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  • Algérie : Fitna chez les frères

    C’est peut-être la première fois que les partisans purs et durs de l’islam politique se retrouvent devant une épreuve décisive qui va renseigner sur leur poids réel dans la société. En appelant à voter « Non» sur le projet de révision de la constitution lors du référendum du 01 novembre prochain, le MSP de Abderrezak Makri et le mouvement Adala d’Abdallah Djaballah prennent un sérieux risque de subir une désaffection populaire si jamais le «Oui» venait à l’emporter majoritairement.

    En choisissant cette option de « légitimer » le processus politique tout en s’opposant à son contenu pour des considérations idéologiques liées entre autres, à la sanctuarisation de Tamazight comme une constante, les « frères », pourraient se voir réduits à leur plus simple expression. Un courant qui prétend être dominant au sein de la société mais qui, dans la vraie vie, est largement surdimensionné.

    Au soir du 1er novembre, cette aile dure de l’islamisme qui a le vent en poupe dans les médias grâce à des chaines de télévision privées friandes des sujets de religion, on en saura un peu plus sur sa «taille» réelle.

    Abderrezak Makri et Abdellah Djaballah et leurs ouailles qui bombent le torse et se prévalent d’êtres les gardiens du temple de novembre et de l’Islam, seront en effet confrontés au verdict des urnes. Un verdict qui risque de leur être fatal en terme de représentativité du fait que les autres partis de la mouvance démocratique et laïque ont quant à eux choisi de boycotter le référendum. Mais le MSP et Adala vont, à leur corps défendant, aider à faire gonfler le taux de participation mais ne réussiront jamais à imposer leur «Non».

    Ceci d’autant plus que leurs frères de sang et de cœur d’El Bina El Watani de Bengrina et d’El Islah de Filali Ghouini ont quant à eux décidé de donner leur onction au projet présidentiel dont ils ne voient aucune «atteinte» à l’identité nationale ni à la religion. Du coup, c’est la fitna au sein de la famille islamiste qui se retrouve comme éclatée entre partisans et adversaires du pouvoir.

    C’est dire que les résultats du référendum, indépendamment de la victoire qui ne fait pas l’ombre d’un doute, auront au moins le mérite de montrer le poids des islamistes qui défient à la fois les partisans du «Oui» et du boycott.

    Imane B.

    L’Est Républicain, 20 oct 2020

    Tags : Algérie, partis islamistes, constitution, référendum,

  • Algérie : Défendons l’authenticité et la modernité

    Les islamistes, même visiblement divisés par rapport à l’attitude à avoir face à la révision de la Constitution, n’en constituent pas moins, pour une partie d’entre eux, un véritable mur qui empêche l’émancipation de la société. L’on aura vu cela dans les attaques frontales de certains de leurs leaders contre la révision de la Constitution.

    Ces offensives ne sont pas destinées à ce qu’on pourrait qualifier d’éventuels déficits en démocratie ou encore en libertés individuelles et collectives, mais en ce que porte la Loi fondamentale comme aspiration légitime à la modernité et à l’authenticité de la société algérienne. On aura compris, à bien entendre les critiques des dirigeants de quelques grands partis islamistes, qu’ils ne veulent pas voir le peuple assumer pleinement ses racines, ni s’ouvrir à l’universalité positive. C’est justement ce que propose la révision constitutionnelle, soumise au référendum, le premier novembre prochain.

    En un mot comme en mille, les tenants de l’islamisme en Algérie veulent forcer la société à se diviser sur des aspects fondamentaux de sa personnalité et à se détourner de toutes les réalisations de l’humanité. Ils entendent maintenir les Algériens sous cloche et les faire sortir de l’histoire.

    Compte tenu des équilibres sociaux et politiques, force est de constater que les leaders de la mouvance islamiste travaillent à constituer une sorte de bipolarité politique qui laisse des miettes à l’expression de l’authenticité et de la modernité. Cette évidente stratégie n’est malheureusement contrée que par le président de la République et ses collaborateurs.

    Les partis de la mouvance démocratique, dont les discours sont aussi contradictoires que leur émiettement sur le terrain, n’ont même pas effleuré la possibilité de constituer une alliance pour défendre l’authenticité et l’aspiration à la modernité des Algériens. Pourtant à voir les scores en terme de voix collectées aux législatifs par quelques partis dits modernistes comme l’ANR, le MPS, l’UFDS et DJil DJadid pour ne citer que les plus actifs lors de la dernière campagne électorale, on pourrait supposer qu’ensemble ils pourraient construire une sorte de minorité active, une opposition qui ne fait pas que de la figuration.

    Bref, une alternative audible au discours islamiste. Il ne leur sera pas demander de cautionner toute la démarche présidentielle, mais la moindre des choses est de sauvegarder l’essentiel de ce qu’est l’Algérie. Les démocrates sont, encore une fois, hors contexte.
    Par Nabil.G.

    Ouest Tribune, 8 oct 2020

    Tags : Algérie, Consitution, Abdelmajid Tebboune, Islam, Islamisme, partis islamistes, religion, Etat laïque, laïcité, 

  • Algérie : Les islamistes paniquent face à la diversité linguistique et culturelle

    Les islamistes sont déprimés. Victimes de leur vision sectaire de la dimension identitaire d’un pays, dont la configuration culturelle et anthropologique plonge ses racines dans l’antiquité, ils ne savent plus à quelle Qibla se prosterner.

    Le débat sur le projet de révision constitutionnelle les a déstabilisés. Et leur propension à se présenter comme les fondés de pouvoir du ciel a pris un tel coup, les forçant à dévoiler leur véritable nature fanatique et intolérante, qu’ils ont essayé de dissimuler pendant des décennies sous un légalisme apparent, que leur a imposé l’attrait du pouvoir, notamment durant le règne de Bouteflika et son clan.

    Leur attitude hostile au statut de Tamazight n’a d’égal que leur désintéressement vis-à-vis des questions essentielles. L’Etat de droit, la séparation des pouvoirs, une justice réellement indépendante, une école désidéologisée et performante semblent être le dernier de leur souci.

    Aussi bien le mouvement el Bina, le MSP ou le FJD, paniquent à l’idée de voir Tamazight accéder au rang de langue nationale et officielle. Abdallah Djaballah, président du FJD, évoque les risques que cela pourrait avoir sur l’unité nationale. Ne prenant même la peine de vérifier l’exactitude des arguments qu’il avance, il affirme en toute assurance qu’ « aucun Etat au monde n’a deux langues officielles. Et pourtant, une simple consultation du Net l’aurait sûrement renseigné sue des pays comme la Belgique, la Suisse, le Canada, le Luxembourg ou la Finlande !

    Des pays prospères, souverains, unis et développés, qui se sont adaptés au multilinguisme et ont même exploité cette situation en leur faveur. La même contre-vérité avait été opposée par le président déchu, dans un discours prononcé à Constantine en 2005. Même son de cloche chez l’association des Ulémas, pour qui « c’est la langue arabe qui s’en trouvera bousculée par la langue locale d’une seule région, ce qui ouvrirait les portes à un conflit linguistique en Algérie ».

    L’association présidée par Abderrazak Guessoum, un transfuge du FIS, n’hésite pas à stigmatiser la Kabylie, sans la nommer, sachant que Tamazight est présente au Hoggar, au Gourara, à Touat, dans les Aurès, du côté de la Saoura et un peu partout ailleurs.

    Promouvoir la culture millénaire de l’ensemble de ces régions, en chargeant des académiciens reconnus pour leur savoir dans le domaine, d’établir un canevas unifié ne mettra pas en péril la cohésion du peuple algérien. Il n’y a qu’à se référer à la guerre de libération nationale pour se convaincre de la fatuité des arguments avancés par les islamistes.

    Ni l’Islam, ni l’arabe ne sont en dangers, comme le pensent Abdelkader Bengrina ou Abderrazak Makri. L’unité nationale est un acquis irréversible.

    De Tébessa à Tindouf et de Tamanrasset à Tlemcen, les Algériens sont conscients de cette réalité. Leur ennemi n’est pas la diversité linguistique et culturelle, mais le sous-développement, la mauvaise gouvernance et les fléaux que cette dernière entraine : l’injustice, l’impunité et la corruption.

    Mohamed. M.

    L’Est Républicain, 7 oct 2020

    Tags : Algérie, partis islamistes, Islam, Islamisme, intégrisme, religion, 

  • Algérie : La révision de la Constitution déchire les partis islamistes

    Divisés entre partisans du oui et du non: La révision de la Constitution déchire les partis islamistes

    Le référendum sur le projet de révision de la Constitution divise les partis politiques islamistes. Certains d’entre eux ont appelé à voter «oui», d’autres ont opté pour la participation mais en votant «non».

    Par Aomar Fekrache

    Le «non» est notamment le cas du Front de la justice et du développement (FJD) de Abdallah Djaballah qui, faute d’arguments politiques, s’est adonné à un exercice dangereux en déversant son fiel sur l’une des constantes nationales. Lors d’une réunion du Medjlis Choura de son parti, Djaballah a exprimé ouvertement son hostilité à l’adoption de deux langues nationales. Autrement, ce chef islamiste, éjecté de deux partis politiques (El Islah et Ennahda) avant qu’il ne créé le FJD, dit voir en la langue tamazight un danger pour «l’unité nationale».

    Le plus grave est que le chef de file du FJD ose se placer en porte- parole des Algériens en se permettant d’affirmer que «cette Constitution n’est pas venue pour satisfaire les revendications du peuple». Lui déniant, unilatéralement, tout consensus avant même le tenue de l’élection, il n’hésitera pas à pousser le bouchon en évoquant une prédominance du courant «laïque» et «éradicateur».

    Même son de cloche de la part du Mouvement de la société pour la paix (MSP), dont le président, Abderrazak Makri, a exprimé des réserves liées à l’identité, à la langue et à la religion. Le MSP ne digère pas que toutes ses propositions n’aient pas été prises en considération. Pourtant, l’Algérie ne se réduit pas au seul point de vue de cette formation politique, en mal de consensus au sein même de sa base. Il y a quelques jours, l’un de ses leaders, à savoir El Hachemi Djaaboub, a rejoint le gouvernement pour occuper le poste de ministre du Travail. Ce qui renseigne, si besoin est, sur une divergence de vues évidente par rapport aux thèses de la direction nationale du parti. Mieux encore, Aboudjerra Soltani, ancien président du MSP et figure influente au sein du parti, a exprimé son soutien à El Hachemi Djaaboub. Ce qui démontre, pour le moins, que les arguments de Makri sont loin d’être partagés par tous les militants.

    Toutefois, les partis d’obédience islamiste ne sont pas tous de l’avis du FJD et du MSP. Bien d’autres formations ont appelé à voter oui pour le projet de révision de la Constitution. Le président du Mouvement El Islah, Filali Ghouini, a affirmé que la révision de la Constitution, soumise à référendum le 1er novembre prochain, «garantira l’édification de l’Algérie nouvelle et consacrera la souveraineté populaire et l’unité nationale».

    Selon lui, la révision constitutionnelle «est une réponse aux revendications légitimes» exprimées par les Algériens lors du Hirak populaire. Il a annoncé que le Conseil consultatif de son parti «a tranché la position du mouvement qui votera en faveur de cet amendement». Il a appelé les Algériens à un «sursaut collectif» à même de faire aboutir le référendum sur la révision constitutionnelle et tous les chantiers de réformes initiés dans différents dossiers politique, économique et social.

    De son côté, la présidente de Tajamoue Amal El Djazaïr (TAJ), Fatma-Zohra Zerouati, qui vient de succéder à Amar Ghoul à la tête du parti, a déclaré que sa formation se focalisera sur la mobilisation pour un vote en faveur du projet de révision de la Constitution, lors du référendum, étant «un jalon essentiel pour l’édification de l’Algérie nouvelle». Zerouati a affirmé que la prochaine étape sera consacrée à la mobilisation pour un vote par «oui» sur le projet de révision de la Constitution, indiquant que le contenu de la nouvelle loi fondamentale «traduit, dans sa majorité, un large consensus qui prend en considération les conditions de l’actuelle Algérie».

    Par ailleurs, le secrétaire général du mouvement En-Nahda, Yazid Benaïcha, a indiqué lors d’une rencontre avec les présidents des bureaux de wilaya, concernant le référendum sur la révision constitutionnelle, que le parti annoncera sa position définitive lors de la session du conseil Echoura.
    A. F.

    Le Jour d’Algérie, 5 oct 2020

    Tags : Algérie, Partis islamistes, Islam, Amar Ghoul, Abdallah Djaballah, El Islah, Ennahda, Mouvement de la société pour la paix, Abderrazak Makri,