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  • Mauritanie : Le retour agité de Moustapha Limam Chafai

    Moustapha Limam Chaavi à Nouakchott, le retour particulier du dernier des desperados

    Avec le retour de Moustapha Ould Limam Chaavi à Nouakchott, le 19 octobre 2020, le carré des ex-opposants en exil de Mohamed Abdel Aziz, est complet, après l’homme d’affaires Mohamed Bouamatou, le leader politique Ould Abeidna, les journalistes Baba Sidi Abdallah et Hanevi Daha. Mais le retour de Mohamed Limam Chaavi a une connotation très spéciale.

    L’avion spécial mis à la disposition de Moustapha Limam Chaavi par l’Emir du Qatar, Tamim Ben Hamad Al Thani, s’est posé dimanche 19 octobre 2020, sur le tarmac de l’aéroport de Nouakchott. Ce retour du dernier des opposants après une quinzaine d’années d’exil, est différemment apprécié par l’opinion publique nationale.

    Si certains trouvent que le retour de Moustapha Limam Chaavi est une réparation envers un citoyen mauritanien injustement banni de son pays, d’autres trouvent que ce retour est un risque, tellement les relations de l’homme avec les nébuleuses terroristes opérant au Sahel est ambiguë.

    Il faut souligner que ce retour était déjà annoncé en 2019. Une grande propriété avait été achetée et équipée à l’époque par la famille, en plein centre du chic quartier de Tevragh-Zeina, au bord de la route de Nouadhibou. Finalement, Ould Chaavi, n’est pas venu. Des sources avaient évoqué des garanties pas tout à fait suffisantes de la part du nouveau régime de Nouakchott.

    Tout le monde veut toucher Ould Chaavi

    Il a fallu attendre une année, en particulier ce dimanche 19 octobre 2020, pour que le retour de l’ancien homme fort du Burkina Faso et négociateur en chef de la libération de plusieurs otages occidentaux au Sahel, soit enfin confirmé.

    Quelques heures avant l’arrivée de Ould Chaavi, les prémisses de la fête s’annonçaient déjà. Devant la superbe villa aux couleurs égayées, une demi-douzaine de tentes était déjà dressée, à côté d’un chapelet de chameaux dont le nombre augmentait au fur et à mesure que le temps s’allongeait. Ce sont les fameuses « Enhira », ces chamelles que des amis, des hommes d’affaires et d’autre, offrent en guise de cadeau. On en voit souvent devant les concessions des nouveaux ministres, ou hauts responsables fraîchement nommés, et ces dons, ne sont pas toujours innocents.

    La foule parsemée en début de journée était devenue opaque, dense et envahissante à l’approche de l’arrivée de l’avion transportant Mohamed Limam Chaavi. Seul un nombre restreint de proches était autorisé à l’accueillir à l’aéroport.

    L’arrivée du convoi devant la maison d’accueil fut un moment d’intense hystérie. On se bousculait devant l’immense portail de la demeure. S’entremêlèrent dans un tourbillon endiablé, boubous blancs et bleu, voiles multicolores, trémolos d’un groupe de griots, coups de coude d’’une armée de journalistes et de simples quidams. Mais tout ce beau monde en eut pour ses frais. La garde rapprochée empêcha tout contact entre ce comité d’accueil improvisé et la petite délégation qui entourait Limam Chaavi.

    Costume sombre, un grand sourire partageant le visage, Ould Chaavi se contenta d’agiter la main pour saluer les badauds. Et tout le monde s’engouffra dans la maison, dont les portes furent verrouillées. Seuls quelques privilégiés et une poignée de chanceux eurent la possibilité de traverser les barrières, pour se retrouver dans un vaste salon

    Des démêlés avec les pouvoirs en Mauritanie

    Entre Moustapha Limam Chaavi et les pouvoirs qui se sont succédé depuis 1990 en Mauritanie, les relations n’ont jamais été tendres.

    A l’époque, Moustapha Limam Chaavi, était déjà l’éminence grise de l’ancien président burkinabé, Blaise Compaoré. Presque le deuxième homme fort du pays des « hommes intègres », grâce à une connaissance approfondie de la région du Sahel, ses relations intenses avec plusieurs Chefs d’Etat, Amadou Toumani Touré du Mali, Mahamadou Issoufou du Niger, Alpha Condé de la Guinée et Alassane Ouatara de Côte d’Ivoire, dont il était conseiller occulte.

    Son père, Limam Chaavi, exerçait déjà ce rôle de négociateur et de conseiller de plusieurs Chefs d’Etat du Sahel, dont l’ancien président du Niger, Hamani Diori. Il a joué aussi un rôle important dans le dialogue entre les mouvements touaregs et le pouvoir central au Mali en 1992.

    Limam Chaavi avait surtout ses propres accointances avec les groupuscules qui semaient la terreur au Sahel, notamment Al Qaida au Maghreb Islamique (AQMI).

    C’est dans ce cadre qu’il a joué un rôle déterminant dans la libération de plusieurs otages occidentaux, notamment le Canadien, Robert Fowler et son assistant, kidnappés en décembre 2008 et libérés en 2009, la libération des trois humanitaires espagnols, Alicia Gamez, Roque Pascual et Albert Vilalta, enlevés en novembre 2009 et libérés en 2010, parmi tant d’autres. Certains soutiennent qu’il percevait au passage une commission pour ses bons offices.

    En 2003, le président Maaouiya Ould Sid’Ahmed Taya l’accuse d’être la tête pensante de la tentative du coup d’Etat mené par les « Cavaliers du Changement » et dont les membres avaient justement trouvé refuge à Ouagadougou, où il les avait accueillis et hébergés.

    Après la chute de Ould Taya en 2005, Moustapha Limam Chaavi ne reviendra en Mauritanie qu’en 2007, lorsque Sidi Mohamed Cheikh Abdallahi prit les rennes du pays. Une anecdote circule à ce sujet qui explique l’inimitié né entre lui et celui qui deviendra plus tard, président de la République, Mohamed Abdel Aziz.

    Ce jour-là, Mohamed Limam Chaavi devait accompagner le président et sa délégation pour un voyage officiel. Mais arrivé à l’aéroport, il se verra renvoyer par Mohamed Abdel Aziz qui indiqua qu’il n’était pas sur la liste de la délégation. Il rebroussa alors chemin. Sidi Ould Cheikh Abdallahi qui embarqua dans l’avion présidentiel, remarqua que Limam Chaavi n’était pas dans l’appareil. Il l’appela au téléphone et Limam Chaavi lui raconta ce qui lui était arrivé. L’avion resta cloué au sol jusqu’à son embarquement.

    A la chute de Sidi Ould Cheikh Abdallahi en 2008 et l’arrivée de Mohamed Abdel Aziz au pouvoir, Limam Chaavi fera payer à ce dernier la monnaie de sa pièce. La visite officielle effectuée par Ould Abdel Aziz et sa délégation à Ouagadougou pour une rencontre sous-régionale fut un véritable camouflet. Aucun officiel à leur accueil, sauf de simples fonctionnaires.

    Mandat d’arrêt international

    Profitant de la psychose entraînée par la lutte contre le terrorisme au Sahel, Mohamed Abdel Aziz fit lancer en 2011 un mandat d’arrêt international contre Moustapha Limam Chaavi, et d’ailleurs aussi contre l’homme d’affaires Mohamed Ould Bouamatou, ces deux irréductibles opposants. Ould Limam Chaavi est accusé de « financement du terrorisme » et d’appui « aux groupes terroristes », en l’occurrence AQMI.

    Après la chute du régime Blaise Compaoré, Moustapha Limam Chaavi ralliera Abidjan par un vol spécial. Il rejoindra plus tard son ami Mohamed Ould Bouamatou, poussé aussi à l’exil, au Maroc, avant de rallier le Qatar. Même en exil, Moustapha Limam Chaavi, jouera d’autres rôles diplomatiques. Il aidera ainsi à l’évacuation sanitaire de l’ancien président et chef de la junte guinéenne Moussa Dadis Camara à Rabat. Tout récemment, il aurait aidé à l’évacuation médicale de Blaise Compaoré au Qatar.

    Pris entre plusieurs feux

    Alors qu’il savoure son retour au pays natal après plus d’une quinzaine d’années d’absence, Moustapha Ould Limam Chaavi fait les frais d’un feu nourri venu du clan de l’ex-président Mohamed Ould Abdel Aziz et des pays en guerre contre le Qatar, en l’occurrence l’Arabie Saoudite et les Emirats Arabes Unis.

    Ce retour est également un véritable revers de l’histoire. En effet, aujourd’hui, les anciens exilés sont tous rentrés au pays, à l’heure où leur ennemi politique, Mohamed Abdel Aziz, est embarqué dans une saga judiciaire aux conséquences imprévisibles, avec de fortes possibilités qu’il soit traduit et probablement emprisonné, avec confiscation de la majeure partie de son patrimoine.

    En attendant, la guerre contre Ould Chaavi bat déjà son plein. Le fils de l’ancien président, Bedre Ould Abdel Aziz, qui figure sur la liste des personnes poursuivies dans le cadre de la procédure judiciaire engagée contre son père, vient de publier des vidéos montrant Ould Chaavi avec des terroristes, dont celle où il serre la main de Hamada Ould Ahmedou Khairi, ancien Mufti du MUJAO, tué il y a deux ans en Libye. D’autres vidéos montrent Ould Chaavi négociant la libération d’otages occidentaux,

    Ould Chaavi fait aussi les frais de la guerre qui oppose l’Arabie Saoudite et les Emitats Arabes Unies d’une part et l’Etat de Quatar de l’autre. Des sites saoudiens et émiratis qualifient Moustapha Limam Chaavi de « serpent du Qatar » ou encore « l’homme du Qatar au Sahel ».

    Pas de politique

    Soucieux sans doute de tranquilliser le nouveau pouvoir de Mohamed Cheikh Ould Ghazouani, Moustapha Limam Chaavi a déclaré dès son arrivée à la presse, qu’il n’est pas venu en Mauritanie pour faire de la politique, mais retrouver sa famille et ses amis.

    Une manière de se démarquer de la tension qui prévaut au Proche-Orient entre ses protecteurs qataris et le duo Arabie Saoudite- Emirats Arabes Unis. Il faut souligner que les relations entre la Mauritanie et le Qatar ne sont pas encore rétablies, depuis leur rupture sous Mohamed Abdel Aziz. L’axe Nouakchott-Djeddah et Nouakchott-Abu Dhabi prévaut pour le moment plus que la piste brouillée Nouakchott-Dubaï.

    Seul rayon de soleil dans cette grisaille, le voyage de l’international camerounais, Samuel Et’O, ancien de Barça et d’Arsenal, en Mauritanie, pour partager avec l’ami Ould Chaavi, le bonheur d’un retour d’exil

    Cheikh Aïdara

    Source : L’Authentique, 20 oct 2020

    Tags : Mauritanie, Moustapha Limam Chafai, Burkina Faso, Blaise Compaoré, Mali, Sahel, terrorisme, ôtages, Qatar, Arabie Saoudite, Emirats Arabes Unis,

  • Révélations sur les politiques français achetés par le Qatar… le livre qui fait trembler la classe politique

    C’est un véritable brûlot, paru jeudi 20 octobre. Qui va, là encore, mettre le Parti Socialiste en ébullition. Mais pas que lui: la droite et le Front national aussi. Rachida Dati, Ségolène Royal, Jean-Marie Le Guen, le député Nicolas Bays, la sénatrice Nathalie Goulet, Dominique de Villepin, Jack Lang….

    Tous sont mentionnés dans Nos très chers émirs, le dernier essai des deux journalistes spécialistes du monde arabe, Christian Chesnot et Georges Malbrunot. Un ouvrage fouillé, précis, qui raconte les liaisons dangereuses entre certains politiques français de premier plan et les monarchies du Golfe. Le tout sur fond d’attentats terroristes et de gros contrats difficiles à décrocher…

    Parmi les déclencheurs de cette enquête explosive: le changement d’ambassadeur du Qatar en France. Le nouveau représentant de Doha, Meshaal al-Thani refuse d’être aussi généreux que son prédécesseur. Les auteurs racontent « trois ans après son arrivée à Paris, il semble las de toutes ces pratiques ». Un de ses amis témoigne:

    Meshaal, qui a été en poste en Belgique et aux Etats-Unis, me dit souvent: « Je n’ai jamais vu cela, auparavant! J’ai fréquenté des politiques partout ; mais aucun ne s’est comporté comme certains Français, aucun ne m’a demandé de l’argent aussi abruptement, comme si c’était naturel, comme si on leur devait quelque chose! On n’est pas une banque ».

    Le livre fourmille de détails et d’anecdotes récentes souvent ravageuses. Challenges en publie quelques extraits.

    «L’ambassade du Qatar : la boutique du Père Noël»

    «A Noël, Mohammed al-Kuwari offrait aux membres du groupe d’amitié France-Qatar à l’Assemblée nationale des montres Rolex ou des bons d’achat dans des grands magasins», selon ces extraits.

    «Pour certains hommes politiques, pour certains élus, pas tous, l’ambassade du Qatar, c’était tout à la fois un distributeur de billets de 500 euros, une agence de voyages, et la boutique du Père Noël», a affirmé Christian Chesnot sur France Inter «C’est à dire que, pendant plusieurs années, jusqu’à aujourd’hui, le Qatar reçoit des sollicitations (…) des demandes de subventions pour financer une mosquée, une école, une association. Et puis il y a des hommes politiques qui sont vraiment à l’offensive, qui vraiment demandent de l’argent.»

    Jean-Marie Le Guen, sans vergogne

    Comme l’explique un officiel à Doha, Jean-Marie Le Guen annonçait clairement la couleur. « Il disait à nos diplomates à Paris: « En tant que ministre en charge des Relations avec le Parlement, je tiens tous les députés et sénateurs de mon camp, via les questions au gouvernement. Je peux bloquer des questions hostiles au Qatar, ou au contraire les alimenter. Mais je n’ai pas à le faire gratuitement ». Bref, « il nous faisait littéralement du chantage ».

    La duplicité de Rachida Dati

    Ah, le luxueux 7ème arrondissement! Là où résident tant d’ambassadeurs en poste à Paris. Comme l’émir père, Rachida a le sens de l’opportunité, ne craignant pas d’user et d’abuser de son carnet d’adresses. Elle a donc eu l’idée de lancer un Club des ambassadeurs, qui se réunirait périodiquement dans son arrondissement. Belle idée! Mais il fallait un peu d’argent pour faire tourner la danseuse de Mme Dati. Qu’à cela ne tienne! Rachida est allée frapper à la porte de… l’ambassadeur du Qatar.

    « Elle ne demandait pas moins de 400.000 euros pour son association », s’étonne encore un membre de l’ambassade. Une somme extravagante! Rachida Dati présente sa requête lors d’un dîner avec Meshaal al-Thani, un dimanche soir, le 22 novembre 2015 exactement. Mais le diplomate lui fait comprendre qu’il sera difficile d’y répondre positivement. Elle semble choquée par ce refus, qui lui sera notifié par une lettre officielle signée du représentant du Qatar en France.

    Le lendemain matin, Rachida Dati est l’invitée du talk show de Jean-Jacques Bourdin sur RMC. Nous sommes dix jours après les attentats du Bataclan et du Stade de France. L’ancienne ministre change de pied et charge le Qatar: « L’Arabie Saoudite ou même le Qatar ont une volonté de développer leur idéologie, notamment pour contrer l’islam chiite, affirme-t-elle. On a des pays du Golfe qui financent des mosquées, des associations, des imams […], des structures qu’on ne contrôle pas », regrette-t-elle. Quand il entend cela, l’ambassadeur n’en revient pas. « Elle dîne avec moi en me demandant de l’aider, et le lendemain elle nous traîne dans la boue ».

    Jack Lang, profiteur

    À la tête de l’Institut du monde arabe (IMA), Jack Lang est cité non seulement par l’ambassade du Qatar, mais aussi par celles d’Arabie et des Emirats arabes unis comme un interlocuteur sans scrupules. « Il vient réclamer trois places en Business pour sa femme et son ami, lorsqu’on l’invite à Abou Dhabi, fulmine un membre de l’ambassade des Emirats. Et si jamais on refuse, on court le risque qu’il critique publiquement les Emirats ».

    Dominique de Villepin « la first », sinon rien

    Villepin, lui, exige d’être en First class, sinon il boude les invitations à Doha, renchérit un autre diplomate de l’ambassade du Qatar. Une fois, Villepin a annulé sa participation à un colloque parce qu’il était en Business et pas en First class. L’ambassadeur en est resté abasourdi. Autre certitude: l’ancien Premier ministre, devenu avocat d’affaires, ne dit pas du bien du Qatar pour rien, comme tous ceux dont nous avons rapporté le comportement. « La France n’a aucune preuve de l’implication du Qatar dans le financement du terrorisme », affirmait Villepin le 4 novembre 2015 sur Europe 1″.

    La sénatrice Nathalie Goulet réclame son cadeau de Noël

    La sénatrice de l’Orne, Nathalie Goulet, essuya elle aussi chaque fois un refus clair et net du représentant du Qatar à Paris. Elle a pourtant multiplié les demandes. Fin 2015, elle appela d’abord le bureau de l’ambassadeur pour se plaindre de n’avoir pas reçu son cadeau de Noël. « Comment se fait-il que je n’aie pas reçu mon cadeau de fin d’année, d’autres sénateurs en ont eu un et pas moi? », protesta-t-elle. « Qu’elle aille au diable! », maugréa Meshaal lorsque son collaborateur lui rendit compte de l’appel de Mme Goulet.

    Quand le Qatar fut attaqué par des politiques ou dans la presse après les attentats, la sénatrice n’hésita pas à proposer à l’ambassade d’organiser un colloque, contre rétribution bien sûr. La représentation diplomatique dit niet. Depuis, Mme Goulet l’avoue sans ambages: « Je n’aime pas beaucoup le Qatar ».

    Le culot du député Nicolas Bays

    S’il y a un député dont l’ambassadeur du Qatar se montre particulièrement lassé, c’est Nicolas Bays, élu socialiste du Nord–Pas-de-Calais. Membre du groupe d’amitié France- Qatar, il était proche de l’ancien ambassadeur Mohammed al-Kuwari. Avec son successeur, Bays ne fait pas dans la dentelle. Il a personnellement envoyé un SMS à Meshaal al-Thani, dont un témoin nous a rapporté le contenu: « J’ai des problèmes financiers actuellement. La mère de notre jeune enfant est fatiguée. Je voudrais l’emmener à l’étranger. Mais mon budget est un peu serré. Peux-tu me faire inviter dans un hôtel de Doha et nous payer un billet d’avion sur Qatar Airways? Cela m’aiderait, s’il te plaît ».

    Loin d’être découragé par un premier refus, le député Bays a sollicité à deux reprises encore, par SMS, l’ambassadeur du Qatar. Une première fois, pour lui demander de l’argent afin de payer des travaux dans sa maison. Le diplomate n’a pas répondu. Enfin, il n’a pas hésité à lui réclamer des chaussures de marque.

    Le dépit de Jean Vincent Placé

    Autre victime de la nouvelle donne, le ministre vert Jean-Vincent Placé, qui se plaint dans le carré VIP du PSG que l’ambassadeur actuel ne l’invite plus à des week-ends. « Placé ne recevait pas que des cadeaux de son prédécesseur », souligne un proche de l’ambassade qui refuse d’en dire plus.

    Les ambigüités de la mairie de Cannes

    La mosquée Al-Medina Al-Mounawara de Cannes est financée à 100% par Saleh Kamel, le PDG de la chaîne de télévision coranique Iqraa, qui habite la ville. Il voulait créer un lieu de culte près de sa villa pour aller prier. L’homme d’affaires saoudien a joué la transparence en associant Bernard Brochand, le maire de la ville de 2001 à 2014, à son projet, sans que celui-ci ne s’y oppose le moins du monde. À tel point, raconte Bernard Godart, qu’à l’époque « le cabinet du maire m’a appelé au ministère de l’Intérieur pour me demander si je connaissais un imam susceptible d’officier dans la mosquée! J’ai répondu que non, car évidemment ce n’était pas de mon ressort ».

    Un magnat saoudien de la presse, Hicham Hafez, s’est lui aussi fait construire une petite mosquée près de la Croisette, à Cannes où il passe ses vacances. Là encore, avec l’aval de la municipalité! Il l’a financée sur ses deniers personnels – 250.000 euros. La mairie de Cannes a donc accordé à deux riches Saoudiens le droit de bâtir chacun sa mosquée dans la ville, alors qu’aujourd’hui les autorités locales interdisent aux Françaises de porter le burkini à la plage. Certains ne manqueront pas de relever une certaine incohérence entre ces deux décisions… »

    Bruno Le Maire n’a pas gardé la montre, mais d’autres ministres oui!

    « Je vais vous raconter une anecdote, confie le candidat à la primaire à droite, depuis la terrasse de son QG de campagne dans le 6e arrondissement de Paris. En 2009, quand j’étais ministre de l’Agriculture, j’avais été chargé d’accompagner cheikh Hamad, l’émir du Qatar pendant quatre heures dans Paris. À la fin, il m’a fait cadeau d’une montre Patek Philip cerclée de diamants, d’une valeur de 85.000 euros. Vous imaginez, cela représente une année de mon traitement de député! Je l’ai mise dans le coffre du ministère. Je pense qu’elle doit y être encore! »

    L’ancien diplomate et directeur de cabinet de Dominique de Villepin au ministère des Affaires étrangères connaît les arcanes de nos relations avec les monarchies du Golfe. « Leurs dirigeants fonctionnent avec de la flatterie. Ils sont d’une grande amabilité. Ils vous proposent des cadeaux. Regardez les poignets de bon nombre de ministres! », sourit Bruno Le Maire.

    S’agissant de Ségolène Royal, les auteurs notent que « l’ambassade se montre aujourd’hui beaucoup moins généreuse avec la ministre socialiste de l’Environnement. La relation s’est nouée lorsqu’elle était candidate du parti socialiste à l’élection présidentielle, en 2007 ». Elliptique… Juste avant sa mort, Christophe de Margerie, le défunt patron de Total, confiait à Christian Chesnot et George Malbrunot: « Tout s’achète, y compris les hommes, ce n’est qu’une question de prix ». Apparemment, dans la classe politique française, le shopping se fait parfois à grande échelle.

    Tags : France, Qatar, corruption, Christian Chesnot, George Malbrunot, Rachida Dati, Jack Lang, François Fillon, Jean-Marie Le Guen, Dominique de Villepin, Nathalie Goulet, Nicolas Bays, Cannes, Bruno Lemaire,

  • The New York Times : « A coups d’armes, d’argent et de terrorisme, les états du Golfe se déchirent pour le pouvoir en Somalie. »

    Ronen Bergman & David D. Kirkpatrick

    Traduction : DKE

    « Le port de Bosaso est dirigé par une compagnie émiratie. Une récente attaque qui y a eu lieu pourrait avoir été diligentée afin de faire progresser les intérêts qataris et de mettre dehors les émiratis.

    A la suite de l’explosion d’une voiture piégée dans la rue du tribunal très fréquentée de la ville portuaire de Bosaso au nord de la Somalie, les chaînes locales ont attribué cet attentat à un groupe de militants islamistes agissant en représailles aux frappes américaines. Au moins 8 personnes ont été blessées et une branche locale du groupe État Islamique [Daesh] a revendiqué l’attentat.

    Quoiqu’il en soit, cet attentat pourrait être aussi un élément dans un autre conflit bien différent : celui qui oppose les richissimes monarchies du golfe dans leur course à la mainmise et aux profits sur la région de la corne de l’Afrique.

    Durant ces deux dernières années, la Somalie déchirée par la guerre est devenue l’enjeu d’un champ de batailles central avec à la fois les EAU et le Qatar qui déversent des armes et des conseillers militaires et mènent une course aux contrats afin de prendre possession des ports et de l’exploitation des ressources minières.

    Dans un enregistrement audio que le New York Times s’est procuré, on peut y entendre un riche homme d’affaires proche de l’émir du Qatar dire à l’ambassadeur du Qatar en Somalie, que les jihadistes ont commis cet attentat afin d’avancer les pions qataris au détriment des intérêts des EAU.

    «Nous savons qui se cache derrière les meurtres et les attaques à la bombe» dit Khalifa Kayed al-Muhanadi (خليفة كايد المهندي) dans son coup de fil du 18 mai, soit une semaine après l’attentat.

    Cette violence est faite pour que «les larbins de Dubaï se sauvent de là et ne renouvellent pas leurs contrats et ça me permettra de récupérer les contrats pour Doha».

    Si cela est avéré, ces preuves offrent un regard nouveau sur le potentiel destructeur de la compétition entre les états du Golfe qui attisent les luttes intérieures en Afrique de l’Est.

    «La Somalie est l’exemple le plus frappant du potentiel de déstabilisation orchestré par cette rivalité entre les royaumes du Golfe» déclare Zach Vertin universitaire à la Brookings Institution et ex-diplomate dans la région. «Le Golfe voit tous ces pays comme des clients. Tout repose pour eux sur le contrôle de l’espace : planter son drapeau, verrouiller le territoire et toutes les relations avant qu’un rival le fasse».

    La ruée pour le pouvoir en Somalie et sur la corne de l’Afrique, est d’une certaine façon une extension de la Guerre Froide qui s’exacerbe dans la région depuis le début des printemps arabes il y a 8 ans environ. Les EAU et la Turquie se sont opposés aux soulèvements et aux partis islamistes qui en prenaient la tête et ont accusé le Qatar de soutenir les manifestants.

    Il y a deux ans, les EAU, l’Arabie Saoudite, l’Égypte et d’autres états alliés ont rompu toute relations commerciales ou diplomatiques avec le Qatar dans l’espoir de mettre la pression sur ce royaume et de décrédibiliser sa politique.

    La Somalie est un pays à la pauvreté endémique, mais ses immenses territoires côtiers offrent un accès à un marché grandissant et une zone d’influence sur les couloirs maritimes qui vont vers le Golfe Persique. C’est un émirati qui est à la tête du port de Bosaso.

    Interrogés sur l’enregistrement téléphonique, l’ambassadeur et le gouvernement du Qatar n’ont pas réfuté son authenticité mais ont déclaré qu’il s’agissait d’une conversation privée entre un ambassadeur et un homme d’affaires et pas avec un membre du gouvernement.

    «La politique extérieure du Qatar a toujours reposé sur le désir de créer des relations prospères et stables, nous n’intervenons pas dans les affaires internes des états souverains», telle est la déclaration officielle du bureau des Communications qataries dans un communiqué officiel au Times. «Ceux qui font ce genre d’actions, ne le font pas au nom de notre gouvernement».

    Cependant, après la révélation de l’enregistrement de la conversation par un service secret étranger, l’ambassadeur n’a pas nié ni démenti que le Qatar ait pu jouer un rôle dans l’attentat.

    «Nos amis étaient derrière cette attaque» a affirmé M. Al Muhanadi, homme d’affaires à l’ambassadeur.

    L’ambassadeur Hassan bin Hamza a répondu à cela : «c’est pour cela qu’il y a des attentats dans cette régions, pour les faire partir».

    M. Al Muhanadi est connu pour sa proximité avec l’émir Hamad al-Thani. Il existe des photos d’eux ensemble et de nouveaux rapports provenant de services secrets font état d’échanges de textos et de mails ainsi que de voyages effectués ensemble.

    Dans une courte interview au NY Times, l’ambassadeur a nié connaître M. Al Muhanadi et a raccroché.

    Tandis que lors d’une autre interview M Al Muhanadi avait déclaré qu’il était un «camarade de classe de l’ambassadeur». Rajoutant «je suis un homme d’affaires à la retraite, je ne représente plus mon gouvernement».

    Lorsqu’on lui a demandé pourquoi il avait parlé «d’amis» derrière les attentats, il a répondu «tous les somaliens sont nos amis».

    Si l’attentat de Bosaso était fait pour faire déguerpir les émiratis, ça n’était pas la première attaque dirigée contre eux.

    En février, deux assaillants déguisés en pécheurs avaient tué le directeur d’une entreprise émirati travaillant à la gestion du port. La compagnie P&O avait déclaré que trois autres employés avaient été blessés dans l’attaque. Cette attentat avait été revendiqué par Al Shababs et dans leur revendication ils avaient déclaré que c’était «parce qu’un émirati occupait le port de Bosaso. Nous l’avions averti, mais il ne nous a pas écoutés, il occupe illégalement la Somalie» a déclaré un porte-parole d’Al Shababs à l’agence Reuters.

    Dans l’enregistrement téléphonique, M. Al Muhanadi fait référence aux contrats gouvernementaux avec DP World, la principale entreprise affrétée pour gérer le port de Bosaso ainsi qu’une ville d’une province de Somaliland. Il dit «un des membres de la famille du président est avec moi» et rajoute que les contrats seront transférés au Qatar.

    Les Shababs affiliés à Al-Qaïda et au Groupe EI en Somalie, sont considérés comme des ennemis de premiers plans par le gouvernement somalien. Les EAU ont exercé des opérations contre ces deux groupes et il n’est pas clair encore de comprendre pourquoi ces groupes seraient affiliés au Qatar qui a également apporté son soutien au gouvernement somalien.

    Le Qatar a nié soutenir les Shababs ou tout autre groupe terroriste. Le président Trump a déjà accusé le Qatar de financer le terrorisme mais a qualifié «d’ami» l’émir al Thani et le ministre du budget et l’a remercié de son investissement financier dans le contre-terrorisme.

    Les officiels américains, déclarent que les accusations contre le Qatar sont à géométrie variables, et reconnaissent que les monarchies du Golfe ont lancé des alliances tactiques avec des groupes terroristes et en même temps luttent pour faire cesser les dons d’argent d’individus riches à des associations terroristes.

    De nombreux états du Golfe sont des partenaires militaires étroits des USA et le Qatar est une base arrière précieuse.

    De tous les états du Golfe, c’est les EAU qui ont montré le plus d’agressivité afin d’accroître leur influence sur la corne de l’Afrique. Les émiratis ont envoyé des troupes de mercenaires et des commandos en Somalie et ce, depuis 2012 déjà afin de combattre la piraterie côtière et ont étendu leurs opérations aériennes afin de combattre les Shababs et d’autres groupes terroristes. Avec le temps, les émiratis ont établi une douzaine de ports commerciaux et de bases militaires autour d’un golfe d’Aden et de la corne de l’Afrique, avec notamment l’énorme base située à Assab en Erythrée qui est une base arrière pour les lancements d’attaques vers le Yémen.

    En 2011, durant la famine qui a touché la Somalie, la Turquie et d’autres alliés du Qatar ont apporté une importante aide humanitaire et ont ensuite investi commercialement dans la région. Ils ont également établi une base militaire et un camp d’entraînement à Mogadiscio en 2017.

    Dans un premier temps, le gouvernement somalien a tenté de garder une neutralité dans cette guerre intra arabes.

    Mais en avril 2018, les autorités somaliennes ont saisi 9.6 millions de dollars en cash dans l’avion privé d’un émirati à l’aéroport de Mogadiscio. Les émiratis ont déclaré que cet argent était destiné à payer le salaire de soldats et policiers privés somaliens qu’ils entraînaient. Les somaliens les ont accusés en revanche d’utiliser cet argent afin d’accroître leur influence pour déstabiliser le pays.

    La Somalie a exigé des excuses auxquelles les EAU ont répondu en cessant toute coopération avec la Somalie qu’ils ont accusée de se rapprocher de la Turquie et du Qatar. Les émiratis accordant alors leur soutien à deux provinces indépendantistes du Somaliland et à la province semi autonome du Puntland où se situe Bosaso.

    La compagnie émiratie DP World a annoncé en 2017, qu’elle venait d’investir 336 M$ dans un contrat de 30 ans qui lui donnait la gestion et l’extension du port de Bosaso et s’est engagé à investir 440 M$ l’an dernier afin de développer un port au Somaliland.

    La Qatar s’est rapidement placé pour capitaliser sur la rupture de relations entre les EAU et le gouvernement somalien et pour consolider de nouveaux liens. Le mois qui a suivi la rupture diplomatique les officiels qataris ont annoncé qu’ils investissaient 385m$ dans des infrastructures et dans l’éducation en Somalie, de même qu’ils ont déclaré apporter une assistance humanitaire. En janvier, ils ont également dit qu’ils fournissaient 68 véhicules blindés afin de soutenir la lutte contre les Shababs et autres groupes terroristes.

    Les Shababs quant à eux ont combattu contre les deux camps dans la guerre intra-arabes. Ils ont attaqué la Turquie qui a apporté un soutien militaire au gouvernement somalien. En mai, ils ont lancé une attaque à la voiture piégée contre un chantier turc déclarant qu’il s’agissait d’un camp d’entraînement militaire à Mogadiscio. Ils ont attaqué en 2013, l’ambassade de Turquie faisant 3 morts et 9 blessés.

    Si cela est confirmé, la conversation de l’homme d’affaires qatari M. Al Muhanadi signifierait que le Qatar a pour le moins tactiquement toléré les attentats à Bosaso même si les groupes terroristes sont combattus par le gouvernement somalien. Un ex officiel du Département de la Défense a déclaré qu’il ne serait pas surpris que le Qatar joue sur deux tableaux tirant un avantage des deux situations.

    Tricia bacon, une spécialiste de la Somalie à l’Université de Washington et une analyste du contre-terrorisme a suggéré l’idée que le Qatar n’a pas besoin de nouer des relations très étroites avec les Shababs afin d’enrôler des extrémistes locaux pour des actions limitées, «en tant qu’agents locaux pour mener des actions et déjouer les plans des émirats».

    Le gouvernement du Qatar a déclaré qu’il enquêterait sur la conversation téléphonique de M. Al Muhanadi avec l’ambassadeur. «Nous ferons tout notre possible mais nous réitérons l’idée que ces propos ne représentent nos principes. La Somalie représente un partenaire important mais nous n’intervenons pas dans ses affaires internes».

    Lors de l’entretien téléphonique Al Muhanadi accuse également les émiratis d’être responsables de désordres en Somalie : «j’ai parlé de nos amis au petit peuple de Somalie, ils savent que les émiratis sont responsables de toutes ces destructions.» »

    Lire l’article en anglais, ici 

    Source : Ecrire sans censures

  • Le directeur du Mossad qualifie le Qatar de «véritable problème»

    Le directeur du Mossad (le service de renseignement israélien) Meir Dagan a qualifié le Qatar de «véritable problème» et son émir de quelqu’un qui «irrite tout le monde», selon un câble diplomatique américain publié vendredi par WikiLeaks.

    Il a tenu ces propos lors d’une rencontre, le 12 juillet, avec l’assistant du président Obama pour la sécurité intérieure et le contre-terrorisme, Francis Fragos Townsend, selon WikiLeaks.

    L’émir du Qatar, cheikh Hamad ben Khalifa Al Thani, tente de jouer sur tous les tableaux – la Syrie, l’Iran, le Hamas – pour assurer sa sécurité et affirmer son indépendance, fait remarquer M. Dagan.

    «Je pense sérieusement que vous devriez retirer votre base du Qatar», ajoute-t-il à propos de la base Aidid utilisée par les forces américaines.

    El Watan, 4 déc 2010

    Tags : Proche Orient, Qatar, Etats-Unis, Mossad, Wikileaks,

  • L’Algérie : puissance régionale incontournable dans la crise libyenne

    El-Serraj reçu par Tebboune: La crise libyenne s’invite à Alger

    La détérioration de la situation générale en Libye était hier au centre d’entretiens à Alger qui plaide pour une solution pacifique au conflit, exclusivement inter-libyenne.

    Le président du Conseil présidentiel du Gouvernement d’union nationale (GNA) libyen, Fayez El-Serraj, accompagné du ministre des Affaires étrangères, Mohamed Taher Siala, et du ministre de l’Intérieur, Fathi Bachagha, a effectué hier une visite d’une journée à Alger. Il a été reçu par le président Tebboune au siège de la présidence de la République. Le responsable libyen a été accueilli à son arrivée à l’aéroport international Houari-Boumediene par le Premier ministre, Abdelaziz Djerad, le ministre des Affaires étrangères, Sabri Boukadoum et le ministre de l’Intérieur, des Collectivités locales et de l’Aménagement du Territoire, Kamel Beldjoud. Selon un communiqué de la présidence de la République, la rencontre entre Tebboune et El-Serraj «s’inscrit dans le cadre des concertations permanentes entretenues avec les frères libyens et permettra d’échanger les vues sur l’aggravation de la situation en Libye et d’explorer les voies susceptibles de surpasser cette conjoncture difficile».

    Dans le même contexte, le ministre turc des Affaires étrangères, Mevlut Cavusoglu, dont le pays a décidé d’envoyer des troupes en Libye pour soutenir le GNA, était attendu hier à Alger pour une visite officielle de deux jours, selon un communiqué du ministère turc des Affaires étrangères.

    Initiatives algériennes

    Jeudi dernier, le ministre des Affaires étrangères, Sabri Boukadoum, avait indiqué que l’Algérie prendra «dans les prochains jours» plusieurs initiatives en faveur d’une solution pacifique à la crise Libyenne, réitérant le rejet de l’Algérie de la présence de toute force étrangère, quelle qu’elle soit, dans ce pays voisin. «L’Algérie prendra dans les prochaines jours plusieurs initiatives en faveur d’une solution pacifique à la crise libyenne, une solution exclusivement inter-libyenne», avait-il déclaré en marge de l’envoi d’aides humanitaires en Libye, ajoutant que l’Algérie «n’accepte la présence d’aucune force étrangère, quelle qu’elle soit, dans ce pays». Après avoir rappelé la position de l’Algérie concernant la non-ingérence dans les affaires internes des Etats, le chef de la diplomatie algérienne a réaffirmé que «la voie des armes ne peut guère être la solution, laquelle réside dans la concertation entre tous les Libyens, avec l’aide de l’ensemble des pays voisins et en particulier l’Algérie».

    Début du déploiement de soldats turcs en Libye

    Dimanche soir, le président turc Recep Tayyip Erdogan a annoncé le début du déploiement de soldats turcs en Libye. «La mission de nos soldats là-bas est la coordination (…) Nos soldats sont en train d’être déployés progressivement», a-t-il déclaré sur la chaîne CNN Turk. Ce déploiement intervient après le vote par les députés turcs d’une motion permettant à Erdogan d’envoyer des militaires en Libye pour soutenir le GNA, basé à Tripoli, contre les forces de Khalifa Haftar soutenu par les Emirats arabes unis et l’Egypte, alliés des Saoudiens. Le président turc a affirmé que l’objectif de son pays n’est «pas de combattre» mais de «soutenir le gouvernement légitime et d’éviter une tragédie humanitaire». Et d’expliquer que «la Turquie n’engagera pas ses propres soldats dans des combats mais des officiers supérieurs turcs seront chargés de la coordination au sein de la force combattante, la faisant bénéficier de leur expérience et de leurs informations, en soutien au GNA». Cette «force combattante» sera composée de «différentes unités», a-t-il indiqué sans préciser qui seront les combattants ni d’où ils viendront.

    Hier, le chef de la diplomatie européenne, Josep Borrell, a appelé à une solution politique en Libye. «Les derniers événements en Libye indiquent qu’une escalade de la violence autour de Tripoli pourrait être imminente», a déclaré le haut représentant de l’UE pour les affaires étrangères dans un communiqué. «Aujourd’hui il est plus urgent que jamais de travailler véritablement à une solution politique à la crise en Libye. L’Union européenne appelle toutes les parties à s’engager dans un processus politique sous l’égide des Nations unies», a ajouté M. Borrell, alors qu’une réunion du Conseil de sécurité de l’ONU devait se tenir hier sur la Libye à la demande de la Russie.

    Dans un appel téléphonique à Tebboune: Merkel invite l’Algérie à la conférence de Berlin sur la Libye

    Le Président de la République M. Abdelmadjid Tebboune a reçu hier un appel téléphonique de la chancelière allemande Angela Merkel, a indiqué un communiqué de la présidence de la République. «Le Président de la République, M. Abdelmadjid Tebboune a reçu, lundi 6 janvier, un appel téléphonique de la chancelière allemande, Angela Merkel qui a duré près d’une demi heure», lit-on dans le communiqué. «A l’entame de leur entretien téléphonique, Mme Merkel a adressé ses chaleureuses félicitations au Président de la République suite à son élection à la magistrature suprême», indique-t-on de même source, ajoutant que «la chancelière allemande a également présenté, suite au décès du Général de Corps d’Armée Ahmed Gaïd Salah, ses condoléances au Président de la République, au peuple algérien ainsi qu’à la famille du défunt». Les deux parties ont, ensuite, «passé en revue le développement des relations bilatérales convenant de leur donner un nouveau souffle dans divers domaines, particulièrement le domaine économique», selon le communiqué, soulignant qu’au «plan extérieur, le Président et la Chancelière allemande ont procédé à un échange d’analyses sur la situation en Libye et les perspectives d’instauration de la paix dans ce pays frère». Le Président Tebboune et la chancelière allemande Angela Merkel ont noté, à ce titre, «une convergence des vues concernant l’impératif de trouver une solution politique à la crise libyenne, cesser le conflit armé et mettre un terme aux ingérences militaires étrangères».

    A ce propos, «Mme Merkel a adressé officiellement une invitation à l’Algérie en vue d’assister à la Conférence internationale sur la Libye prévue à Berlin», ajoute le communiqué de la présidence de la République. La Chancelière allemande a également adressé une invitation au Président de la République, M. Tebboune, pour effectuer une visite officielle en Allemagne, a noté la même source, relevant que cette invitation a été acceptée par le Président de la République, la date de cette visite devant être arrêtée ultérieurement d’un commun accord.

    Le Quotidien d’Oran, 7 jan 2020

    Tags : Algérie, Libye, Turquie, Haftar, Emirats Arabes Unis, EAU, Qatar, Egypte, Tripoli,

  • Crise avec l’Arabie et les EAU: le Maroc expose ses conditions pour son règlement

    Plus question pour le Maroc d’être pris à la légère par l’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis. 4 déterminants devraient désormais gérer la continuation de la coordination avec ces deux pays avec lesquels une crise a éclaté ces derniers mois, rapporte le site d’information qatari en ligne Watanserb.

    « La coordination avec les pays du Golfe, plus précisément l’Arabie et les EAU devrait être conforme à la volonté des deux protagonistes », a affirmé le ministre marocain des Affaires étrangères et de la Coopération internationale Nasser Bouritat, le jeudi 28 mars à Casablanca. En présence de son homologue jordanien Ayman al-Safadi.

    « La politique étrangère est une question de souveraineté pour la Maroc », avait dit souligné auparavant.

    Concernant le troisième déterminant de cette coordination, elle « ne devrait pas se faire à la carte », a-t-il indiqué.

    Et la quatrième est qu’elle devrait traiter de toutes les questions essentielles au Moyen-Orient et en Afrique du nord, a l’instar de la crise libyenne.

    « La volonté de préserver cette relation devrait provenir des deux protagonistes et être partagée, sinon il est normal de ne point exclure les alternatives », a-t-il précisé.

    Les liens entre Rabat et Riad s’étaient envenimés ces derniers mois après la diffusion sur la télévision saoudienne Al-Arabiyat d’un documentaire qui accuse le Maroc d’avoir occupé le Sahara occidental après le retrait de l’occupant espagnol en 1975.

    Ce territoire de 266.000 km2 est revendiqué par la République arabe sahraouie démocratique (RASD), proclamée par le Front Polisario en 1976. Une revendication d’ailleurs soutenue par l’Algérie.

    Directement après le programme, le gouvernement marocain a convoqué son ambassadeur en Arabie. Par la suite, il s’est retiré de la Coalition arabe qui mène une guerre dirigée par l’Arabie saoudite et les EAU contre le Yémen.

    Le Maroc était avant outré par la position de Riad et d’Abu Dhabi hostile à sa candidature pour accueillir la Coupe du monde de football en 2026, alors qu’il comptait sur les voix arabes pour l’emporter contre le dossier formé conjointement par les USA, le Canada et le Mexique.

    Almanar

    Tags : Maroc, Arabie Saoudite, Emirats Arabes Unis, EAU, Qatar, monarchies arabes, CCG,