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  • Un Maroc de façade

    par Alain Gresh, 3 juillet 2007
    Le Monde diplomatiqueUn Maroc de façade↑
    Lockerbie, une erreur judiciaire ?

    C’est le 21 décembre 1988 qu’un Boeing du vol Pan Am 103 s’écrase au-dessus du village écossais de Lockerbie, faisant 270 morts. Bien que plusieurs autres pistes aient été évoquées, notamment celle de la Syrie, des groupes palestiniens, de l’Iran, c’est finalement la Libye qui sera visée par une longue enquête pleine de rebondissements. Deux suspects libyens seront livrés en avril 1999 à la justice écossaise pour jugement (ce qui permettra au colonel Kadhafi un retour sur la scène internationale et un allègement des sanctions prises contre lui par les Nations unies). Le 31 janvier 2001, un des suspects est condamné à la prison à vie, l’autre est acquitté.

    Dans un texte de Jean-Pierre Langellier, son correspondant à Londres, et intitulé « Unique condamné pour l’attentat de Lockerbie, Al-Megrahi est autorisé à refaire appel, » Le Monde explique : « Ancien agent des services secrets libyens, Abdel Basset Ali Al-Megrahi, 55 ans, « pourrait avoir été victime d’une erreur judiciaire », a estimé une commission indépendante écossaise, sur la base d’éléments nouveaux recueillis pendant trois ans d’enquête. »

    « Dans leur rapport, les huit membres de la Commission pour l’examen des affaires criminelles estiment que « certaines des choses (…) découvertes pourraient signifier que le condamné est innocent, certaines qu’il est coupable », mais « c’est à un tribunal d’en décider ». »

    « L’affaire est donc renvoyée à la cour d’appel d’Edimbourg. Trois de ses juges examineront le rapport lors d’une procédure pouvant durer jusqu’à un an. La cour aura à choisir entre rejeter l’appel, ordonner un nouveau procès ou libérer le condamné. Al-Megrahi, détenu près de Glasgow, a toujours clamé son innocence. »

    En conclusion, Langellier écrit : « Dans une lettre adressée à l’ONU en août 2003, la Libye a reconnu sa responsabilité dans l’attentat. Elle a signé peu après avec Londres et Washington un accord d’indemnisation des victimes – portant sur 2, 7 milliards de dollars – qui a permis la levée des sanctions imposées à Tripoli par l’ONU et les Etats-Unis. »

    Rappelons que Pierre Péan, dans son livre Manipulations africaines (Plon, 2001), avait contesté la crédibilité de la piste libyenne. On pourra lire des extraits de ses thèses dans « Les preuves trafiquées du terrorisme libyen », Le Monde diplomatique, mars 2001. On notera le rôle du juge Bruguière, celui-là même qui a mordu la poussière lors des élections législatives de juin 2007 (sous la bannière de l’UMP).

    Gaza, la Palestine et l’Arabie saoudite

    Alors même que Mahmoud Abbas multiplie les déclarations intransigeantes concernant un éventuel dialogue avec le Hamas, l’Arabie saoudite, qui a parrainé les accords de La Mecque, semble développer une autre stratégie. Lors de sa tournée au Proche-Orient (après son voyage en France et en Europe), le roi Abdallah devait rencontrer Abbas à Amman. Cette rencontre a été annulée ,et la presse de la région donne comme explication le mécontentement du roi devant le refus obstiné d’Abbas d’explorer la voie du dialogue national. De plus, le président Moubarak, inquiet de la situation à Gaza, serait sur la même longueur d’onde que le souverain saoudien.

    D’autre part, Le Monde diplomatique de juillet publie un article que j’ai écrit sur la crise actuelle en Palestine, intitulé « Comment le monde a enterré la Palestine », dont vous aurez un aperçu sur notre site, mais pour le lire intégralement il faut acheter le journal 🙂

    A ceux qui douteraient encore que la création d’un gouvernement d’urgence par Abbas créerait les conditions d’une avancée de la paix, je conseille la lecture de l’analyse de Yezid Sayigh, « Hamas coup in Gaza », publiée par The International Institute for Strategic Studies, Londres.

    Un Maroc de façade

    Le Comité pour la protection des journalistes publie le un rapport accablant intitulé joliment Un Maroc de façade, signé de Joel Campagna et Kamel Labidi. Ce texte existe aussi en anglais et en arabe.

    En voici quelques extraits.

    (…) « Ce printemps, des responsables du gouvernement ont commencé à parler d’amendements au Code de la presse et de l’édition, appelant à la création d’un conseil national de la presse ayant le pouvoir de priver de publicité et d’interdire des journalistes pour de prétendues violations des règles déontologiques. Le projet de révision ne touche pas aux actuelles interdictions formulées en termes vagues sur le manque de respect à la monarchie, à l’islam, et sur la diffamation envers les institutions de l’Etat comme l’armée et l’appareil judiciaire. S’il limite le nombre d’infractions pouvant conduire un journaliste en prison, le projet de loi augmente cependant les amendes maximales pour des violations présumées de la loi. »

    « En réaction à ces tendances inquiétantes, le CPJ a envoyé une délégation à Rabat et à Casablanca, qui a passé dix jours à rencontrer des journalistes marocains et des membres du gouvernement, enquêter sur les restrictions faites aux médias, évaluer leur impact, et exprimer leur inquiétude aux autorités. S’il se vante d’avoir une presse écrite vivante, estime le CPJ, le Maroc a fini par compter sur un système feutré de contrôle judiciaire et financier pour continuer à tenir sous surveillance les journalistes entreprenants. Le bilan montre que les conditions de la liberté de la presse sont loin de la reluisante version fournie par les autorités et par beaucoup de journalistes. »

    (…) « Mais malgré un soi-disant régime parlementaire et une société civile dynamique, le pouvoir réel demeure fermement entre les mains du roi et du makhzen, un cabinet fantôme composé principalement de représentants du Palais, de dirigeants de l’appareil de sécurité et de l’armée, qui agissent en sous-main et donnent les principales orientations. Les critiques du régime disent que le roi et un petit groupe de proches collaborateurs accumulent le pouvoir plutôt qu’ils ne le libèrent, comme l’exigerait une vraie démocratie. La menace grandissante du terrorisme a aggravé les choses. Plusieurs attaques-suicides ont secoué Casablanca le 16 mai 2003, tuant 44 personnes. D’autres attaques, de plus faible ampleur, ont eu lieu depuis. Cet extrémisme violent combiné à un mouvement islamiste croissant a maintenu le Palais sur les dents et a peut-être poussé certains Marocains à vouloir donner la priorité à la sécurité sur les libertés publiques. »

    Diffférents moyens sont utilisés pour faire pression contre la presse, notamment les tribunaux qui condamnent les journaux à de lourdes peines. La publicité est un autre « argument ».

    « L’usage par les autorités de la publicité en guise de récompense ou de punition est un autre outil effectif. Selon de nombreux journalistes, compagnies d’Etat et agences gouvernementales privent les journaux critiques de ressources publicitaires cruciales. »

    « Les compagnies privées proches du roi et du gouvernement ont aussi retiré leurs annonces de journaux ayant eu une prise de bec avec le gouvernement. Quand Le Journal a été provisoirement interdit en 2000, le magazine a perdu 80 % de ses publicités, selon Jamaï. L’éditeur de Al-Ousbouiya Al-Jadida, Abdelaziz Koukas, note que son hebdomadaire indépendant gagnait auparavant environ 100 000 dirhams (12 000 $) par mois en recettes publicitaires mais que, depuis qu’il a été accusé d’offense au roi pour avoir publié, en 2005, un entretien avec Nadia Yassine, fille du dirigeant islamiste Abdel Salam Yassine, il n’a perçu qu’un total de 250 000 dirhams (30 000 $) en publicité. De grandes compagnies comme Royal Air Maroc, ONA et Meditel ont toutes arrêté d’acheter des espaces publicitaires, dit-il. »

    « La disparité des recettes publicitaires entre publications indépendantes et progouvernementales est évidente. Des journaux soutenant le régime, comme les quotidiens Aujourd’hui le Maroc et Le Matin, sont remplis de pages de publicité. « Dans Le Matin, il n’y a pas une page sans publicité », observe Anouzla en feuilletant l’édition du 2 avril. »

    En conclusion, les auteurs du rapport écrivent :

    « En dépit de l’amélioration par rapport aux années 1990, le CPJ conclut que la liberté de la presse a régressé notablement au cours des cinq dernières années. Malgré les progrès du Maroc, il reste encore beaucoup à faire dans un pays qui se décrit lui-même comme une monarchie constitutionnelle. »

    « Huit ans après le début du règne du roi Mohammed, les dirigeants marocains doivent joindre les actes à la parole afin de démontrer leur engagement public en faveur de la démocratisation et de la liberté de la presse. La loi sur la presse actuellement en révision fournit une occasion propice à l’abolition de mesures qui permettent au Maroc d’emprisonner ou d’interdire des journalistes de la même manière que ce qui se passe dans d’autres pays arabes, présentés comme beaucoup plus répressifs. Une réforme judiciaire est nécessaire pour éliminer les poursuites à caractère politique et les coups bas. Car enfin, quand des juges rendent des verdicts alors que la défense ne se trouve pas dans le prétoire, le soutien déclaré du Maroc à la modération et à l’Etat de droit ne peut que sonner creux. »

    Alain Gresh

    Le Monde diplomatique, 3 juillet 2007

    Tags : Maroc, Makhzen, réformes, Etat de droit, démocratie, répression, libertés, expression, presse, journaux, journalistes,

  • De Volkskrant recherche un nouveau correspondant pour l’Espagne, le Portugal et le Maroc

    De Volkskrant est à la recherche d’un correspondant polyvalent pour l’Espagne, le Portugal et le Maroc, qui travaille depuis Madrid. Les candidats ont un bon stylo, un œil curieux et un grand intérêt, y compris pour les opportunités en ligne.

    L’Espagne était à peine sortie de la crise financière lorsqu’elle a été durement touchée par la pandémie corona. L’économie a été assommée, la deuxième vague balaie actuellement le pays et l’état d’urgence a de nouveau été déclaré. Nous recherchons un correspondant qui, à travers des actualités, des reportages, des analyses et des interviews, montre au lecteur comment l’Espagne a du mal à rester à flot. Il est important de montrer non seulement les problèmes, mais aussi la résilience de la population.

    Bien que l’actualité soit dominée par la pandémie, nous voulons aussi continuer à dire à nos lecteurs ce qui se passe ensuite. La famille royale espagnole survivra-t-elle au dernier scandale de corruption? Comment se porte Ronald Koeman en tant qu’entraîneur du FC Barcelone? Que feront les Britanniques de leurs maisons de vacances en cas de Brexit? Où l’Espagne place ses moulins à vent et ses cellules solaires? Combien de temps la corrida existera-t-elle? Les Espagnols parviendront-ils enfin à mettre le douloureux passé de Franco derrière eux? La politique progressive du Portugal en matière de drogue est-elle une réussite à long terme? Et que pensent les gens de ces pays du sud de l’UE de l’économie et des réformes que des pays comme les Pays-Bas veulent leur imposer via Bruxelles?

    Le correspondant se rendra également régulièrement au Maroc, un pays à la population hospitalière mais avec un gouvernement peu soucieux de la liberté de la presse. Le mécontentement dormant au Maroc va-t-il éclater? Pourquoi l’économie marocaine fonctionne-t-elle si bien – du moins jusqu’à récemment? Combien de temps le pays arrêtera-t-il les boat people qui veulent aller en Europe? Comment les femmes marocaines modernes revendiquent-elles lentement mais sûrement plus de droits? Et quelles sont les conséquences du changement climatique dans cette région déjà très sèche?

    Nous recherchons quelqu’un qui aime sortir et se déplacer, et en plus des histoires politiques, économiques et sociales, a aussi un œil pour l’art, le sport et la religion. Une expérience de la rédaction de journalisme et une maîtrise de tous les genres sont requises, tout comme la maîtrise de l’espagnol.

    C’est une correspondance indépendante.

    Pour plus d’informations, veuillez contacter la chef de la Section de l’Etranger Marjolein van de Water (m.vandewater@volkskrant.nl). Les candidatures peuvent être soumises jusqu’au 24 octobre à la rédactrice en chef adjointe Annieke Kranenberg (a.kranenberg@volkskrant.nl).

    Source : De Volkskrant, 13 oct 2020

    Tags : De Volkskrant, presse, correspondant, Maroc, Espagne,

  • Maroc : Sit-in de Solidarité avec Omar Radi


    Communiqué

    Communiqué de la coordination Casa – Rabat pour la liberté d’Omar RADI et tous les prisonniers d’opinion

    Halte à la fabrication des accusations et à l’instrumentalisation des affaires de mœurs

    Liberté pour le journaliste Omar RADI et tous les prisonniers politiques

    La coordination Casa – Rabat pour la liberté d’Omar RADI et tous les prisonniers d’opinion a tenu une réunion (par visioconférence), le vendredi 9 octobre 2020, afin d’examiner les récents développements du procès du journaliste et militant Omar Radi poursuivi en état de détention pour des chefs d’inculpation manifestement formulés sur mesure pour un procès préfabriqué.

    L’affaire vient de connaître un nouveau développement qui constitue une tentative grave évidente de priver Omar RADI de ses moyens de défense.

    C’est ainsi qu’après avoir accusé Omar RADI de viol, deux mois se sont écoulés avant que le ministère public ne s’avise de poursuivre le seul témoin des faits – Imad STITOU – qui est justement un témoin à décharge. ce dernier avait attesté dès l’enquête préliminaire de la gendarmerie du caractère consensuel de la relation sexuelle incriminée, et à l’issue de l’enquête préliminaire où toutes les parties ont été écoutées, il ne pesait aucune accusation contre Imad STITOU. Le ministère public a décidé de l’inculper a son tour de « complicité », et de demander au juge d’instruction dix semaines après le début de son travail de procéder à une investigation.

    La coordination considère que ce nouveau développement constitue une manifestation de l’acharnement injustifié des autorités contre la presse libre au Maroc en général, et contre ces deux journalistes en particulier et qu’il pèse dans le sens de l’innocence de ces deux journalistes.

    En changeant le statut du seul témoin (a décharge), le ministère public tente de priver Omar RADI d’un procès équitable et de lui enlever une preuve de son innocence de l’inculpation qui pèse sur lui.

    La tentative poursuivi par certains médias aux ordres de persuader l’opinion publique d’une «participation au viol » de IMAD STITOU, tout comme celle d’instrumentaliser les violences faites aux femmes de manière plus générale, s’inscrit dans la stratégie des appareils sécuritaires visant à discréditer les voix libres et les voix opposantes par l’usage des affaires de mœurs. C’était déjà le cas des poursuites engagées à l’encontre des journalistes Hicham MANSOURI, Taoufiq BOUACHRINE, Hajar RAISSOUNI et Soulaiman RAISSOUNI.

    La coordination Casa – Rabat pour la libération de Omar RADI
    ANNONCE l’organisation d’un Sit-in devant la Cour d’appel de Casablanca, le mardi 13 octobre à 9h30, À L’OCCASION DE L’AUDIENCE D’INSTRUCTION

    DÉNONCE l’isolement dans lequel est maintenu Omar RADI depuis plus de deux mois et il réitère son appel à la libération immédiate d’Omar Radi et l’abandon des poursuites à son encontre ;

    Condamne et dénonce les manœuvres visant à priver Omar RADI de ses moyens de défense ;

    Condamne l’instrumentalisation d’affaires de mœurs pour bâillonner les voix critiques

    Exprime, par ailleurs, son soutien à l’historien et journaliste Maâti MONJIB et aux membres de sa famille visés par une enquête préliminaire sur de prétendues infractions de blanchiment de capitaux;

    Relance son appel à tous les organes démocratiques défendant les libertés au Maroc à unir leurs forces et privilégier l’unité de lutte pour faire face à l’attaque généralisée contre les journalistes, la liberté d’expression et les droits du peuple marocain ;

    Le journalisme n’est pas un crime

    Les libertés d’opinion et d’expression ne sont pas des crimes

    Tags : Maroc, Omar Radi, répression, liberté, presse, journalisme,

  • Temoignage : Au Maroc, la France finance Medi1, vieillissante voix du roi

    Par Elodie Font et Marion Guénard | ex-journalistes à Medi 1

    Ex-journalistes à Medi 1, Elodie Font et Marion Guénard racontent le fonctionnement particulier d’une radio surveillée de près par le pouvoir, et où le moindre impair à l’antenne peut coûter cher. Et rappellent que le financement de ce média très institutionnel est assuré en partie par la France, via une subvention pour la rédaction française. Y.G.

    (De Tanger) Au dernier étage d’une imposante villa qui domine le mythique détroit de Gibraltar, au nord du Maroc, journalistes, animateurs et techniciens s’activent. « Sept heures trente sur Medi 1 ! » Comme chaque matin, depuis trois décennies, le jingle retentit. C’est parti pour un quart d’heure d’informations maghrébines et internationales.

    Radio Méditerranée Internationale, plus connue sous le nom de Medi1, a soufflé il y a quelques jours ses trente bougies. Depuis 1980, elle émet vingt-quatre heures sur vingt-quatre, en arabe et en français. D’après ses propres chiffres (il n’existe pas d’instituts statistiques), elle serait écoutée par plus de 20 millions d’auditeurs.

    Il y a trois décennies, Medi 1 était un ovni dans le paysage médiatique maghrébin : seuls les relais officiels des différents régimes sont alors autorisés. Les auditeurs découvrent la matinale, avec un ton plus direct et des informations fiables sur l’actualité internationale. Une station innovante, qui semble indépendante.

    Hassan II en est pourtant à l’origine : le roi cherche alors à contrer la couverture algérienne du conflit au Sahara. L’idée séduit le président français, Valéry Giscard d’Estaing, qui y voit un moyen de pérenniser l’influence française au Maghreb.

    Medi 1, un vent de liberté vite essouflé

    L’accord est scellé : Medi 1 sera possédée à 51% par le Maroc et à 49% par la France, par l’intermédiaire de la Compagnie internationale de radio et télévision (le CIRT), que nous avons joints pour obtenir davantage de détails, mais personne n’a souhaité nous répondre.

    Un vent de liberté qui s’essouffle rapidement. Medi 1 n’échappe pas à la règle : impossible pour la radio de repousser certaines limites. Principal mot d’ordre : ne jamais offenser le pouvoir royal, qu’il soit incarné par Hassan II, puis par son fils Mohammed VI.

    A sa prise de pouvoir, en 1999, le roi, jeune trentenaire, semble pratiquer l’ouverture. Pourtant, aujourd’hui, Medi 1 n’a jamais été autant assujettie au palais. C’est d’ailleurs la station qui diffuse le plus longuement les activités royales -davantage que la Radio Télévision Marocaine, fidèle parmi les fidèles. Par activité royale, comprenez le récit détaillé de l’emploi du temps du roi, quel qu’il soit.

    Voici l’extrait d’un communiqué (pris au hasard), publié par la MAP, l’agence de presse officielle du Royaume :

    « SM le Roi inaugure à Agadir un centre de formation professionnelle mixte et un centre de consolidation des compétences des femmes, d’un coût total de 12 millions de dirhams.

    Agadir – Sa Majesté le Roi Mohammed VI, que Dieu L’assiste, a inauguré, mardi à Agadir, un centre de formation professionnelle mixte et un centre de consolidation des compétences des femmes, réalisés par la Fondation Mohammed V pour la solidarité pour un coût global de 12 millions de dirhams. [1 million d’euros, ndlr] »

    Sur l’antenne, les journalistes ont le droit d’oublier le « Sa Majesté » et le « que Dieu l’assiste. » Pour le reste, tous les mots sont repris. Tant pis si, finalement, l’information peut paraître obscure. Le plus important, c’est de recracher la dépêche le plus rapidement possible à l’antenne. Et d’en faire l’ouverture.

    Explication du nouveau PDG de la radio, Hassan Khyiar :

    « Quand le roi, après avoir inauguré un centre, remonte dans sa voiture, il veut l’entendre sur Medi 1 le plus vite possible. »

    Pas question de se tromper à l’antenne : Medi 1 est la voix du roi

    Et pour cause : avec 20 millions d’auditeurs, une diffusion dans tout le Maghreb, Medi 1 est devenue progressivement la voix du roi. Au Maroc, bien sûr, mais aussi pour les observateurs extérieurs. Pas question donc de se tromper sur un chiffre ou sur un nom.

    En mai, l’une de nous deux en a fait les frais. Le roi d’Arabie saoudite venait de faire un don au Maroc, et il fallait rapidement donner l’information à l’antenne. Dans la précipitation, elle parle du « président de l’Arabie saoudite ».

    Dans une monarchie, c’est l’erreur à ne pas faire. A peine le flash terminé, le téléphone sonne dans le bureau des rédacteurs en chef. Plusieurs dizaines de fois. Au bout du fil, très en colère, l’ambassade d’Arabie saoudite et le Palais royal.

    En une heure, la radio est sens dessus dessous. Personne ne comprend réellement ce qui se trame. Ni elle, ni ses collègues.

    Une heure après, elle présente un nouveau flash. En sortant du studio, son rédacteur en chef l’attend. Le visage grave, il lui annonce : « On demande ta tête. » Une exigence du Palais. Pour cette erreur, elle a finalement été mise à pied pendant trois jours.

    Medi 1 parle plus librement de l’Algérie, mais n’enquête guère

    Pour éviter tout dérapage, tous les sujets de politique intérieure et de société passent à la trappe. A part pour quelques domaines chers à la famille royale (comme la lutte contre le cancer), Medi 1 ne s’autorise pas à parler du Maroc.

    La radio parle plus librement de l’Algérie. Dans les années 1990, le GIA algérien y diffusait d’ailleurs ses communiqués -comme dans l’affaire des moines de Tibéhirine. Les nombreux auditeurs algériens cherchent sur les ondes marocaines une vision plus critique de leur pays.

    Sur certains sujets, ils sont servis. La question du Sahara, par exemple -ce qu’on appelle en France le Sahara occidental. Medi 1, comme les autres stations marocaines, ne peut se permettre aucune nuance : le Maroc a forcément raison, l’Algérie toujours tort.

    Medi 1 est très écoutée en Algérie et pourtant la station n’a que deux correspondants réguliers à Alger. Alors, pour parler du pays, chaque matin, le premier réflexe des journalistes est d’éplucher la presse algérienne (El Watan, Liberté, L’Expression), d’en ressortir une poignée d’informations qui datent souvent de l’avant-veille, et de les redonner à l’antenne. En ne les vérifiant jamais.

    S’inspirer de la presse algérienne, c’est une vieille tradition dans la rédaction. Preuve parmi d’autres de la faible évolution du traitement de l’information. Après trois décennies, les journalistes sont toujours obligés de passer par le standard pour appeler à l’extérieur ; il n’y a toujours pas d’invité en direct -pour éviter ce qui est arrivé à la station privée Radio Mars ; toujours pas de reportage.

    Les subventions françaises accordées à la radio augmentées en 2010

    Pourtant Medi1 ne manque pas de financements. Fait rare en ces temps de vaches maigres, les subventions françaises reçues ont même augmenté cette année. En 2010, l’Etat lui a versé 1,6 million d’euros, pour financer la rédaction francophone -composée d’une quinzaine de journalistes.

    Même si elle est encore une référence aujourd’hui, la vieille Medi 1 est en train de se faire rattraper de toute part par des radios concurrentes bien plus aventurières (2M ou Aswat).

    Pour stopper l’hémorragie, la nouvelle direction va lancer en octobre une nouvelle grille. Un des principaux objectifs : développer le numérique. Alors que le journalisme citoyen est apparu il y a déjà plusieurs années, le site ne propose aucune forme d’interactivité avec les auditeurs.

    Medi 1 était à ses débuts un appel d’air sans précédent, un vrai laboratoire d’idées. C’est aujourd’hui une radio bien difficile à dépoussiérer.
    Rue89, 20 sept 2010

    Tags : Maroc, Médi1, radio, Algérie, Mohammed VI, presse, liberté de presse, liberté d’expression, 

  • Nichane saisi, TelQuel détruit – Ce qui s’est vraiment passé

    Maroc, août 2007 –  Nichane saisi, TelQuel détruit, Benchemsi inculpé… La liberté de la presse selon Mohammed VI

    (Ahmed Reda Benchemsi et le secrétaire général du syndicat de la presse, Younes Mujahid)

    En matière de répression contre les journalistes, les escalades, au Maroc, sont toujours particulièrement inattendues, fulgurantes et brutales. Samedi 4 août 2007 en fin de journée, tout allait encore bien : Nichane était en kiosque, TelQuel sous presse et leurs deux équipes en congé après un bouclage difficile (232 pages au total !). 48 heures plus tard, les deux magazines avaient été saisis et détruits sur ordres du premier ministre et du ministre de l’Intérieur. Tous les journaux ne parlaient que de ça et j’étais moi-même, après avoir été très longuement interrogé par la police, inculpé du plus grand crime qui soit en matière de presse au Maroc : l’offense au roi.

    L’objet de “l’offense”

    Mon tort, selon mes accusateurs : avoir procédé dans mon dernier éditorial (publié dans les deux magazines) à une lecture analytique du dernier discours royal, m’interrogeant sur le rôle des partis, la séparation des pouvoirs, etc., et de surcroît, en darija (dans Nichane). Une langue estimée irrespectueuse, s’agissant d’analyser un discours royal. Telle n’est pas mon appréciation. La darija est la langue de tous les Marocains. Comme toutes les langes, elle comporte des mots insultants, mais je n’en ai employé aucun dans cet éditorial. Ce n’est pas mon habitude d’offenser quiconque et, s’agissant du roi, j’estime l’avoir toujours respecté et entends continuer à le faire, tout en exerçant mon métier d’éditorialiste : analyser librement les institutions politiques de mon pays, y compris la première et la plus importante d’entre elles : l’institution monarchique.

    20 heures d’interrogatoire

    Les 20 heures d’interrogatoire que j’ai subies à la préfecture de police de Casablanca (samedi 4 août, de 18h à 2h du matin, puis dimanche 5, de 9h à 21h) ont été particulièrement éprouvantes. Non que j’aie été maltraité : la douzaine d’officiers de police chargés de m’interroger ont été corrects, et eux aussi ont passé ces 20 heures à la préfecture en ma compagnie, sans sortir. Mais ils avaient visiblement pour consigne de me déstabiliser autant que possible. Officiellement, je n’étais ni en état d’arrestation ni en garde à vue. Mais je n’avais pas le droit d’utiliser mon téléphone, ni de quitter les lieux tant que l’interrogatoire durait. Et de fait, il s’est étiré de façon aussi interminable que chaotique : mêmes questions reposées à plusieurs heures d’intervalle par différents interlocuteurs, longues périodes de silence, les yeux dans les yeux (jusqu’à deux heures !), suivies de rafales de questions intensives (toujours les mêmes), une mauvais foi constante et dure à supporter, mes interlocuteurs feignant de ne pas comprendre, ou donnant un sens dévoyé à des expressions en darija qu’ils connaissent parfaitement pour les utiliser quotidiennement – comme tous les Marocains…

    Tout ça pour ça…

    Au final, le PV qu’on m’a demandé de signer comportait 5 malheureux feuillets, alors qu’il aurait facilement pu en faire 30. C’est en le lisant, dimanche en soirée, que j’ai fini par comprendre le but de toutes ces manœuvres policières : m’épuiser nerveusement en me posant interminablement les mêmes questions, entre deux longues périodes de silence, pour ne retenir au final que les plus imprécises de mes réponses. Des réponses qui étaient, de surcroît, amputées de tout ce qui pouvait jouer en ma faveur en perspective du procès à venir : mon accord avec les orientations générales fixées par le discours royal (Etat de droit, démocratie sociale, etc. – sauf que ce n’était tout simplement pas mon sujet), mes dénégations fermes à chaque fois qu’on m’accusait d’avoir délibérément offensé le monarque… On me faisait même dire, dans la première version du PV qui m’a été présentée, des choses que je n’avais pas dites et qui visaient clairement à m’enfoncer. J’ai bien entendu refusé de signer le PV, tant qu’on n’y avait pas introduit toutes les modifications que je demandais. Ce qui fut fait, mais non sans mal. A noter que durant la dernière heure, celle où je leur ai demandé de saisir mes corrections, plus aucun officier de police ne cherchait à être (faussement) aimable. Ils me fusillaient du regard dans un bel ensemble, regrettant sans doute de ne pouvoir en faire plus…

    Nichane saisi, TelQuel détruit

    Si Nichane a été retiré des kiosques dès samedi 4 août, TelQuel, lui, a été tout simplement détruit. Dimanche 5 en début d’après-midi, un bataillon de policiers ont fait irruption à l’imprimerie Idéale, à Casablanca, et y ont détruit les 50 000 exemplaires de TelQuel imprimés, mais pas encore façonnés. Un acte parfaitement illégal et non notifié par écrit à ce jour. Si la loi prévoit les saisies de journaux, elle ne prévoit en aucun cas leur destruction alors qu’ils ne sont pas encore sur le marché. Pendant toute la durée de cet ahurissant exercice, l’imprimerie a été bouclée, personne ne pouvait y entrer ni en sortir. Un groupe de journalistes de TelQuel et Nichane s’y est rendu vers 17h, se heurtant à des vigiles très nerveux qui leurs barraient le passage. Le directeur général de l’imprimerie était ce jour en vacances à l’étranger et son second… interrogé à la préfecture de police, où je l’ai croisé dimanche en début de soirée. Il y était depuis midi. Au total, les saisies et destructions des 100 000 exemplaires imprimés ont fait perdre plus d’un million de dirhams au groupe TelQuel. En 2 jours !

    Et maintenant ?

    Le fait que vous teniez cette revue entre vos mains est un premier succès : TelQuel est de retour, Nichane aussi. Pour ne pas interférer avec le procès en cours, le fameux éditorial a bien entendu été supprimé, ainsi que les autres sujets sur lesquels avait porté mon interrogatoire-marathon (mais sans, au final, qu’aucun chef d’accusation n’en soit tiré). Pour le reste, le procureur du roi près le tribunal correctionnel de Casablanca m’a signifié, lundi 6 août, ma mise en accusation pour “manquement au respect dû au roi”. Un chef d’inculpation passible de 5 ans de prison et de 100 000 dirhams d’amende. Mon procès démarre le 24 août, et j’entends bien y démontrer mon innocence et ma bonne foi. Mais sans jamais renoncer au fondement de mon métier : la liberté d’informer, de commenter et d’analyser. Rendez-vous en septembre

    telquel-online.com

    Tags : Maroc, Telquel, Ahmed Benchemsi, Nichane, presse, répression, 

  • Les principaux sujets sur la Mauritanie traités par la presse francophone

    La presse francophone s’est intéressée à de nombreux sujets relatifs aux évènements d’actualité en Mauritanie, dont la fièvre apparue dernièrement et d’autres sujets, tels que les instructions en cours visant l’ancien président Ould Abdel Aziz et les difficultés que BP rencontre dans l’exploitation du champ gazier mauritano-sénégalais.

    Le journal Afrik.com, citant des sources médicales, révèle dans l’une de ses récentes éditions, que la Mauritanie, qui est déjà frappée par la pandémie de Covid-19, « fait face également à la fièvre de Crimée-Congo », évoquant un premier cas, qui aurait été découvert à Nouakchott. « La victime venait de la localité de Nasra I, relevant de la commune de N’Tékane, sur les bords du fleuve Sénégal », indique le confrère. Et d’ajouter : «La victime serait un quinquagénaire, agriculteur, ayant ressenti une forte fièvre qui l’a amené à se rendre au centre de santé de Sésame. Mais, son état de santé se serait empiré, d’après une source de la famille. C’est après qu’il a été transporté dans la ville de Kany, avant d’être conduit à l’hôpital de Rosso où il est resté trois jours dans le coma, au sein de l’unité des soins intensifs, sans que sa maladie ne soit diagnostiquée. Par la suite, il a été évacué sur Nouakchott où les examens effectués ont confirmé qu’il était victime de la fièvre de Crimée-Congo ».

    Et de poursuivre : « Après ce premier cas de la fièvre de Crimée-Congo, les autorités administratives et sanitaires de Rosso et les services du ministère du développement rural ont tenu une réunion extraordinaire et entamée des mesures destinées à isoler les personnes qui ont été en contact avec le malade dans son village et dans les points de santé par lesquels il est passé. Pour le moment, on ignore le nombre de personnes en isolement ou s’il y a d’autres malades ».

    Le journal Jeune Afrique a publié quant à lui un article sur le champ gazier conjoint Mauritanie-Sénégal Grand Tortue Ahmeyim (GTA), intitulé «Les difficultés de BP retardent l’arrivée du pactole gazier de Grand Tortue Ahmeyim ».

    « À la perspective d’une manne gazière, Nouakchott rayonnait d’optimisme. Mais les mauvais résultats de BP et l’essor des énergies renouvelables vont différer l’entrée en production », rappelant les espoirs brouillés de la Mauritanie qui «rêvait d’un avenir radieux à partir de 2022 grâce aux quelque 425 milliards de mètres cubes de gaz contenus dans les réservoirs sous-marins situés à cheval sur la frontière maritime qu’elle partage avec le Sénégal ».

    Un projet sur lequel, des facteurs conjugués, dont la pandémie, l’évolution erratique des prix des hydrocarbures, l’économie mondiale en berne et la nouvelle sensibilité des majors pétrolières en faveur des énergies renouvelables « jettent une ombre inquiétante », poursuit le magazine panafricain.

    Sur un autre sujet, Jeune Afrique a révélé dernièrement des infos publiées sous le titre  » comment Éric Besson, ancien ministre de Nicolas Sarkozy, fait jouer son réseau », dans lesquelles, il évoque des efforts déployés visant le rachat du premier opérateur de téléphonie mobile en Mauritanie, en l’occurrence la Mauritanie des Télécommunications » (MATTEL).

    Président de Sicpa au royaume, l’ancien ministre Éric Besson est aussi un discret lobbyiste joue les intermédiaires en Mauritanie, dans un projet de rachat de l’opérateur Mattel, cite le confrère.

    Et d’ajouter : « Tunisie Télécom qui possède 51% du capital et ses associés minoritaires locaux, Mohamed Ould Bouamatou et Béchir El Hassen, se sont à nouveau entendus pour mettre en vente la société. Outre Telecel, le groupe Axian, contrôlé par la famille Hiridjee, étudie cette opportunité. Orange, sans doute dans la perspective d’une association avec sa filiale sénégalaise Sonatel, est aussi un candidat naturel pour cette acquisition. En 2016, le groupe français avait tenté sa chance, mais l’opération avait échoué en dépit d’une offre de 60 millions d’euros, réévaluée à 80 millions. Les autorités tunisiennes avaient finalement décliné pour des raisons politiques ».

    Agenceecofin a plutôt évoqué l’instruction visant l’ancien président Mohamed Ould Abdel Aziz. «Après avoir passé une semaine en détention au mois d’aout 2020, l’ancien chef de l’Etat mauritanien, Mohamed Ould Abdel Aziz, a été de nouveau entendu le lundi 28 septembre par la police dans le cadre d’une enquête pour mauvaise gouvernance et détournement de biens publics », indique ce site web.

    Et d’ajouter : « Au cours de cette audition, il aurait été confronté à plusieurs de ses ex-collaborateurs, dont un ancien Premier ministre, ont rapporté les médias locaux. Toutefois, d’après les propos de l’un de ses avocats, l’ancien président « a refusé de répondre aux questions des enquêteurs, conformément à sa ligne de défense ».

    Centre Essahraa d’Etudes et de Consultations

    Tags : Mauritanie, presse, actualité mauritanienne, revue de presse, 

  • Maroc : Il y a 10 ans, la fermeture de Nichane

    Communiqué du Groupe TelQuel

    Le boycott économique du Pouvoir contraint Nichane, le premier magazine arabophone marocain, à la fermeture

    Groupe TelQuel, le 1er octobre 2010 à Casablanca (Maroc)

    Le magazine Nichane, leader des hebdomadaires arabophones marocains, a été fermé aujourd’hui à l’issue d’une assemblée générale de ses actionnaires. Malgré son standard de qualité élevé et sa large diffusion qui auraient du en faire, légitimement, un support publicitaire incontournable, Nichane était victime d’un boycott publicitaire persistant initié par le holding royal ONA/SNI, le plus important groupe économique du Maroc, avant d’être suivi par les grandes entreprises liées au régime. Ce boycott intensif causait des dommages économiques de plus en plus graves à Nichane. Après y avoir perdu 10 millions de dirhams (près de 900.000 euros, un des plus lourds investissements de la presse marocaine), le Groupe TelQuel, principal actionnaire de Nichane, s’est vu contraint à mettre un terme à cette hémorragie financière manifestement irréversible.

    Dès sa création en 2006, Nichane, un magazine laïque et moderniste, s’est forgé une place à part dans le paysage médiatique marocain en bousculant de nombreux tabous. Ses coverstories audacieuses (« Le culte de la personnalité royale », « Le sexe et l’homosexualité dans la culture islamique », « Le Maroc, premier producteur mondial de cannabis », « Au coeur des services secrets », « Comment les Marocains rient de l’islam, du sexe et de la monarchie », et bien d’autres…) ont souvent créé l’évènement, au Maroc et au delà. Grâce à l’excellence de ses journalistes, dont plusieurs ont été récompensés par des prix internationaux, Nichane est devenu, 2 ans à peine après sa création, l’hebdomadaire arabophone le plus vendu au Maroc – une position qu’il a conservée, les derniers contrôles de l’OJD Maroc1 faisant foi.

    Mais à cause de son indépendance, et de ses positions éditoriales souvent critiques à l’égard du Pouvoir marocain, Nichane (tout comme TelQuel, magazine francophone appartenant au même groupe de presse) a fait l’objet, dès son lancement, d’un large boycott publicitaire. Ce mouvement s’est accéléré et généralisé à partir de septembre 2009 – ce qui coïncidait avec la
    censure par l’Etat marocain du sondage « Mohammed VI, 10 ans de règne », réalisé conjointement par Nichane, TelQuel et le journal français Le Monde.

    S’il s’est étendu par la suite à de multiples grands annonceurs étatiques, paraétatiques et proches du Pouvoir, opérant dans les principaux secteurs de l’économie marocaine (banque, immobilier, téléphonie – dont une filiale du groupe français Vivendi – transport aérien, automobile, agro-alimentaire, etc.), ce mouvement de boycott, à l’origine, a été initié par le holding royal ONA/SNI. Même des annonces publicitaires citoyennes et d’intérêt public (Programme d’aide à la création d’entreprise du ministère de l’Emploi, programme intergouvernemental « Les Journées de la Terre », lancé par le roi Mohammed VI…) ont été interdites de passage sur les publications du Groupe TelQuel, par décision politique. Par conséquent, la responsabilité de la mort de Nichane incombe, en premier lieu, aux premiers cercles du pouvoir du royaume du Maroc.

    Si Nichane n’a pas survécu à cet implacable boycott, TelQuel, qui y est également soumis, continue à résister. En effet, le marché publicitaire de la presse francophone au Maroc est large et diversifié. Celui de la presse arabophone, en revanche, est très restreint, et principalement regroupé autour des grands annonceurs proches du Pouvoir. Sans leurs publicités, un magazine arabophone ne peut survivre. Entre septembre 2008, période durant laquelle le boycott avait été brièvement suspendu, et septembre 2010, période durant laquelle le boycott battait son plein, le chiffre d’affaires publicitaire de Nichane a ainsi chuté de 77%.

    Pendant ses 4 années d’existence, Nichane a traversé de multiples épreuves : une interdiction de parution qui a duré 3 mois (et qui a occasionné des pertes financières considérables) ; un procès d’opinion qui s’est soldé par 3 ans de prison avec sursis pour son ancien directeur et une de ses journalistes ; trois saisies, dont deux suivies de destructions illégales de 100.000
    exemplaires (source, encore une fois, de lourdes pertes financières) ; un procès pour « atteinte à la sacralité royale » de son directeur de publication, toujours en suspens à ce jour… L’étouffement financier par le biais du boycott publicitaire a été le coup de grâce, qui a finalement contraint Nichane à la fermeture.

    La disparition de Nichane n’est que le dernier épisode de la grave détérioration de la liberté de la presse au Maroc. A partir de 2009, la lutte déterminée de l’Etat contre les journaux indépendants a connu une accélération remarquée, dénoncée par de multiples ONG de défense de la liberté de la presse, dont Reporters Sans Frontières. Des journaux ont été fermés illégalement par les autorités, d’autres ont été acculés à vendre leur mobilier pour payer des amendes disproportionnées.

    Plusieurs journalistes ont été harcelés par la police et la justice, certains ont été contraints à l’exil. Un journaliste a même été emprisonné pendant 7 mois, courant 2010. Vivace au Maroc jusqu’au milieu des années 2000 (malgré des signaux alarmants enregistrés dès le début de la décennie), la pluralité de la presse marocaine ne tient plus aujourd’hui qu’à un fil, de plus en plus ténu. Les journaux indépendants se comptent désormais sur les doigts d’une main, et ils subissent des pressions grandissantes, politiques autant qu’économiques, visant à restreindre leur liberté de parole et d’action. Pendant quelque temps, le Maroc était pourtant considéré comme un îlot régional d’ouverture et de tolérance d’une certaine liberté de la presse. Ce temps semble révolu, et cette parenthèse appelée, à court terme, à se refermer définitivement.

    Les autorités marocaines semblent désormais déterminées à suivre le modèle de la Tunisie, où ne sont tolérés que des journaux qui servent les intérêts du Pouvoir. Au moment où Nichane est contraint de fermer, il faut rendre hommage à toutes celles et ceux qui l’ont porté à bout de bras depuis sa création : ses lecteurs, avant tout, qui n’ont jamais cessé de plébisciter sa ligne éditoriale avant-gardiste, et bien entendu ses talentueux journalistes, photographes et illustrateurs, graphistes, techniciens et staff administratif. Il faut également féliciter la régie publicitaire de Nichane, dont les cadres ont travaillé pendant des années avec courage, dans des conditions difficiles. Il faut enfin saluer la sagesse de ces quelques annonceurs qui, en maintenant leur présence dans le magazine à succès qu’était Nichane, ont privilégié la rationalité économique sur les calculs politiques. Grâce à la passion et à l’engagement de tous ceux qui l’ont fait, Nichane aura été une aventure exceptionnelle, qui laissera une trace vivace dans l’histoire de la presse marocaine.

    Tags : Maroc, Nichane, Groupe Telquel, presse, répression, boycott économique, libertés, Ahmed Benchemsi, 

  • Maroc : Réponse d’Omar Radi au communiqué du SNPM

    Casablanca, le 2 octobre 2020

    Le journaliste Omar Radi, détenu à la prison d’Oukacha depuis deux mois, a pris note du contenu d’un communiqué du Syndicat National de la Presse Marocaine (SNPM), publié le 24 septembre, concernant les différents affaires et investigations dont il fait l’objet. Monsieur Radi s’est dit déçu de constater que le syndicat, reste soumis aux intérêts des personnes qui contrôlent l’organisation, et obéit à des ordres qui viennent d’en haut dans des cas similaires. Par ailleurs, il souhaite apporter les clarifications suivantes :

    1- Le journaliste a répondu de bonne foi à l’invitation de l’organisation du 1er Juillet, pour l’écouter au sujet du rapport d’Amnesty International et ses implications. Lors de cette réunion, il a pris connaissance du point de vue du syndicat. Cependant, il ne s’est nullement engagé à procéder à une autre inspection de son téléphone en participation du syndicat, jugeant que le SNPM ne remplit pas actuellement les conditions de neutralité et d’indépendance

    2- Le journaliste a veillé de son plein gré à organiser sa conférence de presse dans les locaux du syndicat malgré la divergence de points de vue avec ses dirigeants. A travers ce geste symbolique, il espérait un début de réconciliation entre les journalistes et le syndicat.

    3- Le journaliste condamne le parti-pris flagrant du syndicat dans le cas des allégations d’agression sexuelle, ce qui s’apparente à une condamnation anticipée. Le syndicat a entendu et soutenu une seule partie dans cette affaire, sans tenir compte de la déclaration qu’il a adressé à l’opinion publique, ni pris contact avec ses avocats, membres de famille, ou autres personnes qui ont été témoins de l’incident présumé. Ces témoins exercent réellement le journalisme, contrairement à l’autre partie, que le syndicat, s’efforcent de rattacher à tort à la profession de journaliste, dans une tentative flagrante de justifier leur parti-pris. Cette situation n’est malheureusement pas nouvelle. Les mêmes personnes ont déjà fait de même, après le fameux incident du harcèlement de monsieur Radi, ainsi qu’un autre collègue, lorsqu’ils se sont précipités de délivrer une carte de presse à un caméraman de « Chouf TV », tout en fermant les yeux sur la diffamation et harcèlement, dont il a été victime pendant plusieurs mois par le personnel de ce site.

    4- Il estime que le syndicat était et n’est toujours pas capable de prendre une position claire concernant les graves accusations d’espionnage au profit de pays étrangers et d’atteinte à la sécurité nationale qui pèsent sur lui.

    Source : Free Omar Radi, 2 oct 2020

    Tags : Maroc, Omar Radi, SNPM, Syndicat National de la Presse Marocaine,  presse, répression, 

  • Algérie-France : Petite pression, grand chantage

    par Abdou BENABBOU


    Les Algériens ont raison de se fâcher contre une frange d’intellectuels et de médias français qui érigent l’Algérie comme sujet de fixation, braquant leurs yeux avec le petit bout de la lorgnette à mauvais escient. La réaction officielle des autorités françaises était connue à l’avance à la suite de la légitime mauvaise humeur de la diplomatie algérienne et elles ont répété que leurs médias étaient libres et que la sacro-sainte liberté d’expression en France est couverte par une large liberté. Soit !

    Sauf qu’en la circonstance la bien nommée chaîne TV5 a tout d’un bras armé officiel qui ne s’est pas rendu compte de la nécessité professionnelle imposée à un de ses correspondants de faire la part des choses entre le fait d’informer et celui de manifester. La justice algérienne n’est quand même pas caractérisée par un niveau de débilité pour outrepasser son rôle et l’accomplir avec légèreté. L’impulsivité du documentaire télévisé par la chaîne française ne peut donc apparaître que comme une tentative de pression à la limite d’un chantage trop visible pour ne pas être décrié. Au cours des manifestations des gilets jaunes, on n’a pas vu un seul correspondant de presse contrarier sa profession en brandissant une hostile pancarte d’une main et une caméra d’une autre. Pour le reste, il n’est nul besoin de se perdre dans des considérations de géostratégie sinon de regretter de ne pas voir étaler toutes les informations que détient la justice. Les braises libyennes, syriennes, irakiennes et subsahariennes ne sont pas près d’être éteintes et il est de bon augure pour que tout soit dit.

    Ce n’est sans doute qu’un détail et la diplomatie se doit de dépasser les tenants des gestes et dits maladroits qui ne militent en aucun cas pour les peuples algérien et français. Pour peu que l’on s’instruise des malheureuses expériences passées, l’avenir pourrait être radieux pour la France et l’Algérie. La situation déplorable du monde actuel n’est pas du tout propice aux petits calculs qui déstabiliseraient davantage une région névralgique déjà sérieusement perturbée. Les deux peuples avec une conscience affirmée attendent à ce que d’autres chats soient fouettés.

    Le Quotidien d’Oran, 30 mai 2020

    Tags : Algérie, France, presse,

  • Les Don Quichotte du Parlement européen

    Commissionnés par le vibrionnant secrétaire général de Reporters sans Frontières, les eurodéputés Raphaël Glucksmann, Bernard Guetta et Marie Arena – ceux-là mêmes qui avaient initié, en novembre dernier, une résolution sur la « situation des libertés en Algérie »- se sont empressés, avec une jubilation évidente, d’interpeller le Haut Représentant de l’UE, Josep Borrell, pour « l’exhorter à condamner la détention du journaliste Khaled Drareni et à faire pression sur les autorités algériennes pour sa libération immédiate ». Rien que ça !

    Décidement, ces trois compères, narcissiques et prétentieux, tels des redresseurs de torts donquichottesques, à la fois burlesques et pathétiques, s’ingénient et se surpassent dans l’ingérence perfide dans les affaires internes d’un pays souverain, sous couvert d’une prétendue sollicitude – sélective et à géométrie variable- à l’endroit de la liberté de la presse.

    Cette fois-ci, Glucksmann, Guetta et consorts ne se sont pas véritablement sublimés dans le maquillage de cette nouvelle entreprise d’immixtion haineuse dans les affaires algériennes.

    Par impéritie ou précipitation, les VRP de Christophe Deloire, secrétaire général de RSF, ont laissé tomber le masque en faisant, dans cette adresse au chef de la diplomatie de l’UE, une fixation sur le cas spécifique de Khaled Drareni, accusé, rappelons-le, « d’incitation à un attroupement non armé » et d’ « atteinte à l’intégrité du territoire national ».

    Pourquoi, diable, cette focalisation particulière et insistante sur un « journaliste » réputé, au sein de la corporation, pour son activisme pro-LGBT et pour ses relations assidues et engagées avec la légation française à Alger ?

    En fait, la réponse se trouve dans la question. Ne pouvant agiter le landerneau politique en France, (sans doute, contreproductif et trop compromettant sur les accointances de l’intéressé avec les institutionnels de l’hexagone), RSF et ses obligés ont entrepris de mobiliser et de relayer à l’international leur campagne anti-algérienne, notamment auprès des principaux partenaires de l’Algérie (institutions européennes et USA, ou RSF s’est payé une page entière dans le journal de référence, le Washington Post) en espérant, naïvement, pouvoir peser sur le cours imperturbable et indépendant de la justice algérienne.

    Encore, une bande de charlots, qui n’a rien compris à l’Algérie.

    Boualem Karim
    Politologue

    Tags : Algérie, Parlement Européen, Reporters Sans Frontières, RSF, presse,