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  • Maroc: au royaume de la rente

    Des métaux précieux à la pêche en haute mer, en passant par la manne du phosphate ou encore l’agriculture, le Maroc regorge de ressources naturelles, mais dont l’exploitation et la gestion s’apparentent à celles d’une véritable rente, dont profite, cependant, une infime minorité de puissants.

    Omar Brouksy*

    Cette publication a bénéficié du soutien de Rosa Luxembourg Institute. Ce texte peut être reproduit entièrement ou partiellement à condition de citer sa source.

    Si le Maroc ne dispose pas de pétrole et de gaz naturel, il est, cependant, pourvu de 3 500 kilomètres de côtes poissonneuses et d’importantes richesses naturelles. Des grands gisements des phosphates aux complexes d’extraction et d’exploitation des métaux précieux, en passant par la pêche en haute mer ou encore les innombrables carrières de sable, le royaume regorge de richesses naturelles dont l’exploitation recèle des enjeux économiques certes, mais également politiques.

    Depuis l’indépendance du pays en 1956, la répartition, la gestion et l’exploitation de ces ressources, à défaut d’un cadre juridique reposant sur des textes à la fois rationnels et consensuels, sont l’objet de débats, de questionnements et de controverses récurrentes. Quelle est la nature et le poids de ces richesses ? Comment sont-elles exploitées ? Quels sont les acteurs qui profitent réellement de ces ressources ? Quel est le cadre juridique qui détermine le processus de répartition et de gestion de ces ressources?

    L’héritage colonial

    A la différence de l’Algérie, département français pendant plus de 130 ans, le Maroc était considéré comme un Protectorat dont les structures politiques et religieuses n’avaient pas subi de modifications majeures par l’ancienne puissance coloniale. Aussi bien l’institution du Sultan que les principales structures tribales avaient été plutôt préservées. En revanche, la France n’hésita pas à explorer tout le pays en quête de ressources naturelles exploitables à profusion. Trois domaines représentaient la cible potentielle de ce processus qui devait d’abord de mettre en place toute l’infrastructure nécessaire pour une exploitation efficiente et efficace des richesses naturelles : routes, ports, chemins de fer, etc. Pour le général Hubert Lyautey, le principal artisan de la pénétration française, il fallait distinguer entre le Maroc « utile » et le Maroc « inutile » et agir en conséquence. Les phosphates, la production agricole et les métaux précieux se présentaient comme des ressources naturelles à explorer en priorité.

    – C’est en 1921, neuf ans seulement après l’établissement du Protectorat au Maroc, que les autorités françaises ont commencé l’extraction et le traitement du phosphate après la mise en place de la première mine, près de Khouribga (au centre du ays) où se trouve le gisement le plus riche au monde. C’est pour « gérer » ce secteur, qui connaîtra rapidement une extension fulgurante, que l’OCP, l’Office chérifien des phosphates, a été créé la même année.

    – Les métaux précieux sont l’autre « richesse naturelle » du Maroc qui avait été très tôt exploitée par les autorités coloniales, après la découverte en 1928 à Bou-Azzer, dans le Haut-Atlas, d’un important gisement de cobalt. Deux ans plus tard, en 1930, la société Managem voit le jour et elle évoluera, elle aussi, très rapidement. Aujourd’hui contrôlée par la famille royale, elle compte plus de 5000 salariés et une douzaine de sites miniers au Maroc et en Afrique noire.

    – Enfin, le domaine agricole et l’exploitation des terres fertiles étaient un enjeu économique majeur pour les autorités du Protectorat français afin de permettre, d’un côté, à une partie de ses ressortissants de s’installer au Maroc .A l’instar de l’Algérie, les meilleurs terrains, les plus fertiles, ont ainsi été mis à la disposition des colons français. Près de 55 000 migrants français se sont installés au Maroc entre 1912 et 1923, dont plus de 8 000 en milieu rural, selon les statistiques coloniales.

    L’exploitation des terres agricoles par les colons français avec l’appui matériel et politique des autorités françaises a favorisé l’émergence de plusieurs fermes modernes qui deviendront, à la fin de l’occupation, de grandes unités de production agricoles, parmi les plus modernes et les mieux équipées.

    Un acteur central: la monarchie

    Au lendemain du départ des autorités coloniales en 1956, ces trois domaines (agriculture, métaux précieux et phosphates) faisaient partie des structures d’exploitation des ressources naturelles les plus en vue, mais également les plus convoitées par les nouvelles élites politiques du Maroc fraîchement indépendant.

    Rapidement, la monarchie marocaine et les notables qui lui sont proches s’imposent comme des acteurs déterminants dans l’administration et l’exploitation de ces richesses : soit en s’octroyant le pouvoir de nomination aux entreprises publiques chargées de la gestion de ces ressources, soit en contrôlant directement ces dernières via des opérations de privatisation. Le cas le plus emblématique est celui de Managem.

    C’est à partir des années 1990, au cours d’une opération de grande envergure de privatisation des entreprises publiques menée par le roi Hassan II (1929-1999) que la monarchie marocaine a pu acquérir Managem. Celui-ci sera aussitôt rattaché à l’ONA (Ominum nord-africain), puis à la SNI (Société nationale d’investissement), devenue aujourd’hui Al-Mada, le principal groupe financier contrôlé par la famille royale.

    Managem devient en quelques années en un mastodonte dont le siège international est à Zoug, en Suisse, la capitale mondiale du courtage des matières premières et où la politique fiscale très favorable aux grandes entreprises. Le groupe pèse aujourd’hui 500 millions d’euros de chiffre d’affaires selon les chiffres publiés en 2018, et il compte une bonne dizaine de complexes miniers très riches en or et en argent notamment, au Maroc et en Afrique noire. (Voir la plaquette de présentation de Managem et les cartes des sites miniers au Maroc et à l’international).

    D’une entreprise publique, Managem est devenue une société privée contrôlée par Mohammed VI, un monarque de droit divin aux pouvoirs politiques et administratifs absolus. Parmi ces pouvoirs, celui de la nomination des hauts fonctionnaires, selon la constitution, permet à ses entreprises d’avoir plus facilement les marchés de l’Etat, et, dans le cadre de ce secteur, les permis d’exploitation et d’extraction des métaux précieux. Résultat, Managem détient dans ce sens un monopole quasi-écrasant par rapport aux autres entreprises, marocaines ou étrangères.

    Mais si le groupe royal profite de ces ressources avec autant de facilités, les régions où les complexes miniers sont situés vivent à l’âge de pierre. Dans le Haut-Atlas marocain, par exemple, le village d’Imider, à deux kilomètres de la plus grande mine d’argent du pays (240 tonnes par an) exploitée par Managem, aucune infrastructure n’existe : pas d’hôpital, pas d’école, la seule route date de la période coloniale, etc. Les habitants d’Imider mènent depuis 2011 le plus long sit-in de l’histoire du Maroc pour protester contre leur condition de vie et les conséquences écologiques désastreuses sur leur région dues à l’exploitation et l’extraction du minerai.

    Les phosphates, mauvaise gestion et catastrophes écologiques
    Le phosphate est une autre richesse sous-terraine dont l’exploitation et la gestion font l’objet de polémiques récurrentes. C’est l’OCP, devenue une entreprise publique depuis 1975, qui pilote tout le processus d’extraction et d’exploitation du phosphate, considéré par les observateurs comme « pétrole du Maroc ». Avec la Chine, le royaume en est l’un des plus grands producteurs mondiaux, et il dispose de 75% des réserves mondiales de ce minerai, selon les chiffres officiels. Des réserves tellement importantes qu’il faudrait sept siècles pour les exploiter toutes, assurent les responsables de l’OCP.

    Première source d’entrées en devises, les exportations du Maroc en phosphates et dérivés avaient été évaluées à 5,1 milliards d’euros en 2018. Mais la manière dont l’OCP est administré et le mode de désignation de ses dirigeants font souvent l’objet de critiques. Même si le conseil d’administration est présidé par le chef du gouvernement, c’est le directeur général, nommé par le roi, qui gère le groupe et ne rend compte qu’au chef de l’Etat. Il n’y a aucun mécanisme juridique permettant, par exemple, au parlement marocain de contrôler le fonctionnement de l’OCP. En 2007, le célèbre cabinet américain Kroll a dressé un constat accablant sur la « gestion catastrophique » du groupe, décrivant « une direction qui n’a pas de véritable stratégie industrielle et commerciale».

    Par ailleurs, l’OCP est devenue une sorte « vache à lait » que la monarchie utilise fréquemment pour faire sa promotion auprès d’organismes étrangers, notamment français. Exemple, l’OCP accorde chaque année plus de 700 000 euros à l’Institut français des relations internationales (IFRI), un think-thank basé à Paris, pour réaliser « des études » favorables au royaume et à ses dirigeants. Plus, la présence de l’OCP au sein de l’IFRI ne se limite pas à l’organisation des rencontres internationales ou au financement des programmes académiques : Mostafa Terrab, l’actuel PDG de l’OCP, est membre du conseil d’administration de l’IFRI…

    Agissant sans le moindre contrôle indépendant, l’OCP ne respecte pas les normes internationales en matière de respect de l’écologie et de la lutte contre la pollution. Conséquence, des violations systématiques du droit à la santé des travailleurs et des riverains. Un rapport publié en juin 2019 par l’ONG suisse Suissaid note que « les deux fabriques d’engrais de l’OCP (Safi et Jorf Lasfar) sur la côte atlantique marocaine émettent de grandes quantités de gaz toxiques, polluent l’air et violent le droit à la santé des travailleurs et des riverains. De nombreux travailleurs souffrent de maladies respiratoires et de cancers suite à une exposition prolongée aux polluants et aux poussières fines. De nombreux cas de décès de travailleurs sont rapportés suite à ces maladies. La pollution de l’OCP affecte également les riverains (maladies respiratoires et fluorose dentaire) ainsi que l’agriculture et l’élevage dans les villages autour des sites de l’OCP».

    La mer, le désert et la terre

    Avec une côte de plus de 3 500 kilomètres parmi les plus poissonneuses au monde, la pêche en haute mer et l’exploitation des carrières de sable sont un enjeu économique important qui prend la forme d’une véritable rente dont bénéficient les puissants du pays. Pour s’assurer de leur « allégeance », la monarchie marocaine a accordé des « agréments », des sortes de des « licences » d’exploitation sans critères juridiques objectifs pour profiter des richesses maritimes, à de hauts-gradés de l’armée et à des notables proches du palais. Une manne financière qui ressemble à une véritable « poule aux œufs d’or».

    Dans le sillage du Printemps arabe de 2011-2012, le parti islamiste justice et développement (PJD) avait promis, à la veille de son arrivée au gouvernement en janvier 2012, de publier, dans un souci de « transparence », la liste de tous les bénéficiaires de ces agréments. Mais il n’en fut rien. Une liste a en effet été publiée mais aucun nom n’y figurait. Seuls les noms d’un certain nombre de sociétés (dont les noms qui se cachaient derrière étaient impossibles à identifier) avaient en effet été diffusés ici et là, sans conséquences.

    Dans une enquête publiée par le site indépendant lakome.com, le journaliste Omar Radi a publié en 2012 quelques noms de bénéficiaires de tels agréments, pour la plupart des militaires, des hommes politiques et des notables issus de la région du Sahara occidental (administrée par le Maroc depuis1975 et dont l’indépendance est réclamée par le front Polisario). Cette enquête avait malgré tout révélé quelques noms emblématiques : le général Abdelaziz Bennani, cité par les documents de Wikileaks sur la corruption au sein de l’armée, les généraux Hosni Benslimane, l’un des hommes les plus puissants du royaume et abdelhak Kadiri, l’ancien inspecteur général de l’armée, avaient ainsi bénéficié d’une licence de pêche en haute mer dans le cadre d’une société appelée « Kaben pêche ». Mais, s’accordent les observateurs, ce n’était là que la partie visible de l’iceberg.

    A côté des haut-gradés, les notables sahraouis bénéficient eux aussi d’importantes licences pour l’exploitation des carrières de sable et la pêche en haute mer. Parmi eux, d’anciens dirigeants du Polisario (le mouvement indépendantiste sahraoui) ayant relié le Maroc comme Hassan Derhem, Mme Gajmoula ben Ebbi, Hibatou Maelainine ou encore la famille Ould Errachid.

    Le roi-fellah

    Enfin, l’agriculture est une autre rente dont profitent à plein régime la monarchie et les grands propriétaires terriens. Le roi Mohammed VI, faut-il le rappeler, est le plus grand propriétaire terrien, même s’il est difficile d’évaluer avec exactitude le nombre d’hectares qu’il possède : « Il posséderait en tout et pour tout plusieurs milliers d’hectares, souligne l’économiste Najib Akesbi. Au reste, s’il n’en possédait que 12 000, comme l’ont écrit certains journalistes, il serait déjà le plus grand propriétaire. On ne connaît pas d’autre propriétaire qui possède un tel nombre d’hectares. L’un des plus importants est Zniber, qui n’atteint pas cette superficie. Les groupes Kebbaj (Agadir, dans le sud-ouest) et Nouiji (la région du Gharb) n’atteignent pas les 10 000 hectares (1)».

    La structure qui gère l’essentiel de l’activité agricole du roi a un nom : les Domaines, dont la production est très diversifiée : des fromages aux fruits exotiques en passant par les légumes, la truite de l’Atlas, le miel, l’huile d’olive extra vierge, les plantes aromatiques ou encore les produits laitiers. Une grande partie de ces produits est destinée à l’exportation, vers l’Europe notamment (c’est le marché le plus important), suivie par les pays du Golfe et surtout l’Arabie saoudite.

    Une rente fiscale

    En 1984, Hassan II a décrété l’exonération totale d’impôt des revenus agricoles jusqu’en 2010. En d’autres termes, les agriculteurs, y compris les grands propriétaires terriens, ont été exonérés par le fisc. En 2008, soit deux ans avant l’échéance, Mohammed VI a décidé à son tour, dans un discours à la Nation, de prolonger cette mesure – jugée « injuste » par la plupart des économistes – jusqu’en 2014. « Les estimations qui sont régulièrement faites ici, à l’Institut agronomique, aboutissent à peu près au même chiffre : l’État perd chaque année 1,92 % de PIB, ce qui correspond aujourd’hui à près de 15 milliards de dirhams (1,4 milliard d’euros) de manque à gagner annuel pour le Trésor marocain, ajoute M. Akesbi. Est-il normal aujourd’hui qu’un salarié qui touche 3 000 dirhams (270 euros) paye ses impôts, et qu’un exploitant agricole qui gagne des millions ne paye rien à l’État»?

    A l’heure où ces lignes sont écrites, cette « rente fiscale » n’est toujours pas supprimée…

    *Journaliste indépendant et professeur universitaire – Maroc.

    Source : Assafir Aalarabi, 13 jui 2019

    Tags : Maroc, Mohammed VI, Makhzen, monarchie, économie de rente, rente, corruption, monopole,

  • Maroc : Mohammed VI sévèrement critiqué dans revue Foreign Affairs

    Le bimestriel, mondialement connu, publié à New York, par le Conseil des relations étrangères, depuis 1922 et diffusé à plus de 100 000 exemplaires « Foreign Affairs » a publié dans son édition de mai 2011, une série d’articles consacrés au printemps arabe. Parmi lesquels « Quatrième vague ou faux départ ? » écrit par un éminent spécialistes des transitions démocratiques, Larry Diamond qui a brillamment analysé la situation politique de plusieurs états du Maghreb et du Moyen Orient.

    Son évaluation de la situation au Royaume chérifien est pour le moins critique à l’égard de Mohammed VI et va qualifier le monarque alaouite de faible et incompétent en détaillant sont indulgencce à l’égard des affairistes et mafieux qui l’entourent. Selon l’auteur de l’article, les réformes sont avortées à cause d’une coalition formée de sécuritaires et de mafieux proches de la dynastie.

    Larry Diamond est un professeur, auteur, conférencier, conseiller sur la politique étrangère, l’aide internationale et la diplomatie américaine et enseigne à l’Université de Stanford. Il est aussi le directeur du Centre de la Démocratie, du Développement et de la Règle de Droit, centre auquel est affilié le cousin du Roi, Hicham Benabdallah Alaoui. Voici la traduction du paragraphe extrait concernant la situation du Maroc:

    « Le Roi Du Maroc, Mohammed VI est toujours vénéré dans son pays et considéré comme un réformateur à l’étranger, mais il est encore plus faible et plus incompétent que Abdullah (Roi de Jordanie). Il n’a montré aucune volonté pour maitriser les intérêts vénaux qui entourent la monarchie, ou réduire l’extraordinaire concentration des richesses dans son pays. Au lieu de cela, son appareil sécuritaire, son cercle restreint d’amis, et les milieux oligopolistiques des affaires qui lui sont proches, bloquent les demandes de réformes, isolant encore plus le roi, et aggravant la tempête politique qui se prépare sous une surface de calme apparent. »

    Last Night in Orient, 4 Juin 2011

    Tags : Maroc, Mohammed VI, Makhzen, rente, clientélisme, népotisme, printemps arabe,

  • Le magazine Maghrib Al Yaoum accuse le conseiller économique du roi Mohamed VI et d’autres, de ruiner le Maroc

    Un véritable tremblement de terre au Maroc

    Mohamed Al Majidi, le très puissant et intouchable conseiller et gestionnaire des avoirs du roi Mohamed VI vient d’être attaqué de front par le magazine Maghrib Al Youm

    Mohamed Mounir Al Majidi

    Il n’est d’ailleurs pas le seul à avoir été dénoncé par le journal comme l’un des piliers de l’économie de rente (lire en fin de cet article, la définition de l’économie de rente et ses répercussions sur l’économie marocaine), qui asphyxie le peuple marocain de même que l’économie de la nation.

    L’article publié par le journal Maghrib Al Yaoum et qui constitue un véritable coup de tonnerre dans le paysage économique marocain, fait suite à l’instruction, donnée récemment par le roi Mohamed VI à son premier ministre d’entamer la chasse aux gros rentiers et aux « capitalistes sauvages » ayant constitué leur fortune colossale sur le dos du peuple marocain 

    Al Majidi est épinglé comme un homme ayant profité de sa position pour cumuler une fortune monumentale.

    Passant par la domination du marché de la publicité, l’organisation de festivals onéreux, la mise sous tutelle du sport marocain, la mainmise sur terres des Habous, et la liste est trop longue que pour la reprendre ici, le conseiller du roi boit la tasse…etc

    Cette sortie journalistique augure d’une nouvelle politique décidée par le Palais à l’encontre des Rentiers, venus souvent de rien, ayant bâti leurs immenses fortunes en profitant de leur proximité avec le Makhzen.

    Ces rentiers n’ont pas voulu accorder l’attention qu’il fallait au discours du roi Mohamed VI de novembre passé, dans lequel le souverain s’était demandé, « naïvement », où se trouve la fortune au Maroc. 


    Article en arabe paru dans le site Goud.ma

    الماجيدي يمثل الخطر الذي يهدد المغرب. من ابطال الريع والفساد قفز على الرياضة ومهرجانه يستنزف الملايير من أموال دافعي الضرائب وهذه قائمة فضائحه وسبب خوف الصحف انتقاده

    التاريخ فبراير 04, 2015

    خصصت مجلة “مغرب اليوم” لهذا الاسبوع غلافها لاقتصاد الريع وكتبت انه “الخطر الذي يهدد المغرب” من نماذج الفساد والريع الذي قدمته المجلة في غلافها من سمتهم بأبطال الريع والفساد، وكتبت مجلة رجل الاعمال عبد الهادي العلمي “هي لوبيات قوية لها مناعة كبيرة ولم يطلها الاصلاح” بل قاومته وتقاومه ضد اعلى الادارة السياسية للدولة وحتى المطالب المشروعة للمواطنين” واضاف ان هذه اللوبيات “تريد الرجوع بالمغرب الى عهد السيبة”.

    يرسم صورة لشخصية تعرفونها دون ان يسميها في البداية فكتب “كانوا بسطاء ليتربعوا بعد سنوات من النهب على عرش الثراء، منهم من بات عرابا لسوق الإشهار” ويتحدث عن محمد منير الماجيدي دون ان يسميه 
    “رجل قاده طموحه غير المشروع الى احتلال الصدارة في عالم الإشهار” طبعا عزز ذلك بلوحة اشهارية لمجموعته “اف سي كوم” في غلاف المجلة.
    العلمي في فقرة موالية غادي يدخل صحيح فالماجيدي، فاتهمه بالتطاول على “أراضي الأحباس الاسلامية مستغلا موقعه لتقوية امبراطوريته المالية “اف سي كوم” المتخصصة في الإعلانات و”اف سي دي” الإشهار على المنابر الإعلامية التي كمم لها الأفواه حتى لا تصوب حبر أقلامها الى فضائحه وخروقاته التي لا تعد ولا تحصى”.
    وزاد تيرا فيه العلمي عبر “مغرب اليوم” من خلال حديثه عن “خروقات اخرى” منها “تجربة الرياضة عبر بوابة الفتح الرباطي” و”الموسيقى بتنظيم مهرجان يستنزف من أموال دافعي الضرائب الملايير”
    ثم عرج على جنيرالات الجيش وكشف فسادهم وكتب “قادة علقوا على صدروهم نياشين النهب واستغلال ثروات البلاد”

    تفاصيل اكثر اثارة لي عدد هذا الاسبوع من “مغرب اليوم”


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    L’économie de rente, (Iqtissad -rri3) 

    par Lahcen Achy

    Qu’est ce que l’économie de rente?

    L’économie de la rente repose sur la création, la protection et l’exploitation de privilèges, de faveurs ou d’opportunités d’affaires à l’abri de la concurrence et de l’efficience économique. 

    Le danger de la rente par rapport à la corruption ou au détournement des deniers publics est qu’elle revêt un caractère «légal». 

    Les dispositions qui la régissent sont traduites dans des lois, des décrets, des circulaires….

    La rente prend plusieurs formes. Certaines formes sont très visibles. 

    C’est le cas des agréments de transport public ou ceux de l’exploitation des carrières de sable qui ont récemment fait l’objet de beaucoup de débat. 

    Toutefois, les formes les plus visibles de la rente ne sont pas nécessairement les plus problématiques ou les plus coûteuses pour la collectivité. 

    Plusieurs politiques publiques sont utilisées dans le but de canaliser des rentes vers des groupes particuliers.

    C’est le cas dans le passé de la politique de marocanisation, de l’octroi des licences d’importation ou de protection commerciale pour certains produits et pas d’autres, ou encore de crédits à taux bonifiés pour certains secteurs. 

    C’est le cas aujourd’hui des exonérations fiscales partielles ou totales de certaines activités ou de certaines régions. 

    C’est aussi le cas de certaines aides de l’Etat en cash ou nature (soutien foncier à des projets privés dans l’industrie, l’agriculture ou le tourisme) dans le cadre des politiques dites de promotion de l’investissement. 

    L’Etat, par exemple, a renoncé pour la seule année 2011 à 32 milliards de DH (soit 4% du PIB) au titre d’exonérations fiscales au profit d’un certain nombre de secteurs d’activité dont la promotion immobilière et la grande agriculture. 

    L’Etat continue également d’accorder des aides budgétaires directes qui se montent en dizaines de milliards à des projets privés. 

    Or, aucune évaluation sérieuse de l’efficacité de ces mécanismes d’aide n’a été réalisée et aucune liste des bénéficiaires de ces privilèges n’a jamais été publiée.

    La rente ne provient pas toujours des interventions de l’Etat. Elle peut aussi être générée par l’absence de son intervention. 
    C’est le cas par exemple où la formation d’un cartel ou l’abus d’une entreprise en position dominante sont tolérées par l’Etat. 
    Le coût pour la collectivité de la passivité de l’Etat et de l’absence d’une véritable autorité de la concurrence se compte en plusieurs milliards de dirhams.

    Qu’est ce qui explique la prolifération de l’économie de rente?

    La rente dans les pays en développement, comme le Maroc, fait partie du système politico-économique et constitue une source fondamentale de sa légitimation. 

    Ce système est historiquement basé sur un contrat implicite ou explicite par lequel la rente est accordée par le pouvoir politique à un groupe d’intérêt en échange de son obédience et son soutien politique. 
    La terminologie et l’emballage des mécanismes de la rente ont évolué et se sont sophistiqués dans le temps. 

    Toutefois, leur finalité et leurs effets restent les mêmes.

    Au fur et à mesure qu’un pays se démocratise et que le pouvoir politique est tenu de justifier ses politiques et rendre compte de leurs effets sur la collectivité, les privilèges et les rentes injustifiés tendent à s’effriter.
     Seuls les transferts perçus par la collectivité comme légitimes par rapport à un système de préférences sociales sont acceptés. 
    Ils sont toutefois alloués dans la transparence et soumis à une évaluation rigoureuse. Même des transferts qui, à priori, sont justifiées peuvent générer des comportements pervers. 
    C’est le cas, par exemple, des indemnités de chômage qui poussent certains chômeurs à ne pas chercher activement un emploi. 
    En quoi la rente nuit-elle à l’économie et à la cohésion sociale?
    Dans une économie dominée par la rente, les acteurs deviennent pervertis. 
    ls dépensent leur temps et argent à la recherche et l’appropriation de la rente. 
    Les investisseurs se détournent des activités soumises à la concurrence qui exigent des efforts d’innovation et de productivité au profit d’activités qui permettent d’accéder à une opportunité de rente. 
    Ils sont souvent prêts à transgresser les règles formelles ou à recourir à la corruption pour créer, maintenir ou bénéficier d’une rente. 

    La prolifération de l’économie de rente porte gravement atteinte à la cohésion sociale. Les individus peuvent très bien acceptés que certains s’enrichissent sur la base de l’effort et du mérite. 
    En revanche, ils sont beaucoup moins tolérants vis-à-vis de ceux qui réussissent en manipulant les règles et en exploitant des privilèges qui leurs sont accordés de façon exclusive.

    .Combattre les mécanismes de la rente et mettre fin au détournement « légalisé » des ressources publiques requièrent une vision d’ensemble et un travail de longue haleine. 
    C’est une tache qui ne sera pas de tout repos. Elle doit faire face à un front de résistance de la part de tous ceux qui voudraient protéger leurs « acquis » et maintenir le statuquo.

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