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  • Temoignage : Au Maroc, la France finance Medi1, vieillissante voix du roi

    Par Elodie Font et Marion Guénard | ex-journalistes à Medi 1

    Ex-journalistes à Medi 1, Elodie Font et Marion Guénard racontent le fonctionnement particulier d’une radio surveillée de près par le pouvoir, et où le moindre impair à l’antenne peut coûter cher. Et rappellent que le financement de ce média très institutionnel est assuré en partie par la France, via une subvention pour la rédaction française. Y.G.

    (De Tanger) Au dernier étage d’une imposante villa qui domine le mythique détroit de Gibraltar, au nord du Maroc, journalistes, animateurs et techniciens s’activent. « Sept heures trente sur Medi 1 ! » Comme chaque matin, depuis trois décennies, le jingle retentit. C’est parti pour un quart d’heure d’informations maghrébines et internationales.

    Radio Méditerranée Internationale, plus connue sous le nom de Medi1, a soufflé il y a quelques jours ses trente bougies. Depuis 1980, elle émet vingt-quatre heures sur vingt-quatre, en arabe et en français. D’après ses propres chiffres (il n’existe pas d’instituts statistiques), elle serait écoutée par plus de 20 millions d’auditeurs.

    Il y a trois décennies, Medi 1 était un ovni dans le paysage médiatique maghrébin : seuls les relais officiels des différents régimes sont alors autorisés. Les auditeurs découvrent la matinale, avec un ton plus direct et des informations fiables sur l’actualité internationale. Une station innovante, qui semble indépendante.

    Hassan II en est pourtant à l’origine : le roi cherche alors à contrer la couverture algérienne du conflit au Sahara. L’idée séduit le président français, Valéry Giscard d’Estaing, qui y voit un moyen de pérenniser l’influence française au Maghreb.

    Medi 1, un vent de liberté vite essouflé

    L’accord est scellé : Medi 1 sera possédée à 51% par le Maroc et à 49% par la France, par l’intermédiaire de la Compagnie internationale de radio et télévision (le CIRT), que nous avons joints pour obtenir davantage de détails, mais personne n’a souhaité nous répondre.

    Un vent de liberté qui s’essouffle rapidement. Medi 1 n’échappe pas à la règle : impossible pour la radio de repousser certaines limites. Principal mot d’ordre : ne jamais offenser le pouvoir royal, qu’il soit incarné par Hassan II, puis par son fils Mohammed VI.

    A sa prise de pouvoir, en 1999, le roi, jeune trentenaire, semble pratiquer l’ouverture. Pourtant, aujourd’hui, Medi 1 n’a jamais été autant assujettie au palais. C’est d’ailleurs la station qui diffuse le plus longuement les activités royales -davantage que la Radio Télévision Marocaine, fidèle parmi les fidèles. Par activité royale, comprenez le récit détaillé de l’emploi du temps du roi, quel qu’il soit.

    Voici l’extrait d’un communiqué (pris au hasard), publié par la MAP, l’agence de presse officielle du Royaume :

    « SM le Roi inaugure à Agadir un centre de formation professionnelle mixte et un centre de consolidation des compétences des femmes, d’un coût total de 12 millions de dirhams.

    Agadir – Sa Majesté le Roi Mohammed VI, que Dieu L’assiste, a inauguré, mardi à Agadir, un centre de formation professionnelle mixte et un centre de consolidation des compétences des femmes, réalisés par la Fondation Mohammed V pour la solidarité pour un coût global de 12 millions de dirhams. [1 million d’euros, ndlr] »

    Sur l’antenne, les journalistes ont le droit d’oublier le « Sa Majesté » et le « que Dieu l’assiste. » Pour le reste, tous les mots sont repris. Tant pis si, finalement, l’information peut paraître obscure. Le plus important, c’est de recracher la dépêche le plus rapidement possible à l’antenne. Et d’en faire l’ouverture.

    Explication du nouveau PDG de la radio, Hassan Khyiar :

    « Quand le roi, après avoir inauguré un centre, remonte dans sa voiture, il veut l’entendre sur Medi 1 le plus vite possible. »

    Pas question de se tromper à l’antenne : Medi 1 est la voix du roi

    Et pour cause : avec 20 millions d’auditeurs, une diffusion dans tout le Maghreb, Medi 1 est devenue progressivement la voix du roi. Au Maroc, bien sûr, mais aussi pour les observateurs extérieurs. Pas question donc de se tromper sur un chiffre ou sur un nom.

    En mai, l’une de nous deux en a fait les frais. Le roi d’Arabie saoudite venait de faire un don au Maroc, et il fallait rapidement donner l’information à l’antenne. Dans la précipitation, elle parle du « président de l’Arabie saoudite ».

    Dans une monarchie, c’est l’erreur à ne pas faire. A peine le flash terminé, le téléphone sonne dans le bureau des rédacteurs en chef. Plusieurs dizaines de fois. Au bout du fil, très en colère, l’ambassade d’Arabie saoudite et le Palais royal.

    En une heure, la radio est sens dessus dessous. Personne ne comprend réellement ce qui se trame. Ni elle, ni ses collègues.

    Une heure après, elle présente un nouveau flash. En sortant du studio, son rédacteur en chef l’attend. Le visage grave, il lui annonce : « On demande ta tête. » Une exigence du Palais. Pour cette erreur, elle a finalement été mise à pied pendant trois jours.

    Medi 1 parle plus librement de l’Algérie, mais n’enquête guère

    Pour éviter tout dérapage, tous les sujets de politique intérieure et de société passent à la trappe. A part pour quelques domaines chers à la famille royale (comme la lutte contre le cancer), Medi 1 ne s’autorise pas à parler du Maroc.

    La radio parle plus librement de l’Algérie. Dans les années 1990, le GIA algérien y diffusait d’ailleurs ses communiqués -comme dans l’affaire des moines de Tibéhirine. Les nombreux auditeurs algériens cherchent sur les ondes marocaines une vision plus critique de leur pays.

    Sur certains sujets, ils sont servis. La question du Sahara, par exemple -ce qu’on appelle en France le Sahara occidental. Medi 1, comme les autres stations marocaines, ne peut se permettre aucune nuance : le Maroc a forcément raison, l’Algérie toujours tort.

    Medi 1 est très écoutée en Algérie et pourtant la station n’a que deux correspondants réguliers à Alger. Alors, pour parler du pays, chaque matin, le premier réflexe des journalistes est d’éplucher la presse algérienne (El Watan, Liberté, L’Expression), d’en ressortir une poignée d’informations qui datent souvent de l’avant-veille, et de les redonner à l’antenne. En ne les vérifiant jamais.

    S’inspirer de la presse algérienne, c’est une vieille tradition dans la rédaction. Preuve parmi d’autres de la faible évolution du traitement de l’information. Après trois décennies, les journalistes sont toujours obligés de passer par le standard pour appeler à l’extérieur ; il n’y a toujours pas d’invité en direct -pour éviter ce qui est arrivé à la station privée Radio Mars ; toujours pas de reportage.

    Les subventions françaises accordées à la radio augmentées en 2010

    Pourtant Medi1 ne manque pas de financements. Fait rare en ces temps de vaches maigres, les subventions françaises reçues ont même augmenté cette année. En 2010, l’Etat lui a versé 1,6 million d’euros, pour financer la rédaction francophone -composée d’une quinzaine de journalistes.

    Même si elle est encore une référence aujourd’hui, la vieille Medi 1 est en train de se faire rattraper de toute part par des radios concurrentes bien plus aventurières (2M ou Aswat).

    Pour stopper l’hémorragie, la nouvelle direction va lancer en octobre une nouvelle grille. Un des principaux objectifs : développer le numérique. Alors que le journalisme citoyen est apparu il y a déjà plusieurs années, le site ne propose aucune forme d’interactivité avec les auditeurs.

    Medi 1 était à ses débuts un appel d’air sans précédent, un vrai laboratoire d’idées. C’est aujourd’hui une radio bien difficile à dépoussiérer.
    Rue89, 20 sept 2010

    Tags : Maroc, Médi1, radio, Algérie, Mohammed VI, presse, liberté de presse, liberté d’expression, 

  • Maroc : Le Makhzen tente de serrer l’étau autour des réseaux sociaux

    Approuvé par le Conseil du gouvernement du 19 mars, un projet de loi qui n’a pas encore été rendu public et visant à réglementer l’utilisation des réseaux sociaux a suscité une énorme vague d’indignation au Maroc
    Qualifié par certains partis politiques d’opposition d’atteinte à la liberté d’expression, le texte du projet de loi 22.20 a été divulgué par Mustapha Swinga, un influenceur connu et a suscité une une grande controverse.
    Les articles divulgués prévoient des sanctions sévères allant jusqu’à 3 ans de prison et une amende pouvant aller jusqu’à 50.000 DH (4 500 euros) contre ceux qui appellent au boycott de produits, entreprises ou services spécifiques, une allusion claire au boycott récent de trois entreprises appartenant à des cercles proches du roi.
    Ceux qui appellent les citoyens à retirer leur argent d’une certaine banque ou établissement de crédit, ainsi que ceux qui remettent en question la qualité d’un produit, n’échappent non plus aux foudres du Makhzen.
    Le projet a été largement dénoncé et a donné lieu à des « Coronavirus passera, mais la loi 22.20 ne passera pas ».
    La question que se pose l’opinion publique marocaine est : qu’est-ce qui pousse le gouvernement à s’acharner pour l’élaboration d’une loi de contrôle pareille ? Les circonstances actuelles ont-ils une main dans cette décision ? Que craint-t-il le gouvernement ?
    Dans une déclaration accordée au site Lakome, Khadija Al-Riyadi, secrétaire générale de Freedom Now, a affirmé que ce qui préoccupe l’État, c’est la capacité de l’espace numérique à se mobiliser, car la précédente campagne de boycott pour certains des produits a semé la panique parmi leurs victimes et les autorités à leur service ».
    Mme Riyadi a estimé « l’Etat qui a préparé le projet est leur Etat, mais la réponse rapide qui exprimait une colère extrême et un rejet total de ce projet catastrophique, a été impressionnante et reflète l’importance de cet espace dans la lutte pour les libertés ».
    L’ancienne présidente de l’Association marocaine des droits de l’homme, a averti que « l’État a fermé tous les espaces de débat public, et l’espace numérique a offert une marge de liberté d’expression, alors les autorités ont lancé, il y a quelques mois, une campagne flagrante contre les utilisateurs de Facebook et YouTube, et maintenant veulent couvrir donner une couverture légale à ces violations ».
    Tags : Maroc, loi 22.20, réseaux sociaux, boycott, Makhzen, liberté d’expression, 
  • Poutine s’engage à défendre à tout prix la liberté d’expression sur Internet

    Le président russe Vladimir Poutine s’est engagé à défendre la liberté d’expression de tous les citoyens en ligne lors d’une conférence au début de cette semaine.

    M. Poutine a déclaré au Forum russe sur la gouvernance de l’Internet : « Je suis convaincu que nous devons continuer à suivre le principe de la liberté de l’Internet, en créant les conditions d’un large échange d’informations et de la mise en œuvre d’initiatives et de startups commerciales », dans le droit fil des tentatives des dirigeants occidentaux de réprimer la libre expression en ligne.

    Le dirigeant russe a déclaré qu’il était important de trouver un équilibre entre la liberté d’expression en ligne et les préoccupations concernant la lutte contre la cybercriminalité et les contenus illicites.

    When the leader of an openly authoritarian regime believes in free speech more than most western leaders.

    La position de Poutine est en désaccord avec de nombreux dirigeants occidentaux, qui s’inquiètent beaucoup des « fausses nouvelles » et des sentiments des gens qui sont blessés par la liberté d’expression.

    En plus de l’interdiction généralisée et de la déportation de nombreux orateurs dissidents au cours de l’année écoulée, la réglementation de l’Internet par l’État s’intensifie également en Occident.

    Selon les rapports, le Royaume-Uni est sur le point d’imposer ce que certains appellent « les lois Internet les plus strictes du monde » au nom de l’arrêt de la cyberintimidation et de la diffusion de la « désinformation ».

    L’Union européenne a également adopté récemment l’article 13, dont certains craignent qu’il n’entraîne l’interdiction des mèmes.

    Dans un avenir pas trop lointain, l’Internet russe, où l’on peut par exemple critiquer le transgenderisme sans risquer d’être arrêté (contrairement au Royaume-Uni), pourrait être plus libre que partout ailleurs en Europe occidentale.

    Traduit par Dr.Mo7oG

     NEWSPUNCH

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    Tags : Vladimir Poutine, Internet, liberté d’expression, presse, Facebook, Twitter, réseaux sociaux,