Adib, l’ancien officier de l’armée marocaine qui vient de s’installer aux Etats-Unis après avoir été harcelé par le Makhzen en France, vient de publier une photo de lui avec Hicham Alaoui, le cousin germain du roi du Maroc, Mohammed VI.

    « Si tu as envie d’entendre les insultes les plus vilaines de la part de la presse jaune, tu n’as qu’à publier cette photo avec moi », lui a dit M. Alaoui.

    En effet, moins de 24 heures après, les deux personnages ont été violemment attaqués par l’un des principaux sites de la DGED marocaine, Le360.

    Cela prouve que Hicham Alaoui dérange au plus haut point. Une vérité que les prétendus démocrates et militants marocains ne veulent pas voir.

    Selon un vieux dicton, « les arabes se sont mis d’accord de ne pas se mettre d’accord ». Un dicton parfaitement applicable aux militants marocains dont les divisions sont devenus légendaires et constituent un véritable atout pour le régime médiéval de la monarchie alaouite.

    Nageant dans les contradictions et la médiocrité, ces militants, après s’être vilipendiés entre eux, ils se sont tournés vers une grande figure du combat démocratique au Maroc : Hicham Alaoui, qui a été chassé du palais à cause de ses honorables positions et principes.

    Ces prétendus milieux démocratiques et opposants sont largement infiltrés par les services secrets marocains. Ce sont ces derniers qui véhiculent certaines idées du genre que « Hicham Alaoui doit rendre l’argent qu’il a volé au peuple ». La DGED a réussi à les aveugler jusqu’au point de devenir incapables d’apercevoir le grand travail qu’il fait depuis sa position de prince, de cousin germain du roi et de grand intellectuel dont les conférences sillonnent le monde entier, notamment aux Etats-Unis, un des plus grands alliés de la monarchie marocaine.

    Aucune personnalité ni parti ni organisation au Maroc ne fait le poids de Hicham Alaoui lorsqu’il parle de son pays d’origine. Aucune action militante ne fait le poids d’une conférence ou d’un discours prononcé par cet honorable monsieur.

    Hicham vient de parler de la prétendue « exception marocaine ». Pour lui, il s’agit d’une invention française pour faire échec aux aspirations démocratiques du peuple marocain. La seule exception marocaine, c’est lui. Il est haï et par le Makhzen et par les opposants du Makhzen. Un cas inédit et insolite.

    Tags : Maroc, Makhzen, Hicham Alaoui, Moulay Hicham, Mustapha Adib,

  • Tunisie, Algérie, Maroc – Hicham Alaoui : Pour un pacte entre tous les acteurs, en leadership Maghrébin dans le monde arabe

    Le Maghreb après le Printemps arabe : tel était le thème d’une conférence tenue jeudi dernier 25 avril 2019, à l’Université de Georgetown, Wahington DC. Elle couronne un long travail de recherche et d’analyse consigné dans un ouvrage collectif de 12 universitaires intitulé ‘The Maghreb after the Arab Spring : The Lure of Authoritarianism‘.

    Introduisant les travaux de la conférence, Hicham Alaoui (Harvard University), a livré sa lecture de l’évolution dans les pays du Maghreb, se concentrant particulièrement sur le Maroc, son pays, l’Algérie et la Tunisie. Sa description de chacun de ces pays est intéressante à lire. La thèse de Hicham Alaoui est de favoriser, dans une singularité maghrébine (et non un caractère exceptionnel), un pacte consacrant un compromis entre tous les acteurs significatifs, y compris les islamistes. C’est ce qui consacrera un leadership démocratique dans le monde arabe. Extraits. (Traduction non-officielle)

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    Tunisie : pour la première fois la Ligue arabe a tenu son sommet dans une démocratie qui fonctionne

     »Il y a beaucoup à dévoiler ici au croisement de la singularité maghrébine. Je voudrais me concentrer sur un seul aspect, à savoir les possibilités de changement démocratique au niveau macro-analytique. Permettez-moi d’envisager un sous-ensemble du Maghreb, à savoir le Maroc, l’Algérie et la Tunisie, que je connais intimement. Comme on le sait il existe en Tunisie, une démocratie électorale en cours de processus de consolidation alors qui a du mal à institutionnaliser l’Etat de droit et les responsabilités. Sa démocratisation en 2011 n’était jamais supposée se produire, étant donné les revendications répétées de l’exceptionnalisme maghrébin ou tunisien utilisé par les élites françaises, en soutien à Ben ‘Ali.

    Tout comme la troisième vague de démocratie, la démocratie tunisienne a été conçue à travers pactes entre acteurs politiques concurrents. Dans ce cas, ces acteurs concurrents étaient Islamistes et laïcs. Divisés par la discorde idéologique mais incapable de l’emporter les uns contre les autres.

    En Tunisie, les partis islamistes et non islamistes ont coopéré par le biais d’une coalition de gouvernance afin de jeter les bases de sa transition démocratique, y compris des élections et une nouvelle constitution. Ce chemin n’était ni facile ni parfait. Islamistes et laïcs ont dû négocier constamment en pleines tensions et leur alliance a failli s’effondrer plusieurs fois. De plus, les problèmes économiques, les revendications sociales, les problèmes de justice transitionnelle et la corruption ont pesé sur l’Etat tunisien.

    Néanmoins, la Tunisie pourrait bien révéler que le mode de transition politique le plus avantageux en Europe le Moyen-Orient est une démocratie pactée. En tant que tel, il peut être bénéfique intellectuellement de relancer l’étude comparative des pactes et des transitions pactées. Les gains de la Tunisie ont a également produit un fait extraordinaire non mentionné dans les médias arabes. Quand Tunis a accueilli 30ème sommet de la Ligue arabe le mois dernier, c’était la première fois que la Ligue arabe ne s’était jamais réunie auparavant dans une démocratie arabe qui fonctionne.

    (…)

    Tunisie, Algérie et Maroc : pluralisme et leadership

    Ces trois vignettes de la Tunisie, de l’Algérie et du Maroc montrent un fil conducteur. Avant le printemps arabe, ils avaient tous des États de type «jacobin» définis par un degré élevé de centralisation autoritaire. Dans le même temps, ils ont également générés à des frais très limités, un pluralisme qui a été exploité à bon escient. Ainsi, ces vieilles stratégies de survie ne fonctionnent plus. En effet, une question intelligente est de savoir non pas si à grande échelle changements politiques viendraient à se produire, mais quand et comment, ainsi qu’à quel coût en fonction des tendances tunisiennes et algériennes relevées.

    Ma conviction, enracinée dans la singularité maghrébine et sa représentation de la politique arabe au sens large, est que cette démocratisation peut s’accomplir si elle est pactée. La démocratie sera poussée d’en bas, mais doit finalement être façonnée et institutionnalisée par le biais d’un compromis entre acteurs. Il existe de nombreux groupes et forces rivaux qui revendiquent le pouvoir dans les pays du Maghreb. Certains ont été historiquement supprimés, tandis que d’autres sont restés au pouvoir depuis des décennies. En cas de rupture populaire, il appartiendra à ces concurrents de se forger une compréhension mutuelle afin de créer un ordre politique commun.

    Si nous voyons de tels changements positifs catalysés de cette manière, peut-être dans quelques années ne parle pas d’exceptionnalisme maghrébin, ni de singularité maghrébine, mais plutôt de leadership maghrébin pour le monde arabe en termes de caractère démocratique. Et c’est une réalité mérite d’être étudié. »

    Source : Leaders

    Tags : Maroc, Tunisie, Algérie, Hicham Alaoui, Printemps arabe,