Étiquette : musique

  • La vraie histoire d’Aïcha Kandicha au Maroc

    Le nom d’ Aïcha chez les Marocains révèle deux choses :

    La première , c’ est que ce nom est religieusement sacré , car il est le nom de la femme du Prophète Mohamed ( Alïhi Assalam*) . Cette femme était la plus jeune des femmes du Prophète. Il l’ a épousée alors qu’elle avait l’ âge de douze ans.

    *Paix soit sur Lui

    Elle était la plus chère à son coeur. Le Prophéte a dit « Prenez la moitié de votre religion de cette femme « ( Aïcha ).

    Quand les chanteurs de Gnaoua (Gnawa ) chantent ce nom, leurs chant est un chant soufi .

    La deuxième , c’ est que ce nom vient d’ une mythe très célèbre dans la mémoire de peuple marocain . C’ est Aïcha Kandicha . C’ est le nom d’ une femme qui est djinn .

    Elle habitait toujours à côté de la mer . Dans des lieux qui sont inhabités . Et elle sort la nuit pour couper la route aux hommes qui passent seul . Elle les attire vers elle et les habite : ç a veux dire qu’ ils tombent amoureux d’ elle . Ils deviennent fous jusqu’ à leur mort.

    Aïcha a été décrite, dans les récits du peuple marocain comme une femme, mais elle a des pieds de chameau.

    Un grand écrivain Tahar Ben Jelloun , qui est célèbre dans la littérature française , a essayé de donner à ce mythe une relation avec la réalité , dans ses écritures, en disant que cette histoire ( mythe ) de Aïcha Kandicha est une histoire réelle .

    C’ est une femme, résistante, qui a lutté contre la colonisation française au Maroc. Après la mort de son mari tué par les Français , elle a décidé de se venger , en apparaissant aux étrangers ( les soldats français ) et les attirant vers les plages où elle les tue par vengeance.

    Le récit de l’ histoire de cette femme ne dépasse pas ces deux signification dans les chansons de la musique Gnaoua ( Gnawa).

    Le chanteur de la vidéo ci-dessous parle de cette femme , de sa puissance et le bien qu’elle peut faire quand elle veut et la supplie de lui faire du bien , comme s’ il supplie un saint du mausolée.

    La musique avec le chant du mythe de cette dame ne peut que donner la chair de poule à celui qui l’ écoute. C’ est la façon dont ils chassent les mauvaiss esprits.

    Source : Gammes musicales

    Tags : Maroc, religion, superstitions, musique, chants, Aicha Kandicha, djinns,

  • La cour d’appel renvoie aux assises le chanteur marocain Saad Lamjarred, accusé de viol

    Le chanteur marocain Saad Lamjarred sera finalement jugé aux assises pour viol après les accusations d’une jeune femme fin 2016. En en décidant ainsi, ce mardi 21 janvier 2020, la cour d’appel de Paris, contredit la décision d’un juge d’instruction de le renvoyer en correctionnelle.

    Le chanteur marocain Saad Lamjarred sera finalement jugé aux assises pour viol. La chambre de l’instruction a infirmé, l’ordonnance rendue en avril par un magistrat parisien, qui avait requalifié les faits en « agression sexuelle » et « violences aggravées ».

    Elle a ainsi estimé qu’il existait « des charges suffisantes pour caractériser les faits de viol », un crime qui relève des assises a ajouté cette source. Le débat portait notamment sur la qualification des éléments mis en évidence par l’enquête.

    Il pourrait se pourvoir en cassation

    Dans sa plainte, Laura P. affirmait avoir été agressée à l’âge de 20 ans par le chanteur dans la chambre d’hôtel de ce dernier en octobre 2016, quelques jours avant son concert à Paris, sur fond d’alcool et de drogue.

    Incarcéré dans la foulée, Saad Lamjarred avait été libéré sous bracelet électronique en avril 2017.

    Interrogé par l’AFP, son avocat Me Jean-Marc Fedida a précisé qu’il se réservait le droit de se pourvoir en cassation.

    D’autres plaintes pour viol

    Dans un second volet de la même information judiciaire, le chanteur de 35 ans avait été mis en examen pour viol en avril 2017, cette fois pour les faits dénoncés par une jeune Franco-Marocaine affirmant avoir été agressée et frappée par le chanteur à Casablanca en 2015.

    La plaignante s’était ensuite mise en retrait de la procédure et le juge avait ordonné un non-lieu sur cette partie du dossier.

    Le chanteur a également été mis en examen en août 2018 pour viol, cette fois après la plainte d’une jeune femme au terme d’une soirée à Saint-Tropez (Côte d’Azur).

    Il avait ensuite été incarcéré durant deux mois et demi avant d’être libéré sous contrôle judiciaire et contraint de résider à Paris le temps de l’enquête, menée par un juge d’instruction de Draguignan (sud-est).

    Toujours adulé dans son pays natal
    Originaire de Rabat, Saad Lamjarred a grandi dans une famille d’artistes renommés. Il a commencé à se faire connaître dans le monde arabe en 2007 en participant à l’émission libanaise Super Star avant de devenir une star en 2013 avec son titre Mal Hbibi Malou ( Qu’arrive-t-il à ma bien-aimée ? ).

    Saad Lamjarred reste adulé dans son pays natal malgré ces affaires, qui ont relancé le débat au Maroc sur les violences contre les femmes.

    Ses fans restent persuadés que le chanteur est victime d’un complot et que les plaignantes cherchent à tirer profit de sa notoriété.

    avec AFP

    Ouest-France

    Tags : Maroc, Saad Lamjarred, musique, chanson, viol, justice, tribunal,

  • Aziza Brahim : le poing et la voix pour défendre la cause du Sahara Occidental

    Aziza Brahim : la chanteuse voix du Sahara Occidental.

    Aziza Brahim est une chanteuse Sarahoui. Elle est née il y a quarante ans dans un camp de réfugiés du Sahara occidental de la région de Tindouff en Algérie, où sa mère a fui l’occupation marocaine du Sahara Occidental. En raison de la guerre d’occupation du Sahara Occidental, elle n’a jamais connue son père.

    L’artiste qui est une des Voix de la résistance sarahouie est également un symbole de l’aide apportée par Cuba Socialiste aux peuples africains en lutte, ayant bénéficié d’une bourse d’étude de la part de la Havane.

    www.initiative-communiste.fr vous propose une sélection d’extrait de l’article que lui ont consacré nos confrères du journal suisse Le Courrier qui ont pu la rencontrer à Genève

    AZIZA BRAHIM. LE POING ET LA VOIX

    Laura Hunter

    (…)
    Pour Aziza Brahim, la musique a d’abord été un refuge, une manière de survivre dans les camps de réfugiés, un moyen de transmuter les maux subis.

    «Les femmes chantaient tout le temps dans ma famille, surtout le vendredi pour les chants spirituels. Je tapais des mains et j’ai appris comme ça à jouer du tabal. Dès que j’ai eu six ou sept ans, ma grand-mère m’a emmenée à ses récitals de poésie. Nous n’avions pas de jouets, alors la musique devenait un jeu», raconte-t-elle.

    Née en 1976 et élevée avec ses neuf frères et sœurs dans un camp algérien où sa mère, fuyant l’occupation marocaine du Sahara occidental un an auparavant, s’était installée, ­Aziza Brahim a connu l’exil à plusieurs reprises. Qui de mieux que cette femme pour chanter les souffrances et les ­aspirations du peuple sahraoui, voire de tous les déplacés?Des dunes aux Caraïbes

    Cuba point d’appui de l’Afrique qui lutte

    Alors âgée de 11 ans, Aziza Brahim ­reçoit une bourse pour étudier à Cuba, comme de nombreux étudiants sahraouis et africains de l’époque. Elle s’en souvient avec émotion:

    «Cuba a aidé beaucoup de peuples africains en lutte. Le pays a été une pièce clé du ­combat sahraoui, en permettant à de nombreux jeunes de notre peuple de s’y former scolairement et professionnellement. Beaucoup de médecins cubains venaient aussi nous soigner dans les camps.»

    Pour la chanteuse, Cuba est une deuxième patrie.

    «J’y ai passé plus de temps que dans mon propre pays… dont je n’ai jamais foulé le sol! Ce n’était pas toujours facile à Cuba, car j’y ai vécu en pleine ‘période spéciale’ (crise économique du début des années 1990, consécutive à l’effondrement de l’Union ­soviétique, ndlr), mais le peuple cubain nous a chaleureusement accueillis. Et nous aussi avons soutenu leur révolution», souligne la militante.

    (…)

    La musique expression pour la lutte

    Insoumise, elle retourne dans les camps de réfugiés en 1995, où elle se met à composer ses propres thèmes et se fait connaître peu à peu, avant de s’installer en Espagne en 2000.

    «Pour moi, la musique est la plus puissante des influences. Elle me fait vibrer, c’est une condition de lutte. C’est le vecteur le plus direct et efficace pour partager les douleurs, les luttes et les ­espoirs. Cela me permet également de soigner mes cicatrices, en les transcendant et en transmettant mon expérience dans les camps de réfugiés, qui est vécue par énormément de personnes dans le monde à l’heure actuelle… Ma musique parle de tout ça», confie-t-elle.

    Son ­dernier album, Abbar el Hamada («A travers la Hamada», terme qui désigne un plateau du désert), est un vibrant appel à «détruire les murs qui séparent les peuples», plus particulièrement les fortifications de sable érigées par les autorités marocaines aux confins du Sahara occidental pour empêcher les Sahraouis exilés de revenir sur leur terre.

    Ambassadrice

    Interrogée sur ses influences, Aziza Brahim parle de musique africaine et arabe avant tout. Elle évoque Ali Farka Touré, «le plus grand artiste africain selon moi», Salif Keita, Rokia Traoré, Miriam Makeba, mais aussi Los Van Van (Cuba), le rock de Jimi Hendrix, Queen, Pink Floyd et le blues étasunien, avec en tête Big Mama Thornton. Son œuvre se révèle à la hauteur de cet éclectisme, des échos du désert de la chanson «Calles de Dajla» (les rues de Dakhla), aux accents afro-cubains de «La Cordillera negra» (la cordillère noire), deux titres de son dernier album.

    Comparée par certains à Billie Holiday, l’artiste ne cache pas ses opinions ­politiques. «Une grande partie de ma musique vise à donner de la visibilité aux revendications de mon peuple, qui me considère de fait un peu comme une ambassadrice. Je le sens comme un ­devoir, mais aussi comme une chance et un bonheur.» Ambassadrice de son peuple, Aziza Brahim l’est aussi particulièrement des femmes sahraouies, qui occupent une place importante dans son œuvre.

    «Notre société est matriarcale, ce sont les femmes qui portent la culotte. Quand j’étais enfant, dans les camps, il n’y avait pas d’hommes. Ils étaient tous au front pour combattre les troupes marocaines. Les femmes faisaient tout, elles organisaient le campement, l’approvisionnement, l’hygiène, les soins, les traditions, la nourriture, la construction d’écoles, d’hôpitaux… Les femmes sahraouies sont un symbole de lutte constante, de détermination, de capacités et de courage. Elles sont pour moi un exemple à suivre.»

    Un héritage qu’Aziza Brahim honore à merveille. Et tandis que 2016 touche à sa fin, elle trône au sommet des World ­Music Charts Europe, classement établi sur la base des playlists des stations de ­radio de 24 pays européens.

    Aziza Brahim, Abbar el Hamada, Glitterbeat ­Records, 2016, distr. Irascible.

    Source : Iniciative Communiste

    Tags : Sahara Occidental, Maroc, Aziza Brahim, musique, Front Polisario, Blues du Désert,

  • Aziza Brahim, la voix des Sahraouis, (enfin) en concert à Paris

    Déprogrammée en mars du festival Les Arabofolies suite aux pressions des mécènes marocains de l’Institut du monde arabe à Paris, la chanteuse Aziza Brahim revient dans la capitale française pour chanter le blues des Sahraouis.

    Aziza Brahim revient à Paris pour un concert le 26 avril au Pan Piper. Pour la chanteuse magnétique, qui porte dans ses chants la peine et les espoirs des Sahraouis, ce retour doit avoir un goût particulier. Annoncée depuis janvier au festival Les Arabofolies qui se tenait en mars à l’Institut du monde arabe, elle devait clôturer la manifestation dédiée cette année au thème « Femmes et Résistance ».

    Ça tombait bien, car la vie lui a appris le sens de ce mot et ce, dès la naissance.

    Aziza Brahim est née en 1976 dans un camp de réfugiés du Sud Algérien, où des dizaines de milliers de sahraouis se réfugièrent peu après le départ des colons espagnols, et la prise du contrôle du Sahara Occidental par le Royaume du Maroc. 1976, c’est aussi l’année où le Front Polisario, le mouvement de libération des populations sahraouies qui vivaient là, proclame une indépendance demeurée depuis lettre morte. Le mouvement, soutenu par l’Algérie, ne contrôle aujourd’hui qu’une petite portion du territoire, et la majorité des Sahraouis continue de vivre dans les camps de réfugiés ou en exil.

    Aziza, elle, eût la chance de quitter les camps à l’âge de onze ans grâce à une bourse du gouvernement cubain, et put faire ses études secondaires sur l’île. Puis, au mitan des années 90, retour dans les camps, dans la région de Tindouf, au Sud-Ouest de l’Algérie. C’est là qu’elle décide de faire de la musique sa vie. Et de mettre sa vie en musique. Or sa vie, ce sont les camps, l’espoir d’un retour et avant cela, celui d’un réferendum d’autodétermination pour son peuple.

    « J’ai besoin de raconter ces histoires, confiait-elle en 2016, toute cette musique que je produis existe dans un contexte, c’est mon histoire, celle que j’ai vécue, et ces histoires j’ai besoin de les partager. C’est aussi un appel au secours lancé du désert de la Hamada, et Abbar el Hamada (« à travers la Hamada », le nom de son dernier album NDLR), c’est vraiment la synthèse de ce qu’a été l’histoire de mon peuple au long de ces quarante ans, c’est là que nous sommes réfugiés, et c’est de là que nous prendrons le chemin du retour. »

    Bien qu’un cessez-le-feu ait été signé en 1991 et qu’une mission de l’ONU en garantisse depuis l’application, les négociations n’ont jusqu’ici pas abouti (même si un nouveau cycle de discussions directe est en cours).

    La chanteuse, installée depuis 2000 en Espagne, voyage sur les scènes du monde entier et chante la détresse d’un peuple orphelin. Pas comme une passionaria politique, mais comme celle qui en connaît les souffrances, et en témoigne au ras du sable, du point de vue humain, avec cœur. Ses trois albums, chantés en hassaniya ou en espagnol, lancent de puissants blues qui puisent autant aux sources maliennes du genre, qu’à l’arabo-andalou ou aux musiques berbères du Sahara. Sa voix, chargée d’histoire, transmet la nostalgie et l’espoir d’une terre toujours promise, jamais encore (re)trouvée. Avec grâce, et la poésie imagée dont les peuples du Sahara sont les rois.

    Elle avait donc toute sa place au festival Les Arabofolies. Las, même si les organisateurs et l’Institut du monde arabe n’ont guère voulu répondre sur ce point, la seule explication viable reste celle d’une pression des mécènes marocains de l’institution. On comprend la déception profonde, à l’époque, de la chanteuse, qui expliquait à RFI : « Cela m’a surprise et cela a surpris beaucoup de gens, parce qu’on parle d’une institution publique française et on parle d’un pays qui est l’un des piliers de la démocratie en Europe. Et cela m’a surprise qu’une institution de ce calibre puisse céder à des pressions politiques étrangères alors que l’Institut s’occupe de programmation culturelle. »

    Quand la politique se met à intervenir dans l’art, cela ne donne jamais rien de bon rappelait en son temps Miriam Makeba, autre icône féminine de la résistance. Les jaloux n’ont qu’à maigrir, vendredi 26 avril à Paris, Aziza Brahim fera entendre, et sans entrave, le chant du sable (El canto de la arena) ou celui du fils des nuages (Hijo de las nubes) de son Sahara. Et parce qu’en dehors de tout cela, elle est une grande artiste, il ne faut surtout pas la rater.

    D’ailleurs, PAM vous fait gagner des places.

    Écouter Abbar el Hamada ici

    Source: Panafrican Music, 19 avr 2019

    Tags : Sahara Occidental, Maroc, Front Polisario, musique, blues, Aziza Brahim,

  • Mouad Belghawat : « Le Maroc est comme une grande prison »

    Propos recueillis par Jérémie Berthuin (AL Gard)

    Mouad Belghawat, la trentaine, est un rappeur renommé de la scène alternative marocaine. Militant libertaire, il est connu sous son nom d’artiste, Lhaqued. Figure de proue du Mouvement du 20 février, qui fleurit en 2011, de concert avec le Printemps arabe, il s’est exilé en Belgique.

    Alternative Libertaire : Quelles sont les raisons qui t’ont poussé à l’exil?

    Mouad Belghawat : J’ai fait plusieurs séjours en prison à cause de mes textes. Je suis arrivé en Belgique en 2015. A l’occasion d’un concert à Bruxelles, mon frère m’a appelé pour me dire que la police était venue chez moi pour me remettre une convocation au commissariat central de Casablanca. La perspective d’être arrêté, à mon retour, dès mon arrivée à l’aéroport, et d’être de nouveau jeté en prison, m’a poussé à demander l’exil politique en Belgique. Dans le Mouvement du 20 Février, j’étais un des initiateurs des manifestations sur Casablanca. Je m’impliquais, avant tout, dans la commission « création » pour dessiner des banderoles, faire des graffitis revendicatifs dans les rues et surtout inventer des chansons pour les cortèges.

    Peux-tu parler de tes séjours en prison ?

    J’ai fait deux ans de prison ­entre 2011 et 2014. La première fois, quatre mois, la seconde plus d’un an et la troisième fois de nouveau quatre mois. Au cours de ces incarcérations, j’ai eu la chance d’être relativement bien traité. Une campagne était menée dans tout le pays pour demander ma libération. Au niveau international, de nombreux artistes et rappeurs militants parlaient de moi. Tout ce battage autour de ma détention a fait que le régime marchait sur des œufs. Et ce d’autant que dans la prison, les autres prisonniers me connaissaient et me soutenaient. D’autres camarades moins connu-e-s que moi n’ont pas eu cette chance. En prison, ils et elles ont été torturé.es.

    Quand tu discutes avec des ami-e-s militant-e-s qui ont connu les « années de plomb » sous Hassan II, dans les années 70 et 80, comment juges-tu l’évolution des pratiques autoritaires du régime de Mohamed VI ?

    Aujourd’hui, avec l’usage des téléphones portables, on peut filmer les violences policières. Le régime fait donc plus attention. Mohamed VI est soucieux de son image à l’étranger, lui qui se prétend le « Roi des pauvres ». La révolte dans le Rif montre, pourtant, que la répression existe toujours. Plus de 400 personnes ont été arrêtées, torturées. Parmi les détenu.es : des enfants de 13 ans à peine.

    Peux-tu nous parler un peu de la scène rap au Maroc ?

    Celle-ci est née au début des années 1990. Très revendicatif, dans les années 2000, le régime a compris qu’il se devait de la domestiquer. Le pouvoir a acheté de nombreux rappeurs en leur proposant des contrats mirobolants et des facilités pour passer à la télévision ou à la radio, à condition d’édulcorer les textes de leurs chansons. De cette trahison est apparu l’autre rap. Celui de la rue qui crie sa colère contre les injustices, critique le système. Parmi les chanteurs connus de ce Rap conscient, il y a Orlando, Medhi Black Wind, par exemple. Pour les concerts, par contre, c’est compliqué. Je ne pouvais, par exemple, pas monter sur scène. La police interdisait systématiquement mes concerts. Ce fut le cas en 2014. On avait réservé une grande salle à Casablanca. La police était venue la veille sur les lieux, avait cassé notre matériel, coupé le courant. Ma scène, c’était, en fait, les manifestations. Là, au milieu de la foule, la police n’osait rien faire ! Je montais, par contre, sur scène quand je me produisais à l’étranger. Il y a quelques années, à l’occasion d’un festival, à Londres, défendant la liberté d’expression, j’avais gagné un prix. Cela m’a fait connaître et m’a permis de jouer en Scandinavie, en France, en Hollande mais aussi en Jordanie.

    L’intérêt dans le monde des musiques revendicatives et alternatives, c’est de jeter des ponts entre différents styles. Existe-t-il, par exemple, des liens au Maroc entre cette branche consciente du rap et la scène punk ?

    Tous les ans depuis trois 2015, le festival de Hardzazat dans le sud marocain réunit plusieurs centaines de personnes qui ne se reconnaissent pas dans le système. Dans ce cadre : graffeurs, acteurs et actrices de théâtre de rue, rappeurs et groupes punk, hardcore et ska se mélangent et jouent ensemble. Les musiques sont différentes mais la rage est la même. Le problème, c’est que cet espace de liberté est mis à mal. L’an passé, la police est intervenue sur le lieu du festival pour l’interdire. Les organisateurs et organisatrices avaient dû trouver, au dernier moment, un lieu alternatif pour qu’il se tienne, à la sortie de Ouarzazate. Cette année encore, le maire de la ville a, d’ores et déjà, annoncé sa volonté de l’interdire.

    Le mot de la fin, Mouad ?

    La jeunesse marocaine vit une situation terrible. Il n’y a pas de possibilité pour elle de s’exprimer. Cette absence de liberté mais, aussi, une vie faite de précarité et de misère, poussent les jeunes à s’enfuir en Europe. Le Maroc est comme une grande prison. En même temps, la jeunesse est vivante. Il y a deux mois, on a fêté l’anniversaire du Mouvement du 20 Février. Et dans toutes les villes du Maroc, le peuple et la jeunesse sont sortis dans la rue. Cela prouve que la colère demeure et qu’elle ne demande, malgré la répression, qu’à exploser. Les raisons de se révolter existent toujours.

    Alternative Libertaire, avril 2018

    Tags : Maroc, Mouad Belghawat, jeunesse, rap, musique,