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  • La variété locale du cannabis au Maroc est-elle la voie à suivre?


    Par Pierre-Arnaud Chouvy, CNRS-Prodig, Geopium

    Le Maroc serait l’un des principaux producteurs de haschich au monde depuis les années 80, lorsque la production à grande échelle s’est vraiment développée dans la région du nord du Rif, où la culture du cannabis est tolérée depuis longtemps.

    Au cours de la dernière décennie, la culture du cannabis dans le Rif a subi sa plus importante évolution depuis l’émergence de l’industrie du haschisch dans les années 1960. Une grande partie de la variété locale de cannabis kif (une race locale) a été rapidement supplantée par des hybrides modernes avec des rendements de résine beaucoup plus importants et une puissance beaucoup plus élevée qui peuvent produire de plus grandes quantités d’un haschich plus puissant. En conséquence, il est probable que la baisse des deux tiers signalée de la culture du cannabis qui a commencé au milieu des années 2000 en raison de pressions accrues en matière de répression a été au moins partiellement compensée par une augmentation des rendements.

    En effet, à partir de la fin des années 2000, l’industrie marocaine du cannabis s’est adaptée à la pression locale et à la concurrence internationale (substitution des importations en Europe) en se transformant grâce à l’utilisation de variétés de cannabis à haut rendement, des pratiques de culture modernes et des techniques modernes de production de haschisch, avec le résultat est que des dérivés de cannabis plus puissants et plus variés sont maintenant produits.

    Alors que l’adoption de telles variétés à haut rendement s’est très probablement avérée économiquement avantageuse pour les producteurs locaux, au moins en rendant le nouveau haschisch marocain plus attrayant et exportable, le passage massif du kif principalement pluvial à des hybrides systématiquement irrigués a alourdi le fardeau sur les ressources en eau limitées de la région. Face à une utilisation non réglementée et sans entrave des eaux souterraines par l’industrie modernisée du cannabis et à une sécheresse nationale prolongée qui a déclenché des troubles sociaux depuis 2015, les autorités marocaines auraient choisi d’interdire le semis d’hybrides assoiffés pendant la saison 2020.

    Dans l’intervalle, selon les discussions tenues avec les agriculteurs du Rif, les mesures de confinement et les fermetures de frontières provoquées par la pandémie COVID-19 (y compris au Maroc) ont gravement perturbé l’importation de semences hybrides approvisionnées annuellement principalement en Espagne et aux Pays-Bas. En conséquence, le semis de graines hybrides a été largement compromis et la plupart des cultivateurs de cannabis marocains ont dû recourir à la culture du kif, la variété locale du cannabis marocain qui est par définition la mieux adaptée à son environnement naturel, compte tenu notamment de la rareté croissante des ressources en eau. Il est probable, cependant, que certains agriculteurs auront eu recours à des semis d’hybrides pollinisés par des plantes kif voisines, même si cela impliquait des rendements réduits.

    Pourtant, interdire la culture d’hybrides ne garantit pas une moindre utilisation de l’irrigation puisque des rendements bien plus élevés peuvent être obtenus avec le kif irrigué qu’avec le kif pluvial. La récolte 2020 pourrait bien s’avérer financièrement intéressante car les graines hybrides coûteuses auront été remplacées par des graines de kif gratuites obtenues à partir des récoltes passées, car les systèmes d’irrigation mis en place pour les hybrides peuvent être utilisés pour augmenter les rendements de kif, et comme le haschisch produit à partir de la atteignant déjà des prix plus élevés au cours des dernières saisons.

    La perturbation causée par la pandémie associée aux restrictions liées à la sécheresse à la culture hybride peut avoir un côté positif puisque les ressources en eau de la région sont trop rares pour permettre la culture d’hybrides à grande échelle à long terme. De plus, le passage massif du kif aux hybrides pourrait contrecarrer les opportunités des agriculteurs marocains de profiter des valeurs intrinsèques et ajoutées de leur terroir, de leur race et de leurs techniques de production traditionnelles (tamisage manuel à sec). Surtout dans un marché déjà saturé de produits de cannabis issus d’hybrides.

    L’avenir de la région du Rif dépend en grande partie de l’avenir de l’industrie du cannabis car le cannabis est l’une de ses rares cultures commerciales rentables. Et l’avenir de l’industrie du cannabis dans le Rif dépend à la fois de pratiques urgentes de conservation des ressources naturelles (en particulier du sol et de l’eau) et du développement d’une culture de cannabis artisanale de haute qualité qui se distinguera sur un marché mondial à croissance rapide et compétitif où les hybrides modernes puissants et les variétés locales rares sont les grandes tendances.

    L’avenir du Rif et celui de son industrie du cannabis sont intimement liés et peuvent être prometteurs à condition de mettre l’accent, sur le terroir, ou sur ce qu’on a appelé le «goût du lieu» en anglais. La pandémie et la sécheresse devraient être considérées comme des opportunités pour le Rif de relancer son agriculture pré-intensive et hybride: en valorisant et en préservant ses caractéristiques géographiques et historiques distinctives, ses pratiques agricoles à faible impact (peu d’irrigation et d’intrants chimiques) , l’originalité et la typicité de son haschich, ainsi que sa qualité.

    Ceci peut être réalisé en préservant la race locale du Rif car seule la variété kif est adaptée aux sols difficiles et aux conditions climatiques de la région du Rif: en préservant le kif, on peut préserver le Rif et vice-versa.

    Au final, seule une réglementation légale rendra possible les réglementations environnementales et agricoles nécessaires en reconnaissant le Rif comme un terroir de cannabis, où le haschisch produit selon des normes biologiques et plus équitables se voit attribuer une appellation d’origine protégée à valeur ajoutée dans un environnement de plus en plus compétitif. marché mondial du cannabis.

    Source :idpc.net, 8 oct 2020

    Tags : Maroc, cannabis, haschich, kif, chanvre, marijuana, drogue, stupéfiants,

  • Savona – Arrestation d’un réseau de trafic de drogue entre le Maroc et l’Italie


    Les carabiniers ont découvert et bloqué un gang de trafiquants de drogue qui transféraient du haschich et de la cocaïne du Maroc – via l’Espagne – et approvisionnaient la Ligurie, le Piémont et une partie de la Lombardie.

    L’Unité d’enquête du Commandement provincial des carabiniers de Savone, à Alexandrie et Novi Ligure (AL), assistée de leurs collègues de Novi Ligure, a exécuté une ordonnance d’application d’une mesure de précaution personnelle rendue par le juge des enquêtes préliminaires de la Cour ordinaire d’Alexandrie, à la demande du parquet d’Alexandrie, contre ELGHARIB Kacem et BOUKHAIRAT Rachid, tous deux marocains de 33 ans, pour délits de trafic de drogue et d’extorsion.

    La mesure de précaution est née dans le cadre d’une enquête menée par l’Unité d’enquête des carabiniers de Savone dénommée « Souk Express », concernant une association criminelle opérant dans les provinces de Savone, Gênes, Alessandria et Bergame, constituée de ressortissants du Maghreb, dédiée au trafic de grandes quantités de drogues telles que le haschich et la cocaïne.

    Les envois de drogues, en provenance du Maroc et d’Espagne, ont atteint la Ligurie par le transport routier, ou par l’utilisation de véhicules articulés (pour le haschich) et de voitures soigneusement modifiées (pour le transport de cocaïne).

    Au sommet de l’équipe criminelle a été identifié cet ELALOUI Said, un Marocain de 37 ans résidant à Novi Ligure (AL), qui opérait avec l’aide de subordonnés de confiance, en charge d’organiser les voyages et de recruter ceux qui devaient transporter la drogue.

    SAID était également propriétaire d’une société d’import-export de véhicules à Novi Ligure, qui au fil des ans avait acheté divers véhicules d’occasion, proposés à la vente par des particuliers ou des concessionnaires, puis utilisés pour le transport de stupéfiants.

    L’enquête menée par l’Unité d’enquête des carabiniers de Savone, lancée en 2018 et coordonnée dans un premier temps par le parquet de Savone puis par celui d’Alexandrie, a permis de déceler une image complète des associés et des moyens de transport qu’ils utilisaient, des drogues, les sujets qui ont émergé étaient également déjà connus de ce commandement, car ils étaient impliqués dans des activités antidrogue similaires.

    Les enquêtes ont permis de découvrir comment les suspects avaient élargi leur champ d’action, ainsi que dans ce domaine, également dans le Bas-Piémont et en Lombardie, avec des objectifs évidents visant à consolider leur présence dans ces zones.

    La morphologie de la province de Savone, caractérisée par la présence de ports et de carrefours routiers (il suffit de penser aux ports maritimes, à l’Autostrada Dei Fiori et à Turin – Savona, qui grâce à l’utilisation des sorties et des routes intermédiaires vous permettent d’accéder facilement différentes villes du Piémont), il était bien adapté aux objectifs et aux besoins de l’association criminelle.

    Le suivi des «mouvements» des suspects a permis à l’Unité d’investigation, le 28 février 2019, de procéder à l’arrestation en flagrant délit d’ELALOUI Said et ELGHARIB Kacem, 33 ans marocain, dans le cadre d’activités de lutte contre le trafic de drogue préparé en collaboration avec la société Carabinieri de Novi Ligure. Le service était issu d’une analyse des mouvements des suspects, qui avait permis d’identifier l’arrivée dans notre pays, et plus précisément dans la province d’Alexandrie, en provenance d’Espagne et passant par la Ligurie, d’un grand lot de médicament.
    La découverte de grandes quantités des deux différents types de stupéfiants, le haschisch et la cocaïne, a permis de comprendre comment le groupe criminel a pu s’approvisionner, délocaliser et gérer divers marchés illicites en Ligurie, dans le Bas-Piémont et en Lombardie.

    En outre, certains suspects, afin de résoudre certains problèmes qui se sont posés entre eux, provenant de conflits au sein de la gestion de la pègre, ont procédé à de véritables agressions physiques et extorsion, battus et menacés avec des couteaux et autres objets contondants leurs clients en retard de paiements. pour les fournitures de médicaments.

    Les enquêtes menées sur la drogue saisie par les laboratoires d’analyse des substances narcotiques des Carabinieri, ont certifié l’excellente qualité des marchandises, certifiant en outre la compétence et la capacité pénale des suspects:

    – à partir de 90 Kg de haschich, divisé en 880 comprimés, environ 850 000 doses de dopage moyennes ont pu être obtenues, pour une valeur totale de plus de 5 000 000 euros;

    – à partir de 20 gr. de cocaïne, divisé en 8 boyaux, 102 doses de dopage moyennes ont pu être obtenues, pour une valeur totale d’environ 5 000 euros.

    L’enquête a rapidement révélé que le financement, la planification, l’organisation et la cruauté avec lesquels le marché de la drogue illicite était géré étaient la seule activité et source de revenus d’ELALOUI Said et de ses associés.

    A l’issue de l’enquête, un total de 6 personnes d’origine marocaine, âgées de 33 à 39 ans, ont été dénoncées à l’autorité judiciaire compétente.

    Le 3 octobre 2020, une ordonnance d’application d’une mesure conservatoire rendue par le G.I.P. de la Cour d’Alexandrie, soumettant:

    • ELGHARIB Kacem, déjà incarcéré à Alessandria, à l’interdiction de rester sur le territoire de la municipalité de Novi Ligure;

    • BOUKHAIRAT Rachid en garde à vue en prison.

    Les arrêtés étaient tous deux associés à la prison d’Alexandrie

    Source : liguriaoggi.it, 8 oct 2020 (traduction non officielle)

    Tags : Maroc, Italie, drogue, cannabis, cocaïne, stupéfiants, haschich, kif,

  • Maroc : Et si on légalisait le cannabis ? (Dossier)

    Source : TelQuel (Maroc) n°233 du 17/07/06

    Par Ahmed R. Benchemsi et Bart Schut

    Avant d’être adoptée par TelQuel, cette position sur la légalisation du cannabis a été soumise au vote en conférence de rédaction, vendredi 16 juin. Nous étions 8. Résultat : 5 pour, 1 contre et 2 abstentions.

    Les hurleurs vont hurler, les moralisateurs moraliser, les pleureuses pousser des wili wili stridents… Mais voilà, c’est fait : la question est enfin posée frontalement, et mise en valeur comme elle le mérite. Il était temps. Ce débat planétaire n’avait pas encore été ouvert chez nous, alors que nous sommes, en tant que citoyens du premier pays producteur mondial de haschich… les premiers concernés !

    Des arguments pour légaliser, il y en a pléthore. Nous avons choisi – et nous l’assumons – de mettre en avant ceux-là, à l’exclusion des autres. Il y a sans doute des contre-arguments valables. Que ceux qui les défendent les mettent en avant, ce sera assurément plus intelligent – et plus instructif – que de récriminer aveuglément contre TelQuel. Ce pays manque cruellement de débats de fond, espérons que celui-là prendra.

    Mais allons, pour être cohérents, au bout de notre logique : la seule personne qui détienne assez de pouvoir pour prendre cette décision, c’est le roi Mohammed VI. La prendra-t-il ? Il est permis d’en douter.

    C’est d’abord son statut d’Amir al Mouminine qui pourrait l’en empêcher. On le dit haram, mais tout comme l’alcool, le cannabis n’est pas explicitement interdit par l’islam. Il l’est de manière détournée – et contournable, pour peu qu’on fasse l’effort d’Ijtihad [interprétation ouverte des textes, note de Raph] nécessaire. Sauf que les Marocains n’y sont pas prêts. Ils sont prêts à inonder le marché mondial de kif made in Morocco, prêts à fumer un milliard de joints par an (authentique !), oui… mais pas encore prêts à admettre tout ça. Le second obstacle, c’est l’opinion internationale – traumatisante, comme on le sait, pour nos officiels. Si nous légalisons, il est à parier que l’Occident réagira en vierge effarouchée, oublieux des politiques de légalisation et de dépénalisation du cannabis qui ont cours sur son sol.

    Pour toutes ces raisons, et connaissant le tempérament prudent et réservé de notre roi, il est peu probable que le cannabis soit légalisé au Maroc – production, commerce et consommation, comme nous le préconisons. Ce serait pourtant une décision historique, une première à l’échelle mondiale, et qui serait sous-tendue par un argument de souveraineté imparable : “le bien de mon peuple d’abord”… Sur les 6 pages suivantes, nous expliquons pourquoi.

    A.R.B

    Soyons clairs. Ce que nous proposons de légaliser

    Légalisation, tolérance, décriminalisation, dépénalisation : facile de se perdre dans cet embrouillamini de termes juridiques. Juridiquement parlant, voici ce que nous entendons exactement, dans ce dossier de TelQuel, par “légalisation” : une acceptation légale entière de la consommation, la production, le transport et la vente de tous les produits dérivés du cannabis (et principalement la résine, dite haschich), à l’intérieur des frontières du royaume.

    Soyons honnêtes : aucun pays au monde, jusqu’à présent, n’est allé aussi loin. Pas même les Pays-Bas, pays le plus tolérant au monde s’agissant du cannabis. Là-bas, tout ce que nous avons cité plus haut est légal, sauf la production et le transport. Pourquoi aller plus loin ? Tout simplement parce que le Maroc est non seulement un pays producteur mais le premier producteur au monde de résine de cannabis. Limiter le vŚu de légalisation à la consommation aurait consisté à reconduire une hypocrisie qui a fait suffisamment de ravages, au Maroc et dans le monde. Légaliser la production de cannabis, la plus importante ressource naturelle que Dieu ait accordé à ce pays, ne serait d’ailleurs qu’un pas “officiel” à franchir, puisque sur le terrain, elle est très largement tolérée – et visible sans effort, et sans quitter la route nationale, pour quiconque effectue le trajet Fès-Ketama. Pourquoi limiter notre scénario à l’intérieur des frontières du royaume ? Parce que nous sommes libres de promulguer nos propres lois, mais pas de changer celles des autres. L’évidence même.

    Six raisons pour le faire

    1. Les consommateurs ne seraient plus des criminels

    Il y a peu de chances, cher lecteur, que vous soyez un producteur de cannabis. Il y en a nettement plus, en revanche, que vous en soyez un consommateur – ou, au moins, que vous ayez des amis qui le soient. De près ou de loin, vous êtes de toute façon concerné par une hypothétique légalisation du cannabis. L’effet le plus important que cela aurait, en effet, serait la décriminalisation de centaines de milliers de personnes dans notre pays. Pas seulement les fumeurs, mais aussi ceux qui les connaissent et ne les dénoncent pas (et qui sont légalement considérés, aujourd’hui, comme “complices”).

    Imaginez que vous puissiez allumer un joint dans votre salle de séjour, sans que vos amis non-fumeurs commencent à gigoter sur leurs sièges, en baissant la voix et en regardant autour d’eux pour s’assurer que toutes les personnes présentes sont fréquentables… Imaginez que vous puissiez entrer dans un magasin (comme à Amsterdam) et dire : “10 grammes s’il vous plaît !” Finis, les rendez-vous louches dans les voitures des dealers. Finis, les coups de fil tardifs à vos amis quand vous êtes à court de “matière première”. Plus besoin de tout cela ! Vous pourriez garder votre réserve personnelle au placard (ou sur votre table de cuisine) et si vous êtes à court de marchandise, il vous suffira d’aller au magasin du coin, ou de rencontrer votre dealer, en plein jour et en tout bien tout honneur, pour vous approvisionner. La vie ne serait-elle pas beaucoup plus simple ainsi ?

    Le fait est qu’aujourd’hui, des centaines de milliers de nos compatriotes sont condamnés par une loi que tout le monde transgresse d’une façon ou d’une autre. Les chiffres fournis par Altadis (ex Régie des tabacs) concernant la vente du papier et du tabac à rouler au Maroc, nous mènent à cette ahurissante conclusion : plus d’un milliard de joints sont fumés (donc plus d’un milliard d’infractions sont commises) chaque année au Maroc ! Des centaines de milliers de citoyens, honnêtes comme vous et moi, commettent ainsi, chaque jour, un “crime” qui ne consiste, en fin de compte, qu’à satisfaire une envie personnelle – comme d’autres le font en allumant une cigarette ou en ouvrant une bouteille de Cabernet, sans déranger personne.

    Ce n’est pas seulement le consommateur qui y gagnerait à ne plus être considéré, ni traité comme criminel. Les non-fumeurs se sentent en effet mal à l’aise quand du haschisch circule dans une réception, surtout quand ce sont eux qui reçoivent. Si la police fait une descente à votre domicile et qu’elle y trouve des stupéfiants (qu’ils soient à vous ou pas), c’est vous qui devrez vous en expliquer devant un juge !

    C’est évident : c’est une question morale qui se pose. Si l’Etat considère ses citoyens (qui peuvent être des consommateurs de cannabis) comme des individus sérieux et mûrs qui ont le droit de voter, défendent leurs pays en temps de guerre, contribuent à sa richesse en payant leurs impôts… pourquoi ne leur donnerait-il pas le droit de gérer leur vie privée (et les éventuels risques pour leur santé – lire encadré ci-contre) comme ils l’entendent ? Toute liberté supplémentaire octroyée au peuple est un signe de maturité et d’émancipation, non seulement pour le consommateur-citoyen mais pour l’Etat lui-même. Par ailleurs, la légalisation aurait pour e ffet de diminuer le prix de la marchandise (lire plus loin). Encore une raison, pour les fumeurs, de continuer à faire ce qu’ils ont toujours fait, mais cette fois avec un (plus) grand sourire…

    2. Les producteurs deviendraient honorables

    On a vu à quel point la décriminalisation changerait la vie du consommateur. Imaginez, maintenant, la vie du producteur… Elle changerait de fond en comble, et pour toujours ! Selon les estimations conjointes de l’Agence pour le développement du Nord et des Nations Unies, quelque 100 000 familles rifaines, soit 800 000 personnes, dépendent directement de la culture du cannabis. Tous ces gens sont donc, à aujourd’hui, des hors-la-loi.

    Une fois légalisé, le cannabis deviendrait un produit agricole comme un autre. Oubliée, l’épée de Damoclès planant en permanence sur des centaines de milliers de têtes ! Oubliées, les poursuites arbitraires contre quelques cultivateurs (forcément des boucs émissaires, vu l’ampleur des cultures). Oubliées, les destructions intempestives des récoltes et les appauvrissements collectifs dramatiques et sans issue qui en résultent ! Imaginez l’effet d’un tel changement sur la psychologie de ces populations qui se sentent exclues de notre société depuis plusieurs décennies. Imaginez les Rifains se sentant enfin des citoyens actifs, productifs, et respectés…

    Mais l’effet serait loin d’être uniquement psychologique. Une fois le cannabis légalisé, plus aucun obstacle n’empêcherait les cultivateurs d’étendre leur production. L’augmentation prévue du flux touristique dans le nord du pays entraînerait l’augmentation de la demande et, par ricochet, celles de la production et des revenus des cultivateurs et de leurs familles. Mieux, les cultivateurs pourraient s’impliquer dans la transformation de leur production brute (bottes de kif) en résine de cannabis consommable ; ils pourraient même en assurer le transport, voire la distribution – trois processus actuellement contrôlés par les mafias. Après la légalisation, les chefs mafieux n’auraient alors plus que les choix suivants : se convertir au commerce légal (ce qu’ils hésiteraient à faire, vu que leur marge bénéficiaire s’en trouverait fortement réduite) ; abandonner le commerce du cannabis (à cause, là encore, des marges désormais faibles) ; ou axer leurs activités sur l’exportation vers l’Europe (un créneau juteux mais qui resterait dangereux, car toujours illégal – sauf dans le cas improbable d’une révolution culturelle européenne). Dans les deux premiers cas, les effets de la légalisation seraient spectaculaires : des centaines de criminels mafieux n’auraient plus, du jour au lendemain… aucune raison de le rester !

    S’il n’est plus besoin de graisser la patte aux policiers ou aux gendarmes, si le producteur comme le transporteur de haschisch ne courent plus aucun risque, le cultivateur pourra enfin commencer à gagner sa vie décemment, en récupérant les marges de ses anciens “maîtres” mafieux. Ceux qui ont étudié la question ou ceux qui ont été faire un tour dans les montagnes rifaines le savent : actuellement, ce ne sont pas les petits cultivateurs qui roulent dans de grosses 4×4, mais bel et bien les gros barons.

    Les cultures alternatives ? On en parle depuis 50 ans mais toutes les études le démontrent : vu la nature ingrate du sol montagneux rifain, la plus lucrative des cultures alternatives est cinq fois moins rentable que celle du kif. Et cette dernière, vu ses conditions actuelles, permet à peine la survie des cultivateurs, coincés entre la double pression de la mafia de la drogue et des autorités. Tout cela ne peut plus durer… N’ayons pas peur de ce constat : à moins d’envisager un exode massif des paysans rifains, la seule manière de leur garantir des conditions de vie un minimum décentes est d’envisager la légalisation du cannabis.

    3. Une source majeure de corruption disparaîtrait

    Là où il y a délit, il y a corruption. La production, le trafic et la consommation sont des délits, et la corruption est une incontournable réalité dans le Rif – même s’il est, évidemment, impossible de la chiffrer. La grande question est donc : si on légalise le cannabis, le volume de la corruption dans le Rif baissera-t-il significativement ?

    À en croire l’ONG Transparency Maroc, chaque transaction économique légale dans notre pays engendre, en moyenne, un surcoût de 10 à 15% généré par la corruption. Même légalisé, le commerce du cannabis pourrait donc rester (au moins en partie) une activité “au noir” – tout comme le bâtiment ou le transport le sont aujourd’hui, dans l’unique souci d’augmenter les marges bénéficiaires des acteurs de ce commerce. Mais il y a tout de même une différence majeure : aujourd’hui, les intervenants dans le marché du cannabis sont obligés de corrompre, ils n’ont pas le choix. Demain, si le cannabis est légalisé, ils auront le choix. Fatalement, ils seront moins nombreux à faire ce choix. Et ceux qui le feront paieront de toute façon moins qu’avant, puisque “couvrir” du commerce au noir “coûtera” forcément moins cher que “couvrir” le trafic d’un produit illégal. L’un dans l’autre, la légalisation induira donc une baisse conséquente de la corruption.

    Mais ne rêvons pas trop… L’export restera le débouché le plus lucratif pour le haschich marocain et il restera illégal. Le chemin vers Algésiras restera donc truffé d’officiels qui prélèveront leur part sur le trafic. Mais au moins, les agents d’autorité (policiers et gendarmes) chargés aujourd’hui de réprimer le trafic intérieur, devront réfléchir à un autre moyen d’arrondir leurs fins de mois. Sans oublier leur hiérarchie, qui pourra les réaffecter tous (et ils sont nombreux) à d’autres tâches. Comme, par exemple, renforcer le contrôle aux frontières, pour rendre celles-ci plus étanches aux trafiquants internationaux, qui seront restés des hors-la-loi. Un bon argument pour mieux “vendre” notre processus de légalisation à des Etats européens qu’on imagine déjà sceptiques…

    4. Les recettes fiscales exploseraient

    Les effets macro-économiques de la légalisation du cannabis sont bien sûr difficiles à prévoir. Un expert en économie agricole prévoit néanmoins, en cas de légalisation, “un enrichissement des populations du Rif qui gonflerait notre PIB, car actuellement les énormes revenus du cannabis ne sont pas comptabilisés dans les statistiques nationales”. Du PIB, sans doute. Mais quid des recettes fiscales ? Depuis 1984, l’activité agricole au Maroc est exonérée d’impôts. Or, le cannabis est clairement un produit agricole. Sera-t-il exonéré aussi ? Rien n’y oblige l’Etat. La légalisation serait déjà une mesure juridique exceptionnelle, alors pourquoi pas, en prime, une petite exception fiscale ? Les cultivateurs, à n’en pas douter, préféreraient de loin payer des impôts pour avoir le droit d’exercer légalement, plutôt que continuer à vivre sans impôts, mais dans le mensonge et la peur… Et de toute façon, l’exonération fiscale de l’agriculture doit normalement s’achever dans moins de quatre ans, en 2010. L’ONU estime le revenu global des cultivateurs marocains de cannabis (sans compter celui des trafiquants) à 3,5 milliards de dirhams par an. Même en imaginant que ce chiffre ne bouge pas en cas de légalisation (alors qu’il y a de très fortes chances qu’il fasse plutôt un bond en avant), les recettes fiscales sur un tel chiffre d’affaires rendraient indiscutablement le sourire à M. Oualalou, notre bon ministre des Finances. Le gouvernement pourrait décider d’affecter cette manne supplémentaire à l’amélioration de l’infrastructure des provinces du nord et par conséquent, à renforcer les liens avec les Rifains et dissiper leur suspicion envers Rabat…

    5. Les touristes viendraient par millions

    Oui, il y aura foule ! Pas besoin d’être visionnaire p our prévoir, en cas de légalisation du cannabis, un raz-de-marée touristique sur le Maroc. Il ne sera plus question de 10 millions de touristes, mais (au moins) du double ! Sans compter ceux qui préfèrent les plages de la Costa Del Sol, mais qui ne pourront s’empêcher (s’ils sont fumeurs) de faire – au minimum – un petit saut de 24 heures à Tanger ou Tétouan.

    “Le Rif : mer, montagne et cannabis”, voilà un slogan qui ferait rêver des millions de touristes européens et américains. Chaouen deviendrait le centre d’une économie touristique prospère, au même titre que Nador, Al Hoceïma – bref, toutes les villes desservies par ferry depuis la péninsule ibérique. En attendant les aéroports internationaux… Pour répondre à l’afflux de touristes, les investissements hôteliers et de loisirs (nationaux ou étrangers) se multiplieraient. Et qui sait, les MRE originaires de la région (la grande majorité de ceux qui résident en Belgique et aux Pays-Bas) pourraient voir un nouvel Eldorado là même où ils ont leurs racines et leurs familles…

    Mieux encore : pensez à ce qui pourrait arriver à Casablanca ! Aujourd’hui ville d’affaires qui n’offre que peu d’attraits touristiques, la Ville Blanche – ou plutôt la Ville Verte – deviendrait la nouvelle Amsterdam de l’Afrique. Pensez à tous les touristes que les “hanout-qahoua” (ce serait rigolo, d’appeler nos coffee-shops comme ça) pourraient attirer… Casablanca ne sera plus cette ville où les touristes en route vers Marrakech passent le moins de temps possible. Elle deviendrait enfin la ville mythique et pleine d’aventures d’Humphrey Bogart et Ingrid Bergman, celle-là même qui fait fantasmer les Occidentaux depuis la sortie du fameux film éponyme, dans les années 40. Casablanca pourrait exploiter sa situation stratégique et son aéroport international pour changer de statut : elle cesserait d’être un centre de transit peu attractif, et deviendrait une destination conviviale, qui ouvrirait les portes d’un royaume encore plus séduisant. Amsterdam l’a fait, et a fait fortune. Pourquoi pas Casa ?

    6. Le monde ne nous en voudrait pas (trop)

    Ne nous y trompons pas : si nous décidons de légaliser le cannabis, les consommateurs de toute la planète applaudiront mais certainement pas leurs gouvernements. L’Espagne appelle le Maroc, depuis longtemps, à lutter plus sérieusement contre le trafic de hasch. Nos deux alliés les plus importants, la France de Chirac et les Etats-Unis de Bush, ont toujours milité en faveur d’une politique anti-drogue fortement répressive. Si nous légalisons le cannabis, le Maroc ne risque-t-il pas d’être perçu comme un narco-Etat, une nation paria au ban de la communauté internationale ? Pas nécessairement…

    Si nous avons le droit souverain d’agir sur notre législation, nous devrons continuer à tenir compte de celle des autres. L’Occident continuera à interdire l’importation de cannabis sur son sol ? Soit. Dans ce cas nous combattrons son exportation. Sérieusement, cette fois, et dans une logique économique inédite : celle d’empêcher la fuite des capitaux. Raisonnement : pourquoi réaliser un chiffre d’affaires colossal en Europe (avec le risque que l’argent y reste), alors que nous pouvons réaliser le même chiffre d’affaires chez nous (et grossir d’autant notre épargne nationale) ? Slogan : “Nous ne pouvons pas vous envoyer notre haschich, venez le fumer ici !”

    Dans un sens, le système des coffee-shops néerlandais a toujours fonctionné ainsi. Même si la légalisation du cannabis a suscité en son temps des torrents de critiques (notamment de la part de la France et de la Suède) elle n’a jamais porté préjudice aux Pays-Bas sur un plan diplomatique, ni menacé le prestige de ce pays au sein de la communauté internationale. Les plus conservateurs parmi les Etats européens ont fini par s’y habituer, après un (léger) froncement de sourcils qui n’a guère duré plus que quelques années.

    Et les Etats-Unis ? Le cannabis marocain, pour faire simple, est le dernier de leurs soucis. Leur guerre contre la drogue est quasi exclusivement axée sur la cocaïne et vise notamment le Mexique (pour le trafic) et la Colombie (pour la production). Le Maroc n’a pas à s’inquiéter de ce côté-là, quand on sait que Washington, Paris ou Madrid nous considèrent comme un allié incontournable dans une guerre autrement plus importante que celle contre la drogue : celle contre le terrorisme.

    La question préalable. Est-ce dangereux, oui ou non ?

    Dans quelle mesure la consommation de haschich est-elle réellement nuisible à la santé ? Le débat est souvent très politisé, voire outrageusement passionné. Quand les opposants à la légalisation dénoncent (et exagèrent souvent) les effets nuisibles du cannabis sur la santé, ses avocats réfutent l’argument médical et vont jusqu’à faire l’éloge de ses vertus médicinales. C’est sans doute excessif, dans les deux sens.

    Les effets physiques de la consommation de cannabis sont très limités. Il a un effet calmant et relaxant qui procure un sentiment de bien-être mais pas d’euphorie. Les effets diminuent à mesure que l’organisme s’y habitue mais sans créer pour autant de dépendance. Fumé en grande quantité, le haschich devient non pas une addiction mais une habitude. Une habitude tenace, sans doute, mais une habitude quand même. Dire que la consommation de cannabis conduit inévitablement à la consommation de drogues dures est scientifiquement infondé.

    Comme pour les autres “drogues”, le phénomène de l’addiction dépend moins de la substance consommée que de la psychologie du consommateur… ou de facteurs héréditaires. En tout cas, comparer les effets du haschich à ceux de la cocaïne ou de l’héroïne est aberrant. On ne peut même pas comparer la dépendance au cannabis à celle à l’alcool ou à la nicotine. La dépendance au cannabis est plutôt comparable à celle à la caféine. Quand on y est habitué, on a du mal à s’en passer, mais si on s’en passe quand même, aucun symptôme physique n’apparaît. Etrange, pourtant : jamais personne n’a appelé à l’interdiction de Nescafé…

    Par ailleurs, il n’est pas facile d’évaluer correctement les effets du haschich sur la santé, pour la simple raison que ça ne se fume jamais seul, mais toujours avec du tabac – produit qui a déjà, tout seul, des effets négatifs sur la santé, et qui engendre une addiction. L’effet conjugué du cannabis et du tabac est indubitablement nuisible à la santé du fumeur, mais de nombreux médecins affirment que “le goudron et la nicotine sont les pires substances qu’un consommateur puisse trouver dans son joint”.

    Les études qui ont démontré que la consommation du cannabis diminue les capacités de concentration ou provoque des pertes de mémoire, voire de la schizophrénie, sont discutables – et largement discutées. Il n’est d’ailleurs pas inintéressant de noter que ces études proviennent généralement des pays les plus farouchement anti-cannabis (Etats-Unis, France, Suède…). Or, ce sont les gouvernements de ces pays qui financent ces mêmes études. En revanche, des recherches récentes menées au Royaume-Uni ont démontré que le cannabis a un effet positif sur les cancéreux en traitement (ça diminue les douleurs liées à la chimiothérapie), et aussi sur les personnes atteintes de sclérose en plaques, de douleurs menstruelles, d’asthme, du sida, de la maladie de Parkinson, d’Alzheimer et… d’alcoolisme.

    Alcool et tabac. La grande hypocrisie

    Difficile d’expliquer valablement pourquoi le cannabis est interdit, alors qu’on peut acheter librement tabac et alcool à tous les coins de rue. De fait, les dommages causés, aux personnes comme à la société, par ces deux drogues légalisées, sont infiniment plus importants que ceux causés par le haschisch. Le tabac entraîne une dépendance forte (et prouvée), et est de surcroît très coût eux pour la société. Pensez au nombre de personnes qui souffrent de maladies liées au tabac, comme le cancer des poumons et les maladies cardio-vasculaires, et à ce que coûte leur traitement…

    L’alcool est pire, encore. Non seulement il provoque une grande dépendance, mais il provoque un énorme changement sur le comportement de celui qui le consomme. Pensez à ce clochard au pantalon sale qui va nu-pieds dans les rues, qui parle tout seul, qui invective “el houkouma” à tout bout de champ, et que vous faites semblant d’ignorer à chaque fois… Ce n’est pas le cannabis qui lui fait ça, mais, à tous les coups, l’alcool. Posez-vous la question : pourquoi les bagarres ont-elles toujours lieu devant (ou dans) des bars ? Justifier l’interdiction de l’alcool (les Américains l’ont fait dans les années 1920, mais ça n’a rien donné) serait beaucoup plus simple que justifier celle du cannabis. Et pourtant…

    D’autres l’ont fait. Des exemples pour le Maroc ?

    Les Pays-Bas ont sans doute la politique la plus tolérante dans le monde en matière de cannabis. Ce pays est souvent considéré comme l’exemple d’une légalisation réussie. Sa dépénalisation de la possession de haschisch (à condition de ne pas en détenir plus de 30 grammes) n’est pas unique en Europe. La plupart des pays de l’Union européenne tolèrent, en effet, la consommation de cannabis. Mais les Pays-Bas sont allés plus loin.

    Qui n’a pas entendu parler de ces fameux “coffee-shops” d’Amsterdam où l’on peut commander en toute liberté une grande variété de haschich ou de marijuana, comme on commanderait un Coca light ou un jus de pomme ? Pour avoir l’autorisation d’exploiter un coffee-shop, le propriétaire doit se conformer à des règlements très stricts imposés par le gouvernement concernant l’hygiène, les taxes (!), l’interdiction de vendre des drogues dures (cocaïne, héroïne) et l’interdiction de vendre aux mineurs. Les propriétaires respectent religieusement ces règlements. Pas fous ! Ils savent qu’ils sont assis sur une mine d’or et pour rien au monde, ils ne courraient le risque de perdre leur licence.

    Autre exemple intéressant : la légalisation de facto en Bolivie. À l’instar du Rif, une grande partie de la population de ce pays d’Amérique du Sud dépend économiquement de la production de drogues illicites. Seulement, en Bolivie, ce n’est pas le cannabis mais la plante de coca qui nourrit les familles de fermiers – qu’on appelle d’ailleurs les cocaleros. Bien sûr, la production, la vente et la consommation de cocaïne – le produit dérivé le plus connu de la plante de coca – est interdite en Bolivie. Cela dit, la culture de coca ne gêne en rien la plupart des Boliviens (idem pour les Péruviens, les Colombiens, les Equatoriens, etc.). Pour eux, la dépendance à la cocaïne est d’abord le problème des riches gringos (les Américains) et ils ne comprennent pas pourquoi leurs pays doivent subir les affres d’une guerre contre la drogue orchestrée par les Etats-Unis.

    Ils disent aussi que la culture et la consommation de la feuille de coca – qui a un effet relaxant reconnu – est chez eux une tradition millénaire. Les feuilles de coca se vendent librement à travers toute l’Amérique du Sud, et les T-shirts arborant l’inscription “la hoja de coca no es droga” (La feuille de coca n’est pas une drogue) sont très prisés par les touristes. La guerre américaine contre la drogue (incinération de milliers de kilomètres carrés de champs de coca, privant des dizaines de milliers de familles de leur gagne-pain) est si répressive et si vigoureuse que les cultivateurs de coca ont contribué à la destitution du président bolivien et ont élu à sa place Evo Morales… un ancien cocalero !

    Dernier mot.
    Imagine all the Moroccans…

    Né et ayant grandi au Pays-Bas, je ne me suis jamais posé de questions sur le haschich et la marijuana. Pour les adultes, acheter ou fumer de l’herbe est considéré comme un acte normal, parfaitement accepté par la société. Aucun parti politique (hormis quelques extrémistes religieux ultra-minoritaires) ne fait campagne sur l’interdiction du cannabis. Cela étant, parmi mes amis néerlandais, rares sont ceux qui fument. Personnellement, le cannabis, ce n’est pas mon “kif”. Cela n’empêche pas les étrangers de penser que toute notre culture est définie par notre rapport à “la drogue”. Jacques Chirac lui-même nous a un jour taxés de “narco-Etat” !

    Quand je suis arrivé au Maroc, j’ai été étonné de voir qu’à la différence de mes copains néerlandais, tout le monde ici fume ! Je dis bien tout le monde. Et notamment des Alaoui, des Berrada, des Alami, etc. Si la fine fleur de la jeunesse marocaine fume, si vos futurs (ou actuels) dirigeants roulent des joints avec autant de facilité, alors ça ne devrait pas être si difficile pour eux de défendre la légalisation… Non ?

    Peut-on imaginer qu’un jour, ce rêve devienne réalité ? Le Maroc deviendrait le pays le plus progressiste au monde – au moins sur ça… La première fois que j’ai pris la route Kétama-Fès, j’ai eu le sentiment que ce rêve devenait réalité. Je suis sorti de ma voiture pour marcher à travers ces superbes étendues vertes qui dégageaient un charme ensorcelant – sans doute la fascination de l’interdit. Par endroits, les plants de cannabis étaient plus grands que moi (je mesure 1m 95). Enfin, j’avais trouvé un pays plus tolérant que le mien en matière de cannabis (même si au Maroc, cela relève de l’usage plutôt que de la loi). C’était la première fois que j’étais vraiment fier de “mon” Maroc. Et je ne fume même pas. Même si personne ne me croit quand je dis ça…

    Bart Schut

    © 2006 TelQuel Magazine. Maroc.

    Tags : Maroc, cannabis, haschich, kif, drogue, stupéfiants, marijuana, légalisation, chanvre,

  • Maroc : Hassan II, Notre ami le dealer

    Non, je n’ai pas la berlue : c’est bien en première page du « Monde« , ce 3 novembre, sur deux colonnes, en haut à droite : « Le Maroc, premier exportateur mondial de haschisch« . Et le sous-titre : « Un rapport confidentiel met en cause l’entourage du roi Hassan II« .
    Les lecteurs réguliers de « Maintenant » ne s’en étonneront peut-être pas. Ni les trop rares acheteurs des rapports de l’Observatoire géopolitique des drogues (OGD), normalement édités mais quasiment introuvables en librairie.
    Le « rapport confidentiel » auquel il est fait référence, destiné à la bureaucratie de l’Union européenne semble-t-il, émane d’ailleurs de l’OGD. L’Observatoire est l’auteur d’enquêtes minutieuses qui ont permis depuis des années de détailler à quel point le Maroc est impliqué dans la production et le commerce de drogues. Le rapport en question rappelle quelques résultats de cette observation du royaume chérifien : « Premier exportateur de haschisch dans le monde, (…) premier fournisseur du marché européen, (…) surfaces de culture – dans la région du Rif – multipliées par dix en dix ans… » Tout ceci s’étant passé « dans la discrétion et une apparente indifférence des pays amis ».
    A QUI APPARTIENT LE MAROC ?
    Dans ce texte, l’OGD insiste sur le fait que ce commerce est « très hiérarchisé« . Au sommet de la hiérarchie, le rapport citait les noms des membres de la famille royale ou des ministres directement compromis (il est à noter que les bureaucrates européens ont aussitôt demandé une version expurgée où n’apparaîtraient pas ces noms…). A la base de cette pyramide, au moins 200.000 paysans du Rif. De loyaux sujets de Sa Majesté Hassan II. A la pointe de la pyramide ? Mystère… L’ »entourage du roi » ? Soit. Et le roi ?
    A qui appartient le Maroc ? C’est le titre d’un ouvrage, déjà recommandé par ce journal, que vous pouvez peut-être encore vous procurer chez l’Harmattan. Le Maroc appartient à Hassan. A qui appartient la région du Rif ? Eh bien le Rif appartient directement au roi ! Le Maroc est un pays en grande partie féodal. Le Rif est, lui, féodal. Colonisé par l’administration royale, rien ne peut y être planté sans le feu vert de ses représentants. Et c’est normal : Hassan II est un homme sérieux. Il ne laisserait pas un tel commerce entre les mains de n’importe qui.
    Hassan II est donc un des hommes les plus riches du monde. Ça lui vaut d’avoir des amis – nous y reviendrons dans un instant. Le plus riche du monde ? C’est possible. Mais lui, c’est un roi, pas un Mobutu. Sa fortune c’est son pays. Il a sûrement quelques comptes en Suisse et des villas de-ci de-là, mais ce ne sont que peu de choses comparées à sa fortune. La reine d’Angleterre elle aussi est très riche. C’est la dure vie de certains monarques.
    Hassan, pour sa part, s’est donc spécialement enrichi en trafiquant des drogues illicites. Cette activité est sévèrement réprimée par la loi, y compris celle de son propre pays. Des tas de gens croupissent en prison au Maroc, en Espagne, en France ou ailleurs – qui ne sont au fond que ses sous-traitants – pendant que Sa Majesté reçoit dans ses palais les grands de ce monde. Et les grands de ce monde, flattés d’avoir été si bien reçus par un si grand monarque, s’en retournent dans leur pays et font des discours enflammés contre la drogue, cette hydre aux dents longues qui suce le sang de nos petits enfants.
    Lire la suite depuis la source 

    Tags : Maroc, cannabis, drogue, haschich, marijuana, kif, cocaïne, héroïne,  
  • Le Maroc acculé par la stratégie algérienne de lutte contre le trafic de drogues (document confidentiel)

    Le Maroc tente de rejoindre l’Organe International de Contrôle des Stupéfiants (OICS) en vue de contrecarrer ce qu’il a appelé « nouvelle stratégie algérienne de dénigrer le Maroc, en tant que « Etat-narcotrafiquant qui inonde l’Algérie par le cannabis ».

    Dans une lettre envoyée au Ministère marocain des affaires étrangères, Azzeddine Farhane, directeur des Nations Unies et des Organisatios internationales fait part de « la campagne diplomatique lancée par ce Département le 8 janvier 2014 en vue de la promotion de la candidature du Professeur Toufiq Jallal à l’OICS, a permis de recueillir, à ce jour, 30 appuis confirmés par notre diplomatique des 54 Etats votants, membres actuels de l’ECOSOC ».

    Farhane ajoute que « l’impératif de la présence d’un expert marocain pour influer sur la rédaction et l’élaboration du rapport annuel de l’OICS, afin de mettre en valeur les efforts consentis par notre pays pour lutter contre la drogue, ainsi que la promotion des projets de développement alternatif dans les régions concernées par la culture du cannabis ».

    Source : Maroc Leaks, 2 fév 2020

    Tags : Algérie, Maroc, stupéfiants, drogue, cannabis, OICS, ONU, Organe International de Contrôle des Stupéfiants, haschich, Kif,

  • Pourquoi la France se tait sur le trafic du cannabis du Maroc au Sahel ?

    La France porte à bout de bras le Maroc, un pays considéré par Paris comme un allié. Grâce à l’Elysée, Rabat est devenu premier pays africain à obtenir un « statu avancé » avec l’UE.

    Cette alliance franco-marocaine est négative pour le Sahel, la région que la France prétend protéger contre le terrorisme, alors que son allié, le Maroc, est le principal fournisseur du cannabis dont les saisis constituent plus de 80 % des saisis réalisées durant les dernières années.

    En vue de défendre ses intérêts au Sahel, la France protège le Maroc, un narco-Etat dont les citoyens ont terrorisé l’Europe et le Proche Orient et dont les revenus de hashich équivalent à 23 % du PIB marocain.

    Selon le dernier rapport de l’ONUDC, «le Maroc figure comme pays d’origine dans 83% des cas signalés par les pays de la sous-région» et d’Europe occidentale et centrale (43% des cas). «Une partie de la résine de cannabis d’origine marocaine est également acheminée vers l’Europe de l’est et le sud-est de l’Europe», poursuivent les rédacteurs du rapport.

    Le Maroc est une des principales armes de la France pour s’infiltrer en Afrique et tous ses services sont mises à disposition de l’Hexagone en vue de continuer d’imposer le diktat de la françafrique. Et un de ses moyens est le terrorisme et le trafic de drogue pour le financer. Maintenant que les voix protestataires contre la présence française en Afrique se sont levées, Rabat et Paris ont augmenté sensiblement les opérations de déstabilisation terroriste dans le but de pousser les dirigeants de la région à réclamer la « protection » de la France.

    Tags : France, Maroc, trafic de drogue, cocaïne, cannabis, haschich, Kif, Sahel, Mauritanie, Mali, Niger, Burkina Faso, Paris,

  • Des plans du Makhzen pour transformer l’Algérie en centre de transit de la drogue

    L’Algérie est dans la ligne de mire de toutes les institutions officielles marocaines qui rêvent de l’ « empoisonner avec les stupéfiants et de la transformer en un centre de transit du haschisch et de la cocaïne.

    Deuxième partie

    Anouar Malek : comment était la situation des soldats marocains dans les casernes durant la guerre ?

    Abdelilahou Issou: le Polisario nous bombardait quotidiennement avec des fusils mitrailleurs de 14,5 et 23 mm, ainsi un grand nombre soldats sont tués, sans parler des blessés. Les bases fortifiées de l’armée sont attaquées avec des RPG7, ainsi notre vie est devenue un véritable enfer. En plus de cela, des commandos sahraouis s’infiltraient dans nos casernes et égorgeaient nos soldats. Moi personnellement je ne dormais pas de peur. Mais après le cessez-le-feu de 1991 la situation s’est améliorée. En toute franchise, l’armée marocaine tremble de peur rien qu’en pensant aux commandos du Polisario. Au cas où une guerre éclaterait de nouveau, le Makhzen serait le plus grand perdant, pire les soldats déserteraient leurs casernes.

    99 % des sahraouis sont avec le Front Polisario, l’autodétermination est l’unique solution

    Anouar Malek : comment évaluez vous la situation des droits de l’homme au Maroc et au Sahara Occidental ?

    Abdelilahou Issou: les droits de l’homme ne sont pas respectés, ni au Maroc ni au Sahara Occidental. Les sahraouis sont considérés comme des citoyens de 2e degré. Ils sont maltraités, pourchassés et opprimés, ainsi de nombreux d’entre eux ont rejoint le Front Polisario. 99 % des sahraouis sont avec le Front Polisario corps et âmes. C’est, d’ailleurs, pour cette raison que le Makhzen refuse le referendum de l’autodétermination. Les sahraouis voient quotidiennement leurs richesses spoliées. Un jour j’ai vu un bateau chargé de sable sahraoui destiné à la vente aux iles canari. Les exemples sur l’exploitation illégale des richesses sahraouies ne manquent pas.

    Anouar Malek : le peuple sahraoui est opprimé, ses richesses spoliées, pouvez vous nous parler de l’injustice que subi ce peuple ?

    Abdelilahou Issou: Un ami officier m’a raconté un jour qu’un groupe de soldats est entré dans un hamam (Bain Public) de femmes dans la ville de Samara et a violé toutes les femmes qui s’y trouvait. Les soldats entraient par force dans les maisons, volaient tout ce qui a une valeur et violaient les femmes qui s’y trouvent. Même les enfants et les vieux n’échappent pas à la barbarie de militaires marocains. Le peuple sahraoui souffre de l’oppression, l’injustice et subi des violences physique et morale. Ainsi, un grand nombre de sahraoui se sont refugiés à Tindouf au sud ouest de l’Algérie pour sauver leurs vies.

    La corruption gangrène l’armée marocaine

    Anouar Malek: parlez nous de la corruption au sein de l’armée marocaine
    Abdelilahou Issou: La corruption gangrène l’armée marocaine. Au Sahara Occidental, je voyais quotidiennement des soldats privés de nourriture. Une grande partie des vivres qui leur étaient théoriquement destinées sont détournées et vendues par les grands chefs militaires qui se font ainsi d’énorme sommes d’argents. Il y a au niveau de chaque section une boutique mobile qui vend aux soldats des vivres tels que des légumes, fruits, boissons et cigarettes. Pire encore, les chefs des compagnies vendent du haschisch et de l’héroïne pour droguer leurs soldats. Ainsi, ils gagnent énormément d’argent de ce commerce illégal. Bref, tout se vend et s’achète au sein de l’armée marocaine qu’il s’agisse de permissions, promotions et même le silence.

    Des plans du Makhzen pour transformer l’Algérie en centre de transit de la drogue

    L’Algérie est dans la ligne de mire de toutes les institutions officielles marocaines qui rêvent de l’ « empoisonner avec les stupéfiants et de la transformer en un centre de transit du haschisch et de la cocaïne. L’objectif par de tels ignobles desseins est de lui créer des problèmes sur la scène internationale. Il est très clair que cela est dû à la position honorable de l’Algérie qui soutien la cause juste du peuple sahraoui et son droit à l’autodétermination. Je vous dis en toute franchise que le Makhzen est prêt à s’allier avec le diable pour se venger de l’Algérie par ce qu’elle est le seul pays opposé à la politique diabolique du Makhzen.

    Entretien réalisé par Anouar Malek à partir de Madrid/ Version française M.D

    Echourouk Online, 23/11/2010

    Tags : Maroc, Algérie, Sahara Occidental, Abdelilah Issou, cannabis, haschich, Kif, drogue,

  • Le Maroc inonde l’Algérie de milliers de plants de cannabis (Wikilelaks)

    LE MAROC INONDE L’ALGÉRIE DE MILLIERS DE PLANTS DE CANNABIS. Ces graines qui nous viennent du Royaume

    Les quantités de saisies ne semblent pas, à première vue, alarmantes. Ni même le nombre de personnes arrêtéesLes quantités de saisies ne semblent pas, à première vue, alarmantes. Ni même le nombre de personnes arrêtées

    L’augmentation de saisies en ce qui concerne l’herbe, les graines et les plants de cannabis, utilisés pour la culture de cette drogue, laisse perplexe. En effet, en ce qui concerne l’herbe, l’augmentation est de 100%. Elle est de plus de 73% pour les graines et plus de 630% pour les plants de cannabis.

    En 2009, un message de l’ambassade américaine à Alger, dévoilé, 2 ans après par WikiLeaks, affirmait que l’Algérie était devenue le principal pays de transit de la drogue venant du Maroc et des pays d’Amérique du Sud vers l’Europe. Selon le même document, malgré le passage de ces quantités, la santé des Algériens n’était pas menacée. Les choses semblent avoir bien évolué depuis cette date. Et c’est le dernier bilan de l’Office national de lutte contre la drogue et la toxicomanie (Onlcdt) qui le confirme.

    Ce bilan fait état d’une baisse de plus de 53% des quantités de résine de cannabis saisies. Ce qui rassure à plus d’un titre sur la lutte contre ce fléau rampant et la réussite de la stratégie sécuritaire – avec des moyens importants, faut-il le souligner – mise en place qui a affaibli, d’un côté, les réseaux de trafic de cannabis dont un grand nombre a été démantelé, et a barré les routes de la drogue en renforçant le contrôle sur les frontières. Ainsi et selon l’Onlcdt, sur les 11 premiers mois de l’année 2017, les différents services de sécurité ont saisi plus de 48.903 kg de résine de cannabis contre 106.035,364 kg durant la même période de 2016. Cependant, et à bien voir le bilan publié par l’Office, si la baisse enregistrée dans les saisies, que ce soit celle de la résine de cannabis, la cocaïne (-89,36%), l’héroïne (-28,73%) ou encore les graines et les plants d’opium (-100%), l’augmentation de saisies en ce qui concerne l’herbe, les graines et les plants de cannabis laisse perplexe. En effet, en ce qui concerne l’herbe, l’augmentation est de 100%. Elle est de plus de 73% pour les graines et plus de 630% pour les plants de cannabis. Les augmentations enregistrées concernent également le crack (2644,35%), les psychotropes (7,78%) et les gélules (1009,38%). L’herbe, les graines et les plants de cannabis sont utilisés pour la culture de cette drogue et durant l’année 2017, plus de 21 affaires liées à la culture du cannabis ont été traitées en Algérie menant à l’arrestation de 27 cultivateurs de cannabis.

    Les quantités de saisies relatives à la culture de la résine de cannabis en Algérie ne semblent pas, à première vue, alarmantes. Ni même le nombre de personnes arrêtées. Cependant, si on rappelle que, selon les spécialistes internationaux de la lutte contre le trafic, les quantités saisies dans un pays ne représentent généralement que 10% des quantités en circulation, cela donne clairement une idée sur une activité florissante dans le pays. L’Algérie risque ainsi de passer d’un pays de transit et de consommation à un pays de production. Le danger est là et il nous vient de notre voisin de l’Ouest, chiffres à l’appui. Puisque 80% des saisies de cannabis opérées, l’ont été dans la région ouest du pays. Une vraie «guerre» que mène le Makhzen contre l’Algérie. Et pourtant, dès que cette vérité est dite par les responsables algériens, le Maroc se «déchaîne» et accuse l’Algérie de l’attaquer. Le proverbe «il m’a frappé et a pleuré, il m’a devancé et il s’est plaint», semble bien être sa place dans ce cas-là. Mais heureusement que l’Algérie n’est pas le seul pays à dénoncer la production marocaine de drogue.

    Dernièrement, c’était l’Espagne qui s’était plaint de la drogue du Royaume chérifien. Il y a aussi tous les rapports des organismes de l’ONU qui affirment que l’économie du Maroc repose sur l’«or brun» à plus de 23%. Ce chiffre correspond au poids qu’occupe le cannabis dans le PIB du royaume.
    Le marché de la drogue brasse quelque 23 milliards de dollars dans ce pays, classé par l’agence onusienne de lutte contre le trafic de drogue, en tête des narco-Etats de la planète.

    Alors quand Messahel évoque le transport par la Royal Air Maroc d’autre chose que des passagers, ou que les succursales des banques marocaines en Afrique versent dans le blanchiment d’argent, il n’y a pas de quoi s’étonner. Car, pour blanchir une masse monétaire de cette ampleur, les petites combines ne suffisent pas! Et il faut employer les gros moyens.

    Ce qui amène pas mal d’observateurs à dire, sans trop de risque de se tromper, qu’il existe une sorte de complicité au sein de l’administration économique marocaine, car les puissants narcotrafiquants marocains parviennent à injecter les bénéfices de leur trafic dans l’économie formelle, sans que l’on n’entende jamais parler de l’arrestation d’un baron de la drogue.

    «La production totale de cannabis au Maroc durant la saison 2015-2016 est estimée à 700 tonnes métriques, ce qui équivaut à 23% du PIB marocain estimé à 100 milliards de dollars», a précisé le Département d’Etat américain dans un rapport sur le trafic de stupéfiants à l’échelle internationale publié le 3 mars 2017. Le Département d’Etat a également fait savoir que le Maroc, qui occupe déjà le rang de premier producteur et exportateur de cannabis au monde, est devenu un important pays de transit de cocaïne provenant de l’Amérique du Sud en direction de l’Europe, comme en attestent les deux saisies record de cette drogue qui ont eu lieu l’an passé à Oujda (250 kg) et à Dakhla (1230 kg). Lorsqu’on sait que sur la production estimée de cannabis, il y a 10 fois plus de saisies en Algérie qu’au Maroc, on comprend que Rabat qui, selon le rapport du Département américain, «a reconnu ses limites en matière de lutte contre la drogue», se cache derrière de faux prétextes pour dissimuler les complicités au niveau des institutions du pays.

    L’argumentaire marocain ne tient pas la route, ce qui a amené d’ailleurs, l’ouverture en février 2017, à Rabat, par l’administration américaine chargée de la lutte contre la drogue (Drug Enforcement Administration/DEA) d’un premier bureau régional en Afrique. Malgré l’ouverture de ce bureau, les dénonciations communes de la production marocaine de drogue, le problème de l’Algérie reste entier. Le pays est confronté à un réel danger et dépense des sommes colossales pour lutter contre ce fléau, non seulement dans la lutte contre ce trafic mais aussi pour la prise en charge des toxicomanes dont le nombre est en augmentation permanente. L’Algérie compte plus d’un million et demi de consommateurs, dont près de 20.000 toxicomanes pris en charge l’année dernière. Et il s’agit, malheureusement, de jeunes de moins de 35 ans. Le danger qui était à nos portes semble vouloir maintenant s’implanter dans notre «maison» Algérie. Le temps n’est plus à la dénonciation, mais à la riposte rapide et efficace. Et même si cela doit «fâcher» «notre ami le roi», alors soit, qu’il se fâche!

    L’expression, 4 mars 2018

    Tags : Maroc, Algérie, cannabis, haschich, drogue, Kif,

  • Hassan II, Notre ami le dealer

    par Michel Sitbon
    ARCHIVES | PARIS (FRANCE) | 15 NOVEMBRE 1995

    Non, je n’ai pas la berlue : c’est bien en première page du « Monde », ce 3 novembre, sur deux colonnes, en haut à droite : « Le Maroc, premier exportateur mondial de haschisch ». Et le sous-titre : « Un rapport confidentiel met en cause l’entourage du roi Hassan II ».

    Les lecteurs réguliers de « Maintenant » ne s’en étonneront peut-être pas. Ni les trop rares acheteurs des rapports de l’Observatoire géopolitique des drogues (OGD), normalement édités mais quasiment introuvables en librairie.

    Le « rapport confidentiel » auquel il est fait référence, destiné à la bureaucratie de l’Union européenne semble-t-il, émane d’ailleurs de l’OGD. L’Observatoire est l’auteur d’enquêtes minutieuses qui ont permis depuis des années de détailler à quel point le Maroc est impliqué dans la production et le commerce de drogues. Le rapport en question rappelle quelques résultats de cette observation du royaume chérifien : « Premier exportateur de haschisch dans le monde, (…) premier fournisseur du marché européen, (…) surfaces de culture – dans la région du Rif – multipliées par dix en dix ans… » Tout ceci s’étant passé « dans la discrétion et une apparente indifférence des pays amis ».

    A qui appartient le Maroc ?
    Dans ce texte, l’OGD insiste sur le fait que ce commerce est « très hiérarchisé ». Au sommet de la hiérarchie, le rapport citait les noms des membres de la famille royale ou des ministres directement compromis (il est à noter que les bureaucrates européens ont aussitôt demandé une version expurgée où n’apparaîtraient pas ces noms…). A la base de cette pyramide, au moins 200.000 paysans du Rif. De loyaux sujets de Sa Majesté Hassan II. A la pointe de la pyramide ? Mystère… L’ »entourage du roi » ? Soit. Et le roi ?

    A qui appartient le Maroc ? C’est le titre d’un ouvrage, déjà recommandé par ce journal, que vous pouvez peut-être encore vous procurer chez l’Harmattan. Le Maroc appartient à Hassan. A qui appartient la région du Rif ? Eh bien le Rif appartient directement au roi ! Le Maroc est un pays en grande partie féodal. Le Rif est, lui, féodal. Colonisé par l’administration royale, rien ne peut y être planté sans le feu vert de ses représentants. Et c’est normal : Hassan II est un homme sérieux. Il ne laisserait pas un tel commerce entre les mains de n’importe qui.

    Hassan II est donc un des hommes les plus riches du monde. Ça lui vaut d’avoir des amis – nous y reviendrons dans un instant. Le plus riche du monde ? C’est possible. Mais lui, c’est un roi, pas un Mobutu. Sa fortune c’est son pays. Il a sûrement quelques comptes en Suisse et des villas de-ci de-là, mais ce ne sont que peu de choses comparées à sa fortune. La reine d’Angleterre elle aussi est très riche. C’est la dure vie de certains monarques.

    Hassan, pour sa part, s’est donc spécialement enrichi en trafiquant des drogues illicites. Cette activité est sévèrement réprimée par la loi, y compris celle de son propre pays. Des tas de gens croupissent en prison au Maroc, en Espagne, en France ou ailleurs – qui ne sont au fond que ses sous-traitants – pendant que Sa Majesté reçoit dans ses palais les grands de ce monde. Et les grands de ce monde, flattés d’avoir été si bien reçus par un si grand monarque, s’en retournent dans leur pays et font des discours enflammés contre la drogue, cette hydre aux dents longues qui suce le sang de nos petits enfants.

    Amis de 20 ans
    Un de ces grands s’appelle Jacques Chirac. Un ami de vingt ans. Quelqu’un sur qui on peut compter. Jacques Chirac est un monsieur qui fait de la politique à un assez haut niveau. Il a été, entre autres choses, ministre de l’Intérieur, Premier ministre, maintenant il est président de la République. Ces métiers-là permettent, parfois, d’être bien informé.

    En France il existe une brigade des stupéfiants et un Office central de répression du trafic international de stupéfiants (OCRTIS). Ce sont de grosses organisations qui ont beaucoup de moyens. L’OGD est une petite organisation qui a peu de moyens. Pouvons-nous supposer un instant que ce que l’OGD a pu apprendre en enquêtant avec les moyens du bord soit inconnu de Jacques Chirac ?

    On sait aussi que le roi du Maroc, qui est un homme riche, a pour habitude de subventionner les partis politiques français. Ceci est spécialement utile, bien sûr, pendant les campagnes électorales. Et doublement utile lorsque ces campagnes sont difficiles, comme celle de Jacques Chirac contre Edouard Balladur. A peine élu, le premier acte du Génial président, avant même de lancer des bombes sur Mururoa, ce fut un petit voyage en Afrique, chez les amis. La première étape de ce voyage fut la plus importante : le Maroc. Jacques Chirac et Hassan II se sont retrouvés très cordialement. Ils ont conclu en un éclair un accord impressionnant qui consistait, entre autres choses, à doubler l’aide française au Maroc. Rien que ça.

    Deux heures d’entretien confidentiel entre Chirac et son ami le dealer
    Au nom des vingt années d’amitié les unissant, Son Altesse Royale Hassan II décora le Génial président de la plus haute distinction marocaine. Ils ont même eu l’occasion de parler du Rif et de ses « problèmes de développement économique et social ». Chirac s’est engagé à ce que la France soutienne plus particulièrement l’action du roi dans cette région. Pour la petite histoire, il faut savoir que le roi a réussi à encaisser des milliards de dollars de la communauté internationale, sous prétexte de développer des cultures de substitution au cannabis dans le Rif. D’un côté il encaisse les subventions, de l’autre les surfaces de cultures s’étendent… Tout bénéfice. L’astuce a beau être éventée depuis un moment et faire sourire les spécialistes, c’est bien cette escroquerie-là que Chirac proposait de relancer auprès de la communauté européenne, pour un montant de plus de deux milliards de dollars cette fois…

    En 36 heures de visite, le fringuant Président français a aussi trouvé le temps pour deux heures d’entretien confidentiel avec son ami le dealer. On ne sait pas ce qu’ils se sont dit.

    La Hollande concurrence ce juteux trafic
    Ce qu’on sait en revanche, c’est que s’il n’y avait pas l’OGD – et « Le Monde » -, notre ami le roi serait peut-être soupçonné de n’être pas un très bon démocrate – mais l’affaire s’arrêterait là. Le pollen du cannabis marocain a beau embaumer jusqu’en Espagne – ainsi que c’était le cas cet été, à peu près en même temps que Chirac passait par là… -, motus et bouche cousue, personne n’oserait dire un mot.

    Il vaut mieux. Quelqu’un a osé témoigner sur la complicité franco-marocaine dans le trafic de drogues. Il s’appelle Ali Bourequat. L’asile politique lui a été accordé il y a quelques mois aux Etats-Unis. Il l’a obtenu en raison des persécutions subies en France du fait des dénonciations que contient son livre « Dix-huit ans de solitude : Tazmamart », paru chez Lafon en 1993. Charles Pasqua était encore ministre de l’Intérieur. Il semble que cet autre grand ami du roi du Maroc n’ait pas été en mesure de garantir la sécurité d’Ali Bourequat en France. Bourequat osait simplement dénoncer les complicités entre la France de monsieur Pasqua et le Maroc de monsieur Hassan II dans le trafic de stupéfiants.

    De retour à Paris, Jacques Chirac s’est cru autorisé à agresser le premier ministre néerlandais pour le « laxisme » dont fait preuve son pays en matière de drogues. En fait de laxisme, les Pays-Bas mènent une politique qui tend à la légalisation du cannabis, une légalisation qui mettrait fin au marché noir à colossales plus-values que permet la pseudo-prohibition des drogues. En plus, les Pays-Bas pratiquent une sorte de « tolérance » qui en fait le premier producteur européen de cannabis et donc, un concurrent du Maroc.

    Assurance deal
    Si Chirac, Pasqua et les patrons de la brigade des stups et de l’OCRTIS sont tellement remontés contre les Pays-Bas, c’est simplement parce qu’ils proposent une voie qui mettrait fin à leurs petites affaires, et qu’en attendant, elle fait concurrence à Son Altesse Royale, leur ami le dealer.

    Pour bien comprendre tout ça, il faut savoir comment se passe le commerce entre le Maroc et les pays destinataires des drogues qu’il exporte. Un ami de l’OGD me racontait un jour comment, au cours d’une de ses enquêtes, il avait réussi à se faire passer pour un gros acheteur de haschisch, un investisseur en col blanc. On lui proposait alors deux formules : soit il achetait la marchandise et la faisait transporter à ses risques et périls, soit il payait l’assurance. On appelle ça « acheter la route ». La marchandise lui coûtait plus cher, mais il n’avait qu’à indiquer le point de livraison. L’assurance était totale. En cas de pépin – on ne sait jamais, on peut tomber sur un flic ou un douanier honnête -, la marchandise était remplacée sans qu’il ait à débourser un sou de plus, et livrée comme prévu à l’adresse indiquée.

    Héroïne, terrorisme et médailles…
    Pour compléter le tableau, il est utile de savoir aussi que le Maroc n’est plus spécialisé en cannabis depuis longtemps. Voilà des années qu’il a proposé à la Mafia internationale de profiter de son infrastructure et de ses excellentes capacités d’acheminement des drogues en Europe pour récupérer, d’abord le marché de la cocaïne, puis celui de l’héroïne. En ce qui concerne l’héroïne, le Maroc expérimente la culture de pavot – et maîtrise déjà sa transformation. Ainsi, ce pays n’est pas seulement le premier producteur de haschisch, mais vraisemblablement la première « plaque tournante » de drogues sur terre.

    Que dire de plus ? Nous n’avons pas là une « affaire » comme celle de l’appartement d’Alain Juppé. Ce sont les bases mêmes de l’ordre qui nous accable qui sont en cause. La politique criminelle dite de « prohibition » des drogues a d’ores et déjà sapé tout l’édifice. Il faut en changer d’urgence. Il n’y a plus de contrat social qui tienne dans de telles conditions.

    Ramzi Ahmed Youssef, un Pakistanais de 27 ans, est soupçonné d’avoir organisé l’attentat contre le World Trade Center, en 1993, à New York – et d’avoir été sponsorisé par les « narcos » de son pays. Les hezbollahs de monsieur Hekmatyar, en Afghanistan, ont financé leur guerre en cultivant le pavot, transformé en héroïne, au Pakistan, avec l’aide des services secrets pakistanais, travaillant main dans la main avec la CIA (pour vaincre, à l’époque, l’armée rouge).

    Les mêmes hezbollahs de Hekmatyar sont, selon la DST, les organisateurs des attentats qui nous valent Vigipirate. Les poseurs de bombes qui accaparent la une des journaux ont été entraînés en Afghanistan, dans les camps de monsieur Hekmatyar, à côté de ses champs de pavot. Toujours selon la DST, ils auraient pris leurs ordres dans un bureau de Peshawar, et le communiqué revendiquant finalement ces attentats est arrivé au Caire en provenance de Lahore. Lahore, c’est au Pakistan. Un pays qui dispute à la Birmanie la place de premier producteur d’héroïne du monde.

    Ce n’est pas la peine de faire semblant de combattre le terrorisme par Vigipirate quand on va prendre ses médailles chez le roi du Maroc.

    Michel Sitbon

    Source : voltairenet.org

    Tags : Maroc, Hassan II; haschich, drogue, kif, cannabis,

  • Hash Laden, le Maroc conserve son statut de premier producteur mondial de cannabis

    L’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC) a publié son 22ème rapport mondial annuel sur la production, le trafic, l’éradication et la répression, le Rapport mondial sur les drogues, 2019. En plus de fournir des chiffres sur la cocaïne et les opiacés, le rapport cherche à quantifier le cannabis cultivé dans chaque pays producteur.

    Au cours des 10 dernières années, le rapport a toujours placé le Maroc au premier rang pour la production illicite de cannabis. Il conserve toujours ce titre.

    Le rapport de 2019 s’appuie sur des données collectées entre 2013 et 2017. Environ 135 pays dans le monde cultivent du cannabis. En 2017, environ 35 000 tonnes ont été produites au Maroc, dont la plupart ont été converties en hasch. Les producteurs illégaux du pays l’envoient ensuite en Europe et dans d’autres parties du monde. Les États-Unis voient très peu de ce produit de résine prisé.

    Malgré 50 000 hectares de terres cultivées au Maroc, seules 520ha ont été éradiquées en 2017. On ne dispose d’aucun chiffre concernant le nombre total de plantes éradiquées.

    Le Paraguay est en tête du monde avec plus de 36 millions de plantes éradiquées en 2017, suivi des Philippines (24 millions en 2016). Aux États-Unis, plus de 5 millions de plantes ont été coupées en 2016.

    La lutte antidrogue au Maroc se poursuit

    L’année dernière, le gouvernement marocain a annoncé le lancement d’une «stratégie nationale multidimensionnelle de lutte contre les drogues illicites». Même si la «société civile» a un rôle à jouer dans cette stratégie, l’application de la loi reste essentielle. Par exemple, le 23 juin, les autorités près de Zagora, ont confisqué plus de 600 kilos de «résine de cannabis» (haschisch ou probablement kif, les trichomes résineux lâches et non raffinés secoués des bourgeons récoltés) et près de 13 tonnes ont été saisies par la police à Nador, Rif, le cœur du cannabis au Maroc.

    Un porte-parole du gouvernement s’est vanté que plus de 107 000 personnes ont été poursuivies pour crimes liés à la drogue en 2017, nombre qui devrait passer sous la nouvelle stratégie nationale dans les années à venir.

    Le Maroc a également récemment intensifié ses opérations maritimes conjointes avec l’Espagne pour intercepter le hachisch de contrebande traversant le détroit de Gibraltar vers les marchés européens.

    Les efforts de légalisation dans les stalles marocaines

    Le cannabis étant déjà un pilier de son économie, vous penseriez que le Maroc serait un candidat naturel à la légalisation. En effet, il y a 2 ans, le parlement du pays a examiné les propositions visant à légaliser la culture du cannabis à des fins médicales et industrielles. Les partisans ont présenté cela comme le meilleur moyen de dépénaliser l’économie illicite et de l’éloigner des réseaux criminels.

    Mais, en août 2017, Ilyas El-Omari, principal avocat de la légalisation au Parlement et chef du bloc d’opposition progressiste, a été brutalement contraint de se retirer. Cette démission a eu lieu après que le roi Mohammed VI eut prononcé un discours laissant entendre qu’El-Omari était derrière la vague de manifestations de jeunes en colère qui ont secoué la région du Rif. Depuis lors, l’effort de légalisation du cannabis n’a pas progressé.

    Ironie amère, le soulèvement dans le Rif était alimenté par le manque d’opportunités économiques autres que l’économie du cannabis de contrebande. C’était encore un autre exemple de pouvoir discréditant ceux qui préconisaient des solutions courageuses comme des voyous.

    Note de bas de page

    La petite république soviétique de Moldavie, qui a enregistré 10 000 tonnes en 2014, arrive en deuxième position au Maroc dans la production de cannabis. Plus prévisible, la troisième place revient au Mexique avec 6 574 tonnes cultivées en 2016.

    Source : Freedom Leaf, 10 jui 2019

    Tags : Maroc, drogues, haschich, kif, cannabis, marijuana,