Étiquette : Kadhafi

  • Nouvelle audition de Sarkozy par la justice française

    NICOLAS SARKOZY À NOUVEAU ENTENDU DANS L’ENQUÊTE SUR LE FINANCEMENT LIBYEN DE SA CAMPAGNE DE 2007

    L’enquête pour « corruption passive », « recel de détournement de fonds publics » et « financement illégal de campagne » dont est suivi Nicolas Sarkozy a été largement validé le 24 septembre par un arrêt de la courd ‘appel.

    Depuis 2019, le président devenu célèbre par son utilisation de l’expression « pauv con » n’a jamais été inquiété ni entendu par les juges et prétend être « totalement innocent dans cette affaire ». Pire encore, il dénoncé grossièrement un « complot » au sujet de l’accusation d’avoir financé sa campagne présidentielle de 2007 avec de l’argent de celui qu’il assassinera froidement 4 ans plus tard.

    Selon l’AFP, qui cite les juges chargés de l’enquête, Nicolas Sarkozy a de nouveau été entendu hier sur ce dossier. Une information qui a déjà été diffusée par le site Mediapart.

    Dans ce dossier, M. Sarkozy a été mis en examen en mars 2018 pour « corruption passive », « recel de détournement de fonds publics » et « financement illégal de campagne ». Il pourrait être interrogé a propos des versements qui auraient été réalisés par un de ses anciens collaborateurs, Thierry Gaubert, mis en examen le 31 janvier pour « association de malfaiteurs ». Les juges soupçonnent que de telles sommes auraient pu être utilisées pour doper le budget de la campagne de Nicolas Sarkozy.

    Selon la même source, l’entourage de Sarkozy n’a pas daigné répondre aux sollicitations de l’AFP.

    Tags : France, Nicolas Sarkozy, élections présidentielles, campagne électorale, dépenses, financement illégal, Kadhafi, 

  • France-Mali-Sahel: Ingérence

    » Personne ne viendra rappeler que le Mali, et tout le Sahel, ont basculé dans le chaos, et sont devenus la proie des terroristes et des trafiquants d’armes et de drogue, parce que la France de Sarkozy avait décidé un jour qu’il fallait éliminer Kadhafi, ouvrant au passage la boite de Pandore « .

    Par Mohamed Abdoun 

    Alire certains médias hexagonaux, on se surprend à » confirmer » que l’Afrique, une bonne partie du berceau du monde du moins, est toujours sous domination française. Que l’on en juge plutôt. Lundi passé, le président Ibrahim Boubacar Keita annonçait l’existence d’un dialogue avec Amadou Koufa le chef de la katiba Macina, et Iyad Ag Ghali, qui dirige le GSIM. Ces deux milices armées sont classées dans la case des islamistes, pour ne pas dire des terroristes.

    Mieux, ces derniers sont même qualifiés de » mauvais « . Car, ne l’oublions pas, il existe aussi de » bons terroristes » aux yeux de Paris. Paris a en effet soutenu, armé et financé de sanguinaires criminels, oeuvrant à massacrer le peuple syrien, pour la simple et crinelle raison que ces derniers sont également en guerre contre le président Bashar al-Assad. Ainsi, depuis l’annonce par IBK de ces contacts, les médias spéculaient ferme sur la réaction des » patrons français « .

    Macron laissera-t-il faire, ou bien rappellera- t-il à l’ordre son homologue malien, quitte à le » congédier » si le besoin s’en faisant sentir » impérieusement « . Mais, finalement, la peur-panique aura été de courte durée. Paris ne » sévira » pas. Pas de manière officielle du moins.

    Dans un communiqué, le Quai d’Orsay estime en effet que les » initiatives » prises par le président malien le sont dans le cadre » des recommandations du dialogue national inclusif « . Sic ! Et le ministère français des Affaires étrangères de juger que » l’action collective au Sahel est multidimensionnelle » et qu’ » au-delà de l’aspect sécuritaire, l’accent doit être mis sur les questions de stabilisation, de développement et de réconciliation « .

    Mine de rien, une pareille déclaration, n’était son hypocrisie manifeste, nous ramènerait directement l’accord d’Alger, celui-là même Bamako n’a jamais réussi à mettre en application à cause des multiples entraves » déployées » par la France. Celle-ci, dans sa bien curieuse réaction, ne laisse pas de rappeler, hypocritement aussi, » que la France combat les groupes armés terroristes au Sahel à la demande des États de la région et notamment du Mali « . Sous-entendu : si Bamako négocie avec ces deux chefs jihadistes, ce n’est pas le cas de Paris. Cette manière de couper la poire en deux, de botter en touche en quelque sorte, place IBK dos au mur.

    En cas d’échec de cette initiative, il en assumera seul les conséquences. Personne ne viendra rappeler que le Mali, et tout le Sahel, ont basculé dans le chaos, et sont devenus la proie des terroristes et des trafiquants d’armes et de drogue, parce que la France de Sarkozy avait décidé un jour qu’il fallait éliminer Kadhafi, ouvrant au passage la boite de Pandore. Le sort en est jeté à présent. Les terroristes, très à leur aise dans cette région, jusqu’à tenter des incursions sur notre territoire à nous, font face à des régimes affaiblis et incapables de faire face avec la fermeté et l’efficacité voulues.

    En résumé, la lutte contre le terrorisme, si elle veut se rendre efficace, dont être accompagnée par un développement harmonieux de cette région et, partant, une émancipation totale vis-à-vis de la France. Les chefs d’Etats de la bande sahélo-saharienne auront-ils le courage de franchir ce pas salvateur ?

    M. A.

    La Tribune des Lecteurs, 16 fév 2020

    Tags : Mali, France, françafrique, colonisation, Libye, Kadhafi,

  • Financement de Kadhafi : Rebondissement dans le camp Sarkozy

    Soupçonné d’avoir touché des fonds provenant du régime libyen de Mouammar Kadhafi, pour alimenter la campagne de 2007 de Nicolas Sarkozy, Thierry Gaubert, un proche collaborateur de l’exprésident français a été mis en examen vendredi, pour « association de malfaiteurs ».

    Pour « association de malfaiteurs », l’ancien collaborateur de Nicolas Sarkozy, Thierry Gaubert, a été mis en examen vendredi 31 janvier, dans l’enquête sur des soupçons de financement de la campagne 2007 de Nicolas Sarkozy par feu Mouammar Kadhafi, apprend-t-on.

    Thierry Gaubert, 68 ans est soupçonné d’avoir touché des fonds provenant du régime libyen de Mouammar Kadhafi, qui auraient pu alimenter la campagne de Nicolas Sarkozy. Le virement aurait été fait par une société appartenant à Ziad Takieddine qui ne serait rien d’autre qu’un intermédiaire entre les ex-alliés.

    Les juges enquêtent depuis avril 2013 sur la rude affaire Sarkozy formulée par des ex-dignitaires libyens. Dans cette affaire, Nicolas Sarkozy a été mis en examen le 21 mars 2018 pour « corruption passive », « financement illégal de campagne électorale » et « recel de fonds publics libyens ».

    Ce noir chapitre de Sarkozy n’est visiblement pas encore achevé. L’ex-secrétaire général de l’Elysée, Claude Guéant et Eric Woerth, l’ancien trésorier de la campagne ont également été mis en examen.

    La cour d’appel de Paris, saisie par Nicolas Sarkozy, doit examiner en mars sa requête d’annulation de sa mise en examen.

    La Tribune des lecteurs, 7 fév 2020

    Tags : France, Sarkozy, Kadhafi, Libye, financement illicite,

  • La Libye, éternelle épine dans le pied de l’Algérie

    Par Naoufel Brahimi El Mili

    Selon les relevés topographiques, 982 kilomètres séparent l’Algérie de la Libye. Les distances idéologiques entre les deux pays, malgré les rencontres et embrassades répétées entre les différents chefs de l’Etat, sont encore plus importantes. Côté Tripoli, un seul Président, Muammar Kadhafi, de septembre 1969 jusqu’au « printemps arabe ». Côté Alger, la liste des Présidents est plus longue.

    Déjà lors de la crise frontalière entre l’Égypte et la Libye, Anouar El-Sadat voulait en finir avec le Guide qu’il surnommait « le fou de Tripoli ». En juillet 1977, les troupes libyennes avaient agressé l’armée égyptienne. La riposte du Caire était implacable. Houari Boumediène s’était rendu à la capitale égyptienne pour obtenir un cessez-le-feu. Ingrat et imprévisible, le Guide signe en 1984 le traité d’Oujda avec le roi Hassan II pour créer une union entre la Jamahirya et le royaume marocain. Une union contre nature mais surtout inamicale à l’égard de l’Algérie.

    A la fin des années 1980, ce même Kadhafi avait mis à la disposition du Front islamique du Salut (FIS) la base historique de l’ALN, octroyée par le roi Idriss lors de la guerre de Libération, comme un camp d’entraînement pour les islamistes. Les exemples d’hostilités libyennes vis-à-vis d’Alger sont trop nombreux pour être toutes recensées. Alors que le pouvoir algérien reste mesuré et ne se préoccupe que de ses intérêts régionaux.

    De son côté, le turbulent colonel Kadhafi s’adonne sans cesse au terrorisme antioccidental. Il est la cible de tout l’Occident. Même l’Algérie était sollicitée par François Mitterrand pour mettre un terme à la présidence de Kadhafi. Poli à l’égard de la France, Chadli Bendjedid promet d’étudier la question. Dans un premier temps, il s’y attache. Ainsi, le commandant « Toufik », Mohamed Mediène de son vrai nom, est envoyé à Tripoli au milieu des années 80, pour approfondir la question. Sous couverture d’attaché militaire, il évalue la situation par des contacts, des échanges. Quelques mois plus tard, il retourne à Alger avec un rapport détaillé et dont la conclusion se résume en une phrase : « Si Kadhafi est destitué, ça sera le chaos en Libye .» Mais pour l’Algérie, le Guide est mis sous surveillance.

    C’est dans ce lourd et ancien contexte que le nouveau pouvoir algérien doit reprendre la main pour éviter un incontrôlable embrasement régional.
    Inactif depuis huit longues années, le Haut Conseil de sécurité se réunit, à la fin décembre 2019, sous la présidence d’Abdelmadjid Tebboune pour évoquer les menaces sécuritaires venant de la Libye et du Sahel. Le nouveau Président connaît très vite son baptême du feu. Il s’y attendait. N’avait-il pas dit dans son discours d’investiture que rien ne se fera sans l’Algérie dans la région ?

    A Ankara, le Président turc Erdogan pense peser sur l’avenir de la région. Sur un ton guerrier, il annonce que son pays va s’engager militairement en Libye à la demande du gouvernement de Fayez El Sarraj, à Tripoli. Ce gouvernement était reconnu, suite au Sommet de Skhiret au Maroc en décembre 2015, sous l’égide de l’ONU. Seulement, les velléités guerrières turques ne répondent pas à un agenda onusien mais à une hégémonie de nature ottomane. Il est vrai que le gouvernement légitime est menacé par les soldats et miliciens du maréchal autoproclamé Haftar. Un retour en arrière est nécessaire tant pour comprendre ce chef de guerre belliqueux que les relations algéro-libyennes rarement sereines.

    Khalifa Haftar, issu de la même génération et même région, Syrte, que Muammar Kadhafi. Ils se rencontrent à l’Académie militaire royale de Benghazi en 1963. En toute logique, le jeune officier Haftar participe en septembre 1969 au renversement du roi Idriss. Une dizaine d’années plus tard, il est envoyé par le Guide à l’école de l’état-major soviétique pour suivre une formation. De retour au pays, promu au grade de colonel, il est propulsé chef de corps du corps expéditionnaire libyen, engagé dans le conflit franco-tchadien sur la bande d’Aouzou en 1987.

    La déroute des troupes libyennes fait de lui un prisonnier de l’armée française parmi des milliers d’autres. Les militaires français font le tri parmi ces détenus politiques. Hafftar et quelques dizaines d’officiers libyens se jettent dans les bras des services secrets français. Ce colonel proche de Kadhafi et formé dans une école de guerre soviétique est très vite repéré par la CIA qui installe un camp d’entraînement au Tchad.

    Une fois la crise politique résolue, plusieurs mois plus tard, Hafftar avec d’autres compagnons d’armes sont exfiltrés de Libye vers Atlanta, aux Etats-Unis. Il reste sur le territoire américain une vingtaine d’années dans l’Etat de Virginie, non loin du siège de la CIA. Pour les Américains, ce colonel est une belle prise de guerre très vite transformée en agent dormant. L’espion est réveillé et réactivé lors de la normalisation des relations de la Libye avec l’Occident. Dès 2009, Kadhafi, sous pressions américaines, autorise le colonel renégat à rentrer au pays, il lui offre même une ferme dans l’est du pays. Prudent, Haftar s’installe en Égypte, autre pays sous férule américaine. Il attend son heure et les instructions américaines.

    Pourtant, le grand récit du printemps arabe était attrayant. Des peuples qui se révoltent contre d’inqualifiables despotes et qui aspirent à la démocratie, c’est beau ! Trop beau. Ces révolutions filmées par les caméras de la chaîne qatarie Al-Jazeera et romancées par des démocrates en herbe mais qui occultent la grande part de manipulations et coups tordus. La Libye s’insurge à son tour, plus précisément Benghazi. Cette ville connaît un soulèvement armé. Des manifestants sortent par milliers avec des drapeaux du temps du roi Idriss. Une révolution qui n’a rien de spontanée. Ce soulèvement est largement impulsé par l’étranger. Selon le plan préétabli depuis longtemps, Haftar retourne en Libye comme un des seigneurs de la guerre, sauf que lui, il dispose de soutiens américains et français.

    La situation en Libye est un contrecoup du printemps arabe, provoqué ensuite et salué par l’Occident et ses sous-traitants qataris. La menace d’un nouveau sous-traitant local, connu sous le nom de Haftar, est réelle. Peu à peu, avec le chaos généralisé en Libye, il devient pratiquement le seul chef de guerre, les autres officiers supérieurs libyens sont soit curieusement assassinés soit très vite marginalisés. Il reste un détail à régler : éliminer Kadhafi et récupérer un maximum d’archives sensibles. La France s’y emploie.

    Soudain, les services secrets de la région sont alertés par la présence d’un convoi qui se dirige vers la frontière algérienne. Une partie de la famille du Guide s’y trouve, sa première épouse et sa fille Aïcha, entre autres. Plus importants, des documents aussi, sans oublier or, argent et armes.L’aviation française a pour mission de stopper au plus vite cette avancée vers la liberté. Des troupes libyennes sous contrôle de l’OTAN sont à leur poursuite. L’armée de l’air algérienne est aussi alertée, elle a pour ordre de sécuriser le passage de ce convoi, de tous les enjeux vers l’Algérie.

    Après quelques roquettes air-sol lancées par les pilotes de chasse français, non pas pour pulvériser le convoi, les documents doivent être récupérés, les avions militaires algériens affichent leur détermination d’engager le combat pour remplir leur mission. Les avions français, devant une incertaine escalade, retournent à leur base. Le convoi entre dans le territoire algérien. Depuis, pour la France, sur le dossier libyen, les Algériens ne sont pas vraiment des amis. Heureusement qu’il leur reste Haftar et d’autres.

    En mai 2014, à la tête d’une force militaire autoproclamée « Armée nationale libyenne » le non moins autoproclamé général Haftar engage une offensive militaire déclenchée en Libye contre les islamistes radicaux. Il n’en faut pas moins pour que les aides militaires occidentales affluent massivement ainsi que les ralliements des Libyens de l’Est, région dont Haftar est originaire. Il devient dès lors le principal acteur militaire donc politique dans un pays où les armes ont force de loi. La donne politique change radicalement en Libye au moment où la classe politique algérienne célèbre le quatrième mandat de Bouteflika. Plus d’une année plus tard, l’Occident avec la France en tête impose une conférence sur la Libye à Skhirat au Maroc le 17 décembre 2015. Il en ressort un accord sous l’égide de l’ONU qui fait émerger un Gouvernement d’union nationale présidé par Fayez el-Sarraj et qui doit siéger à Tripoli. Mais rien n’est réglé sur le terrain.

    Devenu maréchal, Haftar s’attaque à un gouvernement libyen reconnu par l’ONU mais son offensive sur Tripoli, essentiellement aérienne, est soutenue notamment par la France, membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU. Un paradoxe? Non, une simple continuité d’une politique de déstabilisation. La Turquie, membre de l’Otan, entame une logique de guerre à nos frontières.

    Depuis le 12 décembre 2019, l’Algérie a réglé sa crise du régime, elle récupère sa centralité sur l’échiquier politique régional. S’ensuivent des réunions au sommet, Moscou et ensuite Berlin. Des visites de haut niveau à Alger, Turquie et Tunisie. Et le déplacement du ministre des Affaires étrangères algérien en Libye, il rencontre Haftar. La crise libyenne est loin d’être résolue, des armes continuent de se déverser dans ce pays ainsi que des forces étrangères. Désormais, rien ne se fera sans l’Algérie pour qui la Libye, même affranchie des frasques de Kadhafi, reste une épine dans le pied.

    N. B. E. M.

    Le Soir d’Algérie, 9 fév 2020

    Tags : Algérie, Libye, Kadhafi, France, Sarkozy, Haftar,

  • Djouhri se confie au Soir d’Algérie : «Je n’ai joué aucun rôle dans le supposé financement libyen»

    Entretien réalisé par Naoufel Brahimi El Mili

    Alexandre Djouhri revient sur le devant de la scène médiatique. En réalité, son nom est, depuis 30 ans, intimement lié à la classe politique française, essentiellement celle de droite. De Jacques Chirac à Nicolas Sarkozy en passant par Dominique de Villepin, Ahmed, de son nom de naissance, voit, au fil des années, sur son carnet d’adresses, s’inscrire les numéros de téléphone personnels des chefs d’Etat arabes et africains. Un parcours époustouflant, de la Kabylie au palais de l’Elysée avec une enfance à Sarcelles en région parisienne. Son cauchemar a commencé en janvier 2018 lorsqu’il a été arrêté par la police britannique à son arrivée à l’aéroport de Londres. A la veille de son extradition en France, Alexandre Djouhri répond exclusivement aux questions posées par Le Soir d’Algérie.

    Il revient sur les conditions inhumaines de sa détention en Grande-Bretagne, sur ses souvenirs en Kabylie et sur l’espoir que suscite en lui l’élection du président Abdelmadjid Tebboune.

    Soir d’Algérie : Vous êtes né en France il y a 61 ans, vous avez les nationalités algérienne et française, pouvez-vous définir la place de l’Algérie dans votre vie ?

    Alexandre Djouhri : C’est là que mes ancêtres, mon père et ma mère, mes deux sœurs sont enterrés. Mais il n’y a pas que la mémoire des cimetières, il y a aussi l’histoire récente de ce pays de mes racines. Mon grand- père maternel est mort sur le champ de bataille, mon oncle aussi, on compte dans ma famille nombre de ces martyrs qui ont payé de leur vie, ou dans leur chair, la lutte pour l’indépendance.

    C’est un peu paradoxal de voir un homme comme vous, très intégré dans la vie politique et économique française, celle du CAC 40, revendiquer une autre origine…

    Mes parents allaient tout le temps en Kabylie, et me parlaient beaucoup du pays. Quand j’ai commencé à voyager j’aimais faire des séjours, des stops, dans ce qui devenait aussi un chez moi. Un bonheur d’être dans ce pays extraordinaire, l’un des plus beaux au monde, dans lequel je me sens bien.

    Etes-vous lié à l’Algérie par le monde des affaires ?

    Non. Je n’y ai jamais eu d’activité industrielle ou économique. Pour moi, l’Algérie, c’est les amis et la famille. J’ai fait toutefois une seule exception à titre amical, j’ai accompagné Ali Haddad à Djibouti en vue de construire un pipe, de Djibouti à Addis-Abeba, Ali Haddad n’était pas en mesure de réaliser ce projet car son usine de pipes n’était pas en capacité de production. Il s’agissait d’aider une connaissance algérienne à intervenir sur un marché prometteur africain, mais je n’ai jamais fait d’affaires en Algérie.

    Certains journalistes ont affirmé que vous aviez un passeport diplomatique ?

    Pour quoi faire ? Ce sont des ragots de mercenaires de la plume. Des nains de la vérité. Les mêmes ont affirmé que j’avais été expulsé, ou « exfiltré vers la Russie»…

    Donc aucun lien avec un réseau du pouvoir algérien ?

    Non, bien sûr que non. Quel réseau ? Parlons plutôt de cases. Il fallait être dans l’une ou l’autre. Mais moi je venais ici pour me reposer et réfléchir. Pas pour intriguer. Le système de Bouteflika n’était pas tissé en réseau mais plutôt bâti en forteresse. Pour moi un monde étranger en raison de son lien énorme avec le gouvernement de Hollande et de Valls. Ces deux-là, en sous-main, faisaient la pluie et le beau temps en Algérie. C’est dire que je n’étais pas toujours le bienvenu. Hollande et Valls — et leur porte flingues — voulaient m’éjecter, en France, du monde des affaires, celui du CAC 40, où je compte de nombreux amis qui m’écoutent souvent. Leur but étant de placer leurs pions et de déployer leurs intrigues.

    L’ancien pouvoir d’Alger s’est-il manifesté pour vous assister lors de votre séjour en prison à Londres ?

    Non. Pas un geste, même pas pour rassurer ma famille, donner un coup de fil. Rien de l’Algérie et rien de la France. Ces gens-là m’ont symboliquement déchu de ma nationalité. Alors qu’à Londres j’étais enchaîné vingt-quatre heures sur vingt-quatre, pendant 18 jours, subissant un traitement défini par les droits de l’Homme comme «cruel et inhumain».

    Revenons à ce jour de janvier 2018 où vous êtes, à la demande de la France, arrêté à l’aéroport de Londres ? Vous étiez en fuite ?

    Pas du tout, jamais. J’ai quitté la Suisse, où je réside, pour rendre visite à mes enfants en Angleterre. Au passage du contrôle de police à Genève on m’a prévenu que la France avait émis un mandat contre moi, mais que la Suisse ne l’avait pas exécuté. Et on m’a laissé embarquer pour Londres… Où est la «fuite» là-dedans ?

    La justice française avance qu’ayant refusé de répondre à ses convocations, vous étiez donc «en fuite»

    C’est une sinistre blague, un colossal mensonge, ce qui est grave dans la bouche de magistrats. Vivant en Suisse, pour me convoquer, les juges parisiens devaient, trente jours avant le rendez-vous, m’envoyer une lettre recommandée à mon adresse, très bien connue d’eux. C’est ce que prévoit l’article 10 de la Convention franco-suisse d’entraide judiciaire, signée en 1996 ! Rien de tout cela n’a eu lieu. La machination est simple : on m’a tendu un piège judiciaire. Bizarrement, aujourd’hui, mon statut a évolué. On ne dit plus que je suis «en fuite», mais «réfugié». Etonnant !

    Ce mandat européen lancé contre vous, il est quand même étayé par des accusations, des faits ?

    Pas du tout. C’est un inventaire à la Prévert, un château de cartes. On y trouve un article de Médiapart, un autre de Pierre Péan, l’extrait d’un livre d’Anne Lauvergeon, l’ancienne patronne d’Areva, elle, mise en examen, et deux «notes blanches» de la DGSE, un service secret français. Tout cela n’a aucune valeur juridique ? Pas grave, on me poursuit quand même. Et les Anglais, mis sous la pression de la France et celle d’un réseau politico-financier tricolore, vont faire semblant de croire au sérieux de la poursuite. Par la suite les magistrats du Parquet national financier (PNF) vont abreuver les Britanniques d’éléments qui indiquent massivement ma «culpabilité»… hélas pour eux, sans aucune preuve. Tout cela, alors que j’ai un casier judiciaire totalement vierge.

    Sur le plan chronologique, on vous accuse d’avoir participé au financement libyen de la campagne électorale de Sarkozy en 2007. Pourtant, à cette époque, vos amis comme Dominique de Villepin étaient opposés à Sarkozy ?

    Ça saute aux yeux, mais pas à ceux d’un juge du PNF. La logique et la cohérence est absente de leur démarche. On me met sur le dos un transfert de 500 000 dollars pour Claude Guéant, une histoire de villa dans laquelle je ne suis pas partie, des commissions sur une vente d’Airbus pourtant limpide… C’est ainsi. Mes juges sont des Saint-Jean bouche d’or. Ils finissent par croire à leur propre roman. J’en reviens à l’idée du traquenard judiciaire. Il fallait que je sois torturé.

    Très bien, mais pour quelle raison ?

    Simple. Ils voulaient me faire mentir, comme ils l’ont fait avec Takieddine. Il fallait, pour des raisons politiques, que j’accuse Sarkozy.

    Alors que je n’ai joué aucun rôle dans ce supposé financement. Mais bien sûr que je fréquente la Libye depuis 1986, en tant qu’ami de Bachir Saleh (ancien patron des services secrets libyens), et aussi comme directeur de l’agence de presse «euro-arabe, euro-africaine» où j’ai rencontré Yasser Arafat.

    Lors de précédents entretiens, vous n’avez pas hésité à dire que vous êtes aussi victime de racisme ?

    Absolument, je m’étais appelé François-Henri Durand, on ne m’aurait pas traité comme ça. Très souvent nu, pendant 18 jours, au bout d’une chaîne de 3 mètres et ne me libérer qu’une fois installé sur une table d’opération pour une intervention cardiaque… entravé en salle de soins intensifs, c’est humain ? Dans le même temps, toujours plein d’à-propos, le PNF faisait savoir aux Anglais qu’à Paris, on pouvait me traiter dans l’hôpital où Lady Diana est morte. Quel tact.

    Certains journalistes ont évoqué une coupure entre votre dossier et celui du financement supposé de la campagne de Sarkozy…

    Ils ont raison. Mais les juges qui traitent mon dossier sont aveugles à cette coupure. Si on me garde dans la nasse, c’est au regard de l’élection présidentielle de 2022. Emmanuel Macron a très peur d’une candidature de Sarkozy qui viendrait assurer sa défaite. Alors le soi-disant dossier libyen, dans lequel on m’a collé, est un fer que l’on garde au feu pour éliminer Sarkozy avant le match, où je suis censé être un accusateur !

    Votre extradition à Paris le jeudi 30 janvier ?

    C’est un kidnapping judiciaire. La force n’est pas à la loi. La force est à la force. Derrière cette démarche on trouve aussi un petit gang de pirates de l’économie qui entendent gagner de l’agent en faisant chanter des capitaines d’industrie. Certains étant mes amis, je gêne leur racket. Djouhri doit disparaître. Valls lui-même avec ses amis, comme Alain Bauer (spécialiste du renseignement français), qui se voyait président de la République, a souvent dit qu’il allait me faire mettre en prison… Il avait réussi à faire croire son arrivée à la tête de la France à l’ancien pouvoir algérien qui, soudain, s’est plié aux exigences de l’ancien pays colonial.

    Comment voyez-vous votre retour en Algérie?

    Heureux et le plus vite possible. J’ai un premier devoir, me rendre sur la tombe de ma sœur alors que l’on m’a empêché d’assister à ses funérailles. Je vais découvrir une Algérie différente. Tant mieux. Grâce à Dieu, l’élection de Abdelmadjid Tebboune est une très bonne nouvelle. Elle me va parfaitement. C’est un homme d’expérience qu’il faut laisser travailler. Et même soutenir. C’est un homme de paix, expérimenté. S’il parvient à réaliser 75 pour cent de son programme, ce sera magnifique. Mission accomplie. Je le soutiens et le soutiendrai. On m’a privé de liberté pendant deux ans, fait subir ce traitement cruel et inhumain, mais je vais repartir à l’attaque… A mille pour cent.

    N. B.-E.-M.

    Le Soir d’Algérie, 2 fév 2020

    Tags : France, Alexandre Djouhri, Nicolas Sarkozy, financement illicite, Libye, Kadhafi,

  • Financement libyen de Sarkozy: Alexandre Djouhri remis aux autorités françaises

    La justice française demandait son extradition depuis deux ans. Alexandre Djouhri a été remis aux autorités française jeudi soir. Il se trouve dans les locaux de la police aux frontières à l’aéroport de Roissy et va être présenté à un juge ce vendredi.

    Alexandre Djouhri est un homme d’affaire franco-algérien recherché par la justice pour détournement de fonds publics et corruption. Il est au cœur de l’enquête sur le présumé financement libyen de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2007.

    L’homme d’affaires de 60 ans avait été arrêté en janvier 2018 à Londres, en vertu de mandats d’arrêt européens émis par la justice française, notamment pour “détournements de fonds publics” et “corruption”. La justice britannique a autorisé son extradition mercredi 22 janvier.

    Alexandre Djourhi avait été arrêté en janvier 2018 à l’aéroport de Londres, en vertu de mandats d’arrêt européens émis par la justice française, notamment pour “détournements de fonds publics” et “corruption”. Hospitalisé après une série d’accidents cardiaques, l’homme d’affaires a été assigné à résidence dans la capitale britannique après avoir payé 1,13 million d’euros de caution.

    Tags : France, Nicolas Sarkozy, campagne électorale, financement illicite, Alexandre Djourhi, Kadhafi,

  • Trahis par la France, les USA et l’Allemagne se retirent du G5 Sahel

    Malijet – En fin 2010, La France sarkoziste avait convaincu ses alliés de l’OTAN sur son projet de recolonisation du Sahel qui devait passer obligatoirement par l’assassinat du colonel KADHAFI et par l’affaiblissement de l’Union Africaine.

    Après l’atteinte des objectifs en 2011 par l’assassinat du Guide Libyen et la déstabilisation du Mali en 2012, arriva le partage du butin.

    C’est ainsi que le 15 février 2014 à Londres, les 5 puissances impérialistes que sont, les USA, l’Allemagne , la Chine, l’Angleterre et bien sûr la France se sont retrouvées pour se partager les richesses du basin de Taoudéni et environnant. La monnaie d’échange était, comme vous l’aurez pressenti, la lutte contre le terrorisme qu’ils ont créé à partir de la Libye.

    Mais quelque chose d’inattendu va se produire. En effet au lendemain de cette rencontre de deal occidental, à Nouakchott en Mauritanie, la France va créer un autre G5 Sahel dont les pays concernés sont : Burkina Faso, Mali, Mauritanie, Niger et Tchad.

    Désormais, la France se positionne en intermédiaire commerciale et tutrice militaire des pays du G5 Sahel, dépourvue d’armées selon Paris, dans la lutte contre le terrorisme. La France s’auto proclame aussi trésorière du G5 Sahel sans en être membre théoriquement.

    En outre, elle a le monopole du marché d’armement et commande toutes les forces présentes au Nord Mali. Elle occupe tous les postes de responsabilité de la MINUSMA. Elle en fait son deal. Ses entreprises peuvent alors prospérer en terrain conquis sans nullement être inquiétées.

    Alors, de Total – qui exploite le pétrole de la Mauritanie et qui fournit la totalité du carburant aux troupes présentes sur le terrain,- à Bouygues, Vinci et Areva qui exploite l’uranium, en passant par Arquus, la France a de quoi desserrer la ceinture.

    Jouant ainsi sur ses liens colonialistes avec les pays du G5 Sahel, la France a fini par faire de l’ombre à ses principaux alliés qui se sentent aujourd’hui trahis. Le président Macron en conditionnant l’aide internationale à la volonté de la France, a administré une piqure de rappel à la Communauté Internationale, sur sa propriété, le G5 Sahel.

    Celui qui voudrait donc aider les pays dans ce pré carré, doit avoir l’aval de la France. Loin de considérer les Dirigeants des Etats africains souverains comme ses pairs, le président Français n’a trouvé mieux qui sied que de les infantiliser.

    Pour paraphraser cette sagesse des dirigeants du G5 Sahel, l’esprit des peuples des pays Africains souverains traduit ceci : « tous ceux qui infantilisent nos dirigeants et ridiculisent nos FDS, fussent-ils des alliés, des partenaires ou autres coopérants dans cette lutte contre le terrorisme sont pires que les terroristes ».

    Nous pensons donc qu’il n’y aura pas grand chose à dire à Pau, ce 13 Janvier. Les dirigeants du G5 sahel voudraient certainement « observer de près » le premier responsable du terrorisme au sahel, la France, par qui la gangrène a pris racine après la déstabilisation de la Libye, en la mettant à l’épreuve de sa responsabilité. Les Dirigeants ouest africains l’ont d’ailleurs signifié dans leur déclaration à Niamey.

    Mais l’Afrique n’a pas besoin de la présence physique de l’armée française. La France en plus du CFA qu’elle fabrique à Chamalières, doit arrêter de fournir des armes aux terroristes en soutenant l’intenable alibi qu’elles ont été détournées de leur destination.

    A quel gouvernement légitime Africain la France a-t-elle livré des commandes d’armes et qui ont été ensuite détournées au profit des groupes terroristes? Seule la France, championne des réprimandes, connait la réponse et pourra nous en dire plus sur les sanctions internationales prévues à cet effet.

    Enfin le terrorisme au Sahel peut prendre fin si la France décide de se désolidariser des groupes terroristes qu’elle blanchit à Kidal.

    L’intégrité totale du Mali peut être retrouvée. Primo en coupant la fourniture du FCFA et en remettant Kidal au pouvoir de Bamako. Secundo, Barkhane doit aménager en Libye pour aider à reconstruire ce qu’elle a détruit.

    C’est-à-dire restaurer à titre posthume la dignité du Guide qu’elle a littéralement bafouée dans un complot savamment orchestré au sein de l’OTAN et aussi remettre à la Libye son intégrité et sa cohésion qui faisaient d’elle un eldorado africain. Ainsi prendra fin ce néo-esclavagisme instauré contre des africains et entretenu depuis la Lybie.

    Le Président
    Larba Israël LOMPO

    Œil D’Afrik

    Source : Malijet, 7 jan 2020

    Tags : Mali, France, Barkhane, Libye, France, Kadhafi, terrorisme, armes,

  • Quand Kadhafi justifiait au roi du Maroc sa reconnaissance de la RASD

    Le 27 février 1976, le Front Polisario proclama la naissance de la RASD à Bir Lehlou, dans les territoires libérés du Sahara Occidental. Le lendemain, le Guide libyen envoya une lettre au roi du Maroc Hassan II exposant les raisons qui l’ont poussé à la reconnaissance de l’État proclamé par les sahraouis.

    Texte de la lettre:

    Mon respectable frère,

    « Si deux parties parmi vous se querellent, faites la paix entre eux : mais si l’une d’entre elles transgresse au-delà des limites contre l’autre alors combattez le transgresseur jusqu’à ce qu’il respecte les commandes d’Allah; mais s’il se soumet alors faites la paix entre elles avec justice et soyez juste, car Allah aime ceux qui sont justes. » 

    « Par leur affection et pitié mutuelles, les fidèles ressemblent à un seul corps et si un membre de ce corps souffre tous les membres succomberont à la douleur et à la fièvre. » 

    En tant que croyant au Coran et en la Sunna et animé par le Nationalisme Panarabiste, je me permets de vous adresser ce télégramme, au moment où je crois qu’il mérite d’être envoyé.

    Pour être tout à fait clair, je dis, dès le début, que le sujet de ce télégramme est le Sahara Occidental, qui comprend la Saguia el-Hamra et le Rio de Oro.

    Respectable Roi,

    Le 11 juin 1972, j’ai déclaré, moi-même, dans un discours public que la République Arabe Libyenne assumera sa responsabilité panarabe et soutiendra une guerre populaire de libération au Sahara Occidental si l’Espagne ne se retire pas de cette contrée (1). Personne, à l’époque, ne m’a dit que je m’immisçais dans une question d’un territoire marocain. Je n’ai pas parlé de Sebta et Melilla(2), jusqu’à maintenant encore occupés par l’Espagne, parce que cela concerne la souveraineté nationale marocaine.

    Au début de l’année 1973, il y avait une véritable guerre de libération sur le territoire du Sahara Occidental mené par le Front Populaire pour la Libération de Saguia el-Hamra et Rio de Oro (Front POLISARIO). La République Arabe Libyenne a accompli son devoir panarabe en soutenant le POLISARIO avec des armes et en lui ouvrant un bureau à Tripoli.

    Il convient de rappeler que les pays aujourd’hui concernés par cette question n’ont pas coopéré avec la République Arabe Libyenne dans l’approvisionnement du POLISARIO et ils n’ont pas coopéré dans d’autres aspects. Ces pays ont plutôt confisqué (3) les armes qui étaient envoyées de la République Arabe Libyenne au POLISARIO.

    Jusqu’à 1975, quand vous êtes devenu une partie déclarée dans cette question, je vous ai confirmé, par la voie des représentants que vous avez envoyés à cette époque, que la capacité militaire de la République Arabe Libyenne était à votre disposition si vous décidiez de libérer le Sahara Occidental du colonialisme.

    Cependant, ce qui est arrivé c’était que vos forces sont entrées dans une opération d’octroi et de réception du Sahara de la part de l’Espagne, « et que Dieu puisse épargner les fidèles de la guerre ». Jusqu’à présent, je déclare pour l’histoire, que je ne suis pas contre le Maroc. Je croyais que les habitants du Sahara, dirigés par le POLISARIO, n’étaient pas contre l’intégration au Maroc et j’ai remercié Dieu pour le fait que le rôle de la République Arabe Libyenne ait fini couronné par la sortie du colonialisme d’un pays arabe.

    Dieu sait combien j’ai essayé de convaincre la direction du POLISARIO de vous joindre après l’indépendance. Vous vous rappelez, sûrement, des garanties que j’ai eues de votre part pour les membres du POLISARIO. Je ne nie pas que vous m’avez confirmé ces garanties via vos envoyés et via l’ambassadeur marocain à Tripoli.

    Respectable frère, Roi,

    Ce qui est arrivé au Sahara Occidental aujourd’hui est très dangereux, indépendamment de la nature des nombreux dérapages qui ont mené à cela. Les habitants du Sahara, dirigés par le POLISARIO, ont maintenant déclaré au monde qu’ils ne sont ni Marocains, ni Algériens, ni Mauritaniens et que ce sont les fils du Sahara qui ont pris les armes et ont libéré leur pays, et personne d’autre(4).

    L’opération d’annexion du Sahara au Maroc est ainsi devenue, sans équivoque, une opération d’annexion obligatoire. Je parle ici de la réalité et les résultats, pas des raisons et des causes. Je ne me suis pas opposé, jusqu’à maintenant, à l’annexion du Sahara Occidental au Royaume du Maroc ou à la Mauritanie et je ne peux être contre le peuple marocain frère ou contre l’armée marocaine dont le sang coule toujours sur le Golan.

    Au contraire, je suis parmi ceux qui croient en la nécessité de l’unité arabe de l’Océan au Golfe et parmi ceux qui œuvrent avec acharnement pour cela et qui prêchent pour son inévitabilité. Mais il est peu raisonnable d’ignorer la volonté d’un des peuples arabes, qui s’est battue contre cette annexion jusqu’au point de se jeter dans les frontières algériennes. Tindouf est maintenant concentrée de tentes de Sahraouis qui ont fui cette annexion, comme des tentes de pèlerins à La Mecque. Qui peut nier, cher Frère, cette tragédie ; et qui peut nier la volonté des habitants du Sahara ; et qui peut nier le droit de ceux qui, seuls, ont pris les armes pour libérer leur pays ?

    Je ne parle que de vérités tangibles, je ne suis pas partie concernée dans cette dispute territoriale. Je ne parle pas de l’annexion ou du contraire, car l’annexion est maintenant devenue forcée et son succès ou son échec dépend de l’extermination du peuple sahraoui ou de l’armée marocaine – et les deux choses seraient catastrophiques pour nous tous. « Celui-ci est mon père quand je l’appelle et celui-là est mon oncle ». Si nous commençons à utiliser cette méthode, la méthode de l’unité par la force contre les peuples, la carte de la nation arabe changerait et cela inclurait la carte de mon pays et celle du vôtre.

    Majesté, si vous étiez en guerre contre des séparatistes à l’intérieur du Royaume du Maroc, nous nous battrions à côté de vous ; et si vous vous battiez contre des colonisateurs étrangers au Sahara, nous nous battrions à côté de vous ; mais maintenant que vous vous battez contre un peuple qui dit non, alors nous ne serons pas de votre côté.

    La voix que le monde doit entendre est celle du peuple sahraoui, soit-elle pour l’unité avec vous ou pour l’indépendance à côte de vous.

    [Finalement, je ne peux rien dire de plus, sauf ce que Dureid Ibn el-Simma a dit à son peuple : 

    نصحت لعارض واصحاب عارض ……… ورهط بني السوداء والقوم شهدي

    فلما عصوني كنت فيهم وقـــــد ارى ……… غوايتهم واني غير مهـتــــــــــدي

    امرتهم امري بمنعرج الـــــــــــلوى ……… فلم يستبينوا النصح الا ضحى الغد

    وهل انا الا من غزية ان غـــــــوت ……… غويت وان ترشد غزية ارشــد

    Votre frère, le Colonel Mouammar el-Kadhafi, le 28 février 1976.

    Hassan II, à l’époque, était loin d’imaginer que Kadhafi allait un jour arrêter son soutien à la lutte du peuple sahraoui. Selon Jeune Afrique, Kadhafi était agacé par Omar El Mehechi qu’il accusait de conspiration contre son régime. El Mehechi, qui a fini par s’installer au Maroc, a été livre, en 1983, par Hassan II au leader de la Jamahiriya, en échange de sa cessation de son soutien logistique au Front Polisario. Un soutien qui était décisif dans la guerre du Sahara Occidental.

    En effet, si les sahraouis sont arrivés à utiliser des armes sophistiqués dans la guerre contre le Maroc c’est grâce à la générosité de Kadhafi. Les algériens avaient une autre conception. Pour eux, les sahraouis devaient se limiter aux armes qui conviennent à la mobilité et aux principes de la guerre de guerrilla.

    Kadhafi a fourni au Polisario des chars sophistiqués tels que T-54, T-55, T-64 et même des missiles sol-air Quadrant connu en Occidentl sous le nom de « SAM-6 » utilisés par l’armée sahraouie pour la première fois lors de l’attaque à la garnison marocaine de Guelta Zemmour et qui ont changé la donne sur le terrain. La défaite marocaine à Guelta Zemmour a poussé Hassan II à convoquer en personne le chargé d’affaire de l’ambassade soviétique à Rabat pour lui demander de transmettre aux dirigeants soviétiques “les vives protestations de sa Majesté contre la présence de missiles soviétiques de type SAM 6 dans la région”. Face à cette situation, les Etats-Unis ont multiplié leur aide militaire aux marocains.

    Après avoir constaté la capacité et l’efficacité des sahraouis dans l’utilisation de ces armes sophitiqués, les algériens n’ont pas réchigné à suivre les pas de Kadhafi dans leur soutien logistique aux combattants sahraouis.

    (1) En 1972, la Libye avait permis l’émission du premier programme radio pour l’indépendance de Saguia El Hamra et Rio de Oro.

    (2) Jusqu’à présent, le Maroc refuse de revendiquer ces deux villes occupées par l’Espagne

    (3) Il fait allusion à l’Algérie. La décision de confisquer ces armes est dû au fait qu’Alger se méfiait du mouvement sahraoui parce que, lors de la Guerre des Sables, certains habitants d’origine sahraouie de la ville de Tindouf ont soutenu l’occupation marocaine de cette ville lors en 1963. Certains ont même regagné le Maroc à cette époque. Parmi eux, Habbouha qui deviendra Colonel de l’armée marocaine et dirigera la première bataille d’Amgala contre les unités algériennes postées dans cette localité en janvier 1976.

    (4) Le Maroc a toujours refusé de s’engager militairement dans la guerre de libération de la Mauritanie, l’Algérie et le Sahara Occidental. Au contraire, le roi du Maroc n’a pas hésité à conspirer avec les forces coloniales espagnoles et françaises contre les maquisards sahraouis lors de l’opération Ecouvillon. Rabat attend que les habitants libérent leur pays pour ensuite le revendiquer entièrement ou partiellement.

    Tags : Sahara Occidental, Maroc, Libye, Kadhafi, Ceuta, Melilla, armes, Hassan II,