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  • Un Maroc de façade

    par Alain Gresh, 3 juillet 2007
    Le Monde diplomatiqueUn Maroc de façade↑
    Lockerbie, une erreur judiciaire ?

    C’est le 21 décembre 1988 qu’un Boeing du vol Pan Am 103 s’écrase au-dessus du village écossais de Lockerbie, faisant 270 morts. Bien que plusieurs autres pistes aient été évoquées, notamment celle de la Syrie, des groupes palestiniens, de l’Iran, c’est finalement la Libye qui sera visée par une longue enquête pleine de rebondissements. Deux suspects libyens seront livrés en avril 1999 à la justice écossaise pour jugement (ce qui permettra au colonel Kadhafi un retour sur la scène internationale et un allègement des sanctions prises contre lui par les Nations unies). Le 31 janvier 2001, un des suspects est condamné à la prison à vie, l’autre est acquitté.

    Dans un texte de Jean-Pierre Langellier, son correspondant à Londres, et intitulé « Unique condamné pour l’attentat de Lockerbie, Al-Megrahi est autorisé à refaire appel, » Le Monde explique : « Ancien agent des services secrets libyens, Abdel Basset Ali Al-Megrahi, 55 ans, « pourrait avoir été victime d’une erreur judiciaire », a estimé une commission indépendante écossaise, sur la base d’éléments nouveaux recueillis pendant trois ans d’enquête. »

    « Dans leur rapport, les huit membres de la Commission pour l’examen des affaires criminelles estiment que « certaines des choses (…) découvertes pourraient signifier que le condamné est innocent, certaines qu’il est coupable », mais « c’est à un tribunal d’en décider ». »

    « L’affaire est donc renvoyée à la cour d’appel d’Edimbourg. Trois de ses juges examineront le rapport lors d’une procédure pouvant durer jusqu’à un an. La cour aura à choisir entre rejeter l’appel, ordonner un nouveau procès ou libérer le condamné. Al-Megrahi, détenu près de Glasgow, a toujours clamé son innocence. »

    En conclusion, Langellier écrit : « Dans une lettre adressée à l’ONU en août 2003, la Libye a reconnu sa responsabilité dans l’attentat. Elle a signé peu après avec Londres et Washington un accord d’indemnisation des victimes – portant sur 2, 7 milliards de dollars – qui a permis la levée des sanctions imposées à Tripoli par l’ONU et les Etats-Unis. »

    Rappelons que Pierre Péan, dans son livre Manipulations africaines (Plon, 2001), avait contesté la crédibilité de la piste libyenne. On pourra lire des extraits de ses thèses dans « Les preuves trafiquées du terrorisme libyen », Le Monde diplomatique, mars 2001. On notera le rôle du juge Bruguière, celui-là même qui a mordu la poussière lors des élections législatives de juin 2007 (sous la bannière de l’UMP).

    Gaza, la Palestine et l’Arabie saoudite

    Alors même que Mahmoud Abbas multiplie les déclarations intransigeantes concernant un éventuel dialogue avec le Hamas, l’Arabie saoudite, qui a parrainé les accords de La Mecque, semble développer une autre stratégie. Lors de sa tournée au Proche-Orient (après son voyage en France et en Europe), le roi Abdallah devait rencontrer Abbas à Amman. Cette rencontre a été annulée ,et la presse de la région donne comme explication le mécontentement du roi devant le refus obstiné d’Abbas d’explorer la voie du dialogue national. De plus, le président Moubarak, inquiet de la situation à Gaza, serait sur la même longueur d’onde que le souverain saoudien.

    D’autre part, Le Monde diplomatique de juillet publie un article que j’ai écrit sur la crise actuelle en Palestine, intitulé « Comment le monde a enterré la Palestine », dont vous aurez un aperçu sur notre site, mais pour le lire intégralement il faut acheter le journal 🙂

    A ceux qui douteraient encore que la création d’un gouvernement d’urgence par Abbas créerait les conditions d’une avancée de la paix, je conseille la lecture de l’analyse de Yezid Sayigh, « Hamas coup in Gaza », publiée par The International Institute for Strategic Studies, Londres.

    Un Maroc de façade

    Le Comité pour la protection des journalistes publie le un rapport accablant intitulé joliment Un Maroc de façade, signé de Joel Campagna et Kamel Labidi. Ce texte existe aussi en anglais et en arabe.

    En voici quelques extraits.

    (…) « Ce printemps, des responsables du gouvernement ont commencé à parler d’amendements au Code de la presse et de l’édition, appelant à la création d’un conseil national de la presse ayant le pouvoir de priver de publicité et d’interdire des journalistes pour de prétendues violations des règles déontologiques. Le projet de révision ne touche pas aux actuelles interdictions formulées en termes vagues sur le manque de respect à la monarchie, à l’islam, et sur la diffamation envers les institutions de l’Etat comme l’armée et l’appareil judiciaire. S’il limite le nombre d’infractions pouvant conduire un journaliste en prison, le projet de loi augmente cependant les amendes maximales pour des violations présumées de la loi. »

    « En réaction à ces tendances inquiétantes, le CPJ a envoyé une délégation à Rabat et à Casablanca, qui a passé dix jours à rencontrer des journalistes marocains et des membres du gouvernement, enquêter sur les restrictions faites aux médias, évaluer leur impact, et exprimer leur inquiétude aux autorités. S’il se vante d’avoir une presse écrite vivante, estime le CPJ, le Maroc a fini par compter sur un système feutré de contrôle judiciaire et financier pour continuer à tenir sous surveillance les journalistes entreprenants. Le bilan montre que les conditions de la liberté de la presse sont loin de la reluisante version fournie par les autorités et par beaucoup de journalistes. »

    (…) « Mais malgré un soi-disant régime parlementaire et une société civile dynamique, le pouvoir réel demeure fermement entre les mains du roi et du makhzen, un cabinet fantôme composé principalement de représentants du Palais, de dirigeants de l’appareil de sécurité et de l’armée, qui agissent en sous-main et donnent les principales orientations. Les critiques du régime disent que le roi et un petit groupe de proches collaborateurs accumulent le pouvoir plutôt qu’ils ne le libèrent, comme l’exigerait une vraie démocratie. La menace grandissante du terrorisme a aggravé les choses. Plusieurs attaques-suicides ont secoué Casablanca le 16 mai 2003, tuant 44 personnes. D’autres attaques, de plus faible ampleur, ont eu lieu depuis. Cet extrémisme violent combiné à un mouvement islamiste croissant a maintenu le Palais sur les dents et a peut-être poussé certains Marocains à vouloir donner la priorité à la sécurité sur les libertés publiques. »

    Diffférents moyens sont utilisés pour faire pression contre la presse, notamment les tribunaux qui condamnent les journaux à de lourdes peines. La publicité est un autre « argument ».

    « L’usage par les autorités de la publicité en guise de récompense ou de punition est un autre outil effectif. Selon de nombreux journalistes, compagnies d’Etat et agences gouvernementales privent les journaux critiques de ressources publicitaires cruciales. »

    « Les compagnies privées proches du roi et du gouvernement ont aussi retiré leurs annonces de journaux ayant eu une prise de bec avec le gouvernement. Quand Le Journal a été provisoirement interdit en 2000, le magazine a perdu 80 % de ses publicités, selon Jamaï. L’éditeur de Al-Ousbouiya Al-Jadida, Abdelaziz Koukas, note que son hebdomadaire indépendant gagnait auparavant environ 100 000 dirhams (12 000 $) par mois en recettes publicitaires mais que, depuis qu’il a été accusé d’offense au roi pour avoir publié, en 2005, un entretien avec Nadia Yassine, fille du dirigeant islamiste Abdel Salam Yassine, il n’a perçu qu’un total de 250 000 dirhams (30 000 $) en publicité. De grandes compagnies comme Royal Air Maroc, ONA et Meditel ont toutes arrêté d’acheter des espaces publicitaires, dit-il. »

    « La disparité des recettes publicitaires entre publications indépendantes et progouvernementales est évidente. Des journaux soutenant le régime, comme les quotidiens Aujourd’hui le Maroc et Le Matin, sont remplis de pages de publicité. « Dans Le Matin, il n’y a pas une page sans publicité », observe Anouzla en feuilletant l’édition du 2 avril. »

    En conclusion, les auteurs du rapport écrivent :

    « En dépit de l’amélioration par rapport aux années 1990, le CPJ conclut que la liberté de la presse a régressé notablement au cours des cinq dernières années. Malgré les progrès du Maroc, il reste encore beaucoup à faire dans un pays qui se décrit lui-même comme une monarchie constitutionnelle. »

    « Huit ans après le début du règne du roi Mohammed, les dirigeants marocains doivent joindre les actes à la parole afin de démontrer leur engagement public en faveur de la démocratisation et de la liberté de la presse. La loi sur la presse actuellement en révision fournit une occasion propice à l’abolition de mesures qui permettent au Maroc d’emprisonner ou d’interdire des journalistes de la même manière que ce qui se passe dans d’autres pays arabes, présentés comme beaucoup plus répressifs. Une réforme judiciaire est nécessaire pour éliminer les poursuites à caractère politique et les coups bas. Car enfin, quand des juges rendent des verdicts alors que la défense ne se trouve pas dans le prétoire, le soutien déclaré du Maroc à la modération et à l’Etat de droit ne peut que sonner creux. »

    Alain Gresh

    Le Monde diplomatique, 3 juillet 2007

    Tags : Maroc, Makhzen, réformes, Etat de droit, démocratie, répression, libertés, expression, presse, journaux, journalistes,

  • Maroc : La DGED semble avoir piraté le courrier de Léa-Lisa Westerhoff

    Pr si Morad
    Pg émission Lea-elections : Safi

    Subject: Tr: Lea Lisa Westerhoff Skype details for Focus 24/11
    Date: Wed, 23 Nov 2011 19:36:57 +0100
    From: kkaraoui@france24.com
    To: bamine4@hotmail.com

    De : THOMPSON Mark
    À : Grp_matinale; Grp_focus
    Envoyé : Wed Nov 23 19:23:51 2011
    Objet : Lea Lisa Westerhoff Skype details for Focus 24/11

    De : westerhoff lea-lisa [mailto:lea_westerhoff@yahoo.fr]
    Envoyé : mercredi 23 novembre 2011 19:01
    À : THOMPSON Mark
    Objet : RE: Re : (OK pour SKYPE ou TEL) Confirmation programmation FOCUSMatindu jeudi 24 novembre -MAROC/ (pre-elex 25) Safi, la ville delacontestation.

    Hi Mark;

    Sorry I was « en tournage » the whole afternoon.

    My skype ID is lealisa2990

    and I’ll be in Casablanca.

    Talk to you tomorrow morning!

    ll

    Léa-Lisa Westerhoff
    Correspondante au Maroc
    Maroc: +212 654 79 47 67
    France:+336 69 72 08 32

    — En date de : Mer 23.11.11, THOMPSON Mark <mthompson@france24.com> a écrit :</mthompson@france24.com>

    De: THOMPSON Mark <mthompson@france24.com>
    Objet: RE: Re : (OK pour SKYPE ou TEL) Confirmation programmation FOCUS Matindu jeudi 24 novembre -MAROC/ (pre-elex 25) Safi, la ville de lacontestation.
    À: « westerhoff lea-lisa » <lea_westerhoff@yahoo.fr>
    Date: Mercredi 23 novembre 2011, 16h35</lea_westerhoff@yahoo.fr></mthompson@france24.com>

    Hi Lea – along with your Skype ID could you please let us know which city you’re going to be in?

    Merci,

    Mark.

    De : westerhoff lea-lisa [mailto:lea_westerhoff@yahoo.fr]
    Envoyé : mercredi 23 novembre 2011 13:01
    À : LOVETT Patrick
    Cc : Grp_focus
    Objet : Re : (OK pour SKYPE ou TEL) Confirmation programmation FOCUS Matindu jeudi 24 novembre -MAROC/ (pre-elex 25) Safi, la ville de lacontestation.

    Bonjour Patrick,

    Revoici mon script en français sans les annotations qui traînaient à la fin.
    Serait-il possible de parler au présentateur ou d’avoir un mail pour voir quelles seraient les questions qui les intéressent demain pour le Q/R?

    Merci beaucoup

    Léa-Lisa Westerhoff
    Correspondante au Maroc
    Maroc: +212 654 79 47 67
    France :+336 69 72 08 32

    — En date de : Mar 22.11.11, LOVETT Patrick <plovett@france24.com> a écrit :</plovett@france24.com>

    De: LOVETT Patrick <plovett@france24.com> Objet: (OK pour SKYPE ou TEL) Confirmation programmation FOCUS Matin du jeudi 24 novembre -MAROC/ (pre-elex 25) Safi , la ville de la contestation.
    À: « westerhoff lea-lisa » <lea_westerhoff@yahoo.fr>
    Cc: « Grp_focus » <grp_focus@france24.com>
    Date: Mardi 22 novembre 2011, 12h55</grp_focus@france24.com></lea_westerhoff@yahoo.fr></plovett@france24.com>

    Faisons cela: si tu penses que ta connexion internet est solide, nous te prendrons par SKYPE dans les 2 langues, tu commenceras côté FR, poursuivra côté EN – merci de nous donner ton identifiant Skype. Nos collègues de la PROD feront un test de ta connexion SKYPE, une dizaine de minutes avant ton intervention. Soit donc en standby vers 06h50 heure de Paris.

    En cas de problème technique nous ferons cela par TEL dans le même ordre.

    Merci !

    Patrick

    0033 1 73 01 54 27

    De : westerhoff lea-lisa [mailto:lea_westerhoff@yahoo.fr]
    Envoyé : mardi 22 novembre 2011 12:35
    À : LOVETT Patrick
    Cc : jmlemaire; Grp_focus
    Objet : Re : Confirmation programmation FOCUS Matin du jeudi 24 novembre -MAROC/ (pre-elex 25) Safi, la ville de la contestation.

    Rebonjour Patrick,

    Je vous confirme que je ferais le téléphone dans les deux langues.

    Pour que vous n’ayez pas besoin de décaler la diffusion du Focus, serait-il possible de préenregistrer l’un des deux Q/R en français ou en anglais, la veille?

    Tenez moi au courant

    Léa-Lisa Westerhoff
    Correspondante au Maroc
    Maroc: +212 654 79 47 67
    France :+336 69 72 08 32

    — En date de : Lun 21.11.11, LOVETT Patrick <plovett@france24.com> a écrit :</plovett@france24.com>

    De: LOVETT Patrick <plovett@france24.com> Objet: Confirmation programmation FOCUS Matin du jeudi 24 novembre – MAROC/ (pre-elex 25) Safi , la ville de la contestation.
    À: lea_westerhoff@yahoo.fr
    Cc: « jmlemaire » <worldwide.report@yahoo.fr>, « Grp_focus » <grp_focus@france24.com>
    Date: Lundi 21 novembre 2011, 16h09</grp_focus@france24.com></worldwide.report@yahoo.fr></plovett@france24.com>

    Bonjour Léa-Lisa, bonjour Jean-Marie,

    Je vous confirme que nous diffuserons votre reportage « MAROC/ (pre-elex 25) Safi, la ville de la contestation » en FOCUS Matin du jeudi 24 novembre (07h15 heure de Paris).

    Pouvez-vous me confirmer ces informations :

    Intervention de Jean-Marie en commentaire de reportage – antenne FR : par TEL (ou SKYPE ? – si oui merci de nous donner votre identifiant SKYPE)

    Intervention de Léa-Lisa, idem, antenne EN : par TEL (ou SKYPE ? – idem)

    Je vous enverrai mercredi un e-mail vous mettant en relation avec les présentateurs du FOCUS Matin du lendemain, ceci afin de préparer les 5minutes de discussion d’après-reportage.

    Idéalement vous nous livrerez le reportage en 2 langues, mercredi à la mi-journée.

    Bon courage et à très vite !

    Patrick

    0033 1 73 01 54 27

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    Tags : Maroc, Léa-Lisa Westerhoff, France24, presse, journalistes,

  • Les martyrs de la liberté d’expression algériens ont été tués d’abord par le GIA et ensuite par ses soutiens parisiens

    L’hommage rendu cette année aux 123 journalistes et intellectuels algériens massacrés par l’hydre terroriste dans la décennie noire revêt une signification particulière.

    Car cette série d’assassinats annoncés, revendiqués et perpétrés par des groupes de psychopathes qui tournaient dans le giron du GIA, n’avait pas suscité à l’époque la moindre compassion et indignation de la part de ceux qui s’érigent aujourd’hui comme les gardiens autoproclamés de la liberté d’expression après l’ignoble carnage du 7 janvier dernier au cœur de Paris contre la rédaction de l’hebdomadaire satirique Charlie Hebdo.

    Pourtant l’idéologie qui a armé les bras des assassins de Paris était la même que celle qui avait armé les bras des assassins des 123 journalistes, intellectuels et employés de presse algériens entre 1993 et 1997.

    Comble de l’ignominie : il s’est trouvé à l’époque dans les rédactions parisiennes des plumitifs et des mercenaires acquis aux thèses des assassins pour semer la suspicion et véhiculer l’abjecte thèse de «qui tue qui».

    Ainsi les martyrs de la liberté de l’expression algériens ont été tués doublement : d’abord par les assassins du GIA et ensuite par leurs soutiens parisiens dont on apprend aujourd’hui avec stupéfaction, à la lumière des révélations de Chris Coleman, que ces plumitifs français étaient payés pour véhiculer de tels mensonges.

    Pourtant les assassins avançaient hier à visage découvert, exactement comme les assassins des journalistes parisiens aujourd’hui.

    Comme l’a souligné le journal l’Humanité, l’un des rares médias français à ne pas se laisser entraîner dans cette désinformation obscène, Reporters sans frontières, alors dirigé par le triste Robert Ménard, mais aussi certains journaux (ils se reconnaîtront) mettaient insidieusement les assassinats des journalistes au compte des services algériens qui manipulaient les groupes islamistes !

    Pire, pour se donner bonne conscience, ils parlaient de «sale guerre» et insinuaient que derrière chaque journaliste algérien se tenait un «flic», justifiant par anticipation les assassinats à venir.

    Pourtant, ces meurtres avaient été revendiqués par les islamistes à travers leurs organes (Minbar al-Djoumou’â, Feth el Moubine, al-Ansar, Etbcira) mais aussi par leurs dirigeants comme Anouar Haddam, Omar Chikhi (aujourd’hui amnistié par le régime) et par le Fida (Front islamique du djihad armé), une organisation agissant sous le contrôle du GIA, spécialisée dans les assassinats de journalistes, de militants progressistes et d’intellectuels. «Il n’est pire aveugle que celui qui ne veut pas voir.

    Si nombreux sont aujourd’hui ceux qui commencent à ouvrir les yeux, force est de constater que l’aveuglement volontaire, car idéologique, de certaines de nos élites politiques et intellectuelles, a encore de beaux jours devant lui.
    Certes, Bernard Emié, l’ambassadeur de France en Algérie, a eu le courage, la lucidité et l’honnêteté, dans son hommage aux victimes de l’attentat à Paris contre Charlie Hebdo, de ne pas oublier les victimes algériennes : «Mais je veux dire aussi que nous n’oublions pas non plus le très lourd tribut qu’ont payé les journalistes algériens dont près de 120 ont été tués pendant la décennie noire. Nous saluons aussi leur mémoire aujourd’hui.»

    Force cependant de constater que jusqu’ici cette position n’était pas celle, dominante à Paris, où, au nom de la défense de la démocratie en Libye et maintenant en Syrie, on continue de soutenir une pseudo opposition «modérée» qui n’existe que dans leur imagination, une opposition qui non seulement tue entre autres des intellectuels, mais aussi détruit des monuments érigés à la mémoire des grands symboles de l’Islam des lumières.

    Je veux parler de la décapitation en février 2013 par les terroristes de Jabhat al-Nosra (branche officielle d’al-Qaïda en Syrie) de la statue du poète-philosophe Abou al-Ala’ al-Maari, dans son mausolée érigé à sa mémoire par l’Etat syrien dans sa ville natale Maarrat al-Nou’man.

    Or, trois mois avant cette «décapitation», Laurent Fabius louait, avec son homologue saoudien Saoud al-Fayçal, depuis Marrakech où se tenait la conférences des mal nommés «amis du peuple syrien», en ces termes l’action de cette organisation terroriste : «al-Nosra fait du bon boulot.»
    Il y a quelques jours encore, on apprend par l’agence de presse tunisienne TAP (gouvernementale) que des intégristes «ont décapité la statue érigée à la mémoire du leader et réformateur fervent défenseur des droits de la femme, Tahar Haddad, auteur du livre-manifeste «Notre femme dans la loi et dans la société» dans sa ville d’El Hamma à Gabès.

    «C’est pour que ces psychopathes surgis des profondeurs du Moyen-Âge, que les journalistes et intellectuels algériens ont payé de leur vie. Pour une certaine idée de la liberté, du progrès, de la modernité et surtout pour l’avènement d’un Islam des lumières. Un Islam que ces assassins et leurs mentors voulaient justement empêcher. J’ai toujours présent à l’esprit, au moment où l’Algérie et derrière elles tous les libres penseurs du monde, rend hommage aux martyrs de la liberté de l’expression, cette leçon de courage administrée par Tahar Djaout, journaliste et écrivain algérien assassiné par le Front islamique du salut en 1993 : «Le silence, c’est la mort, et toi, si tu te tais, tu meurs. Et si tu parles, tu meurs. Alors dis et meurs.»
    Madjed Nehmé (Directeur du magazine français Afrique Asie)

    Source

    Tags : France, Algérie, Maroc, Lobby, décennie noire, journalistes, presse, GIA, terrorisme,

  • Maroc : Le Makhzen impose la camisole de force

    AFFAIRE HAJAR RAISSOUNI ; ENCORE UNE AFFAIRE QUI PUE

    Par Abdelhak Serhane ( extraits)

    « Ce n’est pas parce que le chant de l’oiseau nous déplaît qu’on le tue pour autant. » Proverbe africain

    « La censure, c’est le rasoir gigantesque rasant au niveau du médiocre toute tête qui dépasse ! La censure, c’est la camisole de force imposée au vital. » Claude Gauvreau

    J’ai compris la dérive autoritaire du makhzen dès 2003 avec le procès ubuesque du journaliste Ali Lmrabet condamné à 4 ans d’emprisonnement, 10 ans d’interdiction d’exercer et fermeture de son journal Demain pour une sombre et risible histoire de « ammariya » dans un montage photos où l’on voit Driss Basri, ex-premier flic du royaume, porté en marié par les membres du gouvernement Youssoufi. Après une longue grève de la faim, sa santé était entrée dans une phase critique et il risquait d’y laisser la vie. J’ai cru de mon devoir d’alerter le roi sur cette situation dramatique et je terminais, dans ces termes, ma lettre ouverte au roi publiée dans Le Journal: « A l’heure où je vous adresse cette lettre, il est peut-être déjà trop tard pour la santé du journaliste. Mais un geste de votre part pour préserver sa vie et, à travers elle, protéger la liberté, permettra au pays de renouer avec l’espoir du début de votre règne. L’homme éclairé est celui qui fait preuve de sagesse quand les autres ont perdu toute mesure. Le brave, celui qui comprend et sait pardonner car Dieu lui-même n’est-il pas clément et miséricordieux ? » La suite ne mérite aucun commentaire.

    A partir de ce moment, le feuilleton des pressions sur les journalistes n’en finit plus d’apporter son lot de ridicule à chaque épisode : intimidation, pressions, arrestations, procès, condamnations à des sommes exorbitantes dans une mise en scène confondante, des scénarios similaires et déprimants, écrits par de piètres auteurs, des dialogues dérisoires, des comparses d’un autre âge. C’est la projection permanente d’un numéro de cirque sur la scène d’un théâtre social devenu amorphe, sans intérêt pour la cause publique, uniquement obnubilé par sa survie, l’esprit verrouillé par la peur et la lâcheté. Après Lmrabet, nous en avons mené, des combats à ras des pâquerettes, comme pour le procès du groupe musical casablancais accusé de satanisme par des juges débiles. Le tour des journalistes indépendants est vite arrivé. Le premier fut Boubker Jamaï et Le Journal, condamné à disparaître à cause de sa ligne éditoriale qui refusait de prêter allégeance au Pouvoir. D’autres vont suivre ; Anouzla, puis le summum de la dérivation d’une justice aveugle est atteint avec le procès d’El Mahdaoui et après lui Bouachrine. Nous savons que l’objectif de ces procès est de détourner l’opinion publique des vrais problèmes, l’engluer dans des débats stériles. Sacrifiant les partis politiques, les syndicats, les élus, la presse, la Justice, le makhzen a fait le vide dans le pays. Les forces vives ne parlent plus et quand elles parlent, elles ne sont pas écoutées. Le reste de la populace occupe ses jours à blablater, à manifester pour des causes futiles, réussissant ce tour de force, on ne discute plus de essentiel ; la redistribution équitable des richesses du pays, la fuite des capitaux, l’or et les minerais, qu’on oublie la corruption, l’enseignement public de nos enfants, la santé, l’État de droit, la dignité, la justice sociale… ce que le mouvement du 20 Février revendiquait avec un peuple dans la rue, lâché par les forces politiques et abandonné indignement par le PJD qui est monté sur le dos des Marocains, sur leur ignorance, leur pauvreté, leur foi en un parti sans foi ni loi. Puis, le temps des règlements de comptes est arrivé. L’État a renforcé et modernisé son arsenal sécuritaire, la bastonnade n’a jamais aussi bien fonctionné que depuis l’avènement du PJD avec Hassad comme ministre de l’intérieur. Les prisons se sont remplies de coupables mais surtout d’innocents, ceux qui ouvrent leur gueule pour réclamer une part de soleil sous le ciel de leur pays. Les libertés n’ont cessé d’être réduites, les mêmes libertés pourtant protégées par la Constitution dont l’article 25 précise que « sont garanties les libertés de pensée, d’opinion et d’expression sous toutes ses formes. Sont garanties les libertés de création, de publication et d’exposition en matière littéraire et artistique et de recherche scientifique et technique. » Où on est-on de cette belle déclaration ? Aucun effet sur le terrain de la réalité quotidienne. Liberté de création, de publication en matière littéraire !!! Mon roman L’Homme qui marche sur les fesses est censuré, publié au temps de Benkirane en tant que chef de gouvernement est censuré. Voici sous quelle genre de liberté on crée, on publie, on pense, on s’exprime et le système écoute et respecte ses créateurs, ses penseurs, ses chercheurs… Mehdi Medjra est décédé dans l’indifférence des autorités, ostracisé pendant les dernières années de sa vie. Et je ne parle pas de Bziz interdit depuis l’époque de Driss Basri, et… et…

    Le cas Hajar Raissouni est un cas qui restera dans les annales de l’Histoire de notre pays comme la dérive autoritaire la plus improbable. Encore une affaire qui pue et qui humilie tout un peuple devant les grands et les petits, ceux qui valent quelque chose et ceux qui ne valent rien, et comme dit Paul Valéry, « l’esprit politique finit toujours par être contraint de falsifier ». Cette affaire biscornue nous ramène à cette réalité amère ; nous autres citoyens, nous vivons tous en liberté provisoire à cause d’un système qui a perdu le sens des réalités. Nos dirigeants sont-ils des gérants d’entreprise, des agents d’un pays ennemi ou des extraterrestres qui ne partagent rien avec nous et dont on ne sait pas, nous autres serviteurs, ni la logique de leur politique envers nous, encore moins la logique de leurs accusations contre nous, leurs jugements, leur mépris pour nous. Hajar arrêtée avec légèreté et précipitation, dans la rue, en compagnie de son fiancé. Son crime ? Être sortie d’un cabinet gynécologique. Avortement clandestin ! crient les autorités. Sacrilège renchérissent les petits soldats à la solde du makhzen et les boutiquiers des mosquées. Toute une cabale contre le corps d’une femme, contre son intimité, contre sa personne, contre son identité de femme, contre son sexe ! C’est l’inquisition dans sa forme la plus abjecte, la mise à mort de la liberté d’être des femmes, de toutes les femmes, de leur possibilité de décider ce qui est bien pour elles et ce qui ne l’est pas. Nous n’avons encore jamais vu ça. Le corps de chaque femme, de chaque enfant, de chaque individu est sacré, souverain, affranchi, autonome, puisque Dieu lui-même l’a créé ainsi. Alors que la Constitution de 2011 nous chante une berceuse sur les libertés inviolables dont l’article 22 fanfaronne qu’« il ne peut être porté atteinte à l’intégrité physique ou morale de quiconque, en quelque circonstance que ce soit et par quelque personne que ce soit, privée ou publique. Nul ne doit infliger à autrui, sous quelque prétexte que ce soit, des traitements cruels, inhumains, dégradants ou portants atteinte à la dignité. La pratique de la torture, sous toutes ses formes et par quiconque, est un crime puni par la loi. » La réalité c’est que le système ne respecte plus la liberté ni l’intimité ni la vie ni le corps des citoyens, ni plus rien. Hajar a été brutalisée par la police, contrainte comme une criminelle recherchée de longue date, obligée de retourner dans le cabinet médical pour un réexamen de ses parties génitales, et deux fois pas une, une fois dans la même clinique et la seconde à l’hôpital Avicenne. Deux expertises rejettent l’existence des traces d’une quelconque fausse couche. Malgré l’avis des médecins spécialistes, les flics, plus connaisseurs et mieux instruits que les gynécologues, concluent à un avortement. Et les autorités disent c’est une coïncidence, nous menons une campagne de lutte contre les avortements clandestins ! Il y a environ 200.000 avortements par an au Maroc. Un nombre considérable de jeunes femmes est décédée sur la table d’opération de certains médecins sans que des poursuites judiciaires soient entamées contre les auteurs de ces crimes. Mais on criminalise les victimes. Et la coïncidence fait qu’une seule femme soit concernée par cette campagne. Et il a fallu que ça tombe sur Hajar Raissouni. Et elle est concernée à plus d’un titre ; elle est, par hasard, journaliste à Akhbar Al Yaoum. Et comme par hasard, elle est journaliste indépendante qui soutient le peuple dans ses revendications légitimes, en particulier le hirak du Rif. Le hasard ne s’arrête pas là, son oncle est l’islamiste qu’il est, l’un des idéologues les plus influents du MUR (je ne partage nullement ses thèses ni ses analyses), Et le hasard fait mal les choses pour Hajar puisque son autre oncle est le rédacteur en chef d’Akhbar Al Yaoum. Et le bouquet du hasard c’est qu’à travers cette femme, on punit l’idéologie que défend Ahmed Raïssouni, rétrograde et conservateur à mon goût … Mais Hajar, ses écrits, ses idées, ses prises de position n’ont rien à voir dans ces histoires. La Constitution, en principe, protège son métier de journaliste comme elle protège l’intégrité de la personne.

    On voit comment la liberté, la vérité, la justice, le droit… sont traités dans ce pays. Dès que quelqu’un ouvre son bec, ne serait-ce que pour respirer, on lui colle une sale affaire et on le fout au trou. (Les prétextes sont prêts, la police est qualifiée pour faire signer les procès verbaux à n’importe qui, les témoins sont nombreux, les juges attendent un coup de téléphone pour exécuter les ordres et prononcer les sentences !) Une véritable question se pose à notre Constitution et à nos lois. Où en est-on des belles déclarations sur la justice et le respect des droits de l’homme dans notre pays. Ne sont-ils que des embellissements de façade sans effet notoire sur la vie des populations dans le quotidien ?

    Quelle étourderie et quel camouflet pour le système qui se ridiculise chaque semaine avec une boule puante. Chaque semaine une nouvelle affaire qui fait du Maroc la risée du monde. Pourtant, ce même système débourse des millions d’Euros et autres devises chaque année aux mercenaires de la plume et des moyens de communication pour briquer sa façade et occulter l’envers du décors. Une affaire comme celle de Hajar renvoie du pays une mauvaise image, le range parmi les États les moins respectueux des droits et des libertés. L’ornement extérieur s’écaille à chaque scandale et le pays reçoit des coups de fouet de partout. Au moment où le monde est mobilisé dénonce les violences faites aux femmes les télévisions étrangères ont eu du blé à moudre avec le cas Hajar. Le pays s’en est trouvé, une fois de plus, malmené, critiqué à tort et à raison, amoindri et son image amochée, de la Chine aux Etats Unis, des pays arabes frères à l’Europe (les médias indépendants français ont été les plus virulents), tous ont repris en boucle cette sale affaire. Je me demande si les opérateurs de ce fiasco sont satisfaits que l’affaire soit débattue sur les plateaux de télévisions de nombreux pays et sont satisfaits de la réputation qu’ils véhiculent sur notre système de gouvernance. Le monde n’est pas aveugle et le Maroc n’avait pas besoin d’une énième mauvaise blague, d’un énième scénario qui pue le coup monté (un coup tordu !), d’un énième procès stupide, d’une énième trique offerte aux adversaires (et même aux amis !) pour nous châtier.

    Le corps d’une femme ne regarde qu’elle. Le corps d’une femme (comme celui d’un homme d’ailleurs) n’appartient qu’à elle et à elle seule. Il n’est pas la propriété privée du mari, de la famille ou de la communauté. Il n’appartient pas à l’État, au système qui gouverne, à la police, aux juges, aux moqadems ou autres. Il ne concerne en rien les faux marchands de paradis et autres donneurs de leçons de morale, dispensateurs de vertus archaïques et des fatwas triviaux. Le cas Hajar n’est pas un cas anodin, c’est notre cas à tous. Il s’agit de notre liberté en tant que personne. Nous avons des mères, des épouses, des filles, des sœurs, des cousines… et nous avons notre corps propre que les autorités se permettent d’arrêter, de séquestrer, de torturer, de jeter en prison pour n’importe quel prétexte pour nous punir de nos rêves et de nos pensées. Nous punir pour ce que nous voulons être ; des citoyens affranchis, fiers, estimés. Vous êtes en désaccord avec un flic, il jette sa casquette à terre après vous avoir bien rossé, crie à l’agression d’un agent d’autorité pendant l’exercice de ses fonctions, on vous charge dans un panier à salade et vous passez devant un juge qui vous condamne séance tenante, bien entendu, vous passez d’abord par la case commissariat où des brutes frustrés se défoulent sur vous.

    La presse de caniveau, les télévisons à la solde du makhzen, les réseaux sociaux mobilisés comme des mouches à viande pour l’injure et le dénigrement de quiconque dit une parole de vérité, ont médiatisé à volonté l’image de Hajar pour la salir aux yeux de l’opinion publique. Il ne faut pas oublier les autres, sans doute considérés comme des dommages collatéraux ; le chirurgien obstétricien (décoré d’un Wissam !), l’anesthésiste, l’infirmière, la secrétaire et le fiancé. Ça fait beaucoup de monde pour un saignement ou un avortement et c’est cher payé pour une femme de se faire soigner chez un gynécologue dont le métier est devenu risqué… Tout cet acharnement se déroule dans un silence avilissant, coupable du ministre dit des droits de l’homme et des libertés publiques, du Syndicat national de la presse et du Conseil national des Journalistes. Et je me demande, quelle est l’utilité de ces trois instances si elles sont dans l’incapacité de défendre le droit contre l’arbitraire.

    La citoyenneté est le sentiment de l’individu d’appartenir à une terre, une nation, un territoire, une communauté, une identité. C’est un contrat d’allégeance entre le sujet et le terroir auquel il appartient dans un partage équitable de droits et d’obligations. J’attends du pays qui m’a vu naître qu’il m’offre sécurité, liberté, justice, respect, éducation, soins, un toit, du travail pour que je vive dans la dignité, autrement ce n’est plus mon pays. Et le pays qui ne respecte pas les valeurs de ma citoyenneté n’est pas un pays viable et je ne veux pas lui appartenir. Un pays qui ne considère pas ses femmes, les traite comme des êtres inférieurs ne peut pas progresser. Une nation qui dédaigne sa jeunesse et la jette dans les bras du désespoir ne peut jamais décoller. Un État qui ne respecte les termes de sa Constitution, n’honore pas ses obligations envers ses citoyens, foule aux pieds les droits de l’homme, utilise ses juges selon son humeur n’est pas un État démocratique. Un État frileux devant un article de journal ou une parole de vérité n’est pas un État stable et, condamné à toutes les dérives, il risque de connaître des troubles et d’autres manifestations en réaction à la répression. Comment l’individu peut-il se sentir citoyen à part entière dans un pays où il a peur de parler, où les mouchards le guettent partout, même dans son téléphone, où un mot de travers, un coup de colère peut l’envoyer en taule ? Quel citoyen prépare-t-on pour un État qui le juge coupable avant même qu’il ait commis la moindre infraction ? Quel citoyen obtient un système qui lâche sur lui ses forces de l’ordre pour lui fracasser le crâne dès qu’il exprime pacifiquement son malaise ?

    Aucun pays ne se développe avec des autoroutes, des marinas, des trains à grande vitesse, des festivals, des tours, des lampadaires à longueur d’avenues fleuries, des palmiers partout, du gazon, des malls, des immeubles, des hôtels de luxe… si sa population est à la casse. C’est utile, c’’est sûr mais nous avons d’autres priorités. Et il y a urgence à régler ces priorités. L’école et la santé publiques, la justice, le travail pour ces bataillons de jeunes qui ont le regard tournés du côté de la Méditerranée, la fuite des cerveaux et des capitaux, le détournement de l’argent public, la corruption endémique… Un pays se construit avec ses Hommes d’abord, ce sont eux qui font, qui créent, qui inventent et prennent soin de leur pays. Un peuple réprimé, frustré, malheureux, emprisonné finit toujours par faire des dégâts. Feu Bourguiba avait demandé à Kadhafi pourquoi il investissait tant de moyens dans l’achat d’armement au lieu de le dépenser dans l’éducation des Libyens. Le berger de Tripoli lui a répondu : « J’ai peur d’éduquer mon peuple et qu’il se révolte contre moi ! » On a vu d’où on l’a sorti le dernier jour de sa vie et comment il a fini.

    Appel aux responsables : de grâce, arrêtez de ridiculiser plus ce pays ! Vous ne savez plus quoi faire pour ternir son image. Le monde vous observe et vous connaît. Il sait quel type de politique vous menez. Les rapports des Instances internationaux vont tous dans le même sens ; vous avez réussi volontairement ou à cause de votre incompétence, votre appétence pour l’argent, votre mépris pour la chose publique, votre haine pour le peuple, votre prédation scandaleuse etc. à classer le Maroc au dernier rang de tous les pays en matière de développement humain, au niveau éducation, santé, égalité, justice sociale, respect des droits de l’homme. Nous sommes les premiers parmi les pays les plus corrompus, les plus rétrogrades malgré les infrastructures modernes, les plus arnaqueurs, les plus intolérants et les plus malheureux. Alors vous avez carte blanche pour arrêter, torturer, juger, condamner autant et comme vous voulez mais de grâce, cessez de vouloir à tout prix nous convaincre par vos preuves qui font rire de rage et pleurer de dépit, cessez de présenter des témoins qui ne sont pas crédibles, des journalistes à votre solde pour justifier les transgressions de vos propres lois. Au lieu de condamner des innocents à 20 ans de prison, je vous suggère de les condamner à perpétuité car 20 ans passeront comme sont passés Derb Moulay Ghallaf, Dar Moqri, Agdez, Tazmamart etc., d’où des centaines de femmes et d’hommes ne sont jamais revenus. Ceux que vous condamnez aujourd’hui ont des familles, des amis et ils sont déjà pleins de ressentiment pour vous à cause de votre tyrannie qui devient de plus en incontrôlable. Alors condamnez ! Condamnez ! Condamnez ! Bourrez vos prisons d’innocents ! Vous n’avez besoin ni de preuves ni de témoins ni de justifications. Nous sommes vos otages, pour le moment, et nous sommes un peuple, tout un peuple en liberté provisoire. Mais avant de prendre vos décisions contre nous, repensez à l’article 3 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme et du Citoyen qui dit :

    « Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l’insurrection est, pour le peuple et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs. »

    Plus de deux siècles nous sépare de la Révolution française. Pourtant, au Maroc, avec toutes ces affaires fétides, on se croirait au temps de l’inquisition médiévale avec ses tribunaux, sa chasse aux sorcières, ses excommunications, ses tortures, ses emprisonnements etc. Alors, apprenez du passé ce que l’Histoire nous enseigne ; aucun système violent, aucune loi arbitraire, aucun régime absolu ne dure infiniment. Le Mouvement du 20 Février n’a pas totalement disparu, il est disséminé dans toutes les régions du pays puisque les raisons de son débordement n’ont pas été réglées. Ses revendications sont restées les mêmes : Houriya, Karama, Adala jtimaiya. Les gens n’ont pas demandé la lune ! Et ces revendications auxquelles la Constitution de 2011 semblait porter une réponse, ont été foulées aux pieds, poignardées par le PJD et lynchées par ceux qui manipulent dans l’ombre tous les guignols du cirque politique. « Ne confiez pas, avait prévenu Ibn Khaldoun, la commanderie des armés ni les fonctions de justice ainsi que celles des affaires publiques aux fils des voyous, des dévoyés et des salauds car quand ils exercent de hautes charges, ils s’ingénient à avilir les innocents et les enfants des gens nobles, les confondant de manière délibérée à cause de leur perpétuel sentiment d’infériorité et de médiocrité qui les habite et refuse de les quitter. Ce qui entraine, en fin de compte, à la chute des trônes et la fin des systèmes »

    Alors, un avis ; respectez ce peuple ! Respectez ce peuple ! Respectez-le ! Il ne mérite pas tout ça de votre part !

    Source

    Tags : Maroc, Makhzen, presse, répression, libertés, dictature, journalistes, activistes sociaux,

  • Maroc : Maati Monjib et six autres journalistes et militants des droits humains poursuivis depuis 2014 pour « atteinte à la sécurité de l’Etat »

    Maâti Monjib, Abdessamad Ait Aicha et Hicham Mansouri : Poursuivis dans le cadre de l’article 20 du code pénal : fincancement extérieur pour servir des agendas étrangers et nuire à la sûreté dela nation.

    Mohamed Essabr, de l’Association Marocaine pour l’Education de la Jeunesse (Amej). C’est la première fois que cette association, créée en 1956 par Mehdi Ben Barka, est poursuivie en justice dans une pareille affaire. « Elle s’est trouvée au mauvais endroit et au mauvais moment », selon Maâti Monjib. Mohamed Essabr, son président actuel, est poursuivi pour avoir organisé une formation sur l’usage de l’application mobile Story Maker, promue par l’ONG Free Press.

    Hisham Khribech, de l’Association des droits numériques (ADN). Il est ex-président de l’association et ancien coanimateur du site d’activistes Mamfakinch. Poursuivi pour la publication d’un rapport élaboré par l’ONG internationale Privacy International, relatant des témoignages de victimes marocaines de surveillance électronique par le gouvernement.

    Rachid Tarik et Maria Moukrim, de l’Association Marocaine pour le Journalisme d’Investigation (AMJI). Poursuivis en tant que président actuel et ex-président de l’association, pour sa déclaration au Secrétaire Général du gouvernement de subventions reçues de l’étranger.

    Tags : Maroc, Makhzen, presse, journalistes, répression,

  • Maroc : Le Makhzen se plie à la pression nationale et internationale

    Selon le site Barlamane.com, des hautes autorités seraient en colère contre le président du parquet suite à sa décision d’arrêter le journaliste Omar Radi en raison d’un commentaire sur les réseaux sociaux.

    Commentant cette nouvelle, Fouad Abdelmoumni, ancien secrétaire général de Transparency Maroc, a indiqué que cette annonce est est le fruit de la pression nationale et internationale. « Après le dédit auquel la pression nationale et internationale ont contraint l’Etat dans la poursuite de Omar Radi après Hajar, Barlamane.com, organe officieux des services, annonce que c’est le chef du parquet qui serait sur la sellette pour servir de fusible », a-t-il indiqué.

    « L’escalade répressive hors normes que le Maroc a connue depuis quelques années, et son accélération forcenée en ce mois de décembre, ont eu plusieurs bras : la police qui établit les accusations, le parquet qui plaide, la justice qui sanctionne, la presse qui légitime, le gouvernement et le parlement qui regardent ailleurs, et au dessus de tous, le palais qui « veille à l’orientation stratégique du pays et de ses institutions », a-t-il ajouté.

    Pour Abdelmoumni, « que le système fasse marche arrière lorsque la société se mobilise fortement est bon à prendre. Qu’il reconnaisse les abus est nécessaire. Qu’il sacrifie quelques répressifs zélés serait un pas dans la bonne direction ».

    « Mais, souligne-t-il, la direction n’est pas un bouc émissaire qu’on jette en pâture ; c’est l’abandon du tout répressif, c’est la reconnaissance de la pleine liberté d’expression, c’est l’annulation de toutes les sacralités et lignes rouges, c’est considérer qu’aucune expression ne peut mener à la prison à moins d’être un appel direct à la violence, et c’est faire le ménage de l’ensemble des fonctions liées à la justice et à la protection de l’ordre. Vaste programme… ».

    Tags : Maroc, Omar Radi, Fouad Abdelmoumni, presse, journalistes, répression, parquet,

  • Maroc / Sahara occidental : Poursuite du harcèlement judiciaire à l’encontre de Mme Nazha El Khalidi

    Nouvelles informations

    MAR 003 / 1218 / OBS 143.2

    Harcèlement judiciaire

    Maroc / Sahara occidental

    5 juillet 2019

    L’Observatoire pour la protection des défenseurs des droits humains, un partenariat de l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT) et de la FIDH, a reçu de nouvelles informations et vous prie d’intervenir de toute urgence sur la situation suivante au Maroc / Sahara occidental.

    Nouvelles informations :

    L’Observatoire a été informé de sources fiables de la poursuite du harcèlement judiciaire à l’encontre de Mme Nazha El Khalidi, journaliste et membre du collectif sahraoui Équipe Media [1].

    Selon les informations reçues, le 8 juillet 2019, le Tribunal de première instance de Laâyoune rendra son verdict dans le procès à l’encontre de Mme Nazha El Khalidi. Mme El Khalidi est accusée de « revendiquer ou usurper un titre associé à une profession réglementée par la loi sans remplir les conditions nécessaires à son utilisation », sur la base de l’article 381 du Code pénal. Mme El Khalidi encourt jusqu’à deux ans de prison et une amende (cf. rappel des faits).

    L’Observatoire condamne fermement le harcèlement judiciaire à l’encontre de Mme Nazha El Khalidi, qui ne semble viser qu’à sanctionner ses activités de défense des droits humains.

    Par conséquent, l’Observatoire demande aux autorités marocaines de garantir en toutes circonstances le droit de mener des activités pacifiques et légitimes de défense des droits humains et de mettre fin à toute forme de harcèlement, y compris au niveau judiciaire, à l’encontre de Mme Nazha El Khalidi et de l’ensemble des défenseurs des droits humains au Sahara occidental.

    Rappel des faits :

    Le 4 décembre 2018, Mme Nazha El Khalidi a été arrêtée par la police à Laâyoune, alors qu’elle filmait des violences policières visant les participants d’une manifestation [2]. Elle a ensuite été conduite au commissariat de la police locale et détenue pendant quatre heures avant d’être libérée sans qu’aucun chef d’inculpation ne soit retenu.

    Mme Nazha El Khalidi aurait été agressée par la police lors de son arrestation et a déclaré avoir subi d’autres violences lors du trajet vers le commissariat.

    Le 4 mars 2019, elle a été convoquée au commissariat de Laâyoune, où elle a été interrogée à propos de son travail de journaliste.

    Le 18 mars 2019, la première audience dans le cadre du procès à l’encontre de Mme Nazha El Khalidi s’est tenue devant le Tribunal de première instance de Laâyoune. Lors de l’audience, Mme El Khalidi a été accusée de « revendiquer ou usurper un titre associé à une profession réglementée par la loi sans remplir les conditions nécessaires à son utilisation », sur la base de l’article 381 du Code pénal du Maroc. Elle risque entre trois mois et deux ans de prison et une amende de 120 DH (env. 12 EUR) à 5’000 DH (env. 500 EUR).

    L’audience a ensuite été reportée une première fois au 20 mai 2019, puis au 24 juin 2019, date à laquelle le juge a annoncé qu’il rendrait son verdict le 8 juillet prochain.

    L’Observatoire regrette par ailleurs que les autorités marocaines aient empêché la présence d’observateurs internationaux aux audiences qui étaient prévues les 20 mai et 24 juin 2019.

    Actions requises :

    L’Observatoire vous prie de bien vouloir écrire aux autorités marocaines en leur demandant de :

    i. Garantir en toutes circonstances l’intégrité physique et psychologique de Mme Nazha El Khalidi et de l’ensemble des défenseurs des droits humains au Sahara occidental ;

    ii. Mettre un terme à toute forme de harcèlement, y compris au niveau judiciaire, à l’encontre de Mme Nazha El Khalidi, de tous les membres du collectif Équipe Media et de l’ensemble des défenseurs des droits humains au Sahara occidental ;

    iii. S’assurer que l’ensemble des procédures engagées à l’encontre de Mme Nazha El Khalidi soient conduites dans le respect du droit à un procès équitable ;

    iv. Mener sans délais une enquête exhaustive, indépendante, effective, rigoureuse, impartiale et transparente quant aux allégations de mauvais traitements décrits ci-dessus, afin d’identifier les responsables, de les traduire devant un tribunal indépendant, compétent et impartial conformément aux instruments internationaux et régionaux de protection des droits de l’Homme, et d’appliquer les sanctions pénales, civiles et/ou administratives prévues par la loi ;

    v. Se conformer aux dispositions de la Déclaration sur les défenseurs des droits de l’Homme, adoptée par l’Assemblée générale des Nations unies le 9 décembre 1998, et plus particulièrement aux articles 1 et 12.2 ;

    vi. Plus généralement, se conformer aux dispositions de la Déclaration universelle des droits de l’Homme et instruments régionaux et internationaux relatifs aux droits de l’Homme ratifiés par le Maroc.

    Adresses :

    · M. Saad-Eddine El Othmani, Premier Ministre du Maroc. Fax : +212 37 76 99 95/37 76 86 56

    · M. Nasser Bourita, Ministre des affaires étrangères et de la coopération, Maroc. Fax : +212 – 37-76-55-08 / 37-76-46-79. Email : ministere@maec.gov.ma

    · M. Mohamed Aujjar, Ministre de la justice, Rabat, Maroc. Fax : +212 37 72 68 56. Email : ccdh@ccdh.org.ma

    · M. Mustapha Ramid, Ministre d’état chargé des droits de l’Homme, Maroc. Fax : +212 5 37 67 11 55, Email : contact@didh.gov.ma

    · Mme Amina Bouayach, Présidente du Conseil national des droits de l’Homme (CNDH), Email : cndh@cndh.org.ma

    · Représentant Permanent du Royaume du Maroc auprès de l’Office des Nations Unies à Genève et des autres Organisations Internationales en Suisse – 18a Chemin François Lehmann, 1218 Grand Saconnex, Fax : + 41 022 791 81 80. Email : mission.maroc@ties.itu.int

    · S. E. M. Alem Menouar, Ambassadeur, Mission du Royaume du Maroc auprès de l’Union européenne. Avenue Franklin Roosevelt 2, 1050 Bruxelles, Belgique. Email : mission.maroc@skynet.be

    Prière d’écrire également aux représentations diplomatiques du Maroc dans vos pays respectifs.

    ***
    Genève-Paris, le 5 juillet 2019

    Merci de bien vouloir informer l’Observatoire de toutes actions entreprises en indiquant le code de cet appel.

    L’Observatoire, partenariat de l’OMCT et de la FIDH, a vocation à protéger les défenseurs des droits de l’Homme victimes de violations et à leur apporter une aide aussi concrète que possible. L’OMCT et la FIDH sont membres de ProtectDefenders.eu, le mécanisme de l’Union européenne pour les défenseurs des droits de l’Homme mis en œuvre par la société civile internationale.

    Pour contacter l’Observatoire, appeler la ligne d’urgence :

    E-mail : Appeals@fidh-omct.org

    Tel et fax OMCT : + 41 22 809 49 39 / 41 22 809 49 29

    Tel et fax FIDH : 33 1 43 55 25 18 / 33 1 43 55 18 80

    [1] Equipe Media a été fondée en 2009 pour documenter et diffuser des informations sur les violations des droits humains au Sahara Occidental.

    [2] Cf. https://m.facebook.com/story.php?story_fbid=2221886211457303&id=100009078379548

    Source : FIDH

    Tags: Maroc, Sahara Occidental, Front Polisario, journalistes, presse,

  • Algérie : Dynamiques et nuances du champ littéraire algérien

    par Khalid Lyamlahy

    Comment réagit un champ littéraire face à une crise politique majeure ? En projetant cette question dans le contexte algérien de la « décennie noire », l’ouvrage de Tristan Leperlier analyse les dynamiques qui façonnent les lettres algériennes à l’épreuve de la violence.

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    Tristan Leperlier, Algérie, les écrivains dans la décennie noire.

    CNRS, 344   p., 25 €

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    À la fois « multilingue et transnational », le champ littéraire algérien convoque dans la période étudiée (1988-2003) des problématiques aussi diverses que l’autonomie par rapport aux champs politique et intellectuel, le clivage linguistique ou encore la position des écrivains. En adoptant une méthodologie interdisciplinaire (entre étude littéraire et analyse sociologique) et translinguistique (couvrant les productions littéraires en arabe et en français), Tristan Leperlier offre un panorama complexe et pluridimensionnel du champ littéraire algérien. Si la définition de « l’écrivain algérien » et l’expression de « guerre civile », comme le rappelle l’auteur dans son introduction, font encore l’objet de nombreux débats, la perception du champ par ses acteurs semble un peu plus évidente. De l’analyse littéraire à la recherche documentaire, en passant par les entretiens semi-directifs, Tristan Leperlier soumet le champ littéraire algérien à un exercice de relecture critique et de recontextualisation transnationale. Au « sens héroïque » d’une parole algérienne incarnée par le célèbre « dis et meurs » de Tahar Djaout, cité en exergue de l’ouvrage, il répond en resituant les écrivains dans un espace de lutte dynamique, nuancé, voire instable.

    Dans le premier chapitre, le sociologue interroge, à la lumière de la crise provoquée par la guerre civile, le statut de l’écrivain algérien comme « parangon de l’intellectuel ». À l’heure où la crise algérienne est internationalisée et où l’idée de l’engagement se heurte à diverses formes de censure et de violence, l’écrivain algérien perd son statut éminent d’intellectuel autonome et représentatif. Loin de signaler une « dépolitisation », la distance prise par les écrivains avec le champ politique pendant et après les émeutes d’octobre 1988 correspond, selon Leperlier, à une évolution du champ littéraire algérien qui projette les journalistes à l’avant-garde de la contestation politique. Cette évolution, que l’auteur qualifie de « chant du cygne de l’écrivain comme parangon de l’intellectuel », est tributaire de trois facteurs majeurs : la position des écrivains, leur autonomie par rapport au pouvoir, leur rapport au champ intellectuel.

    Après un rappel des principales mouvances politiques en Algérie dans les années 1980, Leperlier examine la thèse d’un « silence des intellectuels » lors des émeutes. L’image de « l’intellectuel au service et en avant du peuple » est confrontée non seulement au statut d’élite sociale des écrivains et à leur libéralisation progressive, mais aussi à la difficulté de critiquer le FLN, comme le suggère le cas « typique » de Kateb Yacine et son « soutien critique » au régime algérien. Si l’on assiste à une « culturalisation de la politique » (dans le sens où des enjeux culturels, tels que la langue et la culture berbères, sont désormais pensés comme politiques et identitaires), la fin du monopole étatique sur la culture ouvre la voie à une « repolitisation » progressive des écrivains algériens, accélérée au contact de la presse et sous la pression d’une visibilité accrue des islamistes.

    Pendant la guerre civile, Leperlier note « une relative stabilité des oppositions » entre écrivains « pro-islamistes » et « anti-islamistes », ces derniers étant répartis à leur tour entre « radicaux », soutenant l’arrêt par l’armée du processus électoral, et « dialoguistes », rejetant cette intervention et prônant un dialogue politique. Partant d’une analyse statistique permettant de regrouper les polarités majeures du champ littéraire algérien, Leperlier montre que le rapport des écrivains au régime est fonction de plusieurs variables, dont la formation, l’écart générationnel, la visibilité politique, le degré d’intériorisation du rôle d’intellectuel, et surtout le type de capital littéraire. La guerre civile révèle également une opposition entre intellectuels « généralistes », intervenant au nom des valeurs universelles, et intellectuels « spécifiques » (historiens, politologues, etc.), le faisant à partir de leurs spécialités. Les échos de cette opposition se prolongent en France où la réception d’un texte polémique comme FIS de la haine de Rachid Boudjedra révèle, selon Leperlier, un cas limite de « formation transnationale » d’un intellectuel « alibi », bénéficiant de la valorisation littéraire et de la réappropriation de son discours dans le contexte français.

    Le deuxième chapitre présente une critique de l’idée, développée en France et alimentée par certains en Algérie, selon laquelle la guerre civile était avant tout une opposition entre arabophones et francophones. Si la question linguistique est un lieu de tensions évident, marqué notamment par la domination de la littérature de langue française et l’échec de l’arabisation dans le champ littéraire, Leperlier investit les raisons qui ont poussé les écrivains algériens à la considérer comme centrale et soutient que leurs prises de position politiques trouvent leurs origines plutôt dans « l’internationalité littéraire », à savoir le type et la portée internationale de leur capital.

    Observant que les écrivains dits « anti-islamistes » sont représentés aussi bien parmi les arabophones que parmi les francophones, Leperlier montre également que le champ littéraire algérien a résisté au clivage linguistique à travers des dynamiques transversales mettant en cause l’étanchéité des deux pôles, à l’image de l’opposition entre Rachid Boudjedra et Tahar Ouettar qui structure le sous-champ de langue arabe, ou des efforts de Tahar Djaout pour reconnaître Ouettar dans le sous-champ de langue française. Pour Leperlier, la rupture entre ces deux auteurs et la promotion du clivage linguistique par le second marquent symboliquement la formation de l’idée d’« une guerre des langues ». À la faveur d’une « synchronisation des enjeux » entre champs universitaire, journalistique, et littéraire, la question linguistique devient un élément central dans la perception de la crise.

    La thèse principale développée ici consiste à considérer la guerre des langues comme une « prophétie auto-réalisatrice » ; en d’autres termes, « la guerre civile n’est pas essentiellement une guerre des langues, mais elle l’est devenue ». Dans un contexte où le mouvement islamiste est non reconnu tantôt dans sa dimension politique, tantôt dans sa violence culturelle, la guerre civile interdit la nuance et, constamment nourrie par la logique de la terreur et des rumeurs, favorise à la fois l’illisibilité politique et la lecture de la crise comme guerre culturelle et linguistique.

    Enfin, en analysant l’évolution de la production en arabe et en français pendant la période, Leperlier montre que la crise a surtout impacté la seconde, délocalisée en France, confirmant ainsi l’importance du rapport à l’international comme facteur d’opposition entre les écrivains algériens. Ce phénomène de « bipolarisation » se reflète également au niveau des genres littéraires, avec la domination du roman dans le sous-champ de langue française et la progression notoire de la poésie dans le sous-champ de langue arabe.

    Si la question de l’engagement politique sert de fil rouge à l’ouvrage, elle est traitée dans le troisième chapitre à partir du « genre lisière » qu’est le témoignage. Dans les années 1990, la résurgence de la figure de l’écrivain-témoin est favorisée par deux facteurs essentiels : le besoin transnational d’un savoir authentique sur l’Algérie et la situation de crise renouvelant la question de l’engagement. En s’inspirant de la typologie wébérienne, Leperlier distingue « trois gestes d’engagement » : « l’attestation » ou « l’affirmation d’un propos politique explicite » ; « l’évocation », définie comme « un engagement pour autrui » ; et « l’interrogation », geste opposé à l’éthos du témoignage et impliquant la mise en cause des valeurs attestées ou l’éloignement du souci d’évocation. Le reste du chapitre est consacré à une analyse illustrée de chaque geste.

    L’engagement dit d’attestation est approché d’abord à travers les cas de Rachid Mimouni et de Yasmina Khadra. Si le premier exploite les ressorts du réalisme magique et du roman à thèse au profit de l’attestation politique, le second utilise les conventions du polar et le dispositif de l’enquête pour défier l’explication journalistique et sociologique de la crise. Les cas de Malika Boussouf, Aïssa Khelladi et Maïssa Bey servent à analyser le modèle du témoignage du journaliste à partir de trois perspectives complémentaires : une « éthique de vérité et de lutte » héroïque chez la première, un « anti-héroïsme » doublé d’une mise en jeu des codes du journalisme et du témoignage chez le deuxième, et un « héroïsme de libération » basé sur le pouvoir de la parole et la langue du corps chez la troisième.

    L’engagement d’évocation est abordé principalement à travers la littérature algérienne féminine, dont le développement bénéficie du travail fondateur d’Assia Djebar autour de « la possibilité d’un dire féminin » et du dialogue avec les disparus. Si Ahlam Mosteghanemi joue sur l’héroïsation de l’écriture féminine, Soumya Ammar-Khodja, parmi d’autres, explicite la perception du témoignage comme un « genre genré ». Leperlier analyse également la nostalgie de l’Algérie coloniale à travers les thèmes du métissage culturel (Abdelkader Djemaï), de la tolérance religieuse (Leïla Sebbar), du raffinement intellectuel (Ammar-Khodja), ou encore de la thématisation de la nostalgie andalouse sur fond de croisement linguistique et de transmission mémorielle (Waciny Laredj).

    L’engagement d’interrogation est aussi lié à l’ambiguïté du questionnement politique et à la quête d’une autonomie littéraire. Si Mohammed Dib articule la question de l’engagement à « un souci d’universalité » et à « une collaboration active du lecteur », Salim Bachi mobilise le topos de l’errance pour fragiliser l’éthique de la lutte et mettre en doute la valeur d’engagement.

    Dans le dernier chapitre de son ouvrage, Leperlier souligne l’ambivalence de l’espace éditorial français qui accueille et offre une tribune aux écrivains algériens tout en favorisant leur « ghettoïsation » sous une étiquette nationale, des logiques économiques et des règles hiérarchiques. Après un rappel des facteurs et des enjeux de l’exil, expérience souvent synonyme de déclassement social et de difficultés professionnelles, il observe que les écrivains exilés (près d’un quart des écrivains de la période) sont perçus en France, dans les années 1990 surtout, comme algériens et restent peu intégrés au champ littéraire français, la guerre civile provoquant ainsi « une forte auto-identification nationale ».

    Est ainsi nuancé le « soupçon mercantile » pesant aussi bien sur les écrivains algériens pour leur manque d’authenticité que sur les éditeurs français pour leur ethnocentrisme. Partant du cas de Timimoun de Boudjedra, roman basé sur « une esthétique de l’antithèse » qui renforce et met à distance les clichés exotiques, Leperlier estime que les œuvres de la période, à quelques exceptions près, sont des « Janus regardant seulement avec plus ou moins d’intensité vers l’une ou l’autre rive ». Partant, la manipulation exercée par l’édition et la réception françaises doit être nuancée par la volonté d’engagement des écrivains algériens et le caractère hétéroclite du paysage éditorial et critique en France.

    Les dernières pages se tournent vers l’expérience de la revue Algérie Littérature/Action, créée en 1996 par Marie Virolle et Aïssa Khelladi. Portée par un capital économique français et une volonté de reconstruire l’autonomie du champ littéraire algérien, la revue souffre – après la guerre civile – des contraintes du marché local en termes de lectorat et de professionnalisation. Pour Leperlier, la fin de la guerre civile se caractérise par un double phénomène de « relative dépolitisation » et de « dépolarisation ». La réintégration des mouvances d’opposition et la réinstauration d’une politique du livre favorisent un rebond de l’édition. Du point de vue linguistique, le retour du français répond à « une volonté de réancrer la littérature algérienne de langue française sur le sol algérien » et s’accompagne d’une diplomatie d’influence française, notamment avec l’Année de l’Algérie en France en 2003. L’expérience des maisons d’édition El-Ikhtilef et Barzakh marque la création en Algérie d’un « pôle autonome d’avant-garde » qui s’oppose à l’esthétique du témoignage, tout en élaborant une ligne éditoriale variée et une stratégie d’alliance internationale.

    Fruit d’un travail considérable de recherche doctorale, Algérie, les écrivains dans la décennie noire est une contribution majeure aux études littéraires et sociologiques sur l’Algérie contemporaine. En s’intéressant aux prises de position des écrivains algériens et à la circulation de leurs œuvres et de leurs idées en contexte de crise politique, l’ouvrage se lit comme une enquête savante qui résiste aussi bien à la simplification qu’à la systématisation. Néanmoins, on peut y relever quelques choix discutables, tels que la juxtaposition de figures littéraires de stature et de positionnement différents (Mimouni et Khadra ; Dib et Bachi), le manque de développement de certaines analyses textuelles (surtout pour les auteurs moins médiatisés) ou encore la focalisation sur les expériences et les stratégies particulières des écrivains dominants dans le champ littéraire tels que Boudjedra et Ouettar. Par ailleurs, l’appel de Leperlier à nuancer l’ethnocentrisme éditorial et critique français vis-à-vis de la littérature algérienne semble se heurter, d’une part au maintien continu de la France comme lieu d’influence et de légitimation des plumes algériennes, et d’autre part au traitement inégal de ces dernières, faisant de la quête même de l’autonomie littéraire une autre ligne de fracture dans le champ littéraire algérien. Ceci étant, une telle étude a le mérite d’ajouter une pierre à l’édifice des recherches sur la littérature nord-africaine, qui doivent plus que jamais se pencher sur la question du multilinguisme et de l’impact des crises locales et régionales sur le champ littéraire maghrébin.

    Source : En attendant Nadeau

    Tags : Algérie, presse, journalisme, journalistes, décennie noire, terrorisme,

  • Maroc : quatre journalistes condamnés à six mois de prison avec sursis

    Reporters sans frontières (RSF) dénonce la condamnation absurde de quatre journalistes marocains à six mois de prison avec sursis et dix mille dirhams d’amende suite à la publication des débats d’une commission d’enquête parlementaire consacrés au déficit de la Caisse marocaine des retraites (CMR).

    Les journalistes Mohammed Ahdad du quotidien Almassae, Abdehak Belchkar chef du bureau de Rabat d’Akhbar Alyawm, Kawtar Zaki et Abdelilah Sakhir d’Eljarida 24 ont été condamnés aujourd’hui 27 mars 2019 par le tribunal de première instance de Rabat suite à une plainte du président de la deuxième chambre du Parlement.

    “Condamner des journalistes qui n’ont fait qu’informer à des peines de prison est totalement injustifié, déclare RSF. Ce verdict est infondé, puisqu’il se base sur une loi spécifique au fonctionnement de la chambre des conseillers, qui criminalise la publication d’informations sur le travail de ses commissions. Nous rappelons que le Maroc s’est doté en 2016 d’un nouveau Code de la presse qui ne prévoit plus de peines de prison pour les journalistes.”

    Le Maroc se situe à la 135e place sur 180 au Classement mondial de la liberté de la presse en 2018.

    Reporters Sans Frontières, 27 mars 2019

    Tags : Maroc, Press RSF, journalistes, liberté de presse,