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  • Maroc : A qui profite l’argent du cannabis ?

    La liberté de la presse progresse au Maroc. Un site, Le gri-gri, ose publier un article très complet sur une grosse branche du marzen, le business industriel du haschich entre le royaume et l’Europe. Avec un blanchiment moyen de 120 000 euros tous les deux jours, c’est un potentiel d’environ 22 millions d’euros annuel (près de 32 millions CHF) pour une seule filière approvisionnant quatre pays. L’enquête a révélé que 5 millions d’euros avaient transité par les banques suisses, le reste est passé par des comptes israéliens ou a été converti en or pour le retour au bled.

    Une entreprise qui ne connaît pas la crise

    Ce montant astronomique doit encore être augmenté des frais généraux et des salaires des employés européens pour arriver à une estimation valable du chiffre d’affaire, probablement plus de 25 millions d’euros. Voilà ce qu’un réseau peut collecter et sortir de l’économie légale européenne, voilà ce que nous coûte la prohibition du cannabis. On imagine qu’avec de telles liquidités, il est aisé « d’acheter la route » comme disent les trafiquants pour parler de corruption.

    Artisanat ou industrie ?

    On pourrait penser que ce réseau est particulièrement gros et livre des marchés très dynamiques. Pas du tout. Un rapport du Health Research Board (HRB) pour 2003 estime à 374 millions d’euros annuel le marché de la résine de cannabis en Irlande, un pays de seulement 4 millions d’habitants. Il faudrait donc quinze filières comme celle décrite dans Le gri-gri rien que pour couvrir le marché de la lointaine Irlande. Ou bien cette filière n’est qu’artisanale, ce qui explique qu’elle est démantelée, et il existe bien plus gros. Ou bien de nombreux entrepreneurs au Maroc et en Europe se livrent au même trafic de fourmi. Certainement un mélange des deux.

    Peu de pressions internationales

    Tant tous les cas, ces sommes doivent profiter à beaucoup de patrons, banquiers, policiers, douaniers, hommes politiques au Maroc, c’est sans doute la principale ressource du pays après les devises des travailleurs immigrés. Dans un pays pauvre et corrompu, le marzen n’a pas de peine à se développer. Mais pour des volumes et des sommes pareilles, il faut aussi des complicités en Europe. Comment ce petit pays pourrait-il tenir tête à ses puissants voisins ? Pourtant, Mohamed VI est courtisé par tous les dirigeants européens alors que son pays nous pompe chaque année des milliards d’euros hors taxes.

    L’économie gangrenée

    L’argent du hasch est perdu pour l’impôt en Europe mais il permet au Maroc de payer les nombreuses entreprises européennes, surtout françaises, qui travaillent dans ce pays. Les entrepreneurs européens impliqués dans l’import ou le blanchiment réinvestissent leurs profits, souvent dans leurs entreprises qui deviennent florissantes au prix d’une concurrence déloyale pour les entrepreneurs honnêtes du même secteur. Les banquiers, pas seulement suisses, peuvent-ils encore se passer de ces capitaux flottants souvent disponibles pour des opérations à haut risque ? L’argent du hasch pervertit notre économie à haut niveau, nous sommes loin de l’imagerie d’Epinal des gangs de cités qui survivent grâce au shitstème. Bien au-dessus d’eux, on construit des routes, des usines ou des armes avec l’argent qu’ils collectent en bout de chaîne.

    Des solutions ?

    Pour justifier la prohibition, on peut disserter des heures sur le syndrome amotivationnel des ados qui abusent du joint, on peut ergoter sur les taux de THC, on peut s’empoigner sur la liberté de disposer de son corps et de son esprit… mais chaque année qui passe sans solution pragmatique gangrène un peu plus notre économie. Une dépénalisation de la consommation privée des adultes et de l’autoproduction pourrait diviser en deux le marché noir sans paraître trop incitatif pour la jeunesse puisqu’il n’y a pas de commerce, donc risque de prosélytisme. Une réglementation de la production et de la distribution à but non lucratif peut être envisagée, ces clubs seraient un recours au marché noir pour les adultes. Un marché réglementé comme pour le tabac et l’alcool aurait le plus d’impact économique mais ne garantirait pas forcément une bonne répartition socio-géographique des emplois. Il n’a jamais été question d’un marché libre, sans restriction d’age, de publicité, de santé publique.

    Les solutions existent, plus de 100.000 Suisses ont signé l’initiative populaire pour un marché réglementé, cela correspondrait à environ un million de Français si ce système de démocratie directe existait dans ce pays. Ce processus est assez long et incertain, il ne concerne qu’un pays, il doit servir d’exemple mais à long terme. Devrons-nous attendre dix ans pour réformer cette aberration destructrice ? Oui, si nous ne faisons pas davantage entendre nos arguments partout où c’est possible.

    Laurent Appel

    Maroc : à qui profite le kif ?

    Le procès qui s’est ouvert au tribunal de Bobigny le 5 septembre 2005 met à jour les coulisses d’un trafic de hasch, de devises et de lingots d’or. Le Gri-Gri révèle l’implication de magnats marocains et de commerçants du Sentier.

    Longtemps, les autorités marocaines ont rabâché une version : le trafic de cannabis est organisé par des mafias étrangères exploitant des paysans du Rif sous-payés. Seulement, en France, pas moins de cinq procédures judiciaires contredisent cette rengaine. À en croire les enquêtes policières qui ont disséqué le fonctionnement de ce juteux commerce, les gros bonnets sont des magnats marocains de l’import-export associés à des commerçants du Sentier, temple parisien de la fringue, originaires du Royaume.

    Le 5 septembre, une de ces procédures a abouti à l’ouverture d’un procès fleuve à Bobigny, en banlieue parisienne. Les 26 prévenus, pour la plupart des Marocains, sont accusés d’avoir participé au blanchiment de l’argent du haschich et à son rapatriement sous forme de devises et de lingots d’or vers leur pays d’origine. Entre 100 000 et 140 000 euros tous les deux jours

    Une filière entièrement pilotée à distance par des négociants basés au Maroc.

    Parmi eux, les C., une famille de Nador, propriétaire d’échoppes de tissus et de cybercafés dans plusieurs villes du Royaume. Une couverture, soupçonne la justice française. Dans leurs arrière-boutiques, ces commanditaires délivrent leurs instructions au jour le jour à leurs intermédiaires basés sur l’autre rive de la Méditerranée. Leur station-service située à Nador sert de plaque tournante. À l’aller, les tonnes de résine de cannabis y sont embarquées à bord de camionnettes, de 4×4, voire de bus. Direction la France, la Belgique, l’Allemagne, et les Pays-Bas.

    Au retour, c’est aussi là que les billets et lingots d’or sont déchargés. La fraîche est alors investie dans l’immobilier et dans la culture du chanvre. Et l’or, refourgué aux bijoutiers. Plus intrigant, A. T., l’un des accusés-clés de ce procès (qui comparaît libre !), n’est autre que le bras droit d’un personnage fort connu : …. Soupçonné de blanchiment d’argent par la justice française, ce Franco-Marocain a été arrêté en avril 2004 à l’aéroport de New York et discrètement extradé vers Paris. Très proche, sous le règne d’Hassan II, de Mohamed Médiouri, puissant patron de la sécurité du Palais royal, il est le fils de …, un richissime homme d’affaires du Royaume qui a fait fortune dans le négoce de la ferraille et des engins de travaux publics. Un patriarche si influent qu’il a obtenu que son fils et son acolyte soient défendus par P. H., une star du barreau parisien, également avocat de M. R. (né au Maroc et ami de la couronne), de L. G. et de feu A. S.

    D’après les écoutes téléphoniques, A. T., employé de … dans son magasin du Sentier, joue également les coursiers pour le compte de son patron, faisant la navette entre Paris et Lyon pour rapporter des sacs de sport bourrés de billets. Des sommes qu’il confie illico aux bons soins de M. C., collecteur en chef présumé du réseau, basé à Paris. Ce plombier de formation est soupçonné d’avoir organisé le ramassage, le blanchiment et l’expatriation hors de France de la totalité de l’argent issu de la vente du hachisch. Look gentillet, tempérament réservé, ce Marocain de 29 ans a toutes les qualités pour remplir sa discrète mission. De jour comme de nuit, il sillonne l’Hexagone et même l’Europe à bord de sa Mercedes pour récupérer le magot. En province, il ne se déplace jamais pour moins d’un « mètre », soit 100 000 euros dans le jargon des trafiquants. Début 2003, il aurait ainsi collecté 3,2 millions d’euros en deux mois.

    Une fois l’argent récolté, l’efficace M. C. s’en débarrasse dans les 48 heures. Le grisbi est d’abord stocké à Clichy-la-Garenne chez A. B. dit le « Boupastélé » (le boulanger en arabe). Un modeste commerçant, en apparence, qui possède tout de même un million d’euros, trois boulangeries et une demi-douzaine d’appartements.

    Puis une partie des espèces est écoulée via des comptes bancaires suisses et israéliens. Au total, 5 millions d’euros auraient transité vers le « pays propre », nom de code désignant la Confédération helvétique. Là, détail troublant, dans le dossier apparaît un nom donnant un tout autre relief à l’affaire : J. M.. Du fait de ses liens avec S. H., autre sommité marocaine, ce banquier suisse fait l’objet d’un mandat d’arrêt délivré par le juge d’instruction Philippe Courroye pour blanchiment de capitaux provenant de crimes et délits dans le cadre de l’enquête sur les ventes d’armes à l’Angola.

    Quant au reste du pactole, M. C. en convertit une grande partie en or. Chaque semaine, il commande entre 30 et 50 « fèves » auprès de deux agents de change de la Bourse et du Panthéon, à Paris, également poursuivis dans ce procès.

    Dernière étape, l’expédition des devises restantes et des lingots vers le Maroc. Le trésor est planqué dans les portières et sièges des voitures confiées à des passeurs marocains, visiblement sélectionnés pour leur allure de bon père de famille. Le principal d’entre eux, A. M.. Bien qu’il soit surnommé « Khadafi », ce retraité de 62 ans, père de 6 enfants, n’a rien d’un bandit de grand chemin : petite moustache, lunettes rondes, visage poupin et aspect bonhomme. Et pourtant, il aurait transporté plus de 600 lingots. C’est lui qui, fin avril 2003, sera arrêté avec 400 000 euros camouflés dans sa vielle fourgonnette Mercedes.

    Une interpellation qui permettra aux policiers de démanteler la branche française de ce réseau. Mais ils ne parviendront pas à remonter jusqu’aux commanditaires marocains. Seuls quatre mandats d’arrêts seront délivrés à l’encontre de membres du clan C.. Des mandats restés lettre morte. Plus curieux encore, malgré l’ampleur du trafic, aucun flic, ni douanier, ni gendarme du Royaume n’est inquiété. La complicité des douanes de Tanger ou d’ailleurs reste encore et toujours la partie la plus immergée de l’iceberg.

    Les amis du gri-gri

    Source: Chanvre Info

    Tags : Maroc, trafic de drogues, cannabis, haschich, kif, Ketama, Rif, chanvre,

  • Marruecos : Turismo del cannabis, una nueva fuente de ingreso

    Los servicios de seguridad españoles tendrán que seguir gastando una fortuna en patrullas marinas y a lo largo de la costa andaluza para luchar contra el tráfico de drogas provenientes de Marruecos.

    En lugar de lugar de destruir los cultivos de hachís, Rabat promociona este producto para atraer a los turistas y, de esta manera revitalizar el turismo, un sector vital para Marruecos y que constituye uno de sus principales fuentes de ingreso.

    En este artículo, la página Cannabis Magazine aporta más detalles.

    TURISTAS SE APUNTAN A LA RUTA DEL CANNABIS EN MARRUECOS

    En el bar del hotel, Beatrix, una alemana de 57 años con estilo hippie, se arma un porro a vista de todo el mundo; destaca la “calidad del hachís”.

    Puede que no salga en las guías turísticas ni en los folletos que promueven los viajes a Marruecos, pero la ruta del cannabis atrae al país cada año a miles de personas que buscan disfrutar de los efectos del hachís cerca de donde se produce.

    “El clima aquí es muy especial. ¡No crece nada salvo el ‘kif’!”, dice riéndose Hassan, un marroquí de unos 40 años, en un hotel de la región de Ketama, en el norte, una región considerada como “la meca de la producción de hachís”.

    “Es nuestra principal riqueza”, explica Hassan, que lleva en la muñeca un ostentoso reloj de oro y habla poco sobre sus frecuentes viajes a Casablanca.

    En el bar del hotel, Beatrix, una alemana de 57 años con estilo hippie, se arma un porro a vista de todo el mundo. La turista cuenta que se enamoró de la región por “la calidad del hachís y la amabilidad de sus habitantes”.

    Pese a que en Marruecos el cultivo de cannabis era el medio de vida de unos 90.000 hogares en 2013, según los últimos datos oficiales, vender o consumir droga está prohibido por la ley. Pero en Ketama, donde son muchas las plantaciones que acogen al visitante, el hachís forma parte del patrimonio local y el consumo es ampliamente tolerado.

    Junto con sus amigos, Beatrix organizó a mediados de septiembre un “festival” en Ketama, llamado Bombola Ganja, que en realidad fue una velada entre fumadores delante de la piscina del hotel. En el cartel para la página de Facebook del evento las plantas de cannabis relegaban a un segundo plano a los DJ que prometían mezclas para un “trance psicodélico”.

    Los organizadores también incluyeron un mensaje para pedir que se legalice el cannabis con fines medicinales.

    ¿Pero, por qué elegir Ketama? “Es difícil de responder”, afirma Abdelhamid, director del hotel. “La gente viene atraída por las montañas, el senderismo, el clima”, cuenta, sin mencionar la cultura local del hachís. Cada año, miles de turistas llegan a Ketama, principalmente europeos, pero también viajeros provenientes de las grandes ciudades del país.

    Desde las décadas de los 60 y 70, cuando la ciudad era muy apreciada por los hippies, la imagen de la ciudad ha decaído.

    Este destino comenzó a hacerse un nombre como un lugar “sin ley” y a finales de la década de los 90 la guía francesa Routard incluso aconsejaba a los turistas que evitaran esta zona.

    “El turismo registró una fuerte caída”, confirma a la AFP Mohamed Aabbout, un activista local. Para él, esto también se explica por “la extensión de la cultura del ‘kif’ a otras ciudades del norte de Marruecos”.

    Los “kificultores”

    Destino A unos 100 kilómetros de la ciudad de Chefchaouen está la localidad conocida como Chaouen, es el centro de otra región reputada por su producción. Aquí, los pequeños traficantes y los falsos guías acosan sin tregua a los turistas para ofrecerles hachís o paseos por las granjas para conocer a los “kificultores”.

    Compra “Aquí hay plantas mexicanas, afganas y la beldia (local, en árabe)”, explica un guía, que afirma que la mayoría de los agricultores importa las semillas para obtener más producción; un joven vestido con una camiseta del Paris Saint Germain gastó $us 230 en cannabis.

    Tags : Marruecos, hachís, cannabis, drogas, estupefacientes, kif, Rif, Ketama, turismo de cananabis,

  • Les Juifs étaient les meilleurs vendeurs de haschich du Maroc

    Dans les champs de cannabis marocains, illumination du rôle juif dans le commerce du haschisch du pays

    Une visite des plantations illicites de marijuana mène un écrivain à d’anciens textes religieux, et une recette de couscous très spéciale souligne le rôle historique de cette plante dans la vie juive.

    MAROC – « Vous êtes juif ? Ahlan wa’ sahalan[bonjour et bienvenue], le Maroc était à vous avant qu’il ne devienne le nôtre « , dit Sayid, un Marocain âgé que j’ai rencontré en marchant dans la ville de Tétouan au nord du Maroc.

    « Les Juifs sont venus en Afrique du Nord avant la naissance de l’Islam, explique Sayid. « Les Juifs marocains sont donc indissociables de l’histoire du Maroc. »

    Il est difficile de rester indifférent au respect et à l’appréciation – sinon à l’admiration pure et simple – que les Juifs reçoivent dans les rues du Maroc de nos jours. Plus de 10 000 Israéliens visitent le pays chaque année et sont chaleureusement accueillis.

    Dans les différents marchés, vous pouvez trouver des articles Judaica. Et le gouvernement, pour sa part, veille à commémorer les personnalités et les institutions juives liées à l’histoire du lieu. A savoir, le Maroc est le seul pays musulman au monde qui possède un musée dédié uniquement à la communauté juive qui a prospéré ici dans le passé.

    Sayid et son ami sont assis sur un banc au bord de la rue, fumant du kief, un mélange de tabac et de haschisch, dans une longue pipe en bois.

    « Cette pipe s’appelle sebsi. C’est ainsi que la plupart des Marocains fument leur haschisch « , dit Sayid. « D’habitude, la pipe est en bois d’olivier, mais cette pipe est en bois d’abricot, ce qui donne au fumeur un goût légèrement plus doux et plus agréable en bouche. »

    Je demande s’il est possible de goûter le mélange moi-même. « Bien sûr », répond Sayid. « Mais il vaut mieux ne pas fumer ça au milieu de la rue. Je suis du coin et je connais personnellement tous les policiers du coin, mais vous êtes un touriste blanc. Si un policier vous voit fumer du haschisch au milieu de la rue, il s’approchera immédiatement et vous demandera un pot-de-vin. »

    Sayid me conduit à un petit magasin appartenant à un ami où il se sent plus à l’aise pour préparer un bon « bol » de sebsi, et me tend la pipe avec la bénédiction, « Sacha wa’raha », qui signifie « soyez en bonne santé et reposez-vous bien ».

    50 000 Marocains avec un mandat d’arrêt sur la tête

    Malgré l’apparente ouverture et l’attitude libérale à l’égard du haschisch, le fait que la culture du cannabis au Maroc soit toujours considérée comme une infraction pénale est très inquiétant pour les agriculteurs locaux.

    En fait, à ce jour, près de 50.000 producteurs ont un mandat d’arrestation suspendu au-dessus de leur tête. Ainsi, les agriculteurs marocains qui cultivent du cannabis à l’échelle commerciale sont très méfiants et n’aiment pas que les Occidentaux viennent sur leur territoire avec une caméra.

    Je me suis arrangé avec Francis, un cultivateur de cannabis français avec des années d’expérience de coopération avec les Marocains, pour m’emmener visiter les parcelles de cannabis d’un de ses partenaires près du village de Katma. Le village est situé dans les montagnes du Rif, une belle chaîne de montagnes dans le nord du Maroc où l’on cultive presque tout le cannabis du pays.

    Après presque trois heures de route dans les montagnes, nous arrivons à notre destination : une immense villa pittoresque sur le flanc d’une montagne.

    C’est le manoir du « Patron », me dit Francis (le nom du propriétaire a été changé pour protéger son identité). « Ici, il héberge ses amis ou partenaires d’affaires. »

    La villa est presque vide à l’exception d’un groupe de cinq Italiens, d’une paire de Polonais, de quatre ouvriers locaux qui entretiennent la cuisine – et de kilos de haschisch sur la table et suspendus pour sécher à l’air. Je me sens en sécurité, mais l’atmosphère est assez ombragée.

    Un prisonnier dans son propre palais

    Je ne rencontre Patron que le lendemain matin alors que nous terminons un somptueux petit déjeuner et que nous nous préparons à sortir dans les champs de cannabis.

    « Patron, c’est l’Israélien que je voulais te présenter, dit Francis en guise d’introduction.

    « Enchanté de vous rencontrer », j’ai dit, en tendant la main.

    Patron me donne un regard pénétrant. « Vous aussi, » répond-il. « Parlons quelques minutes avant de partir en tournée. »

    Une des femmes nous sert des verres de thé à la menthe sucrée. « Vous avez une très belle propriété ici », dis-je en essayant de briser la glace.

    « Merci », répond Patron. « Mais qu’est-ce que ça vaut si j’ai toute cette bonté et que je suis en prison ? »

    Patron m’explique qu’il fait l’objet d’un mandat d’arrêt lui aussi depuis plusieurs années maintenant.

    « Mon pot-de-vin ne me permet de me déplacer que dans une zone limitée de plusieurs villages sans être arrêté « , dit-il. « Si j’ai un événement familial à Casablanca ou à Marrakech, par exemple, j’ai un problème. »

    « Maintenant, écoutez », prévient Patron. « Je vous envoie avec Mahmoud, le frère de ma femme. Vous ne pouvez pas allumer la caméra sans sa permission. Il n’y a pas de plans à 360 degrés. Tu ne prends qu’une direction à la fois, compris ? »

    Je dis bien sûr, et nous sommes en route.

    Après environ 15 minutes d’un trajet particulièrement cahoteux, nous arrêtons la voiture au pied d’une petite colline. De l’autre côté, un petit jardin d’Eden vous attend : Un champ plein de plantes de cannabis mûres, en pleine floraison et prêtes pour la récolte.

    Nous allumons un joint et profitons du paysage époustouflant qui se dresse devant nous quand Mahmoud se tourne soudain vers moi et me dit : « Tu sais, maintenant que j’y pense, mon père m’a dit un jour que les Juifs étaient les meilleurs vendeurs de hash du Maroc ».

    Les Juifs étaient les meilleurs vendeurs de haschich du Maroc.

    Nous voyageons entre de grandes montagnes verdoyantes et des routes non pavées. Une forte odeur de cannabis monte dans l’air, tandis qu’en arrière-plan, j’entends Francis et Mahmoud négocier le prix du prochain lot de graines que Francis va apporter d’Europe le mois prochain.

    Jusqu’à il y a quelques années encore, la plupart des agriculteurs locaux auraient cultivé le Bildia, une variété de cannabis locale acclimatée au climat de la région, mais avec une production de résine relativement faible et une faible teneur en THC (tétrahydrocannabinol, la principale substance psychoactive active du cannabis). Cela avait maintenu la production de haschisch à un niveau relativement bas et les effets du produit final étaient faibles.

    Ces dernières années, les Marocains ont importé d’Europe de plus en plus de souches hybrides capables de produire une production de résine beaucoup plus élevée et une teneur en THC environ cinq fois supérieure.

    Après environ 15 minutes d’un trajet particulièrement cahoteux, nous arrêtons la voiture au pied d’une petite colline. De l’autre côté, un petit jardin d’Eden vous attend : Un champ plein de plantes de cannabis mûres, en pleine floraison et prêtes pour la récolte.

    Nous allumons un joint et profitons du paysage époustouflant qui se dresse devant nous quand Mahmoud se tourne soudain vers moi et me dit : « Tu sais, maintenant que j’y pense, mon père m’a dit un jour que les Juifs étaient les meilleurs vendeurs de hash du Maroc ».

    Les Berbères cultivent, les Juifs vendent

    Cette information enflamme mon imagination, mais Mahmoud ne peut pas me donner beaucoup de détails sur la part des Juifs dans la scène du haschisch au Maroc – pas plus que les gens du pays que j’essaie de questionner. Heureusement, à mon retour en Israël, je rencontre le Dr Doron Danino, un expert du judaïsme marocain, qui sait exactement de quoi parlait Mahmoud.

    « Les Juifs en général ne cultivaient pas de cannabis, explique Danino. « Mais ils ont reçu un monopole du roi pour la vente de tabac au Maroc, et cela comprenait la vente de la plante de cannabis et du haschisch produit à partir de celle-ci. »

    Selon Danino, les fermiers berbères des montagnes du Rif étaient des agriculteurs qualifiés, mais la plupart étaient analphabètes et parlaient principalement la langue amazighe (berbère), qui n’avait jusqu’à relativement récemment aucun système d’écriture.

    Après la conquête musulmane du Maghreb au début du VIIIe siècle, la plupart des citadins parlaient arabe, de sorte que la communication avec la communauté berbère isolée était parfois difficile.

    « Mais les Juifs parlaient plusieurs langues, et ils avaient un sens des affaires, ce qui en faisait un partenariat mutuellement bénéfique « , dit Danino.

    Une querelle de voisinage : Sur le haschisch et les souris

    Aujourd’hui, malheureusement, il reste très peu de documentation qui puisse éclairer davantage les détails du commerce du haschisch juif au Maroc. Mais un examen attentif des textes religieux écrits par les rabbins des communautés locales aux XVIIIe et XIXe siècles révèle des informations fascinantes sur l’implication des juifs dans la scène du haschisch au Maroc.

    Écrit au XVIIIe siècle et imprimé à Jérusalem dans les années 1930, le livre « Avnei Shayish » du grand rabbin de Sefrou, le rabbin Shaul Abitbul, détaille les droits de licence annuels que les marchands juifs de haschisch devaient payer au roi chaque année : 24.000 rials espagnols.

    Et bien qu’un certain nombre de sources religieuses de l’époque fassent référence à des questions liées au haschisch, aucune ne mentionne l’interdiction de la consommation, ou même du commerce, de cette substance.

    Il y a, par exemple, une description amusante d’un conflit entre voisins qui s’est développé à la suite d’une vente de haschisch dans le livre « Shofriya DeYakov », écrit par le sage Yaakov Bardugo, chef du tribunal rabbinique de Meknès, il y a 200 ans.

    Le texte décrit comment les voisins voulaient qu’un marchand juif local cesse d’utiliser son appartement comme base pour son commerce de tabac et de haschisch.

    Selon le texte, « les propriétaires des[autres] maisons se sont levés et l’ont poursuivi en justice… parce que les plafonds et les murs étaient abîmés par les souris qui s’égarent et qu’on trouve beaucoup dans les endroits où le blé et d’autres cultures sont entreposés ».

    Malheureusement, les souris ne sont qu’un de leurs problèmes.

    « Tous les propriétaires des maisons prétendaient aussi que[le marchand] ne pouvait pas utiliser un appartement ou une cour pour loger le tabac et le kief », poursuit le texte, « à cause de l’odeur qui en émane et nuit aux bébés, et aussi aux adultes qui n’y sont pas habitués ».

    Mais il s’avère que le plus gros problème pour les voisins n’est pas les souris ou la puanteur – mais plutôt les clients mal élevés qui viennent, goûtent la marchandise, et mangent.

    « Et en plus de la multitude de ceux qui entrent et sortent de leur cour, c’est aussi un grand dommage quand[les clients] deviennent fous sur les résidents locaux, surtout les femmes et les enfants… puisque tous les clients de ce commerce sont forts et agressifs, et ils sont toujours fous et confus et ivres. Et ils demandent du pain, ou une compote, et du charbon pour brûler, et personne ne peut rien leur dire. »

    Il est clair que les Juifs du Maroc savaient comment faire de l’argent avec le commerce du haschisch. La question demeure cependant de savoir s’ils l’ont consommée eux-mêmes à des fins récréatives.

    Le couscous aux mille épices

    Les Juifs marocains n’étaient probablement pas de gros fumeurs de haschisch, mais selon Raphaël Attias du Centre des Juifs d’Afrique du Nord, il y avait des événements spéciaux où le cannabis était utilisé.

    Les célébrations familiales ou communautaires comme les mariages ou les bar-mitsvahs commençaient souvent le soir précédant l’événement, où les groupes mangeaient, buvaient et se régalaient. Souvent, ils servaient du shakshuk dal-ashub – un célèbre plat de couscous contenant du haschisch – pour les aider à se mettre dans l’ambiance avant le grand jour.

    Shakshuk dal-ashub est un couscous qui est préparé avec  » mille épices « , explique Danino. « Maintenant, il y a certains endroits dans le nord du Maroc, surtout autour du Rif, où d’autres épices qui étaient communes dans la région ont été ajoutées à ce plat. »

    « L’histoire est familière », dit Danino. « Ils organisaient des soirées pour les femmes, en particulier la cérémonie du henné avant un mariage, où les femmes allaient au mikvah[bain rituel] et organisaient une’fête des femmes’. Et à cette fête, ils préparaient aussi le shakshuk dal-ashub et y mettaient des choses qui les rendaient plus heureux. »

    Source : The Times of Israel, 12 mars 2019

    Tags : Maroc, cannabis, kif, haschich, Ketama, Rif, juifs,