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  • Les tribus amazighs d’Algerie

    C’est désolant de voir l’histoire de l’Algérie telle qu’elle est enseignée à l’école ne fait pas de place à l’histoire des amazighs algériens.

    L’histoire des amazighs nous apprend que le berceau des amazighs se trouve dans l’Est algérien notamment les Aurès, d’où sont sorties la plus part des tribus berbères

    Les Grandes Confédérations de Tribus Amazighs

    A- Zenâtas:

    Probablement la plus grande confédération Amazighe (sédentaires et nomades à la fois), les Zenâtas sont issus de l’est algérien, se sont d’abord répandu entre Tripoli et Cherchell (Ouest d’Alger), le déplacement des Zenâtas au Sud et vers l’Ouest est le produit de la défaite des Zénètes face au Kotama et au Houaras suite à cela les Zenâtas ont occupé l’ouest de l’Algérie et le nord du Maroc.

    D’après Poitiron « Les Zenâtas disparaitront vers VIIIe siècle et qui couvraient le quart de l’Afrique du Nord, est un des faits les plus extraordinaires qu’ait connus le Maghreb. La similitude de vie et de domaine amène une arabisation rapide, accélérée par le désir des Zenâtas de s’anoblir, de paraitre Arabes »

    Les Zenâtas étaient les premiers berbères à s’arabiser au 8eme siècle.

    – Les Maghrawas

    Les Maghrawas sont des Zenatas, probablement les plus nombreux parmi les Zénatas, ils descendent de la branche de Madghis ( Medghassen).

    Les Maghrawas sont les frères des Banou Ifren et des Irnyan.

    Ifren, Irnyan sont les frères de Maghra. Le pluriel de Maghra est Aimgharen en berbère (qui veut dire « quelqu’un qui a vendu sa part » et aussi « vieux »).

    Les Maghrawas sont issus des Aurès, La grande partie des habitants des Aurès sont issus de cette ancienne tribu.

    L’Ouarsenis abrite les Maghrawas, ainsi que les habitants du massif de la Dahra à Tipaza, Cherchell, Alger, Chlef, Aïn-Defla, Mostaganem, Relizane.

    Vers le début du premier siècle. Les Maghrawas étaient très nombreux dans les environs d’Icosium (Alger) et Ptolémée de Maurétanie devait les contenir. Ptolémée de Maurétanie, fera transférer une partie des Maghrawas vers le chlef.

    Parmi le plus noble de la tribu Maghrawa, le chef berbère Ouezmar Ibn Saclab qui a été le 1er ambassadeur berbère auprès du Kalif Uthman ben Affan.

    les Maghrawas fondent Oujda. Cette dernière sera la capitale principale de leur règne. Ils établiront leur pouvoir dans la région pendant 80 ans. Les Maghraouas seront massacrés par les Almoravides. Cela achèvera leur règne au Maghreb

    – Les Banou Ifren:

    Tribus berbères de la confédération Zenatas, valeureux guerriers et experts en cavalerie ils se sont battus contre romains, byzantins et vandales.

    Les Banou Ifren (en Tamazight : At Yefren) sont Zenâtas , Ifri a eu un enfant du nom Izliten.

    Ce dernier a eu plusieurs enfants dont Ifren, Maghrawa et Irnyan. Les Banou Ifren descendent d’Ifri et forment une tribu nomade et sédentaire berbère. On les retrouve dans les villes, les plaines et les montagnes au Moyen Âge.

    Les Ifrens étaient concentrés dans la région des Aurès méridionale et dans la Hodna et dans le Mzab. Au nord du Maghreb, les Ifren (Hodna, Mzab, Aurès), les Merendjisa, les Beni Wargu (Hodna) sont également apparentés aux Ifrens.

    Les Beni Wassin (Wasin ou Ouacine) (Les Aurès), Les Maghrawas, les Irnyan sont les frères des Ifren.

    Les Beni Yala (Ouest et centre de l’Algérie), etc, font parties des Beni Ifren. Certains Chawiyas sont des banou Ifren.

    Au sud, plusieurs tribus Touaregs font parties des Banou Ifren.

    La grande tribu Azguez est formée par les Banou Ifren. De plus, les Banou Ifren du Hoggar sont divisés en trois souches : les N’Oukiren, les N’Irdad (oiseaux), les N’Ettedel (tambours).

    Tlemcen fut fondé par Abou Qurra Imam et chef des Banou Ifren en 790.

    Abou Qurra des Banou Ifren de Tlemcen a été le chef de la tribu des Banou Ifren. Il est le fondateur de l’opposition des Berbères d’Afrique du Nord à la dynastie des Omeyyades née d’impôts trop élevés.

    Abou Qurra est fondateur du kharidjisme sufrite en Afrique du Nord. Vers 736, Abou Qurra professe cette doctrine aux Zénètes et aux Berbères et se voit désigner comme imam et comme chef. Entre 767 à 776, il parvient à reprendre aux Arabes toute l’Ifriqiya à la tête d’une armée de plus de 350 000 cavaliers. Ibn Khaldoun le décrit dans son livre Kitab al-Ibar.

    Au Xe siècle, les Banou Ifren et leurs cousins Maghrawas étaient opposés à tous les gouvernants Omeyyades et Abbassides. Les Banou Ifren régnaient sur l’ouest de l’Algérie. Et après la conquête des Zirides vassaux Fatimides, les Banou Ifren occuperont presque la totalité du Maroc actuel aux côtés des Maghrawas jusqu’à l’arrivée des Almoravides

    L’Emir Abdelkader disait descendre des Banou Ifren.

    – Les Jerawas:

    Zénatas, ancêtre des Chawiyas, originaire des Aurès (Khenchala), tribu de la reine Dihya appelée en arabe el Kahina (prêtresse)

    – Les Wassin :

    Font partie des Zenâtas, originaires de l’est algerien (sud des Aurès) un groupe des Wassins nomades, les Banu Mérine, originaire de Biskra, suites aux batailles contre les Banu Hilal, les Banu Mérine se sont établie dans l’Oranie, ensuite les Banu Mérine ont fondé la dynastie (les Mérinides) avec Fès comme capitale.

    – Les Nefzawas:

    Apparentés aux Zenâtas, tribus issues du sud algero-tunisien, parmi les Nefzawas se trouvait la tribu des Ulhassa, tribu de Traik Ibn Ziad. Le groupe des Ulhassa de l’est de l’Algérie est situé à la limite des bornes des wilayas de Constantine et de Béjaia ainsi que les bordures des Aurès.

    De nos jours, les descendants des Ulhassa vivent dans la wilaya de Tiaret Algérie.


    B- les Branis

    Les Baranis (les Abranis) sont les enfants de Bornos ben Borre ben Mazigh ben Canaan ben hem.(Fils de Noé).

    Les Branis forment une branche berbère ayant le même ancêtre que les Zenâtas

    Les confédération des Branis est formée par :

    1- les Kotamas

    La plus importantes branche des Branis, les Kotamas, formaient la plus importante des tribus berbères en Algérie au moyen âge de par le nombre et la renommée. Le territoire des Kotamas englobait au moyen-âge les actuelles Wilayas de Setif, Jijel, Skikda, Constantine, Mila, Annaba, Guelma, soit la toute Numidie du nord.

    – Les Amazighs d’Egypte de l’Oasis de Siwa sont apparentés aux Kotamas.

    L’arabisation des Kotamas a été progressive et a été facilitée par le fait que les Kotams étaient les fideles alliés des fatimides, et sont allés jusqu’à Damas combattre les abbassides. Les Kotamas ont contribué à la fondation du Caire,Il existe toujours au Caire « Hay el Kotamiyins »

    2-Les Awarbas : apparentés aux Branis

    Originaires de la région allant de la Lybie jusqu’aux Aurès. Cette confédération regroupait plusieurs tribus dont celle de Koceila, les Awarbas ont combattu avec Koceila les musulmans, à la mort de Koceila à Tlemcen, les Awarbas se sont dispersés dans l’Ouest algerien et au Maroc.

    3- les Zwawas

    Ancêtres des Kabyles d’aujourd’hui, voisins de l’ouest des kotamas, confédération de plusieurs tribus bèrebes de l’Atlas algerien.

    Certains historiens disent que les Zwawas sont des Kotamas restés berbérophones et d’autres les dissocient des Kotamas. Comme les Kotamas les Zwawas etaient les alliés des Fatimides.

    Les Zwawas avaient pour voisins à l’Ouest les Sanhadjas

    4- Les Sanhajas

    Les tribus Sanhad ja/Iznagen sont originaires du nord-ouest saharien mais, après l’arrivée de l’islam, des tribus émigrent vers le nord en remontant jusqu’au Moyen Atlas (près des côtes atlantiques de l’actuel Maroc) et continuant sur l’Atlas saharien (actuel Algérie) et jusqu’à Alger.

    Certains Touaregs seraient les descendants des Sanhadja
    Les Sanhadja sont à l’origine du nom Sénégal, par l’intermédiaire du portugais Sanaga.

    Les Beni Mezghenna : tribu des Sanhadjas. Ils occupaient la région d’Alger, qui ont donné la dynastie des Zirides

    5- Les Meknassas

    Meknassa serait une tribu Zenâtas qui aurait fondé la ville actuelle de Meknès, Originaire de l’est entre l’Algerie et la Tunisie et etablie au Maroc et dans l’Ouest algérien.

    C- Autres Tribus et confédération berbères

    1-Houaras

    Tribu berbère originaire de la tripolitaine en Libye. Voisins des Sanhadja et des Zénètes. On les trouve dans les régions chaoui des Aurès et dans le Sud de l’Algérie.

    – Les Hraktas, les Nmemchas, les Henanchas, les Goumri, entre autres, font parties de cette tribu.

    Une partie des Touaregs sont originaire des Houaras, Les Kel Ahaggar du Hoggar (http://fr.wikipedia.org/wiki/Hoggar) proviennent des Houaras, on les trouve aussi à Adrar Ils sont voisins des Sanhadja et des Zénètes généralement.

    D- Masmoudas

    Confédérations de berbères distinctes des Branis et des Zénatas issues du Maroc actuel, les fondateurs des dynasties des Almohades et des Hafsides sont issus de cette confederation.

    Source : Algérie-dz.com

    Tags : Algérie, amazigh, tribus, amazighes, berbères, Kabylie, 

  • Alger convoque l’ambassadeur français à cause d’une photo publiée par l’armée (Journal)

    – Publiée par le commandement de l’armée française à la fin du mois d’avril sur son compte Twitter, la photo a été retirée entre temps.

    Le journal français “L’Opinion” a rapporté, jeudi, que le ministère algérien des Affaires étrangères a convoqué l’ambassadeur français accrédité à Alger (sans préciser de date) pour protester contre une photo publiée par le commandement de l’armée française sur son compte Twitter.

    Le ministère algérien des Affaires étrangères n’a pas annoncé, officiellement, la convocation de l’ambassadeur Xavier Driencrout, à cause de cette photo, qui a été supprimée entre temps par le commandement de l’armée française de son compte.

    La photo, considérée comme attentatoire par Alger, a conféré davantage de tension aux relations, initialement tendues entre les deux pays, depuis plusieurs mois.

    Publiée à la fin du mois d’avril dernier, la photo représente un panneau routier qui signale plusieurs destinations internationales, dont l’Algérie. Un écriteau apparaissait en affichant à côté du drapeau algérien, la bannière des Amazighs d’Algérie et la région de Tizi Ouzou où ils résident, comme s’il s’agissait d’une région indépendante du pays.

    La photo en question a soulevé une vague de colère en Algérie qui s’est illustrée, notamment, à travers les réseaux sociaux.

    Le journal « Echourouk » a indiqué que cette photo « recèle une haine viscérale héritée depuis la période de la détestable colonisation française, qui décline de manière explicite ses tentatives de dislocation de l’unité nationale ».

    Si l’information de la convocation s’avérerait juste, c’est la deuxième fois, en l’espace de quelques semaines, que l’ambassadeur français est convoqué au siège du ministère algérien des Affaires étrangères.

    L’ambassadeur avait déjà été tenu informé à la fin du mois de mars dernier, d’une vive protestation contre l’invitation par la chaîne de télévision « France 24 » (officiel), un analyste qui alléguait que l’armée algérienne a détourné une aide reçue de la Chine pour lutter contre la propagation de la pandémie de la Covid-19 à un hôpital militaire d’Alger.

    Le président algérien Abdelméjid Tebboun avait accusé, le 7 mai courant, la France d’avoir assassiné, durant 132 ans d’occupation (1830-1962), la moitié de la population algérienne (5,5 millions de victimes) dans des crimes imperceptibles en dépit des tentatives de les blanchir, a-t-il dit.

    Le président algérien affichait cette position dans un message adressé à son peuple, à l’occasion du 75ème anniversaire des massacres du 8 mai 1945 commis par l’armée coloniale française contre des manifestants civils algériens.

    Depuis la démission de l’ancien président algérien, Abdelaziz Bouteflika, le 2 avril 2019, sous la pression d’un soulèvement populaire hostile à son pouvoir, les relations entre Alger et Paris se sont tendues, tout particulièrement, depuis que la France ait annoncé son appui à une réforme soumise par Bouteflika pour prolonger son mandat.

    Tags : Algérie, France, Tizi-Ouzou, Kabylie,

  • Maroc : Plan d’attaque contre l’Algérie via le dénommé MAK

    Note de Synthèse presse

    Action du 20 avril du Mouvement pour l’Autonomie de la Kabylie (MAK)

    Le 20 avril 2010, le leader du Mouvement pour l’Autonomie de la Kabylie (MAK), Ferhat Mehenni, devrait annoncer à Strasbourg la proclamation de l’autonomie de la Kabylie et la mise en place d’un gouvernement provisoire en exil.

    Cette annonce devrait être effectuée après que M. Mehenni aie été reçu par le conseiller politique du Président du Parlement Européen.

    Parallèlement, des manifestations en Kabylie et à Paris -en face de l’ambassade d’Algérie- seront organisées en commémoration du 30ème anniversaire du Printemps Kabyle, survenu un 30 avril 1980, et qui marqua le début du renouveau de la contestation.

    Il est soumis à l’attention des journalistes, ci-joint, une note de synthèse sur le MAK, un document de l’International Crisis Group sur la question kabyle, une note actualisée du centre ESISC sur la question kabyle, une tribune de M. Mehenni, qui doit sortir dans la presse le 20 ou 21 avril, ainsi qu’une revue de presse sur les activités récentes du MAK et de son leader.

    Au niveau des angles d’appréhension du MAK et de son leader, quelques éléments saillants :

    Ferhat Mehenni est un militant de la cause kabyle depuis plus de 30 ans. Chanteur très connu en Kabylie, il est également cofondateur du Mouvement Culturel Berbère (MCB). Son fils Ameziane est décédé dans des circonstances non élucidées à Paris en 2004, après avoir été poignardé par un individu non identifié. Ferhat Mehenni vit en exil en Europe, après qu’il lui fut signifié qu’il serait mis en prison s’il revenait en Algérie.

    Le MAK est un mouvement pacifique, mais qui fait l’objet d’exactions policières et de harcèlement de la part de la police et des services algériens. Plusieurs de ses militants sont régulièrement arrêtés, enlevés et questionnés par les forces de l’ordre.

    Votre point de contact sera l’attaché de presse de M. Mehenni, dont les coordonnées vous seront transmises dans la journée du lundi 19.

    Note : il est demandé aux équipes de télévision de bien vouloir ne pas se pré positionner à Strasbourg jusqu’à ce qu’il leur soit confirmé que la proclamation sera bien effectuée de la bas, et ce en raison des perturbations liées aux moyens de transport.

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    Plan d’action médiatisation Gouvernement Provisoire Kabyle (G.P.K) 1er Juin

    Panorama

    Après avoir annoncé la création d’un Gouvernement Provisoire Kabyle le 21 avril 2010, évènement majeur repris par de nombreux titres internationaux1, la composition dudit gouvernement doit être annoncée le 1er Juin 2010 lors d’un rassemblement géant devant se tenir au palais des congrès de Paris à partir de 18h00.

    Cet évènement constitue un tournant pour la revendication autonomiste kabyle, dans la mesure où les membres du gouvernement en exil deviennent de facto autant de cibles potentielles pour un pouvoir algérien, qui rejette l’option d’autonomie et réprime brutalement toutes manifestations organisées sur le territoire algérien.

    Pour mémoire, les évènements récents permettent de prendre la mesure de la détermination de l’Algérie à enrayer le processus autonomiste :

    • Dix jours après le rassemblement du 16 mai, le Mouvement Citoyen des Aarchs et Parents des Victimes et blessés du Printemps Noir marchaient pour une deuxième fois le 26 mai. Les services de sécurité ont fait 12 blessés parmi les manifestants éparpillés à coup de matraque et au gaz lacrymogène. Ils seront admis aux urgences du CHU de Tizi-Ouzou. Le père de Massinissa Guermah, icône du « printemps noir » de 2001, venu lui aussi réclamer justice a subi une fracture à la jambe. Les délégations régionales ont été bloquées aux portes de la ville par des escadrons de police, deux cent militants furent ensuite stoppés dans leur marche à quelques mètres du siège de la wilaya.

    • Le 24 avril, trois jours après l’annonce de la création du GPK, une trentaine de manifestants sont arrêtés près d’Alger. Deux journalistes, Adlène Meddi, rédacteur en chef de El Watan Weekend du quotidien El Watan, et Chawki Amari, chroniqueur de ce même journal faisaient partie des personnes arrêtées. Selon l’AFP, l’un des témoins a déclaré : « Nous étions quelques dizaines à vouloir manifester pour la démocratie en général, et aussi pour la cause berbère dans le cadre du printemps amazigh ».

    Objectifs de la médiatisation

    Le GPK comme le MAK, sont désormais devenus des acteurs incontournables sur la scène politique algérienne. L’idée force de la médiatisation post-1er Juin est d’installer le gouvernement provisoire comme le MAK comme une force politique crédible portant le message de l’autonomie.

    Pour cela, il est recommandé aux communicants de mettre à contribution leurs relais sûrs, en toute discrétion, afin de parvenir à la « masse critique » en termes d’informations diffusées sur le GPK.

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    Algérie: formation à Paris d’un « gouvernement provisoire kabyle » autonomiste

    PARIS, 2 juin 2010 (AFP) – Un mouvement prônant l’autonomie de la Kabylie a formé mardi soir à Paris un gouvernement provisoire « pour ne plus subir l’injustice, le mépris, la domination » du gouvernement d’Alger, a-t-on appris mercredi auprès de ses responsables.

    « Niés dans notre existence, bafoués dans notre dignité, discriminés sur tous les plans, nous nous sommes vus interdits de notre identité, de notre langue, et de notre culture kabyles, spoliés de nos richesses naturelles, nous sommes, à ce jour, administrés tels des colonisés, voire des étrangers en Algérie », a dénoncé dans un communiqué Ferhat Mehenni, 59 ans, président du Mouvement pour l’autonomie de la Kabylie (MAK), formé en 2001.

    « Aujourd’hui, si nous en sommes à mettre sur pied notre gouvernement provisoire, c’est pour ne plus subir ce que nous endurons d’injustice, de mépris, de domination, de frustrations et de discriminations depuis 1962 », date de l’indépendance de l’Algérie par rapport à la France, a-t-il ajouté.

    Le « gouvernement provisoire kabyle » se compose d’un président, Ferhat Mehenni, plusieurs fois arrêté en Algérie et sous le coup d’un mandat d’amener par les autorités algériennes, et de neuf ministres, dont deux femmes.

    La Kabylie est une région montagneuse et pauvre située à l’est d’Alger, foyer traditionnel de contestation. Les Kabyles, qui parlent une langue berbère différente de l’arabe (le tamazight), militent depuis l’indépendance de l’Algérie pour la reconnaissance de leur langue et leur culture.

    Au total, les berbérophones d’Algérie (Kabyles, mais aussi habitants de la région du Mzab et des Aurès) représentent de 25 à 30% de la population algérienne

    AFP 020916 GMT JUN 10

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    PROJET POUR L’AUTONOMIE DE LA KABYLIE

    Préambule

    1. Considérant l’identité et la forte personnalité du peuple kabyle façonnées et affirmées au fil des siècles à travers une langue et une culture de la grande famille amazighe, une organisation sociopolitique à nulle autre pareille et un attachement séculaire aux valeurs de liberté, de respect d’autrui et de solidarité avec les Autres,

    2. Considérant le rôle de premier plan joué par la Kabylie dans le mouvement national algérien et la guerre d’indépendance dans laquelle elle s’était massivement engagé,

    3. Considérant l’exclusion de la kabylité dans la définition de l’algérianité et les discriminations officielles, en tous genres, frappant les Kabyles depuis l’indépendance nationale,

    4. Considérant l’isolement politique national de la Kabylie, de la rébellion du FFS en 1963 au « printemps noir » qui l’endeuille depuis avril 2001 en passant par le « printemps berbère de 1980, le boycott scolaire de 1994-95, la révolte populaire suscitée par l’assassinat de MATOUB Lounès…

    5. Considérant le divorce politique consommé entre la Kabylie et le pouvoir algérien du fait du recours de ce dernier à la répression permanente contre elle, depuis quarante ans, et l’utilisation des armes de guerre durant le printemps noir contre ses enfants,

    6. Considérant le Congrès de la SOUMMAM de 1956 qui avait consacré le principe de l’AUTONOMIE DES WILAYA23,

    7. Considérant la Charte des Nations Unies, la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, la Déclaration de Fribourg et la Charte Droits des Peuples adoptée à Alger en 1976,

    8. Considérant la réémergence des « Archs » kabyles en tant que mouvement citoyen limité à la Kabylie et la plate-forme d’El Kseur dont la satisfaction pleine et entière ne peut se faire que dans un cadre d’autonomie régionale,

    9. Sachant que chaque autonomie régionale existante de par le monde est le produit de l’Histoire de son peuple,

    10. Considérant les expériences catalane, flamande, écossaise, galloise, sarde, québécoise,

    11. Dans le souci de sauvegarder l’intégrité territoriale de l’Algérie et de mettre un terme à cette confrontation permanente entre le pouvoir algérien et cette région du pays, le Congrès Constitutif du Mouvement pour l’Autonomie de la Kabylie, du 14/08/2007 à Ighil Ali, adopte ce Projet pour l’Autonomie de la Kabylie (P.A.K).

    Chapitre I : Définition

    1. Par sa langue, sa culture et son Histoire, le PEUPLE KABYLE s’est forgé une identité et une personnalité très prononcées.

    2. Les Kabyles sont citoyens d’Algérie et appartiennent tous à la famille des AMAZIGHES ou « hommes libres ».

    3. La Kabylie est leur première patrie. Elle recouvre l’espace historique de l’ex Wilaya III ajusté aux réalités sociolinguistiques de la région.

    4. Le kabyle est sa langue officielle. Toutefois, la Kabylie dispensera à ses enfants toutes les langues nécessaires à son épanouissement et à son rayonnement culturel, économique, social et politique.

    Chapitre II : Valeurs

    1. La Kabylie autonome consacrera le respect des Droits Humains, sans distinction de sexe, de race, de langue ou de religion. Par conséquent, le code de la famille y sera abrogé, la polygamie n’aura plus sa raison d’être et le statut personnel sera régi par des lois civiles égalitaires.

    2. La liberté de culte et la liberté de conscience y seront garanties et les religions relèveront du domaine privé.

    3. La démocratie est le système politique qui régira le fonctionnement de ses institutions élues.

    4. La Kabylie restera solidaire du reste des Algériennes et des Algériens ainsi que des Amazighes dans leur combat pour leurs droits culturels et politiques.

    5. La Kabylie sera davantage ouverte aux Algériens et l’Algérie aux Kabyles.

    Chapitre III : Autonomie régionale

    1. En tant que région, en tant que peuple et en tant que nation, la Kabylie doit disposer de son autonomie régionale.

    2. L’autonomie régionale se traduira par la mise sur pied, en Kabylie, d’un Etat à travers l’élection d’un parlement régional qui, en fonction de sa majorité politique, élira un chef de l’exécutif pour former un gouvernement local.

    3. D’autres institutions nécessaires à l’encadrement de la région pourront être créées comme un conseil constitutionnel, un sénat, des organes de contrôle des exécutifs locaux.

    4. Les Assemblées Populaires Communales actuelles seront remplacées par les Ârchs où chaque village, chaque quartier (institutions de base de l’autonomie kabyle) seront représentés proportionnellement au nombre de leurs habitants.

    5. La Kabylie aura, également, le droit à ses propres armoiries et à son drapeau qui flottera aux côtés du drapeau algérien.

    6. Les domaines de compétence de l’Etat régional kabyle seront ceux de la vie quotidienne ayant trait à la sécurité civile, l’éducation, la culture, la santé, la justice et les droits humains, l’information et les médias, les transports et leurs infrastructures, les finances et la fiscalité, le budget et l’économie en général, l’environnement et l’aménagement du territoire.

    7. L’Etat central gardera l’exclusivité de la défense nationale, l’émission de la monnaie et la définition de la politique étrangère dans le respect des intérêts moraux et matériels du peuple kabyle. Il aura, aussi, un rôle de régulation et de péréquation économiques entre les régions du pays.

    Chapitre IV : Modalités

    1. L’autonomie régionale sera proclamée à la suite d’un référendum organisé en Kabylie.

    2. Son contenu sera négocié, avec le pouvoir central, par des délégués élus à cet effet.

    3. Une Constituante pourra, alors, être convoquée pour rédiger la Constitution kabyle sur la base de l’accord ainsi conclu.

    4. Ce projet exige d’être consacré par une révision constitutionnelle qui mettra la Loi fondamentale du pays, au diapason de la réalité en Kabylie.

    Adopté par le Congrès constitutif du M.A.K.,

    le 14 août 2007 à Ighil-Ali, Kabylie.

    TIMANIT I TMURT N YEQVAYLIYEN

    MOVMENT FOR AUTONOMY OF KABYLIA

    MOUVEMENT POUR L’AUTONOMIE DE LA KABYLIE

    DES DROITS DU PEUPLE KABYLE ET DE LA KABYLIE

    CHARTE DU M. A. K.

    1 –Le peuple kabyle a droit à sa reconnaissance officielle par l’État algérien.

    2 –La Kabylie a droit à des frontières administratives reconnues conformes à sa réalité sociolinguistique allant d’Ouest en Est de Tizi-Nat-Aïcha à Ziama Mansouriah au Nord et Djaafra au Sud. Elle juge inadmissible le rattachement de ses territoires à des entités limitrophes où des centaines de milliers de Kabyles sont minorisés et isolés du reste des leurs (Jijel, Sétif, Bordj-Bou-Arreridj, Boumerdes). Les grands centres urbains litigieux, le cas échéant, seront départagés par un référendum (Sétif, Bordj-Bou-Arreridj et Boumerdes).

    2-1-La Kabylie autonome a le droit de défendre les droits moraux et matériels de tous les kabyles sur le territoire national.

    3 –La Kabylie a le droit à un statut de large autonomie qui lui donne les pleins pouvoirs dans TOUS les domaines à l’exception de la Défense Nationale, de l’émission de la Monnaie et, dans une moindre mesure, des Affaires Etrangères.

    3-1- La Kabylie a droit à ses propres institutions bancaires.

    4 –La Kabylie a droit à une République Régionale Kabyle Autonome, Démocratique, Sociale et Laïque.

    5 – La Kabylie a droit à ses propres institutions dont son Parlement et son Gouvernement.

    6 –La Kabylie a droit à ce que sa langue officielle soit le kabyle.

    7 – La Kabylie a droit à son drapeau et à ses armoiries.

    8 –La Kabylie a le droit à son propre système éducatif qui dispense un enseignement prioritairement dans sa langue, loin des extrémismes, de l’intégrisme, du racisme ou de la ségrégation entre les sexes ; une école attachée à la science et à l’ouverture sur le monde, la technologie et au respect des valeurs fondamentales de l’humanité.

    9 –La Kabylie a droit à sa sécurité civile (police, gardes forestiers, pompiers, surveillance de ses ports, aéroports, sites économiques sensibles).

    10 – La Kabylie a droit à son propre système médiatique (télévisions, radios, presse, communications et autres moyens connus ou à venir).

    11 – La Kabylie a droit à assurer la gestion de son propre développement durable, de son foncier, de son aménagement urbain, de ses transports et de sa fiscalité locale.

    12 –La Kabylie a droit à sa quote-part des richesses naturelles nationales dont le pétrole et le gaz au prorata du nombre d’habitants qui y vivent par rapport à l’ensemble de l’Algérie.

    13 –Le peuple kabyle ouvre droit à la qualité de Nation dans l’ensemble algérien.

    14 –La Kabylie a le droit de soustraire ses femmes et ses filles à l’infâmant code de la famille et de consacrer une réelle égalité des droits entre les femmes et les hommes.

    15 –Le peuple kabyle a le droit de se battre politiquement pour faire aboutir la présente charte.

    Adopté par le Congrès constitutif du M.A.K.,

    le 14 août 2007 à Ighil-Ali, Kabylie.

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    Au même temps, la DGED a engagé deux instituts pour produire des rapports sur la situation en Kabylie (clique pour télécharger le doc):

    Rapport de l’ESISC (Paris, Bruxelles)
    Rapport de l’International Crisis Group (Le Caire, Bruxelles)

    Source : Maroc Leaks, 9 fév 2020

    Tags : Algérie, Maroc, MAK, GPK, Kabylie, DGED, Ferhat Mehenni,

  • Algérie : La Kabylie dans la révolte algérienne : et maintenant ?

    Les évènements qui secouent le pays depuis le 22 février et les manifestations impressionnantes qui font battre le pavé à des millions d’Algériens ont fini par réveiller le peuple en entier de sa léthargie.
    L’incroyable arrogance et la cécité du cabinet occulte au pouvoir a poussé son outrecuidance jusqu’à présenter le président Bouteflika pour qu’il rempile avec un cinquième mandat malgré une incapacité physique absolue et évidente à diriger le pays. Un geste qui avait fait de l’Algérie la risée des médias internationaux et considéré par l’écrasante majorité des Algériens comme l’humiliation de trop. Une décision qui a fini par exploser à la figure du gouvernement qui voit comment depuis le 22 février 2019, des millions d’Algériens réclament chaque vendredi le départ du système en entier et une deuxième République digne de ce nom.

    Les marées humaines des manifestants ont pris de court le gouvernement actuel mais aussi tous les observateurs, car depuis l’indépendance et mis à part quelques cas de révoltes dans d’autres régions comme le Sud algérien, les manifestations massives venaient plutôt de la Kabylie. Même les mal nommés « Printemps arabes » sont passés en catimini sans grands chamboulements.

    Les Algériens, échaudés par les évènements de 1988 et avec les massacres et les atrocités de la décennie noire à l’esprit, étaient disposés à supporter beaucoup de dépassements en contrepartie de la paix. C’est là-dessus qu’a joué Bouteflika avec sa politique de réconciliation nationale dont il a usé et abusé au point d’en faire une constante nationale et de son auteur un demi-Dieu, un Fakhamatouhou ! C’est donc avec une grande surprise que la gérontocratie au pouvoir voit cette colère – encore pacifique et très civilisée – toucher toutes les régions d’Algérie avec néanmoins certaines différences notables en Kabylie, qui est probablement la seule région du pays où les appels à la révolte ont été perçus de manière différenciée et peu homogène.

    Il est bien entendu, que le souhait de faire tomber ce pouvoir est également partagé par la Kabylie. Le nouveau système qui en ressortirait ne saurait être pire que l’actuel. Demeurer en marge de cette véritable révolution reviendrait, en outre, à se mettre hors-jeu et perdre des atouts pour placer des revendications propres. La Kabylie n’a donc rien à perdre à s’impliquer et à participer au formidable mouvement citoyen. Il ne fait pas de doute, par ailleurs, que le succès de cette révolte « du sourire » a donné une image très positive du pays, avec des manifestants pacifiques, créatifs, solidaires et qui ont surtout fait preuve d’une très grande dose d’humour dans leurs slogans.

    Une révolution dans l’état d’âme des Algériens qui semblent soudain se réconcilier avec eux-mêmes et leur pays. «C’est la première fois depuis longtemps que je n’ai plus envie de quitter mon pays » proclame une des nombreuses pancartes portées par les manifestants. Ce mouvement et les milliers de drapeaux algériens brandis tous les vendredis depuis le 22 février contribuent à la renaissance de l’amour de la patrie et au renouveau d’un nationalisme algérien qui souffre depuis longtemps de la gabegie, la corruption et la médiocrité des dirigeants du pays. Un nationalisme qui appelle à la constitution d’un front uni d’abord contre le cinquième mandat et ensuite contre le système et tout ce qu’il représente.

    Algérie vs Kabylie : lutte pour l’occupation emblématique des espaces symboliques

    Il ne fait pas de doute que la généralisation de ce mouvement à tout le pays n’a pas manqué d’affecter la longue tradition d’opposition kabyle contre le « pouvoir ». Un regard sur les réseaux sociaux et leur rôle fondamental dans ces évènements laisse facilement apparaitre des positionnements différents et qui coïncident globalement avec les tendances politiques qui traversent actuellement le paysage politique kabyle. La formidable réaction du peuple algérien contre le cinquième mandat, la maturité politique des manifestants et le retour d’une Algérie belle et rebelle exigeant la fin du système a provoqué une véritable euphorie de nature à pouvoir désactiver les revendications kabyles dans la mesure où celles-ci se justifient fondamentalement par une absence de liberté et de reconnaissance de la diversité en Algérie et particulièrement des revendications en Kabylie. L’impact du mouvement pourrait donc se traduire par une démobilisation ou une diminution de l’adhésion aux idées autonomistes ou souverainistes. Dans ce sens, des appels ont été lancés pour ne pas porter le drapeau kabyle ou amazigh pendant les manifestations sous prétexte qu’il fallait « reporter » ces revendications à plus tard, une fois le système dégagé.

    Beaucoup en Kabylie ont suivi ce raisonnement. La conviction d’être « un Algérien comme tous les autres », certains complexes de culpabilisation (mauvais ‘arabe’ ou ‘mauvais musulman’) ou une certaine haine de soi font que certains kabyles veulent «démontrer » leur algérianité en assumant le seul drapeau algérien comme symbole identitaire et s’opposant à tout autre emblème comme menace au front unitaire.

    Pourtant, l’amazigh étant langue officielle en Algérie, l’emblème qui le représente devrait être partagé par le reste de Algériens, or, on ne voit jamais ou pratiquement jamais ce drapeau amazigh arboré dans les régions d’Algérie non berbérophones, même si, selon le discours officiel, elles seraient également toutes amazighes.

    D’autres voix dont surtout celles des autonomistes du Rassemblement Pour la Kabylie (RPK) ou leurs sympathisants n’ont pas tardé à se faire entendre pour avertir du danger d’un tel comportement et demander, au contraire, d’aller aux manifestations mais avec des drapeaux algériens et amazighs,

    Il y a enfin ceux qui appellent à manifester avec l’anay aqbayli – le drapeau spécifiquement kabyle – qu’ils soient du MAK ou pas – et qui considèrent que les militants pour l’indépendance de la Kabylie devraient occuper des espaces avec leurs propres symboles afin de se donner plus de visibilité.

    Relevons aussi que si le drapeau– dit aussi fédéral – des Amazighs est dorénavant toléré en public même s’il est pratiquement inexistant en dehors de la Kabylie et des régions berbérophones comme les Aurès ou Ghardaia, il n’en va pas de même pour le drapeau kabyle. Ce drapeau connaît l’exclusion et la prohibition qu’avait connues en son temps l’actuel drapeau amazigh. Son outrage : être assimilé avec le séparatisme et les souverainistes. Comme si l’autodétermination était un délit. Faire flotter ce drapeau durant les manifestations de ces dernières semaines inclut des risques pour son auteur de se faire huer ou d’être empêché de le brandir dans certaines villes du pays mais aussi au sein de la diaspora algérienne. Les premières escarmouches dans ce sens se sont déjà produites aussi bien en Kabylie qu’au sein de la diaspora en France ou au Canada par exemple, où les manifestants ont tenté d’expulser ou d’interdire le drapeau « kabyle », assimilé au « séparatisme » du MAK. Cet emblème ne peut-être d’ailleurs brandi qu’en Kabylie. L’exhiber dans le reste de l’Algérie, à fortiori, dans la capitale algérienne ferait courir à son auteur le risque d’être lynché ou emprisonné. Nous sommes loin, très loin, de l’Espagne par exemple, où des milliers d’indépendantistes catalans sont allés manifester ce dimanche 17 mars à Madrid, pour couvrir de leurs couleurs et drapeaux la ville de Madrid, la capitale, au cœur même du pays…

    Les questions de représentation dans une hypothétique conférence nationale

    À ces différences dans le rapport aux emblèmes symboliques s’ajoutent une série d’autres questions sur une hypothétique conférence nationale pensée comme un préalable pour une sortie de crise et à la fin du système. Proposée comme formule pour introduire « les changements profonds » promis par Bouteflika au cas où il serait élu pour un cinquième mandat, cette conférence bute dès le départ sur de grandes confusions. Des listes de personnalités ‘nationales’ non impliquées dans la gestion politique commencent à circuler dans les réseaux mais sans que le gouvernement actuel donne le moindre indice sur des questions fondamentales, d’abord, autour de l’institution en tant que telle comme son indépendance, sa liberté d’action, sa composition ou ses critères de fonctionnement. Ensuite sur la forme de désignation de ses composantes. Quels en seraient les critères de choix ou les mécanismes de représentation de ses membres ? Sont-ils géographiques, démographiques, linguistiques et culturels ? Serait-ce l’appartenance à des tendances politiques ou religieuses ?

    Faudrait-il, comme le rappellent certains internautes, revenir aux structures des régions pendant la guerre de libération nationale avec les six wilayas historiques (Aurès, Nord-constantinois, Kabylie, Alger/Algérois ; Oran et Sahara) ?

    Même l’idée même du choix d’interlocuteurs ou de représentants du mouvement citoyen risque d’être un écueil important. Elle pose, en effet, un certain nombre de problèmes: de quelle légitimité les personnes élues et/ou désignées peuvent-elles se prévaloir ? Une fois élues, ces personnes ne risquent-elles pas de faire l’objet soit de manipulation, d’influence ou de pression de la part des autorités ? Comment se prémunir des risques de corruption ou de récupération ? Enfin, la désignation d’un comité, conseil ou groupe pour négocier avec l’État l’avenir du pays ne risquerait-elle pas de détourner le focus et l’attention – actuellement braquée sur le peuple – vers des individus alors que la puissance actuelle du mouvement citoyen réside justement dans la force et la créativité, la solidarité et la dynamique du peuple qui manifeste de manière solidaire son rejet du pouvoir ?

    Faudrait-il s’appuyer sur l’expérience de laεrac et penser à une représentation concentrique et évolutive : par village, daïra et wilaya ? Ce mouvement qui avait mobilisé de très grandes masses en 2001 pourrait-il transcender les villages et les daïras ?

    Après l’euphorie et la gueule de bois : poser les véritables problèmes
    Les critères de représentation clarifiés et adoptés l’objectif serait alors d’arriver enfin à un consensus. Mais avant, certaines questions se profilent déjà comme des os durs à ronger : les divergences idéologiques profondes qui peuvent exister entre la Kabylie et d’autres régions d’Algérie et qu’il ne conviendrait surtout pas de balayer sous le tapis. Les problèmes seront donc redoutables et il faudrait alors une bonne dose de patience, de tolérance, de capacité d’écoute et de dialogue pour les affronter.

    – Le type ou la forme de gouvernance à choisir : Le système jacobin extrêmement centralisé suivi et adopté par les gouvernements successifs a permis de concentrer et d’accaparer tous ces pouvoirs entre les mains d’un groupe de personnes et de clans depuis l’indépendance.

    Ce centralisme a engendré une politique d’homogénéisation uniciste construite sur des piliers idéologiques monolithiques et exclusifs: une langue : l’arabe, une religion : l’islam ; un gouvernement : le FLN et ses dérivés. Ces choix ont servis aux clans au pouvoir à faire l’impasse sur la diversité culturelle, religieuse et linguistique et en même temps à faire main basse sur les richesses du pays. Des sommes colossales ont été dépensées pour des projets aussi pharaoniques qu’absurdes. Le tout dans un contexte de corruption généralisée et systématisée qui fera le lit de l’injustice, des conflits identitaires mais aussi des problèmes économiques et de représentation démocratique de la population : les libertés individuelles et collectives seront désormais mises sous le boisseau des fameuses « constantes nationales » et des non moins célèbres « valeurs de Novembre » comme la défense de l’ «unité de la nation », la langue arabe et l’islam comme langue et religion de l’état post-indépendant.

    S’il y a unanimité pour rejeter en bloc tout le système et tout le personnel politique et son discours, les Algériens – tous les Algériens – seraient-ils disposés à accepter de remettre en cause ces constantes nationales sur lesquels se fondent ce système pourtant honni et maudit? Seraient-ils disposés à dépasser les schémas unicistes du formatage nationaliste pour refondre le système de gouvernance afin d’évoluer, par exemple, vers un système fédéral des régions tel qu’il est demandé par une bonne partie des forces politiques en Kabylie ? La réaction franchement opposée du candidat à la présidence – le Général Major Ali Ghediri, pourtant présenté comme « le candidat du changement » – en dit long sur la profondeur du problème et de la phobie que provoque une telle idée dans d’amples secteurs de l’opinion nationale. Comment compenser l’évidente disparité régionale sur ce point ?

    – L’islam e comme religion d’État : le reste de l’Algérie serait-il disposé à accepter le débat sur le rôle de l’islam en Algérie et son corollaire, la laïcité comme le demande de grands pans de la société kabyle où cette revendication transversale et reprise par l’ensemble des agents politiques de la région (RCD, FFS ; MAK ; RPK ; MCB ; URK) ?

    – Le reste de l’Algérie accepterait-il la diversité religieuse et les mêmes droits et obligations aux autres religions que l’islam (christianisme), voire même à d’autres tendances musulmanes qui ne soient pas le sunnisme malikite officiel (l’ibadisme, Ahmadis etc..)? .

    – Accepterait-il de revenir sur la fameuse triade des Oulémas l’Islam est notre religion, la langue arabe est notre langue, l’Algérie est notre patrie) pour supprimer de la future constitution l’article qui proclame l’Islam comme religion d’État? Serait-il disponible à accepter un système de gouvernement qui assurerait la diversité religieuse?

    – La majorité des Algériens accepterait-elle de revenir sur le code de la famille pour tout simplement le supprimer pour ne laisser qu’une seule loi et égale en droits et en obligations aussi bien pour les hommes que les femmes?

    – Le rôle des langues : les Algériens seraient-ils disposés à accepter que les langues autochtones comme le kabyle aient vraiment le même statut que l’arabe en Algérie ou du moins dans les territoires dont elles constituent la langue propre ? Accepteraient-ils même le concept de langue kabyle ? Accepteraient-ils de territorialiser les usages linguistiques et de reconnaître le kabyle comme langue propre de la région si une majorité de sa population le demande comme semblent le démontrer toutes les statistiques de l’enseignement de « l’amazigh » en Kabylie?

    Ce ne sont que quelques points qu’il faudrait absolument débattre et ne pas « reporter » à « plus tard » comme le demandent certains appels de nationalistes algériens. Il faudrait, cette foi, savoir tirer des leçons de l’Histoire – pourtant bien récente du pays – pour mettre sur le tapis la question de la définition identitaire de l’Algérie. L’éviter ou la reporter « à des jours meilleurs » nous ferait revivre un autre épisode de la crise dite « berbériste » de 1949 et tout ce qui en découlerait par la suite. Tenir compte du fait, que cette fois, toutes les priorités sont des priorités.

    Imposer ou construire ensemble l’unité ?

    Si la Kabylie veut continuer à vivre dans une Algérie unie – et l’écrasante majorité y serait prête, pour peu qu’elle s’y sente à l’aise – les forces politiques kabyles doivent d’abord trouver et proposer des solutions où chaque entité sociolinguistique, chaque région, évoluera selon ses spécificités. Le monde a connu plusieurs modèles d’État. Il est possible d’en adapter un aux besoins du pays. Les avantages en seraient incommensurables et l’impact formidable en terme de débauche d’énergies et de créativité. Le slogan « Un peuple, une langue, une religion » est périmé. Il est même dangereux et liberticide pour la diversité et la tolérance. Cette jeunesse assoiffée de changement et de vie osera-t-elle franchir le Rubicon et en finir avec l’unanimisme euphorique et idéologique ? Osera-t-elle la diversité ? Verra-t-on des pays où le drapeau d’une idéologie acceptera d’autres emblèmes pour exprimer la diversité des régions, des cultures, des langues et des peuples ? Osera-t-elle, cette jeunesse, la mixité, le respect total des femmes dans tous leurs droits, le renvoi de la religion aux espaces privés ? Finiront-ils, un jour, cette jeunesse et ce peuple, par cesser de confondre diversité avec division, uniformité avec unité, libertés individuelles et collectives avec la fameuse main de l’étranger ?

    Les revendications berbères et kabyles en particulier sont une réalité intangible de l’Algérie. La prise de conscience identitaire est irréversible et ne peut aller que de l’avant. L’inflexibilité des pouvoirs, la répression, le déni ou la force ne sont pas et n’ont jamais été la solution ni éliminé les conflits. L’histoire de l’Algérie et des peuples l’a largement démontré.

    Oui, mettre tout cela sur la table … tout de suite et maintenant ! Méditer cette phrase visionnaire de Mouloud Feraoun – ignoré et exclu comme tant d’autres créateurs kabyles – par l’idéologie jusqu’à présent dominante : « Pauvres montagnards, pauvres étudiants, pauvres jeunes gens, vos ennemis de demain seront pires que ceux d’hier. » (M. Feraoun; Journal 1955-1962, 12 janvier 1957).

    Voilà pourquoi, les forces vives kabyles doivent déjà penser à réfléchir et à se concerter. Elles doivent le faire dans un respect absolu de toutes les idées et toutes les propositions sans exception pour peu qu’elles s’appuient sur des arguments pacifiques. L’autodétermination est également une idée politique qui a une existence réelle en Kabylie et qui – à ce titre – devrait être respectée. En Kabylie, en Algérie, comme ailleurs. Dans le sens opposé, il est également nécessaire que les souverainistes kabyles acceptent le fait qu’un Kabyle puisse refuser cette idée sans être taxé de traître ou de mauvais kabyle. Seul un système de représentation politique ouvert, libre et indépendant peut juger du poids réel de telle ou telle idée politique.

    En attendant, le respect devrait régner entre les différentes tendances politiques. À cet égard, les dernières manifestations ont laissé les images prometteuses d’une tolérance qui semble s’installer peu-à peu dans la région : des représentants de différentes forces politiques, ensembles dans des marches et derrière des banderoles affichant ouvertement l’objectif d’une Algérie fédérale des régions. Une belle perspective qui pourrait rapprocher – pour peu que la raison s’y mette – toutes les forces politiques kabyles.

    Si jusqu’à présent l’appartenance à un parti faisait des membres du RCD, du FFS, du MAK, du RPK ou de l’URK des ennemis politiques, la nouvelle conjoncture pourrait les faire converger autour d’un patrimoine partagé: l’amour de la Kabylie et plus particulièrement la défense de ce qui les unit tous : la langue, la culture et le pays. Et ça, les Catalans ou les Basques, des nations qui ont réussi, l’ont bien compris. Les Kabyles peuvent aussi y arriver et ouvrir la voie aux autres régions d’Algérie voire de l’Afrique du Nord. Une Afrique du Nord des régions et de peuples enfin réconciliées avec elles-mêmes.

    Auteur

    Mohand Tilmatine

    Le Matin d’Algérie, 19 mars 2019

    Tags : Algérie, Présidentielles 2019, Bouteflika, Kabylie, tamazight, berbère,

  • L’Alliance Ferhat-Maroc ne divisera pas l’Algérie

    L’alliance Ferhat-Mohammed VI ne divisera pas l’Algérie.

    « L’Anavad adresse, au nom de la Kabylie [personnellement, étant natif de la région, je ne m’associe pas à ses remerciements], ses remerciements au Royaume du Maroc, à son peuple et à leur tête, Sa Majesté le Roi Mohammed VI », déclare le chef autoproclamé de la Kabylie, Ferhat Mehenni.

    Ça y est ! Les masques sont désormais tombés. Le régime marocain –à ne pas confondre avec le peuple marocain, une remarque qui vaut pour l’Algérie –affiche ses intentions de diviser l’Algérie. En tout état de cause, depuis la campagne de Troie, on sait que la puissance extérieure utilise des complicités intérieures.

    De toute évidence, bien que le soutien du royaume chérifien aux séparatistes, dont le chef de fil est Ferhat Mehenni, soit un secret de polichinelle, la déclaration du diplomate marocain, en marge de la célébration du 70eme anniversaire de la naissance de l’ONU, révèle le degré d’animosité caractérisant la relation entre Rabat et Alger.

    Mais, cette fois-ci, le régime marocain franchit le rubican. En déclarant que la Kabylie est « l’un des plus anciens peuples de l’Afrique qui continue à être privé de son droit à l’autodétermination », le diplomate marocain se trompe lourdement en feignant d’ignorer les conditions dans lesquelles l’Algérie a recouvré sa souveraineté.

    Par ailleurs, ne se contentant pas se substituer aux Algériens de la région de Kabylie, le diplomate exhorte l’ONU « à réparer cette injustice historique à l’égard des Kabyles ». A-t-on besoin de sa compassion ? Sans doute non. D’ailleurs, ce que ce diplomate ignore, c’est que les Kabyles se sont toujours battus pour l’unité nationale, et ce, bien qu’ils puissent afficher sans ambages leur désaccord sur la conduite des affaires de leur pays.

    Pour remonter jusqu’à la guerre d’indépendance, l’un des plus illustres habitants de la région, Krim Belkacem, a refusé, en tant que chef de la délégation algérienne, la tentative française d’ethniciser le problème algérien. Pour lui, il n’y avait qu’un seul peuple, en l’occurrence le peuple algérien.

    Cette ligne politique a évidemment triomphé, puisque le 1er juillet 1962, le peuple algérien s’est prononcé massivement –comme un seul home –pour l’indépendance de l’Algérie. Comme toutes les régions d’Algérie, la Kabylie a participé massivement au scrutin d’autodétermination.

    Enfin, alors que des habitants de la région de Kabylie s’offusquent de l’immixtion du Maroc dans les affaires internes du pays, le chef autoproclamé de la Kabylie s’identifie à la région en adressant ses remerciements au roi du Maroc. En balayant d’un revers de la main l’existence de plusieurs sensibilités dans la région, Ferhat commet une erreur grave. D’ailleurs, si jamais son projet aboutissait, son règne serait tyrannique, comme l’ont été tous les chefs qui s’identifiaient à leur population.

    Et si le Maroc croit réellement à la séparation du pays entre arabophones et berbérophones, pourquoi le royaume ne commencera pas par donner l’indépendance aux Rifains, aux chleuhs, etc. Mais, quand il s’agit de défendre la souveraineté de son territoire, il soutiendra le contraire. C’est pour cette raison que l’attitude du royaume chérifien est condamnable.

    Pour conclure, il va de soi que la rivalité entre les deux régimes débouche sur des excès. Cependant, cette rivalité ne doit pas entamer la fraternité des deux peuples, marocain et algérien. Quant à la démarche de Ferhat, il faudra que les habitants de la région se démarquent de son projet. Car, celui-ci n’est pas politique, mais dicté par un esprit de revanche.

    Et l’histoire nous a enseigné qu’à chaque fois que le projet s’est construit sur la revanche, le résultat était catastrophique. Trois exemples peuvent étayer ce propos. La revanche des militaires contre les politiques en 1962 a conduit à la dictature. La revanche contre la langue française a conduit à une école sinistrée. Et enfin le vote sanction contre l’ancien parti unique en 1991 a conduit à la tragédie nationale.

    Aït Benali Boubekeur

    Source

    Tags : Maroc, Algérie, Kabylie, Ferhat Mehenni, amazigh, berbères,