Étiquette : Mehdi Ben Barka

  • Affaire Ben Barka : un blocage inexplicable

    Les interrogations qui entourent l’affaire Ben Barka atteignent leur paroxysme suite à un nouveau rebondissement. Le général Hosni Benslimane semble être au dessus des lois internationales.
    par Hicham Bennani

    Un nouvel épisode de l’affaire Ben Barka a éclaté au grand jour le jeudi 1er octobre. Dans la soirée, un représentant du ministère de la Justice informe les médias que les mandats d’arrêts internationaux émis par Interpol contre quatre ressortissants marocains impliqués dans l’affaire vont enfin être diffusés. Le lendemain, à 19h30 sur France 3, Maurice Buttin, avocat de la famille Ben Barka, se félicite de la décision du ministère. Une source proche du ministère de la Justice marocain, interrogée par l’AFP, se dit alors «surprise de cette annonce, car c’est une ancienne histoire qui revient à la surface chaque fois qu’une “partie occulte” veut salir les relations excellentes entre le Maroc et la France». Le gouvernement marocain, quant à lui, reste muet. Mais, coup de théâtre, deux heures après, le même ministère revient sur sa décision. «Le parquet de Paris demande la suspension de la diffusion de ces mandats, dans l’attente des précisions demandées au juge d’instruction», indique un communiqué de l’AFP, qui précise : «Interpol (organisation internationale de police criminelle) a demandé des précisions afin de les rendre exécutables. Sans ces précisions, ces mandats sont inexécutables».

    L’après Rachida Dati

    L’origine de cet énième rebondissement remonte en fait au mois de juillet 2009. A ce moment là, Maurice Buttin écrit à Michèle Alliot-Marie pour la féliciter d’avoir été nommée à la tête du ministère de la Justice. Il en profite pour lui rappeler que lorsqu’elle était ministre de la Défense, elle avait eu le courage de libérer les dernières pièces du dossier du SDECE (ancêtre de la DGSE) sous scellés au Tribunal de Grande Instance de Paris, alors que les ministres de la gauche ne l’avaient pas fait. Il lui signale également d’une part que la justice marocaine n’exécute pas les Commissions rogatoires internationales (CRI) qui lui ont été adressées par le juge Patrick Ramaël depuis cinq ans, en dépit de la convention judiciaire franco-marocaine, alors que toutes les CRI, dans n’importe quelle autre affaire, sont parfaitement exécutées par la justice marocaine. Et d’autre part, que depuis deux ans les mandats d’arrêt lancés à l’encontre de personnalités visées par ces CRI (en raison de leur non exécution) ne sont pas diffusés par Interpol. La ministre répond à l’avocat le 28 août suivant, en le remerciant et en lui précisant qu’elle prenait attache avec le Directeur des affaires criminelles pour lui soumettre les problèmes soulevés. Tout ceci explique donc l’annonce du 1er octobre. Sur cinq mandats d’arrêt, quatre sont décrétés valables. La ministre les transfère alors au ministère de l’Intérieur français. Le cinquième, qui concerne Boubker Hassouni, ex-agent du Cab 1 (unité secrète des services marocains), a fait l’objet d’une demande de complément d’information qui a été exaucée, à savoir la date de naissance et les origines de l’accusé.

    Les quatre mandats d’arrêt qui marquent l’actualité concernent le général Hosni Benslimane, chef de la gendarmerie royale marocaine, le général Abdelhak Kadiri, ancien patron des renseignements militaires, Miloud Tounsi, alias Larbi Chtouki, l’homme qui aurait organisé tout le volet opérationnel en France et Abdelhak Achaachi, agent du Cab 1, qui aurait accompagné Chtouki dans des chambres d’hôtel avant l’assassinat. «Benslimane était au Cab 1, plusieurs témoins attestent qu’il répercutait tous les appels et coups de fil. Il est cité dans des PV d’audition d’ONG», précise Joseph Tual, journaliste à France 3, spécialiste de ce dossier.

    Ce qui est étrange, c’est que ces mandats d’arrêt ont été signés il y a deux ans (le 18 octobre 2007) par le juge Patrick Ramaël, chargé du dossier. «C’est à cause du blocage de la justice marocaine que les mandats d’arrêt ont été lancés. Si la justice marocaine avait décidé d’appliquer la commission rogatoire du juge Ramaël en présentant des personnes par des juges marocains il y a deux ans, on n’en serait pas arrivés là !», clame Bachir Ben Barka, fils de Mehdi Ben Barka, joint par téléphone. Le lancement des mandats d’arrêt avait été rendu public par les médias le 22 octobre 2007, le jour même où le président Nicolas Sarkozy et Rachida Dati étaient à Marrakech pour une visite d’Etat officielle. Une annonce qui a eu l’effet d’une bombe. Mais force est de constater que ces mandats d’arrêt n’ont pas été officialisés par Interpol dans le monde entier. En effet, le général Benslimane est allé aux JO de Pékin (24 août 2008), en tant que président marocain du CIO, sans avoir été inquiété. «Le constatant, j’ai demandé au juge pourquoi le général n’avait pas eu d’ennuis», nous déclare Maurice Buttin. Après s’être informé, le juge lui explique que les mandats n’étaient effectivement pas délivrés hors de France… «On comprend mal comment ce qui est vrai en France, n’est plus vrai en dehors de la France», s’indigne Bachir Barka.

    Décision politique

    «Interpol pointe des insuffisances dans ces mandats d’arrêt et demande que ces insuffisances soient complétées», a déclaré à l’AFP Guillaume Didier, porte-parole du ministère de la Justice. Bachir Ben Barka, qui s’était félicité de la première annonce, se dit profondément indigné : «On constate qu’un ministre s’est déjugé en 24h. Ma famille et moi-même sommes abasourdis. On ne pouvait pas imaginer que la raison d’Etat puisse prendre des formes aussi cyniques. On était habitués à des formes sournoises, mais là c’est le cynisme de la réforme d’Etat à l’état brut». Selon lui, l’argument du ministère «ne tient pas la route, c’est une décision politique». Même son de cloche du côté de Maurice Butin : «Officiellement, le dossier a été de nouveau bloqué pour des raisons « techniques » en quelque sorte. Ce n’est pas très sérieux, car ces mêmes raisons existaient forcément il y a deux ans. C’est donc sans conteste une raison politique». On pourrait en déduire que l’Elysée est très vraisemblablement derrière cette décision. «Je note que ce ne serait pas la première fois, depuis son arrivée au pouvoir suprême, que le président Sarkozy revient sur une décision d’un de ses ministres, voire du Premier ministre lui-même», précise l’avocat. Aujourd’hui, Interpol se refuse à communiquer. «Interpol doit être en train d’avoir des rendez-vous au plus haut niveau en France, car ils sont visiblement instrumentalisés. Pour Interpool il n’y a aucun problème pour diffuser les mandats d’arrêt à travers le monde entier», indique Joseph Tual. «Interpol va sans doute exécuter les « conseils » qui lui sont prodigués en haut-lieu…», confirme pour sa part Maurice Buttin.

    La 76è Assemblée générale d’Interpol s’était ouverte lundi 5 novembre 2007 à Marrakech. Ce que l’histoire ne dit pas, c’est que Hosni Benslimane en personne avait ouvert ce colloque. Ceci expliquerait en partie le mutisme d’Interpol après ces événements récents. A l’heure où nous mettons sous presse, une source proche du dossier assure que les mandats ont bien été diffusés depuis 2007. Des pays comme l’Espagne, où Benslimane s’est pourtant rendu, n’auraient donc pas appliqué les demandes d’Interpol. En n’exécutant pas les commissions rogatoires internationales, le gouvernement marocain semble encore refuser de mettre enfin la lumière sur la disparition de Ben Barka. Pour Maurice Buttin, «cette vérité est à Rabat, je l’ai toujours dit. Ce gouvernement contresigne ainsi toute la responsabilité du pouvoir d’alors, en la personne du roi Hassan II».
    Quarante-quatre ans après la disparition de l’opposant Mehdi Ben Barka devant la brasserie Lipp à Paris, l’affaire qui est probablement la plus emblématique des années de plomb, demeure toujours une énigme. Des deux cotés de la Méditerranée, la vérité fait toujours peur.

    Le Journal Hebdomadaire, octobre 2009

    Source : Hicham Bennani

    Tags : Maroc, Mehdi Ben Barka, France, Hassan II,

  • Maroc : Mehdi Ben Barka… Entre barbouzes et affaire d’Etat

    Le fait que le gouvernement POMPIDOU ait pu être interpellé à la veille de l’élection présidentielle de décembre 1965 après l’enlèvement de l’opposant au roi du Maroc HASSAN II, Mehdi BEN BARKA (ci-dessus), n’avait pas manqué d’étonner. Du moins jusqu’à ce que l’on apprenne que beaucoup trop de prétendus gaullistes se trouvaient « mouillés » dans une affaire assez complexe qu’on mettra quelque temps à démêler, et où l’on se trouvait en présence pour l’occasion, aussi bien de truands que de policiers voire de barbouzes. Ce sera du reste l’un des plus gros scandales de l’ère gaulliste et il nécessitera que le général en personne intervienne lors d’une conférence de presse pour répondre aux nombreuses interrogations des journalistes lesquels, notamment deux journalistes de l’Express, Jacques DEROGY et Jean-François KAHN, avaient très vite compris dans quel guêpier s’était fourré l’Etat et de ce dont il s’agissait avec ce qui est devenu l’un des plus célèbres assassinats politiques. D’autant que sur le sol français, et alors qu’il s’y croyait en parfaite sécurité, BEN BARKA, un leader politique d’envergure internationale, venait de périr assassiné.

    Chef de l’opposition au Maroc et représentant de l’Union Nationale des Forces Populaires, on ne retrouvera jamais le cadavre d’un homme que l’on a longtemps cru éliminé après son enlèvement. Ce que l’on sait, c’est que Mehdi BEN BARKA condamné à mort dans son pays avait émigré ces derniers mois en Suisse où il avait trouvé refuge à Genève chez le consul d’Algérie, qu’il se rendait fréquemment au Caire où il avait un appartement et qu’il se trouvait le 29 octobre 1965 à Paris pour, sans doute, y rencontrer le cinéaste Georges FRANJU. Celui-ci avait prévu avec l’aide du producteur Georges FIGON et de l’ancien directeur des programmes de Radio Maroc, le journaliste Philippe BERNIER de réaliser avec le leader tiers-mondiste un film évoquant la décolonisation qui devait faire la une à la veille d’un sommet des pays du Tiers Monde prévu pour janvier 1966. Après plusieurs tentatives de rendez-vous infructueuses, les deux hommes avaient d’ailleurs prévu ce jour-là de se voir à Paris à la Brasserie Lipp, boulevard Saint-Germain où BEN BARKA s’était rendu accompagné d’un jeune étudiant marocain. C’est ce dernier qui alertera les autorités dès le lendemain. Ancien professeur du futur roi du Maroc HASSAN II, l’agrégé de mathématiques BEN BARKA rêvait à 45 ans de construire une société nouvelle dans un pays dirigé par le roi MOHAMMED V qui venait d’accéder à l’indépendance. Mais son opposition à son fils HASSAN II dès son arrivée au pouvoir en 1961, et à un système féodal basé sur un pouvoir absolu lui vaudra sans doute d’échapper dès novembre 1962 à un premier attentat et de nombreuses inimitiés. Devenu dangereux depuis qu’il animait un courant tricontinental, nombre d’observateurs estiment d’ailleurs que s’il n’avait pas été enlevé en octobre 1965 à Paris ni probablement tué, il aurait assurément changé le cours de l’histoire du Maroc et peut-être même du monde du fait de ses responsabilités dans le Tiers Monde et que l’entourage du roi HASSAN II en était parfaitement conscient.

    Mehdi Ben Barka… Entre barbouzes et affaire d’EtatAutour de cet enlèvement les questions restent nombreuses. Ce film de FRANJU, était-il vraiment à l’ordre du jour et n’était-ce pas plutôt pour faire venir Mehdi BEN BARKA à Paris que cette rencontre lui avait été proposée ? S’inquiétant de ne pouvoir le joindre le 1er novembre, son frère Abdelkader prévenu de son enlèvement apprendra qu’il n’avait pas été enlevé par des policiers français ce qui le décidera à porter plainte pour séquestration. Interpellé le 29 octobre précédent sans violence par deux hommes lors de son arrivée à la Brasserie Lipp, Louis SOUCHON et Roger VOITOT se présentant à lui comme étant des policiers français, BEN BARKA sera aussitôt emmené à Fontenay-le-Comte où l’aurait, a-t-on dit, attendu le Général OUFKIR, le Ministre de l’Intérieur du roi HASSAN II (ci-contre). Du moins selon l’une des versions connues, l’autre prêtant à un certain BOUCHESECHE d’être le responsable de sa mort. Un BOUCHESECHE qui finira sa vie d’une drôle de façon car l’entourage d’HASSAN II ne souhaitait pas laisser trop de témoins derrière lui. Il est vraisemblable qu’il avait été prévu le 29 octobre de rapatrier Mehdi BEN BARKA au Maroc et de l’y emprisonner. Selon une autre version, le Général OUFKIR ne se trouvera en France qu’un peu plus tard, sans doute pour savoir ce qu’était devenu l’opposant à son roi. Le général venu à Paris, aurait même demandé l’assistance technique à son homologue français, le ministre Roger FREY, pour effacer les traces d’un enlèvement qui aurait mal tourné. Ce qu’il est facile de deviner au vu de ce que l’on sait aujourd’hui c’est que le leader tiers-mondiste ait pu faire l’objet d’un véritable complot organisé par le ministre marocain et que celui-ci savait pouvoir compter pour cet enlèvement sur le concours de policiers et de responsables français dont le Préfet de Police Maurice PAPON. Toujours aussi zélé qu’à l’époque où il déportait des Juifs à Bordeaux, et évoquant une nouvelle fois la raison d’Etat, PAPON n’empêchera d’ailleurs pas le Général OUFKIR de regagner le Maroc. Ce qui apparaît également curieux dans cette ténébreuse affaire, c’est aussi la disparition méthodique de tous les témoins qui auraient pu assister à l’enlèvement et au probable meurtre et pas seulement du truand BOUCHESECHE. Qu’il s’agisse du producteur, l’autre truand Georges FIGON retrouvé suicidé à Paris l’année suivante ou du jeune étudiant marocain qui, à son tour, se serait curieusement « suicidé » en 1971.

    Malgré le procès qui se tiendra peu après cet enlèvement et l’implication de responsables français (1967), rien ne permettra de déterminer avec exactitude qui en était l’auteur. Le Français Antoine LOPEZ dit « Savonette » l’un des responsables des services de renseignements dont les attaches avec l’entourage d’HASSAN II ont été prouvées, sera l’un des seuls condamnés pour son implication dans l’enlèvement.

    Mehdi Ben Barka… Entre barbouzes et affaire d’EtatIl faudra cependant attendre de nombreuses années avant que l’affaire rebondisse. Après DEROGY et J-F. KAHN, un nouveau journaliste, Joseph TUAL (ci-contre) a entrepris en effet d’enquêter pour enfin connaître la vérité sur cette ténébreuse affaire. Comme vous le verrez dans le film qui suit, il a pu rencontrer un dénommé Ali BOUREQUAT qui a été incarcéré au Maroc avec des truands comme BOUCHESECHE et une partie de ceux qui avaient enlevé le leader et opposant marocain. Il semble même que la tête d’un Mehdi BEN BARKA décapité ait été ramenée au Maroc et qu’elle ait été enterrée avec les corps de tous ces témoins dont il convenait de se débarrasser dans les jardins du PF3, une prison secrète des quartiers chics de Rabat devenu par endroits un véritable charnier où l’on n’arrive plus depuis après que des transformations ont été apportées à faire pousser le moindre oranger, les corps ensevelis l’ayant été sous de la chaux vive. Bien que personne ne songe plus aujourd’hui à trouver la moindre explication à des investigations régulièrement contrariées, l’enquête continue. Mais saura-t-on un jour la vérité ?

    Source : Certitudes, 9 jan 2020

    Tags : Maroc, France, Mehdi Ben Barka, barbouzes, services secrets, Mossad, Israël, Hassan II,

  • Maroc : L’histoire du «Khashoggi» marocain, opposé à son roi

    Le socialiste Ben Barka, principal opposant à Hassan II, a été kidnappé, torturé et assassiné à Paris par des agents de la plus haute confiance du monarque.

    FRANCISCO PEREGIL

    À Rabat, il y a une avenue appelée Mehdi Ben Barka, une rue connue dans la ville dans le monde entier, avec sa salle de sport ultramoderne, les supermarchés les plus modernes et ses restaurants visités par des diplomates des ambassades voisines. Tout se passe comme si l’Etat marocain voulait soigner une énorme plaie encore ouverte. Le crime a eu lieu à Paris le 29 octobre 1965, en plein jour, à 12h15, devant la taverne Lipp, au 151 avenue Saint-Germain. Ben Barka savait que les services secrets d’Hassan II étaient sur ses traces, il ne lui serait jamais venu à l’esprit d’entrer au consulat du Maroc à Paris, comme l’a fait le journaliste saoudien Jamal Khashoggien à Istanbul. Entre autres, parce que la justice marocaine l’avait condamné à mort pour rébellion.

    Cependant, Ben Barka est allé à un rendez-vous devant la taverne Lipp avec le cinéaste Georges Franju, qui envisageait théoriquement de faire un film sur la décolonisation intitulé Enough! En réalité, tout cela faisait partie d’un piège tendu par les services secrets marocains.

    Ben Barka est né en 1920 dans la médina de Rabat. Enfant, il a accompagné son frère aîné à l’école et est resté à la porte à l’attendre. Comme dans tant de familles pauvres, seules les plus âgées ont le droit d’aller à l’école. Un jour, le professeur l’a invité et a remarqué que le garçon était brillant. Si brillant qu’il finirait par devenir l’un des meilleurs mathématiciens du pays et tuteur du prince de son pays, le futur Hassan II. Il serait également l’un des principaux fondateurs de l’Union socialiste des forces populaires (USFP), principal parti de gauche au Maroc. Il était un allié du futur roi alors que tous deux aspiraient à l’indépendance du pays. Mais après l’arrivée sur le trône d’Hassan II en 1961, Ben Barka est devenu son principal adversaire.

    Ben Barka était une référence pour une grande partie de la gauche dans le tiers monde. En 1965, avec Fidel Castro et Che Guevara, il prépare la première conférence tricontinentale qui se tiendra finalement à La Havane l’année suivante. Il savait qu’il avait des ennemis très puissants, mais il ne voyait pas venir le piège que la longue main des services secrets marocains préparait depuis des mois. Ce matin-là, il y a à peine 53 ans, deux individus qui se sont identifiés comme des agents français l’ont détenu devant la taverne. On sait qu’il a été transféré dans un chalet à Paris et torturé à mort. Mais son cadavre n’est jamais apparu. Plusieurs procès ont eu lieu à Paris, des milliers d’articles ont été écrits, plusieurs livres, des films ont été réalisés. Après des années d’enquête, il est devenu clair que l’enlèvement avait été organisé et exécuté par le général Mohamed Ufkir, qui était non seulement le ministre de l’Intérieur de Hassan II, mais aussi le directeur des services secrets, le bras droit incontesté du roi. Ufkir était accompagné de son adjoint, le major Ahmed Dlimi.

    Dans un acte sans précédent en droit international, la justice française a condamné à la réclusion à perpétuité un ministre des Affaires étrangères en exercice, le général Ufkir. Mais Hassan II a refusé de le remettre. Et cela a conduit au gel des relations diplomatiques pendant deux ans entre la France du général de Gaulle et le Maroc.

    Des années plus tard, Ufkir finira par participer au coup d’État de 1972 contre Hassan II et fut arrêté et fusillé. L’une des versions dit qu’ils l’ont tué, d’autres qu’il s’est suicidé. La version qui a été établie dans une partie de la société marocaine est que « il s’est suicidé avec une balle dans le dos », un coup que Hassan lui-même lui aurait donné. Mais revenons au Khashoggi marocain. Quelle était l’implication de Hassan II? A-t-il ordonné le meurtre ou était-ce juste un accident? Quel a été le rôle de la direction des services secrets français? Y a-t-il eu négligence grave ou complicité?

    En tout cas, la réaction de la communauté internationale a été très accommodante envers Hassan II. Eric Goldstein, directeur de Human Rights Watch au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, a écrit un article dans le Washington Post, le journal où Khashoggi a écrit, le 19 octobre, intitulé: « Un assassinat similaire a subi un régime brutal il y a cinquante ans. » Goldstein rappelle que ces deux années de distance entre la France et le Maroc ont été mises à profit par d’autres pays occidentaux pour initier des relations stratégiques avec Rabat. Dès l’arrivée au pouvoir du président George Pompidou en 1969, il reprend ses relations avec Rabat.

    Goldstein souligne que l’Occident devrait tirer certaines leçons de l’affaire Ben Barka en relation avec l’Arabie saoudite: «L’échec [des puissances occidentales] à tenir [Hassan II] responsable d’un crime commis sur le sol français a peut-être enhardi le roi. Au cours du quart de siècle suivant (…) leurs agences de sécurité ont fait disparaître des opposants par centaines, ou les ont emprisonnés après les avoir systématiquement torturés, parfois dans des prisons secrètes ».

    Ce 29 octobre, les descendants de Ben Barka et certains de ses fidèles se retrouveront à nouveau sur l’avenue Saint-Germain, à Paris, pour exiger l’ouverture des dossiers que l’État français refuse toujours de révéler. Les intérêts de l’Etat, de la France et du Maroc, écrasent depuis 53 ans le désir des proches de Ben Barka de connaître la vérité.

    Source : El País, 29 oct 2018

    Tags : Maroc, Mehdi Ben Barka, Hassan II, Khashoggi,

  • Maroc révélation : Ben Barka, Hassan II et les autres

    L’avocat de la famille Ben Barka vient de publier un livre témoignage pour dire ce qu’il sait du célèbre Mehdi, mais aussi de Hassan II, De Gaulle, Castro, etc. Le résultat, dont TelQuel publie de larges extraits, vaut le détour.

    “S’il vous plaît, laissez le prince gagner !”

    Ma première rencontre avec le futur roi Hassan II aurait dû avoir lieu à Ifrane, au cours de l’été 1942 ou 1943. J’avais 13 ou 14 ans. Je jouais au tennis avec un ami lorsqu’un capitaine de l’armée française se présente à la porte du court et m’interpelle : “Accepteriez-vous de jouer avec le prince ?”. Je ne comprends pas sa question.

    – Avec quel prince ?

    – Le fils aîné de Sa Majesté
    le Sultan, le prince Moulay Hassan.

    – Je joue assez mal et le prince ne sera sans doute guère intéressé par nos échanges de balles, lui réponds-je étonné.

    – Bien sûr que si, car le prince ne joue que depuis peu. Mais une condition s’impose. Si vous acceptez de jouer avec lui, vous devez le laisser gagner.

    La condition émise par l’officier me dresse les cheveux sur la tête ! Tout mon tempérament de “Sagittaire” me porte exactement au contraire… Il m’arrivera souvent de perdre au cours de ma vie, mais jamais dans aucun jeu, dans aucun sport, dans aucun procès, je ne l’ai fait ou accepté volontairement. Ma réponse fuse : “Prince ou pas, il n’en est pas question”.

    L’accident-attentat contre la Volkswagen

    Novembre 1962, Mehdi Ben Barka est victime d’un “accident”, véritable attentat contre sa personne. Il a quitté Rabat pour Casablanca, accompagné d’un futur député, Mehdi Alaoui, dans une Volkswagen, conduite par un chauffeur membre du parti. Le véhicule est suivi de près par une Peugeot 403 des services de police chargés de surveiller, depuis plusieurs jours, tous ses déplacements. A bord ont pris place des agents du CAB 1. Brusquement, dans une longue courbe surplombant un ravin non loin de Bouznika, la 403 accélère, passe devant la Volkswagen et se rabat devant elle, commettant ainsi, délibérément, ce qu’on appelle une “queue-de-poisson”. Pour éviter l’accrochage et la chute dans le ravin, le chauffeur de la Volkswagen donne un coup de volant brutal à gauche, renversant son véhicule de l’autre côté de la route, dans le fossé. Le chauffeur et Mehdi Alaoui se sont évanouis sous le choc. Ben Barka, éjecté du véhicule, non. Appelant de l’aide, il est entendu par des ouvriers agricoles proches qui viennent aussitôt lui porter secours, ainsi qu’à ses compagnons. Les policiers sont descendus de la 403 et reviennent en arrière. Constatant la présence de témoins, ils prennent immédiatement le chemin inverse et disparaissent avec leur véhicule ! Une voiture de passage transporte les victimes à Rabat. Par le plus grand des hasards, elle est conduite par le procureur du roi près la Cour Suprême ! Il est donc le premier informé de ce qui vient d’arriver. Sur le coup, Ben Barka ne s’est pas plaint. Mais, dès son retour chez lui, une douleur à la nuque le terrasse. Transporté d’urgence dans une clinique de la ville, la fracture d’une vertèbre cervicale est diagnostiquée. Cet établissement est le plus réputé de Rabat, mais son directeur entretient des relations étroites avec le Palais… Le parti place donc des gardes devant la porte de la chambre de Ben Barka, qui se relayent jour et nuit. Inquiet des soins qui lui sont prodigués et des allées et venues de “particuliers douteux”, son frère décide de l’emmener en Allemagne. Le 22 novembre, ils arrivent à Cologne. Après quinze jours de soins intensifs, Ben Barka est de retour, avec une “minerve”.

    “Jamais il ne remettra les pieds au Maroc !”

    Le roi, selon certains, a tenu au palais royal, dès le 25 mars 1965, un conseil restreint avec Oufkir, Dlimi, Moulay Hafid et Driss M’Hammedi, le directeur général du cabinet royal, pour évoquer le “cas Ben Barka”, peut-être beaucoup plus nocif à l’étranger que s’il était au pays. Son retour au Maroc s’imposait donc, d’une manière ou d’une autre, de son plein gré – ce que le roi savait impossible – ou de force. En même temps qu’il reçoit les représentants des partis en avril, Hassan II cherche donc à prendre contact avec Mehdi Ben Barka. Espère-t-il ainsi diviser les dirigeants de l’UNFP ou songe-t-il, réellement, à lui confier une responsabilité importante dans la grave crise que vit le Maroc ? Ne va-t-il pas simplement tenter de l’appâter, de le piéger, pour le convaincre de rentrer de son plein gré servir le pays ? En fait, pour l’arrêter, voire le liquider, dès son arrivée ? Le roi n’a-t-il pas averti le 13 avril : “Tous ceux-là doivent comprendre que le temps des complots et des troubles est révolu… J’attire leur attention que notre clémence n’aura d’égal que notre fermeté” ? Simone Lacouture raconte dans L’Evénement, en octobre 1966 : “Il y a deux ans lorsque je fus reçue pour la dernière fois par le roi, on parlait du retour de Ben Barka, à la suite de la mesure royale d’amnistie des condamnés du complot de juillet. Lorsque je lui ai demandé si cette éventualité était envisageable, il bondit comme sous l’effet d’une insulte : ‘Ben Barka ? Jamais, vous entendez ! Jamais il ne remettra les pieds au Maroc. Souvenez-vous de ce jour et de ce que je vous dis : jamais Ben Barka ne rentrera ici. Je vous en donne ma parole d’honneur’”.

    Quand Castro dit non

    Avant le “retour de force” de Ben Barka au Maroc, Hassan II tente de lui couper ses “élans révolutionnaires”. Au moment même où, pour l’inviter à rentrer de son plein gré, il envoie le prince Moulay Ali à Francfort, il prie Fidel Castro de ne plus le recevoir à Cuba…au risque de voir abandonné par le Maroc l’important contrat signé début 1965 pour l’importation d’environ 150 000 tonnes de sucre, chaque année. Le coup est très dur pour Cuba, qui risque alors de perdre un gros client : le Maroc. Mais c’est mal connaître le “lider maximo”. Fidel Castro n’accepte pas le marchandage hassanien : “Que le Maroc cesse d’acheter son sucre à Cuba, s’il le veut, mais pas de chantage à l’égard de mon ami le président Ben Barka”. En revanche, Fidel Castro avertit fin septembre le leader marocain de la requête du gouvernement marocain à son encontre. La “démarche” de Hassan II est connue des services français. Je l’ai retrouvée dans le dossier du SDECE (contre-espionnage français). Un deuxième avertissement lui est donné, indirectement, au cours de l’été. Sa famille en résidence au Caire reçoit conseil de déménager dans un quartier plus résidentiel, plus surveillé par la police égyptienne. Ce qu’elle fait.

    De Gaulle n’a pas tenu promesse

    Novembre 1965, quelques jours après la disparition de Ben Barka, Hassan II reçoit, à Fès, le colonel Albert Touya, émissaire français. Celui-ci lui remet le rapport arrivé de Paris et l’informe de la requête de la France : le départ de Mohamed Oufkir ! Le souverain, qui a reçu son ministre dès son retour de Paris, le défend. Il reçoit finalement l’ambassadeur de France vers 18h. Le roi montre d’abord qu’il est très vexé : “L’affaire est grave… Donnez-moi un délai de trois jours. Lorsqu’on attaque un ministre, c’est moi-même que l’on attaque. Comment peut-on supposer vrai tout ce que vous me racontez, alors que je devais aller à Paris le 11 novembre, qu’Aherdane en revient, que votre ministre Pisani allait venir ? Et, c’est dans ces conditions qu’Oufkir et Dlimi seraient allés à Paris pour faire le coup, comme l’on dit ? Croit-on que moi-même, j’ai pu avoir participé en quelque manière à toute cette affaire ? Mon éthique est l’honneur, la tradition de ma famille… La raison d’État doit l’emporter… Qu’y a-t-il en balance dans tout cela ? D’un côté, une affaire de truands, de l’autre les rapports entre la France et le Maroc… Tout ce que je demande, c’est la vérité. Ce qu’on insinue est impossible”. En bref, Hassan II écarte toute idée de se séparer d’Oufkir. De Gaulle a été informé, dès le matin, de la position intransigeante du roi. Il n’en est que plus irrité. Est-ce la raison du message en retour qu’il a adressé à la mère de Mehdi Ben Barka ? Je suis convoqué à l’ambassade de France en fin d’après-midi. Le conseiller juridique m’apprend la réponse. Je lui demande de me remettre le texte. “Il n’en est pas question, me dit-il. Mais vous êtes autorisé à l’apprendre par cœur !” Après discussion, j’obtins le droit de le recopier, d’en faire état à ma seule cliente, mais de ne pas le communiquer à des tiers ! “Veuillez faire savoir à la mère de Mehdi Ben Barka que le général de Gaulle a bien reçu la lettre qu’elle lui a adressée et qu’il tient à l’assurer que la justice exercera son action avec la plus grande rigueur et la plus grande diligence”.

    J’en fais part sur-le-champ à la mère de Mehdi Ben Barka et à Abderrahim Bouabid. L’engagement solennel du chef de l’État français leur redonne courage. La France n’est-elle pas le pays des droits de l’homme, des libertés, de la justice ? Hélas, Fatouma Bouanane décèdera le 20 octobre 1970, quelques jours après le Général, sans en savoir plus sur le sort de son fils.

    Le show de Dlimi

    Octobre 1967 : le directeur général de la Sûreté nationale marocaine, Ahmed Dlimi, se présente au palais de justice et se constitue prisonnier ! Une véritable comédie policière, avec même des barrages aux abords des aérodromes, a précédé son arrivée…alors qu’il dormait tranquillement dans un bon lit parisien. Il a voyagé dans la nuit du 17 au 18 sous le nom de “M. Ben Mokhtar, commerçant” ! Depuis son débarquement, la nouvelle a été soigneusement cachée par ses avocats. Suprême plaisanterie, l’audience de la Cour du 19 octobre a commencé à l’heure prévue, sans qu’aucune information ne soit donnée sur “l’arrivée de Dlimi”. A 16 h, une grande agitation se produit aux grilles du palais. Les chuchotements augmentent dans la salle d’audience… A 16 h 30, une 404 franchit les grilles. L’homme qui en descend déclare, au premier gendarme qui l’interroge, qu’il est bien Ahmed Dlimi. Pourquoi lui avoir laissé tant de temps depuis son passage à Orly ? Sans doute pour lui permettre d’organiser sa défense. On sait aujourd’hui qu’un arrangement a même été passé avec lui avant son départ de Rabat ! Dlimi, en plein accord avec Hassan II, qui lui a donné l’ordre formel de se taire, joue les innocents. Son avocat sollicite de la Cour sa mise en liberté provisoire immédiate ! Offusqués, nous décidons avec le représentant de la partie civile de quitter l’audience en signe de protestation… De l’autre côté, à Rabat, pour que la comédie soit complète, Hassan II condamne Dlimi à 120 jours d’arrêt de rigueur pour “abandon de poste”. Mais il décide, en même temps, de le nommer lieutenant-colonel, une promotion !

    Ils avaient le même tailleur…

    Hassan II raconte qu’il était très intime de Ben Barka dans sa jeunesse : “C’était un bon compagnon, un vieux copain…” Et d’ajouter : “C’est à Ben Barka que je dois de m’habiller avec élégance… Plus tard nous avions le même tailleur, M. Kamps. A l’époque le costume coûtait 150 000 anciens francs”. Or, par le plus grand des hasards, j’acquis ces dernières années un costume chez un commerçant de l’avenue Félix Faure à Paris, qui me dit être un ancien ouvrier tailleur chez M. Kamps. Et il me raconta que “le prince Moulay Hassan était venu un beau jour commander cent costumes”. Pas Ben Barka !

    Maurice Buttin. Une affaire, un homme

    D’origine marocaine, puisqu’il est né à Meknès en 1928, Maurice Buttin s’est inscrit au barreau de Rabat dès 1954. Onze ans plus tard, il fait son entrée dans la grande histoire en acceptant, au nom de la mère de Mehdi Ben Barka, de prendre l’affaire en main. 45 longues années de lutte acharnée, entre Rabat (où il a longtemps été interdit de séjour) et Paris, n’ont pas suffi à faire éclater tous les verrous, toute la vérité. Buttin, bon pied bon œil, n’a toujours pas renoncé et ne le fera sans doute jamais. C’est l’histoire de ce demi-siècle d’espoirs et de frustrations, mêlée à la petite histoire de la gauche marocaine, qu’il nous raconte dans son livre Hassan II, De Gaulle, Ben Barka : ce que je sais d’eux, qui vient de paraître aux éditions Karthala.

    Editing TelQuel No 446, 12 nov 2010

    Tags : Maroc, Makhzen, Mehdi Ben Barka, Oufkir, Hassan II, Mossad, SDECE, 

  • Assassinats, coups d’Etat. Tout sur le passé trouble qui lie la France au Maroc

    Le Maroc et la France partagent une histoire occulte écrite par des truands et des mercenaires utilisés par les services secrets des deux pays pour exécuter leurs coups tordus et leurs basses œuvres. Plongée dans le monde des barbouzes.

    Nous sommes à la fin des années 1950. Le gouvernement français a constitué une “war room”, conseil de guerre ultrasecret et restreint, chargé de dresser “une liste de personnalités acquises au F.L.N” et “d’hommes publics particulièrement ennemis de la France” à neutraliser ou à liquider. Allal El Fassi est le premier homme à abattre.

    Dans ses mémoires, le colonel Le Roy-Finville, chef du service 7, spécialisé dans l’obtention de renseignements pour le compte du S.D.E.C.E (Service de documentation extérieure et de contre-espionnage), le décrit comme “un Marocain vigoureusement anti-français et allié virulent au F.L.N”. “L’idée, écrit Le Roy-Finville, est de faire sauter El Fassi et les autres chefs de l’Istiqlal à l’occasion d’une de leurs rencontres à Tétouan, en zone espagnole”, prévue à l’hôtel Dersa. Le service 7 se charge de fournir au service Action toutes les indications techniques : poids d’explosif nécessaire, épaisseur des murs, systèmes de sécurité, etc. “Du travail tout mâché”, rapporte le colonel. Sauf que “les militaires ne veulent pas se salir les mains” et constituent “un petit groupe de repris de justice qui se disent prêts, eux, à faire la sale besogne. Contre une bonne récompense (…) et des protections pour leurs petites affaires”.

    Ces spécialistes des coups tordus, connus sous le terme de barbouzes, sont dans leur grande majorité des truands employés par les services secrets français pour les basses œuvres. Ils sont notamment utilisés dans les “contrat homo”, expression désignant l’élimination physique de personnes gênantes pour les intérêts de la France. A la tête des truands engagés par les services spéciaux pour assassiner Allal El Fassi, Jo Attia et Georges Boucheseiche, deux barbouzes connus des renseignements de police en France et proxénètes chevronnés au Maroc. Ceux-là mêmes qui seront impliqués, quelques années plus tard, dans l’affaire Ben Barka. Massacreurs professionnels sur le papier, ces “types du milieu” sont loin d’être des enfants de chœur et ont un CV de malfrat long comme un jour sans pain.

    Le fiasco Attia

    Pourtant, ils s’avèrent être des dilettantes du crime dans la tentative d’assassinat de Allal El Fassi. Comme dans un San-Antonio loufoque, Leroy-Finville surnomme la tentative avortée d’éliminer le chef de l’Istiqlal le “fiasco Attia”. C’est que Jo Attia et Georges Boucheseiche, “le grand Malabar” et “le petit gros”, sont à la discrétion ce que l’hippopotame est à la grâce. A l’aéroport d’Orly où ils embarquent pour Tanger, les deux rossards se font remarquer par des effusions grandiloquentes, sous les yeux ébahis des voyageurs. Attia embrasse goulûment sa petite amie, “une petite brune piquante, très jolie”. Il faudra attendre que l’hôtesse de l’air lance un appel pour embarquement immédiat pour que les deux acolytes détalent “en direction de la salle de départ, en se retournant encore dix fois pour faire des signes à la fille”.

    Dans l’avion Air Atlas qui les mène vers Tanger, Boucheseiche et Attia retrouvent “deux hommes à eux, Nottini, dit la Béquille, et Palisse, autre future ‘célébrité’ de l’affaire Ben Barka”. Durant le vol, “Attia et les trois autres branquignols, sablant le champagne aux frais de la princesse, laissent tomber par inadvertance un sac de grenades qui roulent sous les sièges des passagers”. à quatre pattes, les malfrats, que les passagers prennent pour des plaisantins ivres, récupèrent les bombes, “qui ricochent comme des billes, au gré du balancement de l’appareil”. Les négligences perdurent à leur arrivée au Maroc : la première valise piégée installée à l’hôtel Dersa explose dans la mauvaise direction. La seconde, installée par les soins d’Attia dans la villa de Allal El Fassi, est retrouvée et désamorcée par la police espagnole. Le premier “contrat homo” est un échec.

    Des truands très show-off

    Après cette tentative d’assassinat avortée, la presse ne parle que d’eux. La police locale se lance aux trousses de la bande. Les barbouzes, en arrivant au Maroc, se font remarquer en faisant “la tournée des grands ducs dans les boîtes”, “en menant grand tapage”. Le gang se sépare : Palisse et Boucheseiche cavalent en zone française, tandis qu’Attia et Nottini la Béquille rebroussent chemin pour Tanger. Là-bas, Attia se fait passer pour un agent du S.D.E.C.E auprès d’un gérant de bar français. Ce dernier leur présente Antoine Lopez, chef d’escale de l’aéroport de Tanger. Ce futur agent secret, bientôt impliqué dans le kidnapping de Ben Barka, peut les rapatrier en France en leur évitant police et douane.

    “Empotés comme il n’est pas permis”, décrit Le Roy-Finville, Attia et Nottini brillent encore une fois par leur amateurisme. En voyant le déploiement de policiers à l’aéroport, Attia panique et se souvient qu’il a encore un revolver sur lui. Il s’engouffre dans les toilettes de l’aérogare et décide de cacher l’arme dans la cuvette. Sauf que le poissard a encore des balles dans sa poche. Il garde les munitions dans sa paume droite et décide, en feignant une poignée de main, de les tendre à Lopez. Sauf que le chef d’escale ne comprend pas. “Les balles tombent, rebondissent sur l’asphalte dans un crépitement métallique”, devant une flopée de policiers, qui se jettent sur le gang et mettent les brigands étourdis sous les verrous…

    L’affaire Ben Barka

    Malgré ce plantage, on refait appel quelques années plus tard à la bande de Boucheseiche. Elle est chargée d’organiser, le 29 octobre 1965, l’enlèvement de Mehdi Ben Barka devant la brasserie Lipp avec l’aide de policiers français. Maurice Buttin, avocat de la famille de l’opposant marocain, rapporte que c’est d’abord Jo Attia qui reçoit “une demande des Marocains d’éliminer physiquement Ben Barka”. La consigne : procéder à l’assassinat à “Genève, avec un fusil à lunettes”. Un “contre-ordre” lui fait savoir que le pouvoir préfère “ramener Ben Barka vivant au Maroc”. On l’informe qu’à Paris, un certain Georges Figon doit se charger de la question. Attia n’accorde aucune confiance à ce personnage naviguant entre milieux intellectuels parisiens et malfrats de la capitale. Il préfère donc “refiler l’affaire à son lieutenant, Boucheseiche”.

    Georges Boucheseiche est à la tête de plusieurs maisons closes, au Maroc et en France, qu’il gère avec son épouse. La barbouze est introduite dans les hautes sphères du pouvoir marocain, organise des soirées pour le beau monde et rêve d’ouvrir, sous les cieux du royaume, le plus grand bordel sur terre. “Un établissement fabuleux installé à Aïn Diab, au bord de l’océan, pas trop loin du centre des affaires, tout près de l’aérodrome”, rapporte un article de presse de l’époque. Pour le convaincre de participer au kidnapping de l’opposant à Hassan II, on lui aurait fait miroiter l’espoir qu’il obtiendrait, une fois sa mission accomplie, son lupanar…

    Boucheseiche mouillé jusqu’au cou

    C’est Antoine Lopez, le chef d’escale qui devait, quelques années plus tôt, faciliter la fuite d’Attia après l’attentat contre Allal El Fassi, qui est chargé d’accueillir le leader du mouvement tiers-mondiste à l’aéroport et de prévenir ses ravisseurs de son arrivée. Une fois le rapt effectué, Ben Barka est amené, ce vendredi 29 octobre, dans la villa de Boucheseiche, à Fontenay-le-Vicomte, dans l’Essonne. Y est réunie sa bande, constituée de Jean Palisse, Pierre Dubail et André Le Ny. Avant l’arrivée du général Oufkir et du colonel Dlimi, Ben Barka aurait été enfermé au premier étage de la demeure. Parmi les innombrables versions dédiées au décès de l’opposant marocain, des éléments rapportés aux gendarmes par le fils de Le Ny, retranscrits par Maître Maurice Buttin dans Ben Barka, Hassan II, De Gaulle : “ce que je sais d’eux : Ben Barka aurait été transporté dans la villa de Boucheseiche, puis transféré à Ormoy, chez Lopez. Dlimi et Oufkir l’avaient torturé dans la cave (…) C’est Boucheseiche qui l’avait frappé en premier, car Ben Barka ne se laissait pas faire. D’un coup de poing, il lui avait cassé les cervicales. Ils l’avaient ensuite attaché (…) et Oufkir et Dlimi l’avaient un peu ‘bousculé’. C’est là que Ben Barka est décédé”.

    Dans le même ouvrage, Maurice Buttin cite un commissaire de police français retraité : “J’ai rencontré Palisse (…) Il m’a dit avoir assisté à la mort de Ben Barka, par accident, sur un mauvais coup que lui avait porté Boucheseiche”. à l’annonce de la disparition de Mehdi Ben Barka, c’est le royaume tout entier et l’Elysée qui se mettent en branle. Le 4 novembre 1965, Georges Boucheseiche prend la fuite pour le Maroc. Quatre jours plus tard, un mandat d’arrêt international est lancé contre lui. Sa bande ne tarde pas à le rejoindre. Le 7 juin de la même année, la barbouze est condamnée, par contumace, à la perpétuité. Malgré les mandats d’extradition qui pèsent sur leurs têtes, Boucheseiche et ses complices coulent des jours heureux au royaume. Les truands prospèrent, sous la surveillance, ou plutôt la protection de la police marocaine. Boucheseiche reprend les affaires dans ses bordels. Son paradis artificiel, sous les cieux marocains, prend fin quelques années plus tard.

    Des hommes qui en savaient trop

    Boucheseiche, Le Ny, Palisse et Dubail sont arrêtés, au lendemain de la tentative de coup d’Etat de Skhirat, en 1971. La bande, dans sa quasi-totalité, est enfermée au Point Fixe 3 (centre secret de torture et de détention installé à Rabat). Pierre Dubail y entame, de novembre 1973 à avril 1974, un dialogue avec son voisin de cellule. Il s’agit de Ali Bourequat, l’un des trois frères que Hassan II fait prisonnier dans les geôles de Rabat puis de Tazmamart. Dans son livre Dix-huit ans de solitude (Ed. Michel Lafon), il recoupe les informations que lui distille Dubail : “Nous savons trop de choses. (…) Nous avons travaillé sous les ordres d’Oufkir, pour le compte du roi”. Les barbouzes connaissent personnellement Hassan II. “Il nous tapait sur le ventre. Il nous invitait à dîner, nous emmenait en balade. Notre façon de parler l’amusait…”

    Dubail voudrait que Ali Bourequat, à sa sortie, se rende au Henry’s Bar à Rabat, sur le boulevard Mohammed V. “Tu verras un homme qui, le dimanche, à l’heure du tiercé, boit un perroquet (…) Il est des nôtres”. Dubail voudrait que Bourequat prenne un billet de tiercé et y inscrive les chiffres 2 9 1 0 6 5, correspondant à la date de l’enlèvement de Mehdi Ben Barka. “Il te fournira tout ce dont tu as besoin, assure Dubail à Bourequat. En échange, donne-lui de nos nouvelles. Dis-lui que nous sommes ici, au PF3. Dis-lui que nous avons peu de chances de nous en sortir”. Dans les épanchements de Dubail, une révélation reste à ce jour invérifiée. Au centre du niveau 2, devant la cellule 14 du PF3, se trouverait une tombe “un peu spéciale”. Ce qu’elle contiendrait ? “La tête de Ben Barka”, affirme Dubail. “On la lui a tranchée après sa mort. (…) Hassan II voulait la voir”.

    Selon le récit de Bourequat, “Dubail, Boucheseiche et Le Ny quittent le PF3” en avril 1974. “Boucheseiche reviendra le premier, le 29 octobre”, date anniversaire de la disparition de Ben Barka. “Le Ny le suivra le 14 novembre. Dubail, lui, reviendra le 16 novembre 1974. Ni lui ni les autres ne seront alors en mesure de communiquer avec qui que ce soit”. La phrase est interprétée comme une métaphore macabre. Des enquêtes publiées sur l’affaire supposent que ce retour est posthume, et que ce sont les dépouilles des barbouzes qui sont reconduites au PF3. Une seule chose est sûre : le sort de Boucheseiche et de ses compères est presque aussi nébuleux que l’affaire Ben Barka…

    Bob Denard entre en ligne

    Intimement imbriquée à la politique française dans ses anciennes colonies, la barbouzerie prend un tournant nouveau durant les années 1970. Le caractère occulte des relations franco-africaines est désormais définit par le néologisme “Françafrique”, expression qui dénonce les coups d’Etat et interventions sur le continent noir menés par des mercenaires à la solde de l’Etat français, relayés parfois par les Marocains. C’est que dans le contexte de guerre froide des années 1970, Hassan II a choisi son camp : ce sera l’Ouest. Le Maroc apporte notamment son soutien au dictateur Mobutu, l’assassin du leader de gauche Patrice Lumumba. Le royaume va jusqu’à accueillir des mercenaires en route pour déstabiliser des régimes de gauche africains. “Le marché des missions secrètes est si prospère en Afrique que je ne tarde pas à être de nouveau sollicité. Le contact vient cette fois d’un agent marocain”, raconte dans ses mémoires le célèbre mercenaire Bob Denard. Courant 1977, à Paris, où Denard a établi sa base arrière, l’agent des services secrets marocains lui aurait fait rencontrer le docteur Emile Derlin Zinzou, l’ancien président du Dahomey, destitué en juillet 1969 suite à un coup d’Etat. Le Dahomey, devenu la république populaire du Bénin, est désormais gouverné par le général Mathieu Kérékou qui a instauré un régime d’inspiration marxiste-léniniste. Bob Denard raconte avoir été contacté par le Maroc car Kérékou embarrasse le royaume depuis qu’il a pris parti pour le Front Polisario en reconnaissant la république sahraouie. L’homme gêne aussi la France qui désire le renverser pour “le remplacer par quelqu’un de plus proche des vues françaises”, raconte Jacques Foccart, l’éminence grise de l’Hexagone pour les affaires africaines. Ce dernier connaît très bien Bob Denard pour avoir déjà fait appel à ses services afin d’organiser des opérations militaires et des coups d’Etat sur le continent noir.

    La France marchant main dans la main avec le Maroc, Bob Denard estime qu’il peut s’engager dans cette affaire car il bénéficiera “d’appuis sérieux et de fonds conséquents”. “Mister Bob”, comme on le surnomme, dépêche un jeune officier en reconnaissance dans la capitale béninoise, Cotonou. Se faisant passer pour un touriste, ce dernier séjourne une semaine sur place pour évaluer les forces armées de Kérékou. Fort du rapport de son espion, Bob Denard juge qu’une opération militaire menée par des mercenaires serait le moyen le plus efficace de blackbouler Kérékou du pouvoir. Il en fait part aux parties prenantes dans l’opération, et notamment à Hassan II qui lui aurait fait “un premier versement de cent quarante cinq mille dollars” pour amorcer l’opération.

    Benguerir, base de chiens de guerre

    Bob Denard lance une campagne de recrutement de mercenaires, employant des Béninois exilés, qui seront épaulés par des Européens enrôlés grâce à des petites annonces publiées dans des quotidiens français. Bob Denard se fait appeler “colonel Maurin” pour les besoins de l’opération. Il n’informe aucune de ses recrues de la nature de la mission. Tous ignorent leur destination. Ce n’est qu’à l’aéroport, en recevant leurs billets d’avion, qu’ils découvrent leur port d’arrivée : le Maroc. Les chiens de guerre arrivent par petits groupes au royaume où, toujours selon Bob Denard, ils sont accueillis par des membres de la Gendarmerie royale. Ils sont ensuite conduits sur la base militaire de Benguerir qui, à l’époque, est considérée comme la base d’intervention du 13ème régiment de parachutistes français, une unité qui fournit le service action du SDECE en hommes de main.
    Bob Denard et son armée privée, composée de quatre-vingt-dix soldats de fortune, s’entraînent un mois complet sur la base de Benguerir. Ils sont équipés de fusils d’assaut, de mitrailleuses, de mortiers et de lance-roquettes. Bob Denard affirme avoir rencontré deux fois Hassan II pendant les préparatifs de l’opération. Le souverain lui aurait garanti, pendant l’un de leurs entretiens, son soutien plein et entier. “Après avoir versé son obole, le roi du Maroc nous garantit par contrat que le docteur Zinzou (ancien président du Bénin) nous allouera, pour sa part, quatre cent mille dollars”, raconte-t-il dans ses mémoires. Le 15 janvier 1977, Bob Denard et ses mercenaires sont passés en revue par le colonel Dlimi. Ils s’apprêtent à embarquer pour le Gabon, avant de débarquer au Bénin. Nom de code du coup d’Etat en cours : opération Crevette.

    Denard, barbouze de Sa Majesté

    A leur arrivée à Cotonou, “Mister Bob” et son armée privée rencontrent une opposition farouche. Denard n’arrive pas à prendre le contrôle de Cotonou et doit réembarquer l’après-midi même avec ses troupes. L’opération est un fiasco total, le commando de Denard en déroute est rapatrié au Gabon, avant de rejoindre le sud du royaume, “en accord avec les autorités marocaines”, écrit le mercenaire. L’opération Crevette aurait pu rejoindre la longue liste des coups d’Etat foireux d’après-indépendance en Afrique, restés auréolés de mystère. Sauf que là, Bob Denard abandonne derrière lui une caisse de munitions contenant les documents de l’expédition. La “Crevette” est décortiquée par Kérékou qui met en cause le Maroc et ses alliés français et gabonais. Pour ne rien arranger, les documents oubliés par Bob Denard sont intégralement publiés par la revue Afrique-Asie et établissent l’implication du Maroc dans le complot contre Kérékou. (…)

    telquel-online.com, 20 août 2013

    Photo : Bob Denard aux Comores

    Tags : Maroc, France, services secrets, Bob Denard, Algérie, Sahara Occidental, Mathieu Kérékou, Bénin, Dahomey, mercenaires, Mehdi ben Barka,

  • Maroc : Hassan II, l’Alaouite de mes Glaoui.

    C’est plus facile de s’en prendre a des bédouins sahraouis possédant du cuivre, du fer, du phosphate et une des côtes atlantiques parmi les plus poissonneuses au monde qu’à l’Espagne qui possède des enclaves sur leur territoire même : Ceuta et Melilla.

    Je ne vais pas vous mentir. J’ai attendu ce moment depuis tellement longtemps, trois semaines à peu près, soit une éternité pour la polisarienne que je suis. Je ne vous promets rien mais j’ai essayé d’endormir ma subjectivité congénitale avec une demi boite de Xanax et deux litres de Tropico. Bon, à part des remontées acides du fait de la dégueulasserie de la boisson susnommée, je ressens pas trop l’endormissement de mon surmoi. Je vais donc très certainement flirter avec le graveleux, booty-shake avec l’insolence, et avorter toute tentative d’ouverture des frontières avec son pays limitrophe. Allez, fini les salamalecs, et les baises-main royaux, on met tous la djellaba, parce que je vous emmène cette fois-ci au pays des riyads, le Maroc, à la rencontre du dernier monarque de droit divin : le roi Hassan II.

    Vous l’ignorez peut être et c’est pas un mal que je vous l’apprenne, mais sachez que le Maroc ne se résume pas au trivial shouf shouf la gazelle, bien au contraire, c’est un pays avec une Histoire complexe et un peuple…alambiqué. Vous me connaissez, délicate et attentionnée que je suis, je vous épargne le partie quelque peu » relou » des différentes vagues de dynasties qui ont gouverné le pays jusqu’à celle qui est à l’heure d’aujourd’hui toujours au pouvoir : la dynastie Alaouite.

    C’est une dynastie qui règne sur le Maroc depuis que le dernier souverain saadien mourut en 1659. Venus du Tafilalet, ses membres seraient des descendants de Mahomet. La transition entre Saadiens et Alaouites semble avoir été le fait de Moulay Ali Cherif qui devint sultan de Tafilalet en 1631. S’en est suivi une remarquable résistance à la domination Ottomane qui sévissait à cette période là dans toute la Nord-Afrique, mais face à l’ambition colonialiste des grandes puissances européennes, c’est autre chose.

    Suite à la conférence d’Algésiras en 1906, qui confirme l’indépendance de l’Empire chérifien, mais qui rappelle le droit d’accès de toutes les entreprises occidentales au marché marocain, et reconnait à l’Allemagne un droit de regard sur les affaires marocaines. La pénétration économique et militaire européenne s’est intensifiée au point que le Maroc est contraint de signer en 1912 le traité de protectorat franco-espagnol qu’est la Convention de Fès. Dès 1930, l’idée d’indépendance commence à fleurir, à s’organiser autant se peut jusqu’à la proclamation de celle-ci en 1956, et l’avènement du roi Mohammed V avec dans ses valises, le doux projet de reconstituer le Grand Maroc, qui comprend la Mauritanie, une partie de l’Algérie, le nord-ouest du Mali, et les îles Canaries. C’est sans doute ce que l’on pourrait appeler le triomphe modeste…

    Heureux encore, il n’avait pas fait long feu Momo V, et comme les chiens ne font pas des chats, son fils Hassan II reprend le powa en 1961. En parlant de chaton, Hassan II est en fait né d’une ancienne concubine, d’obédience juive, du Pacha de Marrakech, offerte enceinte de lui à Mohammed V, il serait donc biologiquement le fils de Haj Thami l’Glaoui…

    Après de brillantes études a l’université de Rabat et de Bordeaux, Paul Anka, enfin Hassan II obtint un diplôme d’études supérieurs en Droit Public, et bénéficia également d’une éducation conjuguant la tradition avec la modernité et d’une formation fondée sur les valeurs arabo-islamiques et sur les principes de la civilisation universelle. Nous voilà rassurés me diriez-vous ! Que nenni, puisque dès son arrivée sur le trône, il met en place un régime de pouvoir personnel. Durant la plus grande partie de son règne il supprima toute opposition d’une main de fer et chercha le soutien des pays de l’ouest pour maintenir son autorité. Pendant des années il avait été à la solde de la CIA.

    Son tyrannisme se traduit par les disparitions et l’emprisonnement de tous ses opposants politiques, comme le chef de l’opposition de gauche et leader du tiers-monde, Mehdi Ben Barka, qui disparait en 1965 à Paris ( assassiné par le Mossad ). Pendant ce temps, à Casablanca de graves émeutes sociales agitent le pays, et seront sévèrement réprimées, au point d’instaurer un état d’exception jusqu’en 1970, mais les deux décennies qui ont suivi n’ont certainement pas été des années glorieuses mais plutôt des années de plomb.

    Pour se sortir de ce climat d’insécurité interne, d’attaque à son encontre et autres kinders-surprise piégés, quoi de mieux que de rassembler son peuple autour d’un projet commun, vaguement justifié et hautement lâche qui est celui de la marche verte en 1975. Une marche qui partirait du Maroc jusqu’au Sahara Occidental, alors occupé par les Espagnols, dans l’unique but d‘anschlusser le territoire sahraoui, qui par ailleurs a l’appui de l’ONU et du CIJ, qui sont en faveur d’une autodétermination du peuple sahraoui, qui s’est organisé en un Front POLISARIO (Front POpulaire de LIbération de la SAgia el hamra et de RIo de Oro ), puis en 1976 en créant le RASD (République Arabe Sahraouie Démocratique) gouvernement en exil soutenu par l’Algérie et la Libye entre autre. Je vous entends me demander : » Mais à qui profite le crime ? » Eh ben certainement pas aux deux pays précédemment cités, car leur seule motivation est de soutenir les indépendantistes sahraouis sur les principes d’aide à tous les peuples qui luttent pour la décolonisation de leur pays à travers le monde. N’est pas philanthrope qui veut !

    Ra-bat, ton univers impitoyaaableuuu, Ra-bat glorifie la loi du plus fort…ou de l’oppresseur. Bon, je vais pas vous faire un dessin, c’est plus facile de s’en prendre a des bédouins sahraouis possédant du cuivre, du fer, du phosphate et une des côtes atlantiques parmi les plus poissonneuses au monde qu’à l’Espagne qui possède des enclaves sur leur territoire même : Ceuta et Melilla.

    Le Maroc sous Hassan II, s’est aussi distingué comme faisant partie des pays arabes ayant envoyé un contingent au Koweit aux côtés des Occidentaux pendant la première guerre du Golfe, et de soumettre l’idée aux États Arabes, de reconnaitre Israël ( et non la Palestine ) et de l’intégrer dans la Ligue Arabe. Rien d’étonnant quand on connait les liens étroits qu’entretenait Hassan II et le Mossad pour permettre la survie de l’état israélien aux dépens des Palestiniens. Aaaah ! j’ai encore un relan, mais de dégout cette fois. Suite à son décès en 1999, Hassan II laisse en place M6 ( son fils Mohammed 6 ) le petit roi qui monte, et un pays où fermentent des problèmes sociaux. C’n’est pas un problème, vous n’pouvez fuir, car vous êtes sur ma ligne de mire…

    Le prochain portrait ? Je vais vous faire traverser l’Atlantique, à la rencontre d’un hougan président à vie.

    Source

    Tags : Sahara Occidental, Maroc, Mohammed VI, Leglaoui, Pacha Ahmed Thami, Mohammed V, Mehdi Ben Barka, protectorat, répression,

  • Maroc: Les vérités gênantes d’un professeur israélien sur les relations entre Hassan II et Ben Barka avec le Mossad

    Le professeur Yigal Bin-Nun, un Israélien d’origine marocaine, « spécialiste des relations SECRÈTES » entre l’Etat hébreu et le royaume du Maroc, a publié récemment une rectification au travail de deux journalistes israéliens paru dans le quotidien Yediot Aharonot sur l’implication du Mossad dans l’assassinat de Mehdi Ben Barka. L’enquête de Yediot Aharonot avait été reprise par le quotidien Le Monde.

    La rectification de Bin-Nun, qui est passée totalement inaperçue, fourmille pourtant d’informations non publiées par Yediot Aharonot et Le Monde. Il conclut dans ce papier, que nous publions ci-dessous, avoir rencontré, par l’intermédiaire de l’ancien ministre et ambassadeur Ahmed Ramzi (décédé en 2012), le général Hamidou Laânigri, alors patron de la DST marocaine, à Paris.

    Ygal Bin-Nun explique avoir révélé à Laânigri la véritable identité du fameux Chtouki, l’un des auteurs de l’enlèvement et assassinat de Ben Barka.

    Bin-Nun, qui a rencontré plusieurs agents du Mossad qui ont participé à l’opération, assure qu’il va publier prochainement un livre sur l’affaire Ben Barka. Une annonce qu’il avait déjà faite en 2004 dans Le Journal hebdomadaire.

    Les agents du Mossad et la mort de Mehdi Ben Barka

    Voici quelques rectifications à l’article de Yediot Aharonot sur les circonstances de la mort de Mehdi Ben Barka. Je n’ai jamais dit aux journalistes qu’Israël était impliqué dans l’assassinat de Ben Barka mais qu’il avait été sollicité par Ahmed Dlimi de la Sécurité nationale marocaine, pour faire disparaitre sa dépouille. En outre, à mon avis le roi Hassan II n’a pas donné l’ordre de tuer Ben Barka et ni Dlimi ni son patron Mohamed Oufkir n’ont dit aux Israéliens qu’ils avaient l’intention de tuer Ben Barka, qui d’ailleurs, avait d’excellentes relations avec les Israéliens.

    Selon les protocoles des entretiens entre le chef du Mossad Meir Amit le premier ministre Levy Eshkol, les Israéliens n’auraient jamais accepté de collaborer à un projet de ce genre. La mort du leader marocain n’a été causée que par un excès de zèle de la part de Dlimi, et Oufkir n’était pas impliqué dans ce meurtre. Ben Barka ne constituait aucun danger pour Israël, bien au contraire, il a longtemps soutenu la diplomatie israélienne dans les pays du tiers monde et avec Abderrahim Bouabid, il œuvra pour la sauvegarde des droits des Juifs du Maroc.

    Le 28 mars 1960, Golda Meir, ministre des Affaires étrangères avait même dépêché à Ben Barka un émissaire spécial, Yaacov Caroz, bras droit du chef du Mossad Isser Harel. Ben Barka demanda à cette occasion aux Israéliens une aide financière pour son parti. Durant son deuxième exil en Europe il reçut un salaire mensuel d’Israël par l’intermédiaire d’Alexandre Easterman du Congrès juif mondial. Mais les relations entre Ben Barka et Israël se détériorèrent lorsque Ben Barka osa demander à Caroz des armes qui seraient utilisées par son parti lorsqu’il déciderait de prendre le pouvoir par la force. A partir de cet entretien, Golda Meir conseilla à son ambassade à Paris de se méfier de l’exilé et de privilégier les contacts avec l’entourage financier du prince héritier Moulay Hassan. On peut comprendre le discours antiisraélien de Ben Barka au Caire par la décision d’Israël de minimiser ses relations avec lui (y compris le salaire) au profit du Palais. Sur les relations entre Ben Barka et Israël voir mon article.

    La coopération officielle entre le Maroc et Israël, dans le domaine politique, sans rapport avec l’émigration juive du Maroc, débuta en février 1963. Elle fut précédée par « l’accord de compromis » conclu au début août 1961. Contrairement à ce qui a été publié en mon nom, Oufkir n’avait aucun rapport avec cet accord pour le départ collectif des Juifs du Maroc moyennant une indemnisation de 50 à 250$, sous couvert de l’organisme humanitaire d’émigration HIAS (Hebrew Sheltering and Immigrant Aid Society). Il s’est même prononcé contre les conditions de cet accord. Voir mon article :

    Oufkir effectua quatre visites en Israël

    Les relations secrètes israélo-marocaines s’inscrivent dans le cadre de « la politique de la périphérie » préconisée par le premier ministre David Ben Gourion. Des contacts étroits furent établis surtout avec le roi Hussein de Jordanie, avec le général Qasim d’Irak, ainsi qu’une alliance spéciale (Kalil) entre Israël, l’Iran et la Turquie, et une autre alliance entre Israël, l’Éthiopie et le Soudan. Sans compter les relations avec les pays d’Afrique occidentale.

    La première rencontre officielle entre les deux pays eut lieu entre le bras droit de Isser Harel – Yaacov Caroz, le général Mohamed Oufkir et le commissaire de police français, délégué à l’Interpol, Émile Benhamou, à son domicile de Paris, rue Victor Hugo, suivie d’une série de rencontres entre Oufkir et David Shomron, du Mossad, dans les hôtels genevois Beau Rivage (quai du Mont-blanc 13) et Cornavin (23 boulevard James-Fazy). Oufkir avait reçu précédemment le feu vert de Hassan II.

    À la mi-février, Ahmed Dlimi, l’adjoint d’Oufkir, effectua un voyage en Israël et participa à des réunions de travail avec le Mossad. Le 12 avril 1963, l’ambassadeur d’Israël à Paris, Walter Eitan, rencontra son homologue marocain en France, Mohamed Cherkaoui. Oufkir effectua quatre visites en Israël, la première en janvier 1964 et rencontra Golda Meir et Meir Amit. À partir de ces rencontres, les agents du Mossad qui se succédèrent au Maroc s’entretinrent souvent avec le roi, Oufkir, Dlimi et avec d’autres personnalités marocaines.

    Contrairement à certaines publications, le premier directeur du Mossad, Isser Harel, n’a jamais effectué de voyage officiel au Maroc et n’a jamais rencontré Hassan II. Il est arrivé au Maroc à quatre reprises, clandestinement, dans le cadre de l’émigration clandestine des juifs du Maroc. Ce n’est que son successeur, Meir Amit, qui effectua un voyage officiel au cours du mois d’avril 1963 et fut reçu par Hassan II et le général Oufkir, dans un petit pavillon du palais de Marrakech. La visite officielle du chef du Mossad le général Meir Amit et de son adjoint Yaacov Caroz au roi et à Oufkir n’était en fait que la conséquence de l’échec des négociations entre Hassan II et le président algérien Ahmed Ben Bella à Alger concernant les problèmes frontaliers entre le Maroc et l’Algérie.

    Quelques mois avant la Guerre des sables qui opposa les armées marocaines et algériennes, Oufkir sollicita l’aide d’Israël pour une aide militaire, stratégique et sécuritaire. La classe dirigeante marocaine détestait Nasser et le Palais ne faisait confiance ni aux Américains ni aux Français. C’est pour cela que les Marocains préférèrent solliciter l’aide d’Israël.

    Pendant le deuxième exil de Ben Barka en Europe, Israël accepta de surveiller les déplacements et rencontres de l’exilé à la demande de Dlimi, mais se retira de cette filature, le Mossad s‘étant rendu compte que d’autres services secrets surveillaient ces déplacements. Selon un protocole gouvernemental Meir Amit avait reçu le feu vert du premier ministre Levi Eshkol d’effectuer cette filature uniquement après que le chef du Mossad lui eût promis que le but était d’éviter que Ben Barka ne tombe dans le piège d’un service qui décide de l’éliminer.

    Hassan II, de toute évidence, n’avait pas l’intention de tuer Ben Barka. Il avait même dépêché à Paris son ministre Réda Guedira pour proposer à l’exilé de rentrer au Maroc avant la Conférence tricontinentale qui devait se tenir à la Havane. Mais Ben Barka préféra ne retourner au pays qu’après cette conférence. On peut alors se demander, si les Marocains avaient prémédité l’élimination de Ben Barka pourquoi l’aurait-on enlevé en pleine journée à Paris au coin de la rue de Rennes et du boulevard Saint Germain ? On lui aurait plutôt tiré une balle dans le dos dans une rue déserte à Genève ou au Caire. Durant neuf mois, Ben Barka habita au domicile du couple Jacques Givet et Isabelle Vichniac, au 18 rue Beaumont à Genève.

    Comment Ben Barka trouva la mort?

    D’après divers témoignages que j’ai recueillis à partir de 1996, il s’avère de sources irréfutables que Ben Barka est mort noyé après qu’un groupe de marocains avec à leur tête Ahmed Dlimi et Miloud Tounsi, alias Chtouki, aient commis la bavure d’immerger sa tête dans une baignoire pleine d’eau, qui entraîna sa mort. Tout de suite après, Dlimi appela le responsable du Mossad à Paris, Emanuel Tadmor, lui raconta ce qui s’était passé et sollicita son aide dans deux domaines : débarrasser les Marocains du corps de Ben Barka et leur fournir de faux. Malgré sa consternation par la mort de Ben Barka, ami d’Israël, l’agent Emanuel Tadmor reçut l’ordre du chef du Mossad Meir Amit d’aider « nos amis marocains ».

    Voici le déroulement des faits tels que me les a rapportés l’agent du Mossad Eliezer Sharon-Sudit (alias Qabtsen) l’été 1998 dans son domicile (en présence de Ami Perets, un autre agent du Mossad): Dlimi, est arrivé le 28 octobre 1965 à Paris et fut reçu à l’aéroport Orly par Naftali Keinan, chef de la section Tevel du Mossad. Après quelques propos, ils préférèrent se revoir à la Porte de Saint-Cloud. Leur rencontre fut surveillée par Eliezer Sharon et Zeev Amit (cousin du chef du Mossad Meir Amit, mort pendant la Guerre de Kippour). Dlimi demanda à Keinan de rester en état d’alerte à portée d’un téléphone dans l’appartement de service du Mossad à Paris pour lui communiquer le déroulement des faits. Deux jours après, Dlimi affolé appela Keinan et lui demanda de l’aider à faire disparaître le corps de Ben Barka. Tout de suite après Dlimi vint lui remettre les clés de l’appartement où Ben Barka trouva la mort. Keinan demanda à Tadmor d’envoyer en urgence une équipe de quatre personnes, couverts par d’autres agents, planqués dans deux voitures diplomatiques, pour s’occuper de la dépouille. Zeev Amit.

    Les agents du Mossad l’ont enterré

    Eliezer Sharon, Zeev Amit et Rafi Eitan se rendirent à l’étage d’un petit appartement à Paris, prirent le corps de Ben Barka de l’intérieur d’une baignoire, l’enveloppèrent, le mirent dans le coffre d’une voiture diplomatique appartenant à Shalom Barak et se dirigèrent vers le périphérique pour quitter la capitale française. Le corps de Ben Barka fut enterré la nuit dans un bois dans le nord-est de Paris, un lieu où les agents du Mossad avaient l’habitude de faire des pique-niques avec leurs familles. Ils enterrèrent le corps dans un bois et versèrent au dessus et en dessous du cadavre un produit chimique acheté par des agents du Mossad en petites quantités dans plusieurs pharmacies de Paris. Ils versèrent de la chaux sur la dépouille puis recouvrirent le corps. Quelques heures plus tard, il plut et au contact de l’eau les produits chimiques le corps fut dissous.

    Contrairement à ce que prétend un des deux journalistes de Yediot Aharonot, Ben Barka n’a pas été enterré dans un jardin public, traversé par une route. Avant sa mort, Eliezer Sharon ne m’a pas dit que le lieu de l’enterrement était la forêt de Saint-Germain. Ce n’est qu’une de mes déductions personnelles, suite à une série de questions que je lui avais posées sur le lieu de l’enterrement. Sharon a répondu à toutes mes suggestions par la négative en indiquant seulement une forêt au nordouest de Paris. J’en ai déduit que probablement ça pouvait être la forêt de Saint-Germain.

    Les détails de ce témoignage m’ont été confirmés plus tard par Emanuel Tadmor. Le témoignage de David Shomron, premier chef de la station du Mossad au Maroc, que j’ai recueillis le 28 juillet 1998 et le 15 septembre 2003 dans son domicile à Ra’anana, confirment ceux de Sharon et de Tadmor. Quelques mois après les faits, Dlimi avoua à Shomron que Ben Barka était mort dans ses bras. Selon Shomron : « Dlimi immergeait la tête de sa victime dans l’eau d’une baignoire et pour voir s’il respirait encore, il lui pinçait les fesses. Si ses muscles raidissaient, il fallait sortir sa tête de l’eau. Au bout d’un moment, la tête de Ben Barka resta trop longtemps dans l’eau sans respirer et il mourut asphyxié ». Selon Shomron, Dlimi n’a utilisé ni les revolvers ni d’autres objets que lui avait fournis le Mossad à sa demande. Il précise que la mort de Ben Barka n’est que le résultat d’un excès de zèle de la part de Dlimi et que Oufkir n’avait eu aucun rôle dans cette affaire. Après la débâcle de l’opération, Hassan II demanda à Oufkir de se rendre à Paris pour s’informer du comportement de Dlimi.

    En fait le roi voulait « impliquer » Oufkir dans cette affaire devant la justice française. A la fin, Dlimi qui était le responsable du meurtre de l’opposant a été acquitté par la justice française et Oufkir, qui n’était impliqué ni dans l’enlèvement ni dans la mort de Ben Barka, a été jugé et condamné par contumace à la prison à vie par cette même cour de justice. Oufkir fut éliminé par le palais après une tentative de coup d’état en 1973 et Dlimi trouva la mort en 1984, dans un probable accident de voiture.

    Peu d’officiels marocains étaient au courant de la présence du Mossad au Maroc. A part Oufkir et Dlimi, on peut noter les noms de Hosni Benslimane, et les ministres Abdelkader Benjelloun, Bensalem Guessous, Mohammed Laghzaoui et quelques autres. Dans les stages militaires à la base militaire de Dar El Baïda à Meknès, les Israéliens étaient présentés comme des Américains ou des Allemands.

    J’ai transmis l’essentiel de ces révélations à Bachir Ben Barka et à son frère à Paris en octobre 1998. A Zakya Daoud en juillet 1997 et septembre 1998, ainsi qu’à l’avocat Maurice Buttin le 30 mars 2004. Plus tard, Me Buttin m’a demandé par courrier si j’étais prêt à témoigner sur l’affaire devant le juge Patrick Ramaël. J’ai posé deux conditions : que ce ne soit pas un témoignage mais l’avis d’un expert et que cet avis soit recueilli en Israël et non pas à Paris. On ne m’a plus recontacté.

    Le 27 décembre 2014 Me Buttin a renouvelé sa requête de témoigner devant le nouveau juge d’instruction Cyril Percaux.

    Par l’intermédiaire de l’ancien ministre Ahmed Ramzi, le chef des services de sécurité marocains Hamidou Laânigri accepta de me rencontrer. L’entretien a eu lieu en septembre 1998 à Paris au Drugstore des Champs Elysées, et je l’ai averti que j’allais publier le résultat de mes travaux sur l’affaire Ben Barka. A sa demande, je lui ai révélé le vrai nom de Chtouki. Le reste sera publié dans mon prochain livre.

    Yigal Bin-Nun est historien et spécialiste des relations SECRÈTES israélo-marocaines.

    Source : Academia.edu

    Tags : Maroc, Mehdi Ben Barka, Hassan II, Oufkir, Israël, Mossad,

  • El asesinato de Ben Barka y la frustración de otro Marruecos posible

    Desde su independencia en 1956 de España y Francia, las potencias que ejercían de protectoras, Marruecos se ha caracterizado, como otras sociedades del mundo árabe, por su carácter dual. Cuenta con un alto porcentaje de población joven, muchos de ellos altamente cualificados, formados en universidades y centros de estudios del país, pero las oportunidades para su promoción se encuentran cerradas dentro de las fronteras nacionales, lo que les ha obligado a hacer las maletas buscando la “prosperidad” del mundo europeo o afrontando las estrecheces del día a día a través de empleos de baja cualificación y bajos salarios y la hoy denominada “economía informal”. Esa generación joven, formada (e informada gracias a los canales por satélite, como Al Jazeera, e internet) y urbana con ansias de independencia y libertad, como mostró no hace mucho tiempo el movimiento 20 de febrero, contrasta con las costumbres aún arraigadas en un país donde el peso de la ley religiosa y la costumbre, especialmente en el mundo rural, siguen presentes en la vida cotidiana, con represalias familiares y policiales hacia homosexuales y muchachas que se salen del redil patriarcal. Asimismo, cuenta con una constitución que establece al modo occidental el parlamentarismo, las elecciones, los partidos políticos, los sindicatos y las organizaciones de la sociedad civil como mecanismos de participación democrática y pluralista de los ciudadanos en la vida política de la nación, con una monarquía constitucional que no pocas veces se nos presenta equiparable a la de los Países Bajos, Noruega, Gran Bretaña o Dinamarca. En la realidad, sin embargo, el poder del rey es casi absoluto, el parlamento no pasa de ser un mero cuerpo consultivo al modo de la Duma zarista de 1905, la red clientelar del Majzén es tupida y omnipresente (convirtiéndose en el verdadero motor de la cosa pública) y los abusos policiales y judiciales están a la orden del día en un estado caracterizado por el cambio exasperantemente lento y siempre controlado por Palacio.

    Todas estas características (con sus diferencias y matices) pueden también aplicarse a muchos estados del mal llamado Primer Mundo, que parecen seguir la estrategia de avanzar hacia atrás o al menos de guardar en sus alcantarillas realidades superpuestas a una superficie donde sólo puede brillar la perfección, mientras se acusa al resto o se mira por encima del hombro a los demás -ayer el “salvaje e incivilizado”, hoy “nación subdesarrollada” o “del Tercer Mundo”-, es cierto (como muy bien ejemplifica Donald Trump, la xenofobia rampante en la Europa rica o la corrupción y descrédito que se van descubriendo de los sucesivos gobiernos españoles de la restauración democrática). Sin embargo, como en otros casos aquí descritos, la supuesta incapacidad de estas últimas naciones para alcanzar el nivel de modernidad, “cultura” y “civilización” del mundo desarrollado no se deben a factores innatos, a la supuesta incapacidad para gobernarse adecuadamente por parte de los estados africanos, latinoamericanos o asiáticos.

    Al contrario que en Europa o Estados Unidos, donde desde Washington o Bruselas se elogia la madurez del electorado y de la democracia del país X incluso cuando la democracia y el electorado han sido capaces. por razones diversas entre las que cabe contar la desesperanza, la propaganda o la manipulación mediática, de colocar a soberanos idiotas y peligros públicos al frente del mismo (e incluso se elogia al país Y incluso sin que exista sistema democrático y las violaciones de los derechos humanos sean constantes y a la orden del día siempre que Y tenga un gobierno amigo -o incluso “hermano”, como se refería Juan Carlos I al antiguo rey de Marruecos Hassan II-), la democracia no resulta un valor para el Tercer Mundo si quien se elige no responde a los intereses de Europa, Norteamérica, el FMI o la OMC, por mucho que signifique una esperanza o una realidad palpable de cambio para su propio pueblo. No fue la incapacidad para gobernarse, el manido “odio africano” o las querellas intestinas -que muchas veces aparecen espoleadas desde fuera- lo que acabó con los proyectos, cuando no la vida, de Lumumba, Arbenz, Allende, Sankara, Cabral o João Goulart, al igual que tampoco fue un mero asunto interno la asfixia lenta de proyectos incómodos desarrollados en la periferia europea, hasta ayer mismo, como quien dice, también parte del “Tercer Mundo”: la República en España, la Revolución de los Claveles en Portugal o el apoyo al restaurado e impopular gobierno monárquico de Grecia, plagado de antiguos nazis y colaboracionistas, en la guerra civil frente al ELAS, una de las guerrillas antifascistas más eficaces contra el III Reich.

    En Marruecos también se dio el caso. La independencia dio lugar a dos proyectos paralelos: uno, dontancredista, basado en la permanencia de las instituciones locales -el rey absoluto, las redes clientelares, la tradición mal entendida- más reaccionarias con un mero cambio de fachada, sustituyendo la presencia colonial por la de los gobiernos cien por cien marroquíes -aunque la sombra del neocolonialismo fuera y es alargada- y otro de independencia radical, autónomo y con claros aires socializantes, no-alineados y solidarios con el mundo emergente, sumido en plena lucha por la independencia. Este último fue obra de Mehdi Ben Barka y la facción izquierdista del partido Istiqlal (Independencia), luego reconstituido en Unión Nacional de Fuerzas Populares. Su tragedia, sin resolver del todo y la enésima vivida por el Tercer Mundo (entonces desprovisto de significados peyorativos referidos a su desarrollo económico), se inscribe no sólo en turbias maniobras de servicios secretos y de inteligencia. Está metida de lleno dentro de los años negros de la represión y la sangre en el país magrebí: los largos “años de plomo”.

    LA SOMBRA DE LOS AÑOS DE PLOMO: UN CAPÍTULO SIN CIERRE

    Antes de comenzar a hablar de Ben Barka, refirámonos a ese episodio especialmente sangriento de la historia del reino alauí. Los “años de plomo” marroquíes han tendido a verse como una coincidencia temporal con otros denominados de la misma forma aunque en zonas geográficamente distintas, como Italia o Argentina. Pero al contrario que en estos dos países, en Marruecos los años 1970 no vieron nacer la violencia armada, sino que ésta ya venía de lejos. Desde la independencia política del sultanato, bajo el reinado de Mohammed V, ya se habían registrado acontecimientos de violencia física, asesinatos y torturas contra oponentes políticos al régimen, sindicalistas y activistas, siendo especialmente célebre la prisión de Tazmamart como centro de detención ilegal, tortura y asesinato cuya existencia el estado marroquí ha venido negando sistemáticamente. Además, otra diferencia fundamental es que, si en la Italia de mayor actividad del Gladio o en la Argentina de María Estela Martínez de Perón la violencia no era patrimonio exclusivo del aparato estatal (aunque existieran implicaciones directas -policías, militares… que pertenecían a grupos terroristas de ultraderecha- o conexiones entre los servicios secretos y cuerpos paramilitares y organizaciones de extrema derecha), en Marruecos la actuación violenta implicó a sectores de las fuerzas de seguridad, del ejército y de los servicios secretos, de tal suerte que una implicación (por descubrir) de grupos armados ajenos siquiera nominalmente al control del Estado en estos hechos debe ser considerada muy por excepción.

    Aunque en el ámbito de los “años de plomo” marroquíes la mayor escalada de violencia coincide temporalmente con la década de los setenta – agitada en todo el mundo, pero especialmente en el ámbito no europeo y anglosajón, con revoluciones, guerras de liberación y golpes de estado en Argentina, Nicaragua, Irán, Chile, Angola, Mozambique, Vietnam o Afganistán-, a raíz de los intentos de golpe de derrocamiento y asesinato de Hassan II en 1971 y 1972 y las repercusiones de la ocupación marroquí del Sáhara Occidental en noviembre de 1975 y la lucha entre el ejército del reino y la fuerza de liberación anticolonial -entonces enfrentada a España y desde ese momento a Marruecos-, el Frente Popular de Liberación de Saguia-el-Hamra y Río de Oro o Frente Polisario. Sin embargo, otros especialistas consideran que ya desde el reinado del anterior monarca, Mohammed V, con la violenta represión de la revuelta del Rif en 1958-1959 -en la que se llevaron a cabo bombardeos indiscriminados con bombas de fragmentación napalm y fósforo blanco contra las poblaciones rifeñas, calculándose en tres mil las muertes, (desconociéndose el número exacto correspondiente a la represión), entre la población bereber de esta región norteña- y hasta el fallecimiento de Hassan II en 1999 y la asunción del trono por su hijo Mohammed VI pueden considerarse un continuo temporal, que si bien no ha tenido la misma intensidad en todo el período, sí se ha visto presidido por unas características comunes: el mantenimiento del status quo político, el silencio de la disidencia mediante el uso del terror y la omnipresencia y omnipotencia en la vida pública de las fuerzas de seguridad, como la gendarmería, el ejército o los servicios de inteligencia. El asesinato de Ben Barka, acontecido en mitad de la década de los sesenta, es un caso inscrito en medio de lo que habría que considerar más que los años las “décadas de plomo” del país magrebí.

    Así, el abogado Abderrahim Barrada escribe con meridiana claridad que “desde la recuperación de su independencia en 1956 y hasta mediados de los años noventa, Marruecos ha conocido violaciones más o menos graves de los derechos humanos de las cuales buena parte pueden ser calificadas de crímenes contra la humanidad según las definiciones establecidas para este tipo de actos por el derecho humanitario internacional […] Estas violaciones, que han jalonado la historia de Marruecos durante casi cuarenta años, han sido, excepto raras excepciones, crímenes de Estado”. Tales crímenes de Estado perpetrados por el aparato gubernamental marroquí incluirían tanto la desaparición forzada, la tortura, el genocidio y los crímenes de guerra -tal y como pueden recogerse de testimonios realizados no sólo por los bereberes del Rif, sino también por los saharauis, dando comienzo con la propia “Marcha Verde” en 1975, pues a la marcha pacífica de civiles por el oeste del territorio del Sáhara se le unieron soldados a pie y aviación en el este que bombardearon con las mismas técnicas empleadas quince años atrás en ciudades como Tifariti o Smara- o las ejecuciones extrajudiciales. Además de esto, hay que sumar la represión extremadamente violenta realizada por las fuerzas policiales, pero también militares, de las protestas populares, como las que se han ido sucediendo a lo largo del tiempo, como la revuelta de marzo de 1965, los disturbios de Casablanca (1981), las protestas de Tetuán o Nador (1984), así como las que han tenido lugar en lo que Marruecos denomina las “provincias del Sur” contra la ocupación del territorio saharaui.

    Hasta el momento no es posible saber el número exacto de víctimas causada por esta política criminal, porque las asociaciones civiles de derechos humanos en Marruecos no disponen de información completa y desde la Instancia Equidad y Reconciliación, el organismo oficial creado tras la subida al trono de Mohammed VI, no se facilitan cifras -al mismo tiempo que los criterios defendidos por este organismo para la consideración de víctima pueden distar mucho de lo universalmente aceptado-. Ni siquiera Amnistía Internacional en su informe de 1993 “Marruecos: Rompiendo el silencio” podía dar una cifra exacta, dado que muchos desaparecidos permanecían en cárceles secretas, mientras que otros no han vuelto a dar señales de vida tras la liberación decretada por el nuevo monarca, por lo que la horquilla -descontando las muertes ocasionadas por la ocupación del Sáhara o la represión violenta del Rif- podría oscilar entre varios centenares y más de un millar de personas.

    Además de mucha gente anónima, no han sido pocos los que han tenido puestos de responsabilidad política, policial o militar que han pasado por las cárceles del régimen alauí o han acabado siendo asesinados. Desde dirigentes de la izquierda como Ben Barka o Mohammed Larizi (asesinado en 1963 junto a su esposa, de nacionalidad suiza, y la hija de ambos, de sólo tres años de edad) a militares implicados en intentonas golpistas fracasadas, como Mohammed Ufqir (uno de los antiguos responsables de la represión de los bereberes, quien fue secuestrado y encarcelado durante décadas junto con varios miembros masculinos de su familia, incluyendo niños de corta edad, hasta 1991) o los responsables de la intentona militar de 1972, quienes fueron encerrados en Tamazmart al año siguiente, pereciendo la mitad de ellos. Además, Marruecos tiene en su haber el penoso récord de haber mantenido en prisión al preso político más antiguo de África después de Nelson Mandela, Abraham Serfaty, antiguo militante del Partido Comunista y judío marroquí que abogaba por la solución de “dos Estados” en Palestina.

    Durante décadas, Marruecos ha logrado mantener la escala represiva sin escándalo de la comunidad internacional gracias a la lógica de la “guerra fría”, en la que se convirtió en un aliado esencial de Estados Unidos en la lucha contra la penetración de la izquierda comunista y del alineamiento prosoviético de otros regímenes árabes del Magreb como la Argelia del FLN, el Egipto de Nasser o, con posterioridad, la Libia del coronel Gadaffi. Además del apoyo estadounidense, Francia, como antigua metrópoli, consideraba a Marruecos una pieza esencial dentro de su política de la “Françafrique”, especialmente tras el fracaso de la guerra de Argelia y la política independiente del nuevo gobierno de socialismo árabe instalado en Argel, así como para contar con una posición avanzada de cara a controlar Mauritania, la zona del Sahel y los estados de la antigua África Occidental Francesa. Esta consideración de régimen amigo es considerada clave para la implicación, a juicio de varios testimonios, de los servicios de inteligencia franceses y norteamericanos en la muerte de un líder tan peligroso para el gobierno de Rabat como Mehdi Ben Barka, quien ostentaba en ese momento la presidencia de la Conferencia Tricontinental, de gran influencia en el mundo no alineado.

    En la actualidad, el papel de Marruecos, finalizada la política de bloques, se ha mantenido como “gendarme” en la vigilancia de la frontera sur del Mediterráneo tanto en lo que se refiere al control de las migraciones procedentes del África subsahariana con destino a Europa como en el terrorismo de corte islamista radical. Esto ha hecho que, en los últimos años del reinado de Hassan II y estos primeros años de Mohammed VI, la política de las potencias occidentales no haya variado esencialmente respecto al vecino alauí, como puede observarse en temas como el respeto a los derechos humanos -que básicamente pasan por la consideración de Marruecos como un país garantista en este aspecto- o el referéndum por la autodeterminación del Sáhara Occidental, pospuesto prácticamente “sine die”. Y aún cuando se producen protestas en este o en otro sentido que pueden irritar a Palacio, al gobierno o a los intereses que rodean a la monarquía, la respuesta de Rabat, retórica pero poderosa, suele derivar en amenazas chantajistas sobre las pretensiones anexionistas sobre Ceuta y Melilla o el cese de las “obligaciones contraídas” con la Unión Europea en la vigilancia de la frontera, ocasionando las consabidas molestias y enojos para España y para las instituciones de Bruselas, pero zanjándose rápidamente la cuestión y olvidando la que dio lugar a la controversia.

    Por este motivo, ante la ausencia de una presión exterior que acabe obligando a Marruecos a llevar a la práctica su retórica o a acelerar sus reformas en lugar de usar la clásica vara de la represión (que denuncian no ha desaparecido del mapa) y la estrategia de la “apertura cerrada”, muchos son los que emiten críticas hacia la labor del Consejo Consultivo de Derechos Humanos y la Instancia Equidad y Reconciliación y la posibilidad de que realmente sea eficaz para saldar las cuentas de la sociedad marroquí con su pasado. En primer lugar, se establece una indemnización a las víctimas, pero no existe un verdadero derecho a saber y por supuesto no hay posibilidad alguna de un derecho a la justicia, los tres pilares fundamentales sobre los que se asienta la doctrina de Naciones Unidas a este respecto. Las instituciones estatales no establecen castigo alguno a los culpables, porque ello supondría cuestionar la estructura misma del estado y de la monarquía marroquí (¿cómo condenar al anterior monarca, expresar públicamente que Hassan II fue un genocida?), dado que muchos siguen al frente de los asuntos públicos o han sido sucedidos en sus puestos con normalidad institucional, siendo legitimados en cierto modo -un problema que nos suena por estas latitudes-. Además, existen sospechas de que el impulso de estas organizaciones por parte del Estado se ha hecho para frenar el empuje, mucho mayor y menos controlable, de las asociaciones cívicas.

    Por otro lado, en muchas ocasiones la víctima de violaciones de derechos humanos -caso de los golpistas- acaban siendo culpadas de su situación (de ahí lo que se mencionaba anteriormente: la posibilidad de que el Estado considere discrecionalmente quién es y quién no es víctima) porque despertaron una reacción (léase, tortura, asesinato, desaparición forzada…) de las fuerzas de seguridad. De ahí que el abogado Abdelrrahim Barrada se escandalice de ello del siguiente modo: “¡Las víctimas son, a sus ojos, los primeros culpables! ¡El Estado no ha hecho sino defenderse! Por ello el CCDH pide la gracia real [tal y como aparece en el memorándum del Consejo Consultivo] para estos “malhechores”…” De hecho, denuncia, aquellos que no sean “culpables” de provocar los hechos serán indemnizados.

    Para terminar, el hecho de que se lleven a cabo estas medidas, con un alcance limitado en el tiempo, no garantiza realmente que situaciones de esta índole no vuelvan a repetirse. De hecho, desde Nuremberg se ha venido afirmando la necesidad del castigo a los crímenes contra la Humanidad para evitar que cunda el ejemplo y que salga “gratis” para el genocida o el criminal de guerra llevar sus planes a cabo. Lejos de ello, no son pocas las voces que advierten que Marruecos podrían haber tomado apenas un respiro con la apertura de los primeros tiempos del reinado de Mohammed VI y la puesta en marcha de la IER, para después volver por las andadas, como muestra el desmantelamiento del campamento saharaui de Gdeim Izik, el maltrato a los migrantes subsaharianos en el monte Gurugú o la represión al colectivo LGTBI.

    MEHDI BEN BARKA: DE LA INDEPENDENCIA A LA DISIDENCIA

    Ben Barka es una de esas figuras indispensables para entender lo que ha significado el camino de las independencias frustradas en el Tercer Mundo y la exploración de vías de desarrollo políticas, económicas y sociales autónomas surgidas de la Conferencia de Bandung y del movimiento de los No Alineados. De un lado, un sentimiento nacionalista plasmado en la necesidad de buscar un destino propio, libre de injerencias políticas de corte neocolonialista (de las anteriores metrópolis o de las grandes potencias); de otro, un sentimiento de solidaridad internacionalista con las naciones recién independizadas y/o por su especial vulnerabilidad de cara a las presiones exteriores, que llevó a la creación de instituciones como el Movimiento de Países No-Alineados o la Conferencia Tricontinental. En los inicios de este movimiento (de la Conferencia de Bandung, 1955 a la I Conferencia de No-Alineados, Belgrado,1961) destacaron Nasser, Tito, Nehru, los líderes Sukarno de Indonesia, Kwame Nkrumah de Ghana o inclusive Fidel Castro y Ernesto “Che” Guevara de Cuba, aunque la revolución en la isla tuvo que decantarse cada vez más hacia el sistema socialista, dejando en segundo plano su carácter inicial de revolución nacionalista y antiimperialista, debido a la hostilidad y bloqueo estadounidenses a la misma y la falta de aliados estratégicos más allá del bloque soviético. En el MPNAL el caso cubano no fue el único: si en América Latina (Argentina, Chile, Colombia, Granada), Asia (Laos, Indonesia, Camboya) o el África francófona (Gabón, República Democrática del Congo, Mali, Camerún, Togo, Costa de Marfil o Alto Volta), la intervención a través de golpes de estado o del dominio poscolonial de Estados Unidos, Francia o Bélgica les colocó como estados “clientes” del bloque occidental, para quien el neutralismo -como muestran documentos elaborados por la administración en los primeros años de la guerra fría- no era una opción, la lucha anticolonial se fue revistiendo (en buena parte, producto de lo anterior) de un trasfondo antiimperialista y anticapitalista que dio origen a movimientos revolucionarios marxistas que tomaron el poder en países miembros del movimientos o que adquirieron luego esa condición, decantándose como aliados soviéticos: Yemen del Sur, Etiopía, Somalia (cuyo líder, Siad Barré, primero fue aliado soviético y a raíz del conflicto de Ogadén con Etiopía pasó a aliarse con Estados Unidos), las antiguas colonias portuguesas en África, Vietnam, la República Popular del Congo o Afganistán. Resultaba difícil la supervivencia en un mundo bipolar (y cuánto más en uno unipolar…)

    Mehdi Ben barka nació en Rabat, la hoy capital del país y entonces parte del protectorado francés, en 1920, donde formó parte de una familia humilde. Su padre era recitador del Corán en la mezquita y vendedor de té y azúcar. Ben Barka acudió a la escuela coránica hasta los nueve años, pero la familia no tenía recursos para mandar a más de uno de los dos hijos a la escuela más allá de esa edad, de modo que acompañaba a su hermano mayor al colegio francés, pero se quedaba fuera. La maestra le invitó a entrar como oyente, y eso cambió la historia del muchacho, dado que se reveló como un excepcional estudiante. Mehdi Ben Barka acabó convirtiéndose en el primer licenciado en Matemáticas de Marruecos (realizó sus estudios superiores en la universidad de Argel, pues en el momento de hacerlos no existía la posibilidad de realizarlos en su país natal y Francia, la otra opción, se encontraba ocupada por la Alemania de Hitler).

    En su juventud y durante sus etapa universitaria, frecuentó amistades y círculos nacionalistas -también de otros países del Mageb, como Argelia y Túnez- y fue uno de los fundadores del partido del Istiqlal en 1943, convirtiéndose en uno de los principales dirigentes del mismo dos años más tarde -de hecho, eso le llevó a ser desterrado en 1944 a las montañas del Atlas por las autoridades francesas, donde permanecerá siete años-. Sin embargo, su pensamiento estaba dirigido no sólo hacia la consecución de la independencia plena del país y la salida de las potencias dominadoras, España y Francia. Interesado por la economía, la modernización de la sociedad marroquí desde sus estructuras feudales, la reforma agraria y la no discriminación de la mujer, “deviene en combatiente por la independencia de las personas corrientes y del campesinado…” (Omar Benjelloun, abogado, colaborador de Le Monde Diplomatique y descendiente de militantes históricos de la izquierda marroquí). Por ese motivo, y aunque su actividad es esencial para el regreso del rey Mohammed V en 1955, exiliado por las autoridades francesas en Madagascar -para lo que pusieron en su lugar a un familiar más manejable-, conseguida la independencia en 1956, “se negó a sentarse en el gobierno y se opone a un régimen aristocrático desde su puesto en la presidencia de la Asamblea Consultiva”, escribe Benjelloun. La crítica se dirige hacia el clientelismo, el absolutismo del monarca y el conformismo del que hacen gala partidos políticos como el suyo propio, donde el impulso cobrado para lograr la independencia parece haberse quedado ahí, juzgándolo de este modo Ben Barka como muy conservador y un instrumento del régimen.

    LA UNFP Y EL EXILIO

    Bachir Ben Barka, hijo del líder marroquí, afirmó en una entrevista en octubre de 2016 cómo las puertas a cualquier apertura política en el país se cerraron casi de inmediato a la independencia, y el desarrollo de un proyecto alternativo al defendido desde los ambientes palaciegos no llegó siquiera a poderse plantear. “tras la independencia, con la euforia que esta generó, había una dinámica alimentada por esta joven generación de militantes que eran Mehdi Ben Barka, Bouabid, Basri […] Esta generación emprendió esa lucha para que la independencia tuviera un contenido social y progresista […] Pero poco a poco la relación de fuerza se invirtió y a finales de la década de 1950 se debilitó esta nueva fuerza emergente y Palacio retomó totalmente las riendas gracias a las alianzas políticas y estratégicas entre el feudalismo marroquí y los intereses neocoloniales e imperialistas, más particularmente franceses.” La subida al trono en 1961 de Hassan II de un lado, con una política mucho menos favorable hacia el aperturismo político de lo que hubiera podido demostrar su padre y antecesor en el trono -y, como demostró Mohammed V en la represión del Rif, igualmente dispuesto al uso de los mecanismos represivos que éste había utilizado-, y del otro la división mostrada en el campo político que, con partidos como el Istiqlal cooptados por la élite dominante (y que, en el caso de la antigua organización de Ben Barka, a partir de entonces pasará a formar parte del aparato del régimen) y una izquierda atomizada y fuertemente reprimida, marcará los años venideros y dará comienzo a una fructífera relación del reino con las potencias occidentales para la represión del nacionalismo árabe socialista y los movimientos de izquierda en el área (alianza frente a la Argelia revolucionaria, apoyo tácito a la ocupación del Sáhara Occidental, etc.)

    Cuando Hassan II llega al trono, Ben Barka es una figura de elevado prestigio, a pesar de no tener ningún cargo ejecutivo. Sus reuniones con líderes de movimientos independentistas y antiimperialistas del Tercer Mundo de reconocido carisma en aquellos momentos (Mao, Ho Chi Minh, otros más aún en el mundo árabe como Gamal Abdel Nasser); sus críticas a la situación política y su negativa a las componendas; sus proyectos de rescatar al país del feudalismo, acabar con el analfabetismo, las desigualdades sociales y otras lacras que arrastraba y el éxito de proyectos como la formación de jóvenes a través de proyectos de infraestructuras como la de la carretera de la Unidad (la carretera que unía las zonas de los antiguos protectorados español y francés) le convirtieron en una figura de masas, aun cuando entonces todavía formaba parte de un Istiqlal ya abiertamente empeñado en el mantenimiento del status quo.

    La situación entre el sector conservador y el izquierdista del Istiqlal, encabezado por Ben Barka, Basri y Bouabid y al que se encontraban adheridos los jóvenes del partido y los sindicatos, estalló finalmente en 1959, cuando esta última corriente propuso que se convocara una Asamblea Constituyente que elaborara una carta magna que, entre otras cosas, delimitara claramente las funciones del monarca y sustituyera las estructuras clientelares de poder (el Majzén) que entonces regían la vida política en el país por unas instituciones genuinamente democráticas. Los dirigentes del partido -pertenecientes al ala derechista- interpretaron que Ben Barka y los suyos asumían una postura republicana y de ruptura, por lo que acabaron expulsándolos del partido. Este fue el pistoletazo de salida para la creación de la Union Nationale des Forces Populaires (Unión Nacional de Fuerzas Populares, UNFP).

    La UNFP sigue los principios reflejados por el ala izquierda en la ruptura del Istiqlal: revolución democrática, reforma agraria, alfabetización, fin de la discriminación a las mujeres, reforma social en favor de las clases trabajadoras urbanas y campesinas, transformación de las estructuras del poder vigentes para poner fin al dominio social y político de unos pocos privilegiados y del dominio neocolonial y solidaridad con y entre los pueblos del Tercer Mundo. Ben Barka -que se convertirá en pocos años en uno de los dirigentes internacionales más importantes del movimiento no-alineado- entiende que la lucha de las naciones colonizadas y sometidas al yugo de la injerencia externa debe ser una lucha conjunta en la que en intercambio de experiencias y la unidad entre ellas debe ser central para el éxito final.

    Por supuesto, la presencia de un partido regido por principios que ponen en cuestión el régimen vigente con una claridad harto meridiana no es en absoluto del gusto de ningún sector poderoso de la sociedad marroquí, de tal modo que en poco tiempo la UNFP es ilegalizada y su órgano de prensa clausurado. Ben Barka partió al exilio en París, aunque regresó en 1962 tras una primera tímida apertura de Hassan II, coincidente con la redacción de una constitución “a medida”, rechazada por las fuerzas de izquierda, entre ellas la UNFP. Tras sufrir un primer intento de asesinato -un accidente de tráfico provocado que se saldó con una fractura leve-, se presentó como candidato a las elecciones generales del año siguiente, que se saldaron con la victoria de un partido “cortesano” creado ad hoc, pese a la enorme movilización conseguida por la UNFP (que quedó en tercer lugar). Las denuncias y protestas populares por fraude se saldaron con una violenta represión y la condena a prisión de los dirigentes de la UNFP -algunos de ellos encarcelados y torturados- por planear un complot contra la vida del monarca. Ben Barka consiguió huir y regresó a su exilio parisino, del que ya no regresaría.

    Sin embargo, no sería la última vez que el régimen marroquí desencadenaría una campaña de infamias -previa a su asesinato- contra el dirigente opositor. En 1963, como consecuencia de la “guerra de las Arenas” que Marruecos desencadenó contra Argelia a consecuencia de una disputa fronteriza que ambos países mantenían, Palacio mantuvo que Ben Barka apoyaba a Argelia en contra de su país natal, asimilando su postura con una traición. “Ahora bien”, relata su hijo Bachir, “lo que hizo fue condenar la guerra. Estaba en contra de esta guerra, que él calificó de agresión contra la joven Revolución argelina, la cual se había convertido en una referencia para los movimientos de liberación africanos y latinoamericanos. Es cierto que era un apoyo a Argelia y una condena, no de su país, sino del régimen que llevaba a cabo esta agresión para debilitar Argelia”. Hemos de observar que, como militante de la causa del Tercer Mundo, Ben Barka no podía estar más en contra con el hecho de que dos países recientemente independizados, que debían dedicar sus esfuerzos en el desarrollo de sus países y el bienestar de sus pueblos tras largos años de colonización y sujeción a los intereses de una potencia extranjera, malgastaran sus recursos en enfrentarse entre ellos en una guerra a la que se sospechaba, además, Marruecos había sido empujado por los intereses de la ex metrópoli Francia.

    LA TRICONTINENTAL

    Las experiencias del exilio, tanto la primera como la segunda y definitiva, contribuyeron a forjar una extraordinaria imagen exterior del líder marroquí, en particular como líder del Tercer Mundo. Su comprensión de los problemas que acuciaban a los países de África, Asia y Latinoamérica, muchos de ellos estados recién independizados del dominio colonial, y el eco que se hizo como voz autorizada a la hora de hablar de los mismos y de sus soluciones le auparon a ser una de las principales figuras de lo que hoy llamaríamos el “Sur global”.

    A lo largo de ese exilio sin residencia fija (vivió a caballo entre Argel, El Cairo y París), de 1962 a 1965, y partiendo de sus experiencias y charlas con líderes como Nasser, Ho Chi Minh, Nkrumah, Jomo Kenyatta, o Julius Nyerere, su pensamiento se enriquece, hacia una perspectiva más global acerca de la exploración de las características y las múltiples facetas que adquiere el dominio colonial e imperialista (neocolonial) y una convergencia sobre cómo emprender la lucha contra él -la necesidad de unidad de lucha y de compartir experiencias, antes mencionada-. “Su inspiración proviene de Frantz Fanon, así como de “Discurso sobre el colonialismo” de Aimé Césaire, de “Retrato del colonizador” (1957) y “Retrato del colonizado” de Albert Memmi” (Rebellyon.info).

    La capital argelina será un lugar donde encontrará enormes estímulos intelectuales para desarrollar su pensamiento antiimperialista. Al calor de los primeros años de la revolución en el país, comandada por Ahmed Ben Bella, y del estímulo que ésta supone para muchos movimientos de liberación nacional en otras partes del continente e incluso más allá de las propias fronteras africanas, Argel se convierte en una suerte de “melting pot” en la que se dan cita exiliados y líderes guerrilleros y tienen lugar interesantes intercambios de ideas. “La capital de Argelia se había convertido en el centro intelectual de la contestación revolucionaria internacional. Se encontraron allí, en primer lugar, los líderes exiliados de los movimientos de liberación de las colonias portuguesas, después de los problemas en Angola (1961), en Guinea Bissau (1963) y Mozambique (1964). Mestizos y minoritarios, los intelectuales de Cabo Verde, incluyendo a Amílcar Cabral, se hicieron eco de las corrientes libertadoras del continente americano.

    Una de las figuras más poderosas del movimiento negro en Estados Unidos, Malcolm X, estaba alojado en Argel en 1964; Ernesto Che Guevara, antes de contactar con los guerrilleros [lumumbistas] del Congo, también pasa por allí en la primavera de 1965” (ídem).

    El líder disidente marroquí es un auténtico “trotamundos” de la causa “altermundista”. Su presencia en el exilio, lejos de alejarle de la actividad política, le confiere un nuevo papel a su manera de entenderla, alejándola del marco exclusivamente nacional e incluyéndola dentro de un proyecto mucho más amplio, atendiendo a lo que Omar Benjelloun llama el tríptico “movilización, unidad, liberación”: “Ben Barka quiere salir fuera del marco nacionalista y ampliar la batalla de Marruecos mediante su inclusión en una visión universal. Viajando por el mundo como un viajante incansable de la revolución, que pasa de un continente a otro, escapando de varios intentos de asesinato. Un día está en El Cairo para dar un discurso
    defintorio y fustigante del neocolonialismo. Al día siguiente se va a Moscú y luego a Beijing para idear para aliviar la disputa chino-soviética, antes de regresar a Damasco a fin de conciliar al Egipto nasserista y la Siria baazista”.

    Su hijo Bachir comenta algunos aspectos que contribuyeron a la popularidad de Ben Barka. En primer lugar, remontándose a los inicios de la independencia de Marruecos, recuerda el proyecto de integración magrebí que partidos como el Istiqlal -liderado entonces por Ben Barka, el FLN argelino o el Nèo-Destour tunecino expusieron en la Conferencia de Tánger de 1958. Allí se expuso claramente, en ese contexto norteafricano, la necesidad de una solidaridad entre los pueblos desde una postura de respeto a la especificidad, a las circunstancias particulares de cada uno de los países y a la necesidad de que cada uno de ellos explore sus particulares vías de desarrollo. “Cada país tiene que llevar a cabo su propia evolución, pero gracias a la solidaridad entre ellos los pueblos van a poder progresar juntos” Esa postura es la que con posterioridad desarrollará en un contexto global, y que es muy diferente, si comparamos, con las recetas globales de la democracia parlamentaria al modo capitalista-occidental (que no contempla o desprecia otros modos de democracia como la participativa o la comunitaria, desarrolladas en constituciones de América del Sur como las de Ecuador o Bolivia) o con las prescritas por las autoridades financieras mundiales como el FMI o el Banco Mundial, con independencia del contexto económico nacional. “Tenían -prosigue Bachir Ben Barka- una visión magrebí, actuaban en esa perspectiva, eran conscientes del problema del neocolonialismo y estaban en una perspectiva de construcción de un Magreb de los pueblos. Esta perspectiva ya no está a la orden del día. Desde finales de la década de 1960 lo que se impone es el Magreb de los Estados, el Magreb de las policías con una serie de operaciones en las que había mucha más solidaridad policial y de seguridad entre los tres, cuatro o cinco Estados del Magreb que voluntad política de liberación y de progreso”.

    En segundo lugar, dado que el enemigo -el colonialismo, neocolonialismo o imperialismo; múltiples nombres para una forma de dominación de los países ricos y fuertes sobre los pobres y débiles- es común, la unidad de acción debe ejercerse también, y esto debe significar establecer una organización que, al igual que las que representan a los estados ricos (sea la ONU con un consejo de seguridad antidemocrático y con poder de veto, el G7, el GATT -hoy Organización Mundial del Comercio-), permita abrir numerosos frentes comunes que dispersen sus fuerzas y dificulten su estrategia de dominio. “Crear una organización de solidaridad de los tres continentes quiere decir organizar en todas partes luchas para debilitar al adversario principal. Lo que él hizo fue movilizar a la juventud pero, al mismo tiempo, poner en común las potencialidades de cada país para modificar a su favor la relación de fuerzas”. Ése era el objetivo de la OSPAAAL y de la Conferencia Tricontinental.

    No es por tanto casual que la presidencia de la Conferencia Tricontinental, que iba a celebrarse en La Habana en enero de 1966, recayera sobre Ben Barka. Esta conferencia nació a raíz de las reuniones mantenidas en años previos por la Organización de Solidaridad de los Pueblos de Asia y África en Accra, la capital ghanesa, en 1957 (debemos recordar que el presidente Nkrumah fue uno de los principales impulsores del movimiento de los no alineados y del movimiento panafricano, por lo que trató de convertir Ghana en uno de los principales centros del Sur global, de ese otro fiel de la balanza del poder mundial), y El Cairo en 1961, a la que los pueblos y organizaciones de liberación del Caribe y Latinoamérica se sumaron, dando lugar a la ampliación de las siglas de la organización -de OSPAA a OSPAAAL- y a la celebración de la histórica conferencia en la capital cubana. Según escribe Omar Benjelloun, Ben Barka fue uno de los principales impulsores de la ampliación del marco de la OSPAA al continente americano, convenciendo a sus interlocutores africanos y asiáticos -había estado presente en las reuniones de Accra y El Cairo- de ampliar a Latinoamérica su labor de solidaridad, y a raíz de sus conversaciones con “Che” Guevara en Argel, la mediación del guerrillero argentino y ex vicepresidente de la Cuba revolucionaria le hará ocupar la presidencia del encuentro habanero.

    La celebración de la conferencia fue un motivo de orgullo para Mehdi Ben Barka, quien se refirió a ella en los siguientes términos: “Es un acontecimiento histórico la reunión de organizaciones antiimperialistas de África, Asia y América Latina, por su composición y por estar representadas las dos grandes corrientes contemporáneas de la Revolución Mundial: la revolución socialista y la revolución de liberación nacional. Lo hace histórico también su celebración en Cuba, donde tienen lugar ambas revoluciones” (cita Reinaldo Morales Campos), lo que hizo que, por insistencia de Ben Barka, la intervención inaugural y final de la misma fueran realizadas por Fidel Castro. Sin embargo, en el momento de celebrarse, su presidente ya había sido secuestrado en París y asesinado. Este hecho produjo la más absoluta condena por parte de la organización de la Tricontinental -entre ellos el líder cubano Osmany Cienfuegos, hermano del revolucionario Camilo Cienfuegos, quien realizó un alegato contra la intervención de la CIA en los hechos- y los miembros de la OSPAAAL.

    Aunque la Conferencia Tricontinental no volvió a celebrarse, la OSPAAAL y la revista Tricontinental, fundada a raíz de su celebración, sigue presente como movimiento de promoción de la solidaridad, el desarrollo autónomo de los países del Sur, la paz y los derechos humanos, teniendo en la actualidad su secretariado permanente en Cuba y perteneciendo a ella doce países y con participantes de diversas partes del globo. La OSPAAAL es desde 1998 una organización con estatus consultivo especial del Consejo Económico y Social de Naciones Unidas o ECOSOC . La organización impone a personalidades relevantes -entre otros, por ejemplo, Nelson Mandela- que han destacado por la promoción de la solidaridad entre los pueblos la medalla de la Orden de Ben Barka, lo que demuestra que el legado en pro de la liberación de los pueblos del Tercer Mundo del líder marroquí sigue vigente.

    UN CRIMEN SIN RESOLVER

    El 29 de octubre de 1965 Ben Barka se había citado con el cineasta francés Georges Franju en la Brasserie Lipp de París. Allí llegó acompañado del estudiante marroquí Thami Azemmuri, a eso de las doce y cuarto del mediodía.

    La cita entre ambos formaba parte de una colaboración que el líder opositor marroquí iba a hacer con el realizador para el film anticolonialista “Basta!”, con guión de Marguerite Duras, en el que Ben Barka sería asesor histórico. Sin embargo, al parecer tanto Ben Barka como Duras y Franju fueron engañados por George Figon, supuesto productor de la película, que en realidad no existía, siendo en realidad un cebo para poder dar caza al líder del Tercer Mundo.

    La llegada de Ben Barka a París había sido vigilada por los servicios secretos del gobierno del general De Gaulle, de tal suerte que Antoine Lopez, jefe de escala de Air France en el aeropuerto de Orly y colaborador habitual del SDECE (Servicio de Documentación Exterior y Contraespionaje) informó a su superior Marcel Le Roy Finville para la preparación del operativo en cuanto Ben Barka pisó suelo francés.

    A la puerta de la brasserie, dos policías franceses, Louis Souchon y Roger Voitot, de la brigada de estupefacientes, se encargaron de interceptar a Ben Barka e introducirlo en un Peugeot 403, mientras individuos marroquíes espantaron a Azemmuri, quien corrió a avisar al hermano del infortunado opositor, anunciándole el suceso. Ese fue el último momento en que se vio con vida a Mehdi Ben Barka. Poco después Azzemuri también moriría, supuestamente suicidándose.

    Ben Barka subió al automóvil sin oponer resistencia debido a que Souchon y Voitot le habían comunicado que una autoridad francesa deseaba verle, por lo que pensó que éste debía ser De Gaulle, quien había mostrado interés en verle y seguía una política de cierta independencia respecto de Washington, lo que podía evidenciar un cierto acercamiento entre el presidente francés y los líderes nacionalistas del Tercer Mundo. Sin embargo, con lo que se encontró fue con la muerte tras una larga sesión de torturas en una casa de Fontenay-le-Vicomte, en la región de Ille-de-France (la misma donde se ubica París). La residencia pertenecía a Georges Boucheseiche, antiguo colaborador de la Gestapo convenientemente reconvertido en colaborador de las cloacas de la Francia democrática.

    ¿Quiénes fueron los torturadores y qué pretendían? Sobre este asunto hay mucha especulación y la investigación judicial en Francia, que con más de cincuenta años es el proceso que más tiempo lleva abierto en el Tribunal Supremo de París, no avanza como para poder determinar a ciencia cierta quiénes son sospechosos. Se alude a la existencia de un equipo formado por hombres de confianza de Boucheseiche a los que se unió posteriormente George Figon, lo que determinaría la complicidad de los servicios secretos franceses, así como a la de los agentes marroquíes que ya antes se habían encargado de “espantar” a Thami Azzemuri y todo ello además con el conocimiento -y en algunos casos la presencia- de los máximos directores de la seguridad del reino alauí: Ahmed Dlimi, responsable de la seguridad nacional; el agente Chtouki y el ministro del Interior magrebí Mohammed Oufkir, quien llegó con posterioridad a la casa y finalmente asesinó a Ben Barka de una puñalada en el pecho. George Figon, que posteriormente se convertiría en un prófugo de la justicia, hizo unas declaraciones al periódico Le Monde en enero de 1966 –tituladas de forma sensacionalista “Yo he visto matar a Ben Barka”, aunque no es cierto que estuviera presente en el momento del asesinato- en las que incriminaba a Dlimi y Oufkir en la tortura y muerte del líder, aunque es posible que se trate de una treta con la que tratar de librar de la prisión a los franceses implicados, entre ellos los hombres de Boucheseiche.

    Se especula con que la intención de quienes acabaron con la vida de Ben Barka no fue la de acabar con su vida, sino la de forzarle a firmar un poder en su favor para poder sacar los archivos que tenía depositados en un banco de Ginebra. También con que tan sólo se le quería amenazar para que cesara en su actividad de denuncia contra el régimen de Hassan II. Sin embargo, el asesinato también tenía para Marruecos y para las potencias coloniales y neocoloniales las ventajas de privar de un extraordinario portavoz a la causa de la democracia y el progreso en el país magrebí y a la causa de los pueblos sometidos a dominio extranjero, apenas unos meses antes de la celebración de la Conferencia Tricontinental.

    ¿Qué ocurrió con el cadáver? Dado que el cuerpo del líder africano no ha aparecido, el destino del mismo sigue siendo un misterio a día de hoy, surgiendo varias hipótesis al respecto. La más repetida es la apuntada por el antiguo agente de los servicios de seguridad marroquíes Ahmed Bujari, participante en el operativo de tortura y posterior asesinato, que expone que el cadáver fue trasladado a Marruecos, al centro de detención de la policía en Rabat, y sumergido en una cuba de ácido para que se disolviera sin dejar rastro. Bujari apunta que la operación fue filmada para que el propio monarca marroquí Hassan II tuviera constancia de la desaparición de Ben Barka.

    Otra hipótesis apunta a que su cuerpo fue enterrado en Francia, en un sarcófago de cemento, en un lugar próximo al sitio donde tuvo lugar el asesinato, excepto la cabeza, que fue llevada al rey de Marruecos como prueba del cumplimiento de la misión.

    Durante un tiempo se especuló con la posibilidad de que el cadáver de Ben Barka hubiera sido enterrado -arrojado más bien- en el interior de un mausoleo del cementerio de Ituren, una pequeña localidad del Pirineo navarro, y descubierto junto al cadáver de su secretaria cuando iba a ser enterrada una anciana del lugar, en septiembre de 1966. Sin embargo, estos hechos -que dieron pie a portadas de la prensa de sucesos española como “El Caso” y a espacios en programas televisivos actualmente como “Cuarto Milenio”- no parecen obedecer a la realidad, dado que en ningún caso se habló de que Ben Barka estuviera acompañado por una mujer cuando fue conducido al chalé de Fontenay-le-Vicomte ni existe referencia a secretaria alguna.

    ¿Hubo responsabilidad de los gobiernos de Francia y de otros estados? Las relaciones de alianza estratégica de Francia y Estados Unidos con la monarquía marroquí hacen muy plausibles la hipótesis de que existe una corresponsabilidad de ambos estados con Marruecos en el asesinato. Sobre los Estados Unidos, Ahmed Bujari afirma que la Agencia Central de Inteligencia (CIA) dio su apoyo al asesinato y que en el transcurso de la operación de desaparición del cadáver hubo un norteamericano, un oficial llamado coronel Martin, realizando labores de supervisión, añadiendo que Martin había aprendido ese método de hacer desaparecer cuerpos durante el golpe de estado de 1953 en Irán que depuso al primer ministro nacionalista Muhammad Mossadegh. Los norteamericanos podrían tener interés en hacer desaparecer al “alma” de la Tricontinental y asestar un golpe cuasi mortal a una conferencia y una organización como la OSPAAAL que tan duramente se oponía a los intereses de las grandes potencias. En la actualidad, la CIA posee 1800 documentos relativos a Ben Barka, pero aún no han sido desclasificados.

    Por parte francesa, De Gaulle negó en su día la implicación de los servicios secretos en su conjunto, bien llevándola a cabo o bien como encubridores. No obstante, aunque las altas instancias de la República no dieran su visto bueno a la operación y los servicios secretos actuaran de forma autónoma, los sucesivos gobiernos franceses, tanto socialistas como conservadores, han contribuido a tapar las responsabilidades de los agentes galos en la operación, de tal suerte que una de las quejas de la familia consiste en la escasa colaboración que las autoridades francesas tienen con la justicia para el esclarecimiento de los hechos, no sólo en lo que respecta a este extremo, sino incluso para dar curso a Interpol de las órdenes de detención de marroquíes implicados en la operación. “La razón de Estado se mofa de nuestro derecho a la verdad”, declara su hijo Bachir.

    EPÍLOGO

    Tras la muerte de Ben Barka, la historia fue repitiéndose sucesivamente en diversas partes del globo. La revolución argelina terminó por descarrilar; tenía lugar el golpe de estado contra Sukarno en Indonesia y el comienzo de una terrible matanza, apoyadas ambas por Estados Unidos, de Ahmed Suharto; el Che moría abatido por el ejército boliviano; ascendía al poder el hombre de la CIA en Congo-Léopoldville y artífice del golpe contra Lumumba, Joseph Mobutu; la lista iría poco a poco ampliándose con más nombres, como los de Amílcar Cabral, Eduardo Mondlane, Salvador Allende… El universo tricontinental apareció cada vez más dominado por los intereses de las antiguas potencias coloniales y las nuevas potencias neocoloniales y la lógica de la “guerra fría”, por lo que la necesidad de unión y fuerza que Ben Barka propugnaba fue vencida por la fuerza de una realidad más contundente. La herida dejada por el crimen cometido en la persona del líder marroquí fue demasiado grande para sanar.

    En el caso de Marruecos, no sólo fue grave el hecho de la consolidación de las estructuras de poder tradicionales que tantas veces habían sido denunciadas por Ben Barka como medievales y causantes del retardo, las desigualdades y la falta de democracia en las que estaba sumido el país. También resulta de igual gravedad el hecho de que las fuerzas de izquierda, causa por la que él tanto había luchado dentro y fuera de las fronteras del Magreb, acabaran formando parte del mismo entramado de poder. Primero el Istiqlal, como el mismo denunció en vida, y más adelante la Unión Socialista de Fuerzas Populares, reclamada como heredera de la UNFP que fundó, son hoy parte del sistema político de la “apertura cerrada” cuyo epicentro, hoy como ayer, sigue siendo el palacio real.

    Ben Barka sigue, de todos modos, presente en el recuerdo de la OSPAAAL que impulsó y en el espíritu de quienes aún hoy desean una transformación mucho más profunda de Marruecos que aquella que incluso Mohammed VI, a pesar de las esperanzas depositadas en él al principio de su reinado, y su corte están dispuestos a aceptar. La reclamación de justicia -y su sucesiva obstaculización- en este y en otros casos demuestra lo escaso que es el impulso que la monarquía quiere dar al cambio en el país. La movilización e inquietud de los jóvenes, demostrada recientemente al calor de la “primavera árabe” puede suponer un cambio en la correlación de fuerzas, aunque todo dependerá de si el rey y su gobierno pueden seguir contando con la represión y el apoyo exterior para seguir sosteniéndose.

    FUENTES:

    Mehdi Ben Barka

    Asunto Ben Barka

    Años de plomo (Marruecos)”

    El caso Ben Barka: 51 años después de los hechos todavía se teme a la verdad”, 29/10/2016, Entrevista de Alex Anfruns a Bachir Ben Barka.

    A los 45 años del asesinato de Ben Barka. Su imagen y pensamiento tricontinental.” Reinaldo Morales Campos. 09/02/2011.

    “Ben Barka, un mort à la vie longue”. Omar Benjelloun. Le Monde Diplomatique. Octubre 2015.

    “Mehdi Ben Barka et la Tricontinentale”. René Gallissot. Le Monde Diplomatique. Octubre 2005.

    Caso Ben Barka”. Blog “Entretanto, Entretente”. 23/01/2010

    La defensa de la impunidad. Crímenes de Estado y derechos humanos en Marruecos” Abderrahim Berrada y Manuel Lorenzo Villar, Nación Árabe, Nº 45, Año XV, Verano 2001.

    Mehdi Ben Barka assassiné le 29 octobre 1965 avec l’aide du gouvernement français”, Rebellyon.info, 29/10/2016,

    Fuente : Historias de la otra historia

    Tags : Marruecos, Mehdi Ben Barka, Sahara occidental, Mossad, Israel,

  • Maroc: Commentaires de Me Ralph Boussier sur le livre de M. Maurice Buttin

    NOTE DE LECTURE DU LIVRE DE MONSIEUR MAURICE BUTTIN

    1. sur cette publication :

    il convient de souligner d’ores et déjà et en introduction que cet ouvrage est édité chez KARTHALA qui est une société d’édition très confidentielle qui ne produit que des ouvrages très particuliers à audience restreinte.

    Pour preuve s’agissant de celui-ci, il n’est pas encore à ce jour diffusé chez les libraires ou les grandes enseignes de diffusion d’ouvrage et il convient d’aller l’acquérir chez l’éditeur lui-même.

    2. présentation générale de l’ouvrage :

    Ce livre est en réalité un prétexte pour son auteur de réaliser une biographie en se dissimulant derrière un titre particulièrement accrocheur puisqu’il utilise le nom de trois personnalités à très forte notoriété que sont feu sa majesté HASSAN II, le Général DE GAULLE et BEN BARKA.

    Le titre et la première de couverture indiquent clairement que l’essentiel du livre concerne le dossier qui aura occupé presque toute la vie professionnelle de cet avocat à savoir l’affaire BEN BARKA ;

    Au travers de 479 pages, dont 430 sont consacrés à Mehdi BEN BARKA, il est retracé les premières années de l’Indépendance jusqu’à la disparition de Mehdi BEN BARKA en ce mois d’octobre 1965.

    L’aspect témoignage politique n’est pas l’objet de la présente et j’en fais l’économie. C’est pourquoi je vais directement à ce qui est intitulé « l’affaire BEN BARKA » et qui est la troisième partie du livre qui comprend trois sous-parties que sont :

    la première plainte (1965-1975)

    la deuxième plainte (1975-2010)

    « les responsables ».

    3. l’analyse de la troisième partie :

    3.1 la première plainte et sa gestion de 1965 à 1975 :

    Au travers de cette première sous-partie, il est essentiellement décrit tout d’abord l’influence supposée de Mehdi BEN BARKA, puis les éléments politiques qui auraient conduit à sa disparition et enfin l’impact de sa disparition au sein du Royaume du Maroc.

    Cette partie se termine bien entendu par les éléments fondamentaux que sont les procès de 1966 et 1967 et il faut d’ores et déjà souligner que de façon très contrastée l’auteur relève que si l’instruction de cette affaire n’a pas été bâclée par le Juge ZOLLINGER, en revanche elle aurait été réalisée dans un délai beaucoup trop court pour, comme cela est indiqué : « (…) dégagées toutes les mailles du filet (…) » (Cf. page 297).

    Afin de fonder son propos, Maître BUTTIN reprend l’interview qu’avait donnée le Juge d’instruction le 21 mars 1990 dans une émission d’enquête de Charles VILLENEUVE où ce magistrat à la retraite avait répondu :

    « je ne pouvais plus rien ajouter. Toutes les portes étaient fermées, tous les verrous poussés (…) ».

    Pour achever l’illustration de cette première thèse, il est cité un extrait du journal suisse La Liberté Fribourg du 4 avril 1966 qui aurait affirmé que le dossier du juge fut d’autant plus rapidement clos qu’il était visible que le pouvoir avait hâte d’en finir avec un dossier plus volumineux que lumineux.

    C’est sur ces appréciations donc que s’ouvre la relation du procès de 1966 qui, et il n’est pas neutre de la souligner, s’appelle pour le commun des mortels « l’affaire BEN BARKA », nom de la victime, et non du nom des accusés, ce qui est plus habituel en matière criminelle.

    Dans cette première affaire l’audience durera 17 semaines, six accusés sont présents dans le box. Ils sont accusés d’arrestation illégale et de séquestration et pour le Roy Finville de non dénonciation de crime.

    Bien entendu, cette première partie de procès sera interrompue par l’arrivée de Monsieur DLIMI, ce qui renverra le procès et conduira à une deuxième session d’assises.

    Pour synthétiser l’essentiel du procès, en tout cas de cette première partie du procès, il faut reprendre la citation qui est faite par Maître BUTTIN s’agissant de la plaidoirie de l’un de ses confrères qui relève qu’ « il est regrettable que beaucoup de gens n’ait connu l’existence de BEN BARKA, ce leader du Maroc et du Tiers-Monde, qu’à propos de son enlèvement (…) » (Cf. page 299) nous sommes manifestement dans une tribune politique et non dans une enceinte de justice.

    Il faut relever qu’avec une certaine franchise, Maître BUTTIN note que cette première série de journées d’audience est très décousue, que les témoignages sont contradictoires et qu’il est tellement impliqué dans le dossier que le Président va même jusqu’à s’interroger, s’adressant à lui, en lui disant :

    « (…) êtes-vous témoin ou avocat ? (…) »ceci est intéressant pour la situation actuelle de ce dossier et des agissements du juge Ramael.

    La réflexion du Président de la Cour d’Assises de Paris résulte de l’interrogatoire de EL MAHAI qui est pris à partie par Maître BUTTIN lorsqu’il déclare qu’il est étudiant, alors qu’il l’aurait reçu précédemment au Ministère de l’Intérieur à Rabat en lieu et place du Général OUFKIR.

    D’ores et déjà, on s’aperçoit que Maître BUTTIN est arc-bouté sur le fait de savoir qui est Monsieur CHTOUKI.

    En effet, il explique au Président que pour sa cliente Madame BEN BARKA, il a besoin de savoir qui est ce personnage, qui est selon lui la charnière du dossier et que personne n’a pu retrouver.

    Le Président en bon magistrat lui coupe la parole et lui dit :

    « (…) se sont des appréciations je voudrai que vous posiez votre question (…) » (Cf. page 301)

    Il n’est pas neutre non plus de relever avec quelle insistance LOPEZ est interrogé afin d’identifier CHTOUKI et la seule information qui ait pu avoir la Cour d’Assises est que cette personne existait puisque Monsieur EL MAHAI le connaissait.

    Monsieur EL MAHAI va jusqu’à dire qu’il l’a connu comme Commissaire de police et que son prénom était Miloud.

    Monsieur EL MAHAI va être très disert puisqu’il va définir le rôle de DLIMI auprès d’OUFKIR et il identifie le cabinet 1 puis fait référence à la Villa MOKRI. (page 303)

    Manifestement, les débats se tendent et le Président menant de façon ferme et respectueuse du Code de procédure criminelle ceux-ci, va jusqu’à suspendre l’audience compte-tenu de la volonté qu’ont certains avocats des parties civiles de transformer en tribune politique l’audience.

    Ces incidents d’audience vont aller jusqu’à ce que le Président interdise à Maître BUTTIN d’intervenir à tout bout de champ et il ne se retirera pas de ce procès à la demande de Abderrhaman YOUSSOUFI qui lui demande de se maintenir pour pouvoir plaider.

    Pour illustrer la tension qui existait, il est fait référence à un article paru le 30 septembre 1966 dans le journal Combat qui relevait que :

    « Lorsque le 30 septembre, le Président PEREZ a osé censurer le témoignage du Bâtonnier YOUSSOUFI, la partie civile a menacé de se retirer, (…), il ne s’agissait pas d’un chantage. Et c’est pourquoi soudain apeuré le Président, après une courte suspension d’audience a platement battu en retraite, (…), mais je crois comprendre que la partie civile a désormais perdu toute illusion, le pouvoir de Matignon a prévalu sur celui de l’Elysées, (…), la partie civile est revenue pour la forme à la barre. Moralement elle s’est retirée. Le procès des assassins de BEN BARKA peut se poursuivre maintenant sur un autre plan que le judiciaire. L’affaire ne fait que commencer. Le mort aura la vie dure. Le mort aura le dernier mot (…). »

    Cette position et cette relation des faits, en un mot ce témoignage, sont particulièrement importantes dans la situation actuelle puisqu’on s’aperçoit qu’en réalité les parties civiles n’auront de cesse à partir de ce moment là que « ..d’affirmer que cette tragique et ténébreuse affaire à la double responsabilité marocaine et française, ne peut avoir de conclusion puisque les verrous mis par les complices français à une instruction complète et le silence obstiné des accusés et des autres personnes vraisemblablement au courant, empêche que le sort réservé à la victime ne soit connu… » (Cf. page 308)

    La position deviendra éminemment politique, à tel point que les journaux retiennent que Maître BUTTIN fait œuvre de militant en faisant plaidoirie essentiellement centrée sur la politique marocaine pour aboutir à la théorie du complot.

    De façon curieuse, Maître BUTTIN règle le réquisitoire de l’Avocat général TOUBAS en deux lignes en indiquant qu’il est implacable mais qu’il se garde bien de mettre en cause le souverain marocain.

    C’est donc au terme de 37 jours d’audience que le verdict doit être rendu mais un coup de théâtre intervient le 19 octobre, puisque le Directeur général de la Sûreté Nationale Ahmed DLIMI se présent au Palais de justice et se constitue prisonnier.

    Cette arrivée, certes spectaculaire, permet à Maître BUTTIN de retenir que « … le pouvoir marocain en joueur avisé s’sacrifia une pièce importante de son jeu, ce qu’il qualifie être le troisième pilier du régime selon ce qu’aurait écrit le Bâtonnier YOUSSOUFI dans son ouvrage intitulé L’Evènement paru en novembre 1966 page 22. … »(page 311).

    Bien entendu le procès est ajourné et après avoir rappelé la tragique série de décès des confrères de la partie civile, Pierre STIBBE, le Bâtonnier THORP et Michel BRUGUIER Maître BUTTIN une nouvelle fois va extrapoler et à indiquer que tous trois seraient décédés épuisés par les semaines de travail, de présence aux audiences, de tension et de passion lors du procès BEN BARKA.

    Certains seraient même allés jusqu’à parler de la malédiction qui s’abattait sur les avocats de la partie civile.

    Ceci renvoie au 17 avril 1967 où le même Président, à savoir le Président PEREZ ouvre la nouvelle session d’Assises qui est l’objet d’entrée de jeu d’un incident des parties civiles qui souhaiteraient qu’elle soit tenue plus tard.

    Les parties civiles savent que cette demande de renvoi du procès à un mois n’est bien entendu pas acceptable pour le Président.

    Ceci conduit Maître BUTTIN à affirmer qu’à compter de ce jour, Madame BEN BARKA a décidé de consacrer désormais sa vie et ses moyens à la recherche de la vérité, et c’est face au refus de cette demande de renvoi que la partie civile quitte l’audience et deviendra un spectateur silencieux. (Cf. page 315).!

    Faisant manifestement l’objet d’une orchestration et d’une organisation particulière qui avaient pour seul but, dès cette époque là, de montrer que dans cette affaire l’instruction dans un premier temps puis le procès dans un second ne sont pas normalement menés, la partie civile va avoir le beau rôle de quitter les débats et sera soutenue par une partie de la presse française comme par exemple le Canard Enchaîné qui écrit le 19 avril 1967 :

    « Dieu merci, la mort, puis le Président PEREZ ont finalement réussi à écarter cette inconvenante partie civile du prétoire, où elle jetait le trouble. Désormais, le linge sale de l’affaire BEN BARKA se lavera, comme il se doit, en famille. Tous les espoirs sont permis (…) Quant à Monsieur le Président PEREZ, le voici réduit au silence. Son rôle principal consistait, en effet, à dire « la question ne sera pas posée » et l’on saura enfin la vérité, comme toute la vérité, comme l’a promis DE GAULLE à la mère de BEN BARKA ».

    Fort de cette position de témoin silencieux, Maître BUTTIN va ensuite dans son ouvrage faire sa plaidoirie, en disant « si j’avais pu plaider les débats auraient été différents ».

    Comme vous le savez le verdict est rendu le 5 juin 1967. Monsieur SOUCHON est condamné à six ans, LOPEZ à huit ans de réclusion criminelle. Maître BUTTIN rappelle que l’Avocat Général avait requis 20 ans contre le premier et 15 ans contre le second. Tous les autres accusés sont acquittés et c’est ainsi que seront clôturés 70 journées d’audience.

    L’auteur nous livre également une citation parue dans la revue L’Evènement sous la plume de K. Archibald qui écrivit que :

    « en rendant leur verdict, les jurés n’ont fait que rendre au Tribunal la monnaie de sa pièce. Les faiblesses du dossier, les références sempiternelles au secret professionnel et à l’acte de gouvernement, leur ont fait comprendre qu’ils n’avaient pas droit à la vérité mais aux quelques parcelles que la raison d’état jugeait bon de leur livrer. Dans ces conditions, ils ont estimé qu’ils n’avaient pas à juger (…) ».

    Mais la Cour rendit également le même jour un deuxième arrêt pour condamner par contumace OUFKIR, CHOUKI et les quatre truands français dans cet arrêt Ahmed DLIMI est acquitté, OUFKIR condamné par contumace. Ainsi se clôture la première partie de cette affaire.

    Maître BUTTIN renvoie à des appréciations politiques en faisant référence notamment au livre « Les officiers de sa Majesté » mais ce n’est pas particulièrement dirimant.

    3.2 deuxième plainte de 1975 à 2010 :

    Comme nous le savons, Maître BUTTIN a régularisé une plainte contre X le 21 octobre 1975 pour assassinat, complicité d’assassinat et toute autre infraction que l’instruction révèlerait.

    Cette plainte est motivée par le fait que les arrêts du 5 juin 1967 n’ont pas fait justice. (Cf. page 339)

    Il ne me semble pas très pertinent de faire des développements sur l’introduction afférente à cette deuxième plainte puisqu’il s’agit essentiellement d’appréciation de Monsieur BUTTIN et le premier élément intéressant développé visé les mandats d’arrêt en page 352.

    Ce qui ne sera pas pour nous surprendre, il retient que le Juge RAMAEL a incontestablement adopté une attitude plus offensive que ces prédécesseurs et cette offensive bien entendu prend la forme des cinq mandats d’arrêt d’octobre 2007 qui sont motivés uniquement pour entendre les survivants de l’époque « et non à priori pour les mettre en examen comme certains médias l’ont soutenu » (page 352).

    Il rend également hommage au courage du journaliste Joseph TUAL et relève que cette décision du Juge RAMAEL est une première depuis le dépôt de la nouvelle plainte.

    Ensuite, il est rappelé que manifestement les mandats d’arrêt internationaux n’ont pas gêné dans ses déplacements le Général BENSLIMANE et qu’en juin 2009 lorsque Michèle ALLIOT-MARIE devient Ministre de la justice et des libertés, après qu’elle ait été saisie par lettre, s’étonnant de la non exécution par le Maroc des commissions rogatoires internationales, il aura reçu une réponse le 28 août, lui indiquant qu’elle saisissait immédiatement le Directeur des affaires criminelles et des grâces et à mi-septembre, la décision est prise de diffuser les mandats d’arrêt.

    Il est relevé que moins de 24 heures après, une décision contraire intervient.

    Fort de cela, et de ces errements quant à l’exécution des mandats d’arrêts ou des commissions rogatoires internationales, Maître BUTTIN rappelle que le 2 octobre 2008 il avait été reçu au quai d’Orsay par trois représentants du Président de la République française et qu’on lui aurait proposé un marché, à savoir d’échanger l’exécution des commissions rogatoires internationales contre la mise à néant des mandats d’arrêts internationaux. Marchandage auquel il se serait refusé.

    Il termine ce chapitre en apothéose en citant in extenso la lettre écrite le 7 octobre 2009 par le Juge RAMAEL au Procureur de la République en lui indiquant :

    « (…) Interpol revendique le blocage des diffusions sollicitées selon des procédures internes confidentielles qui tiennent compte des intérêts politiques et diplomatiques. En conséquence, j’estime inutile et hypocrite de fournir de plus amples éléments afin de permettre d’apprécier s’il s’agit d’une affaire mettant en cause des responsabilités étatiques. Manifestement l’affaire BEN BARKA continue de déranger 44 ans après, (…) ».

    L’auteur ajoute que le Juge renouvelle alors les quatre mandats d’arrêt et ajoute un cinquième visant Monsieur EL ASSOUNI puisque semble-t-il il vient d’obtenir l’identité complète de celui-ci.

    L’auteur s’exclame en conclusion que le Maroc refuse d’exécuter les commissions rogatoires internationales et que la France s’oppose à l’exécution des mandats d’arrêt. Une fois de plus la raison d’état et des Etats l’a emporté sur l’exigence de justice. (page 354)

    A partir des pages suivants, il s’agit plus d’un travail d’enquête qui est mené par l’auteur, qui a reconstitué certains éléments à partir soit des pièces pénales soit d’auditions récentes de personnes qui subitement se présentent chez le Juge RAMAEL, tel un agent d’Orly Monsieur Daniel TROUBLE qui, le 18 juin 2009, va déclarer au Juge d’instruction :

    « Lorsque je suis arrivé comme jeune agent des services commerciaux aux frets d’Orly, en 1969, j’ai entendu parler les anciens et je suis venu vous livrer mon témoignage (…). Il se disait qu’un dimanche, me semble-t-il, vers 5 heures du matin, l’employé de permanence pour la taxation des colis avait vu arriver en personne Maurice PLAGIAS, chef du centre de fret, et deux autres personnes. La présence de ces deux responsables ce jour là et à cette heure là, était totalement inhabituelle.

    Ils étaient venus faire taxer un colis parallélépipédique, identique à ceux servant à transporter les cercueils, d’un poids de 125 à 140 kg, supposé contenir des pièces détachées à destination de Casablanca.

    Ce colis a été embarqué dans un DC3 qui n’aurait embarqué rien d’autre (…). Le lendemain, deux gendarmes sont venus récupérer la souche de la LTA, qui est le titre de transport d’une marchandise et l’ont emportée. Là aussi c’est étrange (…), quelques semaines plus tard PLAGIAS et FOSSATI ont été muté tous les deux. Il faut dire que les rumeurs de leur appartenance au SDECE allaient bon train (…) ».

    Tout à l’avenant jusqu’à la fin de l’ouvrage et sur le dernier chapitre afférent aux responsabilités de façon paradoxale et peut-être consensualiste, on peut relever que quatre pays semblent avoir une responsabilité aux yeux de Maître BUTTIN, à savoir le Maroc, la France, Israël et les Etats-Unis.

    Dans le cadre de cet ouvrage et au regard de ce qui nous intéresse plus particulièrement, je souhaite relever l’attention du lecteur sur la page 251.

    Je reviens sur celle-ci car elle me semble essentielle sur la relation des faits et l’analyse qui en est faite par Maître BUTTIN au regard du mandat d’arrêt international visant Monsieur Miloud TOUNZI.

    Bien entendu, de façon lapidaire et sans que ceci soit nullement fondé, bien au contraire tout permet de contester cette affirmation, l’auteur fait un amalgame entre Miloud TOUNZI et Miloud CHTOUKI.

    Je rappelle que le mandat d’arrêt international vise un homicide volontaire à l’encontre de Monsieur Miloud TOUNZI et donc suppose que celui-ci ait à tout le moins rencontré l’hypothétique victime dans le cadre de sa présence à Paris le 30 octobre 1965.

    Or, ce samedi 30 octobre 1965, Maître BUTTIN a semble-t-il collationner dans le premier dossier généré par la première plainte des informations chronologiques très précises qui conduisent à pouvoir affirmer que Monsieur CHTOUKI n’a jamais rencontré Mehdi BEN BARKA à Paris à cette date là.

    Par voie de conséquence, juridiquement le mandat d’arrêt, bien entendu passée la difficulté première de faire un amalgame et une parfaite superposition de personne, succomberait à l’analyse juridique puisque Maître BUTTIN affirme :

    « (…) OUFKIR arrive à son tour à Orly à 17 heures. Accueilli par CHTOUKI, EL MAHI et LOPEZ. Il se fait conduire par celui-ci à Fontenay le Vicomte où DLIMI l’accueille vers 18 heures. Le Général a confié sa valise à EL MAHAI et lui a demandé de lui prendre une chambre à l’hôtel ROYAL ALMA et de l’y attendre avec CHTOUKI. Tous deux patienteront une partie de la nuit en vain. OUFKIR n’occupera à aucun moment la chambre, mais fera chercher sa valise. EL MAHI passe plusieurs coups de fils chez BOUCHESEICHE et chez LOPEZ sans réponse (…) ».

    Donc cette reconstitution, si on la retient comme étant juste, et il n’y a aucune raison de ne pas le faire, atteste incontestablement d’une impossibilité physique de rencontre entre Mehdi BEN BARKA et le sieur CHTOUKI.

    Bien entendu, cet ouvrage peut donner lieu à d’autres réflexions mais j’ai volontairement cantonné mon analyse à cette partie du dossier afférente à Monsieur Tounzi.

    ***

    En conclusion, il faut retenir que cet ouvrage n’aura sans doute pas beaucoup de lecteurs. Toutefois il est une note de synthèse très intéressante même si elle est à charge puisqu’elle dissimule certainement des éléments à décharges contenus dans le premier dossier pénal qui nous sont inconnus, tout comme des éléments contenus dans le deuxième dossier pénal et qui viendraient les uns comme les autres asseoir incontestablement la position selon laquelle les mandats d’arrêt internationaux qui ont été relancés en octobre 2007 à l’encontre des quatre personnes susnommés, n’ont aucun fondement et ne sont, comme Maître BUTTIN le dit lui-même dans son ouvrage, que des ballons sondes qui ont uniquement comme ambitions d’obtenir des informations qu’ils ignorent encore aujourd’hui après plus de 35 ans d’instruction et 11 juges d’instruction.!

    Source: Maroc Leaks