Étiquette : présidentielles 2019

  • ALGERIE: VOX POPULI, VOX DEI

    M’hamed Khodja

    Le divorce semble définitivement consommé entre le peuple et ses gouvernants. Si ces derniers se drapent dans les oripeaux d’une Constitution faite sur mesure et qu’ils manient à leur guise pour poursuivre leur feuille de route, les manifestants leur opposent l’éclatante volonté populaire avec un seul mot d’ordre : qu’ils partent tous, « Yetna7aw ga3 » !

    Ce bras de fer ne se suffit-pas de demi-mesures ou de compromis qui ressembleraient plus à des compromissions. Le décalage entre la volonté populaire et la stratégie du « régime » est sans appel, la première forte d’une légitimité unique dans les annales politiques algériennes car unanime et créant le moment fondateur d’un nouveau contrat social, national, populaire et sans exclusive, tandis que le second, relégué par la dynamique des événements qui se succèdent depuis le 22 février, à un pouvoir de fait, un « régime » illégitime qui semble jouer la montre afin de trouver la parade pour se régénérer.

    Le discours du chef d’état-major de l’ANP Ahmed Gaïd Salah, qui s’est positionné d’une manière spectaculaire le 2 avril aux côtés des aspirations populaires, reprenant la phraséologie et les arguments du « hirak », surtout la notion de « clique mafieuse », « 3issaba », a certes précipité la démission de l’ancien président Abdelaziz Bouteflika. Il a surtout donné l’impression d’une communion entre l’institution militaire et le peuple, un retour au slogan « armée-peuple : frères », « Djeïch-Chaab : khawa-khawa ».

    Ce discours était « le » moment fondateur, ou censé tel, d’une compréhension et d’une prise en charge des revendications populaires par la seule institution de l’Etat dont la légitimité a été portée au zénith par le « hirak ». L’intelligence collective qui, a élaboré des revendications simples mais très sophistiquées en termes de représentation et de scénarisation des slogans continue, malgré la démission de Bouteflika, d’exiger le départ des « 4B ».

    Le quatuor Bensalah-Belaïz-Bedoui-Bouchareb, tous, responsables désignés, non issus du suffrage du peuple, doivent, selon la Constitution de 2016, piloter la période post-démission de l’ancien chef de l’Etat jusqu’à l’élection d’un nouveau président durant les 90 jours. Ce que le peuple a évacué d’un revers de main avec le slogan « les 4B : dégage » !

    Et c’est justement là que le décalage entre les attentes des uns et les attitudes des autres s’est installé d’une manière durable. Avec l’application de l’article 102 dans son acception la plus stricte, le peuple algérien, et avec lui son armée, se sont retrouvés comme piégés par une dynamique qui leur impose au moins deux des quatre B ! Ainsi, Abdelkader Bensalah est passé automatiquement de la présidence du sénat à celle de l’Etat. Et conformément à l’article 104, Noureddine Bedoui, le Premier ministre nommé par l’ancien président demeurera en fonction jusqu’à l’élection du successeur de Bouteflika.

    Ahmed Gaïd Salah s’est-il plaint de cet état de fait dans son discours du 10 avril, ou conforte-t-il l’idée que sa préférence va au respect strict des modalités qui découlent de la Constitution ? Peut-être les deux à la fois ! En se conformant à la Constitution, Gaïd Salah déçoit plus qu’il ne conforte le « hirak ».

    Pour Fateh Khenenou, enseignant à l’Ecole nationale supérieure de sciences politiques d’Alger, il y a « une crise de confiance entre le pouvoir en place et le hirak ». Les clés de compréhension de cette crise de confiance sont simples selon notre interlocuteur : « Le pouvoir n’a pas compris qu’il y a transformation dans le processus de légitimation : nous sommes passés de la force de la loi à la force de la rue. Celle-ci refuse les thèses du pouvoir qui se fonde sur le droit constitutionnel pour imposer la solution préconisée par l’article 102. »

    Ainsi, « cette mobilisation sociale, ce hirak populaire, constitue une force sociétale qui s’exprime par millions, ce qui démontre que l’Algérie vit une période de changement social radical. Le peuple refuse de dialoguer avec le pouvoir auquel il récuse la solution de sortie de crise (la constitution actuelle), tout en lui opposant une nouvelle vision qui s’inspire des articles 07 et 08 », précise Fateh Khenenou.

    C’est donc le retour à la notion de peuple, source du pouvoir, qui constitue la pierre d’achoppement dans la crise politique que traverse le pays. Le refus des symboles du pouvoir, passés et/ou présents est consubstantiel à la volonté de changement radical de système politique.

    L’éradication de la « clique mafieuse » est loin d’être une réalité et les mécanismes actuels de sortie de crise tels que proposés par le régime sont perçus plus comme les leviers actifs d’une contre-révolution en marche. Plus qu’un décalage, c’est une rupture historique qui s’opère entre le peuple et ses gouvernants, qualifiés d’illégitimes. Ces derniers feignent d’oublier l’adage qui glorifie le magistère du peuple : Vox Populi, Vox Dei, le voix du Peuple est la voix de Dieu.

    Le Jeune Indépendant, 14 avr 2019

    Tags : Algérie, Présidentielles 2019, Bouteflika, transition, article 102,

  • Algérie : L’ancien ministre de la justice arrêté à la frontière marocaine

    Tayeb Louh, ex ministre de la justice algérien a été arrêté alors qu’il tentait de passer illégalement la frontière marocaine, aidé par des passeurs, selon une information révélée par la presse locale.

    L’ancien garde des sceaux était notamment accompagné du député Mohamed Benhamou.

    Ils ont été arrêtés par les forces de l’ordre, qui ont dû faire usage de leurs armes de service pour dissuader les fuyards de poursuivre leur parcours en dépit des sommations.

    Tayeb Louh aurait préparé sa fuite plusieurs jours à l’avance et aurait été arrêté en compagnie d’un convoi de plusieurs véhicules qui transportaient de très fortes sommes d’argent en euros.

    Depuis le début de la crise politique, les services de sécurité algériens restent en alerte au niveau des frontières pour éviter la disparition de personnalités qui pourraient être tentées de fuir le pays en emportant avec eux l’argent du pays.

    France Maghreb2

    Tags : Algérie, transition, article 102, présidentielles 2019, Tayeb Louh

  • Algérie : Zeroual refuse le deal de Saïd Bouteflika

    Nassim Mecheri

    L’ancien président de la République, Liamine Zeroual, est sorti de son silence en publiant ce mardi une lettre dans laquelle il évoque sa rencontre avec le général à la retraite Mohamed Mediène, alias Toufik, qui lui a proposé de diriger la période de transition.

    L’ex-Président a expliqué dans sa lettre le déroulement de sa rencontre avec l’ex-patron du DRS Mohamed Mediene.

    « Je tiens à cet effet à informer, par devoir de vérité et de transparence, que j’ai reçu ce samedi 30 mars et à sa demande, le général de corps d’armée Mohamed Mediene, qui m’a porté la proposition de présider une instance chargée de la conduite de la transition. Il m’a confirmé que cette proposition avait été faite en accord avec Saïd Bouteflika, conseiller à la présidence de la République ».

    L’ancien chef de l’Etat affirme avoir refusé la proposition du général Toufik. « J’ai fait part à mon interlocuteur de toute ma confiance dans la maturité des millions de manifestants et de la nécessité de ne pas entraver la marche du peuple, redevenu maître de son destin », ajoutant qu’il a toujours décliné toute offre politique depuis plus de 15 ans. « Comme vous le savez , je décline depuis 2004 toutes les sollicitations politiques et j’appelle à chaque fois à organiser une véritable alternance de nature à favoriser l’émergence de nouvelles générations auxquelles j’ai toujours fait confiance et fortement encouragées ».

    Liamine Zeroual a pointé du doigt le système politique algérien qui, selon lui, depuis l’indépendance « n’a pas su être à l’écoute du peuple, se réformer à temps, se moderniser et se hisser à la hauteur des attentes d’un grand peuple qui, le 22 février 2019, n‘a pas raté son rendez-vous avec la démocratie et a réconcilié l’Algérie avec son immense histoire ».

    Concernant le mouvement populaire sans précédent que connaît notre pays depuis le 22 février dernier, l’ancien président de la République a exprimé sa fierté, apportant son soutien aux citoyens. « Je suis interpellé tout comme vous par la force des manifestations populaires, massives et organisées du peuple algérien auxquelles j’ai apporté publiquement mon soutien dès les premiers instants », soulignant l’absence de réponses politiques « à la hauteur de ses légitimes revendications démocratiques ». « Comme tous les Algériens, j’ai ressenti une immense fierté en voyant des millions d’Algériennes et d’Algériens réclamer une Algérie démocratique dans une ferveur et une discipline qui font honneur à la Nation et donnent de l ‘Algérie et de son peuple une image digne de nos aspirations historiques », ajoute-t-il.

    Liamine Zeroual appelle dans sa lettre les tenants du pouvoir à faire preuve de « raison et de discernement et s’élever à la hauteur de notre peuple pour éviter tout dérapage aux conséquences incalculables pour le pays et laisser les Algériens s’exprimer librement et imposer la volonté de notre grand peuple » .

    Pour rappel, l’ancien président de la République s’était opposé à un 4e mandat d’Abdelaziz Bouteflika en 2014, affirmant à l’époque qu’il fallait passer le relais aux jeunes et à la génération des enfants de chouhada. Il avait également critiqué la révision de la Constitution en 2008, notamment l’amendement de son article 74 relatif à la limitation des mandats présidentiels à deux, rappelant l’importance de l’alternance au pouvoir pour consolider la cohésion nationale et instituer les bases structurantes d’une stabilité durable.

    Le Jeune Indépendant, 2 avr 2019

    Tags : Algérie, Présidentielles 2019, Bouteflika, article 102, transition,

  • Algérie : Contribution pour une sortie de crise : Lucidité et légalité

    Le peuple algérien, depuis le 22 février, s’est manifesté pour marquer massivement son opposition à un cinquième mandat du Président de la République et, dans le sillage, des formations politiques ont, notamment, appelé au retrait de la candidature du Président de la République, le report du processus électoral et le départ du gouvernement. Ces exigences, au demeurant partagées par une partie de l’opinion publique, ont reçu une traduction effective, mais partielle, à travers les décisions prises par le Président de la République, portées à l’opinion nationale, par sa lettre du 11 mars 2019.

    Les mesures annoncées ont donné lieu à un rejet global par ceux-là même qui les avaient portées, prétextant l’inconstitutionnalité desdites mesures.

    Le propos n’est pas de jeter l’anathème sur telle ou telle partie, ni de faire douter de leur patriotisme ou de leur sincère volonté d’édifier un régime politique plus à même d’assurer une gestion transparente et efficace des affaires du pays.

    L’objet de la présente initiative est d’examiner les préconisations émises par les uns et les autres, sur un plan légal et, surtout, pratique, et d’émettre des propositions concrètes, et surtout réalistes, pour une sortie de crise. En effet, faut-il souligner que le mouvement citoyen n’est pas aussi homogène qu’il n’y parait ; il est traversé par divers, et parfois fondamentalement opposés, courants politiques et idéologiques, de même qu’il n’est pas encadré par des organisations ou des personnes authentifiées, si ce n’est, pour partie, par des personnes et entités agissant sur les réseaux sociaux, dont certaines étrangères.

    En résumé, trois (3) principales voies de sortie de crise sont sur la table ; celle objet de la lettre du Président de la République, celle issue de la réunion de concertation de partis de l’opposition, de représentants de syndicats et de personnalités nationales, et la proposition du Vice-ministre de la Défense Nationale.

    A- La feuille de route de Monsieur le Président de la République est rejetée dans la forme et dans le fond par les formations et personnalités réunies au siège du Front Algérien pour le Développement, la Liberté et la Justice, ainsi que par les millions de manifestants, étant précisé qu’une frange de la société, acquise à priori à cette démarche, ne s’est pas exprimée dans la rue pour des raisons évidentes. Nous pouvons en conclure, cependant, que cette feuille de route est objectivement vouée à l’échec.

    B- La feuille de route issue de la réunion tenue au siège du FADLJ, appelle les observations suivantes :

    1- Ce regroupement qui a fondé son rejet de la feuille de route du Président de la République en faisant valoir des considérations liées à la constitutionnalité des mesures annoncées et à la légitimité de leur auteur, s’est lui-même autorisé à exprimer sa volonté d’agir loin de toute légitimité ou légalité, faisant fi de la souveraineté populaire et des dispositions constitutionnelles.

    2- L’appel à l’Armée Nationale Populaire à cautionner leur démarche est, à tout le moins, incongrue, nonobstant qu’il soit en flagrante contradiction avec les dispositions constitutionnelles. Bien plus, cet appel constitue un réel danger, aussi bien pour la cohésion de la nation toute entière, que pour la stabilité des institutions et du pays, en ce qu’il constituera une opportunité rêvée pour des puissances étrangères de jeter l’anathème sur l’institution militaire, voire justifier une intervention directe ou indirecte dans les affaires internes du pays.

    3- la préconisation de l’installation d’une direction collégiale composée de « personnalités nationales » et de représentants du mouvement citoyen, suscite des questionnements. En effet, qu’entendent-ils par « personnalités nationales » ?

    – est-ce les citoyens ayant exercé des fonctions politiques avant avril 1999 ? Faut-il rappeler que ces mêmes parties, ainsi que le mouvement citoyen exigent le départ du « système », c’est-à-dire celui en place depuis les premières années de l’indépendance, moyennant quelques mutations opérées au grès des circonstances, autrement dit, l’avènement de visages nouveaux ;

    – est-ce les citoyens connus de la place publique, au regard de leurs apparitions publiques régulières sur les plateaux de chaînes télévision ? Quels mérites particuliers peuvent-ils faire valoir par rapport à d’autres algériens aussi compétents, probes et honnêtes, sinon davantage qui, volontairement ou involontairement ont évolué loin des feux de la rampe.

    L’Algérie appartient à tous ses enfants, de tous sexes et générations. Les ambitions de certains ne peuvent servir de faire valoir pour hypothéquer la stabilité du pays et l’avenir des nouvelles générations.

    C- En réaction à cette initiative, le Vice-ministre de la Défense Nationale a encore une fois marqué son opposition à toute solution qui ne s’inscrirait pas en conformité avec la Constitution, et, a suggéré la mise en œuvre de l’article 102 de la Constitution, proposition immédiatement remise en cause par ceux-là même qui ne cessaient de lui faire appel du pied.

    Face a cette situation, quasiment de blocage, qui de plus en plus menace la sécurité et la stabilité du pays et de ses institutions, la présente contribution a pour finalité de soumettre une voie alternative de sortie de crise, en prenant en compte, autant que possible, les revendications des citoyens et les considérations légales.

    Monsieur le Président de la République aurait à prendre, selon cette contribution, les mesures suivantes :

    1-cessation de fonction du premier ministre et du vice-premier ministre qui n’ont pas pu réunir le consensus, et désignation d’un premier ministre et d’un gouvernement constitué exclusivement de technocrates. Aucun membre de l’actuel gouvernement ne serait maintenu.

    Le choix peut s’opérer parmi les cadres supérieurs de l’Etat, des établissements et entreprises publiques, des universitaires et des membres de la société civile, connus pour leur probité et leur expertise, n’appartenant à aucun courant ou formation politique et n’ayant exercé aucune responsabilité gouvernementale, ni un mandant électif national ;

    2- dissolution, sans délai, de l’Assemblée Populaire Nationale, dans les conditions prévues par l’article 147 de la Constitution ;

    3- amendement dans les plus brefs délais, par voie d’ordonnance, des missions de la haute instance indépendante de surveillance des élections pour lui confier les missions d’organisation et de surveillance des élections, en relation avec les institutions concernées de l’Etat.

    La haute instance serait constituée de magistrats élus par leurs pairs sous la supervision du conseil supérieur de la magistrature, dans sa formation disciplinaire, et de représentants des associations et organisations nationales, agréées, activant dans le domaine des libertés et droits de l’homme ou représentatives des avocats, des huissiers de justice, des notaires, des étudiants et des fonctionnaires et travailleurs. Le Président de la haute instance sera élu par l’assemblée générale.

    4- convocation immédiate du corps électoral, pour les élections présidentielle et législatives, dans les délais fixés par la loi.

    Le mandat du Chef de l’Etat en exercice prendra fin dès l’investiture du Président élu. Le Président élu aura toute latitude de soumettre à référendum une nouvelle constitution consensuelle.

    Alger, le 28 mars 2019

    Colonels à la retraite SOUFI Abdelkhalek et ZERROUK Ahmed

    ex-cadres/MDN

    Algérie1

    Tags : Algérie, Présidentielles 2019, Bouteflika, transition, article 102, Gaid Salah,

  • Algérie : La chasse aux oligarques lancée?

    Vaste enquête sur des faits de corruption – LA CHASSE AUX OLIGARQUES LANCÉE ?

    Nassim Mecheri

    Une vaste enquête a été lancée ce lundi contre plusieurs oligarques algériens, soupçonnés de dilapider l’argent public et d’enrichissement illégal.

    Dans un communiqué rendu public, la justice a annoncé avoir ordonné l’ouverture d’enquêtes sur la corruption et les transferts illicites de capitaux vers l’étranger.

    Le Parquet général de la Cour d’Alger annonce également avoir ordonné des interdictions de sortie du territoire national à l’encontre de plusieurs hommes d’affaires très influents. « Conformément à l’article 11 alinéa 3 du code de procédure pénale, le Parquet général près la Cour d’Alger porte à la connaissance de l’opinion publique que des enquêtes préliminaires sont mises en œuvre pour des faits de corruption et de transfert illicite de capitaux vers l’étranger », précise la même source.

    Dans ce cadre et « pour les nécessités des enquêtes, le procureur de la République près le tribunal de Sidi M’Hamed a procédé à l’application des dispositions de l’article 36 bis 1 du code de procédure pénale et a pris des mesures conservatoires en ordonnant l’interdiction de sortie du territoire national à l’encontre de certaines personnes », ajoute le même communiqué sans donner plus de détails. Plusieurs hommes d’affaires sont concernés par l’interdiction de sortie du territoire nationale et qui seront privés de leurs passeports.

    Selon plusieurs sources la liste comprend des noms puissants comme : Kouninef Reda, Kouninef Noa (ou Noah) Tarek, Kouninef Abdelkader Karim, Haddad Ali, Haddad Omar (alias Rebbouh), Tahkout Mahieddine, Tahkout Rachid, frère de Mahieddine, Tahkout Nacer, Tahkout Billel, Baïri Mohamed, Ould Youcef Mohamed, Boudia Ibrahim.

    Ces derniers et leurs proches ont fait l’objet d’une décision de confiscation de passeport, tandis que l’enquête se poursuit avec d’autres symboles de la corruption. Cette enquête a été confiée à la brigade de recherche de la Gendarmerie nationale de Bab J’did, à Alger. Les oligarques, leurs familles et proches y sont ciblés. Toujours selon la même source, la Gendarmerie s’intéressera à la fortune de ces hommes d’affaires en Algérie ainsi qu’à l’étranger.

    Par ailleurs, depuis la matinée d’avant-hier, tous les avions privés, immatriculés en Algérie ou à l’étranger, sont interdits de vol. Une instruction de la Direction de l’aviation civile a été adressée à tous les aéroports du pays. Aucun avion privé appartenant à un Algérien, qu’il soit immatriculé en Algérie ou à l’étranger, ne peut décoller des aéroports algériens ou y atterrir en provenance de l’étranger.

    Plusieurs jets privés appartenant à des hommes d’affaires algériens sont cloués au sol suite à cette interdiction.

    Pour rappel, le célèbre homme d’affaires Ali Haddad, deuxième fortune du pays, a été arrêté avant-hier tard dans la nuit au poste frontalier d’Oum Tboul en possession d’une somme d’argent en devises et d’un passeport britannique.

    Le patron du groupe ETRHB avait dissimulé l’argent dans ses valises et s’apprêtait à quitter le pays à bord d’un véhicule de marque Passat immatriculé à Alger. Le mis en cause a été rapatrié vers Alger par les services de la Gendarmerie nationale pour une enquête approfondie confiée aux sections et aux brigades économiques et financières.

    L’arrestation d’Ali Haddad, ex-patron du Forum des chefs d’entreprises, ainsi que la vaste enquête menée par la justice à l’encontre de plusieurs hommes d’affaires et de hauts responsables pour des faits de corruption et de dilapidation d’argent public, marquera sans doute le lancement d’une chasse aux oligarques longtemps protégés par le système.

    Le Jeune Indépendant, 1er avr 2019

    Tags : Algérie, Présidentielles 2019, Bouteflika, oligarchie, fortunes, corruption, malversation,

  • Algérie – La deuxième république n’est pas un vain mot, mon général, ministre de la république.

    Mon général, monsieur le ministre,

    Je m’adresse à vous en tant que citoyen libre dans sa pensée (libre penseur), universitaire, écrivain, enfin intellectuel, si mes capacités me le permettent de l’affirmer. Aussi, enfant ayant aiguisé son amour à la patrie dans le berceau de notre armée. Je n’ai pas connu le classique collège du théorème de Pythagore, ni la cour et le dortoir du respectable lycée des années soixante dix. J’étais dans un monde où la rigueur faisait foi dans notre éducation multidimensionnelle. Je vivais dans l’espace du clairon qui annonçait l’extinction des feux et le réveil matinal en l’absence de la douce voix maternelle.

    J’avais à peine neuf ans quand on m’a extirpé de mon environnement parental pour une éducation complémentaire et un rude apprentissage dans les salles de cours. J’étais le cadet de notre glorieuse révolution, le cadet de ceux qui ont défié la mort pour la liberté, le cadet de l’indépendance, héritier de ces valeureux hommes. Heureusement que cet héritage demeure un gène inextirpable, du fait qu’il n’est pas matériel.

    J’appartiens au peuple auquel vous vous êtes adressé du pupitre d’une caserne militaire .Du coup, vous avez accepté de vous soumettre à la critique citoyenne issue du mouvement de la liberté, celui du changement radical . Le discours de la « République démocratique et populaire » n’a pas plus sa place, et ce depuis la révolte citoyenne des jeunes du 22 février 2019.

    La « RADP », un slogan vide de son réel contenu philosophique, ne pouvait enfanter un cadre juridique à travers lequel le peuple espérait mettre en œuvre les outils avérés dans la construction d’une société moderne. Un rappel historique est nécessaire pour vous rappeler que lors du congrès de Tripoli en 1962, et devant le forcing instauré sur le GPRA par l’Etat Major Général présidé par feu colonel Boumédiène, pour la désignation du bureau politique du FLN qui avait pour tâche de préparer la phase de transition avec l’élection de l’assemblée constituante, et devant l’absence du consensus sur les personnalités qui devaient constituer le dit bureau politique, feu Seddik Benyahia, ne pouvant plus gérer la réunion, suspend les travaux du congrès le 05 juin de la même année. La suite est connue pour arriver au 22 février 2019 et voir le peuple s’extérioriser pacifiquement en lançant haut et fort : « Système dégage ». Ce système est né lors de ce congrès dont les travaux sont restés suspendus à ce jour.

    Mon général, monsieur le ministre, cette lettre est destiné au vice ministre de la défense nationale, à l’homme politique, l’homme public, et non pas au chef d’état major. La distinction est de taille. C’est une réponse à vos discours destinés au peuple à partir de casernements militaires. Je refuse d’impliquer l’institution militaire populaire dans le fond et la forme et qui est en dehors de la « République » hégémoniste que le peuple subi depuis la disparition du GPRA. La première « RADP »n’est qu’un slogan imprégné du Baathisme, pour pérenniser un pouvoir qui ne sort nullement du cadre de la « monarchie » archaïque habillée en costume de « république » dont le tissu est de très mauvaise qualité. D’une façon générale Quand la maturité politique fait défaut, l’erreur est omniprésente.

    Mon Général, monsieur le ministre, vous avez rendu visite au « Président » Bouteflika lors de son hospitalisation à l’hôpital militaire français ‘Val De Grâce’ , et où vous avez constaté de visu l’état de santé tout en prenant certainement acte des rapports médicaux inquiétants. C’était à ce moment précis que vous auriez du déposer votre démission du gouvernement, refusant d’emblée le fait accompli. À cet instant, vous auriez du proposer comme vous venez de le faire tardivement, l’application de l’article 102 de la constitution. Malheureusement, votre attitude s’est confondue au silence du consentement jusqu’à vous taire sur le ridicule, à savoir garantir un quatrième mandat à un candidat invalide, éclipsé par son état de santé.

    Mon général, monsieur le ministre,

    Lors de votre dernière déclaration publique vous avez précisé que l’institution militaire se limitera à ses prérogatives constitutionnelles .Cela veut dire tout simplement que votre proposition sur l’application de l’article 102 de la constitution sortait du cadre de vos prérogatives en tant que chef d’état major de l’ANP. Seulement, votre déclaration n’était pas fortuite je pense, car depuis l’avènement du congrès de Tripoli, l’institution militaire est toujours garante dans la désignation ou la destitution du président de la république.Tous les présidents qui ont géré le pays ont fait partie de l’institution militaire, mis à part le défunt Boudiaf.

    Mon général, monsieur le ministre, le peuple est fier de ses enfants qui garnissent les rangs de notre armée populaire, et ne peut s’éloigner de cette dernière pour assurer la stabilité et la sécurité de notre pays. Il existe une véritable symbiose entre le peuple et son armée. Toutefois, l’institution militaire ne saurait être indifférente, lorsque l’instabilité politique est en mesure de déchiqueter les repères de la nation et provoquer un enlisement sans précèdent. Le mouvement du 22 février 2019 entame la marche pacifique pour aboutir à l’éradication du système mafieux qui a marginalisé les compétences au profit de la médiocrité source de dilapidations des richesses du peuple .

    Une véritable mafia micro-régionaliste s’est emparée de l’appareil judiciaire pour faire taire les voix militantes au profit des mains sales. Même leurs enfants se sont gambadés sur le dos de la « République » devant les yeux meurtris d’une jeunesse accablée par la HOGRA, préférant et dans le désespoir, offrir leur corps à la faune marine méditerranéenne que de disparaître à petit feu dans leur pays natal.

    En conclusion, je dois vous assurer que la peur a changé de camp, et le peuple uni dans sa démarche pacifique, mettra fin à l’hégémonie de ce système qui agonise, qui étouffe et qui n’arrive plus à tenir debout. FAKHAMATOUHOU, « le roitelet » de la république écorchée n’existe plus. Enfin, la naissance de la deuxième république n’est pas un vain mot monsieur le ministre, car les articles 7 et 8 de la constitution sont les garants dans sa construction.Vive l’Algérie Horra Dimocratia, Allah yerham Echouhadas et GLOIRE à notre jeunesse, symbole du HIRAK du 22 février 2019.Que dieu tout puissant protège notre ANP.

    Mes sincères respects.

    Dr Driss Reffas , le 31 mars 2019

    31 mars 2019

    Bel-Abbas Info

  • Algérie: Urgence signalée

    » Dans un mois à peine, il sera trop tard pour agir, sauver le pays des graves dérives qui le menacent « .

    Par Mohamed Abdoun :

    La protesta populaire a fait mieux que ne pas faiblir. Elle a, en effet, pris un regain de vigueur qui annonce des vendredis tous plus agités et animés les uns que les autres. Comme il fallait s’y attendre, et comme je le prédisais dans un édito commentant la proposition du chef d’état-major pour la sortie de crise, je peuple répond massivement non.

    La proposition de Gaïd Salah, outre le fait qu’elle provoque une sorte d’immixtion de l’institution militaire dans les questions politiques, intervient bien trop tardivement. Les partis, organisations, et médias qui se sont empressés de s’aligner derrière cette tardive proposition, sans doute par opportunisme, en auront ainsi pris pour leur grade, si je puis dire.

    Cette proposition, comme je l’écrivais le jour-même de sa formulation, aurait été la bienvenue si elle était intervenue à peine deux ou trois semaines plus tôt. A présent, son obsolescence a clairement été démontrée par les manifestations monstres intervenues partout dans le pays, avec des mots d’ordre et des slogans quasi-identiques.

    Excédé, et chauffé à blanc face à la sourde oreille du pouvoir, le peuple a fini par placer la barre de ses revendications aussi haut que possible. Désormais, il ne veut rien moins que le départ du système. Tout le système. Celui-ci n’a pas d’autre choix que d’y donner suite, s’il ne veut pas mettre en péril la stabilité-même du pays.

    La rupture passe forcément par une urgente convocation d’une élection présidentielle. Mais pas avant d’avoir révisé la loi électorale afin de permettre la mise en place d’une commission d’organisation des élections absolument indépendante, et acceptée par tous.

    Parallèlement, un gouvernement technique, et réduit au minimum, sera également mis en place. Le président de la République, toujours en poste, et dont le mandat court toujours, jouit de toutes les prérogatives constitutionnelles et régaliennes pour accomplir tout cela, et sortir par la grande porte.

    Dans un mois à peine, il sera trop tard pour agir, sauver le pays des graves dérives qui le menacent. Il n’est pas difficile d’inscrire son nom au panthéon de l’histoire de l’Algérie.

    Pour cela, il suffit juste de savoir être à l’écoule de son admirable et glorieux peuple. L’exercice est à la portée de tous. Les manifestants répètent inlassablement les mêmes slogans et les mêmes revendications.

    M. A.

    Tribune des Lecteurs, 30 mars 2019

  • Algérie : L’exploit

    L’Algérie qui a écrit de belles pages de son Histoire qui ont émerveillé le monde, est en passe, actuellement, d’en réaliser une autre, de toute beauté. Nous vivons effectivement des instants Historiques. N’était-ce le sort politique d’un homme qui a beaucoup compté dans le parcours de la République qui se termine un peu en queue de poisson, on pourrait qualifier ces instants de magiques.

    Voilà donc un peuple qui, par la force de son engagement pacifique et sa détermination dans l’unité, la bonne humeur et un sens élevé du patriotisme, a réussi là où beaucoup d’autres ont dû sacrifier des centaines de vies humaines et traverser de grandes crises.

    Les Algériens sont en passe de réussir leur grande révolution pacifique, justement parce qu’ils ont déjà vécu des épisodes douloureux de leur histoire. Une douleur qu’il fallait vivre pour arracher l’indépendance, puis pour accéder à la démocratie, ensuite pour se réapproprier leur dimension identitaire millénaire.

    La somme de toutes les expériences qui, chacune en son temps, avait suscité l’admiration de la planète entière, a mis les Algériens sur la voie de la maturité politique. Ce peuple qui retient les leçons de l’Histoire et avance résolument en prenant en compte ses expériences passées, a unanimement pris la forte résolution de renforcer sa démocratie, en optant pour une République plus juste et qui s’inspire véritablement du droit. Il a réussi à passer un cap essentiel de la vie de la nation, sans effusion de sang, ni de débats stériles et encore moins de disputes byzantines.

    Le peuple Algérien uni dans sa lutte pacifique, a réussi l’extraordinaire exploit de sortir par millions 5 vendredis de suite pour dire sa volonté de changement.

    Il faut dire que cet exploit magnifique que les peuples de la planète le reçoivent comme une autre leçon de courage et d’abnégation pour la nation, a été réalisé grâce à un Etat qui, lui aussi, a appris de ses erreurs. Les institutions de la République, notamment, celles chargées de l’ordre public et de la sécurité, ont appliqué à la lettre près, l’article 7 de la Constitution, à savoir que la souveraineté revient au peuple et qu’il est en définitif le seul à l’exercer.

    Les policiers et les militaires ont parfaitement compris le sens de l’expression «Djeich, Chaab, Khawa Khawa». Ils se sont mis au service de leur peuple et de leur nation. Le résultat est cette très belle démonstration de révolution totalement et parfaitement pacifique.

    Il est cependant clair que la marche vers la démocratie n’est pas finie. Il reste encore du chemin à faire, peut être même que le plus dur reste à réaliser. Les uns et les autres ne sont pas encore d’accord sur les détails. Mais le peuple souverain, saura les guider. En grand timonier de son propre navire.

    Par Nabil.G

    Ouest Tribune, 27 mars 2019

    Tags : Algérie, présidentielles 2019, Bouteflika, transition, article 102,

  • Algérie : Mobilisation intacte

    DES MILLIONS D’ALGÉRIENS À NOUVEAU DANS LES RUES :
    Mobilisation intacte

    Au sixième vendredi de manifestations nationales populaires contre Abdelaziz Bouteflika, son régime et l’ensemble du système, la mobilisation reste extraordinairement forte et la détermination des Algériens toujours aussi intacte quant à rejeter toutes les propositions émanant du pouvoir. Après le cinquième mandat, le prolongement du quatrième contenu dans « le plan de travail » proposé par Bouteflika le 11 mars dernier, c’était au tour de la proposition de Gaïd Salah de subir l’épreuve de ce qui est devenu un référendum national hebdomadaire.

    Kamel Amarni – Alger (Le Soir) 

    Et d’ores et déjà, l’on notera que l’appel du chef de l’état-major de mardi dernier n’a en rien influé sur « le taux de participation » aux marches du vendredi. Ce 29 mars aussi, ils étaient des millions à battre le pavé, pour réclamer le changement et, en l’occurrence, à juger que, globalement, l’application de l’article 102 de la Constitution n’est plus dans l’agenda de la rue !

    Trop peu, trop tard, estime, en quelque sorte, la population qui conteste son application par le personnel politique du pouvoir. Plus précisément, l’actuel président du Conseil de la Nation, Abdelkader Bensalah, et le gouvernement de Nouredine Bedoui. L’un comme président intérimaire et l’autre comme exécutif en charge des affaires publiques jusqu’à l’élection d’un futur président de la République, comme le stipule effectivement l’article 102, s’il est appliqué en l’état actuel des choses.

    A l’arrivée, le pays s’englue encore davantage dans une crise politique sans précédent et qui est d’autant plus inextricable, que les manifestations que vit l’Algérie en ce printemps 2019 sont nationales, générales, incluant toutes les catégories de la société et toutes les générations et ne sont chapeautées par aucune tutelle partisane ou politique.

    C’est un face-à-face direct entre le pouvoir et le peuple et donc, sans aucune possibilité de concevoir un dialogue « à l’ancienne ». Une situation d’impasse inédite et qui explique l’intervention de l’institution militaire dans le débat, à travers la proposition de Gaïd Salah. Mardi, à partir du sud-est du pays, l’homme fort de l’ANP avait affirmé qu’« afin de prévenir notre pays de toute situation incertaine, il est du devoir de tout un chacun d’œuvrer avec patriotisme et abnégation, et de privilégier les intérêts suprêmes du pays, afin de trouver, dans l’immédiat, une solution de sortie de crise.

    Une solution qui s’inscrit exclusivement dans le cadre constitutionnel, qui constitue l’unique garantie pour la préservation d’une situation politique stable ». Pour le pouvoir donc, le cadre doit être « exclusivement constitutionnel », à travers l’article 102, excluant de fait, toute autre option, autrement dit, une période de transition.

    Devant le rejet exprimé hier vendredi, le pouvoir est encore appelé à davantage de concessions pour faire accepter sa feuille de route. A en croire des sources crédibles, il a été convenu entre Bouteflika et l’armée d’un agenda qui prévoit la nomination d’un nouveau gouvernement et d’un remplaçant pour l’actuel président du Sénat, Abdelkader Bensalah , voire même, aussi, pour Tayeb Belaïz, préalablement à une démission de Bouteflika ; démission qui enclencherait la procédure de la mise en application de l’article 102 de la Constitution par le Conseil constitutionnel.

    Epargnée par la colère populaire, l’institution militaire aura, dans tous les cas, un rôle central à jouer dans les jours et les semaines à venir. Un rôle qui sera déterminé par l’évolution de la situation politique générale sur le terrain.

    Gaïd Salah avait d’ailleurs prévenu, mardi dernier, à partir de Djanet, qu’«en dépit du caractère pacifique et du civisme qui caractérisent ces marches jusqu’à présent, qui démontrent la grandeur du peuple algérien, sa conscience et sa maturité, et qui a tenu à préserver l’image de marque dont jouit l’Algérie parmi les nations, il est de notre devoir de souligner que ces marches pourraient être exploitées par des parties hostiles et malintentionnées, aussi bien de l’intérieur que de l’extérieur, qui usent de manœuvres douteuses visant d’attenter à la stabilité du pays. Des desseins abjects que ce peuple conscient et éveillé saura mettre en échec ».

    Il est également à prévoir d’autres sorties médiatiques du général de corps d’armée Ahmed Gaïd Salah dans les jours à venir.

    K. A.

    Le Soir d’Algérie, 30 mars 2019

    Tags : Algérie, présidentielles 2019, Bouteflika, transition, article 102,

  • Algérie : Quels scénarios pour une sortie de crise ?

    Manifestations pour un changement de régime: Quels scénarios pour une sortie de crise ?

    par Ghania Oukazi

    Le chef d’état-major, le général de corps d’armée, vice-ministre de la Défense nationale est depuis mardi dernier dans l’œil du cyclone. «Il doit partir !» ont scandé vendredi dernier marcheurs et nombreux autres milieux.

    Une telle revendication est une suite évidente de toutes celles exprimées depuis 6 vendredis consécutifs. Elle devait être au centre dans tout ce que le mouvement populaire met en avant depuis son soulèvement contre le pouvoir en place. Elle devait apparaître en même temps que celles revendiquant le «départ immédiat de Bouteflika», «système dégage !» et «irouhou gaâ !». Il fallait juste attendre que le chef d’état-majeur s’implique officiellement et publiquement dans la gestion de la crise politique du pays pour être pris au piège.

    Les appels incessants à une intervention de l’armée pour faire partir le pouvoir en place étaient certainement pour le pousser à le faire en vue de le pointer directement du doigt au même titre que le président de la République. Prévoir de le faire tomber des hauts des Tagarins n’est pas une chose nouvelle. Il est clair qu’elle était inscrite sur la feuille de route des hommes de l’ombre au même titre que la gronde de la rue. Mais sa mise en évidence attendait le moindre faux pas que Gaïd Salah allait faire. Sa «proposition» du recours à l’article 102 en a été un. L’appel à sa chute est devenu public depuis quelques jours. Le slogan est tout trouvé. «Bouteflika rayah, rayah, edi maâk Gaïd Salah !» scandait vendredi dernier des marcheurs et des voix bien éclairées.

    Reste à savoir comment Gaïd sera-t-il «cueilli». Une petite polémique a tout de suite levé le doute sur le procédé. Dès qu’elle a été exprimée par des politiques, la demande de son limogeage a été jugée «étonnante» par des observateurs avertis. «Mais qui doit limoger le chef d’état-major, le président que la rue veut limoger ?» ont-ils interrogé jeudi dernier. La parade est trouvée. «Ce sont les militaires qui doivent eux-mêmes le faire partir, d’ailleurs ils ne l’aiment pas», soutiennent des voix proches des anciens responsables des services secrets. Le verdict devrait être sans appel au regard de sa préparation bien réfléchie par ceux qui connaissent depuis longtemps les rouages du système.

    (Re)déploiement des wilayas historiques

    Il est demandé «aux troupes» de se révolter contre leur chef. A l’intervention militaire dans le champ politique décidée par Gaïd et qui a l’air d’un coup d’Etat à blanc contre le président de la République, il est apposé l’exigence d’un putsch à l’intérieur même de l’institution militaire pour le faire partir. C’est l’implosion des rangs qui est recherchée alors que jusque-là ils sont en principe unis face aux dangers des frontières. Des voix le réclament publiquement depuis jeudi dernier. «Bouteflika et Gaïd doivent partir, ce sont les deux piliers du système», plaident-elles.

    Les pièces du puzzle recherché sont ainsi placées au fur et à mesure que la rue marche. Le scénario de faire chuter le pouvoir en place n’est cependant pas totalement dévoilé. Reste la réponse définitive qui doit être donnée à la question «à qui remettre les clefs du pays s’ils doivent tous partir (irouhou gaâ) ?»

    Aux quelques noms de personnalités qui ont été avancés dès les premières marches pour prendre les commandes du pays, il est susurré depuis peu mais non encore au grand jour, celui de Abdelghani Hamel, l’ex-directeur général de la sûreté nationale limogé en mai dernier par Bouteflika dès l’éclatement de l’affaire El Bouchi ou les 701 kg de cocaïne.

    Depuis ses déclarations fracassantes sur la gestion de cette affaire et surtout sa phrase «celui qui veut lutter contre la corruption doit être propre», Hamel s’est imposé le silence. Aujourd’hui, des officines des services avancent que son nom figure parmi ceux qui doivent revenir «pour assainir les lieux». D’autant que, selon eux, «il fait partie de ceux qui ont des revanches à prendre sur le pouvoir en place». Mais il n’est pas question de le placer avant Zeroual ou autres personnalités qui sont proches à l’ancien président de la République de par son positionnement passé et présent. Il est fait état d’alliances «étroites» entre wilayas historiques qui ne pouvaient se faire il y a à peine quelques années ou même durant la guerre de libération nationale pour des raisons évidentes de leadership.

    Recompositions des pouvoirs anciens

    Un casting minutieux est entrepris en parallèle des joyeux «Silmia !Silmia !(pacifique)» qui sont clamés par la rue depuis le 22 février dernier. Il est fait en sorte que tout soit bien synchronisé pour que la chute programmée des gouvernants intervienne au moment jugé opportun par ses concepteurs. Des restructurations sont menées sur la base de recompositions de pouvoirs anciens.

    De nouveaux visages devraient apparaître pour faire croire au changement sans qu’il ne se produise véritablement. Il est certain que ce ne sont pas des incultes des manœuvres tactiques qui planifient l’exécution d’un tel scénario. L’enchaînement des revendications, leur cohérence et leur profondeur sont trop bien faits pour être une simple œuvre d’une rue dont la majorité sort pour se retrouver dans une ambiance festive. C’est cet air de «liberté» qui en dessine chaque vendredi les différentes phases. Scénario qui ne peut avoir été monté sur un coup de tête d’un ras-le-bol populaire.

    L’on se demande comment le clan présidentiel et le chef d’état-major n’ont-ils rien vu venir de la programmation de leur chute alors qu’il est affirmé par des sources du renseignement qui leur sont proches qu’ils avaient reçu il y a plus d’une année des rapports détaillés prévoyant de fortes protestations populaires.

    Services de renseignement, police militaire, gendarmerie nationale ont, selon ces sources, tous tiré la sonnette d’alarme mais le clan Bouteflika a fait la sourde oreille. Il importe peu de savoir aujourd’hui si une telle attitude résulte de la prétention ou de l’ignorance, la chute est bien organisée. Elle concerne en premier un homme que la maladie ronge depuis plusieurs années. Ainsi affaibli physiquement, son départ ne devrait se faire en principe ni par la force des bras ni par celle de la violence.

    L’Algérie aura tout à gagner à observer la sérénité loin des haines dévastatrices comme celles qui ont marqué les années 90 où près de 200.000 de ses enfants avaient péri. «Mais il faut bien que des têtes tombent et que les marches s’arrêtent», nous disent des anciens responsables. Tout dépendra de l’entêtement des antagonistes en faction, les uns pour garder le pouvoir et les autres -tapis dans l’ombre- pour le récupérer quelques années après en avoir été éjectés.

    Le Quotidien d’Oran, 31 mars 2019

    Tags : Algérie, présidentielles 2019, Bouteflika, transition, article 102,