Étiquette : Iran

  • Libye: le ministre de l’Intérieur de Sarraj est arrivé à Rome.

    Le ministre libyen de l’Intérieur Fathi Bishaga, du du gouvernement national de coalition de Fayez al-Sarraj est arrivé à Rome dans l’après-midi pour rencontrer l’ambassadeur américain à Tunis, Donald Blome.

    En attendant, un sommet, toujours dans l’après-midi au Palazzo Chigi, entre le Premier ministre Giuseppe Conte et le ministre des Affaires étrangères Luigi Di Maio sur les principaux dossiers internationaux. Sur la table de réunion, la crise libyenne et celle entre les USA et l’Iran. Le ministre de la Défense, Lorenzo Guerini, a également assisté à la réunion. Il s’est connecté par téléphone.

    Di Maio tiendra un briefing d’urgence sur la situation en Iran, en Irak et en Libye mercredi prochain à 16 heures.

    Le Premier ministre Conte a eu une conversation téléphonique avec le président de la République islamique d’Iran, Hassan Rohani. « La situation dans la région, en particulier à la lumière des derniers développements, et l’état des relations bilatérales ont été au centre de la conversation », lit-on dans une note du Palazzo Chigi.

    Appel téléphonique entre le ministre des Affaires étrangères Luigi Di Maio et son homologue allemand Heiko Mass. « Nous restons compacts, l’UE doit rester compacte sur la Libye et nous avons besoin d’une date sur la conférence de Berlin dès que possible », a déclaré le chef de la diplomatie allemande.

    Tags : Italie, Libye, Iran,

  • Iran, Trump: nous étions prêts à frapper. La Chambre limite ses pouvoirs de guerre

    Mais la mesure n’est que symbolique, pour la Maison Blanche elle est « ridicule »

    (ANSA) – NEW YORK, 9 JANVIER – « Nous étions prêts » à réagir et à frapper l’Iran, mais « nous n’y sommes pas allés ». Donald Trump explique à ses partisans, lors de la première réunion de 2020, ce qui s’est passé le soir de l’attaque iranienne contre deux bases militaires en Irak qui abritent des troupes américaines. Il le fait peu de temps après que la Chambre a donné son feu vert à la résolution qui limite ses pouvoirs de guerre, interdisant toute intervention en Iran sans l’approbation du Congrès.

    La mesure proposée par les démocrates a recueilli le soutien de trois républicains. Mais c’est une mesure symbolique: elle est en fait non contraignante et ne réussira guère l’examen du Sénat. La Maison Blanche rejette la mesure la qualifiant de « ridicule »: le président a « le droit et le devoir de défendre le pays et ses citoyens », a déclaré le porte-parole Hogan Gidley, qualifiant la résolution d’ »autre décision politique » des démocrates en plus de impeachment. « Les démocrates devraient être irrités par les crimes commis » par le général iranien Qassem Suleimani « et non par sa mort ». La dose de Trump à Toledo, Ohio, augmente avant que son peuple ne chante « encore quatre ans ». Après une brève interruption causée par certains manifestants démis de leurs fonctions par la suite, le président salue les forces armées américaines, les « plus fortes du monde », et définit Souleimani comme un « terroriste assoiffé de sang » qui avait visé les ambassades américaines, non seulement celle de Bagdad.

    « Quand ils m’ont parlé des 16 missiles » lancés contre les bases en Irak , nous étions prêts à partir. J’ai demandé combien de morts et de blessés il y avait, personne n’a été informé et nous n’y sommes pas allés. « Pas que je voulais y aller », explique le président . « Nos forces armées sont les plus puissantes du monde. Ceux qui nous menacent le font à leurs risques et périls », ajoute-t-il, envoyant un message indirect à l’Iran.

     Critiquant l’accord nucléaire iranien, Trump se distancie davantage de la dernière administration. « Elle poussait le monde vers la guerre – dit-il -, maintenant nous sommes sur la voie de la paix ».

    Tags : Etats-Unis, Iran, Donald Trump, Khameneï, missiles,

  • Trudeau : Selon nos informations, l’avion ukrainien a été abattu par un missile iranien

    – Le PM canadien appelle à une enquête approfondie et fiable et estime que l’incident n’était peut-être pas intentionnel

    Meher Hajbı |

    10.01.2020

    AA – Mustafa Kamel

    Le Canada possède des informations selon lesquelles l’avion ukrainien sinistré en Iran a été abattu par un missile sol-air iranien, a déclaré le Premier ministre canadien, Justin Trudeau.

    C’est ce qui ressort de ses déclarations lors de la conférence de presse tenue, jeudi.

    “Ce n’est peut-être pas intentionnel, toutefois il est extrêmement important de mener une enquête approfondie et fiable”, a affirmé Trudeau.

    Le Conseil national de sécurité et de défense d’Ukraine (CNSD) a fait avancé, jeudi, trois hypothèses expliquant la cause du crash du Boeing 737, qui se dirigeait mercredi de la capitale iranienne, Téhéran, à Kiev.

    Le CNSD a estimé qu’une frappe de missile ou une attaque terroriste figurent parmi les causes présumées du sinistre. La piste de l’explosion du moteur due à un problème technique a été également annoncée.

    L’Organisation de l’aviation civile iranienne avait déclaré, jeudi, que l’avion avait pris feu avant de toucher le sol.

    L’accident a tué les 176 passagers à bord peu après son décollage de l’aéroport international de Téhéran, à un moment où l’armée iranienne a lancé des dizaines de missiles balistiques ciblant les troupes américaines en Irak.

    L’attaque de l’Iran était une riposte à l’assassinat du chef des Forces iraniennes al-Quds, Qassem Soleimani, lors d’une frappe de drone américaine la semaine dernière.

    Parmi les victimes figuraient 82 Iraniens, 63 Canadiens, 11 Ukrainiens, 10 Suédois, quatre Afghans, trois Allemands et trois Britanniques.

    Anadolou

    Tags : Ukraine, Iran, avion, Boeing, missile, Justin Trudeau,

  • L’Amérique, de l’unilatéralisme au terrorisme d’Etat : l’hyperpuissance s’affranchit du droit et de la raison

    par Abdelhak Benelhadj

    L’assassinat par un drone américain du général iranien Qassem Soleimani est un pas de plus conforme à une évolution entamée dès l’entame des années 2000, avec la réaction américaine à la destruction des Twin Tower en Afghanistan contre les talibans et en Irak contre le régime de Saddam Hussein.

    Récapitulation

    Au début des années 1990, l’effondrement de l’union Soviétique va laisser place à une « hyperpuissance » qui se pose au cœur d’une large coalition internationale dont elle prend la direction.

    L’opération « Tempête du désert » en janvier 1991 a été déployée dans le cadre d’une mission des Nations Unies avec une participation très large d’une « communauté internationale » qui admet à ce que le monde « bipolaire » est terminé.

    Ce faisant, Washington reconnaît les institutions internationales dans l’exacte mesure où elle est convaincue qu’elle en prend le contrôle avec le consentement peu ou prou du reste du monde.

    Mais dès le début des années 2000, cette conviction disparaît pour laisser place au doute. La disparition de B. Eltsine, le retour de la Russie d’un Poutine qui veut redonner à son pays une fierté perdue et l’émergence de la Chine comme puissance dominante sur le plan économique, commercial et technologique, virtuellement première à l’horizon 2030-2040, place l’Amérique sur la défensive.

    Les deux mandats Obama ne sont qu’un intermède trompeur qui cache ce que révèle la gouvernance Trump.

    De nouveau, les institutions internationales deviennent un handicape dont les Etats-Unis vont définitivement s’affranchir pour les remplacer par leur propre droit et leur propre justice auxquels, par la force, ils soumettent indifféremment adversaires et partenaires.

    L’exécution du général iranien Soleimani relève de ce droit que la Maison Blanche se donne sans en référer à personne d’autre qu’à elle-même. Pas même au peuple américain et à ses représentants.

    Non seulement les Etats-Unis ne quêtent plus l’agrément des Nations-Unies, mais en outre ils ne cherchent même plus à se poser en arbitres. « Avec nous ou contre nous » lançait en 2003 G. W. Bush à l’adresse de ceux qui s’opposaient à sa guerre en Irak, entreprise sans mandat, en dehors des Lois et Conventions internationales.

    Au bellicisme et à la mauvaise foi D. Trump ajoute un cynisme pragmatique.

    Pour contourner l’aval du Congrès, il recourt au qualificatif de « terroriste » pour désigner le général iranien afin de se couvrir juridiquement en invoquant les lois antiterroristes votées en 2001. Ces dispositions lui donnent toute liberté d’agir sans consulter le Congrès majoritairement démocrate.[1]

    Convenablement conseillé, et donc loin d’être le farfelu imprévoyant et fantasque que les médias se plaisent à décrire, D. Trump profite aussi du « flou » juridique international entourant l’usage des drones pour noyer d’éventuelles contestations dans des procédures aussi tortueuses, chronophages que dilatoires.

    Toutefois, contrairement à ses adversaires russes, chinois ou iraniens, le président américain, aussi rusé soit-il, s’imagine que la force dont il pense disposer le dispense d’intelligence.

    Stratégie contre-productive

    Depuis 1979 et la chute du Shah, les Etats-Unis commettent erreur sur erreur face à l’Iran des mollahs. Pas seulement : Washington est devenue une machine à se fabriquer des ennemis

    1.- Début décembre, des milliers de manifestants protestaient contre le régime. D. Trump avait alors accusé Téhéran d’avoir tué plus de 1000 manifestants par la répression « brutale » de la contestation qui a éclaté mi-novembre. Ce dissentiment n’est plus d’actualité grâce à l’opération américaine contre le général iranien. Cela renforce et conforte le pouvoir intérieur iranien.

    2.- La guerre qu’ils ont poussée l’Irak de Saddam Hussein à déclarer à son voisin en 1979 a renforcé Téhéran au lieu de l’affaiblir, permettant aux religieux de triompher de leurs adversaires politiques intérieurs et en consolidant leur mainmise sur la société iranienne.

    3.- En se débarrassant des Talibans en 2002, qui ont pourtant poussé les soviétiques à quitter l’Afghanistan, ils ont soulagé leurs frontières à Est. Et en détruisant S. Hussein et son régime, les Américains ont servi sur un plateau d’argent le pouvoir aux chiites irakiens qui aujourd’hui basculent dans les bras de l’Iran.

    4.- De plus, en abandonnant leurs frères syriens, les Américains mécontentent les Kurdes irakiens et perdent leur confiance. A supposer qu’ils l’aient eue un jour se souvenant d’avoir été abandonnés par B. Clinton début 1990.

    5.- Pour en revenir à l’actualité, l’attaque américaine pousse les Irakiens dans les bras de leurs voisins. Même Moqtada al-Sadr traditionnellement opposé à l’Iran se rallie à lui contre l’Amérique. Les médias ont minoré le fait que l’attaque américaine a fait d’autres victimes : c’est le cas de l’Irakien Abou Mehdi al-Mouhandis. Le 4 janvier, des dizaines de milliers de personnes, dont le Premier ministre Adel Abdel-Mehdi et des chefs du Hachd, ont participé à ses obsèques.

    C’est ainsi qu’après le parlement, le gouvernement irakien réclame officiellement le départ des troupes américaines (environ 5200 soldats stationnés en Irak) ce qui ruine tous les efforts laissant accroire à une présence militaire sollicitée par Baghdad.

    Cette demande a fait immédiatement réagir D. Trump qui menace de rétorsions les Irakiens et confirme de ce fait que la présence américaine est bel et bien un acte de violence exercé sur un pays occupé contre sa volonté depuis 16 ans.

    « S’ils nous demandent effectivement de partir, si nous ne le faisons pas sur une base très amicale, nous leur imposerons des sanctions comme ils n’en ont jamais vu auparavant », a-t-il lancé.

    « Nous avons une base aérienne extraordinairement chère là-bas. Elle a coûté des milliards de dollars à construire. Nous ne partirons pas s’ils ne nous remboursent pas ! », a-t-il martelé.

    D. Trump oublie juste de préciser que les milliards de dollars dépensés sont des commandes adressées aux industries militaires américaines et n’ont que peu servi à l’Irak. N’est-ce pas après tout à cela que servent, pour l’essentiel, les guerres entreprises par les empires : créer des ennemis pour offrir des débouchés au système militaro-industriel ?[2]

    Le malheureux peuple afghan en paie le prix tous les jours depuis le XIXème siècle.[3]

    En 2017, les guerres d’Afghanistan, d’Irak et aujourd’hui de Syrie sont estimées cinq fois plus coûteuses que la première guerre mondiale, et deux fois et demie plus que la guerre du Vietnam. Les coûts, s’ils étaient consolidés, pourraient être bien supérieurs, certains chercheurs avançant des chiffres cumulés allant jusqu’à 12 000 milliards de dollars depuis 2001.

    12 000 milliards de dollars, c’est plus de 60 fois le PIB 2017 de l’Irak peuplé de 38 millions d’habitants.

    Pour le seul Afghanistan, de 2001 à 2017, les Etats-Unis ont dépensé plus d’argent que dans le plan Marshall pour la reconstruction de l’Europe après 1945. Un pays détruit et des centaines de milliers de victimes : jamais, s’il l’avait voulu, Saddam Hussein n’aurait pu se prévaloir d’un tel bilan.

    Quels peuples seraient tentés après ça de supplier les démocraties qui gouvernent le monde de venir les aider à se débarrasser de leurs dictateurs?

    L’annonce du vrai-faux départ des troupes américaines d’Irak a donné lieu à des confusions dont l’administration US a le secret.

    Datée du 06 janvier une lettre a été adressée au ministère irakien de la défense l’informant du prochain départ des forces américaines. Cette lettre, démentie aussitôt par le pentagone, n’est pas venue de n’importe qui. Elle est l’œuvre du général William H. Seely III chef du commandement américain en Irak.

    Après avoir tenté à plusieurs reprises de la déclarer fausse, les autorités américaines ont été contraintes d’en reconnaître l’authenticité, mais en affirmant qu’elle a été envoyée par erreur. Pourquoi donc a-t-elle été rédigée ?

    Comprenne qui pourra

    Dans toute cette pitoyable affaire l’Europe et en particulier la France ont brillé par leur absence, leur irrésolution et leur veulerie.

    Certains membres de la coalition procèdent dans la précipitation comme le Canada au déplacement leurs effectifs. Si l’Allemagne déménage en Jordanie et au Koweit une partie de ses soldats, au demeurant peu nombreux au Proche-Orient et n’occupent pas de fonctions militaires offensives[4], la France macronienne louvoie, donne l’impression d’hésiter, parfois même de critiquer mais finit par se ranger derrière un président américain qui ne manque aucune occasion de se gausser de son homologue français tout à son image et à sa communication et qui plastronne dans le vide.

    Mardi 07 janvier, elle, proclame hautement qu’elle n’a pas l’intention de retirer ses soldats déployés en Irak. Etrange hommage rendu à la mémoire d’un Général de Gaulle, dont la France commémore cette année le 50ème anniversaire de sa mort. Oubliée la condamnation par J. Chirac (disparu il y a peu) de l’agression américaine de l’Irak en mars 2003.

    Il est vrai que ces déclarations imprudentes sont inaudibles. Les Français ont d’autres soucis, confrontés depuis plus d’un an à une crise sociale majeure aggravée par une grève générale d’une durée record de plus d’un mois qui paralyse ses réseaux de communication et trouble ses activités économiques.

    A qui profite le crime ?

    Donald Trump s’est fait beaucoup d’ennemis en très peu de temps. Il conserve cependant un ami unique, avec lequel il partage son sort et son infortune.

    Le président américain, cela n’a échappé à personne, est en année électorale et toute dramatisation qui trouble le monde est à son avantage, selon le réflexe bien connu resserrant autour des dirigeants de leur pays les peuples en guerre.

    Le problème est qu’il est en conflit larvé avec son opposition démocrate qui veut le traduire devant les tribunaux pour des faits remontant aux conditions de son élection (il s’agit notamment de l’utilisation des services de l’Etat pour pousser l’Ukraine à discréditer un des ses adversaires). Cela au point qu’il est sous le coup d’une procédure d’impeachment.

    La situation de son compère israélien est aussi grave. Netanyahu n’arrive pas à se faire réélire. Le système électoral israélien (similaire à celui que la France a connu sous la IVème République) autorise toutes les magouilles et lui permet de retarder l’échéance.

    Sa situation est d’autant plus critique qu’il est menacé par la justice de son pays qui lui demanderait aussitôt des comptes s’il cessait d’occuper ses fonctions. M. Netanyahu joue sa survie politique après avoir été inculpé de « malversation », « abus de confiance » et « corruption ».

    Lui aussi a un intérêt particulier à ce qu’un environnement de crise persiste dans la région.

    Mais derrière ces vaudevilles, il y a des enjeux autrement plus préoccupants.

    Le 04 décembre dernier Benjamin Netanyahu s’est entretenu à Lisbonne avec le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo pour lui demander « d’accroître la pression » sur l’Iran.

    « Le premier sujet que je vais soulever c’est l’Iran, le deuxième aussi et le troisième aussi », disait-il obsédé par ce pays, juste avant l’entretien dans un hôtel de la capitale portugaise. « Nous avons la chance que le président Trump mène une politique cohérente de pression contre l’Iran »

    « Nous voyons l’empire iranien vaciller. Nous voyons des manifestations à Téhéran, à Bagdad et à Beyrouth. Il est important d’accroître cette pression », avait-il dit à son départ pour le Portugal, affirmant vouloir prolonger avec M. Pompeo une discussion téléphonique engagée dimanche 1er décembre avec M. Trump.

    « Nous avons discuté des efforts pour contrer l’influence déstabilisatrice de l’Iran dans la région (…) et d’autres sujets liés à la sécurité d’Israël », a résumé ensuite M. Pompeo sur Twitter.

    Poker menteur

    Certes, les réseaux sionistes influents aux Etats-Unis participent de manière décisive dans ces décisions. Mais on aurait tort cependant de déduire une dépendance totale et unilatérale de Washington à l’égard d’Israël. Tous deux ont des intérêts communs et étroitement imbriqués. Ce sont ces intérêts qui priment.

    Le paysage géostratégique régional n’a pas changé depuis 2010 et le début des événements de Tunisie. Le feu s’est étendu rapidement alors dans tous les pays, du Maghreb à la Syrie.[5]

    L’objectif principal des Etats-Unis et d’Israël et de neutraliser les influences russes et iraniennes dans la région. Ce pourquoi l’axe Hezbollah-Syrie-Iran est leur objectif principal.

    A l’évidence toutes les actions menées ont échoué.

    Toute la question est de savoir si Washington est disposé de faire monter les enchères et prendre des risques qu’il s’est jusque-là abstenu d’oser. L’Iran n’est pas du même calibre que l’Afghanistan, l’Irak ou la Syrie.

    Faire la guerre à l’Iran c’est ouvrir un front dans tout le Proche Orient : Liban, Irak, Syrie, Yémen… avec des impacts imprévisibles et incalculables sur toute la région et au-delà, avec notamment des flux de réfugiés massifs et incontrôlables qu’aucun « mur » ne saurait arrêter.

    Cela fragiliserait les « alliés », les pétromonarchies, l’Egypte, la Jordanie et tous les pays alignés sur Washington et compromettrait l’évolution en cours. Celle de ces pays du Golfe arabo-persique à l’Atlantique qui justement se rapprochent à reculons de l’Etat (désormais) « juif », à l’insu de leurs opinions publiques.

    Pour ce qui concerne le pétrole, il faut dire que la situation n’est plus celle du début ou de la fin des années 1970. Le paysage a beaucoup changé.

    Naturellement, le Proche Orient occupe une place de choix dans la production et l’exportation de l’énergie fossile. Cependant, la géographie des hydrocarbures s’est bien diversifiée.

    1.- l’Amérique est devenue le premier producteur mondial, grâce au pétrole de schiste (suivie par l’Arabie Saoudite et la Russie)

    2.- Elle ne dépend plus du pétrole saoudien

    3.- Il y a une surabondance de pétrole sur les marchés.

    L’économie mondiale a notablement réduit sa consommation d’énergie qui ne dépend plus seulement des hydrocarbures.

    Toutefois, tout événement dramatique a un impact immédiat sur les marchés. C’est d’autant plus dangereux que l’économie mondiale est assise sur un volcan financier débiteur de plusieurs milliers de milliards de dollars dont beaucoup de créances douteuses. Il est rare qu’une crise financière se produise en année électorale américaine. Mais les apprentis sorciers, illusionnés par les pouvoirs que confère la force militaire ne manquent ni d’imagination ni de capacités illimités de faire des bêtises.

    Notes :

    [1] Non pas, cela tombe sous le sens, que les Démocrates auraient été plus amènes envers l’Iran ou la Palestine. Les Américains savent depuis longtemps que rien de particulier ne distingue les Républicains de leurs adversaires, encore moins quand il s’agit de politique étrangère surtout à l’égard des pays du Proche-Orient où le parti pris en faveur d’Israël est proclamé de manière ostentatoire et provocante.

    [2] On se souvient des procès retentissants, aujourd’hui oubliés, contre les marchands de canons après l’élection de Roosevelt au début des années trente, les accusant d’avoir impliqué au regard de leurs seuls intérêts leur pays dans la première guerre mondiale.

    [3] L’armée américaine a trois fois plus d’employés militaires privés que de soldats en Afghanistan.

    [4] Le chef de la diplomatie allemande Heiko Maas avait reconnu que le retrait des troupes occidentales d’Irak était «une réflexion que nous devons tous avoir» au vu du contexte. «Car il n’y a aucun pays membre de la coalition anti-EI qui veuille rester en Irak s’il n’y est pas désiré», a-t-il ajouté, en référence au vote dimanche 05 janvier par le Parlement irakien d’une motion demandant le retrait de la coalition internationale du pays.

    [5] Cf. Abdelhak Benelhadj : « Pourquoi l’Amérique s’attaque à l’Iran ?». Le quotidien d’Oran, J. 16 mai 2019.

    Le Quotidien d’Oran, 9 jan 2020

    Tags : Etats-Unis, Iran, terrorisme,

  • USA-Iran :Un conflit qui a réussi à aligner les élites, mais qui ne cache pas toutes les différences

    TUNISIE – La stratégie de « pression maximale » exercée sur l’Iran par le président américain, Donald Trump, qui a commencé avec la rupture de l’accord nucléaire et a abouti au meurtre du puissant général Qassem Soleimani, représente à la fois une menace et une bénédiction pour le régime des mollahs. En même temps que leurs sanctions mettent à genoux l’économie du pays, qui s’est contractée de près de 10% selon le FMI, le harcèlement intense de l’ennemi officiel du pays au cours des quatre dernières décennies excite le nationalisme perse et provoque une fermeture des rangs autour du gouvernement des élites du pays et d’une grande partie de l’opinion publique.

    L’Iran, héritier de l’ancien et puissant Empire perse, est une nation fière de son passé. Son histoire mouvementée du XXe siècle est le résultat de trois vecteurs idéologiques: le « modernisme » – bien qu’il soit plus approprié de parler d ‘ »occidentalisme » -, l’islamisme et le nationalisme. Des trois, le seul capable d’unir la majorité de la société iranienne est le nationalisme, seul point commun entre le régime pro-américain de Sha Reza Pahlevi et la République islamique qui a été fondée par l’imam Ruhollah Khomeiny en 1979.

    Cette omniprésence du nationalisme iranien, au-dessus des profondes divisions idéologiques qui traversent la société iranienne, explique la foule qui s’est rassemblée ces derniers jours pour rendre hommage à Soleimani, le chef militaire le plus en vue du pays, un fait qui contraste avec la de nombreuses manifestations antigouvernementales récemment enregistrées.

    Dans un pays comptant des dizaines de prisonniers politiques, et donc sans enquêtes fiables, il est difficile de prendre le pouls de l’opinion publique. Probablement, une partie importante de la population iranienne s’est sentie humiliée par l’attaque américaine, sans vouloir dire qu’elle soutient le régime de manière transparente.

    Il ne fait aucun doute que le harcèlement des États-Unis a amené les élites politiques du pays, avec une histoire récente de dissidence, à resserrer les rangs. Depuis la mort du charismatique Khomeiny en 1989, la politique iranienne s’est structurée autour de la division entre «réformistes» et «conservateurs». Déjà sous la présidence de Mohammed Khatami à la fin des années 90, sa confrontation a atteint un haut degré d’acrimonie, mais son apogée a été en 2009, après la réélection de Mahmoud Ahmadinejad. Les réformistes ont dénoncé l’ajustement des élections, qui a donné lieu à la soi-disant « Révolution verte », étouffée par le sang et le feu entre autres, les Gardiens de la révolution, l’organisme paramilitaire dirigé par Soleimani.

    « Sans aucun doute, le meurtre de Soleimani a uni les élites politiques de l’Iran et a déclenché la colère et la sympathie de millions d’Iraniens. Mais même l’idée souvent répétée que les Iraniens de toutes sortes sont désormais unis au régime, nécessite un examen minutieux. » Karim Sadjadpour, professeur iranien à l’Université de Georgetown, a écrit sur son compte Twitter qu’il se souvenait que Soleimani avait joué un rôle important dans la répression du mouvement kurde après la révolution islamique.

    L’unité renouvelée des élites politiques du pays se préparait depuis la rupture de l’accord nucléaire, un pari du président iranien Hassan Rohani, qui a provoqué une opposition frontale des secteurs conservateurs.

    Les nouvelles sanctions américaines, qui ont contrecarré la promesse du « réformiste » Rohani de relancer l’économie du pays, ont contraint le président à resserrer sa politique. Preuve en est sa réponse aux manifestations qui ont secoué le pays il y a quelques semaines: une répression brutale qu’un président faucon aurait pu parfaitement ordonner.

    Dans le contexte actuel, il semble difficile d’imaginer une nouvelle peur du ministre iranien des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif, qui a présenté en février dernier sa démission. Certaines sources soulignent qu’il aurait été en colère d’avoir été exclu des réunions avec le président syrien Bachar al-Assad lors de sa visite à Téhéran. Fait intéressant, l’un des principaux dirigeants de la politique iranienne dans le conflit syrien était Soleimani.

    Enfin, la démission de Zarif n’a pas été acceptée et continue de diriger la diplomatie iranienne. Sa langue a été aussi dure après l’attaque de Trump que celle de Khamenei ou Rohani. Aujourd’hui plus que jamais, les différences entre réformistes et conservateurs s’estompent, en expulsant du système un secteur de la société qui a opté pour une réforme progressive du régime et a participé à ses élections. Alors que les relations avec Washington coulent à flots, l’évolution interne de l’Iran est plus incertaine que jamais.

    Fuente

    Tags : Iran, USA, Etats-Unis, Washington, Téhéran, Irak, Donald Trump,

  • Etats-Unis-Iran : Apocalypse à Aïn al-Asad!

    Un premier bilan recueilli sur place fait état de la mort de 80 militaires US…

    CNN le confirmait il y a peu : « l’Histoire nous le dira, le président Trump a perdu le Moyen-Orient ». L’attaque a eu lieu à 10.10 heures, heure de Téhéran, et les forces terroristes américaines continuaient à évacuer leurs morts et blessés, huit heures plus tard vers 10 heure, après que la première riposte militaire de l’Iran eut visé les troupes d’occupation US basés à Aïn al-Asad à l’ouest irakien. Un porte-parole de l’armée irakienne, joint par PressTV, affirme que l’évacuation des morts et des blessés américains continue toujours depuis la base américaine où les forces US ont lancé un appel de détresse aux hôpitaux irakiens. Les militaires américains, selon un porte-parole de l’US Army, « sont évacués à Bagdad » surtout que l’attaque a été « très intense ». Le porte-parole a également fait part de la présence des forces britanniques et canadiens sur la base alors que certaines informations depuis démenties par le ministère britannique des A.E. faisant état des morts et des blessés occidentaux et non américains.

    Selon le Renseignement du Corps des gardiens de la Révolution islamique, deux vagues de missiles tirés contre la plus importante base aérienne américaine à l’ouest d’al-Anbar se sont soldées par la mort d’au moins 80 soldats américains. Il s’agit de 15 missiles de haute précision dont aucun n’a raté sa ou ses cibles. Le bilan exact est à déterminer, au regard de la forte censure exercée par le Pentagone sur les médias.

    Al-Mayadeen qui confirme toujours le vol incessant des hélicoptères US sur la base à l’heure qu’il est midi passé en Irak, affirme que le commandement américain de la base a interdit aux forces irakiennes tout accès par crainte des fuites sur le vrai bilan des morts et des blessés. Cette tendance à occulter et à amoindrir le bilan des pertes a d’ailleurs un long précédent, les Américains ayant adopté la même approche au cours de la première Guerre du golfe Persique.

    Dans un communiqué publié ce matin, l’ambassade US aux Émirats arabes unis affirme que « tout est sous contrôle » et qu’il n’existe aucun changement dans la configuration sécuritaire des troupes US aux Émirats et dans la région ». Difficile d’y croire! Le rapport du renseignement du CGRI affirme : « Au moins 80 militaires américains ont été tués, 200 autres, blessés, les autorités de la base évacuant dans la hâte et la précipitation des blessés ».

    Et le rapport d’ajouter : » 20 points sensibles de la base ont été pris pour cible alors que toutes les composantes du complexe revêtent une importance stratégique pour les troupes d’occupation US. De nombreux hélicoptères et drones ont également été détruits. En dépit de l’alerte maximale pour les unités de la défense antiaérienne US, aucun missile antimissile n’a été tiré et donc aucune interception de la part des forces US n’a eu ». Le texte affirme que le Renseignement du CGRI a identifié « 104 cibles stratégiques américaines dans la région et que ces cibles se trouvent toutes dans la viseur ». « Au moindre agissement hostile des États-Unis, elles vont être frappées », dit le texte.

    Interrogé par les médias, le commandant en chef-adjoint du secteur « opérations militaires du CGRI, le général Nilforoushan apporte d’autres explications :  » les 15 missiles tirés ont frappé avec succès des objectifs très importants sur la base Aïn al-Asad, une base placée depuis 4 jours en état d’alerte maximal. Or aucun des systèmes radars ou DCA américains n’a été capable d’intercepter les missiles balistqiue du CGRI, ni même les faire dévier de quelques mètres que ce soit. Nos missiles se sont abattus avec précision sur les cibles d’où le nombre particulièrement élevé des morts américains. A vrai dire, nos missiles ont survolé deux bases où l’armée américaine n’a cessé de déployer ces deux derniers jours une impressionnante quantité d’armes, de munitions et de renforts. En effet, la DCA US était en état d’alerte maximum ce qui rend l’échec encore plus cuisant ».

    Quelques 4 000 militaires américains se trouvent toujours sur la base et leur présence est illégale depuis que le Parlement irakien a voté samedi le retrait des troupes US et ce, en représailles à l’attentat terroriste commis par les États-Unis vendredi 3 janvier et qui a coûté la vie au commandant en chef adjoint des Hachd al-Chaabi entre autres. C’est une base de 10 kilomètres de long soit autant que la Zone verte de Bagdad. En mars 2019, Donald Trump avait promis de « moderniser la base » moyennant « une somme de 3 milliards de dollars » et ce,  » dans l’objectif de mieux lutter contre le terrorisme ». Il semblerait que comme toujours ces dépenses sont inutiles.

    PressTV, 8 jan 2020

    Tags : Etats-Unis, Iran, Irak, Qassem Soleimani,

  • Déclaration du Parti communiste irakien sur l’assassinat par les Etats-Unis et les répercussions dangereuses

    Déclaration du Parti communiste irakien sur l’assassinat par les États-Unis et les répercussions dangereuses

    Le Bureau politique du Parti communiste irakien a publié la déclaration suivante aujourd’hui, 3 janvier 2019 :

    Plus tôt ce matin, les forces américaines ont mené une opération d’assassinat au cours de laquelle un certain nombre de personnalités officielles et de dirigeants irakiens des Unités de mobilisation populaire, qui avaient un rôle à jouer dans la lutte contre le terrorisme ISIS et la victoire sur celui-ci, ont été tués.

    Nous condamnons cet assassinat car il constitue une violation flagrante de la souveraineté irakienne et une grave escalade qui pousse la situation en Irak et dans la région vers de nouvelles tensions et augmente les chances d’intensifier les conflits armés et d’allumer la guerre.

    Nous pensons que la série de faits graves survenus ces derniers jours indique de plus en plus la transformation de l’Iraq en une arène de conflits régionaux et internationaux, pour lesquels notre peuple paie un lourd tribut en sang et en destruction. Des efforts concertés de toutes les forces patriotiques sont nécessaires pour épargner à notre pays les risques d’être partie aux conflits régionaux qui font rage.

    Il faut dire que la politique des forces au pouvoir au cours des seize dernières années, qui a conduit à miner l’autorité de l’État et à éroder la souveraineté nationale de l’Irak, est une raison majeure de cette violation flagrante et de la transformation du pays en un théâtre de règlements de comptes, parmi les puissances étrangères concurrentes, sur notre patrie.

    Dans ces circonstances instables, nous soulignons l’importance d’unifier la position nationale face à l’ingérence extérieure de toute partie et d’œuvrer au renforcement des capacités de l’État iraquien et de nos forces armées avec toutes leurs composantes, afin de défendre la souveraineté de l’Iraq, de protéger sa sécurité à l’intérieur et à l’extérieur et de maintenir son indépendance dans la prise de décisions nationales.

    Tout en appelant à la retenue, à la prudence et à la sagesse, et en faisant passer les intérêts de notre peuple et de notre pays en premier, nous attendons de la communauté internationale et de l’ONU qu’elles s’efforcent d’empêcher que notre pays ne se transforme en un champ de bataille pour la guerre, dont le peuple iraquien subit les conséquences, et de sauvegarder la sécurité et la paix dans la région.

    Les dangers imminents qui menacent l’Irak nous poussent à souligner à nouveau l’importance et la nécessité de nous engager sur la voie d’un changement global, en sauvant notre pays de ses crises et en le débarrassant du système de gouvernement défaillant qui est fondé sur le partage sectaire du pouvoir et la corruption.

    Source

    Tags : Iran, Etats-Unis, Irak, pétrole,

  • Irak : L’Iran lance plusieurs missiles contre la base américaine « Aïn al-Assad »

    Selon les Gardiens de la Révolution iranienne.

    Ahmed Ghanem Selouma | 08.01.2020

    Les Gardiens de la Révolution iranienne ont annoncé, mercredi à l’aube, avoir lancé des dizaines de missiles contre la base aérienne militaire américaine « Aïn al-Assad » dans la province d’Anbar, dans l’ouest de l’Irak.

    L’armée iranienne a fait savoir que plusieurs missiles balistiques ont été tirés vers la base abritant la majorité des forces américaines stationnées en Irak. En effet, une vidéo de l’attaque a été publiée par l’agence de presse iranienne Fars.

    Il est à rappeler que le président américain Donald Trump s’était rendu en Irak le 28 décembre pour rencontrer les soldats américains dans la base d’Aïn al-Assad.

    Cette attaque de missiles intervient, après seulement environ 24 heures de confusion américaine avec l’annonce du retrait des soldats américains d’Irak avant que le Pentagone ne réfute cette décision.

    Les services de renseignement américains ont révélé que des mouvements militaires iraniens auront lieu, au milieu d’une escalade de tensions avec les États-Unis suite au meurtre du Commandant de la Force al-Quds iranienne, Qassem Soleimani.

    Cette évolution représente une escalade majeure entre les États-Unis et l’Iran, deux alliés de Bagdad, au milieu des craintes généralisées en Irak que le pays ne devienne un champ de bataille entre Washington et Téhéran.

    De son côté, le président Trump a menacé, lundi, d’imposer des sanctions à l’Irak si Bagdad exigeait le départ des forces américaines.

    Il est à noter qu’environ cinq mille soldats américains sont déployés dans des bases militaires à travers l’Irak, dans le cadre de la coalition internationale pour lutter contre l’organisation terroriste « Daech ». (Anadolou)

    Tags : Iran, Etats-Unis, Irak, Donald Trump, Al Anbar, Qassem Soleimani,

  • L’USAmérique intensifie sa guerre pétrolière « démocratique » au Proche-Orient

    Les grands médias évitent soigneusement d’aborder la méthode qui se cache derrière la folie apparente de l’Amérique dans l’assassinat du général des Gardiens de la révolution islamique Qassem Soleimani, , qui a marqué le début de la nouvelle année. La logique derrière cet assassinat était une application de la politique mondiale des USA en vigueur depuis longtemps, et pas seulement une bizarrerie personnelle de l’impulsif Donald Trump. Son assassinat du chef militaire iranien Soleimani était en effet un acte de guerre unilatéral en violation du droit international, mais c’était une étape logique dans une stratégie usaméricaine de longue date. Il y a été explicitement autorisé par le Sénat dans le projet de loi sur le financement du Pentagone adopté l’année dernière.

    L’assassinat avait pour but d’intensifier la présence usaméricaine en Irak pour garder le contrôle des réserves de pétrole de la région, et de soutenir les troupes wahhabites de l’Arabie saoudite (Isis, Al-Qaïda en Irak, Al Nusra et d’autres divisions de ce qui est en fait la légion étrangère de l’USAmérique) pour appuyer le contrôle usaméricain du pétrole du Proche-Orient comme béquille du dollar US. Cela reste la clé pour comprendre cette politique, et pourquoi elle est en train d’escalader, et non de s’estomper.

    J’ai participé à des discussions sur cette politique telle qu’elle a été formulée il y a près de cinquante ans lorsque je travaillais à l’Institut Hudson et que j’assistais à des réunions à la Maison-Blanche, que je rencontrais des généraux de divers groupes de réflexion des forces armées et que je m’entretenais avec des diplomates aux Nations unies. Mon rôle était celui d’un économiste de la balance des paiements, ayant été spécialisé pendant une décennie chez Chase Manhattan, Arthur Andersen et les compagnies pétrolières dans l’industrie pétrolière et les dépenses militaires. Ce sont là deux des trois principales dynamiques de la politique étrangère et de la diplomatie usaméricaines. (La troisième préoccupation était de savoir comment faire la guerre dans une démocratie où les électeurs ont rejeté la conscription au lendemain de la guerre du Vietnam).

    Les médias et le débat public ont détourné l’attention de cette stratégie en brassant des spéculations selon lesquelles le président Trump ne l’aurait fait que pour contrer la (non-)menace de destitution par une attaque du type  » noyer le poisson « , ou pour soutenir les campagnes de Lebensraum (espace vital) israéliennes, ou simplement pour livrer la Maison-Blanche au syndrome néocon iranophobe. Le contexte réel de l’action des néocons était la balance des paiements, et le rôle du pétrole et de l’énergie comme levier à long terme de la diplomatie usaméricaine.

    La dimension balance des paiements

    Le principal déficit de la balance des paiements usaméricaine est depuis longtemps celui des dépenses militaires à l’étranger. L’ensemble du déficit des paiements, qui a commencé avec la guerre de Corée en 1950-51 et s’est prolongé durant la guerre du Vietnam dans les années 1960, a été responsable du découplage du dollar et de l’or en 1971. Le problème auquel étaient confrontés les stratèges militaires usaméricains était de savoir comment continuer à soutenir les 800 bases militaires US dans le monde et le soutien des troupes alliées sans faire perdre leur influence financière aux USA .

    La solution s’est avérée être de remplacer l’or par des titres du Trésor usaméricain (IOU) comme base des réserves des banques centrales étrangères. Après 1971, les banques centrales étrangères n’avaient guère d’autre choix que de recycler leurs entrées continues de dollars dans l’économie usaméricaine en achetant des titres du Trésor. L’effet des dépenses militaires usaméricaines à l’étranger n’a donc pas entraîné une baisse du taux de change du dollar, et n’a même pas forcé le Trésor et la Réserve fédérale à relever les taux d’intérêt pour attirer des devises afin de compenser les sorties de dollars au titre ddes dépenses militaires. En fait, les dépenses militaires usaméricaines à l’étranger ont aidé à financer le déficit budgétaire fédéral interne des USA.

    L’Arabie saoudite et d’autres pays de l’OPEP au Proche-Orient sont rapidement devenus un contrefort du dollar. Après que ces pays eurent quadruplé le prix du pétrole (en représailles aux USA qui avaient quadruplé le prix de leurs exportations de céréales, un pilier de la balance commerciale US), les banques USaméricaines ont été submergées par un afflux de nombreux dépôts étrangers – qui ont été prêtés à des pays du Tiers Monde dans une explosion de créances douteuses qui a éclaté en 1972 avec l’insolvabilité du Mexique, et a détruit le crédit gouvernemental du Tiers Monde pendant une décennie, le forçant à dépendre des USA par l’intermédiaire du FMI et de la Banque mondiale).

    Pour couronner le tout, bien sûr, ce que l’Arabie saoudite n’épargne pas en actifs dollarisés avec ses revenus d’exportation de pétrole est dépensé pour acheter des centaines de milliards de dollars d’armes usaméricaines. Cela la rend dépendante de la fourniture par les USA en pièces de rechange et de réparations, et permet aux USA de fermer le robinet du matériel militaire à tout moment, au cas où les Saoudiens essaieraient d’agir indépendamment de la politique étrangère usaméricaine.

    Ainsi, le maintien du dollar comme monnaie de réserve mondiale est devenu un pilier des dépenses militaires usaméricaines. Les pays étrangers n’ont pas à payer directement le Pentagone pour ces dépenses. Ils financent simplement le Trésor et le système bancaire usaméricains.

    La crainte de cette évolution a été l’une des principales raisons pour lesquelles les USA ont pris des mesures contre la Libye, dont les réserves de change étaient détenues en or et non en dollars, et qui avait exhorté d’autres pays africains à suivre cet exemple afin de se libérer de la  » diplomatie du dollar « . Hillary et Obama ont envahi, se sont emparés de leurs réserves d’or (nous ne savons toujours pas qui s’est retrouvé avec ces milliards de dollars d’or) et ont détruit le gouvernement de la Libye, son système d’éducation publique, ses infrastructures publiques et d’autres structures non-néolibérales.

    La grande menace à cet égard est la dédollarisation, car la Chine, la Russie et d’autres pays cherchent à éviter de recycler les dollars. Sans la fonction du dollar comme véhicule de l’épargne mondiale – en fait, sans le rôle du Pentagone dans la création de la dette du Trésor qui est le véhicule des réserves mondiales des banques centrales – les USA se trouveraient contraints militairement et donc diplomatiquement, comme ils l’étaient sous l’étalon-or.

    C’est la même stratégie que les USA ont suivie en Syrie et en Irak. L’Iran menaçait cette stratégie de la dollarisation et son rôle de béquille de la diplomatie pétrolière usaméricaine.

    L’industrie pétrolière, étai de la balance des paiements et de la diplomatie étrangère des USA

    La balance commerciale est renforcée par les excédents pétroliers et agricoles. Le pétrole est la clé, car il est importé par les sociétés usaméricaines à un coût presque nul pour la balance des paiements (les paiements aboutissent ici aux sièges sociaux de l’industrie pétrolière sous forme de bénéfices et de paiements aux dirigeants), tandis que les bénéfices sur les revenus des ventes des sociétés pétrolières usaméricaines à d’autres pays sont versés aux USA (par l’intermédiaire de centres d’évasion fiscale off-shore, principalement le Libéria et le Panama depuis de nombreuses années). Et comme on l’a vu plus haut, les pays de l’OPEP ont été invités à conserver leurs réserves officielles sous forme de titres US (les actions et les obligations ainsi que les reconnaissances de dette du Trésor, mais pas l’achat direct de sociétés usaméricaines étant considérées comme économiquement importantes). Financièrement, les pays de l’OPEP sont sur la liste de clients de la zone dollar.

    La tentative des USA de maintenir cette béquille explique leur opposition à toute mesure d’un gouvernement étranger visant à inverser le réchauffement climatique et les conditions météorologiques extrêmes causées par la dépendance pétrolière du monde parrainée par les USA. Toute mesure de ce type prise par l’Europe et d’autres pays réduirait la dépendance aux ventes de pétrole US, et par conséquent, la capacité des USA à contrôler le robinet pétrolier mondial comme un moyen de contrôle et de coercition, et est donc considérée comme un acte hostile.

    Le pétrole explique également l’opposition des USA aux exportations de pétrole russe via Nordstream. Les stratèges usaméricains veulent traiter l’énergie comme un monopole national US. D’autres pays peuvent en bénéficier comme l’Arabie saoudite l’a fait – en envoyant leurs excédents à l’économie usaméricaine – mais pas pour soutenir leur propre croissance économique et leur diplomatie. Le contrôle du pétrole implique donc un soutien à la poursuite du réchauffement climatique comme partie intégrante de la stratégie usaméricaine.

    Comment un pays « démocratique « peut mener une guerre internationale et pratiquer le terrorisme

    La guerre du Vietnam a montré que les démocraties modernes ne peuvent pas déployer d’armées pour un conflit militaire majeur, car cela nécessiterait un recrutement de leurs citoyens. Cela conduirait tout gouvernement qui tenterait d’obtenir une telle conscription à être évincé du pouvoir. Et sans troupes, il n’est pas possible d’envahir un pays pour en prendre le contrôle.

    Le corollaire de cette perception est que les démocraties n’ont que deux options en matière de stratégie militaire : elles peuvent se contenter de déployer une puissance aérienne, en bombardant les adversaires, ou elles peuvent créer une légion étrangère, c’est-à-dire engager des mercenaires ou soutenir les gouvernements étrangers qui fournissent ce service militaire.

    Là encore, l’Arabie saoudite joue un rôle crucial, par son contrôle des sunnites wahhabites transformés en jihadistes terroristes prêts à saboter, à bombarder, à assassiner, à faire exploser et à combattre de toute autre manière toute cible désignée comme un ennemi de l’ » Islam « , euphémisme pour l’Arabie saoudite agissant en tant qu’État client des USA. (La religion n’est vraiment pas la clé : je n’ai connaissance d’aucune aucune attaque de l’ ISIS ou de ses semblables wahhabites contre des cibles israéliennes). Les USA ont besoin des Saoudiens pour fournir ou financer les zinzins wahhabites. Donc, en plus de jouer un rôle clé dans la balance des paiements usaméricaine en recyclant ses revenus d’exportation de pétrole dans des actions, des obligations et d’autres investissements US, l’Arabie saoudite fournit de la main-d’œuvre en soutenant les membres wahhabites de la légion étrangère US, l’ISIS et Al-Nusra/Al-Qaida. Le terrorisme est devenu le mode « démocratique « de la politique militaire usaméricaine actuelle.

    Ce qui rend « démocratique » la guerre pétrolière usaméricaine au Proche-Orient, c’est que c’est le seul type de guerre qu’une démocratie peut mener – une guerre aérienne, suivie d’une armée terroriste vicieuse qui compense le fait qu’aucune démocratie ne peut déployer sa propre armée dans le monde d’aujourd’hui. Le corollaire est que le terrorisme est devenu le mode de guerre « démocratique ».

    Du point de vue des USA, qu’est-ce qu’une « démocratie » ? Dans le vocabulaire orwellien actuel, cela signifie tout pays qui soutient la politique étrangère des USA. La Bolivie et le Honduras sont devenus des « démocraties » depuis leurs coups d’État, tout comme le Brésil. Le Chili sous Pinochet était une démocratie de libre marché à la mode de Chicago. Il en était de même de l’Iran sous le Shah et de la Russie sous Eltsine – mais pas depuis qu’elle a élu Vladimir Poutine président, pas plus que la Chine sous le Président Xi.

    L’antonyme de « démocratie » est « terroriste ». Cela signifie simplement une nation prête à se battre pour devenir indépendante de la démocratie néolibérale usaméricaine. Cela n’inclut pas les armées mandatées par les USA.

    Le rôle de l’Iran comme némésis usaméricaine

    Qu’est-ce qui fait obstacle à la dollarisation, au pétrole et à la stratégie militaire des USA ? De toute évidence, la Russie et la Chine ont été ciblées comme des ennemis stratégiques à long terme pour avoir cherché à mettre en place leurs propres politiques économiques et diplomatiques indépendantes. Mais à côté d’elles, l’Iran est dans la ligne de mire des USA depuis près de soixante-dix ans.

    La haine de l’USAmérique envers l’Iran commence par sa tentative de contrôler sa propre production de pétrole, ses exportations et ses revenus. Elle remonte à 1953, lorsque Mossadegh a été renversé parce qu’il voulait la souveraineté intérieure sur le pétrole anglo-persan. Le coup d’État de la CIA et du MI6 l’a remplacé par le Chah docile, qui a imposé un État policier pour empêcher l’indépendance de l’Iran vis-à-vis de la politique usaméricaine. Les seuls lieux physiques libres de la police étaient les mosquées. Cela a fait de la République islamique la voie de la moindre résistance pour renverser le Shah et réaffirmer la souveraineté iranienne.

    Les USA ont accepté l’indépendance pétrolière de l’OPEP en 1974, mais l’antagonisme envers l’Iran s’étend à des considérations démographiques et religieuses. Le soutien iranien à sa population chiite et à celle de l’Irak et d’autres pays – qui met l’accent sur le soutien aux pauvres et des politiques quasi-socialistes plutôt que sur le néolibéralisme – en a fait le principal rival religieux du sectarisme sunnite de l’Arabie saoudite et de son rôle de légion étrangère wahhabite des USA.

    Les USA se sont opposés au général Soleimani avant tout parce qu’il luttait contre l’ISIS et d’autres terroristes soutenus par les USA dans leur tentative de démanteler la Syrie et de remplacer le régime Assad par un ensemble de dirigeants locaux conformes aux exigences usaméricaines – le vieux stratagème britannique du  » diviser pour mieux régner « . À l’occasion, Soleimani avait coopéré avec les troupes US pour combattre les groupes de l’ISIS qui s’étaient « écartés de la ligne », c’est-à-dire de la ligne du parti usaméricain. Mais tout indique qu’il était en Irak pour travailler avec ce gouvernement qui cherchait à reprendre le contrôle des champs de pétrole dont le président Trump s’est vanté si fort de s’être emparé.

    Déjà au début de 2018, le président Trump a demandé à l’Irak de rembourser USA le coût de la « sauvegarde de sa démocratie » à coups de bombes sur ce qui restait de l’économie de Saddam. Le remboursement devait prendre la forme de pétrole irakien. Plus récemment, en 2019, le Président Trump a demandé : pourquoi ne pas simplement s’emparer du pétrole irakien ? Le champ pétrolier géant est devenu le prix de la guerre du pétrole de Bush-Cheney après le 11 septembre. « C’était une réunion très banale, discrète, en général », a dit une source qui était dans la salle à Axios. « Et juste à la fin, Trump dit quelque chose dans le genre, il a un petit sourire et il dit : ‘Alors, qu’est-ce qu’on va faire pour le pétrole ?’ »[1]

    L’idée de Trump selon laquelle l’Amérique devrait  » tirer quelque chose  » de ses dépenses militaires pour détruire les économies irakienne et syrienne reflète simplement la politique usaméricaine.

    Fin octobre 2019, le New York Times a rapporté que « Ces derniers jours, M. Trump a choisi les réserves de pétrole de la Syrie comme nouvelle justification pour sembler faire marche arrière et déployer des centaines de soldats supplémentaires dans ce pays ravagé par la guerre. Il a déclaré que les USA ont « sécurisé  » les champs pétroliers dans le nord-est chaotique du pays et a suggéré que la saisie de la principale ressource naturelle du pays justifie que l’Amérique y étende davantage sa présence militaire. « Nous l’avons pris et nous l’avons sécurisé », a déclaré M. Trump à propos du pétrole syrien lors de son discours à la Maison Blanche dimanche, après avoir annoncé l’assassinat du chef de l’Etat islamique, Abou Bakr al-Baghdadi »[2]. Un responsable de la CIA a rappelé au journaliste que la prise du pétrole irakien était un engagement de la campagne Trump.

    Cela explique l’invasion de l’Irak pour le pétrole en 2003, et encore cette année, comme l’a dit le président Trump : « Pourquoi ne pas simplement prendre leur pétrole ? » Il explique également l’attaque d’Obama-Hillary contre la Libye – non seulement pour son pétrole, mais aussi pour avoir investi ses réserves étrangères dans l’or au lieu de recycler son excédent de recettes pétrolières au profit du Trésor usaméricain – et, bien sûr, pour avoir promu un État socialiste laïque.

    Cela explique pourquoi les néoconservateurs usaméricains craignaient le plan de Soleimani pour aider l’Irak à affirmer le contrôle de son pétrole et à résister aux attaques terroristes contre l’Irak, soutenues par les USA et les Saoudiens. C’est là la cause immédiate de son assassinat.

    Les politiciens usaméricains se sont discrédités en commençant leur condamnation de Trump en disant, comme l’a fait Elizabeth Warren, à quel point Soleimani était « mauvais », comment il avait tué des soldats US en organisant la défense irakienne contre les attentats par explosifs en bord de route et d’autres mesures pour repousser l’invasion usaméricaine visant à s’emparer de son pétrole. Elle ne faisait que parodier la représentation que les médias US faisaient de SOleimani comme un monstre, détournant l’attention de la question politique qui explique pourquoi il a été assassiné maintenant.

    La contre-stratégie au pétrole, au dollar et à la diplomatie du réchauffement climatique des USA

    Cette stratégie se poursuivra, jusqu’à ce que les pays étrangers la rejettent. Si l’Europe et d’autres régions ne le font pas, elles subiront les conséquences de cette stratégie usaméricaine sous la forme d’une guerre croissante parrainée par les USA via le terrorisme, le flux de réfugiés et l’accélération du réchauffement climatique et des conditions météorologiques extrêmes.

    La Russie, la Chine et leurs alliés ont déjà ouvert la voie à la dédollarisation comme moyen de contenir l’échafaudage de soutien de la balance des paiements à la politique militaire mondiale USA. Mais tout le monde se demande maintenant quelle devrait être la réaction de l’Iran.

    La prétention – ou plus exactement, la diversion – des médias usaméricains au cours du week-end a été de dépeindre les USA comme étant sous le coup d’une attaque imminente. Le maire de New-York Bill de Blasio a placé des policiers à des carrefours clés bien en vue pour nous faire savoir à quel point le terrorisme iranien est imminent – comme si c’était l’Iran, et non l’Arabie saoudite, qui avait monté le 11 septembre, et comme si l’Iran avait en fait pris des mesures énergiques contre les USA. Les médias et les grosses têtes de la télévision ont saturé les ondes d’avertissements sur le terrorisme islamique. Les présentateurs de télévision suggèrent les endroits où les attaques sont les plus susceptibles de se produire.

    Le message est que l’assassinat du général Soleimani était destiné à nous protéger. Comme Donald Trump et divers porte-parole militaires l’ont dit, il avait tué des Américains – et maintenant ils doivent planifier une énorme attaque qui blessera et tuera beaucoup plus d’Américains innocents. Cette position est devenue la posture de l’USAmérique dans le monde : faible et menacée, nécessitant une défense forte – sous la forme d’une forte offensive.

    Mais quel est l’intérêt réel de l’Iran ? S’il est effectivement d’affaiblir le dollar et la stratégie pétrolière US, la première mesure politique doit être de faire sortir les forces militaires usaméricaines du Proche-Orient, y compris l’occupation US de ses champs pétroliers. Il s’avère que l’acte téméraire du président Trump a agi comme un catalyseur, provoquant exactement le contraire de ce qu’il voulait. Le 5 janvier, le Parlement irakien s’est réuni pour exiger le départ des USA. Le général Soleimani était un invité, pas un envahisseur iranien. Ce sont les troupes usaméricaines qui se trouvent en Irak en violation du droit international. Si elles partent, Trump et les néocons perdent le contrôle du pétrole – et aussi de leur capacité à interférer avec la défense mutuelle irano-irako-syro-libanaise.

    Au-delà de l’Irak se profile l’Arabie saoudite. Elle est devenue le Grand Satan, le soutien de l’extrémisme wahhabite, la légion terroriste des armées mercenaires usaméricaines qui se battent pour maintenir le contrôle des réserves de pétrole et de devises du Proche-Orient, la cause du grand exode des réfugiés vers la Turquie, l’Europe et partout ailleurs où elle peut fuir les armes et l’argent fournis par les partisans usaméricains d’Isis, Al-Qaïda en Irak et leurs légions wahhabites saoudiennes alliées.

    L’idéal logique, en principe, serait de détruire la puissance saoudienne. Cette puissance réside dans ses champs de pétrole. Ils ont déjà été attaqués par de modestes bombes yéménites. Si les néoconservateurs usaméricains menacent sérieusement l’Iran, leur réponse serait le bombardement et la destruction en bloc des champs pétroliers saoudiens, ainsi que ceux du Koweït et des cheikhs pétroliers alliés du Proche-Orient. Cela mettrait fin au soutien saoudien aux terroristes wahhabites, ainsi qu’au dollar US.

    Un tel acte serait sans doute coordonné avec un appel aux travailleurs palestiniens et autres travailleurs étrangers en Arabie saoudite pour qu’ils se soulèvent et chassent la monarchie et ses cinq mille princes et consorts.

    Au-delà de l’Arabie Saoudite, l’Iran et les autres partisans d’une rupture diplomatique multilatérale avec l’unilatéralisme néolibéral et néoconservateur USaméricain devraient faire pression sur l’Europe pour qu’elle se retire de l’OTAN, dans la mesure où cette organisation fonctionne principalement comme un outil militaire centré sur les USA de la diplomatie du dollar et du pétrole et donc s’opposer aux politiques de changement climatique et de confrontation militaire qui menacent de faire de l’Europe une partie du maelstrom USaméricain.

    Enfin, que peuvent faire les opposants usaméricains à la guerre pour résister à la tentative néoconservatrice de détruire toute partie du monde qui résiste à l’autocratie néolibérale US ? Cette réponse a été la plus décevante du week-end. Ils s’agit d’un échec. Il n’a pas été utile pour Warren, Buttigieg et d’autres d’accuser Trump d’avoir agi hâtivement sans réfléchir aux conséquences de ses actes. Cette approche évite de reconnaître que son action avait effectivement une justification – de tracer une ligne dans le sable, de dire que oui, l’Amérique VA entrer en guerre, va combattre l’Iran, fera tout pour défendre son contrôle du pétrole du Proche-Orient et pour dicter aux pays de l’OPEP leurs politiques de banques centrales, pour défendre ses légions de l’ISIS comme si toute opposition à cette politique était une attaque contre les USA eux-mêmes.

    Je peux comprendre la réaction émotionnelle ou encore les nouveaux appels à la destitution de Donald Trump. Mais c’est un échec évident, en partie parce qu’il s’agit manifestement d’un geste partisan du Parti démocrate. Plus importante encore est l’accusation fausse et intéressée selon laquelle le président Trump a dépassé les limites qui lui sont imposées par la constitution en commettant un acte de guerre contre l’Iran en assassinant Soleimani.

    Le Congrès a approuvé l’assassinat par Trump et est tout aussi coupable que lui d’avoir approuvé le budget du Pentagone avec la suppression par le Sénat de l’amendement à la loi d’autorisation de la défense nationale de 2019, que Bernie Sanders, Tom Udall et Ro Khanna ont inséré dans la version de la Chambre des représentants, n’autorisant explicitement pas le Pentagone à faire la guerre à l’Iran ou à assassiner ses responsables. Lorsque ce budget a été envoyé au Sénat, la Maison Blanche et le Pentagone (alias le complexe militaro-industriel et les néoconservateurs) ont levé cette contrainte. C’était un fanion rouge annonçant que le Pentagone et la Maison Blanche avaient bien l’intention de faire la guerre à l’Iran et/ou d’assassiner ses responsables. Le Congrès n’a pas eu le courage d’argumenter sur ce point en le mettant au premier plan du débat public.

    Derrière tout cela, il y a la loi du 11 septembre d’inspiration saoudienne qui retire au Congrès le seul pouvoir de faire la guerre – son autorisation de 2002 pour l’utilisation de la force militaire, sortie du tiroir ostensiblement contre Al-Qaïda mais en fait la première étape du long soutien de l’USAmérique au groupe même qui était responsable du 11 septembre, les pirates de l’air saoudiens.

    La question est de savoir comment amener les politiciens du monde – usaméricains, européens et asiatiques – à voir comment la politique du tout ou rien de l’USAmérique menace de nouvelles vagues de guerre, de réfugiés, de perturbation du commerce du pétrole dans le détroit d’Ormuz, et finalement de réchauffement climatique et de dollarisation néolibérale imposée à tous les pays. C’est un signe du peu de pouvoir des Nations Unies qu’aucun pays ne réclame un nouveau procès à la Nuremberg pour crimes de guerre, qu’aucun ne menace de se retirer de l’OTAN ou même d’éviter de détenir des réserves sous forme d’argent prêté au Trésor US pour financer le budget militaire yankee.

    Notes

    [1]https://www.axios.com/trump-to-iraqi-pm-how-about-that-oil-1a31cbfa-f20c-4767-8d18-d518ed9a6543.html . L’article ajoute : « Lors de la réunion de mars, le premier ministre irakien a répondu « Que voulez-vous dire ? » selon la source dans la salle. Et Trump dit : « On a fait beaucoup, on a fait beaucoup là-bas, on a dépensé des trillions là-bas, et beaucoup de gens ont parlé du pétrole. »

    [2] Michael Crowly, « ‘Keep the Oil’ : Trump Revives Charged Slogan for new Syria Troop Mission », The New York Times, 26 octobre 2019. . L’article ajoute :  » ‘J’ai dit de garder le pétrole’, a raconté M. Trump. S’ils vont en Irak, gardez le pétrole. Ils ne l’ont jamais fait. Ils ne l’ont jamais fait. » ↑

    Tlaxcala, 7 jan 2020

    Tags : Etats-Unis, USA, Iran, terrorisme, pétrole,

  • La mort de Qasem Soleimani, un coup dur pour le Hezbollah

    Avec la mort de Qasem Soleimani, le Hezbollah libanais perd un allié précieux et un soutien indéfectible. Hassan Nasrallah promet un « juste châtiment » aux assassins du général iranien

    Par Paul Khalifeh – BEYROUTH, Liban

    La mort du chef de la force al-Qods des Gardiens de la révolution iranienne, le général Qasem Soleimani, tué le vendredi 3 janvier dans un raid américain près de l’aéroport de Bagdad, représente une perte difficile à remplacer pour le Hezbollah libanais.

    Cet officier charismatique de 62 ans, « discret, courtois et à la personnalité imposante », selon un journaliste libanais qui l’a rencontré à plusieurs reprises, était le symbole de la puissance de l’Iran à l’extérieur de ses frontières.

    Proche du guide suprême Ali Khamenei, Qasem Soleimani, qui a rejoint les rangs des Gardiens à l’âge de 22 ans, dirigeait la brigade al-Qods, l’élite de l’élite, depuis 1998.

    Pendant vingt ans, il s’est employé sans relâche à renforcer l’influence de la République islamique au Levant et au Moyen-Orient, en encourageant, facilitant, et soutenant des organisations et des partis devenus au fil des ans des acteurs régionaux de premier plan, intégrés à la stratégie iranienne.

    Le Hezbollah libanais en fait partie, au même titre que le Jihad islamique palestinien, le Hachd al-Chaabi irakien, et le mouvement Ansarallah yéménite.

    L’architecte de la défaite de Daech
    Pour le Hezbollah, Qasem Soleimani était un précieux allié et un soutien indéfectible. Une relation amicale « très spéciale », selon la description qui en est faite par un responsable du Hezbollah, le liait à Hassan Nasrallah, et une célèbre photo montrant les deux hommes avec l’ayatollah Khamenei a fait le tour d’internet.

    Cette source du Hezbollah affirme à Middle East Eye que le général Soleimani est l’architecte de la défaite du groupe État islamique (EI) en Irak et en Syrie.

    C’est avec lui que le parti chiite libanais a établi la stratégie de son intervention aux côtés de l’armée syrienne dès 2013, qui a permis de renverser les rapports de force au bénéfice de Damas, et a abouti à la défaite de l’organisation extrémiste qui contrôlait la moitié du territoire syrien et le tiers de celui de l’Irak.

    Qasem Soleimani était le mentor du chef militaire historique du Hezbollah, Imad Moughniyah, assassiné à Damas en février 2008. Cette relation privilégiée a permis au Hezbollah de profiter des capacités militaires iraniennes sur tous les plans, ce qui lui a permis de construire une force redoutable qui a réussi à chasser l’armée israélienne du Liban en 2000 et à lui tenir tête pendant le conflit de 2006.

    D’ailleurs, lors de l’une de ses rares interviews accordée en octobre dernier à la télévision d’État iranienne, le général avait révélé qu’il était présent au Liban pendant cette guerre, aux côtés des dirigeants du Hezbollah.

    Le chef de la Brigade al-Qods a assuré être resté au Liban pratiquement tout au long de cette guerre de 33 jours. Il a raconté comment, sous les bombardements de l’aviation israélienne sur la banlieue sud de Beyrouth, il avait insisté, avec Imad Moughniyah, pour évacuer Hassan Nasrallah du centre de commandement où il se trouvait.

    Qasem Soleimani a aussi joué un rôle essentiel dans la modernisation et l’équipement du Hezbollah avec des armes sophistiquées, notamment des missiles de longue portée et de haute précision. Ce type d’armes, capables d’atteindre des cibles situées à plusieurs centaines de kilomètres avec une marge d’erreur de 25 mètres, inquiète beaucoup les Israéliens et les Américains.

    Désenclavement du Hezbollah

    Les qualités de stratège de Soleimani ont permis de rétablir le corridor terrestre allant de Beyrouth à Téhéran, en passant par la Syrie et l’Irak, après la reprise du contrôle d’une partie des frontières et l’ouverture du point de passage syro-irakien de Qaïm-Boukamal.

    Cela a permis de briser l’isolement territorial du Hezbollah, qui s’était vu coupé de sa base arrière avec son allié iranien après la prise de contrôle, entre 2012 et 2017, par des groupes rebelles syriens de la frontière syro-libanaise, et par l’EI de la frontière syro-irakienne.

    La mort de Qasem Soleimani est un coup dur, aussi bien pour l’Iran que pour le Hezbollah. L’importance qu’occupait cet homme au sein de l’« axe de la résistance », qui regroupe l’Iran, la Syrie, le Hezbollah et leurs autres alliés extra-étatiques régionaux, transparaît clairement dans le communiqué de condoléances, publié vendredi 3 janvier par Hassan Nasrallah, quelques heures après le raid américain.

    Il qualifie le général iranien de « courageux, intrépide, modèle et père aimant de tous les résistants et les moudjahidine dans la région ».

    « Nous poursuivrons son chemin. Nous agirons nuit et jour pour atteindre ses objectifs. Nous porterons son étendard sur tous les champs de bataille et sur tous les fronts et nous allons intensifier les victoires de l’axe de la résistance », a encore dit le numéro un du Hezbollah.

    Selon lui, « infliger le juste châtiment aux assassins criminels sera la responsabilité et la tâche de tous les résistants et combattants à travers le monde ».

    Hassan Nasrallah laisse clairement entendre que la riposte à l’assassinat de Soleimani pourrait avoir lieu n’importe où et pourrait associer non seulement l’Iran mais aussi ses nombreux alliés régionaux. Le leader du Hezbollah révèlera probablement ses intentions, dimanche 5 janvier, lors d’une intervention télévisée.

    Le Liban officiel a aussi condamné le raid américain. Le ministère des Affaires étrangères a publié un communiqué dénonçant l’attaque américaine et le président de la République a présenté ses condoléances aux dirigeants iraniens et irakiens.

    Les Libanais, soumis à de fortes pressions économiques et financières, attendent la formation d’un nouveau gouvernement, capable de freiner l’effondrement en cours. « Avec l’assassinat de Soleimani, je crains de voir nos derniers espoirs disparaître, surtout si le Liban est entraîné dans un vaste conflit régional », affirme Tony, un père de famille qui a perdu son emploi à cause de la crise actuelle.

    Middle Eats Eye, 3 jan 2020

    Tags : Iran, Etats-Unis, Donald Trump, Hezbollah,