Étiquette : répression

  • Guinée : Déclaration de Josep Borrell sur l’élection présidentielle du 18 octobre 2020

    République de Guinée : Déclaration du Haut Représentant/Vice-Président Josep Borrell à la suite de l’élection présidentielle du 18 octobre 2020

    L’Union européenne prend note de l’annonce des résultats provisoires par la Commission électorale nationale indépendante (CENI) de Guinée. Bien que le scrutin se soit déroulé dans le calme, des interrogations demeurent quant à la crédibilité du résultat, notamment en ce qui concerne la remontée des procès-verbaux et le décompte final des votes. Il conviendra d’y répondre dans le cadre d’un dialogue inclusif et de la poursuite du processus de validation prévue par la loi.

    L’UE soutient les efforts de diplomatie préventive déployés par la CEDEAO, l’Union africaine et les Nations Unies en vue de restaurer la confiance. À cette fin, tous les acteurs impliqués dans ce processus doivent pouvoir jouir pleinement de leur liberté de mouvement et d’expression. Il importe également que les moyens de communication, en particulier l’accès à l’internet, soient garantis en toute circonstance.

    Enfin, l’UE condamne, une fois de plus, les violences qui ont causé la mort de nombreuses personnes, et cela quels qu’en soient les auteurs. Elle exhorte les autorités à diligenter des enquêtes indépendantes afin que justice soit rendue dans les meilleurs délais.

    Source : EEAS, 27 oct 2020

    Tags : Guinée, Alpha Condé, élections présidentielles, répression, Union Européenne, UE, Josep Borrell,

  • Un Maroc de façade

    par Alain Gresh, 3 juillet 2007
    Le Monde diplomatiqueUn Maroc de façade↑
    Lockerbie, une erreur judiciaire ?

    C’est le 21 décembre 1988 qu’un Boeing du vol Pan Am 103 s’écrase au-dessus du village écossais de Lockerbie, faisant 270 morts. Bien que plusieurs autres pistes aient été évoquées, notamment celle de la Syrie, des groupes palestiniens, de l’Iran, c’est finalement la Libye qui sera visée par une longue enquête pleine de rebondissements. Deux suspects libyens seront livrés en avril 1999 à la justice écossaise pour jugement (ce qui permettra au colonel Kadhafi un retour sur la scène internationale et un allègement des sanctions prises contre lui par les Nations unies). Le 31 janvier 2001, un des suspects est condamné à la prison à vie, l’autre est acquitté.

    Dans un texte de Jean-Pierre Langellier, son correspondant à Londres, et intitulé « Unique condamné pour l’attentat de Lockerbie, Al-Megrahi est autorisé à refaire appel, » Le Monde explique : « Ancien agent des services secrets libyens, Abdel Basset Ali Al-Megrahi, 55 ans, « pourrait avoir été victime d’une erreur judiciaire », a estimé une commission indépendante écossaise, sur la base d’éléments nouveaux recueillis pendant trois ans d’enquête. »

    « Dans leur rapport, les huit membres de la Commission pour l’examen des affaires criminelles estiment que « certaines des choses (…) découvertes pourraient signifier que le condamné est innocent, certaines qu’il est coupable », mais « c’est à un tribunal d’en décider ». »

    « L’affaire est donc renvoyée à la cour d’appel d’Edimbourg. Trois de ses juges examineront le rapport lors d’une procédure pouvant durer jusqu’à un an. La cour aura à choisir entre rejeter l’appel, ordonner un nouveau procès ou libérer le condamné. Al-Megrahi, détenu près de Glasgow, a toujours clamé son innocence. »

    En conclusion, Langellier écrit : « Dans une lettre adressée à l’ONU en août 2003, la Libye a reconnu sa responsabilité dans l’attentat. Elle a signé peu après avec Londres et Washington un accord d’indemnisation des victimes – portant sur 2, 7 milliards de dollars – qui a permis la levée des sanctions imposées à Tripoli par l’ONU et les Etats-Unis. »

    Rappelons que Pierre Péan, dans son livre Manipulations africaines (Plon, 2001), avait contesté la crédibilité de la piste libyenne. On pourra lire des extraits de ses thèses dans « Les preuves trafiquées du terrorisme libyen », Le Monde diplomatique, mars 2001. On notera le rôle du juge Bruguière, celui-là même qui a mordu la poussière lors des élections législatives de juin 2007 (sous la bannière de l’UMP).

    Gaza, la Palestine et l’Arabie saoudite

    Alors même que Mahmoud Abbas multiplie les déclarations intransigeantes concernant un éventuel dialogue avec le Hamas, l’Arabie saoudite, qui a parrainé les accords de La Mecque, semble développer une autre stratégie. Lors de sa tournée au Proche-Orient (après son voyage en France et en Europe), le roi Abdallah devait rencontrer Abbas à Amman. Cette rencontre a été annulée ,et la presse de la région donne comme explication le mécontentement du roi devant le refus obstiné d’Abbas d’explorer la voie du dialogue national. De plus, le président Moubarak, inquiet de la situation à Gaza, serait sur la même longueur d’onde que le souverain saoudien.

    D’autre part, Le Monde diplomatique de juillet publie un article que j’ai écrit sur la crise actuelle en Palestine, intitulé « Comment le monde a enterré la Palestine », dont vous aurez un aperçu sur notre site, mais pour le lire intégralement il faut acheter le journal 🙂

    A ceux qui douteraient encore que la création d’un gouvernement d’urgence par Abbas créerait les conditions d’une avancée de la paix, je conseille la lecture de l’analyse de Yezid Sayigh, « Hamas coup in Gaza », publiée par The International Institute for Strategic Studies, Londres.

    Un Maroc de façade

    Le Comité pour la protection des journalistes publie le un rapport accablant intitulé joliment Un Maroc de façade, signé de Joel Campagna et Kamel Labidi. Ce texte existe aussi en anglais et en arabe.

    En voici quelques extraits.

    (…) « Ce printemps, des responsables du gouvernement ont commencé à parler d’amendements au Code de la presse et de l’édition, appelant à la création d’un conseil national de la presse ayant le pouvoir de priver de publicité et d’interdire des journalistes pour de prétendues violations des règles déontologiques. Le projet de révision ne touche pas aux actuelles interdictions formulées en termes vagues sur le manque de respect à la monarchie, à l’islam, et sur la diffamation envers les institutions de l’Etat comme l’armée et l’appareil judiciaire. S’il limite le nombre d’infractions pouvant conduire un journaliste en prison, le projet de loi augmente cependant les amendes maximales pour des violations présumées de la loi. »

    « En réaction à ces tendances inquiétantes, le CPJ a envoyé une délégation à Rabat et à Casablanca, qui a passé dix jours à rencontrer des journalistes marocains et des membres du gouvernement, enquêter sur les restrictions faites aux médias, évaluer leur impact, et exprimer leur inquiétude aux autorités. S’il se vante d’avoir une presse écrite vivante, estime le CPJ, le Maroc a fini par compter sur un système feutré de contrôle judiciaire et financier pour continuer à tenir sous surveillance les journalistes entreprenants. Le bilan montre que les conditions de la liberté de la presse sont loin de la reluisante version fournie par les autorités et par beaucoup de journalistes. »

    (…) « Mais malgré un soi-disant régime parlementaire et une société civile dynamique, le pouvoir réel demeure fermement entre les mains du roi et du makhzen, un cabinet fantôme composé principalement de représentants du Palais, de dirigeants de l’appareil de sécurité et de l’armée, qui agissent en sous-main et donnent les principales orientations. Les critiques du régime disent que le roi et un petit groupe de proches collaborateurs accumulent le pouvoir plutôt qu’ils ne le libèrent, comme l’exigerait une vraie démocratie. La menace grandissante du terrorisme a aggravé les choses. Plusieurs attaques-suicides ont secoué Casablanca le 16 mai 2003, tuant 44 personnes. D’autres attaques, de plus faible ampleur, ont eu lieu depuis. Cet extrémisme violent combiné à un mouvement islamiste croissant a maintenu le Palais sur les dents et a peut-être poussé certains Marocains à vouloir donner la priorité à la sécurité sur les libertés publiques. »

    Diffférents moyens sont utilisés pour faire pression contre la presse, notamment les tribunaux qui condamnent les journaux à de lourdes peines. La publicité est un autre « argument ».

    « L’usage par les autorités de la publicité en guise de récompense ou de punition est un autre outil effectif. Selon de nombreux journalistes, compagnies d’Etat et agences gouvernementales privent les journaux critiques de ressources publicitaires cruciales. »

    « Les compagnies privées proches du roi et du gouvernement ont aussi retiré leurs annonces de journaux ayant eu une prise de bec avec le gouvernement. Quand Le Journal a été provisoirement interdit en 2000, le magazine a perdu 80 % de ses publicités, selon Jamaï. L’éditeur de Al-Ousbouiya Al-Jadida, Abdelaziz Koukas, note que son hebdomadaire indépendant gagnait auparavant environ 100 000 dirhams (12 000 $) par mois en recettes publicitaires mais que, depuis qu’il a été accusé d’offense au roi pour avoir publié, en 2005, un entretien avec Nadia Yassine, fille du dirigeant islamiste Abdel Salam Yassine, il n’a perçu qu’un total de 250 000 dirhams (30 000 $) en publicité. De grandes compagnies comme Royal Air Maroc, ONA et Meditel ont toutes arrêté d’acheter des espaces publicitaires, dit-il. »

    « La disparité des recettes publicitaires entre publications indépendantes et progouvernementales est évidente. Des journaux soutenant le régime, comme les quotidiens Aujourd’hui le Maroc et Le Matin, sont remplis de pages de publicité. « Dans Le Matin, il n’y a pas une page sans publicité », observe Anouzla en feuilletant l’édition du 2 avril. »

    En conclusion, les auteurs du rapport écrivent :

    « En dépit de l’amélioration par rapport aux années 1990, le CPJ conclut que la liberté de la presse a régressé notablement au cours des cinq dernières années. Malgré les progrès du Maroc, il reste encore beaucoup à faire dans un pays qui se décrit lui-même comme une monarchie constitutionnelle. »

    « Huit ans après le début du règne du roi Mohammed, les dirigeants marocains doivent joindre les actes à la parole afin de démontrer leur engagement public en faveur de la démocratisation et de la liberté de la presse. La loi sur la presse actuellement en révision fournit une occasion propice à l’abolition de mesures qui permettent au Maroc d’emprisonner ou d’interdire des journalistes de la même manière que ce qui se passe dans d’autres pays arabes, présentés comme beaucoup plus répressifs. Une réforme judiciaire est nécessaire pour éliminer les poursuites à caractère politique et les coups bas. Car enfin, quand des juges rendent des verdicts alors que la défense ne se trouve pas dans le prétoire, le soutien déclaré du Maroc à la modération et à l’Etat de droit ne peut que sonner creux. »

    Alain Gresh

    Le Monde diplomatique, 3 juillet 2007

    Tags : Maroc, Makhzen, réformes, Etat de droit, démocratie, répression, libertés, expression, presse, journaux, journalistes,

  • Algérie : Le souvenir du massacre du 17 octobre 1961 hante le pays

    17 octobre 1961-2020 : Honneur à celles et ceux qui sont tombés pour la Justice et la Liberté !

    Le 17 octobre 1961, après la décision du préfet de Paris Maurice Papon d’établir un couvre-feu discriminatoire contre les ressortissants algériens (enfants, femmes, hommes), le Front de Libération Nationale décide d’appeler à une manifestation pacifique de protestation. Bien entendu cette manifestation est interdite.

    De nombreux travailleurs algériens et leurs familles vivent à cette époque dans des bidonvilles, dans une misère indescriptible, avec seulement quelques points d’eau. Les hivers sont très froids à cette époque, le sol est gelé, et seuls des chauffages rudimentaires permettent de faire cuire la nourriture, se laver. L’éclairage est fait de bric et de broc.

    Le bidonville le plus peuplé est celui de Nanterre. C’est de là que vont partir des milliers d’algériens en cortège vers le centre de Paris où doit se dérouler la manifestation. Le chemin est long.

    Le courage et la détermination des manifestations malgré la fatigue de la journée de travail exercé dans des métiers pénibles et dangereux comme la chaîne à l’usine, le bâtiment, le nettoyage, etc.

    Arrivé à hauteur du Pont de Neuilly, un immense barrage de police est déployé. Il bloque la manifestation et attaque le cortège pacifique avec une violence incroyable. Les manifestants sont frappés à coups de crosse de fusil, tirés à vue, frappés à coups de matraque, et pour finir, nombre d’entre eux, ensanglantés, morts, évanouis, sont jetés par-dessus le pont de la Seine où ils se noient dans l’eau glacée.

    Les autres manifestants ou ceux partis d’autres endroits sont raflés par milliers le jour même et les jours suivants, matraqués, jetés comme des chiens dans les paniers à salade. Sur le pont St Michel, les manifestants sont encerclés et tabassés, jetés dans la Seine. Au cinéma Rex où est prévu le regroupement pour démarrer la manifestation, la police tire sur la foule. C’est la grande rafle, comme celle menée par la police parisienne de nuit contre les juifs qui furent concentrés au Vél’d’Hiv puis remisés à Beaune la Rolande en attendant leur départ parqués pire que des bêtes dans des wagons à bestiaux scellés, jusque dans les camps de la mort, où ils seront exterminés. A cette époque, Maurice Papon, fonctionnaire scrupuleux au service de l’Etat fasciste et collaborationniste de Vichy, signait sans état d’âme à Bordeaux l’arrestation de centaines de juifs qui finiront gazés à Auschwitz.

    De nombreux personnages criminels, tortionnaires du type Papon et autres ont été déclarés irresponsables, n’ayant fait qu’obéir, d’autres furent blanchis comme Bousquet dont Mitterrand est resté l’ami malgré ses turpitudes. La plupart n’ont encourus que de courtes peines, certains furent ignorés, voir aidés à se cacher ou à s’enfuir pour servir contre le communisme, les travailleurs, les mouvements de libération nationale comme le FLN, en Amérique du Sud, en Afrique, en Asie, etc.

    Le 17 octobre 1961, le fascisme, le racisme a montré son visage au grand jour. Ce n’était pas un « incident » passager. La bête immonde tenue en laisse par la classe dominante et son appareil d’Etat est en réserve. Aujourd’hui même il faut être vigilant. Une forme de « fascisme moderne » se fait jour au moyen de l’appareil d’Etat, car ces idées ne sont pas véhiculées que par l’extrême-droite, les groupes fascistes ou néonazis. La montée de cette forme nouvelle peut se développer en utilisant les vieilles méthodes du passé comme le racisme pour diviser les travailleurs. Les conciliateurs et réformistes, en faisant croire que l’on peut dompter le système, le mettre au service de l’homme, paralysent la volonté de la majorité de notre peuple en semant les illusions.

    Nous devons rester vigilants, nous organiser pour que les crimes et horreurs du passé ne soient de nouveau utilisés par la classe dominante pour conserver ce système pourrissant qui porte en lui la guerre comme l’orage porte la tempête.

    Pour en finir avec l’horreur capitaliste ce système, il ne suffit pas de renverser un dictateur ou changer de gouvernement. Les fantastiques révoltes populaires arabes qui sont un pas en avant montrent leurs limites actuelles. Sans direction, sans parti révolutionnaire, la bourgeoisie peut reprendre en main l’appareil d’Etat en repeignant simplement la façade.

    Ceux qui sont morts il y a 59 ans pour la justice et la liberté, pour un monde meilleur, sous les coups des « chiens de garde » de la classe dominante, nous regardent. Nous avons le devoir de poursuivre leur combat pour la justice et la liberté.

    Tags : Algérie, France, massacre, 17 octobre 1961, mémoire, répression, colonisation, colonialisme,

  • Maroc : L’enfer des migrants subsahariens

    Maroc – Rabat

    Aux portes de l’Europe, l’enfer des migrants subsahariens

    Dans la minuscule pièce, Florence découpe une pastèque. Le téléviseur crépite dans un coin, seule distraction du petit Emmanuel, 3 ans, étendu sur le matelas posé à même le sol. Une simple lucarne éclaire le foyer de cette famille nigériane. Aujourd’hui, Steeve, le père de famille a gagné 1,50 euros en mendiant depuis 6h du matin. “De quoi acheter un kilo de poisson”, lance-t-il sans grand enthousiasme. Ce couple nigérian a débarqué à Rabat en 2004 avec comme unique rêve, celui de rejoindre un pays européen pour une vie meilleure.

    Dans un angle, Florence a soigneusement rangé ses bassines pour la vaisselle qu’elle a dissimulées derrière un rideau. Sur les murs, des photos du Christ. La température intérieure atteint facilement les 30°. “Malgré les 50 euros de loyer mensuel, le propriétaire ne veut pas qu’on utilise la lumière ni qu’on branche un ventilateur”, raconte Steeve. “Cela fait 3 ans que nous sommes là et nous n’avons aucun droit. Si seulement je pouvais travailler. C’est une situation très stressante pour moi, avec la peur d’être agressé ou d’être arrêté par la police”.

    Comme ce jeune couple de migrants, ils sont entre 15 000 et 30 000 à se retrouver bloquer à Rabat, aux portes de l’Europe, avec des conditions de vie inacceptables. “Lorsqu’ils arrivent ici, ils n’ont plus d’argent pour continuer. Durant le voyage, ils doivent se débarrasser de tous leurs papiers. Ils n’existent plus. Au Maroc, ils n’ont aucun droit. Ils ne bénéficient d’aucune protection et se retrouvent à la merci de tous les abus et de toutes les violences possibles”, explique le coordinateur d’une ONG. 60 % d’entre eux ont entre 18 et 30 ans, 30% ont plus de 30 ans et 10% sont des mineurs. Ces migrants viennent principalement d’Afrique de l’Ouest ((Sénégal, Gambie, Mali, Guinée, Côte d’Ivoire) du Nigeria et de la RDC.

    Pour la plupart, le périple s’est déroulé dans la souffrance avec des violences sexuelles et physiques, dans l’enfer des camions surchargés traversant le désert algérien, sans eau ni nourriture. « Le trajet a été épouvantable. Nous avons beaucoup marché, même les enfants. Nous avons dû payer sans arrêt pour franchir les frontières. C’est une véritable mafia », explique Bienvenu qui a quitté la RDC en 2004 avec sa femme. « Nous avons mis plus de 2 ans pour arriver ici en passant par le Cameroun, le Nigeria, le Bénin… Mais chez nous, il y a la guerre, la famine, tout ». Le couple a obtenu le statut de réfugié via la représentation internationale du HCR basé à Rabat. Seul problème… les autorités marocaines ne reconnaissent pas ce bureau destiné à favoriser l’enregistrement des demandeurs d’Asile, la reconnaissance et l’installation des réfugiés au Maroc.

    Pourtant, le Maroc a signé les Conventions de Genève de 1951 relatives à la protection des réfugiés. « En un an et demi, le HCR n’a reconnu que 600 réfugiés avec un taux de reconnaissance de 16%. Ce statut est principalement attribué aux Ivoiriens, Congolais, Sierra Leonais et Libériens. Le récépissé remis aux réfugiés n’a, pour l’instant, aucune valeur aux yeux des autorités marocaines. Il ne leur donne pas droit à une carte de séjour et ne permet donc pas d’accéder au marché du travail ou aux soins », précise le coordinateur. « Tant que le HCR et le statut de réfugié ne sont pas reconnus par le Maroc, le bureau international de Genève devrait assurer une assistance financière mensuelle aux réfugiés. Et la Communauté internationale devrait doter le bureau du HCR de Rabat des moyens politiques et financiers suffisants pour assurer tant la protection juridique que l’assistance de ces réfugiés, et plus particulièrement des mineurs non accompagnés ».

    En attendant, le Maroc a renforcé le dispositif de surveillance des frontières avec des ratissages autour des enclaves tout en laissant les migrants en ville. « Les politiques publiques européennes et des Etats membres en matière d’immigration s’inscrivent fortement en coopération avec les pays frontaliers de l’espace Schengen dans le cadre du « bon voisinage ». Elles consistent à vouloir réguler les flux migratoires et lutter contre l’immigration clandestine en «externalisant» le contrôle des frontières et les procédures d’asile vers les pays limitrophes. L’Algérie et le Maroc se renvoient la responsabilité. L’action policière se concentre sur les zones de frontières. L’Union européenne envoie de l’argent au ministère de l’Intérieur marocain mais ces fonds ne redescendent pas forcément aux policiers qui n’ont pas les moyens de procéder aux arrestations. Cette coopération policière avec l’Europe existe mais le problème reste celui de la corruption », constate le coordinateur.

    Résultat, les migrants, réfugiés ou non, vivent dans la plus grande précarité, victimes de violences et de discriminations. « J’ai pris un bateau pour rejoindre les Canaries et il a chaviré noyant une quinzaine de personnes sous mes yeux. J’ai été récupéré et depuis je lutte pour survivre. Il y a un mois, un Marocain m’a agressé pour me voler. Il m’a tailladé le visage et le corps à coups de couteau et m’a brisé un tibia. Personne n’a bougé. Les gens regardaient », raconte Jimmy, un Nigérian.

    Libres de leur mouvement, au bon vouloir des autorités, les migrants mendient dans les rues et survivent dans des bidonvilles entassés dans de minuscules chambres. De véritables taudis où les nattes et les matelas se succèdent au milieu des cafards, de la crasse et de la chaleur. La gale est une maladie courante de même que la tuberculose et les troubles mentaux. Sans espoir, sans avenir, les migrants de Rabat se débattent dans ce climat de violence, rejetés par une bonne partie de la population marocaine en se disant « j’avais un rêve, je suis maintenant dans une prison libre ».

    * Le nom de l’ONG et celui du coordinateur ne sont pas publiés afin de ne pas nuire à leur action sur le terrain.

    Tags : Maroc, migration, subsahariens, africains, racisme, répression,

  • Réponse à François Patuel

    Cher Patuel,

    Avant d’évoquer les atteintes délibérées ainsi que constantes de la part de l’ensemble des sytèmes tyranniques et néo-autocratiques surtout d’obédience françafricaine, il faudrait poser la question majeure de la souveraneté réelle de ces républiques bananières, car l’instauration de l’Etat fondé sur le droit, la démocratisation de la vie politique et le respect scrupuleux des droits fondamentaux, ne peuvent prendre véritablement forme dans une nation donnée, si cette dernière demeure soumise sans discontinuer par le colonialisme français.

    Cette réalité indéniable et dérangeante semble ne pas du tout intéresser les marchands de rêves que sont les pseudo-opposants.

    Tout est condamnable en toute situation, sauf les ingérences antidémocratiques et intolérables de la France officielle dans les affaires intérieures des pays africains.

    Quant aux prétendues CEDEAO, Union Africaine, francophonie et même l’ONU, elles n’osent simplement pas ouvrir la bouche ou « agir » en Afrique françafricaine, que sur autorisation de l’Elysée. Que peut-on attendre de bien de la part de ce genre d’institutions illégitimes, bureaucratiques, et foncièrement corrompues?

    Depuis 1960, les dévoyés serviteurs défendant les intérêts de la France sur le continent sont les mariennettes qu’elle impose au pouvoir à sa guise, et s’il vous plaît pour des longues décennies.

    Ne pas vouloir résoudre définitivement cette gravissime problématique d’asservissement sans fin, veut dire que l’arbitraire et l’indigence accompagneront durablement les divers sous-Etats françafricains.

    Les critiques permanentes, le mensonge et l’imposture ne changeront rien à la situation lamentable des uns comme des autres.

    Tout peuple inconscient, apeuré et surtout résigné mérite, avec raison, sa domination continuelle. Personne ne viendra sans nul doute, le secourir.

    Ali Muhammad Diallo (Twitter)

    Tags : France, françafrique, dictatures, despotisme, répression, colonisation, colonialisme, Tchad, Mali, Niger, BurkinaFaso, Sénégal, Guinée, RCA, RDC, Côte d’Ivoire,

  • Maroc : Le cachot de la prison de Kénitra

    Le cachot

    – Où est l’autre livre ?

    – Quel livre ? Il y en a plusieurs dans ma cellule. Quel titre voulez-vous ?

    – Allez enlève tes vêtements.

    Le directeur est là en face de moi. Il est entouré de plusieurs chefs dont celui de détention. Le couloir est très sombre. Tout juste deux ampoules de vingt watts, chacune à une extrémité. Sur quelques portes il y a une grosse écriture à la craie que je n’arrive pas à déchiffrer.

    Je me déshabille. J’hésite, mais il m’ordonne de continuer. Le tee-shirt aussi. Non, il faut enlever même le slip.

    Ils font de la place et un planton me tend autre chose. J’ai terriblement froid et j’ai peur de ce qui va suivre et que j’ignore. J’enfile un vieux pantalon usé et coupé à ras des genoux. Il n’a pas non plus de boutons à la braguette. La veste, elle, ressemble à un gilet. Elle n’a ni boutons ni manches.

    -une dernière fois dis-moi où est l’autre livre, à qui tu l’as remis. Sinon tu vas rester là toute ta vie. Même quand tu auras envie de parler nous ne te sortirons pas de là, car le livre, nous le trouverons… Mettez-le dedans !

    Quand ils repartent, je regarde autour de moi, un peu comme pour prendre possession des lieux. Quelques instant d’abord pour que mes yeux s’adaptent. Le couloir sombre était mieux éclairé.

    C’est ça un cachot. Quatre mètres sur deux. Il est très bas, tout juste un peu plus de deux mètres de hauteur. Le sol est nu et suit une grande pente qui de tous les côtés converge vers le trou des aisances. Celui-ci est bouché, et de l’urine est répandue partout. Les murs sont très sales. J’ai l’impression d’être dans une grotte datant des âges préhistoriques. Des dessins rupestres d’un autre monde se chevauchent. Dieu et l’enfer, la malédiction et l’amour, des corps de femmes nues et Eros transperçant un cœur. Tous cohabitent dans cet endroit. Ils sont écrits ou dessinés avec les déchets humains.

    Je tourne en rond. J’ai froid. J’ai peur et l’angoisse m’étreint. Soudain j’entends mon nom à plusieurs reprises. C’est une voix familière. Mais il me faut quand même du temps pour réagir, aller au petit judas de la porte, et scruter le couloir.

    – C’est moi, Srifi. Je suis en face, mais à deux cachots à droite du tien. Tiens, est-ce que tu vois le bout de mes doigts ?

    C’est dommage que lui aussi soit là –et il y est en tout cas avant moi – mais la compagnie soulage et réconforte. Lui aussi devait être sûrement heureux d’avoir ma compagnie. Cela faisait plus de deux moi que nous n’étions pas vus. Notre groupe avait été scindé en deux et répartis sur les deux autres groupes des quartiers Alif-un et Alif-deux qui étaient isolés l’un de l’autre. Nous formions tous le groupe des cent trente neuf du procès de Casablanca.

    Chaque jour nous échangions quelques paroles, des nouvelles. C’était surtout Mohamed qui prenait l’initiative. Même dans un endroit pareil il n’est jamais coupé du monde. Il a été amené là parce qu’on a trouvé sur lui des coupures de journaux dont il n’a pu justifier l’origine. La fouille l’avait pris par surprise.

    Kacem, un détenu de droit commun, était dans un autre cachot. Ils étaient sept à avoir tenter de s’évader. L’alerte avait été donnée alors qu’ils se trouvaient tous ensembles au sommet des murs. Il n’était plus question de s’entraider pour descendre avec la corde. Un seul a put s’échapper. En sautant du haut des remparts cinq avait eu des fractures et étaient encore maintenus à l’infirmerie. Kassem, lui, bien que mal en point, avait été amené directement au cachot après plusieurs séances de falaqa. Maintenant, il était en grève de la faim depuis déjà plus de vingt cinq jours. Il revendiquait les droits du cachot. Il m’a fallut beaucoup de temps pour comprendre que de son point de vue nous avions une situation très enviable. On ne lui avait laissé que son slip. Il était maintenu debout, les menottes aux mains, derrière le dos et attachés à un anneau fixé au mur. A titre de protestation supplémentaire il avait profité d’un instant – où on lui avait libéré les mains et essayer de le convaincre de manger – pour enlever son slip et refuser de le remettre. Chaque jour des gardiens l’insultaient pour sa nudité totale, le qualifiant de ne pas être un humain.

    Il nous était difficile d’assumer sa situation. Il allait à la mort. Nous essayâmes de le convaincre d’arrêter la grève. Il nous opposait nos propres grèves. Mais qui au monde aurait pu se soucier de lui. Il finit par arrêter après avoir gagné un acquit. Il ne serait plus attaché à un anneau et aurait les menottes aux mains à l’avant du corps.

    Le premier jour de mon arrivée vers la fin de l’après-midi et alors que je tournais toujours en rond, j’entendis qu’on ouvrait les portes une à une. Le gardien était accompagné de deux plantons qui portaient la grosse marmite et les c.t.m. Ce nom vient du fait qu’un détenu reçoit de l’administration un bol et une gamelle. Le bol étant appelé quart mais compris comme le mot «car» comme «car de transport », l’humour des détenus les a fait appeler la gamelle du nom de C.T.M., la compagnie de transport.

    La porte s’ouvrit juste assez suffisamment pour qu’une main puisse faire passer la gamelle et la poser sur le sol. Puis continua le rythme des bruits secs des serrures qu’on ouvrait et refermait.

    Comme il n’y avait pas de meilleur endroit pour la gamelle je la laissais à sa place, près de la porte, et m’absorbait à nouveau dans mes pensées.

    Le bruit des serrures n’en finissait pas. Il m’avait semblé que nous n’étions que trois d’après mes discussions avec Srifi et Kacem et qu’en tout cas qu’il n’y avait en tout et pour tout que huit cachots. Les bruits se rapprochaient et je ne songeais même pas à aller regarder. Puis la porte se rouvrit à nouveau et une main se tendit et enleva la gamelle. Quand je réagis, il était trop tard, la porte s’était déjà refermée. Le gardien me lança : « la prochaine fois tu boiras ta soupe avant qu’on fasse le tour et qu’on revienne la prendre.»

    Quelques instant après on m’apporta une couverture. Il fallait me voir cette nuit là. IL fait très froid. M’enrouler dans cette pauvre couverture usée ne donnait rien. La plier plusieurs fois sur une largeur de trente centimètres pour m’allonger dessus sur le coté et rester le corps droit. Garder un petit bout de couverture pour l’étirer au tour du corps. La plier carrément pour qu’elle puisse protéger juste le dos, et se mettre prés du mur pour garder les jambes à la verticale et les fesses sans appui. Aucune astuce ne marche et c’est désespérant.

    Une où deux fois le sommeil me prit. Certainement pas longtemps car la brûlure du froid me réveillait avec sursaut. Ou alors c’était le gardien qui hurlait jusqu’à ce que je me lève. Histoire de s’assurer que j’étais encore vivant, disait-il. Mais certainement le meilleur moyen d’empêcher les gens de dormir. Et j’endurerais cette pratique presque toutes les nuits et à chaque heure durant toute la période de seize jours que je passerais la bas.

    Le matin arrive. Il commence à faire moins froid, et on sent délicieusement le corps s’assoupir. La porte s’ouvre. Il faut rendre la couverture, et ne la récupérer à nouveau que le soir. C’est-à-dire qu’on vous la donne quand elle est insuffisante pour vous protéger. Et quand le jour arrive et que vous risquer de dormir, on vous la retire.

    Au bout de quelques jours, mon corps finit par s’adapter à dormir de jours comme de nuit avec ou sans couverture.

    Le froid m’habitait.

    Plus tard ? Bien plus tard, quand je m’installais dans la dernière cellule au fond du couloir du quartier Alif-2, sous laquelle se trouve ce quartier des cachots, il m’arrivait souvent d e ne pas dormir car j’entendais que quelqu’un en bas ne cessait pas de tourner en rond tout au long de la nuit. Je me sentais coupable de ne pouvoir l’aider. Quand j’étais passer par là, c’était l’été. Pour d’autres c’était en hiver.

    Mais pire était l’humiliation. Ne pas disposer d’eau. Passe pour boire. Une bouteille était posé dehors à côté de la porte. Il suffisait d’attendre le passage du gardien. Je lui demandais et il prenait la bouteille, introduisait son goulot entre les barreaux du petit judas de la porte et versait de l’eau directement dans ma bouche. Mais pour me laver, il n’y en avait pas. Après avoir fait mes besoins naturels, je déchirais un morceau de tissus du pantalon et je m’essuyais avec. Heureusement on me fit sortir du cachot alors que le pantalon tenait toujours.

    Je jetais le torchons avec lequel je m’étais essuyé bien à l’écart mais le trou était toujours bouché. L’urine et tous les déchets restaient là devant moi.

    Dés le lendemain du premier jour, alors que je m’étais familiarisé avec le couloir, je pus lire sur la porte de Srifi, écrite à la craie, la date de sa sortie. Chaque jour je lui demandais si on avait écrit quelque chose sur la mienne. Non toujours rien.

    Comme toujours, dans des cas pareils, nous sommes toujours amené à réfléchir sur le pourquoi de ce qui nous a mis dans cette situation. Quelle bêtise, cette histoire de bouquins. Surtout l’usage du « Défi » Ecrire un message dans un livre qui, par le nom de son auteur(le roi), par son titre, et par la nature des annotations que j’avais faites sur ses marges, ne pouvait qu’attirer l’attention. Le message concernait l’usage à faire d’un autre livre.

    Je les avais remis à l’administration pour qu’il soient rendus à ma famille. « Le Défi » fut saisi à cause des remarques écrites sur ses marges. Ce n’est qu’après que l’administration découvrit qu’il était porteur d’un message. Mais certainement elle ne savait pas si le second livre dont il était question était sortie ou pas.

    Quelle bêtise, pour quelqu’un censé avoir l’expérience des méthodes de la clandestinité ! Et maintenant que va-t-il arriver à ma famille ?

    Mais dans les pires situations il y a toujours quelqu’un pour vous réconforter. Un jour un gardien m’appela vint me saluer avec chaleur et me demander si j’avais besoin de quelque chose de précis. Oui, des cigarettes. Je fis sa connaissance. C’était lui qui apportait les coupures de journaux dont certaines avaient été trouvées sur Srifi. Les pratiques à l’encontre des détenus le rendaient malade. Il arrivait que le directeur descendait dans les quartiers accompagné de ses chefs, choisissait un prisonnier parmi les plus récalcitrants, lui liait les mains derrière le dos et se mettait lui même à le boxer….Ce gardien démissionnera un an plus tard, et en 2000,l’année dernière, je le revus à une rencontre de Forum pour la Vérité et l’Equité. Je ne l’ai pas reconnu tout de suite et il en a eu les larmes aux yeux. Comme lui, il y en a beaucoup, et ils ne seront jamais indemnisés.

    Un alors que j’appelais Srifi c’est Kassem qui me répond. Mohamed est parti. C’est un coup dur. Enfin, il ramènera des nouvelles de moi et où je suis.

    Le soir, c’est notre ami le gardien qui est de service. « Tiens, Zaâzaâ, c’est pour toi . Srifi, n’est pas loin. Il est dans le quartier de l’isolement. Il a ses affaires et peut recevoir des paniers.

    Cette nuit là, c’est la fête. Un gros morceau de « parisienne » avec des sardines de boite de conserve. Du thé dans une petite bouteille plate de shampoing. Elle était plate parce qu’il fallait pouvoir la passer à travers les barreaux. Un thé qui a le goût du shampoing c’est très bon.

    Le gardien revient avec des cigarettes et encore du thé.

    Et tout ça ne provenait que du troc. Quand le jour suivant, il reçut le panier de sa famille, c’était encore autre chose de meilleur. Je recevais chaque nuit mon ravitaillement. Srifi a vraiment l’art des négociations. Tous les gardiens acceptaient de faire les courses.

    Cette nouvelle situation aussi belle soit- elle je la vivais avec inquiétude. J’étais devenu dépendant. Et finalement arriva ce qui devait arriver. Srifi est reparti pour de bon cette fois.

    Plus aucun lien, sauf avec notre ami le gardien qui n’était pas tous les jours là. C’est le labyrinthe. De tout ce que je décrit aujourd’hui depuis mon enlèvement c’est peut être le seul instant que ma mémoire refuse de me restituer. Et pourtant ça n’avait pas duré longtemps. En tout et pour tout je n’ai passé dans les cachots que seize jours !

    L’isolement

    Un jour c’est mon tour. On m’emmène à l’isolement. Ce dernier se trouve entre le quartier des cachots et celui des condamnés à mort. Ils sont tous les trois traversés par un même couloir. On y accède par une seule porte. et ils sont aussi surveillés par les mêmes gardiens.

    Dans la cellule qu’on m’a réservée, je trouve toutes mes affaires emballés ainsi qu’une paillasse et deux couvertures. Je m’habille et m’allonge. Peu à peu une douce chaleur m’envahit. Une sorte de frémissement agréable agite les cellules de mon corps.

    La cellule est mieux éclairée, plus spacieuse et aérée…Et enfin je mange à toutes les heures de repas.

    Au cours de la même semaine je reçois un panier de ma famille. C’est un bonheur d’avoir tant de chose à mange et à goûter. Du café, des cigarettes. Mais, aussi, je culpabilise. Qu’ont-ils à gagner, eux, tous les membres de ma famille, à me suivre ainsi. Deux visites par semaine. Une fois c’est toujours ma mère et la seconde c’était à tour de rôle mes sœurs, mes frères, mes beaux-frères mes belles sœurs, mes nièces et mes neveux. Et puis aussi les cousins, les voisins, les amis de la famille. Ils continuent à venir même si la visite leur est interdite.

    Ma mère avait déjà à l’époque quatre-vingts ans environ. Elle est née à ouled frej dans les doukkalas. Elle se rappelle, quand, alors qu’elle était toute petite, se répandit l’annonce du débarquement français à Casablanca. Elle se maria avec son cousin, mon père. Ils étaient tous deux hilaliens. Mais si elle, comme ses sœurs, était appelée la fille du Hilali, lui c’était le fils de l’Oranais. Il est né, lui, selon les dires de tante Rqia, l’aînée de ma mère, dans le pays de Wast(l’Algérie) dans la région d’Oran, un an avant la mort du sultan Moulay Hassan. Son père, l’Oranais, était en fait un doukkali, parti de chez lui encore jeune pour rechercher la science, mais aussi pour des raisons de tribut, la nayba, que les gens n’arrivaient plus à payer. Il se retrouva fqih dans la tribu des Ben Zaâzouâ et se maria avec la fille d’une puissante famille.

    Son lieu d’office, le jamaâ, étant un endroit auquel avaient recours les voyageurs demandant à être les invités de Dieu, il reconnut, un jour, parmi l’un d’eux, un vieux monsieur, noir, creuseur de puits, qui lui rapporta des nouvelles de Tamou sa mère que tout le monde dans la tribu plaignait, tant elle ne finissait pas de filer la laine et de réciter des chansons sur ce fils dont elle n’avait plus de nouvelles.

    De passage en passage, le compagnon creuseur de puits rapportait des nouvelles plus fraîches, et un jour le fqih décida de rentrer au pays. Son épouse, Khaïra refusa de le suivre et il s’ensuivit un litige à propos de leur bébé. Recours au tribunal et le juge français donna raison au mari. Si la femme ne voulait pas suivre son mari, elle ne pouvait pas s’opposer à ce qu’il emmène avec lui son fils.

    De peur d’être suivi et qu’on lui enlève son garçon, celui qui à son retour s’appellera l’Oranais, se mit à voyager de nuit et se cacher le jour. Le pays était en rébellion. Il n’y avait de sécurité nulle part. Pour éviter d’être rattraper par ceux qu’il supposait être à sa chasse, ses beaux-frères et leurs hommes d’arme il prit, à partir de Fès, la route de Tanger d’où il embarquât sur un bateau pour EL jadida.

    L’enfant n’oublia jamais. Et son père lui aussi ne cherchait pas à lui faire oublier mère. Chaque fois qu’il se fâchait avec sa belle-mère, l’Oranais lui disait : « Aller va seller l’ânesse, on rentre chez Khaïra ». Lui aussi l’appellera de son prénom et ne dira jamais ma « mère ».

    Les parents de ma mère, Bacha, habitaient le douar des Aâbbaras. Son père, à elle, Mohamed Lahlali, était lui aussi, Fqih. Une fois il avait pris contrat dans un autre douar. Et il l’avait emmener avec lui. Habillée en garçon, on l’appelait Salah.

    Elle n’avait que des sœurs et aussi Khouyyi unfrère dont son père avait toujours refusé de reconnaître la paternité et qui habitait avec sa mère. Adolescent, il venait souvent à la maison. Une fois il était même rester très longtemps, puis il est reparti chez ses grands-parents maternel, tout continuant à revenir de temps en temps.

    Une nuit Lahlali entendit du bruit dehors. Il prit son fusil et sorti. Il n’y avait pas de lune. Impossible de voir quoi que se soit. Soudain, une pierre frappe contre le mur et tombe à ses pieds. Il reconnaît cette pierre. Elle se trouve d’habitude prés du pic d’attache de l’âne. Alors il vise approximativement cette direction et fait feu. Puis plus rien ne se passe.

    Le matin, de bonheur, Il va voir. Il y a du sang et les traces de quelqu’un qui traversait le champs. Une vieille femme est chargée d’aller aux nouvelles. Elle ne revint que le soir. Elle avait parcouru plusieurs douar avant de trouver. L’homme de la veille était un voleur notoire ; Bléssé, il est mort chez lui le jour même. Sa famille parlait de vengeance. Mais il fallait d’abord l’enterrer.

    Lahlali, lui craignait pour ses filles et sa femme qui pouvaient être enlevées et vendues comme esclaves du fait qu’elles avaient une couleur de peau noirâtre qu’elle tenaient de Boujemaâ, leur grand-père maternel. Il prévint justement son beau-père, dans la tribu des Ouahla. Ce dernier était un genre de rebelle, chef de guerre ou brigand. Les oncles arrivèrent, le soir même, armés, sur leurs chevaux et des chameaux pour déménager la famille et la mettre en sécurité prés d’eux.

    Plus tard, alors qu’ils avaient déjà Baba, leur premier enfant, ma mère s’inquiétait quand il tardait trop à revenir de ses randonnées de commerçant ambulant, « Attar. Quand il lui disait qu’il était passé par la région de Fès, elle pensait « c’est sur la route d’Oran. Chaque fois, qu’il avait participait à une caravane de chameaux transportant le blé à Casablanca, elle constatait que tout ce qu’il lui racontait de ses voyages n’avait trait qu’à ses discussions avec les gens du port. Des discussions où Oran revenait souvent.

    Vers la fin des années vingt notre famille quitta les Doukkalas pour les Oulad Saîd.Ils avaient déjà trois enfants. Baba, Lalla et Khouyti. Mon père devint travailleur au cinquième. Les temps et ce genre de travail étaient dures, mais ma mère était fière de son homme. « Jamais il ne m’a laissée dans une situation difficile ». Un jour la femme du patron est venue l’emmener pour préparer avec les autres épouses de khammas, pour préparer les repas des faucheurs de blé. Le soir quand elle était rentrée, il était trop tard. Il avait l’habitude de trouver de l’eau chaude pour se laver les pieds à son retour. « C’est moi le Khammas, pas toi. Tu n’es pas leur bonne, lui dit-il. La prochaine fois, si on te demande quelque chose, tu réponds que ton mari te l’interdit ».

    Et aussi quand le patron venait à la maison. Ce qui était courant à l’époque c’est que quand ce dernier rentrait chez l’un de ses ouvriers, il était considéré comme le propriétaire. On posait le plat de thé devant lui, et c’est lui qui préparait. La femme restait à la cuisine, et l’homme faisait le service. Chez le doukkali c’était le contraire, le patron, quand il était là, n’était que l’invité. Cela faisait dire à tout le monde : « Mais pour qui se prend-il, ce doukkali, avec ses manières ?! ».

    Je me surprends en train de parler à Bouchaîb, mon ami, avec lequel j’ai passé une partie de ma vie. Je lui raconte tout à haute voix, que je sois sur la couchette , debout, ou encore en train de faire mes besoins. Je lui raconte à nouveau que je me suis surpris à lui parler. J’ai parfois l’impression que mon cerveau va éclater. Impossible de sortir du cercle de parler à haute voix , en prendre conscience, et raconter sur le champs cette situati on de la même façon…

    De temps en temps notre ami le gardien, lorsqu’il est de garde dans le quartier, passe me voir. Aucun rapport avec les autres gardiens. De mon côté je ne recherche pas le contact. Et de leur côté il n’y a, certainement, rien à attendre de quelqu’un qui ne traficote pas.

    Un jour j’entends des bruits de pas dan le couloir. Beaucoup de pas. Je vais au judas. Plusieurs gardiens guide un groupe de prisonniers vers les cachots. Ces derniers avaient tous des bandages autour des jambes. Quatre marchaient à quatre pattes et le cinquième était porté sur un brancards par d’autres prisonniers. En fait je n’ai rien compris, c’est notre ami le gardien qui revient m’informer, quelques minutes après, qu’il s’agit du groupe qui avait tenté de s’évader, les amis de Kassem. Ils étaient tous plâtrés. Mais de quelle façon ! Pour leur faire payer cher leur tentative on avait plâtré leurs jambes toutes tordues afin de les rendre infirme. Et cela faisait déjà prés de deux mois qu’is portaient le plâtre.

    Source : Blog de Abdallah Zaazaa

    Tags : Maroc, prison, Kenitra, cachot, répression,

  • Maroc : Sit-in de Solidarité avec Omar Radi


    Communiqué

    Communiqué de la coordination Casa – Rabat pour la liberté d’Omar RADI et tous les prisonniers d’opinion

    Halte à la fabrication des accusations et à l’instrumentalisation des affaires de mœurs

    Liberté pour le journaliste Omar RADI et tous les prisonniers politiques

    La coordination Casa – Rabat pour la liberté d’Omar RADI et tous les prisonniers d’opinion a tenu une réunion (par visioconférence), le vendredi 9 octobre 2020, afin d’examiner les récents développements du procès du journaliste et militant Omar Radi poursuivi en état de détention pour des chefs d’inculpation manifestement formulés sur mesure pour un procès préfabriqué.

    L’affaire vient de connaître un nouveau développement qui constitue une tentative grave évidente de priver Omar RADI de ses moyens de défense.

    C’est ainsi qu’après avoir accusé Omar RADI de viol, deux mois se sont écoulés avant que le ministère public ne s’avise de poursuivre le seul témoin des faits – Imad STITOU – qui est justement un témoin à décharge. ce dernier avait attesté dès l’enquête préliminaire de la gendarmerie du caractère consensuel de la relation sexuelle incriminée, et à l’issue de l’enquête préliminaire où toutes les parties ont été écoutées, il ne pesait aucune accusation contre Imad STITOU. Le ministère public a décidé de l’inculper a son tour de « complicité », et de demander au juge d’instruction dix semaines après le début de son travail de procéder à une investigation.

    La coordination considère que ce nouveau développement constitue une manifestation de l’acharnement injustifié des autorités contre la presse libre au Maroc en général, et contre ces deux journalistes en particulier et qu’il pèse dans le sens de l’innocence de ces deux journalistes.

    En changeant le statut du seul témoin (a décharge), le ministère public tente de priver Omar RADI d’un procès équitable et de lui enlever une preuve de son innocence de l’inculpation qui pèse sur lui.

    La tentative poursuivi par certains médias aux ordres de persuader l’opinion publique d’une «participation au viol » de IMAD STITOU, tout comme celle d’instrumentaliser les violences faites aux femmes de manière plus générale, s’inscrit dans la stratégie des appareils sécuritaires visant à discréditer les voix libres et les voix opposantes par l’usage des affaires de mœurs. C’était déjà le cas des poursuites engagées à l’encontre des journalistes Hicham MANSOURI, Taoufiq BOUACHRINE, Hajar RAISSOUNI et Soulaiman RAISSOUNI.

    La coordination Casa – Rabat pour la libération de Omar RADI
    ANNONCE l’organisation d’un Sit-in devant la Cour d’appel de Casablanca, le mardi 13 octobre à 9h30, À L’OCCASION DE L’AUDIENCE D’INSTRUCTION

    DÉNONCE l’isolement dans lequel est maintenu Omar RADI depuis plus de deux mois et il réitère son appel à la libération immédiate d’Omar Radi et l’abandon des poursuites à son encontre ;

    Condamne et dénonce les manœuvres visant à priver Omar RADI de ses moyens de défense ;

    Condamne l’instrumentalisation d’affaires de mœurs pour bâillonner les voix critiques

    Exprime, par ailleurs, son soutien à l’historien et journaliste Maâti MONJIB et aux membres de sa famille visés par une enquête préliminaire sur de prétendues infractions de blanchiment de capitaux;

    Relance son appel à tous les organes démocratiques défendant les libertés au Maroc à unir leurs forces et privilégier l’unité de lutte pour faire face à l’attaque généralisée contre les journalistes, la liberté d’expression et les droits du peuple marocain ;

    Le journalisme n’est pas un crime

    Les libertés d’opinion et d’expression ne sont pas des crimes

    Tags : Maroc, Omar Radi, répression, liberté, presse, journalisme,

  • Maroc – Rif : deux ex-prisonniers politiques condamnés à nouveau

    Deux ex-prisonniers politiques du mouvement populaire rifain, le Hirak, ont été à nouveau condamnés à la prison.

    Jamal Mouna a été condamné à 8 mois de prison assortis d’une amende de 5000 dirhams. En 2019 a été libéré après deux ans de prison ferme pour participation au Hirak rifain.

    Nabil Amzgidaou qui venait de sortir de prison suite à une grâce royale, vient d’être condamné à nouveau à quatre mois de prison et doit payer une amende de 500 dirhams. La justice marocaine lui reproche d’avoir participé à une manifestation dans sa ville natale d’Imzouren.

    Selon plusieurs militants de la région du Rif cités par le site Arif News, ces punitions visent à semer la peur parmi les rifains. «Le Maroc veut terroriser les rifains pour empêcher que le meurtre de Mohsin Fikri et le début du mouvement populaire rifain ne soient commémorés», a déclaré un militant. Un autre activiste d’Al Hoceima a déclaré à Arif News que « le Maroc veut rendre la vie impossible aux Rifains pour les pousser à embarquer sur les bateaux d’émigration, ainsi Rabat change la démographie de la région en sa faveur et les Rifains doivent laisser de la place pour cela».

    Tags : Maroc, Rif, Hirak, répression, Jamal Mouna, Nabil Amzgidaou,

  • Nichane saisi, TelQuel détruit – Ce qui s’est vraiment passé

    Maroc, août 2007 –  Nichane saisi, TelQuel détruit, Benchemsi inculpé… La liberté de la presse selon Mohammed VI

    (Ahmed Reda Benchemsi et le secrétaire général du syndicat de la presse, Younes Mujahid)

    En matière de répression contre les journalistes, les escalades, au Maroc, sont toujours particulièrement inattendues, fulgurantes et brutales. Samedi 4 août 2007 en fin de journée, tout allait encore bien : Nichane était en kiosque, TelQuel sous presse et leurs deux équipes en congé après un bouclage difficile (232 pages au total !). 48 heures plus tard, les deux magazines avaient été saisis et détruits sur ordres du premier ministre et du ministre de l’Intérieur. Tous les journaux ne parlaient que de ça et j’étais moi-même, après avoir été très longuement interrogé par la police, inculpé du plus grand crime qui soit en matière de presse au Maroc : l’offense au roi.

    L’objet de “l’offense”

    Mon tort, selon mes accusateurs : avoir procédé dans mon dernier éditorial (publié dans les deux magazines) à une lecture analytique du dernier discours royal, m’interrogeant sur le rôle des partis, la séparation des pouvoirs, etc., et de surcroît, en darija (dans Nichane). Une langue estimée irrespectueuse, s’agissant d’analyser un discours royal. Telle n’est pas mon appréciation. La darija est la langue de tous les Marocains. Comme toutes les langes, elle comporte des mots insultants, mais je n’en ai employé aucun dans cet éditorial. Ce n’est pas mon habitude d’offenser quiconque et, s’agissant du roi, j’estime l’avoir toujours respecté et entends continuer à le faire, tout en exerçant mon métier d’éditorialiste : analyser librement les institutions politiques de mon pays, y compris la première et la plus importante d’entre elles : l’institution monarchique.

    20 heures d’interrogatoire

    Les 20 heures d’interrogatoire que j’ai subies à la préfecture de police de Casablanca (samedi 4 août, de 18h à 2h du matin, puis dimanche 5, de 9h à 21h) ont été particulièrement éprouvantes. Non que j’aie été maltraité : la douzaine d’officiers de police chargés de m’interroger ont été corrects, et eux aussi ont passé ces 20 heures à la préfecture en ma compagnie, sans sortir. Mais ils avaient visiblement pour consigne de me déstabiliser autant que possible. Officiellement, je n’étais ni en état d’arrestation ni en garde à vue. Mais je n’avais pas le droit d’utiliser mon téléphone, ni de quitter les lieux tant que l’interrogatoire durait. Et de fait, il s’est étiré de façon aussi interminable que chaotique : mêmes questions reposées à plusieurs heures d’intervalle par différents interlocuteurs, longues périodes de silence, les yeux dans les yeux (jusqu’à deux heures !), suivies de rafales de questions intensives (toujours les mêmes), une mauvais foi constante et dure à supporter, mes interlocuteurs feignant de ne pas comprendre, ou donnant un sens dévoyé à des expressions en darija qu’ils connaissent parfaitement pour les utiliser quotidiennement – comme tous les Marocains…

    Tout ça pour ça…

    Au final, le PV qu’on m’a demandé de signer comportait 5 malheureux feuillets, alors qu’il aurait facilement pu en faire 30. C’est en le lisant, dimanche en soirée, que j’ai fini par comprendre le but de toutes ces manœuvres policières : m’épuiser nerveusement en me posant interminablement les mêmes questions, entre deux longues périodes de silence, pour ne retenir au final que les plus imprécises de mes réponses. Des réponses qui étaient, de surcroît, amputées de tout ce qui pouvait jouer en ma faveur en perspective du procès à venir : mon accord avec les orientations générales fixées par le discours royal (Etat de droit, démocratie sociale, etc. – sauf que ce n’était tout simplement pas mon sujet), mes dénégations fermes à chaque fois qu’on m’accusait d’avoir délibérément offensé le monarque… On me faisait même dire, dans la première version du PV qui m’a été présentée, des choses que je n’avais pas dites et qui visaient clairement à m’enfoncer. J’ai bien entendu refusé de signer le PV, tant qu’on n’y avait pas introduit toutes les modifications que je demandais. Ce qui fut fait, mais non sans mal. A noter que durant la dernière heure, celle où je leur ai demandé de saisir mes corrections, plus aucun officier de police ne cherchait à être (faussement) aimable. Ils me fusillaient du regard dans un bel ensemble, regrettant sans doute de ne pouvoir en faire plus…

    Nichane saisi, TelQuel détruit

    Si Nichane a été retiré des kiosques dès samedi 4 août, TelQuel, lui, a été tout simplement détruit. Dimanche 5 en début d’après-midi, un bataillon de policiers ont fait irruption à l’imprimerie Idéale, à Casablanca, et y ont détruit les 50 000 exemplaires de TelQuel imprimés, mais pas encore façonnés. Un acte parfaitement illégal et non notifié par écrit à ce jour. Si la loi prévoit les saisies de journaux, elle ne prévoit en aucun cas leur destruction alors qu’ils ne sont pas encore sur le marché. Pendant toute la durée de cet ahurissant exercice, l’imprimerie a été bouclée, personne ne pouvait y entrer ni en sortir. Un groupe de journalistes de TelQuel et Nichane s’y est rendu vers 17h, se heurtant à des vigiles très nerveux qui leurs barraient le passage. Le directeur général de l’imprimerie était ce jour en vacances à l’étranger et son second… interrogé à la préfecture de police, où je l’ai croisé dimanche en début de soirée. Il y était depuis midi. Au total, les saisies et destructions des 100 000 exemplaires imprimés ont fait perdre plus d’un million de dirhams au groupe TelQuel. En 2 jours !

    Et maintenant ?

    Le fait que vous teniez cette revue entre vos mains est un premier succès : TelQuel est de retour, Nichane aussi. Pour ne pas interférer avec le procès en cours, le fameux éditorial a bien entendu été supprimé, ainsi que les autres sujets sur lesquels avait porté mon interrogatoire-marathon (mais sans, au final, qu’aucun chef d’accusation n’en soit tiré). Pour le reste, le procureur du roi près le tribunal correctionnel de Casablanca m’a signifié, lundi 6 août, ma mise en accusation pour “manquement au respect dû au roi”. Un chef d’inculpation passible de 5 ans de prison et de 100 000 dirhams d’amende. Mon procès démarre le 24 août, et j’entends bien y démontrer mon innocence et ma bonne foi. Mais sans jamais renoncer au fondement de mon métier : la liberté d’informer, de commenter et d’analyser. Rendez-vous en septembre

    telquel-online.com

    Tags : Maroc, Telquel, Ahmed Benchemsi, Nichane, presse, répression, 

  • Vive le peuple tunisien !

    Faute de temps, le message de ce soir sera court, mais je ne pouvais pas rester silencieux avec ce qui se passe en ce moment de l’autre côté de la Méditerranée.

    Ce que les Tunisiens sont en train de réaliser est tout simplement énorme, historique, fondamental. Pour la première fois dans le monde arabe, un peuple se soulève et renverse son dictateur. Et le plus important dans tout cela, c’est que pour l’instant et à ma connaissance, le mouvement est spontané, sans aucune récupération religieuse, ce qui ne veut pas dire qu’à terme il n’y en aura pas, certes.

    Alors que pendant des années le régime Benali, à l’instar d’autres régimes d’ailleurs, s’est maintenu au pouvoir en brandissant la menace intégriste, c’est de lui-même que le peuple tunisien s’est libéré. Dans un monde arabe où sévissent l’ordre, la répression et bien souvent l’obscurantisme, ce qui se passe en Tunisie est lourd de signification.

    Vive le peuple tunisien qui reprend sa liberté alors même que la France et les grandes puissances occidentales sont bien silencieuses. Elles qui sont si promptes à intervenir en Côte d’Ivoire et qui n’ont rien dit quand le pouvoir tunisien a fait tirer sur son peuple.

    Je ne sais pas ce qu’il adviendra demain de cette révolution, mais à l’heure actuelle, elle est démocratique, populaire, bref enthousiasmante. Elle fait du bien !

    Source : Rêver de nouveau, 14 janvier 2011

    Tags : Tunisie, Printemps Arabe, Benali, France, dictature, répression, intégrisme,