Étiquette : Printemps Arabe

  • Déconstruire les références à la volonté de « bénalisation du Maroc » (note de Karim Bouzida)

    Entretien téléphonique de Sa Majesté Le Roi avec le nouveau président tunisien

    L’agence MAP a publié une dépêche faisant état d’un entretien téléphonique entre SM LE Roi Mohammed VI et le président tunisien nouvellement élu Mr Moncef Marzouki. Le président Tunisien a ainsi tenu à ce que son premier contact avec un chef d’Etat étranger, soit avec le Souverain.

    Cette volonté exprimée par le nouveau Chef d’Etat Tunisien est porteuse de significations et de messages qui devront être mise en avant :

    Message 1 : Déconstruire les assimilations au régime Benali

    Moncef Marzouki est considéré comme une des icônes du Printemps arabe. Il présente l’image d’un militant démocrate et moderniste qui a laissé son empreinte intellectuelle et politique sur la révolution tunisienne.

    Déconstruire les références à la volonté de « bénalisation du Maroc » (dixit Jamaï). Cette déconstruction permettra de décomplexer la réception du discours sur le Printemps arabe par rapport au cas marocain

    Plusieurs acteurs ont trouvé dans la révolution tunisienne une occasion pour affaiblir le système politique marocain en interprétant certaines évolutions politiques et économiques comme une volonté de la part de l’Etat marocain de suivre le modèle Benali. Il s’agit là de l’une des bases sur lesquelles s’est construit l’édifice discursif du mouvement du 20 février.

    La déclaration de Moncef Marzouki porte un déni indirect de ces allégations ; si le Maroc était réellement un modèle de « bénalisme en cours », l’une des anciennes victimes de ce régime n’aurait pas exprimé cette sollicitude.

    Relais

    Personnalités de l’univers des droits de l’homme proches de l’ancienne opposition tunisienne laïque (Belkouch, Yazami…) ou des intellectuels (Tozy)

    Journalistes qui ont produit toute une littérature glorifiant le printemps arabe (Bouachrine, Miftah)

    Message 2 : Inverser les trajectoires des inspirations

    Les nouvelles autorités de Tunisie voient dans le Maroc un modèle notamment en matière de coexistence avec les Islamistes. Si Moncef Marzouki et sa tendance politique sont dans une posture de coexistence et de collaboration avec Ennahda, SM Le Roi a toléré les partis islamistes (au moment ou ils étaient interdit dans les pays arabes) et a même insisté à ce que le verdict des urnes soit respecté quelque soit le gagnant. La comparaison n’est pas pertinente mais le parallèle va forcément être évoqué entre deux chefs d’Etats dont le gouvernement est dirigé par des islamistes.

    Relais

    Acteurs politiques d’obédience islamistes mais avec une certaine profondeur intellectuelle et académique (Mostapha Khalfi, Darif, …)

    Message 3 : placer le Maroc au cœur de la dynamique du printemps arabe

    Sur le plan géopolitique, le vœu exprimé par le chef d’Etat tunisien est une reconnaissance du rôle central du Maroc dans le monde arabe post-révolutions. Il s’agit d’une preuve que le Maroc a bien sa place dans le groupe des Etats arabes en démocratisation. Il peut même se placer comme un leader (au moins symbolique) de ce groupe (Tunisie, Lybie, Egypte).
    Contrairement à l’Algérie, le Maroc est bien à l’aise dans cette nouvelle situation de bouleversement géopolitique parce qu’il a fait sa révolution conduite par SM Le Roi.

    Relais

    Experts marocains en matière de science politique et relations internationales (Boukentar, Azzouzi)

    Tags : Maroc, Benali, Tunisie, Moncef Marzouki, Printemps Arabe, bénalisation du Maroc,

  • Maroc : Le professeur Jean-Pierre, engagé par la DGED pour écrire un article

    Jean-Pierre Massias est professeur de droit public à l’Université de Pau et des pays de l’Adour, doyen honoraire de la faculté de droit, spécialiste des transitions démocratiques et de la justice transitionnelle, professeur de droit public. Il est aussi spécialiste du processus de paix au Pays Basque sur lequel il a écrit trois livres :

    -Faire la paix au Pays Basque, 2011

    -Victimes et poseurs de bombes : un dialogue basque, 2013

    -Sur la route… de la société civile dans la construction de la paix au Pays Basque, 2017

    En juin 2011, il a été contacté par Abdelmalek Alaoui pour la rédaction d’un article qui encense le pouvoir marocain. Il répond en demandant pour le prix. Voici le texte de son mail :

    En fait il faudrait que je voie si la Montagne me la prend… mais il faut que je leur parle today

    De : karim karimi [mailto:karim.karimi15@gmail.com]
    Envoyé : mardi 21 juin 2011 10:03
    À : Abdelmalek Alaoui
    Objet : Re: URGENT/tribune massias

    Salut,

    J’en ai encore parlé à nos amis outre-méditerranéen, hier. Ils me semblent encore évasifs. Ils m’ont promis qu’ils allaient la diffuser. Mais je ne crois que ce que je vois, comme Saint Thomas.

    As-tu une autre possibilité ? auquel cas, on envoie nos amis paître !

    Amitiés

    Le 21 juin 2011 10:53, Abdelmalek Alaoui <a.alaoui@global-intel.com> a écrit :

    Tu as une réponse pour la tribune de Massias? CF message ci dessous

    —–Message d’origine—–
    De : Jean-Pierre Massias [mailto:jean-pierre.massias@univ-pau.fr]
    Envoyé : mardi 21 juin 2011 09:48
    À : Abdelmalek Alaoui
    Objet :

    Cher Abdelmalek,
    je reviens vers vous à propos de la tribune pour en connaitre les
    perspectives de publications et pour la suite (forme du paiement,
    perspective de colloque ou d’ouvrage sur la nouvelle constitution).
    Dites moi vos préférences et vos disponibilités
    bien à vous
    jean-pierre

    Le 25 novembre 2011 il participe en tant qu’observateur aux élections législatives. Trois jours plus, il en parle dans un article publié sur Le Nouvel Obs intitulé « Maroc : des élections synonymes de reconstruction démocratique ».

    Maroc : des élections synonymes de reconstruction démocratique

    LE PLUS. Les islamistes modérés du Parti justice et développement (PJD) ont remporté les législatives du 25 novembre au Maroc avec 107 sièges sur 395. Jean-Pierre Massias, observateur international, a constaté sur place les motivations des électeurs.

    Les élections législatives au Maroc ont donc rendu leur verdict : à l’issue du vote, où plus de 45% des électeurs se sont rendus aux urnes, c’est le Parti de la Justice et du Développement (PJD, islamiste modéré) qui arrive largement en tête et au sein duquel, du fait des dispositions de la nouvelle constitution, sera choisi par le roi le nouveau chef de l’exécutif.

    Toutefois, au delà de ce constat, une réalité bien plus complexe s’impose. En effet, observer de l’intérieur le processus électoral permet également, par la plongée dans le quotidien politique que suppose cet exercice, de compléter ses connaissances et de partager, au fil des conversations et des rencontres, un certain nombre de réalités souvent négligées.

    Ainsi, ce jour de vote, pour l’observateur international que j’étais, c’est une réalité plus originale de la démocratisation marocaine qui s’est parfois fait jour et qui mérite d’être prise en compte.

    Cette originalité s’exprime d’abord par ses contradictions.

    Avant ces élections, le risque était d’abord celui de l’abstention et donc de l’indifférence populaire. Celle-ci aurait été d’autant plus délicate qu’elle aurait été immanquablement mise en perspective avec la participation massive lors des législatives tunisiennes organisées quelques semaines auparavant. Ce risque était d’autant plus réel que le scrutin de 2007 avait été marqué par une abstention record.

    A cet égard, les 45 % de participation ont été considérés positivement par les observateurs. Témoignant d’une progression sensible au regard de 2007, ce rebond électoral témoigne que de nombreux électeurs en dépit des appels au boycott ont compris l’échéance de novembre pour ce qu’elle était, c’est-à-dire l’amorce d’une reconstruction du processus démocratique après l’adoption de la nouvelle constitution de juillet dernier.

    Ce sentiment a d’ailleurs été maintes fois exprimé autour des bureaux de vote par de nombreux électeurs. « Pourquoi voter ? Les parlementaires n’ont pas de pouvoirs et les partis ne tiennent aucune de leurs promesses. Avec eux rien ne change… »

    Ces paroles d’électeurs anonymes sont d’ailleurs très significatives de la réelle portée de cette participation encore timide : celle-ci, bien plus que la volonté de démocratisation, conteste directement la crédibilité des partis politiques et de l’institution parlementaire dont l’image bien peu flatteuse au sein de la société marocaine explique véritablement la portée de cet abstentionnisme.

    A cet égard, l’originalité du processus transitionnel marocain tient aussi de ces paradoxes.

    En effet, au-delà de ces difficultés, c’est bien la réalité humaine du processus démocratique qui s’est imposée aux témoins de ces élections. Au-delà des interrogations sur les « pressions » présumées subies par les partisans du boycott, aucune malversation n’est apparue lors du scrutin.

    Dans l’ensemble des bureaux de vote, les personnes responsables faisaient preuve d’une grande implication et de réelles compétences. Les membres, souvent jeunes, des formations politiques présentes s’impliquaient pleinement dans leur fonctions. Si des cafouillages purent avoir lieu, ces difficultés – qui réduisirent la participation effective contre les intérêts du gouvernement organisateur – ne furent pas de nature à remettre en cause la sincérité d’un processus électoral où, – il convient de le rappeler –, la formation victorieuse ne soutenait pas le gouvernement en place avant les élections.

    Si le processus électoral a pu parfois pêcher, c’est bien plus par son organisation et sa complexité (plus de trente formations en lice sur le même bulletin de vote comportant deux scrutin), que par manque de sincérité.

    Désormais, c’est une nouvelle étape qui s’ouvre et qui sera capitale pour la construction démocratique au Maroc. Tous les acteurs vont donc se trouver impliqués dans un processus où chacun devra pleinement assumer ses responsabilités dans le double contexte des révolutions arabes et de la récente reforme constitutionnelle.

    C’est dire l’importance de la période qui s’ouvre. Pour mener à bien leur tâche, les acteurs politiques devront sans doute garder à l’esprit cette réflexion d’un électeur – pourtant critique – qui confiait que, même si on citait toujours en exemple l’Espagne ou le Portugal, « il n’y avait aucune raison que le Maroc n’accède pas lui aussi un jour à ce niveau démocratique… »

    Tags : Maroc, élections, printemps arabe, Jean Pierre Massias,

  • Maroc : Quand Ahmed Benchemsi prédisait « une chute » de la Monarchie marocaine (journal US)

    From: Fouzi Azzam
    Date: Fri, 14 Oct 2011 12:50:32 -0700 (PDT)
    To: alaoui
    USA-Maroc-réformes
    Ahmed Benchemsi prédit « une chute » de la Monarchie marocaine (journal US)
    (Note d’information)-.
    Washington, 14 oct (MAP)- Le journaliste marocain Ahmed Reda Benchemsi, installé aux Etats-Unis , a prédit une « chute » de la Monarchie marocaine, indique, vendredi, le journal américain « The Stanford daily ».
    Ahmed Benchemsi, chercheur visiteur pour le Programme sur la réforme arabe et la démocratie à l’Institut Freeman Spogli relevant du Centre des Etudes internationales sur la Démocratie, le développement et la primauté du droit (CDDRL), a fait cette conclusion lors d’une conférence-débat qu’il a animée, jeudi, sous le thème « L’illusion de la démocratie: Comment la monarchie absolue du Maroc a géré le printemps arabe « .
    Tags : Maroc, Makhzen, monarchie, constitution, printemps arabe, mouvement 20 Février,
  • Maroc : 8ème anniversaire du mouvement du 20 février

    Maroc : 8ème anniversaire du mouvement du 20 février

    Au Maroc, le Mouvement du 20 février fête aujourd’hui son 8ème anniversaire de sa création. Fer de lance de la protestation marocaine, lors des dénommés printemps arabes, il a été depuis affaibli par le sang et le feu des forces de l’ordre.

    Ce jour, cinq jours ont été brûlés dans une banque à Al Hoceima.

    La situation actuelle

    Malgré son affaiblissement sous les coups des matraques, le mouvement est loin d’être « mort » et son esprit plane partout dans les manifestations de protestation contre les injustices au Maroc.

    Aujourd’hui, les marocains se mobilisent contre l’oubli de ceux qui se sont sacrifiés pour maintenir le flambeau de la libération des jougs de la colonisation monarchique alaouite. Ils veulent leur rendre hommage et poursuivre les initiatives courageuses d’hommes et de femmes, d’ouvriers et de chômeurs, de jeunes et de moins jeunes, d’élèves et d’étudiants qui ont promis de renverser la situation en faveur de la population la plus démunie.

    Si, lors de la naissance du Mouvement 20F, le roi du Maroc était épargné, désormais ce n’est plus le cas. Le peuple a découvert qu’il n’est pas étranger à toute cette vague de répression qui s’abat contre lui. Les réseaux sociaux sont devenus les canaux favoris d’expression de la jeunesse marocaine qui en a fait leur arme principale de lutte contre le despotisme, la corruption et le népotisme.

    Une monarchie héritée du colonialisme

    Le Maroc est soulevé par une vague de fond pour appeler à une transformation de la société marocaine, pour exiger de vrais changements démocratiques. Partout au Maroc, même dans les petites villes, se sont créés des comités à l’origine des manifestations. Le mouvement du 20 février a été lancé par des jeunes citoyens, des militants de base, des gens du petit peuple, criant leur colère contre la situation économique, sociale et politique. Ils ont été soutenus par la société civile et des forces démocratiques qui se sont senties obligées de suivre, parfois même à contre-cœur…

    Les forces de l’ordre ont réprimé violemment certaines manifestations et ont déjà fait des morts. Il faut savoir que parmi les personnes arrêtées, certaines ont été condamnées à des peines allant jusqu’à dix ans de prison. Dans ce contexte, le mouvement du 20 février, issu de la société, porté par des jeunes, fait preuve d’une grande détermination. Par ces manifestations, les jeunes ont franchi une première étape, celle de vaincre la peur et de rendre légitimes leurs revendications…

    Une monarchie maître d’œuvre des crimes commis contre notre peuple

    Au Maroc, le roi est le représentant de Dieu sur terre et s’érige en commandeur des croyants. Dans sa constitution qu’il octroie à ses sujets, sa personne, sa parole ainsi que sa famille et ses biens sont sacrés. Ils ne peuvent faire l’objet d’aucune discussion, encore moins de critique ou d’opposition. Il s’octroie tous les pouvoirs et il est au dessus des lois. Il est le chef suprême des armées et le président de tous les conseils de l’État. C’est lui qui nomme le 1er ministre et désigne les ministres. Il peut révoquer SON gouvernement, dissoudre SON parlement et instaurer l’état d’exception quand bon lui semble. Bref, il est le monarque ABSOLU… Cette monarchie a construit un Etat militaro-policier à l’image et en héritage de l’État colonial, avec l’aide et le soutien de l’impérialisme français et américain.

    Le mouvement du 20 février

    Depuis le début du siècle dernier jusqu’à nos jours, voici des dates clés pour résumer cette histoire criminelle et ces années de plomb. En collaboration avec l’armée coloniale française et espagnole (1 million et demi de soldats et pas moins de 20 généraux et colonels), la révolution de l’un des pionniers de la lutte armée de libération nationale, le héros de la guerre du Rif et le premier président de la première république démocratique de l’histoire de notre pays, Abdel Krim El Khatt Abi (1920-1924), a été écrasée. Ensuite, ont été matées dans le sang, toujours avec l’aide de la même armée coloniale, les diverses rébellions des tribus (1930-1950). Répression sanglante de la révolte du Rif de 1958-59. Hassan II transformera cette région en un laboratoire de culture, de transformation et de trafic international du cannabis (kif).

    Répression sanglante des révoltes et soulèvements de notre peuple en 1965 à Casablanca, Oouled Khalifat, en 1981, 84, et 90 et tout au long de la dernière décennie( Sfrou, Sid Ifni, Tanger…)..) C’est aussi la création du mouvement marxiste-léniniste Ela Aman (En Avant)
    Des centaines de liquidations physiques et disparitions forcées, de passages à l’arme de civils et militaires, de milliers d’arrestations, de morts sous la torture et dans des bagnes secrets, de procès inéquitables où la justice à l’ordre a distribué des siècles de prisons et des dizaines de peines de mort…

    Pour répondre aux manifestations du 20 février, le roi a lâché un peu de lest le soir du 9 mars : baisse des carburants et aliments de base, promesse d’embaucher 4000 chômeurs diplômés, révision de la constitution vers une monarchie parlementaire. Ces « avancées » ont été saluées par les USA, l’Europe, la France. Mais les citoyens, et non les sujets, n’y ont pas trouvé de réponses satisfaisantes à leurs revendications.

    C’est pourquoi la lutte continue, les points cruciaux mis en avant par les manifestants du 20 février sont :

    1) Une constitution démocratique élaborée par une assemblée constituante incarnant la volonté du
    peuple.

    2) La démission du gouvernement, la dissolution des deux Chambres.

    3) Une justice indépendante, la séparation des pouvoirs.

    4) Le jugement des responsables de la torture et des crimes contre les Marocains.

    5) La lutte effective contre la corruption et la récupération des richesses volées aux peuples.

    6) La libération de tous les prisonniers politiques.

    7) La reconnaissance de la langue amazighe comme langue officielle au côté de l’arabe.

    Tags : Maroc, Mouvement 20 Février, printemps arabe, Makhzen, Rif, Hirak,

  • Moulay Hicham : « La solution au Maroc : une monarchie réformée »

    ENTRETIEN MOULAY HICHAM REALISE PAR DOMINIQUE LAGARDE DANS L’EXPRESS DE CE MERCREDI 11 MAI 2011. IL DONNE SON AVIS SUR LE PRINTEMPS ARABE ET PARLE DU MAROC.

    Interrogé par l’Express sur le fait que les manifestants au Maroc ne demandent pas au souverain de « dégager », mais de réformer le système et que les rois seraient donc plus légitimes que les dictateurs républicains, Moulay Hicham estime que « L’institution monarchique est à la fois une institution d’arbitrage et le symbole de l’identité de la nation. Les populations de ces pays adhèrent majoritairement à ce concept. Mais cela pourrait bien, à terme, ne plus être le cas si ces monarchies ne prennent pas en compte l’aspiration des peuples au changement. Or, elles peinent à faire face à cette urgence, notamment, lorsqu’il s’agit de monarchies de droit divin ».

    Interrogé sur les pouvoirs religieux du souverain qui sont « aujourd’hui largement débattus », notamment, par le mouvement du 20 février, ainsi que sur la notion du sacralité de la personne de Sa Majesté, Moulay Hicham déclare que « La +sacralité+ n’est pas compatible avec la démocratie. On peut concevoir que la personne du roi soit inviolable, parce qu’il est le représentant de la nation. On peut conserver une commanderie des croyants si celle-ci est dotée d’une dimension morale, un peu comme la reine du Royaume unie est chef de l’église d’Angleterre et Defender of the Earth. Mais il faut renoncer au caractère sacré de la personne du roi. Si on garde cette notion-là, copiée sur l’absolutisme français au milieu d’un dispositif institutionnel par ailleurs démocratique, tout sera biaisé. A terme, cela ne marchera pas ».
    Interrogé sur la Commission de la réforme de la constitution et si elle peut aller jusqu’à proposer la suppression de la sacralité de la personne du Roi, Moulay Hicham répond : « je crois que la monarchie marocaine a compris l’ampleur du défi, même si elle peine à y répondre. La commission est consultative, c’est le roi qui tranchera ».

    Sur la demande de l’ultragauche marocaine de l’élection d’une assemblée constituante, Moulay Hicham réponde : « C’est irréaliste. Cela signifierait la fin du régime. Historiquement, les assemblées constituantes servent à consommer la fin d’un régime ».

    Entre une monarchie à l’espagnole ou la conception d’une Constitution dans laquelle le Roi aurait peu ou prou les pouvoirs d’un président français, avec un exécutif bicéphale, Moulay Hicham souligne qu’ « En France, le chef de l’Etat et le Premier ministre sont l’un et l’autre issus de la souveraineté populaire. Au Maroc, il y a deux légitimités, celle des urnes et celle de la tradition. On ne peut pas transposer la logique et la philosophie de la cohabitation et du domaine réservé. Il faut tourner la page, et le faire sans ambiguïté. Le Maroc doit s’inspirer des expériences des monarchies européennes tout en préservant ses traditions et sa culture. »

    Interrogé sur son rôle d’avocat de l’ouverture démocratique des monarchies arabes tout en étant le neveu de Feu le roi Hassan II, Moulay Hicham répond : « Des études à l’étranger, l’ouverture au monde sans doute. Et un intérêt, très tôt stimulé, pour les problèmes sociaux… »

    « Mais vous restez monarchiste ? », interroge Dominique Lagarde de l’Express. « Oui je reste convaincu qu’un changement dans le cadre d’une monarchie réformée représente la solution la moins coûteuse pour le Maroc. Je mentirais si j’affirmais que la biologie est étrangère à cette conviction.»

    Interrogé sur ses prises de position et les ennuis qu’elles auraient générés avec Feu le roi Hassan II et S.M le roi Mohammed VI, Moulay Hicham répond : « Avec Mohammed VI surtout, d’autant que son entourage pèse davantage qu’autrefois celui de Hassan II. J’ai fait l’objet de campagnes, j’ai été en bute à des tracasseries… »

    Interrogé sur l’état de ses relations actuelles avec le souverain, Moulay Hicham dit : « Depuis dix ans, je ne me suis rendu qu’une seule fois au palais royal. Je n’ai vu le roi que deux ou trois fois, lors de réunions de famille. Restent les souvenirs d’une enfance et d’une jeunesse partagées. Le sentiment aussi d’appartenir à une même famille. C’est un élément constructif de mon identité. »

    Tags : Maroc, Hicham Alaoui, prince Moulay Hicham, Printemps Arabe, monarchie marocaine,

  • Palestine : Le deal de toutes les prédations

    Trois grands conflits en Afrique et au Moyen Orient ont jeté un voile sur un vieux problème que l’humanité traîne depuis plus de 70 ans. En effet, le Mali, la Libye et la Syrie vers où convergent les inquiétudes des Occidentaux, des Africains et des Arabes, ont relégué au second plan la question de décolonisation en Palestine. La récente sortie de Trump avec son «deal du siècle» renseigne, si besoin, des conséquences de l’absence de vigilance sur le dossier palestinien.

    Certes, les deux époques sont différentes, l’origine des conflits également, mais l’on constate dans les deux cas une volonté occidentale de maintenir la plaie ouverte. Les Britanniques, les Français et les Américains, le trio de pays qui n’ont pas hésité à attaquer l’Egypte de Nasser en 1956, pour sauver Israël, pousser ces dernières années les pays du monde à entrer dans un conflit international et ouvert contre la Syrie. Un seul objectif sous-tend cette attitude guerrière: fragiliser au maximum le pays-cible pour le rendre dépendant de leur volonté et l’offrir à Israël, dont le rêve de contrôler le monde arabe, n’a jamais été aussi près d’être réalisé.

    Dans ce monde arabe, il y a également l’Algérie. Après l’échec de l’anéantissement de cette grande Nation, le même trio milite «secrètement» pour allumer la mèche d’un autre conflit aux conséquences insoupçonnables aux frontières sud et est du pays. Pareille perspective n’anéantira certainement pas l’Algérie, mais risque de l’affaiblir au sens où elle aura, en tant que puissance régionale, à gérer une situation inextricable où des dizaines de pays impliqués dans la guerre, voudraient tirer profit de la situation.

    Le but des Occidentaux à travers l’internationalisation des conflits libyen, syrien et malien, est sans doute de créer des foyers de tension permanents qui viendraient s’ajouter à la question palestinienne. Cela reléguera aux calendes grecques le règlement d’une des plus importantes et légitimes revendications de l’humanité depuis l’imposition par les pays du tiers-monde du principe de l’autodétermination.

    Il est vrai que ces conflits arrangent deux alliés objectifs de l’Occident: Israël. Le printemps arabe et Daech ont complètement occulté les souffrances du peuple palestinien encore sous le joug de l’occupation. Comme quoi les «Révolutions» et le terrorisme servent les pouvoirs les plus injustes de la planète.

    Par Nabil G.

    Ouest Tribune, 12 fév 2020

    Tags : Palestine, Etats-Unis, Israël, deal du siècle, autodétermination, Proche Orient, monde arabe, terrorisme, Daech, printemps arabe,

  • Tunisie / Commémoration de la révolution dans un climat de morosité: la démocratie, c’est dur

    Pendant 8 ans, on avait commémoré la révolution du 14 janvier 2011 sur fond de désenchantement face à une crise multiforme qui ne fait que s’aggraver Ce sera malheureusement le cas cette année aussi.

    A mesure que les années passent, on prend de plus en plus conscience du prix à payer pour passer de la dictature à la démocratie. On s’aperçoit que celle-ci n’est pas la panacée.

    Au surplus, cette liberté que nous chérissons tant ne se décrète pas. Elle nécessite un long apprentissage, une nouvelle mentalité, des sacrifices et surtout elle n’a pas que des avantages, puisq’elle peut devenir une véritable malédiction si on en abuse.

    C’est ce à quoi Churchill voulait attirer notre attention quand il a défini la démocratie comme le pire de systèmes à l’exception de tous les autres.

    La démocratie, c’est la maîtrise de soi, c’est la rationalité, c’est la modération, c’est la tolérance, c’est le rejet de la violence, c’est le patriotisme, c’est toute une culture que nous n’avons pas encore. Ce qui ne veut pas dire qu’elle est hors de notre portée.

    Au contraire, de par notre histoire, notre homogénéité, notre tempérament pacifique qui privilégie les solutions pacifiques et les compromis, nous sommes peut-être le peuple arabe le mieux qualifié pour y accéder. Il suffit de faire les efforts qu’elle requiert.

    Leaders, 13 jan 2020

    Tags: Tunisie, printemps arabe, démocratie,

  • Algérie-Maroc , Les Américains poussent-ils au dégel ?

    Par Mohamed Benchicou

    Mardi, à la surprise générale, le ministre de l’Energie et des Mines, Youcef Yousfi, a révélé l’existence du projet d’études d’un gazoduc algéro-marocain pour approvisionner le royaume à partir de Hassi Rmel. Ainsi donc, l’Algérie envisage de vendre du gaz au Maroc, en dépit de la guerre froide que se livrent les deux pays en raison du conflit au Sahara occidental.

    Mieux : M. Yousfi a ajouté que le partenariat énergétique algéro-marocain va aboutir à la conclusion prochaine d’un partenariat entre Sonelgaz et le bureau marocain de l’électricité et du gaz et d’un projet commun «d’arrimage » au marché européen. Curieux… L’initiative est d’autant plus étonnante que l’Algérie a, jusqu’ici, soigneusement évité une collaboration avec Rabat dans le domaine du gaz. En dehors des droits que le Maroc perçoit pour le passage du gaz d’Algérie vers la péninsule ibérique, par le gazoduc Pedro Duran Farrell, aucune coopération ne lie les deux pays. Mieux, un nouveau gazoduc, le Medgaz, entrera bientôt en service et reliera directement l’Algérie à l’Espagne

    alors même que les capacités du premier ne sont pas pleinement utilisées. Alors, comment en eston venu à parler d’un prochain gazoduc algéro-marocain pour approvisionner le royaume à partir de Hassi Rmel ? La réponse est dans la fracassante déclaration, mercredi 23 février, lors d’une conférence de presse, de Mourad Medelci, ministre des Affaires étrangères, qui nous apprend que le Maroc et l’Algérie ont convenu d’une «initiative politique destinée à renforcer leurs relations bilatérales », que «des efforts étaient faits par l’Algérie et le Maroc pour favoriser un climat positif» et que «l’Algérie travaille à accroître ses relations avec ses amis et frères marocains». La sortie de Youcef Yousfi était ainsi annoncée dans ce discours de nouveau type, comme l’une des premières concrétisations de cet accord algéro-marocain dont personne n’avait deviné l’existence. «Trois ministres vont se rendre dans les deux pays en mars prochain pour discuter des moyens nécessaires d’insuffler une nouvelle dynamique aux relations bilatérales dans des domaines sensibles, notamment l’énergie et l’agriculture» Quelques jours auparavant, et pour mieux attester d’un état d’esprit nouveau entre Alger et Rabat

    le ministre marocain des Affaires étrangères, Taieb Fassi Fihri, déclarait à la TV marocaine que Rabat était prêt à accueillir des membres du gouvernement algérien pour commencer une «ère nouvelle ». «Ere nouvelle», «initiative politique», «nouvelle dynamique aux relations bilatérales»… Quand les diplomates usent, à ce point, de vocables courtois, c’est que les évènements ont pris, à notre insu, une nouvelle tournure. Un vent nouveau souffle sur les rapports algéro-marocains, un vent d’ouest. Un vent américain. Des indiscrétions diplomatiques révélées par le bulletin confidentiel La Lettre de Méditerranée, avaient déjà fait état d’un plan qu’aurait concocté la Maison Blanche, et qui vise rien moins que la normalisation des relations entre le royaume chérifien, son allié traditionnel, et l’Algérie et à trouver une issue acceptable au conflit du Sahara occidental. On réalise, en effet, que les généreuses déclarations de Medelci et Yousfi se font entendre une semaine après la visite à Alger du sous-secrétaire d’Etat américain aux affaires politiques, William Burns. Selon des sources diplomatiques, l’une des missions à Alger du sous-secrétaire d’Etat américain aux affaires politiques, William Burns, était de baliser un terrain d’entente entre Alger et Rabat, et de proposer une issue acceptable au conflit du Sahara occidental.

    Ce qui semble accréditer ces thèses est que les deux entrevues qu’a eues à Alger William Burns avec le ministre algérien des Affaires étrangères Mourad Medelci et ensuite avec le président Bouteflika à la résidence Djenane El Mufti, se sont déroulées en présence du ministre délégué chargé des Affaires maghrébines et africaines, Abdelkader Messahel. Celui-là même qui d’habitude conduit la délégation algérienne aux négociations informelles sur le Sahara entre le Maroc et le Polisario. Le plan américain entre dans le cadre du programme de repositionnement de Washington dans la nouvelle carte géopolitique arabe. Il devrait recevoir l’aval des dirigeants des pays européens traditionnellement liés avec les deux pays maghrébins voisins.

    Les arguments américains

    Curieusement, on retrouve dans la bouche de Youcef Yousfi les arguments américains développés par le think tank américain Institut Peterson sur le coût du «non-Maghreb». Le département d’Etat travaille sur les études de cet important think tank qui s’intéresse aux problèmes économiques internationaux. L’Institut Peterson (du nom de son président qui n’est autre que le président du Council on Foreign Relations et ancien secrétaire au commerce des États-Unis, Peter G.Peterson), jouit de tous les moyens et de toute l’attention des dirigeants américains. Il est dirigé par C. Fred Bergsten, anciennement secrétaire adjoint aux affaires internationales du département du Trésor américain. Parmi les autres membres importants du bureau des directeurs, on peut citer Nobuyuki Idei, ancien président de Sony Corporation ; David Rockefeller, ancien président de la Chase Manhattan Bank

    Lawrence Summers, ancien secrétaire au Trésor des États-Unis ; Jean-Claude Trichet, président de la Banque centrale européenne ; Laura D’Andrea Tyson, ancien président du Council of Economic Advisers du président des États-Unis ; Paul Volcker, ancien président de la Réserve fédérale des États-Unis ; Chen Yuan, gouverneur de la Banque chinoise de développement ; Lord Browne de Madingley, Chief Executive de BP; Stanley Fischer, gouverneur de la Banque d’Israël ; Mario Monti, ancien commissaire européen ; Paul O’Neill, ancien secrétaire au Trésor des États-Unis ; David O’Reilly, président de Chevron Corporation, etc. Que dit le rapport du Peterson Institute(2) ? Il énumère les avantages dont bénéficieraient les peuples d’une Afrique du Nord dont les frontières seraient ouvertes. Malgré de nombreuses ressources (pétrole, du gaz, des phosphates en abondance, une production agricole variée ), des paysages magnifiques qui attirent des millions de touristes étrangers chaque année, des millions de jeunes continuent d’arriver sur le marché du travail — 50 % d’entre eux sont déjà au chômage.

    Remédier à ce déferlement exigerait, pendant deux décennies, un rythme de croissance plus élevé que celui de la Chine. Aussi, la perte des deux points de croissance que coûtent les frontières fermées représente un défi. Huit milliards de dollars de capitaux privés fuient la région chaque année et s’ajoutent au stock existant, estimé à 200 milliards de dollars. Dans le domaine de l’énergie, note l’institut, l’Algérie est le troisième pourvoyeur de gaz pour l’Europe, après la Russie et la Norvège. Le Maroc détient près de la moitié des réserves mondiales de phosphates ; mais, pour les transformer en engrais, il faut de l’énergie, du soufre et de l’ammoniac, trois intrants dont l’Algérie dispose en abondance et à des prix très compétitifs.

    Parmi les grands marchés d’engrais de l’Office chérifien des phosphates (OCP), on trouve l’Inde, le Brésil et la Chine. Un partenariat entre la Sonatrach algérienne, l’entreprise publique qui joue un rôle central dans l’industrie pétrolière nationale, et l’OCP pourrait faire du Maghreb la base de production d’engrais la plus compétitive du monde, entraînant dans son sillage de nombreuses entreprises de sous-traitance et des investisseurs des cinq continents, sans compter un nombre incalculable d’emplois.

    L’affaiblissement diplomatique de Bouteflika

    Ce qui a précipité l’accord est sans doute l’avalanche des dernières révolutions arabes qui ont affaibli le régime de Bouteflika. Il n’a plus les moyens de son ancienne arrogance. L’Algérie de Bouteflika est diminuée diplomatiquement. Même si elle n’a pas subi de fortes insurrections populaires, elle a été fortement affaiblie sur le plan interne et externe par les évènements de Tunisie et d’Égypte. Le fait que le régime de Bouteflika s’est vu assimilé aux pouvoirs dictatoriaux du monde arabe et que les évènements l’aient conduit à se justifier puis à faire des concessions, l’a fortement fragilisé. Bouteflika est apparu comme un président sans grande légitimité (révélations de WikiLeaks sur les fraudes aux élections de 2009), obligé de négocier ses soutiens extérieurs pour rester au pouvoir.

    On peut, sans risque de se tromper, conclure que les Américains ont cherché à profiter de la situation. Ils ont forcé la main d’un pouvoir qui est en situation de demandeur. La crise algéro-marocaine serait sur le point donc d’être réglée et la réouverture des frontières ne saurait tarder. Pour le meilleur ou bien pour le pire ? Quand vous leur posez la question, les Américains disent vouloir agir dans le seul but de résoudre l’instabilité politique et l’absence de démocratie qui sont des facteurs inquiétants pour l’avenir. C’est l’avenir, justement, qui nous le dira.

    Le soir d’Algérie, 3 mars 2011
    Tags : Maroc, Algérie, Printemps Arabe, gaz, Bouteflika,
  • Maroc : « Moulay Hicham » veut que le Makhzen « périsse »

    Rabat.- La très sélecte revue française Le Débat, qui a été fondée par l’historien Pierre Nora en 1980 et appartient aux éditions Gallimard, vient de publier une interview de Hicham El Alaoui, « Moulay Hicham ». Un long entretien de 14 pages dans lequel le détesté cousin du roi Mohamed VI va un peu plus loin dans ses critiques de la monarchie que lors de ses précédentes sorties.

    A la première question de son interviewer, Stephen Smith, un ancien journaliste de Libération et du Monde, auteur d’un très remarqué livre sur le général Oufkir, « Moulay Hicham » démarre au quart de tour :

    « A la mort de mon oncle, j’ai continué de soutenir publiquement que le makhzen, c’est-à-dire le pouvoir patrimonial au Maroc, devait périr pour que la monarchie vive et serve les Marocains. Je me suis également prononcé contre le califat, autrement dit contre une monarchie sous l’autorité du «Commandeur des croyants» mêlant prérogatives politiques et religieuses. »

    En fait, on ne l’a jamais entendu demander la destruction du Makhzen, cette pieuvre, ce Big Brother marocain qui menace, avilit la condition humaine et asservit la bonne trentaine de millions de marocains au nom de traditions moyenâgeuses et dépassées. Mais, c’est un début.

    Questionné sur l’« éveil arabe », le prince qui a apparemment évolué, mais pas vers cette évolution qui voulait cacher la révolution, estime qu’il faudrait peut-être cesser d’appeler le réveil des peuples arabes contre les tyrannies un « printemps », qui est une « saison passagère et cyclique ». Pour lui, c’est sûr, le monde arabe ne va pas revenir en arrière ni « se rendormir ».

    « Politiquement, je suis persona non grata au palais. »

    Mais « dans votre pays, le Maroc, vous êtes plus qu’un observateur engagé, vous faites partie du problème, espérez-vous aussi faire partie de la solution, voire être la solution? », lui lance impudique le journaliste. Déconcerté un moment, « je ne vois pas bien en quoi je ferais partie du problème », il reprend rapidement du poil de la bête en disant pour la première fois, avec ses propres mots, ce qu’il n’avait jamais dit auparavant, même si d’autres l’ont fait à sa place :

    « Après la mort de Hassan II, j’ai dit à Mohammed VI avec la sincérité que me commandait mon affection pour lui qu’il fallait réellement changer, qu’il ne suffisait pas de rajeunir le makhzen. Depuis, je n’ai revu le roi, mon cousin, que deux fois, dans des cadres strictement familiaux où nos échanges sont restés courtois et distants, comme l’exigeaient les circonstances. Politiquement, je suis persona non grata au palais. »

    Mais cette marginalisation cela ne le chagrine point. Apparemment, il a prévenu il y a douze ans son cousin, qui depuis quelques mois se présente comme le champion de la démocratie dans le monde arabe, des chamboulements à venir. Sans aucun résultat jusqu’à ce que, récemment, les dictatures arabes ne commencent à tomber l’une après l’autre et trembler les Alaouites :

    « J’ai dit ce que j’avais à dire, mais je n’ai pas été entendu, ni par Mohammed VI ni par ces bateleurs de l’information qui l’ont présenté, lui, comme le «roi des pauvres» et qui m’ont surnommé, moi, le «prince rouge». Mieux vaut en rire! Alors, j’ai pris du champ en m’installant avec ma famille aux États-Unis, et je me félicite tous les jours de cette décision qui m’a permis de me réaliser sur le plan tant professionnel que personnel. »

    Prenant de la hauteur, tant vis-à-vis de l’autocrate alaouite, « j’ai fini par me rendre à l’évidence que je gêne le roi », qu’envers la démocratisation du Maroc, qui n’a pas besoin d’un prince (c’est vrai !) pour aller à son terme, « Moulay Hicham » revendique tout de même une totale « liberté d’expression, sans lignes rouges à ne pas franchir ». Dans un pays truffé non pas de lignes rouges mais plutôt de frontières armées rouges, cette mise au point est la bienvenue.

    « On a bourré le crâne des gens dans les mosquées »

    En ce qui concerne la farce du référendum constitutionnel, applaudie par ceux qui voulaient bien applaudir, le cousin du roi n’y va pas par quatre chemins. Après les précautions d’usage, « je n’ai aucun doute sur le fait que la réforme constitutionnelle proposée par le roi ait été adoptée par une large majorité des Marocains », il déclare néanmoins que :

    « 98 % de «oui» et un taux de participation de 72 %, soit presque le double de la dernière élection, ce n’est pas crédible. La machine à «faire des scores» que l’on espérait remisée pour de bon s’est au contraire emballée : les gens ont été ramassés par des cars, ils ont été conduits vers les urnes comme du bétail électoral et, pour qu’ils comprennent bien ce qui était attendu d’eux, on leur avait bourré le crâne dans les mosquées, le vendredi 25 juin, avec un prêche dicté par le ministère des Affaires islamiques – du jamais vu, même du temps de Hassan II et de son ministre de l’Intérieur maître ès plébiscites, feu Driss Basri! La plus grande confrérie soufie du royaume, la Zaouiya Boutchichia, a été embrigadée tout comme, ce qui n’est pas moins inquiétant, des bandes de jeunes voyous qui ont été commis à monter des «contre-manifestations», parfois violentes. Bref, si une démocratisation progressive était le but, et si – comme je le crois – une majorité des Marocains étaient prêts à avaliser ce projet, pourquoi avoir tourné un référendum de citoyens en beiya (allégeance) populiste? Le modus operandi a démenti le but affiché. Frileusement accroché à ses privilèges, le makhzen a abusé du vote populaire pour la mise en place d’un «parti de l’ordre», d’un rempart pour mieux se mettre à l’abri. Mais c’est un calcul à la petite semaine. La sacralité de la monarchie, abandonnée dans la lettre de la nouvelle Constitution, a été réaffirmée dans son esprit le plus rétrograde par ces pratiques d’un autre âge. Le résultat en est double, et doublement néfaste: d’un côté, les peurs du plus grand nombre – la peur de perdre son gagne-pain, d’être aliéné dans un pays en voie de mondialisation, aux mœurs nouvelles et inquiétantes »

    Tout est dit. Et puis, si c’est un membre de la famille royale et régnante qui le répète, lui qui connaît le palais, le régime, les rois et le Makhzen, pourquoi le contredire ?

    Ali Lmrabet

    Demain Online, 30 sept 2011

    Tags : Maroc, Makhzen, Moulay Hicham, Hicham Alaoui, printemps arabe,

  • Maroc : la famille d’Adel, victime du terrorisme d’État

    En plein coeur du printemps marocain, Marrakech a été secoué par l’attentat du Café Argana. Les forces de police ont accusé Adel Othmani d’être derrière cette tuerie qui a fait 17 morts.

    Lors de son audience Adel Othmani, le principal suspect dans l’attentat terroriste commis en avril dernier à Marrakech, a affirmé qu’il a été forcé sous la menace de la torture par les services de renseignements marocains à avouer qu’il était l’auteur de l’attentat. Adel Othmani affirme qu’il n’est pas impliqué dans l’attentat et qu’il n’a jamais visité Marrakech avant son arrestation.

    Pire encore, Adel Othmani a accusé les services de renseignements marocains d’avoir perpétrés l’attentat de Marrakech et d’avoir rapidement arrêtés des suspects pour manipuler l’opinion marocaine et mettre fin aux manifestations pro-démocratie au Maroc.

    Depuis, sa famille n’arrête pas manifester et dénocer un « terrorisme d’Etat » au Maroc. Une famille meurtrie par la douleur de l’injustice commise contre leur fils. Elle subit les dommages collatéraux. Ceux qui vivent l’enfermement d’un proche, voient se produire un véritable cataclysme dans leur vie.

    Malgré son sentiment d’impuissance face au mépris qui lui était constamment témoigné, elle n’a jamais jetté l’éponge. Elle reconnaît que « c’est très dur, très éprouvant, extrêmement fatiguant et long. Mais elle est convaincue que son fils est innocent.  « Nous connaissons notre fils mieux que personne. C’est un homme droit, juste et aimant. Le voir ainsi traité a été pénible. Depuis le début de sa mise en détention, nous avons un sentiment d’impuissance devenu un supplice qui par moments a failli avoir raison de nous. Mais devant une telle injustice il fallait agir, dénoncer, manifester et ne surtout pas se taire », affirme ses proches.

    Malheureusement, cette famille semble avoir été oublié par une société marocaine meurtrie par la violence aveugle du Makhzen. Encore une fois, les autorités marocaines ont fait usage de l’instrumentalisation de la menace terroriste pour s’en prendre à des citoyens suisses dont le seul crime a été de s’installer au Maroc et embrasser l’Islam.

    Tags : Maroc, Adel Othmani, Café Argana, Printemps Arabe, terrorisme, Suisse, répression,