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  • Algérie: L’après-Bouteflika a déjà commencé

    L’Algérie assiste aujourd’hui à une succession d’évènements politiques donnant l’impression que le pays s’est déjà projeté dans l’après-Bouteflika.
    Abla Chérif – Alger (Le Soir) – Le sort de l’Algérie se jouerait-il actuellement à l’étranger ? Loin de l’effervescence des rues algériennes, des manœuvres de dernière minute d’un pouvoir acculé et désirant s’assurer une sortie honorable, deux diplomates bien connus de la communauté internationale s’activent depuis des jours pour vendre à cette dernière les derniers développements de la situation nationale. Lakhdar Brahimi et Ramtane Lamamra ont pris en charge l’un des dossiers les plus sensibles de leur carrière. Au profit de qui et à quelle fin ? Les interrogations, légitimes, n’ont pas manqué à ce sujet mais il se trouve que certaines phrases, trop lourdes de conséquences en langage diplomatique pour avoir été prononcées avec légèreté, ont fourni certains éléments d’appréciation de ce qui se déroulerait.

    Les faits : Brahimi affirme publiquement sur les ondes de la Chaîne 3 lors d’une émission très écoutée («L’invité du matin») affirme ne pas avoir été mandaté par Bouteflika pour jouer un quelconque rôle. Dans la réalité, il tente d’amorcer un processus de dialogue basé sur une plate-forme de réformes proposées par le Président ami, mais essuie très vite l’image de «médiateur» autoproclamé pour s’engouffrer dans le processus mené par Ramtane Lamamra. Désigné vice-Premier ministre, ce dernier a investi sa fonction de nouveau ministre des Affaires étrangères sans que l’annonce officielle de sa nomination ait été faite, et a entrepris, depuis, un périple durant lequel les Algériens ont pu apprendre certaines vérités. L’essentiel de son message a été transmis à Moscou. Répondant aux questions de la presse internationale, ce dernier affirme que «Bouteflika avait accepté de passer le flambeau au prochain Président qui sera élu».

    Lamamra remet aussi à certains responsables étrangers qu’il rencontre une lettre du chef de l’Etat. Globalement, la réponse des partenaires étrangers rencontrés, à la demande des deux diplomates, s’est limitée à des déclarations portant sur le maintien du principe de non-ingérence mais aussi du soutien apporté aux revendications populaires des Algériens et du droit de ces derniers à manifester pacifiquement sans être réprimés. Tous ou presque ont également exprimé le vœu de voir la transition annoncée ne pas s’étaler dans le temps. Après s’être empressé de soutenir les réformes proposées par Bouteflika, Emmanuel Macron a dû lui aussi reformuler ses propos. Réagissant aux critiques de Benjamin Stora qui l’accusait de frilosité, le chef d’Etat français a fait savoir que sa position ne lui permettait pas de faire autrement.

    De leur côté, et officiellement, les deux diplomates algériens se sont contentés d’informer leurs vis-à-vis, sans avoir eu besoin de les rassurer car, déclarait Lamamra à Rome, «il n’y a pas de préoccupation particulière de nos partenaires internationaux». Il ajoute : «Nous les invitons à poursuivre le développement de notre partenariat (…) et à faire le travail diplomatique.» Avec quel pouvoir ? Celui assuré par Bouteflika a cédé le «flambeau», assurait-il quelques heures plus tard face à Serguei Lavrov. D’une manière ou d’une autre, ce dernier a projeté l’image d’une Algérie post-Bouteflika qui se met en place.

    Depuis quelques jours, des rumeurs annoncent son départ avant le 28 avril prochain, date d’expiration de son mandat présidentiel. Elles ont eu pour effet d’accélérer la désagrégation de la toile sur laquelle s’est appuyé le pouvoir présidentiel.

    La défragmentation est arrivée à un point tel qu’elle a fait voler en éclats l’alliance longtemps chargée de dresser un «rempart» autour de son programme.

    De manière spectaculaire, on observe aussi ses principaux soutiens, le socle même sur lequel il se maintenait, détourner leur regard d’El-Mouradia et se tourner vers le mouvement citoyen. Les réformes proposées, la conférence nationale, la nouvelle Constitution à rédiger, le référendum à venir n’ont figuré dans aucune des réunions du FLN et du RND lesquels appellent au contraire à satisfaire les revendications populaires non pas dans la terminologie des responsables toujours en place mais dans le langage de cette rue qui s’exprime régulièrement. Difficile, dans ce contexte, de pouvoir croire que l’offensive diplomatique menée par Lakhdar Brahimi et Ramtane Lamamra puisse porter uniquement sur ces propositions de réforme. L’un comme l’autre ont trop d’expérience pour s’atteler à «vendre» un produit qu’ils ne sont pas parvenus à écouler au plan national. Ils savent aussi que même en arrachant un soutien international, ils se heurteront (ils se heurtent déjà) à l’incapacité de le mettre en œuvre.

    Les consultations pour la formation d’un gouvernement de compétences n’ont trouvé aucun preneur jusqu’à l’heure et il est des plus improbables que la situation évolue dans le sens qu’ils souhaitent. Depuis une semaine, le Premier ministre ne s’exprime même plus. L’enjeu véritable se passe au niveau de l’international où l’image de Bouteflika semble déjà faire partie du passé.
    A. C.

    Le Soir d’Algérie, 21 mars 2019

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  • Algérie : Le peuple a rendu la dignité et le respect au pays

    LE PEUPLE ALGÉRIEN A RENDU LA DIGNITÉ ET LE RESPECT AU PAYS.

    KHAMSA (5) DANS LES YEUX DU MONDE

    Les Algériens sont d’ores et déjà dans la deuxième république.

    Mentalement, ils sont déjà entrés dans une nouvelle ère politique nouvelle.

    Signe de maturité politique, la culture de l’émeute a cédé la place aux manifestations citoyennes.

    Entre le peuple et le régime, il n’y a plus de réconciliation possible.

    La candidature au 5e mandat présidentiel aura été la sonnerie du réveil d’une longue nuit de léthargie donnant le signal de la Révolution, acte II, qui va parachever le rétablissement de la souveraineté nationale.

    Il est arrivé l’heure où le peuple doit reprendre son rôle de mandant et mandater les dirigeants de son choix.

    Le peuple étant d’essence immuable, qui donc doit partir ?

    Le train du régime a sonné, un départ que rien ne saurait retarder et encore moins annuler.

    Le citoyen veut exister et arracher sa liberté, c’est ça la révolution.

    Il n’entend pas changer d’avis.

    Le mouvement s’organise de lui même.

    La marche vers la liberté

    Toutes les catégories sociales et socioprofessionnelles s’impliquent, manifestent et marchent dans toutes les villes du pays.

    17 millions les vendredis, les juges, avocats, etudiants, medecins, pompiers etc, les autres jours de la semaines

    Le Génie du mouvement se manifeste dans la spontanéité, la discipline, la joie, l’intelligence des slogans et fait saillant et inédit, les rapports fraternels avec les services de sécurité.

    Communion plurielle dans l’allégresse, le sens de la démocratie, le calme la fraternité et la tolérance,

    Cette mobilisation a participé à transcender la peur et a catalyse la “révolte” des consciences pour dire ca suffit, je suis au service de la loi et non au service du pouvoir.

    La décantation a fait qu’il ne subsiste plus sur la scène politique que deux parties: le peuple et l’armée qui doit restituer la souveraineté à qui de droit: LE PEUPLE.

    L’armée et la police ne supprimerons jamais plus leurs frères

    Le pouvoir est désormais face à un très court moratoire, qui se

    Il ne tirera jamais sur cet enfant

    Le pouvoir est désormais face à un très court moratoire, qui se résume à quelques révolutions du sablier, pour se résoudre à abdiquer.

    Dans le cas contraire, l’armée sera mise face à ses responsabilités pour rendre le pouvoir au peuple et aller vers ses missions constitutionnelles: défense de la constitution, veiller à la sécurité du pays et des frontières etc.

    L’Armée nationale populaire est légaliste et très regardante en matière de respect des lois de la République et de la Constitution.

    C’est précisément pour cela qu’elle doit impérativement peser de son poids sur les impératifs du moment, sans pour autant déroger à ses principes de neutralité politique.

    Il est certain que, proroger le mandat c’est plonger le pays dans l’inconfortable position anticonstitutionnelle, et comme corollaire, des incertitudes et des imbroglios inextricables aux conséquences néfastes sur la nation toute entière.

    L’armée donc, ne peut rester figée sur sa neutralité, sa place étant aux côtés du peuple dont elle est partie intégrante.

    Compte tenue de la conjoncture, elle est tenue par le devoir de se déterminer pour apaiser les tensions et repositionner tout un chacun.

    Elle est par ailleurs, dans l’obligation d’accompagner les Femmes et les Hommes capables d’engager immédiatement le pays dans une ère nouvelle.

    • Le retrait du Chef de l’Etat,
    • La démission du chef de l’Etat devrait être prononcée dans l’immédiat avec retrait effectif à l’issue de son mandat actuel le 28 avril 2019
    • La dissolution avec effet immédiat du gouvernement et la dissolution du parlement et du sénat.
    • l’entrée dans une phase de transition qui permettra au Peuple de concrétiser son projet national.

    Aujourd’hui, les clans s’entre-déchirent pour se re-positionner en prévision de l’ère subséquente.

    Dès lors que le basculement des forces est rendu, de jour en jour de plus en plus évident, on entend de partout et de loin les bruits assourdissants des virement de cuti et des retournements de vestes de ceux qui courent derrière une éventuelle repentance.

    Ne seront pas du reste, ceux qui, aujourd’hui encore, tiennent le baton par le milieu.

    La houle et les revirements au sein de l’alliance (RND, FLN. FCE. UGTA et autres) en est la preuve s’il en est d’une imminence de fin d’une époque.

    Demain jeudi 21 mars début de printemps 2019, communiquez avec votre peuple pour en faire de cette journée un printemps du renouveau et une fête nationale, une fête Silmiya-Silmiya, une fête Khawa-Khawa.

    DEMAIN SERA UN GRAND JOUR.

    UN SEUL HÉROS, LE PEUPLE.

    VIVE L’ALGÉRIE LIBRE.

    Source

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  • Dissolution du Parlement, départ de Bouteflika : les discordes minent de l’intérieur le régime algérien

    Jamais, au grand jamais, le régime algérien n’a été aussi divisé de l’intérieur. La solidité du sérail algérien est en train de s’effriter d’une semaine à une autre et plusieurs désaccords empêchent les diverses composantes politiques du système politique de trouver des solutions à proposer à la rue.

    Selon nos sources, il demeure très difficile de trouver un consensus autour des réponses qu’il faut apporter aux revendications du peuple algérien qui, chaque vendredi, crie sa colère et son désir de changement. La feuille de route proposée par Bouteflika pour une période de transition nationale comprenant de prochaines élections présidentielles est en train de battre de l’aile. Ni le FLN ni le RND n’arrivent à défendre cette feuille de route auprès de l’opinion publique nationale. Pis encore, ces deux grandes parties s’effondrent petit à petit et leurs militants quittent les bancs pour rejoindre les manifestations anti-pouvoir.

    Les organisations de masse comme l’UGTA et les autres associations satellitaires naguère dévouées pour le régime sont en pleine perte de vitesse et les dissidences sont très nombreuses. En clair, le régime algérien est isolé à l’intérieur du pays. Et le pays se dirige presque entièrement vers la paralysie si aucune solution convenable à la rue n’est proposée ou mise en oeuvre.

    Seuls Lakhdar Brahimi et Ramtane Lamamra tentent de sauver la face avec leur activisme diplomatique. Lamamra réussit dans sa tâche et fait toujours patienter les grandes puissances en leur promettant des avancées notables. Mais Lakhdar Brahimi est éclaboussé par les critiques et le désaveu de la rue.

    Cette situation compromet dangereusement la tenue de la conférence nationale du changement promise par Bouteflika. En attendant, aucun gouvernement de transition n’a vu le jour. Pourquoi ? Parce que là-encore, aucun consensus ne s’est dégagé autour d’une nouvelle équipe. Le pouvoir algérien se vide petit à petit de sa substance et il ne lui reste que deux derniers piliers : la Présidence et l’Etat-Major de l’Armée. La deuxième partie essaie de séduire le peuple et insiste sur les solutions qu’il trouver en urgence. La première partie n’envisage pas des changements majeurs sans le maintien temporaire du Président Bouteflika. Plusieurs courants s’affrontent au sein de ces deux institutions qui composent le dernier bastion du régime algérien. Un premier courant qui veut programmer le départ de Bouteflika le 28 avril prochain pour confier le pouvoir à Abdelkader Bensalah, président du Conseil de la Nation, dans l’optique d’organiser de dissoudre le parlement et d’organiser des élections présidentielles d’ici le mois de juillet prochain. Et un deuxième courant qui veut coûte que coûte le maintien d’Abdelaziz Bouteflika pendant au moins une année le temps de préparer une passation de pouvoir dans un contexte beaucoup moins houleux.

    Le choc entre ces deux courants risque de conduire le pays vers l’impasse et les manifestants algériens redoubleront de vigueur dans leur prochaine démonstration de force.

    Algérie Part

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  • Lavrov : « Je suis convaincu que le peuple algérien résoudra de lui-même ses problèmes »

    A Moscou, le nouveau vice-Premier ministre et chef de la diplomatie algérienne, Ramtane Lamamra a confirmé que M. Bouteflika transmettrait le pouvoir à un successeur, élu « librement et en toute transparence » lors d’une présidentielle, dont la date sera définie « prochainement » par la future Conférence nationale.

    La Russie – allié traditionnel de l’Algérie – est la deuxième étape d’une tournée au cours de laquelle M. Lamamra entend « rassurer les partenaires internationaux de l’Algérie », selon le quotidien gouvernemental El Moudjahid.

    Comme la veille à Rome, M. Lamamra a répété que la contestation en Algérie était une affaire « strictement familiale », rejetant toute tentative d’ingérence extérieure.

    « Je suis convaincu que le peuple algérien résoudra de lui-même ses problèmes », a appuyé son homologue russe Sergueï Lavrov, appelant « tous les autres pays » à « respecter strictement le principe de non ingérence ». M. Lavrov a ajouté « soutenir » les plans de sortie de crise du gouvernement algérien, via « le dialogue national basé sur la Constitution ».

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  • Algérie – Lavrov irrite les Algériens

    Le chef de la diplomatie russe, Sergei Lavrov provoque la colère des Algériens. Sa déclaration faite, hier, à l’issue de son entretien avec le vice-premier ministre et ministre des affaires étrangères, Ramtane Lamamra, sur l’existence de « tentatives de déstabilisation de l’Algérie » en faisant référence à la crise qui secoue le pays a été interprétée comme un soutien indirect au pouvoir algérien.

    Après avoir déclaré, il y a quelques jours, « que ce qui se passe en Algérie est une affaire interne », le ministre des Affaires étrangères russe change de terminologie. « Nous suivons avec intérêt ce qui se passe en Algérie. Nous constatons des tentatives de déstabilisation de la situation sur place », lance-t-il, sans donner plus de précision.

    Selon le compte-rendu de la conférence de presse, animée conjointement par Ramatane Lamara et son homologue russe, publié par le site RT arabic, Sergei Lavrov exprime l’opposition de son pays « à toute ingérence dans les affaires interne du pays ». « Le peuple algérien décidera seul de son avenir, en se référant à la constitution », lance-t-il. Sur les réseaux sociaux, les réactions des internautes ne se sont pas faites attendre. Plusieurs facebookers ont dénoncé ce soutien russe au pouvoir algérien. Les internautes n’ont pas manqué l’occasion de condamner aussi l’attitude des tenants du pouvoir qui « ont internationalisé cette question interne ».

    A la quête de soutiens étrangers !

    Poussés dans leurs derniers retranchements par le mouvement populaire qui refuse de les reconnaître et d’accepter la feuille de route présentée, les tenants du pouvoir tentent désormais de chercher des soutiens à l’international. C’est l’objectif assigné, selon des observateurs, à ce périple européen de Ramtane Lamamra.

    « J’ai exposé à mon ami et homologue, Sergei Lavrov la réalité de la situation en Algérie », lance-t-il, en appelant « au dialogue pour résoudre cette crise interne ». Avant d’arriver en Russie, le vice-premier ministre s’est rendu aussi en Italie et il sera aujourd’hui, en Allemagne.

    A l’issue de son entretien avec le chef de la diplomatie russe, Ramatane Lamamra souligne aussi « que le président Bouteflika a accepté de céder le pouvoir à un nouveau président élu, tandis que l’opposition sera autorisée à participer au contrôle des élections ».

    Pour lui, « le gouvernement algérien a répondu aux demandes légitimes du peuple algérien qui manifeste depuis près d’un mois ». Ainsi, Ramtane Lamamra confirme la volonté du chef de l’Etat de conduire lui-même sa feuille de route. Mais la tâche de Ramatane Lamamra s’annonce difficile. L’Italie, qu’il a visitée en premier, le presse de répondre à la demande populaire.

    En effet, le premier ministre italien, Giuseppe Conte appelle le pouvoir algérien à « écouter les demandes du changement formulées par la société civile algérienne ». Le premier responsable du gouvernement italien réaffirme aussi son souhait « de voir l’Algérie assurer un processus démocratique global en respectant la volonté du peuple et ses intérêts ». Le premier ministre italien a, en rappelant que l’amitié algéro-italienne est très ancienne, «salué le caractère pacifique des manifestations », contre le maintien du président Bouteflika et pour le changement du système.

    Samir Raba

    L’Est Républicain, 19 mars 2019

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  • Décrié par les Algériens, le régime n’a guère d’options

    L’immense mobilisation du vendredi 15 mars dans les rues algériennes met le régime et son symbole, Bouteflika au pied du mur. Tireront-ils les leçons de leur impopularité ?

    L’immense mobilisation du vendredi 15 mars dans les rues algériennes met le régime et son symbole, Bouteflika au pied du mur. Tireront-ils les leçons de leur impopularité ?

    Difficile de faire plus édifiant, plus convaincant. Les Algériens ont montré ce vendredi 15 mars un degré de mobilisation populaire sans précédent depuis les immenses rassemblements qui avaient accueilli les premières heures de l’indépendance nationale en juillet 1962. Avec un mot sur toutes les bouches : « Non ! ».

    Non à la stratégie du régime qui consistait à répondre au refus du peuple d’un cinquième mandat du « président-momie » Abdelaziz Bouteflika par l’annulation des élections et le maintien du « raïs » à son poste assorti du lancement dans quelque temps d’une conférence nationale. Implacable par son évidence, la phrase choc « On voulait des élections sans Bouteflika et on se retrouve avec Bouteflika sans élection ! » a fait florès. Des millions d’Algériens sont descendus dans les rues à Alger, Oran, Constantine, Annaba et ailleurs, pour crier, pacifiquement, leur opposition à ce qu’ils considèrent comme un subterfuge – voire un coup d’Etat en douce – du régime pour gagner du temps.

    Une chronologie édifiante

    C’est du jamais vu. De l’inattendu. La chronologie même des événements montre que les concessions du régime algérien poussent la population, d’une maturité jusqu’ici sans failles, à montrer sa détermination, à rejeter toute manœuvre à caractère dilatoire. Le 10 février, le président – très malade et dont on n’a plus entendu la voix depuis cinq ans – faisait savoir qu’il serait candidat à un cinquième mandat, lui qui a été désigné à son poste par l’armée en 1999. La contestation face à cette décision vécue comme une humiliation par de très nombreux Algériens n’a ensuite plus cessé d’enfler. Le 2 mars, « Boutef » s’engageait alors dans une lettre à ne pas aller au bout de son mandat s’il était élu. A quoi, le 8 mars, répondait une marée humaine dans les villes d’Algérie.

    Le 11 mars, à peine rentré de deux semaines d’hospitalisation en Suisse, le « raïs » annonçait – ou faisait annoncer – qu’il renonçait à briguer un cinquième mandat, prolongeant le quatrième – ce que la constitution du pays ne prévoit nullement – tout en prévoyant une conférence nationale pour préparer une nouvelle constitution. Pour la forme, il limogeait aussi le Premier ministre Ahmed Ouyahia pour le remplacer par un autre fidèle, le ministre de l’Intérieur Noureddine Bedoui. Résultat ? Le 15 mars, les Algériens montraient la plus extraordinaire des mobilisations de leur histoire contemporaine dans un esprit à la fois résolu, discipliné, festif et même taquin… Bouteflika doit partir, et le « système » aussi !

    Réprimer ou négocier ?

    Que va faire le régime ? Deux options semblent sur la table, sauf si des scénarios dérivés de celles-ci devaient s’imposer : le maintien de Boutefika et le recours à la violence d’une part, ou alors la démission rapide du président et le début d’une improbable mais nécessaire négociation entre les Algériens, toute la société ! et leur régime en vue de lancer, très vite, une transition vers l’élection d’une assemblée constituante.

    La violence ? Ce régime a déjà recouru à la répression la plus létale à plusieurs reprises, notamment en 1988 et entre 1992 et 2000. Mais les circonstances étaient bien différentes. L’armée, colonne vertébrale de l’Algérie depuis toujours, hésitera cette fois à s’engager dans une nouvelle guerre contre le peuple à l’heure des réseaux sociaux et alors que tout le monde se félicite du caractère calme, pacifique et mature de la mobilisation populaire. Des coups fourrés, en revanche, pourraient se produire…

    Mais alors, négocier ? Pour « les décideurs » sous pression, il faudrait d’abord se résoudre à sacrifier, à démissionner Bouteflika. Comment réagirait alors son clan, devenu puissant ? La « rue », en tout cas, ne pourrait ensuite cacher sa joie, son euphorie et les moments de liesse qui s’ensuivraient pourraient donner lieu à toutes les provocations d’un régime qui, d’ailleurs lézardé, se sait victime d’une colossale impopularité.

    « Une rupture radicale »

    Et puis, négocier, mais avec qui ? A l’instar des « printemps » arabes de 2011, cette vraie révolution algérienne se déroule sans que des figures de proue émergent ! Cela pourrait inquiéter les démocrates. Cité par le site Orientxxi.info, l’avocat et ex-homme politique Mokrane Aït Larbi nuance et précise : « Il est d ifficile à ce stade de prévoir l’acheminement d’un large mouvement populaire autonome, qui n’est pas conduit par un leader, et qui a atteint l’amplitude d’une révolution pacifique. Dans tous les cas de figure, le peuple algérien a rompu avec la peur et le désespoir qui poussaient ses enfants à quitter le pays par tous les moyens, y compris par la mer et au péril de leur vie, pour se réapproprier l’initiative et imposer sa parole. Aujourd’hui, le peuple algérien n’adhérera à aucune réforme proposée par l’actuel système, car seule une rupture radicale pour construire une Algérie nouvelle répondra à ses attentes depuis l’indépendance ».

    Les incertitudes demeurent en tout cas pour le moment nombreuses.

    Le Quotidien d’Algérie, 17 mars 2019

    Tags : Algérie, Présidentielles 2019, Bouteflika, transition,

  • Algérie : La légendaire séparation des pouvoirs à l’épreuve de l’exercice du pouvoir

    Une grave crise de confiance dans la politique a saisi toutes les grandes démocraties qui se posent comme pour la première fois, la question de la séparation des pouvoirs.

    Leur modèle politique qui fonde partout, plein d’aspiration est-il en cours d’épuisement au vu des longs épisodes de confusion des pouvoirs qui se produisent, signe d’un sérieux « déficit démocratique ».

    Théorisée par les penseurs phares du XVII ème siècle, la séparation des pouvoirs fait l’objet d’une présentation mirifique du système politique qui a triomphé sur les terres européennes non sans d’âpres et de très longues luttes. 

    Ce système politique est dépeint comme une sorte de triumvirat de pouvoirs bien définis, autonomes et concurrentiels dont les forces gravitent en équilibre dans le champ volatile de la liberté.

    Comme dans un cercle vertueux, les excès intrinsèques à chaque pouvoir seraient annihilés automatiquement grâce à la vitalité du pouvoir qui lui est antinomique formant ainsi l’indispensable contre-pouvoir, pour le plus grand bien de la démocratie.

    Cette présentation attractive mais rationnée du système politique suffit à la curiosité des jeunes ingénus auxquels on inculque les primo rudiments de la culture politique de papa.

    A l’âge adulte, beaucoup auront eu l’occasion heureuse ou malencontreuse de faire quelques nécessaires compléments à même de dévoiler la complexité d’une horlogerie pas si fluide que le vante la réclame.

    Depuis les affres de la crise financière de 2007, les mouvements de contestation se multiplient et font de plus en plus les gros titres de l’actualité en France.

    De tels mouvements surprenants déjà par leur ampleur et leur fréquence, sont surtout hors normes. Ils échappent, en effet à l’habituel mode de contestation, comme celui, bien rôdé des forces syndicales, une espèce en voie de disparition ; comme ils transgressent le code policé des corporations politiques qui se mobilisent au tempo traditionnel.

    Ces mouvements sui generis et sans étiquette politique, déballent à tout-va et sans filtre aucun, des revendications qui échappent à l’entendement de la galerie des politiciens au point qu’une dérive liberticide est venue obscurcir encore plus, un parlement français qui s’est radicalisé à l’occasion de la loi anti casseurs. Cette loi draconienne constitue un trophée pour les tenants du tout sécuritaire qui ont trouvé leurs aises dans le ventre mou du mouvement « en même temps ». Une liberté fondamentale consubstantielle à ce modèle politique, vient d’être rétrogradée.

    Or, la plus pressante revendication de ces mouvements, est celle qui a trait à un aggiornamento de la représentation nationale, afin de permettre à toutes les sensibilités politiques de peser sur les questions de politique publique et fiscale qu’un Pouvoir Exécutif aux boulimiques excroissances, tient sous le boisseau.

    Le supposé contre-pouvoir a cédé. 

    Dans sa version actuelle, le parlement s’aligne. Il se reproduit dans la passivité, créant un désenchantement des jeunes pour la version jugée, éculée de la politique et un rejet épidermique, de l’entité dans laquelle, des franges de la population ne se reconnaissent plus.

    Après la séquence du vote sanction, la séquence de l’abstention, puis celle des mouvements de protestation…Ira-t-on jusqu’à la désobéissance civile et à l’insurrection ouverte ?

    La machine est grippée. Dans le modèle français, l’effritement de la séparation des Pouvoirs au profit de l’Exécutif, nuit au peuple dont la souveraineté est en principe, déléguée à un parlement par définition, représentatif.

    Un parlement d’autant plus faible que la majorité éclair qui le compose a surgi d’un vote recours (le vote contre la peur) et suite à une élévation du taux d’abstention ; une abstention qualifiée d’active, en ce sens qu’elle refuse une offre politique qu’elle trouve lacunaire.

    Tel que pratiqué, le multipartisme de conquête du pouvoir a pour épilogue une alternance automatique quasi programmée au profit de deux partis, deux vieux poids lourds, favorisés par les règles du jeu électoral et qui font l’alpha et l’Omega du spectre politique. Durant des législatures qui se succèdent à l’ennui, dans un changement dans la continuité, le pouvoir législatif qui échoit à la majorité à ADN compatible, sous-traite pour un Pouvoir Exécutif qui se réinvente un exercice quasi exclusif du Pouvoir.

    La marque du conservatisme qui caractérise ce système, transparait derrière la stricte régularité des rendez-vous électoraux. Et, ce conservatisme a eu pour effet la polarisation de la vie politique, plus accentuée à droite depuis les exigences de l’UE et, le sacre renouvelé du Président monarque.

    Ce dernier a pourtant fait ses premières foulées dans le camp socialiste avant de prendre ses distances pour voler de ses propres ailes. Il faut dire que le parti déserté, en perte d’idéologie, a fait dans le « transformisme ». Il a fini par s’atrophier après avoir tenté de jouer la gauche plurielle pour prendre finalement, un virage raté vers la social-démocratie.

    Placé au-dessus de la mêlée, le Président désincarné est juché au sommet de la pyramide pour incarner un Exécutif voulu fort à l’origine de la cinquième république, mais au prix d’un affaiblissement inquiétant de l’assemblée nationale, devenue de par la règle de la majorité présidentielle, la caisse de résonance de l’Exécutif.

    Dans ce cas de figure, le système démocratique respire difficilement surtout lorsque l’Etat est hyper interventionniste.

    Après des mois de chicanes politiciennes au sujet des appels de la plèbe jaune, à une représentation populaire permanente, le parlement de type bicaméral, a fini par envoyer à l’Exécutif de sérieux signaux d’alerte , via sa seconde chambre. Un sénat, pourtant dominé par la droite de toujours et qui a réagit d’autant plus sèchement que le pouvoir judiciaire tarde à intervenir dans une affaire scandale tentaculaire entachant l’Exécutif.

    Depuis la crise de confiance qui touche en particulier, les partis politiques traditionnels qui ont « légalement » ravi le pouvoir à tour de rôle, le système encourt l’impasse, car il ne se dégage plus des urnes toute la légitimité nécessaire pour piloter le destin de toute une nation.

    D’une part, des partis catalogués extrémistes absorbent les mécontentements populaires et parviennent ainsi à rogner sur un projet républicain que chacun peint de ses couleurs, d’autre part, de larges pans de la société désencartée ou non encartée, échouent, tels des naufragés, aux portes de la république qu’ils veulent autre.

    La séparation précaire des pouvoirs n’est-elle pas redevenue qu’une séparation de fonctions techniques d’un pouvoir un et indivisible, comme l’a objectivement décrite Montesquieu ?

    Certes, le retour de la méfiance et de l’unilatéralisme dans les relations internationales, s’accompagnent comme jamais du renforcement des exécutifs et d’un affaiblissement corrélatif des législatifs.

    Mais, la révolution numérique a déjà déplacé les arènes du pouvoir, loin des fortifications qui protègent les traditionnels puissants ; et dans ces joutes aux multiples acteurs, elle semble combler un « déficit d’expression démocratique ».

    Cela suffira-t-il pour provoquer de nouveaux états généraux et pour implémenter une nouvelle conception de la séparation des pouvoirs ?

    Le Jeune Indépendant

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  • Algérie: Analyse de la Plateforme des signataires de l’Appel à la Création de la Coordination Nationale pour le Changement

    Il ne s’agit pas d’une mince affaire, mais d’un plan diabolique qui remonte loin et qui se répète à chaque événement majeur de l’Algérie. Nous allons le démonter avec un peu de patience et de concentration.

    Préambule : Lisons l’Appel

    C’est bien écrit et simple. Il n’y a pas d’analyse de la situation ni d’évaluation de la situation, mais une imposition polie à l’opinion publique de s’aligner et de suivre comme des moutons les faux Messies. Chacun se réclamant de détenir la vérité et le monopole de la représentation populaire. D’un côté il y a l’opposition classique qui négocie en faisant valoir ses signatures de validation de la candidature aux élections présidentielles qu’ils ont déserté et de l’autre côté ceux qui font la comptabilité des « jmini » (j’aime) et « jliki » (je like) des anonymes et des trolls de Facebook, Tweeter et Youtube, confondant la réalité digitale avec la réalité sociale et politique.

    Ils veulent créer une commission qui tire sa légitimité d’une plateforme de signatures et qui donne mandat à un conseil national pour désigner un gouvernement de transition lequel élabore une nouvelle loi et convoque le corps électoral pour valider les choix pris par d’autres. Ce n’est ni le processus historique d’une démocratie, ni d’une République, ni d’un Etat de droit, mais du bricolage, des artifices bureaucratiques, des montages juridiques précaires. Les partis politiques et les élites de la société civile vivent dans la culture des arrangements qui ne durent pas longtemps car les clivages idéologiques sont réels, le fonctionnement démocratique est absent, les concepts philosophiques sont nuls, la connaissance du peuple est inexistante. Nous sommes dans le délire et l’affabulation de microcosmes qui s’imaginent que la dénonciation médiatique du système est suffisante pour faire valoir leurs opinions.

    Ses références
    Nous revenons à la Plateforme de 1995 à Saint Egedio (Rome). C’est une référence purement médiatique car les principaux acteurs qui peuvent peser sur le sens et les conséquences de cette plateforme sont absents :

    Le FFS d’Aït Ahmed refusant l’interruption du processus électoral. Le FFS est éclaté, dispersé.

    Le FLN d’Abdelhamid Mehri et les Réformateurs de Hamrouche-Hidouci refusant l’interruption du processus électoral. Ce courant est minoritaire presque inexistant.

    Le FIS refusant l’interruption du processus électoral. Le FIS est disqualifié puisqu’il n’a ni condamné la violence, ni entrepris une analyse critique de sa part de responsabilité, ni réalisé une maturation politique. Comme les autres partis, il est éclaté en factions, en dissidents, en fin tragique comme Abdelkader Hachani, en isolement comme Ali Belhadj.

    Ces trois acteurs sont politiques et revendiquent la paternité de la Plateforme de Rome. L’acteur principal est occulté : Cheikh Ziani. C’est une grande figure spirituelle à l’image de Cheikh Sahnoun. C’est un érudit et une spiritualité du Titteri (Ksar Al Boukhari, un haut lieu de spiritualité comme Constantine, Miliana, et autres lieux de «rbat» des Almoravides en kabylie). Ce n’est pas un bigot sermonneur, mais un humaniste visionnaire. Comme tous les gens de son école de pensée et de spiritualité, avant la Révolution, pendant et après l’indépendance ont gardé des contacts étroits avec les Chrétiens vivant en Algérie notamment ceux qui avaient défendu la Résistance algérienne et qui se considéraient sur le plan national comme algérien et sur le plan culturel comme musulman. Ce courant se retrouve en Palestine, au Liban, en Syrie, en Iran. Ils sont la cible du sionisme. Ils ont été la cible à Thibhirine. Cet assassinat est complexe, l’histoire et la justice finiront pas l’expliquer. Pour le moment il nous suffit de constater comme la plateforme de Rome a été sabotée et comment la crise algérienne a été gérée par la violence. La population algérienne et les militaires algériens ont payé un prix rédhibitoire. En principe ils ne sont pas prêts à le payer de nouveau.

    Il ne faut pas se voiler la face. Notre histoire est violente, détournée et maquillée par les incompétents. Les plus incompétents ont été les cadres du FIS : ils n’ont jamais su communiquer, fédérer, parler vrai et faire de la politique. Ils se sont contentés de dénoncer les généraux algériens et de criminaliser les militaires sans éclairer l’opinion sur le pouvoir réel, sans donner leur version conceptuelle sur la tragédie, sans proposer un projet alternatif. Par égard pour leurs souffrances, leur exil, je ne vais pas les accabler davantage. Que chacun assume ses erreurs et ses responsabilités. Nous assumons les nôtres en exprimant notre indignation et notre incompréhension devant ce gâchis pour revenir aux mêmes conditions de 1992 et aux mêmes arrangements. L’Algérie mérite mieux.

    C’est bien de s’exprimer et de marquer ses préférences, si elles ne sont pas anachroniques et indigentes. Les cadres du FIS ont été instrumentalisés et ils continuent de faire preuve de naïveté et de fausse route comme si les « musulmans » de cette fin des temps sont génétiquement des incapables. Nous ne pouvons continuer à imputer notre inertie au colonialisme ou au destin, mais au système dont nous faisons partie par notre manière de penser, notre appétit d’accéder au pouvoir et notre absence de fonctionnement démocratique au sein des appareils pris en otage par des clans cooptés et non mus par des idées et des programmes.

    J’ai du mal à comprendre les motivations et les analyses des hommes politiques algériens. En effet comment expliquer qu’au lieu de soutenir un homme qui s’engage à ouvrir le champ politique sans exclusive, ni exclusion vous soutenez ceux qui l’ont trahi ? Comment expliquer cette ambition triomphaliste de gagner des élections alors qu’il n’y a ni élection ni garanties. Quelle est votre rôle : faire de la politique ou effrayer les gens ?

    Avez-vous conscience que le corps social est épuisé, traumatisé et qu’il ne vous suivra pas dans une nouvelle aventure où vous affichez votre désir de revanche ? Savez-vous qu’en faisant un mauvais calcul de pourrissement de l’Algérie en laissant Boudiaf et Liamine Zéroual seuls sous prétexte que vous étiez persécutés, la mémoire collective des corps d’armées blessés dans son amour propre par sa criminalisation et par le comportement indigne de ses chefs ne peut éprouver pour vous de la sympathie, de la compassion et s’opposera à votre ambition politique.

    Vous n’avez rien compris en cultivant le syndrome victimaire, vous n’avez rien compris en faisant peur aux éradicateurs qui ont toujours en main les appareils militaires, sécuritaires, économiques et médiatiques et qui vont imposer la solution qui les préserve de votre revanche quitte à bruler l’Algérie. Colporter des rumeurs et de fausses informations soit disant provenant des services ou des diplomates ne sert ni votre cause et encore moins celle de l’Algérie. Vous n’êtes que des saltimbanques de foire foraines. La politique c’est autre chose.

    Ceux qui ont soutenu, “islamistes” et “progressistes”, l’Empire et l’OTAN lors de l’agression de la Libye et de la Syrie ne peuvent faire partie de notre lutte pour l’indépendance et la souveraineté. Ils sont incapables de faire une lecture objective de la situation mondiale, ils ne peuvent se libérer de leur cadre partisan et sectaire. Ils n’ont pas de courage politique. Ils ne présentent aucune crédibilité et n’offrent aucun gage pour l’avenir.

    Sur le terrain politique en 2019, le FIS est éclaté, il n’a pas fait son mea culpa préalable à son rétablissement dans la conscience populaire. Le FFS est éclaté. La société civile vit ses fantasmes idéologiques dans les livres d’histoire de la France. Ils sont tous des anachronismes, des débris sans possibilité de se fédérer et encore moins à fédérer. Les slogans portés par le peuple ne peuvent être synthétisés de cette façon réductrice et politicienne.

    Son contenu et ses conséquences :

    Maintenant que nous sommes en présence des profils de l’indigence politique, nous pouvons croire avec certitude que le scénario « B » et l’acte 5 sont en train de se mettre en place. Notre sentiment le plus profond est qu’il n’aura pas d’écho, ni dans l’armée, ni dans le peuple, ni dans l’opinion des grandes figures politiques algériennes toujours en retrait. Elles vont se manifester à un moment où il ne serait plus possible de se taire. Pour l’instant, il y a encore une perte de temps.

    Les appareils qui se mettent en place ne s’adressent qu’à l’opinion nationale laissant le soin au système en place de communiquer son plan de maitrise de la situation. C’est à juste titre qu’ils ne mettent pas en lumière les convergences des appétits nationaux et internationaux.

    Ils mettent des appareils au sommet alors qu’il faut mettre des dynamiques de débat à la base. C’est la même culture de la pensée unique. Ils n’apportent pas de réponse à la question de la légitimité et du mode de désignation des personnels qui seront en charge du pilotage de la plateforme.

    Tous les partisans de ces formules, sans lendemain, sont dissidents de quelque chose. Le peuple a changé, mais eux n’ont pas changé, ils ne peuvent conduire le changement ni apporter des garanties de rupture. Et pourtant les populations algériennes ont délivré un message sans équivoque : pas de prolongation ni de maintien sous quelque forme que ce soit.

    Les partis politiques et les élites de la société civile vivent dans la culture des arrangements qui ne durent pas longtemps car les clivages idéologiques sont réels, le fonctionnement démocratique est absent, les concepts philosophiques sont nuls, la connaissance du peuple est inexistante. Ce sera encore une perte de temps pour faire refroidir la machine thermique et ne pas produire du travail utile. Nous sommes au cœur de la lutte idéologique en faisant porter les idées et le plan de l’ennemi par ses adversaires et ses ennemis.

    Se poser les véritables questions sur l’Algérie et la nature du pouvoir

    La question qui va se poser est simple : l’Algérie est un pays vaste avec 42 millions d’habitants, une position géostratégique complexe, une position ciblée par les intelligences et les classes compradores alliés de l’Empire et du sionisme. Comment faire face à tous ces défis avec des caisses vides, un peuple maintenu à l’écart, une nouvelle constitution qui va s’attaquer aux fondamentaux de l’État et aux sensibilités de la personnalité algérienne dans un cadre transitoire, fragile et éphémère ? Qui aura l’autorité de gérer les troubles, la subversion ? Qui aura la légitimité de s’engager avec les Étrangers ? Qui aura le pouvoir de s’adresser au peuple et lui demander des sacrifices en cas malheurs ou de circonstances tragiques ?

    Militer et faire de l’agitation politique et sociale est une chose, gouverner en qualité de Grands commis de l’État, de capitaines d’industrie, d’ingénieur social, de diplomates chevronnés, de chef d’armées. L’Algérie n’est pas un mouchoir de poche ou une maquette de Monopoly.

    D’une manière ou d’une autre nous serons confrontés aux vraies questions : la nature du pouvoir, qui l’exerce de fait, la bonne ou mauvaise gouvernance, la stabilité sociale et l’État de droit. L’intelligence politique et la compétence en matière de gestion savent que la transition n’est pas une solution. Nous sommes en transition, en vacance du pouvoir, en confusion depuis longtemps. Nous avons épuisé les formules de conseil de la révolution, de comité de sursaut national, de haut comité et toutes trouvailles pour masquer la faillite et maintenir la rente.

    Nous disons NON !

    Nous sommes encore dans les préliminaires de l’acte 5 ou dans les soubresauts de l’acte 4.
    Les acteurs principaux n’ont pas joué leur rôle et n’ont pas dit leur dernier mot. Le reste c’est de la diversion, de faux équilibres. On ne construit pas du nouveau et du définitif avec l’esprit de revanche, avec la faillite dans ses propres rangs, l’échec en qualité de gestionnaire.

    Il est facile de créer des « interlocuteurs valides » lorsque la situation l’exige, mais la question qui se pose est simple « l’interlocuteur validé » a-t-il des interlocuteurs réels et bien identifiés ? Le peuple dans sa diversité est-il son interlocuteur pour lui délivrer un message ? Nous savons tous et nous l’affirmons très haut et très fort que le pouvoir algérien en place n’est pas le détenteur véritable du pouvoir, mais un auxiliaire.

    En 1992, le régime a initié une plateforme et une conférence nationale avec comme slogan « ouverture à tous sans exclusion, mais exclusion de ce qui s’excluent par eux-mêmes » plus flou et plus vicieux que ça il n’y en a pas. Il réitère les mêmes manœuvres !

    Il faut donc pousser cet auxiliaire à s’effacer en délégitimant, par voie pacifique, sa représentativité, ses scénarios et ses hommes, afin de laisser le pouvoir réel se manifester et s’exprimer. Il faut oser et savoir parler en Commis d’État à la France et aux États-Unis et leur dire les points d’intérêts mutuels et les points de convergence.

    Nous pouvons travailler sur un nouveau partenariat fondé sur la compétition internationale hors du monopole et de la tutelle dans le domaine économique, financier, sécuritaire, culturel et scientifique. Nous devons faire pression sur les vrais décideurs de l’Étranger qui ne sont pas ceux qui occupent l’Élysée ou la Maison Blanche. La feuille de route de renégociation ou de rupture avec l’Étranger n’est pas à inventer : nous avons les fondamentaux de la Révolution algérienne et nous avons les revendications du peuple algérien qu’il a exprimé dans les places publiques au cours de ce mois de mars 2019. Nous avons aussi les ressources stratégiques que nous pouvons nationaliser, les accords internationaux que nous pouvons remettre en cause, les crimes contre l’Algérie que nous pouvons porter devant les tribunaux. Ou bien ils coopèrent maintenant ou ils se préparent à faire leurs valises.

    Il faut oser dire les choses. Nous avons plus de moyens que les Iraniens ou les Syriens, nous pouvons dire plus et plus fort.

    L’hors-jeu de la plateforme :

    Le grand acte que ces manifestations ont mis en évidence : la fraternisation sociale, c’est à dire la justice sociale et la consolidation identitaire. Il ne s’agit pas d’une invitation aux arrangements et aux concessions politiques et idéologiques. Chacun devrait pouvoir militer librement pour ses idées et dans son cadre idéologique et organique propre, mais ne pas devenir le porte-parole d’un peuple qui ne l’a pas désigné par voie élective. Nous sommes des jalons sur la route, pas plus.

    Il est facile de reproduire le système mis en place en Tunisie et en Égypte où les arrangements contre nature ont eu lieu afin de confisquer et de caporaliser les manifestations populaires. Ensuite, l’Empire et ses vassaux sapent ces arrangements éphémères et fragiles pour imposer leur solution. Que sont devenus Merzouki et ses droits de l’homme, Ghannouchi et sa solution islamique et les progressistes avec leur démocratie et leur citoyenneté factice : effacés du paysage politique, les plus experts en arrangements tentent de se trouver une place dans les coulisses ou dans les strapontins. L’Empire et le sionisme contrôlent et verrouillent le système. Le peuple tunisien est toujours exclu du progrès social et de la démocratie.

    Il est facile de reproduire les tractations mises en place par Khaled Nezzar, Sid Ahmed Ghozali pour reconduire le système ou importer un second Boudiaf ou un cinquième Bouteflika. Pour cela il faut amuser la galerie et lui faire miroiter l’intelligence de son élite et de sa probité politique par des organes médiatiques qui servent la rente et qui sont produits par la rente. La rente n’est pas seulement économique, mais le prestige entretenu d’être un grand militant, un grand démocrate, un islamiste éclairé, un Mahdi attendu qui peut se passer du peuple et régler les problèmes des hommes.

    La convergence des apprentis politiciens avec les grands diables :
    N’est-ce pas remarquable, la convergence entre d’une part les appels de l’ancien premier ministre Ouyahia et le chef d’Etat-Major de l’armée Gaïd Salah demandant de répondre aux doléances du peuple et d’autre part les groupes constitués qui se disent : Nous sommes la réponse du peuple ? Le grand orchestre rouge est à l’œuvre, mais chaque fois qu’il met une partition à jouer, les instruments perdent la mesure et sonnent faux.

    Le manquement au devoir

    Les offreurs de la plateforme du salut ou du naufrage public, s’ils étaient vraiment sérieux et fiables, auraient été mieux inspirés et plus efficaces en convenant d’une charte éthique, d’une plateforme idéologique, d’un cadre déontologique où ils s’engageraient chacun à respecter la souveraineté populaire quel que soit le résultat des urnes, à défendre les symboles de l’État et à refuser toute atteinte à ce qui fait une nation : un territoire, un peuple, des ressources et un État.

    Le territoire est en danger, les ressources sont dilapidées, le peuple, par ses manifestations grandioses a plébiscité la rupture et le désir de changement. Il faut le conduire vers la chute du régime par la voie des urnes sinon par l’auto organisation pour reprendre en main son destin et non refaire diversion, remettre en place le système de cooptation et bavarder sur les évidences.

    Il faut provoquer la rupture et l’accompagner, non plus en termes d’expression médiatique ou politicienne, mais en termes d’ingénierie : produire de la pensée et mettre les couches populaires et les différentes composantes de la société algérienne en situation d’impression mentale : voir la trajectoire de la rupture et du changement en leur qualité d’acteurs principaux et non en situation d’agent auxiliaire. A chaque événement majeur, le peuple exprime ce qui est imprimé dans sa conscience : le désir de liberté et d’exercice souverain de ses responsabilités. Mais cela fait plus de vingt ans que les mêmes stérilités politiciennes proposent des cadres organiques pour récupérer le mécontentement populaire et le canaliser vers le scénario mis en place par le pouvoir. Le colonialisme connait parfaitement nos mentalités avides de pouvoir et déficitaires en termes de reconnaissance sociale, ce qui met nos élites en situation d’erreurs de navigation, de direction sans cap, ni boussole, ni commandement lucide.

    Il est quand même curieux que les termes « citoyen » et « mouwatana » aient disparu du lexique politicien et de leur cadre organique en chantier ? Il est quand même curieux qu’aux attentes du peuple en faveur de l’ouverture et de l’espoir, on ne lui propose que des espaces clos qui ont montré par le passé leurs illusions et le désespoir qu’elles engendrent. Vivre en proximité sociale avec le peuple ne peut se confondre avec « militer » au cœur des manifestations festives populaires et au centre de l’objectif médiatique.

    Le chemin de la rupture et du changement

    Le chemin est encore long, l’horizon est encore bouché. Ne confondons pas le stratégique de l’accessoire, ne confondant pas la dynamique avec les appareils, ne confondant pas l’avenir avec le passé, ne confondant pas l’idée de la Rupture et du changement avec les instruments de l’immobilisme et de la rente… Souvent faire de la politique politicienne ou de l’agitation sociale et médiatique est une situation de rente que nous entretenons avec conscience ou inconscience, mais avec les mêmes conséquences dramatiques. Il y a des lois sociologiques, psychologiques, économiques et politiques qui régissent le changement. Ce serait trop facile de faire le changement avec des cadres organiques sans mécanismes et des coquilles vides sans idées. Ce serait trop simple que l’histoire se déroule d’une manière linéaire.

    Si, pour faire une mayonnaise, il faut une dynamique d’émulsion que dire alors d’une révolution ou d’une libération par voie pacifique bureaucratique sans mouvement d’idées, sans atomes d’énergie, sans molécules de fédération. Que dire alors d’une transition, d’un conseil ou d’une plateforme livrés aux réseaux maffieux, à la corruption des juges, à la rente, à la diversion médiatique et à l’arbitraire du temps ? Il faut donc aller au plus vite à la démarcation stratégique et à la confrontation décisive en combinant les deux processus pour ne pas perdre du temps et ne pas dissiper l’énergie populaire :

    Les Assemblées populaires pour que les populations créent leur propre cadre de libération en s’organisant, en débattant et en produisant leurs idées et leurs élites libérées de toute tutelle bureaucratique et de toute caporalisation politicienne. Il ne s’agit pas de laisser les jeunes improviser et s’exposer à la répression, mais de faire converger tous les mécontentements sociaux, corporatistes et politiques vers une unité de lutte contre le système. Encore une fois, il ne s’agit pas de faire émerger des leaders, mais de générer une dynamique autonome et structurante par sa capacité à éveiller les consciences et à être une force de propositions et un esprit d’initiative.

    Les élections démocratiques : chaque algérien = une voix. Le gagnant est celui qui a le plus de voix sans exclure ceux qui ont moins de voix.
    Lorsqu’on parle de confrontation, on vise la démarcation irréductible avec la logique du système et de ses relais. La démarcation ne signifie pas la recherche du contact physique et violent avec les forces de sécurité qui sont entrainées à la répression sans état d’âme.

    Proposition hors des appareils et des partis politiques :

    Il y a une proposition hors des appareils : les Assemblées populaires qui commencent par la base et sur le principe démocratique du débat d’idée et de la loi de l’évolution : la fonction crée l’organe et non l’inverse ? Nos politiciens et notre société civile veulent faire l’inverse créer des appareils et demander aux gens du commun d’adhérer comme des moutons qui n’ont aucune prise sur la transition ni sur le gouvernement de transition ni sur l’élaboration de la Constitution.

    Les cadres proposés ne sont qu’une manière de dissiper l’énergie populaire et de faire diversion. La confrontation ne consiste pas à provoquer les forces de sécurité ou à faire violence, mais c’est accepter le rapport de force par les manifestations pacifiques qui débattent au lieu de se défouler en festivités, le rapport d’intelligence en exposant les véritables solutions et en suivant avec lucidité l’évolution nationale et internationale pour déjouer les stratagèmes et les agressions.

    Les cadres proposés ne sont qu’une manière de donner du temps au pouvoir réel de se repositionner et d’obtenir des concessions stratégiques. Nous n’avons ni le droit ni le temps de refuser de nous démarquer d’une manière nette et décisive dans ce qui se trame à ciel ouvert. La démarcation est entre le vrai et le faux, le réel et l’illusion. L’esprit de revanche et les calculs politiciens opportunistes ne vont mener nulle part.

    Les contradictions entre vraies et fausses solutions vont créer le clivage réel
    Je suis presque sûr que, maintenant que Bouteflika est oublié et définitivement sorti de l’arène, la contradiction principale et l’opposition réelle va se jouer entre les partisans des fausses solutions bureaucratiques et les militants de la libération des Algériens c’est à dire la rupture avec le système, ses magiciens et ses élites pour une nouvelle Algérie qui passe par une seconde République. Les grandes figures nationales vont finir par sortir de leur mutisme ou de leur neutralité et faire basculer le rapport des forces en faveur de la rupture. Les choses à ce moment iront en s’accélérant et en s’intensifiant. Plus c’est dense et rapide plus l’inertie sera vaincue et la dynamique sera structurante et difficile à stopper à moins d’un coup de force par les armes. Même dans cette situation, le système a perdu l’initiative et a perdu toute légitimité et tout espoir de se reconstruire.

    Si ces « interlocuteurs valides » s’étaient exprimés avec force et transparence pour exiger des garanties et mener à son terme le processus électoral et ainsi faire dégager le système par les urnes, nous aurions applaudi à leur solution actuelle lorsqu’il ne restait que l’ultime solution : mobiliser les électeurs pour défendre leur choix et imposer leur candidat élu. Les Algériens ne sont pas des tarés. Ils ont vécu un processus électoral et leur mentalité collective sait trois choses :

    les politiciens médiocres refusent la confrontation des urnes

    le peuple peut sanctionner ou glorifier par les urnes

    les populations victimes du terrorisme et de la répression savent qu’en allant sur le rapport des forces elles ont été mises en situation de défaite et elles savent qu’il fallait malgré le tout sécuritaire et l’illégitimité conserver en sa faveur le rapport d’intelligence et le refus de la violence pour reconstruire ses élites décimées ou corrompues. Toutes les élites de 2019 sont d’une manière ou d’une autre, dans un clan ou dans l’autre, le résultat de l’errance et de l’improvisation voire de la convergence avec le régime en place.

    Nous disons NON !

    Il y a eu viol de la Constitution, il y a illégitimité et illégalité. Maintenant il n’y a qu’une seule solution revenir à la légalité et « négocier » le départ pacifique du régime ou se préparer à la vacance du pouvoir et négocier avec les Forces armées contraintes d’imposer leur solution légale : loi martiale, fermeture des frontières, contrôle des médias et mise en place d’un haut conseil de salut national. L’armée algérienne ne fera pas appel aux apprentis de la politique. Elle tient à jour son fichier. La bataille sera d’un autre niveau. Qui a la stature pour débattre avec les commandants des forces combattantes ? Quelle solution va-t-il leur proposer ? Sur quel soutien populaire va-t-il s’appuyer pour négocier la « Transition ». Lorsqu’on met la charrue devant les bœufs ou lorsque l’on sonne midi à quatorze heures, le militaire a déjà son ordre de bataille écrit et déployé sur une lecture réelle du terrain.

    Le pari

    Je fais le pari d’une olive contre un baril de miel que si nous voulons réellement soutenir ce peuple, notre devoir est de faire des analyses et d’offrir des outils méthodologiques et conceptuels et le laisser s’organiser sans nous. Nous ne sommes pas la solution, mais une partie du problème.

    Je fais le pari qu’ils ne pourront aller que vers l’impasse. La fédération et la synergie se fait dans la planification avant l’action ou juste au moment de la manifestation de la crise. Dans ce dernier cas les livres d’histoire, les expériences de gestion, les manuels de psychologie sociale et les essais politiques montrent qu’il s’agit toujours de « la rencontre d’un homme avec un peuple », chacun est à la quête de son destin. L’histoire ne s’est jamais accomplie à plusieurs et en concurrence et hors propos.

    L’histoire de l’Islam politique est achevée. Les syllogismes de l’État islamique, de la solution islamique, de « Dieu a dit et le Prophète a dit », de la « siyassa char’îya » (politique « légale ») ont montré leurs limites théoriques, méthodologiques et praxiques. Le monde musulman et en particulier l’Algérie ont besoin de la Politique sans « isme » et de la guidance spirituelle de haut niveau sans esprit sectaire ou appartenance partisane. La politique est une science, la spiritualité est une communion avec la création et le Créateur par une éthique et une esthétique. Cela ne relève pas du religieux, mais de l’âme.

    Omar MAZRI – ALGERIE RUPTURE

  • Algérie : La Kabylie dans la révolte algérienne : et maintenant ?

    Les évènements qui secouent le pays depuis le 22 février et les manifestations impressionnantes qui font battre le pavé à des millions d’Algériens ont fini par réveiller le peuple en entier de sa léthargie.
    L’incroyable arrogance et la cécité du cabinet occulte au pouvoir a poussé son outrecuidance jusqu’à présenter le président Bouteflika pour qu’il rempile avec un cinquième mandat malgré une incapacité physique absolue et évidente à diriger le pays. Un geste qui avait fait de l’Algérie la risée des médias internationaux et considéré par l’écrasante majorité des Algériens comme l’humiliation de trop. Une décision qui a fini par exploser à la figure du gouvernement qui voit comment depuis le 22 février 2019, des millions d’Algériens réclament chaque vendredi le départ du système en entier et une deuxième République digne de ce nom.

    Les marées humaines des manifestants ont pris de court le gouvernement actuel mais aussi tous les observateurs, car depuis l’indépendance et mis à part quelques cas de révoltes dans d’autres régions comme le Sud algérien, les manifestations massives venaient plutôt de la Kabylie. Même les mal nommés « Printemps arabes » sont passés en catimini sans grands chamboulements.

    Les Algériens, échaudés par les évènements de 1988 et avec les massacres et les atrocités de la décennie noire à l’esprit, étaient disposés à supporter beaucoup de dépassements en contrepartie de la paix. C’est là-dessus qu’a joué Bouteflika avec sa politique de réconciliation nationale dont il a usé et abusé au point d’en faire une constante nationale et de son auteur un demi-Dieu, un Fakhamatouhou ! C’est donc avec une grande surprise que la gérontocratie au pouvoir voit cette colère – encore pacifique et très civilisée – toucher toutes les régions d’Algérie avec néanmoins certaines différences notables en Kabylie, qui est probablement la seule région du pays où les appels à la révolte ont été perçus de manière différenciée et peu homogène.

    Il est bien entendu, que le souhait de faire tomber ce pouvoir est également partagé par la Kabylie. Le nouveau système qui en ressortirait ne saurait être pire que l’actuel. Demeurer en marge de cette véritable révolution reviendrait, en outre, à se mettre hors-jeu et perdre des atouts pour placer des revendications propres. La Kabylie n’a donc rien à perdre à s’impliquer et à participer au formidable mouvement citoyen. Il ne fait pas de doute, par ailleurs, que le succès de cette révolte « du sourire » a donné une image très positive du pays, avec des manifestants pacifiques, créatifs, solidaires et qui ont surtout fait preuve d’une très grande dose d’humour dans leurs slogans.

    Une révolution dans l’état d’âme des Algériens qui semblent soudain se réconcilier avec eux-mêmes et leur pays. «C’est la première fois depuis longtemps que je n’ai plus envie de quitter mon pays » proclame une des nombreuses pancartes portées par les manifestants. Ce mouvement et les milliers de drapeaux algériens brandis tous les vendredis depuis le 22 février contribuent à la renaissance de l’amour de la patrie et au renouveau d’un nationalisme algérien qui souffre depuis longtemps de la gabegie, la corruption et la médiocrité des dirigeants du pays. Un nationalisme qui appelle à la constitution d’un front uni d’abord contre le cinquième mandat et ensuite contre le système et tout ce qu’il représente.

    Algérie vs Kabylie : lutte pour l’occupation emblématique des espaces symboliques

    Il ne fait pas de doute que la généralisation de ce mouvement à tout le pays n’a pas manqué d’affecter la longue tradition d’opposition kabyle contre le « pouvoir ». Un regard sur les réseaux sociaux et leur rôle fondamental dans ces évènements laisse facilement apparaitre des positionnements différents et qui coïncident globalement avec les tendances politiques qui traversent actuellement le paysage politique kabyle. La formidable réaction du peuple algérien contre le cinquième mandat, la maturité politique des manifestants et le retour d’une Algérie belle et rebelle exigeant la fin du système a provoqué une véritable euphorie de nature à pouvoir désactiver les revendications kabyles dans la mesure où celles-ci se justifient fondamentalement par une absence de liberté et de reconnaissance de la diversité en Algérie et particulièrement des revendications en Kabylie. L’impact du mouvement pourrait donc se traduire par une démobilisation ou une diminution de l’adhésion aux idées autonomistes ou souverainistes. Dans ce sens, des appels ont été lancés pour ne pas porter le drapeau kabyle ou amazigh pendant les manifestations sous prétexte qu’il fallait « reporter » ces revendications à plus tard, une fois le système dégagé.

    Beaucoup en Kabylie ont suivi ce raisonnement. La conviction d’être « un Algérien comme tous les autres », certains complexes de culpabilisation (mauvais ‘arabe’ ou ‘mauvais musulman’) ou une certaine haine de soi font que certains kabyles veulent «démontrer » leur algérianité en assumant le seul drapeau algérien comme symbole identitaire et s’opposant à tout autre emblème comme menace au front unitaire.

    Pourtant, l’amazigh étant langue officielle en Algérie, l’emblème qui le représente devrait être partagé par le reste de Algériens, or, on ne voit jamais ou pratiquement jamais ce drapeau amazigh arboré dans les régions d’Algérie non berbérophones, même si, selon le discours officiel, elles seraient également toutes amazighes.

    D’autres voix dont surtout celles des autonomistes du Rassemblement Pour la Kabylie (RPK) ou leurs sympathisants n’ont pas tardé à se faire entendre pour avertir du danger d’un tel comportement et demander, au contraire, d’aller aux manifestations mais avec des drapeaux algériens et amazighs,

    Il y a enfin ceux qui appellent à manifester avec l’anay aqbayli – le drapeau spécifiquement kabyle – qu’ils soient du MAK ou pas – et qui considèrent que les militants pour l’indépendance de la Kabylie devraient occuper des espaces avec leurs propres symboles afin de se donner plus de visibilité.

    Relevons aussi que si le drapeau– dit aussi fédéral – des Amazighs est dorénavant toléré en public même s’il est pratiquement inexistant en dehors de la Kabylie et des régions berbérophones comme les Aurès ou Ghardaia, il n’en va pas de même pour le drapeau kabyle. Ce drapeau connaît l’exclusion et la prohibition qu’avait connues en son temps l’actuel drapeau amazigh. Son outrage : être assimilé avec le séparatisme et les souverainistes. Comme si l’autodétermination était un délit. Faire flotter ce drapeau durant les manifestations de ces dernières semaines inclut des risques pour son auteur de se faire huer ou d’être empêché de le brandir dans certaines villes du pays mais aussi au sein de la diaspora algérienne. Les premières escarmouches dans ce sens se sont déjà produites aussi bien en Kabylie qu’au sein de la diaspora en France ou au Canada par exemple, où les manifestants ont tenté d’expulser ou d’interdire le drapeau « kabyle », assimilé au « séparatisme » du MAK. Cet emblème ne peut-être d’ailleurs brandi qu’en Kabylie. L’exhiber dans le reste de l’Algérie, à fortiori, dans la capitale algérienne ferait courir à son auteur le risque d’être lynché ou emprisonné. Nous sommes loin, très loin, de l’Espagne par exemple, où des milliers d’indépendantistes catalans sont allés manifester ce dimanche 17 mars à Madrid, pour couvrir de leurs couleurs et drapeaux la ville de Madrid, la capitale, au cœur même du pays…

    Les questions de représentation dans une hypothétique conférence nationale

    À ces différences dans le rapport aux emblèmes symboliques s’ajoutent une série d’autres questions sur une hypothétique conférence nationale pensée comme un préalable pour une sortie de crise et à la fin du système. Proposée comme formule pour introduire « les changements profonds » promis par Bouteflika au cas où il serait élu pour un cinquième mandat, cette conférence bute dès le départ sur de grandes confusions. Des listes de personnalités ‘nationales’ non impliquées dans la gestion politique commencent à circuler dans les réseaux mais sans que le gouvernement actuel donne le moindre indice sur des questions fondamentales, d’abord, autour de l’institution en tant que telle comme son indépendance, sa liberté d’action, sa composition ou ses critères de fonctionnement. Ensuite sur la forme de désignation de ses composantes. Quels en seraient les critères de choix ou les mécanismes de représentation de ses membres ? Sont-ils géographiques, démographiques, linguistiques et culturels ? Serait-ce l’appartenance à des tendances politiques ou religieuses ?

    Faudrait-il, comme le rappellent certains internautes, revenir aux structures des régions pendant la guerre de libération nationale avec les six wilayas historiques (Aurès, Nord-constantinois, Kabylie, Alger/Algérois ; Oran et Sahara) ?

    Même l’idée même du choix d’interlocuteurs ou de représentants du mouvement citoyen risque d’être un écueil important. Elle pose, en effet, un certain nombre de problèmes: de quelle légitimité les personnes élues et/ou désignées peuvent-elles se prévaloir ? Une fois élues, ces personnes ne risquent-elles pas de faire l’objet soit de manipulation, d’influence ou de pression de la part des autorités ? Comment se prémunir des risques de corruption ou de récupération ? Enfin, la désignation d’un comité, conseil ou groupe pour négocier avec l’État l’avenir du pays ne risquerait-elle pas de détourner le focus et l’attention – actuellement braquée sur le peuple – vers des individus alors que la puissance actuelle du mouvement citoyen réside justement dans la force et la créativité, la solidarité et la dynamique du peuple qui manifeste de manière solidaire son rejet du pouvoir ?

    Faudrait-il s’appuyer sur l’expérience de laεrac et penser à une représentation concentrique et évolutive : par village, daïra et wilaya ? Ce mouvement qui avait mobilisé de très grandes masses en 2001 pourrait-il transcender les villages et les daïras ?

    Après l’euphorie et la gueule de bois : poser les véritables problèmes
    Les critères de représentation clarifiés et adoptés l’objectif serait alors d’arriver enfin à un consensus. Mais avant, certaines questions se profilent déjà comme des os durs à ronger : les divergences idéologiques profondes qui peuvent exister entre la Kabylie et d’autres régions d’Algérie et qu’il ne conviendrait surtout pas de balayer sous le tapis. Les problèmes seront donc redoutables et il faudrait alors une bonne dose de patience, de tolérance, de capacité d’écoute et de dialogue pour les affronter.

    – Le type ou la forme de gouvernance à choisir : Le système jacobin extrêmement centralisé suivi et adopté par les gouvernements successifs a permis de concentrer et d’accaparer tous ces pouvoirs entre les mains d’un groupe de personnes et de clans depuis l’indépendance.

    Ce centralisme a engendré une politique d’homogénéisation uniciste construite sur des piliers idéologiques monolithiques et exclusifs: une langue : l’arabe, une religion : l’islam ; un gouvernement : le FLN et ses dérivés. Ces choix ont servis aux clans au pouvoir à faire l’impasse sur la diversité culturelle, religieuse et linguistique et en même temps à faire main basse sur les richesses du pays. Des sommes colossales ont été dépensées pour des projets aussi pharaoniques qu’absurdes. Le tout dans un contexte de corruption généralisée et systématisée qui fera le lit de l’injustice, des conflits identitaires mais aussi des problèmes économiques et de représentation démocratique de la population : les libertés individuelles et collectives seront désormais mises sous le boisseau des fameuses « constantes nationales » et des non moins célèbres « valeurs de Novembre » comme la défense de l’ «unité de la nation », la langue arabe et l’islam comme langue et religion de l’état post-indépendant.

    S’il y a unanimité pour rejeter en bloc tout le système et tout le personnel politique et son discours, les Algériens – tous les Algériens – seraient-ils disposés à accepter de remettre en cause ces constantes nationales sur lesquels se fondent ce système pourtant honni et maudit? Seraient-ils disposés à dépasser les schémas unicistes du formatage nationaliste pour refondre le système de gouvernance afin d’évoluer, par exemple, vers un système fédéral des régions tel qu’il est demandé par une bonne partie des forces politiques en Kabylie ? La réaction franchement opposée du candidat à la présidence – le Général Major Ali Ghediri, pourtant présenté comme « le candidat du changement » – en dit long sur la profondeur du problème et de la phobie que provoque une telle idée dans d’amples secteurs de l’opinion nationale. Comment compenser l’évidente disparité régionale sur ce point ?

    – L’islam e comme religion d’État : le reste de l’Algérie serait-il disposé à accepter le débat sur le rôle de l’islam en Algérie et son corollaire, la laïcité comme le demande de grands pans de la société kabyle où cette revendication transversale et reprise par l’ensemble des agents politiques de la région (RCD, FFS ; MAK ; RPK ; MCB ; URK) ?

    – Le reste de l’Algérie accepterait-il la diversité religieuse et les mêmes droits et obligations aux autres religions que l’islam (christianisme), voire même à d’autres tendances musulmanes qui ne soient pas le sunnisme malikite officiel (l’ibadisme, Ahmadis etc..)? .

    – Accepterait-il de revenir sur la fameuse triade des Oulémas l’Islam est notre religion, la langue arabe est notre langue, l’Algérie est notre patrie) pour supprimer de la future constitution l’article qui proclame l’Islam comme religion d’État? Serait-il disponible à accepter un système de gouvernement qui assurerait la diversité religieuse?

    – La majorité des Algériens accepterait-elle de revenir sur le code de la famille pour tout simplement le supprimer pour ne laisser qu’une seule loi et égale en droits et en obligations aussi bien pour les hommes que les femmes?

    – Le rôle des langues : les Algériens seraient-ils disposés à accepter que les langues autochtones comme le kabyle aient vraiment le même statut que l’arabe en Algérie ou du moins dans les territoires dont elles constituent la langue propre ? Accepteraient-ils même le concept de langue kabyle ? Accepteraient-ils de territorialiser les usages linguistiques et de reconnaître le kabyle comme langue propre de la région si une majorité de sa population le demande comme semblent le démontrer toutes les statistiques de l’enseignement de « l’amazigh » en Kabylie?

    Ce ne sont que quelques points qu’il faudrait absolument débattre et ne pas « reporter » à « plus tard » comme le demandent certains appels de nationalistes algériens. Il faudrait, cette foi, savoir tirer des leçons de l’Histoire – pourtant bien récente du pays – pour mettre sur le tapis la question de la définition identitaire de l’Algérie. L’éviter ou la reporter « à des jours meilleurs » nous ferait revivre un autre épisode de la crise dite « berbériste » de 1949 et tout ce qui en découlerait par la suite. Tenir compte du fait, que cette fois, toutes les priorités sont des priorités.

    Imposer ou construire ensemble l’unité ?

    Si la Kabylie veut continuer à vivre dans une Algérie unie – et l’écrasante majorité y serait prête, pour peu qu’elle s’y sente à l’aise – les forces politiques kabyles doivent d’abord trouver et proposer des solutions où chaque entité sociolinguistique, chaque région, évoluera selon ses spécificités. Le monde a connu plusieurs modèles d’État. Il est possible d’en adapter un aux besoins du pays. Les avantages en seraient incommensurables et l’impact formidable en terme de débauche d’énergies et de créativité. Le slogan « Un peuple, une langue, une religion » est périmé. Il est même dangereux et liberticide pour la diversité et la tolérance. Cette jeunesse assoiffée de changement et de vie osera-t-elle franchir le Rubicon et en finir avec l’unanimisme euphorique et idéologique ? Osera-t-elle la diversité ? Verra-t-on des pays où le drapeau d’une idéologie acceptera d’autres emblèmes pour exprimer la diversité des régions, des cultures, des langues et des peuples ? Osera-t-elle, cette jeunesse, la mixité, le respect total des femmes dans tous leurs droits, le renvoi de la religion aux espaces privés ? Finiront-ils, un jour, cette jeunesse et ce peuple, par cesser de confondre diversité avec division, uniformité avec unité, libertés individuelles et collectives avec la fameuse main de l’étranger ?

    Les revendications berbères et kabyles en particulier sont une réalité intangible de l’Algérie. La prise de conscience identitaire est irréversible et ne peut aller que de l’avant. L’inflexibilité des pouvoirs, la répression, le déni ou la force ne sont pas et n’ont jamais été la solution ni éliminé les conflits. L’histoire de l’Algérie et des peuples l’a largement démontré.

    Oui, mettre tout cela sur la table … tout de suite et maintenant ! Méditer cette phrase visionnaire de Mouloud Feraoun – ignoré et exclu comme tant d’autres créateurs kabyles – par l’idéologie jusqu’à présent dominante : « Pauvres montagnards, pauvres étudiants, pauvres jeunes gens, vos ennemis de demain seront pires que ceux d’hier. » (M. Feraoun; Journal 1955-1962, 12 janvier 1957).

    Voilà pourquoi, les forces vives kabyles doivent déjà penser à réfléchir et à se concerter. Elles doivent le faire dans un respect absolu de toutes les idées et toutes les propositions sans exception pour peu qu’elles s’appuient sur des arguments pacifiques. L’autodétermination est également une idée politique qui a une existence réelle en Kabylie et qui – à ce titre – devrait être respectée. En Kabylie, en Algérie, comme ailleurs. Dans le sens opposé, il est également nécessaire que les souverainistes kabyles acceptent le fait qu’un Kabyle puisse refuser cette idée sans être taxé de traître ou de mauvais kabyle. Seul un système de représentation politique ouvert, libre et indépendant peut juger du poids réel de telle ou telle idée politique.

    En attendant, le respect devrait régner entre les différentes tendances politiques. À cet égard, les dernières manifestations ont laissé les images prometteuses d’une tolérance qui semble s’installer peu-à peu dans la région : des représentants de différentes forces politiques, ensembles dans des marches et derrière des banderoles affichant ouvertement l’objectif d’une Algérie fédérale des régions. Une belle perspective qui pourrait rapprocher – pour peu que la raison s’y mette – toutes les forces politiques kabyles.

    Si jusqu’à présent l’appartenance à un parti faisait des membres du RCD, du FFS, du MAK, du RPK ou de l’URK des ennemis politiques, la nouvelle conjoncture pourrait les faire converger autour d’un patrimoine partagé: l’amour de la Kabylie et plus particulièrement la défense de ce qui les unit tous : la langue, la culture et le pays. Et ça, les Catalans ou les Basques, des nations qui ont réussi, l’ont bien compris. Les Kabyles peuvent aussi y arriver et ouvrir la voie aux autres régions d’Algérie voire de l’Afrique du Nord. Une Afrique du Nord des régions et de peuples enfin réconciliées avec elles-mêmes.

    Auteur

    Mohand Tilmatine

    Le Matin d’Algérie, 19 mars 2019

    Tags : Algérie, Présidentielles 2019, Bouteflika, Kabylie, tamazight, berbère,

  • Editorial – Le peuple algérien ne lâche rien face aux manoeuvres du pouvoir

    La dernière manœuvre du clan Bouteflika a consisté à renoncer au cinquième mandat d’un président impotent… pour mieux prolonger le quatrième. Elle n’a en rien entamé la détermination des contestataires. Vendredi 15 mars, les manifestants étaient plus nombreux que jamais, peut-être 15 millions dans tout le pays. « Système dégage », scandent-ils : la colère contre les affairistes qui accaparent les ressources du pays est générale. Elle touche toutes les régions de ce pays immense, et jusqu’aux Algériens en France. Elle mobilise les femmes, que les islamistes avaient voulu cloîtrer à la maison. De nombreuses couches sociales, y compris des catégories privilégiées comme les juges, sont mobilisées. La jeunesse scolarisée est en pointe dans la mobilisation.

    Les Algériens ont de quoi être révoltés par ce système qui les condamne à la précarité, au dénuement, pendant que les privilégiés liés au pouvoir se gavent, tout en affichant leur mépris pour les classes populaires. En Algérie, le salaire minimum ne dépasse pas 130 euros mensuels. Quand on sait qu’Issad Redrab, le patron du conglomérat de l’agroalimentaire, de la distribution et de l’industrie Cevital, a accumulé une fortune de 3,7 milliards de dollars, on mesure l’exploitation féroce réalisée par les capitalistes.

    Quelles sont aujourd’hui les perspectives pour le peuple algérien ? Pour l’instant, l’armée se tient en retrait. Mais le passé a montré que ses dirigeants n’hésitaient pas à tirer sur la population. En 1988, l’armée a tué des centaines de jeunes manifestants. Durant les années 1990, elle répondit aux massacres des islamistes par d’autres massacres. En 2001 encore, elle a réprimé en Kabylie en faisant 125 morts au bas mot. Les islamistes sont eux aussi en embuscade, même si certains se sont discrédités en participant au pouvoir. Enfin, il est possible que les dignitaires du régime finissent par accéder à la demande d’élections sans Bouteflika et se reportent sur un autre homme qui garantirait leurs privilèges.

    Si les médias français ne rapportent que les manifestations du vendredi, toute une agitation traverse en permanence l’Algérie. Des grèves éclatent dans de nombreuses entreprises publiques ou privées : dans les chemins de fer, les hydrocarbures, les chantiers, l’industrie, etc. Les travailleurs réclament le départ de Bouteflika et parfois aussi des augmentations de salaires. Il est à espérer que ces grèves se multiplient et que les travailleurs réalisent ainsi le rôle qu’ils jouent dans la société. Produisant toutes les richesses accaparées par les privilégiés, ils détiennent un levier incomparable. S’organiser dans leurs entreprises peut leur permettre de se constituer en une force sociale et collective qui compte.

    Les travailleurs rejettent le système en place. Mais ils ont intérêt à imposer que le changement ne soit pas seulement un ravalement de façade. S’il se réduit au remplacement de Bouteflika par un autre dignitaire, en quoi la vie des jeunes chômeurs si nombreux, des travailleurs si précaires et si mal payés, en serait-elle transformée ? Il faut espérer que ces derniers exercent leur contrôle sur les événements. Ils ne doivent pas accepter un changement qui se réduirait à changer les têtes sans remettre en cause l’accaparement des richesses tant dénoncé.

    Les manifestants ciblent également Macron, qui soutient la clique en place. Pendant 132 ans, la France a pillé l’Algérie après l’avoir colonisée dans des violences atroces. Aujourd’hui, les capitalistes français liés au régime de Bouteflika continuent de piller les ressources et le travail des Algériens. Alors que de plus en plus de jeunes risquent leur vie pour franchir la Méditerranée, le gouvernement français réduit le nombre de visas accordés aux Algériens. Le Pen, elle, voudrait carrément les supprimer ! Elle est la digne héritière de son père, ancien de l’Algérie française et officier tortionnaire pendant la guerre d’Algérie.

    Ces politiciens français défendent les intérêts des possédants des deux pays. Les travailleurs de France ont, eux, toutes les raisons d’être solidaires de la lutte des travailleurs d’Algérie. Les capitalistes qui les exploitent sont parfois les mêmes : Renault, Total, Lafarge, Sanofi et consorts. Leurs intérêts de travailleurs sont les mêmes aussi.

    Alors, tous nos espoirs se portent vers les femmes et les hommes qui, de l’autre côté de la Méditerranée, se battent pour avoir un travail et pouvoir en vivre correctement, pour la liberté et pour la dignité. Vive la lutte des travailleuses et des travailleurs d’Algérie !

    Lutte Ouvrière, 18 mars 2019

    Tags : Algérie, Présidentielles 2019, Bouteflika, gouvernement, transition, constitution,