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  • Wikileaks : Le Palais Royal au sommet de la corruption au Maroc, d’après les États-Unis

    Marruecos, la corrupción y el rey

    Le Palais Royal au sommet de la corruption au Maroc, d’après les États-Unis

    Les diplomates américains décrivent des cas concrets ou les conseillers de Mohamed VI demandent des commissions pour autoriser des projets immobiliers

    EL PAÍS – Madrid – 02/12/2010

    « L’influence et les intérêts commerciaux du roi [Mohamed VI] et de certains de ses conseillers » sont perceptibles « dans chaque grand projet immobilier au Maroc ». Le conseiller commercial des Etats Unis, rattaché au Consulat américain à Casablanca, est arrivé à cette conclusion, en décembre de l’année dernière, après s’être réuni séparément avec des représentants du secteur ayant eu affaire, de près ou de loin, au palais royal.

    Dans une note secrète du 11 décembre de l’année dernière le conseiller commercial signale le nom de ses sources et raconte avec toutes sortes de détails l’histoire d’un homme d’affaires qui, pour le compte d’un consortium international, souhaitait invertir 220 millions de dollars (162 millions d’euros) dans un projet immobilier. Pour ne pas porter préjudice aux sources du conseiller, EL PAÍS omet de donner les noms de ses interlocuteurs et des sociétés mentionnées dans la note américaine.

    L’homme d’affaires obtint un permis de construire du gouverneur de la région où il voulait invertir, mais peu après le palais « l’encouragea vivement » à s’associer avec lui à travers une société appartenant à la famille royale. L’investisseur rejeta la proposition et dut supporter trois mois de paralysie du projet ».

    Au bout d’un moment la société appartenant au palais proposa alors à l’homme d’affaires de lui organiser une visite dans un pays du Golfe Persique ou il avait de nombreux contacts pour essayer d’encourager l’investissement étranger au Maroc. En échange de ce service il serait « le seul propriétaire » de son projet immobilier au Maroc. Il accepta la proposition.

    Corruption

    La délégation marocaine qui voyagea à ce riche pays du Golfe était dirigée par l’un des plus hauts cadres d’une des sociétés appartenant à la famille royale. Lors d’une réunion avec les investisseurs de la place le cadre marocain leur expliqua que seules trois personnes au Maroc étaient habilitées à prendre les décisions sur les grands investissements immobiliers: Fouad Ali el Himma, grand ami du souverain et leader du Parti Authenticité et Modernité (PAM) ; Mounir Majidi, secrétaire particulier de Mohamed VI, et le roi lui-même. « Parler avec quelqu’un d’autre est une perte de temps », leur dit-il. La PAM est le parti qui gagne les dernières élections municipales en juin 2009.

    Après le retour de la délégation au Maroc, la société appartenant au palais reçu des instructions de ses propriétaires de mettre presque complètement en oeuvre l’accord conclu avec l’homme d’affaires qui souhaitait investir au Maroc. Elle ne lui demanda qu’une participation de 5% dans son projet. « Les principales institutions et les procédures de l’Etat marocain sont utilisées par le palais pour faire pression et demander des pots de vin dans le secteur immobilier », déclare un célèbre homme d’affaires au conseiller commercial. « Même si la corruption était pratiquée du temps du roi Hassan II, ces habitudes ont acquis un caractère plus institutionnel avec le roi Mohamed VI ».

    Le conseiller prend ces commentaires pour de l’argent contant dans son rapport. Ils sont étayés par les observations que lui fait un ancien ambassadeur des États-Unis au Maroc « qui continue à avoir des relations étroites avec le palais ». Ce dernier confie au conseiller que certains proches de Mohamed VI font preuve « d’une honteuse gloutonnerie ». « Ce phénomène sape sérieusement la bonne gouvernance que les autorités du Maroc s’efforcent de promouvoir », ajoute-il.

    Entreprises espagnoles

    Même Luís Planas, l’ambassadeur d’Espagne à Rabat pendant les six dernières années (2004-2006), reconnut les difficultés pour investir au Maroc lors d’un déjeuner, en mars 2006, avec Thomas Riley, son homologue américain. Après avoir évoqué le lancement d’un plan espagnol de 200 millions d’euros pour encourager les petites et les moyennes entreprises espagnoles à traverser le Détroit de Gibraltar, Planas expliqua qu’il serait sans doute utile mais il lança aussi un avertissement : A cause de son manque de transparence, le Maroc est un pays qui donne à réfléchir quand il s’agit de faire des affaires.

    La Consulat des États-Unis à Casablanca fut lui aussi victime de la corruption quand il voulut acheter un terrain pour disposer de plus de place, d’après la note qu’il envoya au Département d’État en mars 2008. « Plus de 30 endroits ont été identifiés, mais une vingtaine ont du être enlevés de la liste parce que les vendeurs ne voulaient pas signer un contra légal ». « D’autres ont refusé de vendre car ils attendaient que les prix montent ». « Parmi ceux qui étaient disposés à vendre nombreux étaient ceux qui voulaient de l’argent sous la table (…) ».

    El País, 12 fév 2010

    Tags : Maroc, Wikileaks, palais royal, corruption, immobilier,

  • Maroc : « Lalla Salma, une sorte de Meghan Markle maghrébine » (journal italien)

    Sous le titre de « le Maroc des mystères : qu’est-il arrivé à la cour de Mohammed VI », se demande le journal Dagospia.com en quête de réponse sur le sort de la princesse Lalla Salma qu’il qualifie de « sorte de Meghan Markle maghrébine ».

    Pour le média italien, les scandales du palais se multiplient. Le dernier en date, une histoire de vol de bijoux appartenant au roi du Maroc. « Les bijoux du roi dont une montre Patek Philippe qui coûte 1,2 millions, incrusté de 893 diamants », précise-t-il. « La date du vol n’est pas précisée, la liste des biens volés n’est pas précisée: la presse nationale en parle peu et ce qui se passe au palais – dans les 12 palais du roi Mohammed, cinquième homme le plus riche d’Afrique – reste au palais », a-t-il ajouté.

    Pour le média italien, « il arrive souvent qu’un mystère en rouvre un autre: et ainsi, alerté dès le début du procès des voleurs de la cour – 25 accusés, dont une dame et divers bijoutiers – la presse internationale a repris la question de la princesse consort Lalla Salma, qui n’a pas été vue en public depuis décembre 2017 ».

    D’après Dagospia, le site Afrik.com, «rapporte des rumeurs dans l’entourage du roi sur le « chaos » dans lequel l’absence de Lalla aurait précipité le ménage du palais. Et précisément parmi les «connaissances équivoques» que le roi fréquente en son absence, il y aurait à chercher les «taupes» qui ouvraient la porte aux vulgaires voleurs de rue ».

    Pour lui, « la richesse de Mohammed, roi d’un pays pauvre, les soupçons sur la fin de son mariage, ses voyages fréquents à l’étranger ne font pas bon ménage à l’image du « roi des pauvres » qu’il veut véhiculer auprès de ses sujets ».

    Tags : Maroc, Mohammed VI, Lalla Salma, diamants, bijoux, Pattek Philippe, montres, palais royal,

  • Maroc – Constitution : on n’est pas sortis de l’auberge alaouite

    Lors de son allocution de vendredi soir, le roi du Maroc a planté le décor de la nouvelle charte qui devrait parachever « la construction de l’Etat de droit et des institutions démocratiques ». Un discours historique ? Peut-être. Même si depuis l’avènement sur le trône de Mohamed VI, les « discours historiques » et les proclamations capitales ont eu tendance à se multiplier.

    Une déclaration à un quotidien étranger informant que le conflit du Sahara était réglé, une allocution télévisée annonçant la prétendue découverte de pétrole dans le sud du pays, et maintenant l’annonce d’une nouvelle constitution et de lendemains qui chantent. Premier constat involontaire, après pratiquement 12 ans de règne (trois mandats présidentiels américains), on remarque qu’il est toujours question de « parachèvement » et de « construction » de la démocratie.

    Des avancées, il y en a bien évidemment dans le nouveau texte constitutionnel. L’égalité homme-femme qui sera inscrite dans la loi, le renforcement des attributs de la cour des comptes (dont le dernier rapport nous a révélé qu’il y avait beaucoup de voleurs à la tête des administrations publiques) et la protection, voilée, de la liberté de conscience. Un joli pied de nez au Parti de la justice et du développement (PJD) d’Abdelillah Benkirane, l’ex-militant radical de la Chabiba islamiya devenu ces derniers mois, comme tant d’autres ex mordus des extrêmes, plus royaliste que le roi.

    Le tamazight, la langue ancestrale des Marocains, devient langue officielle. Le souverain a mis fin au folklore de la langue « nationale », qui n’avait aucune validité juridique et n’était pas contraignante. Mais il y a tout de même un léger doute quant à sa mise en place. Le roi a prévenu que « son officialisation effective devra s’inscrire dans un processus graduel ». Qu’est-ce que cela signifie ? Qu’il faudrait attendre qu’une nouvelle génération émerge des écoles bilingues où le tamazight, qui n’est toujours pas unifié linguistiquement, serait enseigné.

    Autre avancée concrète, l’interdiction de la transhumance parlementaire. Cette pratique, qui était pourtant interdite, a bénéficié avant tout ces dernières années à un certain Fouad Ali El Himma, l’« ami du roi » et fondateur du « parti du roi », le Parti de l’authenticité et de la modernité (PAM), qui a débauché pratiquement tous les parlementaires de sa formation politique.

    En ce qui concerne la diaspora marocaine à l’étranger, le nouveau texte évoque généreusement une « représentation parlementaire » pour les Marocains de l’étranger, mais Mohamed VI a immédiatement souligné que celle-ci serait effective « dès que la formule démocratique y afférente aura muri ». C’est-à-dire qu’elle est renvoyée aux calendes grecques.

    Par contre, la consécration dans le projet de constitution de « tous les droits de l’homme, notamment la présomption d’innocence, la garantie des conditions d’un procès équitable, la criminalisation de la torture, des disparitions forcées, de la détention arbitraire et de toutes les formes de discrimination et des pratiques humiliantes pour la dignité humaine », sonne évidemment faux.

    Car comme Hassan II, mais dans une moindre mesure, Mohamed VI possède aussi son petit jardin secret (le centre de détention clandestin de Témara) et ses petites années de plomb faites de disparitions forcées, de séquestrations et de tortures, le tout dans une mer de « pratiques humiliantes ». Est-ce que c’est sûr qu’avec un nouveau texte on puisse changer de mentalité ? Pas si sûr.

    La violente répression du mouvement du 20 février, qui a été la cause première de la mort de Kamal Ammari à Safi, a mis en évidence que les réflexes d’antan n’ont pas disparu. Pour preuve, quand Mohamed VI explique que la nouvelle constitution garantit « la liberté de la presse, d’expression et d’opinion, et le droit d’accès à l’information », il semble oublier qu’il vient d’envoyer en prison l’un de ses plus fidèles journalistes qui a eu le malheur de critiquer les méthodes de ses services secrets et a révélé une affaire de corruption impliquant son « ami » El Himma.

    Quant aux nouveaux pouvoirs du premier ministre, s’ils sont réels, il faut dire sans ambages qu’on en attendait plus. Certes, le premier ministre, qui sera issu des urnes devient « chef du gouvernement » et aura des pouvoirs renforcés comme de proposer ses ministres et de mettre fin à leurs fonctions, ainsi que nommer par décret ses hauts fonctionnaires. Mais, le roi continue de présider le conseil des ministres dont les pouvoirs de décision sont autrement plus amples et plus importants que ceux du conseil de gouvernement.

    Le roi garde aussi, mais ce n’est pas une surprise, la haute main sur les nominations dites sensibles. Ainsi, si le chef du gouvernement, qui n’aura aucune autorité sur l’élément militaire, paramilitaire ou policier pourra « choisir » les noms des walis, gouverneurs et ambassadeurs (c’est-à-dire les cadres issus des ministères de l’intérieur et des affaires étrangères) ces derniers devraient être « nommés » par le roi. Un nom qui déplait au souverain, dont on connait la rancune tenace, et c’est la trappe.

    Même chose pour les responsables des« administrations de la sécurité intérieure et des institutions nationales stratégiques », en clair la Direction générale de la sûreté nationale (DGSN), la Direction générale de la sécurité du territoire (DGST ou DST, la principale police politique), et la Direction générale des études et de la documentation (DGED) dont l’actuel patron, Mohamed Yassine Mansouri, est un autre « ami du roi ». Il est plus que probable que les noms des titulaires de ces postes seront soufflés au premier ministre par le cabinet royal. Car la sécurité et les forces armées vont rester entre les mains du roi. « Etant entendu que la nomination à des postes militaires demeure de la compétence exclusive et régalienne du roi, chef suprême, chef d’Etat-major général des Forces armées royales » prévient-il.

    Pour boucler la boucle, il y aura bien, comme l’avait annoncé Demain, un « Conseil supérieur de la sécurité », dont le but sera de coordonner les différents corps sécuritaires. En somme de contrôler la force armée. Au cas où…

    L’indépendance du pouvoir judiciaire vis-à-vis des pouvoirs exécutif et législatif sera consacrée, dit-on. Mais n’est-ce pas le cas avec l’actuelle constitution ? Même chose pour la « pénalisation constitutionnelle » de toute ingérence de l’autorité, de l’argent ou de tout autre forme de pression, dans les affaires de justice, dont les principaux bénéficiaires ces dernières années ont été des proches du pouvoir. Et ceux qui s’y sont opposés ont été éloignés de leurs postes ou expulsés de la magistrature.

    Demandez au juge Jaâfar Hassoun pourquoi il a été expulsé de la magistrature. Pour avoir informé un journaliste des prochaines nominations décidées par le conseil supérieur de la magistrature dont il était membre, pourrait nous répondre vigoureusement le ministre de la justice, Mohamed Naciri. Pour avoir été le premier juge marocain à avoir eu le courage de s’opposer au PAM dans une affaire d’élections truquées à Marrakech, devrait-on lui rétorquer.

    Mais enfin, nous dira-t-on, le roi n’est plus sacré, c’est une extraordinaire avancée. Quelle divine surprise ! Il a fallu attendre 2011 pour que l’être marocain se rende compte enfin qu’un homme, tout roi qu’il est, ne peut être sacré. Ne peut être comparé à dieu. Disons alors que jusqu’en 2011 nous étions des arriérés consentants et qu’en 2011 nous nous sommes rendus compte que nous avons été des arriérés consentants.

    Et pour ceux qui croient que nous sommes sortis de la monarchie exécutive dont l’un des fondements réside dans la religion, il faut signaler que Mohamed VI reste le « commandeur des croyants ». Ce n’est certes pas du Ali Khamenei, l’actuel guide suprême de la révolution islamique en Iran, pays avec lequel le Maroc a rompu ses relations pour marquer sa différence, mais cela lui ressemble fort.

    Enfin, pour ne pas faire trop dans la critique, on ne peut que saluer la « constitutionnalisation du Conseil de la concurrence et de l’Instance nationale de la probité et de lutte contre la corruption », en espérant que ces deux organismes vont avoir maintenant suffisamment de courage pour s’opposer à la concurrence déloyale et hégémonique de la SNI (Société nationale d’investissement), dont le capital est détenu à plus de 60% par la famille royale et dont le principal dirigeant, Hassan Bouhamou, a été accusé de corruption devant un tribunal américain.

    Dernière remarque. La preuve que les choses ne vont pas tellement changer avec la nouvelle charte a été faite vendredi dernier, tout de suite après le discours royal. Immédiatement après que le roi ait demandé solennellement à ses sujets de voter « oui » au référendum, des milliers de marocains, officiellement de manière spontanée, mais en réalité fortement encadrés par des fonctionnaires de l’administration caïdale et quelques partis politiques, se sont jetés dans la rue pour proclamer leur adhésion à un texte dont ils n’ont pourtant que sommairement pris connaissance.

    Dans leur hâte à crier « vive le roi ! » et à proclamer éternelle fidélité à la monarchie, ces fidèles téléguidés ne s’étaient pas rendus compte que lors de son allocution télévisée le roi avait commis un léger lapsus en parlant de « constitution imposée ».

    En résumé, et en trois quatre mots, c’est pas la nouvelle constitution qui va nous sortir de l’auberge alaouite.

    Demain Online

    Tags : Maroc, Makhzen, Mohammed VI, monarchie alaouite, palais royal,

  • Maroc : Les secrets du cabinet royal

    Par Souleïman Bencheikh

    Conseillers, analystes, stratèges : ils forment un gouvernement de l’ombre au service exclusif de Mohammed VI. Qui sont-ils ? à quoi servent-ils ? TelQuel perce le secret.

    Le cabinet royal alimente les rumeurs. On sait depuis toujours que la proximité du roi, entourée de mystère, fait des bavards. Elle alimente aussi les passions. A mesure que l’équipe de choc de Mohammed VI grossit, à mesure qu’elle vole la vedette au gouvernement, les mécontentements affleurent. Le sens commun met dans le même sac un Fouad Ali El Himma, dépêché au chevet de la scène politique, et des conseillers royaux mis à contribution pour la formation du gouvernement. Le résultat est le même : c’est l’oreille du roi qui fait droit. Les proches de Mohammed VI sont ainsi crédités d’un pouvoir immense, celui de faire et défaire les carrières, de lancer ou bloquer des réformes, au gré de leur influence. Mais derrière les quelques conseillers du roi, c’est toute une équipe qui travaille dans l’ombre, recrutée avec soin.

    Chasseur de têtes

    Avril 2007, dans les couloirs des grandes écoles parisiennes, la rumeur bruisse. Le petit monde des étudiants marocains est en ébullition, mais seuls quelques rares initiés se passent le mot : “Tu sais que le cabinet royal recrute ? ça t’intéresse ?” Profil recherché : un jeune bardé de diplômes, à la discrétion éprouvée et, bien entendu, monarchiste convaincu. Finalement, l’heureuse élue est une jeune femme de 25 ans, diplômée d’une prestigieuse école de commerce parisienne, riche d’une expérience de quelques mois en banque d’affaires. Pour son premier job au Maroc, Zineb a ainsi rejoint au cabinet royal une équipe permanente de 25 chargés de mission. Autour d’elle, des profils un peu plus traditionnels : beaucoup d’hommes, 45-50 ans en moyenne, qui ont souvent bourlingué avant d’atterrir dans le saint des saints.Yassine, la cinquantaine bien trempée, était chargé du recrutement de la perle rare. Il ne cache pas sa satisfaction : “J’avais un cahier des charges très clair. Au cabinet, nous avons besoin de profils d’excellence, des jeunes gens capables de sacrifier pour un temps leur vie de famille”. A l’entendre, travailler au cabinet royal serait un sacerdoce : “Beaucoup d’entre nous pourraient gagner bien plus dans le privé. Ce qui est intéressant dans ce boulot, c’est le sentiment de travailler sur des dossiers essentiels pour le pays”. Il ne compte plus les heures passées au bureau, les coups de fil tardifs, les déplacements de dernière minute… Mais en quelques années passées au cabinet, ce travailleur de l’ombre, sans doute une des têtes les mieux faites du royaume, a gagné en assurance : poignées de main par-ci, sourires par-là, Yassine est exactement à sa place. Même s’il n’a pas toujours le temps pour savourer : dans l’entourage du roi, nous explique-t-on, il n’y aurait guère de place pour l’autosatisfaction mal placée, on ne cherche que des profils discrets, souvent rbatis ou fassis, rarement casablancais. Petite berline (noire de préférence), costume sombre et ton mesuré, les membres du cabinet évitent de trop s’afficher. L’un d’eux confirme : “Nous évitons les profils hauts en couleur. En fait, nous avons deux mots d’ordre : retenue et sobriété. D’ailleurs, le cabinet royal ne fait rêver que parce qu’il est mystérieux. A l’intérieur, il n’y a rien de vraiment épatant”.Il n’empêche que, pour le commun des mortels, le cabinet, toujours associé au palais et à la cour, reste fascinant. Nombreux sont les petits ambitieux qui font courir le bruit qu’ils ont leurs entrées dans le cercle des collaborateurs du roi. Yassine sourit et concède : “Cette fascination m’amuse, oui, j’avoue”.

    Dans l’antre du loup

    La liste des membres du cabinet royal est pourtant connue, puisqu’ils sont nommés par dahir. Outre les six conseillers directement rattachés à Mohammed VI, on compte une grosse vingtaine de chargés de mission dont la hiérarchie est fixée par le roi. Restent les collaborateurs à temps partiel, qui sont souvent détachés auprès du cabinet par d’autres ministères. Ils seraient ainsi 100 à 150 cabinards à être concernés. A leur tête, Mohamed Rochdi Chraïbi, ami d’enfance du roi, joue le rôle officieux de directeur. Mais dans les faits, chaque conseiller a son équipe, plus ou moins étoffée.Abdelaziz Meziane Belfkih et Zoulikha Nasri sont les mieux lotis, peut-être parce qu’ils sont aussi les plus actifs ou, du moins, les plus visibles. Le premier a en charge des dossiers essentiels, avec plus ou moins de réussite. Il est par exemple fier d’avoir planché sur la réalisation du port de Tanger Med. Mais, concernant la question amazighe ou la réforme de l’enseignement, Meziane Belfkih n’a pas encore tiré son épingle du jeu. Zoulikha Nasri, venue du monde de l’assurance, s’occupe quant à elle des questions sociales. Elle chapeaute pour le compte du roi la fondation Mohammed V pour la solidarité. Dans une moindre mesure, Mohamed Moâtassim a aussi son domaine d’influence, lié à la politique. Réputé proche de Fouad Ali El Himma, il a participé à la formation du dernier gouvernement avant d’être épaulé par Meziane Belfkih. André Azoulay occupe une place à part. Conseiller depuis 1991, il a longtemps été très proche de Hassan II et du prince héritier, avant de perdre du terrain sous Mohammed VI. Il garde la haute main sur le festival gnawa d’Essaouira, ville dont il est natif, et reste indispensable pour son réseau international et ses amitiés américaines. Il est aujourd’hui le VRP du régime, constamment en déplacement, mais peu souvent aux côtés du roi. Les deux autres conseillers, Omar Kabbaj et Abbès Jirari, occupent pour le moment une place marginale dans l’entourage du roi.Car, dans l’antre du loup, les places sont chères. “Tout est question de positionnement. Il faut savoir ficeler un dossier car rien ne nous échoit par hasard. Avant qu’un conseiller prenne la charge d’un dossier, il doit se battre en amont”, explique ce proche du sérail. Tout serait ainsi question de forme plus que de fond, d’approche et de calcul plus que de courage et de sincérité. Déjà, Hassan II, en son temps, avait prévenu : “Les conseillers sont des collaborateurs dévoués qui me sont proches et me tiennent compagnie (…) ceux que je peux sans gêne recevoir même dans ma chambre à coucher, quand je suis encore au lit”. Le conseiller doit ainsi avoir toutes les qualités du bon courtisan (avoir de la conversation, savoir plaire au roi) sans forcément avoir un domaine de compétence spécifique. Sous Mohammed VI, le rôle et la place des conseillers au sein de la cour ont sans aucun doute évolué, ne serait-ce que parce que la plupart sont entrés au cabinet du temps de Hassan II et, à ce titre, ne font pas partie du cercle resserré des amis du roi, composé pour l’essentiel de ses camarades du Collège royal. Mohammed VI a ainsi changé quelques unes des habitudes du cabinet. Alors que Hassan II lisait ses discours dans leur première version, arabophone, les collaborateurs de son fils lui préparent un texte en français qui est ensuite traduit. L’intérêt est de dégager des idées fortes, des slogans qui se veulent fédérateurs, comme “monarchie exécutive” et “monarchie citoyenne”. “Les arabophones du cabinet royal ne peuvent pas penser à ce type de mots d’ordre”, s’amuse, un brin cynique, un chargé de mission.

    Gouvernement de l’ombre

    “C’est avec Hassan II que le cabinet royal a pris l’allure d’un shadow cabinet surveillant étroitement les activités du gouvernement, mais au début, il n’avait qu’un rôle réduit et officieux qui se limitait aux conseils et aux informations donnés par une poignée de collaborateurs discrets à un roi encore mal assuré dans ses nouvelles fonctions de chef de l’Etat”, écrit John Waterbury dans Le commandeur des croyants, la monarchie marocaine et son élite. (PUF, 1975). Historiquement, ce “shadow cabinet” est créé en 1950, sous la dénomination “cabinet impérial”. Le 7 décembre 1955, un dahir fixe sa composition : un directeur général, un directeur, un chef de cabinet, un conseiller et huit attachés. Soit 12 personnes, loin de la trentaine de membres permanents actuels. La chaîne des responsabilités est alors presque cartésienne, très hiérarchisée et le cabinet a alors toujours un animateur principal, un leader avéré. Dans les années 1960, le conseiller royal Ahmed Reda Guédira a ainsi cristallisé la rancœur des politiques, notamment parce qu’il était omniprésent sur la scène politique et médiatique. Même ses confrères au cabinet royal, à l’image de Abdelhadi Boutaleb, ne se sont pas privés de dénoncer (post mortem) sa propension à marcher sur les terres d’autrui.Mais sous Hassan II, le cabinet n’était pas encore ce qu’il est devenu. “Baptisé par les Rbatis le “garage”, ou la “pépinière”, le cabinet royal est une gare de transit entre deux ministères, pour les personnalités du régime”, écrivait Cubertafond en 1975. Mais depuis les années 1990, il n’est plus un point de chute, il est au contraire devenu l’aboutissement d’une carrière ministérielle, une sorte de cooptation makhzénienne des élites technocrates. Les gouvernements de Karim Lamrani et Abdellatif Filali ont ainsi permis à certains ministres de s’illustrer aux yeux du roi et d’être ensuite cooptés, à l’instar de Meziane Belfkih ou Omar Kabbaj. Cette évolution vers le recrutement de profils plutôt technocratiques au sein du cabinet royal a de quoi effrayer les milieux politiques. Etudiée à la lumière de la faible attractivité des partis, elle traduit aussi le peu d’estime dans lequel ils sont tenus.Les technocrates devenus conseillers ne constituent pas pour autant la première garde rapprochée du roi. Mohammed VI a un cercle d’amis dont ne font pas forcément partie les conseillers. Au premier rang desquels Mustapha Mansouri, patron de la DGED, Fouad Ali El Himma, et Mounir Majidi, secrétaire particulier. Rochdi Chraïbi peut, lui, être considéré comme la tête de pont du “groupe des amis” au sein du cabinet royal.

    L’Etat, c’est le roi

    La confusion entre ce qui relève des aspects privés de la monarchie (les amitiés et les affaires du roi) et ce qui a trait à l’intérêt commun (réformes, investissements) est une constante historique. Les va-et-vient sont ainsi incessants entre le secrétariat particulier (qui gère la fortune de Mohammed VI) et le cabinet (qui s’occupe des dossiers du roi), y compris des flux de numéraire. Le budget du cabinet royal est de ce point de vue intéressant : il n’est tout simplement pas du domaine public, noyé dans les 2,5 milliards de dirhams qu’engloutit chaque année la monarchie. Ceux qui évoquent le démembrement de l’Etat par le roi ont notamment à l’esprit la Haute autorité de la communication audiovisuelle (HACA), l’Institut royal de la culture amazighe (IRCAM), le Conseil supérieur de l’enseignement (CSE), et le Conseil consultatif des droits de l’homme (CCDH). Toutes ces administrations, auxquelles il faut ajouter trois fondations, sont rattachées au roi par le biais de ses conseillers et échappent au contrôle du gouvernement. Décision louable, en 2008, les budgets de la HACA et du CCDH sont, pour la première fois, passés sous le contrôle de la primature. Autres preuves de bonnes intentions, le consultant Hicham Chbihi a été chargé jusqu’en 2004 d’une mission de réorganisation du cabinet. Selon une source proche du dossier, les audits effectués à cette occasion n’auraient révélé aucun dysfonctionnement majeur. Les signes annonciateurs d’une plus grande transparence sont bel et bien là, même si l’oreille du roi ne se partagera jamais.

    3 questions à Mohamed Tozy (politologue)

    “Demain la transparence”On parle beaucoup du rôle et de la place des conseillers du roi dans le paysage politique marocain. Empiètent-ils sur les prérogatives du gouvernement ?Aujourd’hui, on ne peut pas dire qu’il y a une administration directe des conseillers royaux sur le gouvernement. Il n’y a pas de substitution formalisée. Par contre, on peut certainement parler d’influence, notamment dans les nominations, car les conseillers maîtrisent les voies de passage vers le roi.Est-ce une nouveauté ?C’est un débat ancien. De 1965 à 1967 par exemple, cabinet royal et gouvernement se confondaient : Hassan II administrait directement le pays. Sous Mohammed VI, la nouveauté, c’est que le rôle des conseillers est plus visible. Ils prennent la parole en public plus souvent et sont donc aussi plus exposés.L’influence des conseillers reste très obscure et le flou règne quant au budget alloué au cabinet royal. Dans ce cadre, peut-on parler de transparence ?Il est vrai qu’à la cour, les cotes montent et descendent très vite, un peu comme à la Bourse. Malgré tout, il y a un début de rationalisation, une forme de permanence qui assure aux conseillers un véritable pouvoir et les protège aussi quelque peu d’une éventuelle disgrâce. Quant au budget du cabinet royal, on ne peut que souhaiter que les dépenses publiques soient soumises aux mêmes contrôles, notamment celui de la Cour des comptes. Ce qui n’est pas encore le cas.

    Plus loin. Sésame, ouvre-toi

    Vitrine de la monarchie ou tombeau de ses secrets, le cabinet royal vit une transition difficile. Il subit de plein fouet la schizophrénie dont souffre le régime. Les conseillers en communication de Mohammed VI vantent les mérites de la transparence et de la bonne gouvernance, semblant rompre avec les pratiques d’un autre règne. Autoritarisme et dirigisme seraient désormais remisés au placard. Mais, dans le même temps, jamais le cabinet royal n’a semblé aussi omniprésent. Ses succès, les dossiers qu’il a ficelés et le crédit qu’il a engrangé auprès du roi mettent en relief les défaillances de l’administration marocaine, abandonnée aux luttes partisanes. Face à des ministres dépassés ou à la recherche de parachutes dorés, les conseillers du roi, dûment financés, avancent leurs pions : nominations, grands investissements et même réformes politiques, peu de choses leur échappent. Mais, pendant qu’on prône la méritocratie, ce sont les mêmes mécanismes de cooptation qui s’affinent et se développent, reposant toujours sur l’allégeance au trône. Alors qu’on loue les mérites de la gouvernance, les circuits décisionnels sont toujours aussi informels, et contournent encore les mécanismes ministériels. La transparence est érigée en dogme, mais le culte du secret perdure : “Le mystère est un attribut du pouvoir”, susurrent les éminences grises du régime. Que valent alors ces mots martelés comme des slogans : gouvernance, transparence, méritocratie, citoyenneté ?Fier des réalisations de son cabinet, mais fidèle à sa longue tradition d’omerta, le régime semble en fait osciller entre désir de montrer et culture du secret. Flash-back. Il y a un an, quelques semaines après la formation du gouvernement El Fassi, les conseillers Mohamed Moâtassim et Abdelaziz Meziane Belfkih montaient au créneau dans la presse pour expliquer leur rôle dans les nominations. Quelques mois plus tard, au moment de la parution du rapport annuel du CSE (Conseil supérieur de l’enseignement), le même Meziane Belfkih endossait sa casquette de président délégué du Conseil pour évaluer l’état de notre système éducatif. Mais, lors de ces deux seuls rendez-vous en un an, la communication des Moustacharine a été désastreuse : interviews de commande dans le premier cas et, dans le deuxième, mauvaise synchronisation médiatique avec le ministère de l’Education. Pour autant, les conseillers ne sont pas inaccessibles : désireux souvent d’apparaître sous leur meilleur jour, les Moustacharine peinent à se départir d’un silence que seul le roi a le pouvoir de briser. Jusqu’à présent bras armé de la “monarchie exécutive”, le cabinet royal ne pourra opérer le virage de la “monarchie citoyenne” sans entrouvrir ses portes.

    Souleïman Bencheikh

    Tel Quel, novembre 2008

    Tags : Maroc, Makhzen, Mohammed VI, palais royal, conseillers, Fouad Al El Himma,

  • Maroc : le « conseiller royal », une « institution » inconstitutionnelle

    Enseignements et conclusions de l’affaire #danielgate

    L’affaire de la grâce royale en faveur de l’espagnol violeur d’enfants est un vrai tournant dans la vie politique au Maroc :

    Cette affaire lève le voile, au moins pour les non avertis, sur le fonctionnement bizarre d’une « institution » non constitutionnelle qui s’appelle « conseiller royal ».

    Les réseaux sociaux démontrent aujourd’hui, qu’une nouvelle forme d’organisation politique est possible loin des élites sclérosées et des organisations dépassées !

    Pour la première fois, des manifestations d’indignés obtiennent l’annulation d’une décision (grâce) royale !

    Pour la deuxième fois, après les manifestations du 20 février et le discours du 9 Mars, le Roi répond directement aux manifestants, sans intermédiaire ni jeu de conseillers !

    Puisque la grâce est un domaine royal, que le roi lui-même s’est dit induit en erreur et n’a pas été informé, il doit présenter ses excuses au peuple marocain, aux victimes en particulier.

    Si l’information sur la guéguerre Himma – Benkirane s’avère vraie, alors ce conseiller royal doit endosser la responsabilité de cette bourde !

    Le chef du gouvernement, Benkirane, est grandement responsable : d’abord politique de s’être effacé durant cette affaire, ensuite et surtout parce qu’il contresigne la décision de grâce !

    Le ministre de la justice doit être tenu pour responsable : il préside la commission de grâce qui, de surcroit, se tient sous sa convocation ! Même dans le cas où cette grâce n’est pas passé par lui (comme le fait savoir les fuites de son ministère et le communiqué des droitsdelhommistes de son parti).

    Le ministre de l’Intérieur doit être tenu responsable pour les violences policières contre le sit-in du Vendredi 2 Aout.

    La seule vraie conclusion : Exiger une réelle monarchie parlementaire!!!

    Source : Des maux à dire, 6 août 2013

    Tags : Maroc, Mohammed VI, conseiller royal, danielgate,  pédophilie, viol, Daniel Galvan, palais royal,

  • Maroc : Lalla Salma dévoile le vrai visage du roi Mohammed VI

    Tous les médias sont unanimes : La princesse Lalla Salma a donné une nouvelle image à la monarchie marocaine. Sa beauté, formation, élégance, style et activités sociales ont contribué a effacer l’image d’une monarchie archaïque dont les femmes du roi étaient invisibles et prisonnières dans le palais royal. Lalla Salma était ambassadrice d’honneur de l’Orgnisation Mondiale de la Santé et présidente de la Fondation Lalla Salma pour le cancer.

    Cependant son effacement de la scène publique et médiatique a laissé un goût amer auprés de tous ceux qui l’ont connue et qui avaient parié pour « une nouvelle ère de la monarchie au Maroc ».

    Après les rumeurs sur sa disparition, elle a été de nouveau aperçue le 10 avril dans le centre oncologique de Beni Mellal. Elle n’a pas eu le droit de l’inaugurer malgré qu’elle était derrière sa construction. Elle a juste posé avec le personnel du centre pour démentir les rumeurs sur son assassinat et annoncer qu’elle est bien vivante. Cette visite a été considérée comme une inauguration parce que c’est la première visite que le centre reçoit depuis la fin de ses travaux.

    Pourquoi autant de mystère autour de l’ex-première dame du Maroc ? Pourquoi le palais royal refuse de communiquer sur le sujet ? Pourquoi Salma Bennani n’a pas le droit à une vie libre et sans contraintes ? Autant der questions qui précisent d’une réponse de la part du souverain marocain.

    Au mois de juillet, la version people du journal El Español avait annoncé, citant des sources proches du palais royal, qu’elle était enfermée dans une zone résidentielle de la capitale marocaine après la nouvelle de son divorce.

    L’histoire de Lalla Salma a mis à nu le vrai visage du roi Mohammed VI et a dévoilé la vérité sur la monarchie marocaine : elle n’a pas fait de progrès dans le traitement des femmes et le palais est toujours sous le poids de la tradition médiévale. La modernité et le changement doivent encore attendre de meilleurs jours.

    Tags : Maroc, Mohammed VI, Lalla Salma, Makhzen, palais royal, divorce, monarchie marocaine,

  • MAROC: Hicham Mandari, l’ennemi venu du palais

    Article sur le sujet paru dans « Le Monde » du 06/09/2004

    L’assassin n’a pas mis de silencieux.

    C’est l’unique dérogation à la sobriété du meurtre, très professionnel, de Hicham Mandari, le 4 août 2004, près de Marbella (Espagne). Dans le dernier quart d’heure avant minuit, ce Marocain de 32 ans tombe face à terre, tué d’une seule balle – calibre 9 mm – tirée à bout portant dans la nuque, du bas vers le haut. Une mort par excès de confiance qui ne ressemble pas à la victime. En cavale depuis six ans, depuis qu’il avait fui le Maroc ou, plus précisément, le palais royal, Hicham Mandari nourrissait une méfiance grandissante envers tout et tout le monde : les galeries marchandes sans issue, les rendez-vous fixés trop longtemps à l’avance, les faux opposants, les gardes du corps « retournés » par les services secrets de son pays, constamment à ses trousses.

    Une tentative d’enlèvement, puis trois tentatives d’assassinat – la dernière, à Paris, dans la nuit du 22 au 23 avril 2003, l’avait envoyé à l’hôpital avec trois balles dans le corps – avaient transformé ce golden boy de la jet-set marocaine. Gonflé de corticoïdes, il marchait avec une canne-épée, claudiquant du pied droit. Mais, dans sa tête, sa fuite en avant s’emballait, la martingale de ses révélations-chantages touchait au va-tout final. Amplifié par l’écho fou dans le parking fermé où s’est produit le crime, le règlement de comptes a été sonore. « Un bruit s’était échappé du méchouar », la cour du palais, commentera, en privé, un grand commis du pouvoir royal marocain. « Il a fait le tour du monde, mais il a été rattrapé. »

    Hicham Mandari embrasse le béton dans le garage no 5 du complexe résidentiel de Molinos de Viento, à Mijas, une localité entre Malaga et Marbella.

    Sous sa chemise arrachée du pantalon, également ouvert, perce le gilet pare-balles léger qu’il s’était habitué à porter. Ce n’était pas une découverte pour son assassin. Celui-ci l’a fouillé pour enlever de la petite boîte noire en plastique que la victime portait cachée sous l’aisselle, une clé parmi des versets du Coran. La police espagnole ne trouve que ces bouts de sainte écriture et, joli pied de nez de quelqu’un qui brassait l’argent comme d’autres l’air, 170 euros. Une misère.

    A quel trésor la clé dérobée donne-t-elle accès ? Ce n’est pas la seule question sans réponse. La Guardia Civil recueillera les témoignages contradictoires de plusieurs habitants. L’un affirme avoir vu « trois Arabes » se disputer, peu avant le crime, sur le trottoir, dehors. Un autre dit avoir aperçu des hommes s’engouffrer dans le parking au moment où en sortait une voiture. Un troisième, un enfant, prétend avoir vu deux hommes s’enfuir du parking, après le coup de feu, puis monter dans une fourgonnette blanche qui les attendait, avec un troisième homme au volant… « On n’a qu’une seule certitude, confie une source proche de l’enquête. Mandari a été tué le jour même de son arrivée en Espagne. En fait, il s’est rendu directement à ce rendez-vous fatal. »

    Mais qui pouvait bien être la connaissance intime qui lui inspirait confiance au point de le faire accéder à l’immeuble par le parking fermé où il a été abattu, sans offrir de résistance, surpris avant d’atteindre l’une des deux portes permettant de monter dans les appartements, dont beaucoup sont loués par des Marocains ? « On va le savoir, et même assez rapidement », assurent les enquêteurs espagnols.

    Ces derniers ont fait preuve d’habileté. Pendant huit jours, ils n’ont pas rendu publique l’identité de la victime, officiellement parce que la police française a tardé, jusqu’au 11 août, à répondre à leur requête lancée, via Interpol, à partir d’une carte téléphonique France Télécom et d’un – faux – permis de conduire italien trouvés sur Mandari. En fait, le ministère de l’intérieur espagnol a attendu jusqu’au 13 août avant de révéler l’assassinat, pour repérer les proches du Marocain et « voir qui allait s’inquiéter de sa disparition ».

    La ruse a permis de remonter jusqu’à un Franco-Algérien domicilié en région parisienne, qui avait fourni à la victime le faux permis italien. C’est lui, aussi, qui avait vu Mandari juste avant son départ en avion, le mercredi 4 août, en fin d’après-midi. « Je vais pour deux jours en Espagne, et peut-être en Italie. Si je reste plus longtemps, tu me rejoins », lui avait-il dit autour d’un café. Geste sans précédent, même s’il ne semblait traduire aucune inquiétude particulière, il lui avait confié l’un de ses téléphones portables et, surtout, son agenda.

    La police espagnole espère trouver dans cet agenda le nom qui manque au rendez-vous avec la mort sur la Costa del Sol. Peine perdue, selon plusieurs proches de Hicham Mandari. « Chez lui, tout était codé », affirment-ils à l’unisson. « C’était un rendez-vous galant, glisse l’un d’eux, sans dire d’où il tient cette information. Hicham allait voir une femme dont il était fou, qu’il couvrait d’or. » Et de citer le nom, très connu, d’une fille de la nomenklatura du royaume, qui, comme tant d’autres, était en effet en vacances à Marbella au début du mois d’août.

    Se non è vero, è ben trovato : l’homme qui devait tout aux femmes, sa jeunesse dorée, son entrée au palais, « son » argent et son butin de secrets, aurait péri par la faute, volontaire ou involontaire, de l’une d’entre elles.

    Le quartier Hassan, à Rabat, dans les années 1980. Fils d’un couple séparé, élevé par sa mère, Sheherazade Mandari, née Fechtali, le jeune Hicham grandit, en fait, au foyer de Hafid Benhachem, futur directeur de la Sécurité nationale, dont les deux fils adoptifs forment avec leur copain un trio inséparable. Jamais à court d’argent, ils sont les premiers à avoir des motos pétaradantes, les premiers aussi à fréquenter la boîte de nuit la plus huppée de la capitale marocaine, le Jefferson, dont Hicham est la star-caïd dès l’âge de 15 ans. S’ensuit une fugue amoureuse qui aurait pu mal se terminer. Hicham ravit Hayat Filali, fille du conservateur du palais royal de Bouznika. Les jeunes amoureux sont rattrapés. En lieu et place du châtiment redouté, ils obtiennent la bénédiction du roi – indispensable aux parents de tous les serviteurs en vue au palais – pour pouvoir s’unir légalement.

    La responsable de ce miracle est une tante de Hayat, Farida Cherkaoui, concubine favorite du souverain, le grand amour de sa vie. C’est elle qui apaise l’orgueil bafoué du père et obtient l’arbitrage du roi. Celui-ci fait même entrer le jeune Hicham dans ses services, comme « chargé de mission » au département de la sécurité que préside Mohamed Médiouri. Hassan II ne se doute pas qu’il provoque ainsi le premier court-circuit qui fera disjoncter le centre névralgique du makhzen, le pouvoir traditionnel au Maroc, fondé sur l’accumulation de richesses – le mot est à l’origine du terme « magasin », en français – et sur des réseaux personnels d’allégeance. Mohamed Médiouri était en effet épris de l’épouse légitime de Hassan II, « la mère des princes ». Il l’épousera après la mort du roi, en 1999, et vit aujourd’hui avec elle entre Versailles et Marrakech.

    Le roi connaissait-il les sentiments de l’homme qui veillait sur sa sécurité ? Nul ne le sait avec certitude. Mais Mandari, lui, n’ignorait rien du secret de son supérieur, sans doute grâce à sa grande amie Farida Cherkaoui. D’ailleurs, il n’était pas à un viol d’intimité près. A peine admis au palais, il commençait à apporter des cadeaux aux femmes du harem, avant de distribuer aux recluses du roi, interdites d’accès au téléphone, des portables, dès que ceux-ci ont été mis en vente au Maroc…

    Un futur chroniqueur de la dynastie chérifienne, vieille de quatorze siècles, devra consigner le nom de Hicham Mandari comme celui de l’homme qui perça les murs épais du palais et éventa les arcanes d’une monarchie de droit divin rendue mortelle par les mœurs humaines, trop humaines, de la famille régnante. Il devra ajouter, s’il est scrupuleux, que le même Hicham Mandari vola son roi, quand celui-ci fut à l’article de la mort, et tenta de faire chanter son fils et successeur, Mohammed VI.

    En trente-huit ans de règne, Hassan II a fait trembler ses sujets, jamais à l’abri d’une arrestation arbitraire, d’un passage à tabac dans un commissariat, d’une séance de torture dans un « point fixe » du réseau parallèle des centres de détention, voire d’une « disparition » ou de l’envoi dans un bagne secret, tel que celui de Tazmamart.

    Mais, à la fin de sa vie, l’autorité du souverain, rongé par la maladie, ne suffisait plus à contenir la rapacité de ses serviteurs les plus proches. Craignant la remise en question de leur rente de situation à l’heure de la succession, ceux-ci se sont mis à piller le palais, à en emporter tout ce qui pouvait l’être : vaisselle, tableaux, tapis et meubles… Or seul Hicham Mandari, grâce aux complicités féminines, mais, aussi, en associant d’autres courtisans au partage, a eu le bras assez long pour atteindre le saint des saints, la chambre servant de coffre-fort au palais de Rabat.

    Qu’a-t-il subtilisé ? Une dizaine de chèques du roi, c’est sûr. Des bijoux de famille, selon certains. Des « documents secrets » et, en particulier, l’inventaire du patrimoine royal placé à l’étranger, selon ses propres dires. Vrai ou faux ? En tout cas, Mandari a fait de cette rumeur, pendant six ans, un moyen de chantage très efficace et un feuilleton médiatique à rebondissements.

    Mais, d’abord, il lui a fallu fuir, quand le secrétaire particulier de Hassan II, Abdelfettah Frej, après un séjour à l’hôpital, a été joint par une banque luxembourgeoise lui demandant d’authentifier le paraphe royal au bas d’un chèque portant sur une forte somme. Quand Hassan II l’a appris, les murs du palais ont tremblé. Cependant, son « chargé de mission » lui a échappé. Prévenu par ses complices bien placés, Hicham Mandari, sa femme Hayat et leur bébé, une fille, ont pu gagner l’étranger, aussitôt pris en chasse par les services secrets marocains.

    « Sa Majesté m’a confié l’enquête sur ces vols », raconte au Monde Driss Basri, qui fut pendant vingt ans l’inamovible ministre de l’intérieur de Hassan II, son « grand vizir » comme on aurait dit du temps du sultanat. « Par déférence pour le roi », Driss Basri n’a pas cherché à savoir ce qui s’était passé à l’intérieur du palais. Mais, dès l’été 1998, spécialement envoyé à Paris pour quérir le concours des autorités françaises, il avait conclu au sérieux de l’affaire. « Je pense que Mandari détenait effectivement trois ou quatre secrets d’Etat. » M. Basri aurait-il livré cette confidence s’il n’était pas lui-même, aujourd’hui, en froid glacial avec Mohammed VI, s’il n’était pas de fait exilé à Paris, sans passeport marocain valable ni titre de séjour en France ?

    Via Paris, Bruxelles et Francfort, Hicham Mandari et sa famille finissent par gagner les Etats-Unis, sur les conseils d’un avocat américain, Me Ivan Stephen Fisher. C’est lui, aussi, qui mènera, à Chicago, des négociations avec des représentants du Maroc, l’ambassadeur à New York, Ahmed Snoussi, le numéro deux du secrétariat particulier de Hassan II, Abdelkarim Bennani, et Driss Benomar, alors au ministère de l’intérieur à Rabat. Un grand cabinet d’avocats à Washington, Zuckerman, est commis pour prodiguer ses conseils au royaume. Dès lors, les quatre fils conducteurs de l’ »affaire Mandari » – les tractations, les chantages par voie de presse, les violences et l’assourdissement judiciaire – ne cesseront plus de s’enchevêtrer, dans une spirale ascendante.

    L’échec du tour de table de Chicago précède de peu la publication, le 6 juin 1999, dans le Washington Post, d’un encart publicitaire dans lequel Mandari s’adresse au roi chérifien. Le fugitif s’y affirme « victime de mensonges », demande la restitution de ses « bijoux » en même temps qu’une « grâce royale », mais prévient aussi, sans détour : « Comprenez, Majesté, que, pour ma défense et celle de mes proches, j’ai préparé des dossiers qui contiennent des informations (…) dommageables pour votre image à travers le monde. » Douze jours plus tard, Mandari fait l’objet d’une tentative d’enlèvement à Miami, en Floride, où il s’est installé. Il en réchappe.

    En juillet 1999, Hassan II meurt. Mais, pour le moins, l’arrivée au pouvoir du prince héritier ne vide pas l’abcès d’un scandale que Mohammed VI s’emploiera également à étouffer par tous les moyens. La présence de Hicham Mandari aux Etats-Unis commence à peser sur les relations entre Rabat et Washington, comme l’atteste une note, datée du 5 août 1999, du Diplomatic Security Service du département d’Etat, qui souligne le « très grand intérêt » que le royaume attache à la récupération de ce ressortissant en situation irrégulière sur le sol américain.

    L’ex-ministre marocain de l’intérieur, Driss Basri, confirme avoir diligenté des démarches officielles auprès du gouvernement américain, sur instruction de Mohammed VI, afin d’obtenir l’extradition de l’ancien courtisan, voleur mué en marchand de secrets. M. Basri se souvient aussi à quel point le dossier des « faux dinars du Bahreïn » – la contrefaçon et la mise en circulation de l’équivalent de 350 millions de dollars, dans laquelle Hicham Mandari est impliqué – a été une aide providentielle pour envoyer le racketteur du roi en prison et, par la même occasion, l’assécher financièrement par le blocage de ses comptes.

    En août 1999, dans le cadre des poursuites engagées contre les faussaires de dinars bahreïnis, Mandari est arrêté aux Etats-Unis. Débute alors, pour lui, la période la plus noire de sa longue épreuve de force avec le trône alaouite. Il va se ruiner en frais d’avocat, en honoraires pour un détective privé, et finira « essoré » par des « amis » qui lui proposent une aide dont il pense ne pas pouvoir se passer. Il restera presque trois ans enfermé dans une cellule de la prison fédérale de Miami, se battant pied à pied pour éviter ce qui aurait été la fin pour lui : son extradition au Maroc.

    Dans ce combat inégal, il se trouve un allié, un autre courtisan tombé du carrosse royal, Ali Bourequat, l’un des trois frères à la double nationalité française et marocaine, qui, pour s’être également mêlés de secrets d’Etat et d’alcôve, avaient été emmurés pendant dix-huit ans dans le bagne-mouroir de Tazmamart. Après leur libération et leur arrivée en France, le 3 janvier 1992, les frères Bourequat, eux aussi, avaient « négocié » avec Hassan II leur silence et obtenu, chacun, 10 millions de francs qu’ils avaient encaissés dans une banque à Genève. Mais c’est son statut de réfugié politique aux Etats-Unis qui rend Ali Bourequat particulièrement précieux pour son compatriote aux abois. Car Ali Bourequat ne s’est pas vu octroyer cette protection, le 31 mars 1995, en raison du calvaire subi au Maroc, mais à la suite de menaces pesant sur lui… en France et dans lesquelles serait impliqué l’ancien ministre de l’intérieur Charles Pasqua !

    En gagnant Ali Bourequat comme « témoin expert » à son procès, Mandari espère bâtir une défense contre son éventuelle extradition vers la France, antichambre d’un renvoi au Maroc, puisque Paris, à la différence de Washington, est lié par un traité d’entraide judiciaire avec Rabat. En effet, c’est la justice française qui a lancé le mandat d’arrêt international en vertu duquel, pour l’affaire des faux dinars, Hicham Mandari a été placé sous écrou extraditionnel.

    Jamais le pouvoir chérifien n’aura été aussi près de faire rendre gorge à Mandari que du temps de sa détention en Floride, entre 1999 et 2002. Parce que ce qui est dur pour le prisonnier est à la limite du supportable pour sa femme Hayat et sa petite fille. Hayat vit à Miami sans papiers et presque sans argent, à la merci de la générosité occasionnelle de proches. Une fois par semaine, elle se rend à la prison – un trajet d’une heure et demie – pour soutenir le moral de son mari. Celui-ci payera mal en retour sa loyauté. Mais, en attendant, le couple fait face au pouvoir royal, qui pense avoir opté pour la bonne stratégie. L’affaire des faux dinars du Bahreïn lui permet, avec l’aide de la France, d’actionner le bras de la justice, sans parler de l’embarrassante effraction au palais de Rabat. Encore que ce transit par la France n’inspire rien qui vaille au roi. « En France, la justice et la presse ne sont plus tenues. On va avoir des problèmes », aurait-il maugréé, selon Driss Basri. C’était bien vu.

    Hicham Mandari mènera grand train à Paris.

    Extradé par les Etats-Unis, en mai 2002, sous réserve que la France ne le livre pas au Maroc (un engagement – public – cependant jamais formellement acté dans le dossier d’instruction), l’homme qui veut faire chanter le roi du Maroc finit par être remis en liberté provisoire et retrouve sa marge de manœuvre, considérable à en juger les résultats : il roule dans des Mercedes 4 × 4 aux vitres fumées, précédé et suivi de ses propres motards, entouré de gardes du corps, avec oreillettes et lunettes noires… Il fait des Champs-Elysées son golden mile, s’installe à demeure dans des hôtels de luxe, distribuant des pourboires faramineux, entretenant toute une cour de Franco-Maghrébins et de Franco-Libanais, de « Tony », le loueur de limousines, à « Amina », qui coiffe et masse le seigneur de l’argent facile.

    D’où lui viennent les sommes considérables qu’il dépense sans compter, entre autres en cadeaux encombrants pour des récipiendaires qui ne lui ont parfois rien demandé ou craignent les « services » qu’ils auront un jour à rendre à leur munificent bienfaiteur ? De son temps de missi dominici au palais chérifien, Hicham Mandari a gardé de lucratives relations, de sincères amitiés comme des liens plus interlopes, les deux n’étant d’ailleurs pas exclusifs.

    C’est ce qu’illustre l’affaire des « faux dinars du Bahreïn ». Lié au prince héritier bahreïni de l’époque, entre-temps devenu roi dans son émirat, Mandari fréquente également un Zaïrois proche de la famille de feu le maréchal Mobutu, Richard Mwamaba, qui songe à une variante d’un tour de passe-passe inventé par l’ancien maître de Kinshasa. Celui-ci fit imprimer, à l’étranger, des « double séries » de sa monnaie non convertible, alimentant ainsi l’hyperinflation, mais, aussi, sa cour, son armée, ses services de sécurité tentaculaires.

    Cette fois, l’idée consiste à imprimer, avec un mandat légal de l’autorité monétaire du Bahreïn, une monnaie convertible : de vrais-faux billets de 20 dinars, en de telles quantités que la mise en circulation devait s’opérer simultanément dans de nombreux pays, les « changeurs » obtenant une commission de 10 pour 100. Huit tonnes de coupures, dont chacune valait environ 50 euros, devaient faire l’affaire de beaucoup de monde, dont des chefs d’Etat… Mandari ne cherchait qu’à encaisser son « courtage », en plaçant, sous sa vraie identité, plusieurs millions de dinars dans des bureaux de change sur les Champs-Elysées et à Beyrouth. Mais c’est ainsi qu’il s’est fait ferrer dans un dossier qui ne devait être, pour lui, qu’une levée de fonds parmi d’autres.

    « Il croyait qu’on pouvait tout acheter, que chacun d’entre nous avait un prix. » Anas Jazouli, demandeur d’asile en France, garde des souvenirs mitigés de son aventure au côté de Mandari. Marocain, ancien organisateur de concours de beauté, en délicatesse à la fois avec les islamistes et avec le pouvoir, il a monté en France l’Association des opposants marocains à l’étranger, qui recrute parmi les jeunes de la banlieue parisienne. « Vous avez besoin d’argent et moi de troupes », lui avait expliqué Mandari, avant de fonder avec lui et un pseudo-opposant vite approché par les services secrets du royaume, le Conseil national des Marocains libres (CNML). C’était en mai 2003, à peine un mois après le second attentat, sur le sol français, contre Mandari, atteint de trois balles, dont une avait failli toucher la moelle épinière.

    Dans ce contexte, le CNML lui sert de sigle à apposer sur des communiqués incendiaires, lui confère une légitimité politique pour publier des interviews-chocs dans la presse espagnole et algérienne, parfois en rémunérant le journaliste. L’été 2003, pour narguer les dignitaires marocains sur leur plage préférée, des « militants » du CNML, une dizaine d’hommes recrutés pour l’occasion, exhibent, à Marbella, des T-shirts portant l’inscription « Le Maroc en danger ! Ensemble, réagissons ! ».

    A la même période, en juin 2003, l’ultime lien qui amarrait Hicham Mandari à un bonheur autre que l’amour de l’argent et la haine du palais se brise : délaissée à Miami, abandonnée avec sa petite fille, Hayat négocie avec le pouvoir royal son retour au pays. Perdant ainsi son dernier centre de gravité, Hicham Mandari sort de l’orbite, plonge dans le vide. Il affirme désormais urbi et orbi être le fils de Hassan II et de sa favorite Farida Cherkaoui, et donc le frère de l’actuel souverain, Mohammed VI.

    La dernière négociation entre l’ »opposant » et le palais sera le bouquet final d’une mauvaise foi partagée. Surnommé dans son pays « le banquier du roi », Othman Benjelloun, président de la Banque marocaine du commerce extérieur et du Groupement professionnel des banques du Maroc, en même temps que patron du groupe de presse qui édite Le Matin du Sahara, le journal officiel du royaume, se déclare victime d’un « chantage » et porte plainte pour « extorsion de fonds » contre Mandari. Ce dernier prétend que son interlocuteur, en mission commandée pour le roi, a tenté de lui racheter ses fameux secrets, de le réduire au silence sous un épais matelas de billets.

    Le fait est que les deux hommes ont déjeuné, le 11 septembre 2003, dans l’un des meilleurs restaurants de Paris. Le banquier a donné à l’ennemi public numéro un du Maroc d’abord 230 000 euros, puis, le lendemain, en l’emmenant dans son jet privé à Genève, 2 millions d’euros de plus, le tout en liquide. Ce n’est que sept jours plus tard, lors du rendez-vous pour un deuxième versement, qu’Othman Benjelloun fait intervenir la brigade de recherches et d’investigations financières, qui arrête Mandari dans un hôtel de la place Vendôme. Il y attend de se faire payer 2,2 millions d’euros supplémentaires par Othman Benjelloun. Celui-ci explique avoir accepté de payer pour préserver sa bonne réputation professionnelle qu’aurait menacé de salir le destinataire de ses fonds…

    Mandari repart en prison.

    Remis en liberté provisoire en janvier 2004, il enfreint le contrôle judiciaire qui lui est imposé en voulant se rendre en Espagne, en voiture. Il est intercepté par la police près de Bordeaux, lors d’un contrôle de routine, auquel il tente de se soustraire en usurpant l’identité d’un membre de la famille royale marocaine. De nouveau incarcéré, il sortira seulement le 15 juillet de la maison d’arrêt de la Santé, à Paris. Il ne lui reste alors que vingt jours à vivre.

    L’épilogue est digne d’un destin d’exception, même si Hicham Mandari ressemblait plutôt à une fleur du mal. « Il était comme une orchidée, opine l’un de ses amis, beau à regarder, mais enraciné dans la boue. » S’étant répandu en confidences sur de prochaines « révélations », il devait annoncer, à Marbella, l’ouverture d’une station de radio-télévision locale émettant en direction du Maroc. Dans un communiqué publié le 2 août, une association marocaine implantée sur la Costa del Sol avait d’ailleurs fait savoir qu’elle ne se laisserait pas embrigader dans ce énième chantage d’apparat. Deux jours plus tard, Mandari s’est écroulé dans le parking de Mijas.

    Qui l’a tué ?

    L’un de ses anciens obligés cite, sans preuve, le nom de « son garde du corps russe », en fait un Caucasien qui lui aurait initialement servi de « protecteur » à la Santé, où Mandari a en effet été sévèrement tabassé par un codétenu, le 8 mai 2004. « Le Russe lui a été mis dans les pattes pour exécuter un contrat. » En admettant que cela soit vrai, qui a été le commanditaire du crime ? Toutes les pistes, aussi crapuleuses, restent ouvertes, même si l’on ne peut qu’être intrigué par un coup de pouce du sort qui a, peut-être, expédié de vie à trépas l’ex-courtisan transformé en « vengeur d’argent », selon l’heureuse expression d’un enquêteur espagnol. Le 27 juillet, Le Journal hebdomadaire, un magazine indépendant édité à Casablanca, a publié une interview fracassante de Mandari et plusieurs articles le concernant, tout un dossier titré – de façon prémonitoire – « Du méchouar à Marbella : l’énigme Mandari ». Y était annoncée, pour le 1er août, « une campagne de communication particulièrement nuisible pour le Maroc ». Mais, surtout, y étaient reproduits, en fac-similé, deux des chèques dérobés au palais de Rabat. Pour la première fois, après tant d’années de vaines menaces, une preuve matérielle du butin secret était ainsi jetée sur la place publique, qui plus est au Maroc. Cette fois, Hicham Mandari allait donc franchir la ligne rouge, commencer à « déstocker ». Tout le monde l’a pensé. Or Le Journal avait omis de préciser que ces fac-similés lui avaient été fournis non pas par Mandari, mais, depuis les Etats-Unis, par Ali Bourequat, auquel l’ancien détenu à Miami les avait confiés dans un moment de désespoir, quand il n’avait plus cru à sa bonne étoile…

    Stephen Smith

    Source

    Tags : Maroc, Hicham Mandari, palais royal, Mohammed VI,

  • Le Palais Royal au sommet de la corruption au Maroc, d’après les États-Unis

    Ignacio Cembrero

    El País, 2/12/2010

    Les diplomates américains décrivent des cas concrets ou les conseillers de Mohamed VI demandent des commissions pour autoriser des projets immobiliers

    « L’influence et les intérêts commerciaux du roi [Mohamed VI] et de certains de ses conseillers » sont perceptibles « dans chaque grand projet immobilier au Maroc ». Le conseiller commercial des Etats Unis, rattaché au Consulat américain à Casablanca, est arrivé à cette conclusion, en décembre de l’année dernière, après s’être réuni séparément avec des représentants du secteur ayant eu affaire, de près ou de loin, au palais royal.

    Dans une note secrète du 11 décembre de l’année dernière le conseiller commercial signale le nom de ses sources et raconte avec toutes sortes de détails l’histoire d’un homme d’affaires qui, pour le compte d’un consortium international, souhaitait invertir 220 millions de dollars (162 millions d’euros) dans un projet immobilier. Pour ne pas porter préjudice aux sources du conseiller, EL PAÍS omet de donner les noms de ses interlocuteurs et des sociétés mentionnées dans la note américaine.

    L’homme d’affaires obtint un permis de construire du gouverneur de la région où il voulait invertir, mais peu après le palais « l’encouragea vivement » à s’associer avec lui à travers une société appartenant à la famille royale. L’investisseur rejeta la proposition et dut supporter trois mois de paralysie du projet ».

    Au bout d’un moment la société appartenant au palais proposa alors à l’homme d’affaires de lui organiser une visite dans un pays du Golfe Persique ou il avait de nombreux contacts pour essayer d’encourager l’investissement étranger au Maroc. En échange de ce service il serait « le seul propriétaire » de son projet immobilier au Maroc. Il accepta la proposition.

    Corruption

    La délégation marocaine qui voyagea à ce riche pays du Golfe était dirigée par l’un des plus hauts cadres d’une des sociétés appartenant à la famille royale. Lors d’une réunion avec les investisseurs de la place le cadre marocain leur expliqua que seules trois personnes au Maroc étaient habilitées à prendre les décisions sur les grands investissements immobiliers: Fouad Ali el Himma, grand ami du souverain et leader du Parti Authenticité et Modernité (PAM) ; Mounir Majidi, secrétaire particulier de Mohamed VI, et le roi lui-même. « Parler avec quelqu’un d’autre est une perte de temps », leur dit-il. La PAM est le parti qui gagne les dernières élections municipales en juin 2009.

    Après le retour de la délégation au Maroc, la société appartenant au palais reçu des instructions de ses propriétaires de mettre presque complètement en oeuvre l’accord conclu avec l’homme d’affaires qui souhaitait investir au Maroc. Elle ne lui demanda qu’une participation de 5% dans son projet. « Les principales institutions et les procédures de l’Etat marocain sont utilisées par le palais pour faire pression et demander des pots de vin dans le secteur immobilier », déclare un célèbre homme d’affaires au conseiller commercial. « Même si la corruption était pratiquée du temps du roi Hassan II, ces habitudes ont acquis un caractère plus institutionnel avec le roi Mohamed VI ».

    Le conseiller prend ces commentaires pour de l’argent contant dans son rapport. Ils sont étayés par les observations que lui fait un ancien ambassadeur des États-Unis au Maroc « qui continue à avoir des relations étroites avec le palais ». Ce dernier confie au conseiller que certains proches de Mohamed VI font preuve « d’une honteuse gloutonnerie ». « Ce phénomène sape sérieusement la bonne gouvernance que les autorités du Maroc s’efforcent de promouvoir », ajoute-il.

    Entreprises espagnoles

    Même Luís Planas, l’ambassadeur d’Espagne à Rabat pendant les six dernières années (2004-2006), reconnut les difficultés pour investir au Maroc lors d’un déjeuner, en mars 2006, avec Thomas Riley, son homologue américain. Après avoir évoqué le lancement d’un plan espagnol de 200 millions d’euros pour encourager les petites et les moyennes entreprises espagnoles à traverser le Détroit de Gibraltar, Planas expliqua qu’il serait sans doute utile mais il lança aussi un avertissement : A cause de son manque de transparence, le Maroc est un pays qui donne à réfléchir quand il s’agit de faire des affaires.

    La Consulat des États-Unis à Casablanca fut lui aussi victime de la corruption quand il voulut acheter un terrain pour disposer de plus de place, d’après la note qu’il envoya au Département d’État en mars 2008. « Plus de 30 endroits ont été identifiés, mais une vingtaine ont du être enlevés de la liste parce que les vendeurs ne voulaient pas signer un contra légal ». « D’autres ont refusé de vendre car ils attendaient que les prix montent ». « Parmi ceux qui étaient disposés à vendre nombreux étaient ceux qui voulaient de l’argent sous la table (…) ».

    Tags : Maroc, Corruption, Wikileaks, palais royal, immobilier, investissement,

  • Maroc : « La question que beaucoup se posent: où est la princesse Lalla Salma? (site suédois)

    La photo floue attribuée à la princesse disparue Lalla Salma n’a pas convaincu la presse internationale. Le site suédois Svensk Dam se pose des questions sur le sort de l’ex-première dame du Maroc.

    Dans un article paru jeudi 11 avril, le site suédois affirme que son absence lors de la visite du Prince Harry y son épouse Meghan a soulevé la question de son sort. La princesse Salma Bennani n’a pas été invité aux grandes cérémonies organisées par Mohammed VI pour honorer ses illustres invités venus du Royaume Uni et d’Espagne.

    A l’instar d’autres médias, la publication signale que, malgré les rumeurs de divorce royal, le tribunal marocain garde le silence sur l’affaire. Il relève que « tout le monde se demande si elle ne vit plus avec son mari et ses enfants, le prince héritier Moulay Hassan et la princesse Lalla Khadija, où est-elle alors? ».

    « Salma Bennani – de son nom de jeune fille avant le mariage – n’était initialement pas particulièrement intéressée par la vie royale. Elle préférait continuer à travailler en tant qu’ingénieur, mais après la naissance en 2003 du premier enfant du couple, le prince héritier Moulay Hassan, elle s’est investie entièrement dans la vie royale », a-t-il signalé.

    Le site remarque que la princesse n’a même pas eu droit à participer dans la fête d’anniversaire de sa fille. « A présent, dite-il, nous ne savons plus si elle aura même des contacts avec ses deux enfants, bien que certaines rumeurs prétendent qu’ils sont toujours en contact. Lorsque sa fille Lalla Khadija a eu 12 ans, la presse marocaine n’a montré que des images du grand frère et du père de la princesse ».

    « Certains médias disent que Lalla Salma a déménagé à l’étranger, peut-être en Grèce, en Italie ou aux États-Unis. Selon d’autres, elle a une maison au Maroc, à Rabat, pour rencontrer plus facilement ses enfants. Elle aurait apparemment une maison parisienne à Neuilly-sur-Seine et aurait une villa dans l’île de Kéa en Grèce, apparemment achetée pour 3,8 millions d’euros. Les journaux français ont rapporté que la maison avait sa propre piscine, 9 salles de bains et un garage au sous-sol afin que les gens puissent aller et venir sans que personne ne puisse les photographier », a-t-il ajouté.

    Svensk Dam rappelle que « récemment, une image floue de ce qui ressemble à la princesse Lalla Salma est apparue sur un compte Twitter. Si c’est le cas, elle peut nous induire en erreur, mais le site Central Royal affirme qu’il s’agit de la femme disparue du roi ». « Est-ce Lalla Salma? La photo est en tout cas prise sur un marché au Maroc, plus précisément à Marrakech, avec sa fille. Ils auraient mangé un morceau ensemble dans un restaurant traditionnel du célèbre marché Djeema el Fna », conclue-t-il.

    Tags : Maroc, Mohammed VI, Lalla Salma, divorce, disparition, palais royal, Lalla Hasna, Lalla Meryem,

  • Qui décide réellement au Maroc ?

    Témoignage par Ahmed Benseddik

    – Ingénieur de l’Ecole Centrale de Paris

    – Ancien directeur général de la station thermale de Moulay Yacoub

    – Initiateur de la commémoration du 1200ème anniversaire de la fondation de la ville de Fès

    Ce témoignage est issu de ma propre expérience avec le roi et le palais avec deux projets d’envergure et d’intérêt national que j’ai conçus et présentés au roi (le premier en mains propres et un autre au cabinet royal). Une fois les projets avortés par son entourage malgré ses instructions, le roi reste silencieux et n’assume pas sa responsabilité.

    J’avais présenté au roi en 2006, qui l’a approuvé, un projet de mise à niveau de Moulay Yacoub, unique station thermale du Maroc, en coopération avec Aix le Bains. Lorsque j’ai révélé que le directeur médical a exercé pendant 12 ans sans autorisation légale et que le bâtiment présente un risque d’effondrement, il fallait étouffer le scandale, avorter le projet (malgré les décisions royales) et m’accuser de manque de respect au Roi. Le nom du roi devient un instrument de vengeance aux mains de son entourage et au diable la santé et la vie des citoyens.

    Le projet des 12 siècles de Fès, avec un budget de 350.000.000 DH s’est transformé en un scandale politico-financier doublé d’un ratage médiatique et une honte historique. Le Haut-Commissaire Mr Saad KETTANI, étranger au monde culturel, est un ex-banquier qui avait vendu Wafabank à la holding royale ONA. Même le chambellan du Roi confirme que ce choix royal est une compensation de prestige. L’intérêt financier privé du roi et son entourage l’a emporté sur l’intérêt national. Pire, Mr KETTANI a ignoré superbement les ordres écrits du roi dont ma nomination en tant que directeur exécutif tout comme il a méprisé la commission nationale décidée par le roi.

    Le roi et le palais ont répondu par le silence et le mépris à ma grève de la faim, mes lettres ouvertes (la dernière date de juillet 2010), à la protestation de la presse, du parlement, des organes de Droits de l’Homme y compris le très royal Conseil Consultatif des Droits de l’Homme. La seule réaction est une menace d’un appel anonyme et nocturne. Je suis encore en vie…

    Bien avant wikileaks, le conseiller royal (très marginalisé) Abbès JIRARI m’a résumé la situation ainsi : « Le Roi est incapable de réparer les injustices commises par les tyrans qui l’entourent ». La majidisation de l’économie et la fouadisation(*) de la politique, orchestrées par le Makhzen plus que par l’Etat moderne, sont les conséquences d’une architecture de gouvernance où les pouvoirs du roi et donc du palais, sont absolus, illimités et sans contrôle et l’appétit de l’argent sans fin. La monarchie, institution à la légitimité historique et à laquelle les Marocains sont attachés en tant que pivot de cohésion et d’équilibre, se trouve menacée par ces dérives paradoxalement royales !!

    (*Majidi : directeur du secrétariat particulier du roi / Fouad Himma : ami du roi.)

    Source : Blog d’Ahmed Benseddik, 4 avril 2013

    Tags : Maroc, Makhzen, Fouad Ali El Himma, Mounir Majidi, palais royal,