Étiquette : répression

  • Quand Le Canard Enchaîné révélait que le Maroc achète des logiciels espions

    La haute technologie française fait le bonheur des tyrans

    Le numéro du Canard Enchaîné qui contient cet article a été censuré au Maroc. Non seulement à cause de la caricature qu’il contient, mais aussi à cause du scandale qu’il révèle.

    En effet, il raconte comment la société française Amesys, spécialiste en matériel informatique d’espionnage et de sécurité, a vendu du matériel de surveillance informatique à la Syrie, au Qatar et au Maroc, permettant à ces pays de surveiller leurs dissidents.

    Interceptions téléphoniques, surveillance d’Internet, espionnage de courriels, des livraisons sont en cours au Qatar, au Maroc et en Syrie. Les opposants n’ont qu’a bien se tenir.

    La France, va-t-elle s’enorgueillir du titre de premier exportateur mondial de matériel informatique d’espionnage et d’écoute ?, se demandait le Canard Enchaîné.

    Tags : Maroc, Amesys, espionnage, répression, logiciels espions,

  • Maroc: tous les militants arrêtés, interrogés et condamnés «pour offense au roi»

    Depuis début décembre, au moins dix militants ont été arrêtés, interrogés et condamnés à une peine de six mois à quatre ans pour « délit » contre le roi du Maroc, des responsables gouvernementaux ou des institutions publiques. Leur faute est qu’ils ont franchi la « ligne rouge » qui sépare rigidement les opinions autorisées de celles à punir.

    Voici quelques-unes de leurs histoires:

    Le 1er décembre, la police de Settat a arrêté le blogueur Mohammed Sekkaki, connu sous le nom de Moul El Kaskita, qui avait publié une vidéo sur YouTube quatre jours plus tôt dans lequel il critiquait le roi et protestait contre une nouvelle taxe sur les utilisateurs de la chaîne. Il a été condamné à quatre ans de prison et à une amende équivalente à environ 4000 euros pour « offense » au roi et aux responsables gouvernementaux. Le processus d’appel est en cours.

    Le 5 décembre à Rabat, Omar Ben Boudouh, un influenceur et YouTuber connu sous le nom de Moul El Hanout, a été arrêté pour avoir « offensé » des responsables gouvernementaux et des institutions publiques et « incité à la haine », accusations jugées sans fondement par Amnesty International. Le 7 janvier, il a été condamné à trois ans de prison.

    Un autre influenceur et YouTuber, Youssef Moujahid, a été arrêté le 18 décembre et a été inculpé des mêmes peines et de trois ans de prison. Le processus d’appel est en cours.

    Le 17 décembre, le tribunal de Meknès a condamné Ayoub Mahfoud, un étudiant de 18 ans, à trois ans de prison et à une amende équivalente à 500 euros, à nouveau pour « délit » contre des fonctionnaires et des institutions publiques. Le 16 janvier, il a été mis en liberté provisoire dans l’attente de la procédure d’appel, prévue pour le 30 mars.

    Le militante Rachid Sidi Baba s’est retrouvée en prison le 24 décembre, « coupable » d’avoir publié une vidéo sur YouTube dans laquelle il exprimait sa frustration face à l’exploitation des terres par des investisseurs étrangers sans aucun retour économique pour les communautés locales. Il a été condamné à six mois de prison et à une amende de 500 euros. En appel, le 13 février, la peine a été réduite à deux mois et demi.

    Le journaliste Omar Radi a été arrêté le 26 décembre après avoir critiqué la confirmation en appel des condamnations prononcées contre plusieurs membres du mouvement de protestation contre Hirak El-Rif sur Twitter. Cinq jours plus tard, il a été libéré sous caution en attendant son procès, qui aura lieu le 5 mars.

    Le 29 décembre, c’est au tour du rappeur Hamza Sabbaar, arrêté à Laayoune. Trois jours plus tard, il a été condamné à trois ans de prison pour une chanson de rap publiée sur YouTube, dans laquelle il a critiqué la détérioration de la situation socio-économique du pays. Le 16 janvier, en appel, la peine a été réduite à huit mois.

    2020 a commencé comme l’année précédente s’était terminée. Le 9 janvier, un tribunal de Khenifra a condamné Abdelali Bahmad, dit Ghassan Bouda, à deux ans de prison et à une amende de 1000 euros pour « offense » à la monarchie et ses symboles. Preuve contre lui: quatre publications sur Facebook dans lesquelles il a exprimé son soutien au mouvement Hirak El-Rif.

    Il Fatto Quotidiano, 17 fév 2020

    Tags : Maroc, répression, réseaux sociaux, Facebook, Twitter, Youtube,

  • Maroc : Campagne de répression contre les utilisateurs de réseaux sociaux

    L’Organisation Human Rights Watch (HRW) et l’Association marocaine des Droits humains (AMDH) ont dénoncé la campagne de répression menée par les autorités marocaines contre les utilisateurs de réseaux sociaux, tout en appelant à la libération immédiate et l’abandon des poursuites contre les personnes concernées.

    Depuis septembre 2019, les autorités marocaines ont arrêté et poursuivi au moins 10 activistes, artistes ou autres citoyens qui n’ont fait qu’exprimer pacifiquement des opinions critiques sur Facebook, YouTube ou via des chansons de rap, ont alerté dans un communiqué conjoint, HRW et l’AMDH. « Ces personnes n’ont fait qu’exercer leur droit à la liberté d’expression, les autorités devraient les libérer immédiatement et abandonner les poursuites contre elles ». Les concernés sont accusés de « manque de respect dû au Roi », « offense aux institutions de l’État » et « outrage envers des fonctionnaires publics ».

    Aucun n’a été poursuivi en vertu du code de la presse et de l’édition, qui couvre les délits liés à toutes formes de discours public, tous le sont en vertu du droit pénal qui, contrairement au code de la presse et de l’édition, prévoit des peines de prison, soulignent les ONG.

    « De plus en plus de Marocains utilisent les réseaux sociaux pour exprimer des opinions politiques audacieuses, notamment au sujet du roi, et c’est leur droit le plus absolu », a déclaré Ahmed Benchemsi, directeur de la communication pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord à Human Rights Watch, expliquant que « face à l’autocensure qui s’érode, les autorités répriment frénétiquement dans le but de rétablir les lignes rouges ».

    Parmi ces hommes, des étudiants, des artistes, des journalistes, des citoyens et de simples utilisateurs des réseaux sociaux, arrêtés et inculpés pour leurs critiques non violentes des autorités marocaines.

    Certains ont contrasté la richesse et le mode de vie luxueux du roi Mohammed VI avec ce qu’ils perçoivent, comme l’incapacité de l’État à garantir les droits fondamentaux des Marocains et à leur offrir des opportunités économiques.

    D’autres ont encouragé leurs concitoyens à manifester pacifiquement contre les injustices socio-économiques. En partenariat avec l’Association marocaine des Droits Humains, Human Rights Watch a publié, le 5 février, un répertoire en ligne des Marocains récemment emprisonnés ou inculpés en violation de leur droit à l’expression libre et pacifique.

    Ce répertoire sera mis à jour à mesure que de nouveaux cas seront documentés. « Les autorités marocaines ont longtemps pris prétexte de délits de droit commun pour punir les voix dissonantes, renonçant aujourd’hui à ce cache-sexe, elles attaquent frontalement la liberté de parole », a souligné Ahmed Benchemsi.

    Mokhtar B.

    Le Courrier d’Algérie, 8 fév 2020

    Tags : Maroc, Ahmed Benchemsi, presse, facebook, réseaux sociaux, jeunesse, révolte, répression,

  • Maroc / Sahara occidental : Dégradation de l’état de santé en détention de Mme Mahfouda Bamba Lefkir

    L’Observatoire pour la protection des défenseurs des droits de l’Homme, un partenariat de la FIDH et de l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT), a reçu de nouvelles informations et vous prie d’intervenir de toute urgence sur la situation suivante au Maroc / Sahara Occidental.

    Nouvelles informations :

    L’Observatoire a été informé de sources fiables de la poursuite de la détention arbitraire et de la dégradation de l’état de santé en détention de Mme Mahfouda Bamba Lefkir, défenseure sahraouie pour le droit à l’auto-détermination et membre du collectif Gdeim Izik[1].

    Selon les informations reçues, les conditions difficiles dans lesquelles est détenue Mme Mahfouda Bamba Lefkir depuis son arrestation ainsi que le refus systématique d’accès aux soins de la part des autorités pénitentiaires engendrent une détérioration générale de son état de santé.

    En effet, depuis le début de son placement en détention le 15 novembre 2019 (cf. rappel des faits), Mme Mahfouda Bamba Lefkir connaît diverses complications de santé dues à son manque d’accès aux soins au sein de la prison. Plus particulièrement, elle souffre d’une maladie chronique au niveau des sinus qui risque de s’aggraver si elle ne prend pas de médicaments. Elle souffre également d’asthme et de sensibilité cutanée.

    Depuis le début de sa détention, tout transfert dans un hôpital en dehors de la prison ainsi que la visite de son médecin lui ont été refusés. Les autorités pénitentiaires refusent également de lui prodiguer des soins ou de lui fournir des médicaments. En raison de son asthme et de ses difficultés respiratoires, elle a cependant pu être transférée dans une petite clinique au sein de la prison, où elle a eu accès à un appareil d’oxygène mais n’a pas pu consulter de médecin.

    Par ailleurs, son état psychologique se dégrade en raison des agressions verbales qu’elle subit régulièrement de la part d’une détenue de droit commun encouragée par le personnel pénitentiaire.

    L’Observatoire est préoccupé par le fait que Mme Mahfouda Bamba Lefkir n’ait pas accès à des soins de santé adéquats et condamne fermement la poursuite de sa détention arbitraire qui ne semble viser qu’à sanctionner ses activités légitimes de défense des droits humains.

    L’Observatoire appelle les autorités marocaines à prodiguer les soins nécessaires à l’amélioration de l’état de de santé de Mme Mahfouda Bamba Lefkir et à procéder à sa libération immédiate et inconditionnelle ainsi qu’à celle de l’ensemble des défenseurs des droits humains détenus au Sahara occidental.

    Rappel des faits :

    Le 15 novembre 2019, Mme Mahfouda Bamba Lefkir a été arrêtée après avoir pris la parole pour dénoncer les injustices contre les prisonniers sahraouis lors du procès de son cousin M. Mansour Othman al Moussaoui, condamné ce jour-là à un mois de prison en raison de sa participation à des manifestations à Laâyouneappelant à l’auto-détermination et à un référendum sur le Sahara occidental. Elle a alors été interrogée pendant plusieurs heures par le Procureur du Roi au sein même du Tribunal avant d’être transférée au commissariat local pour y être de nouveau interrogée par la police judiciaire au sujet de son militantisme et de ses liens supposés avec le Front Polisario. Durant ce transfert, elle a été maltraitée physiquement par les policiers, passant presque toute la journée les mains menottées. Elle n’a pas eu accès à un avocat pendant toute la durée de ces interrogatoires.

    Le 16 novembre 2019, Mme Mahfouda Bamba Lefkir a été transférée à la prison de Lakhal, où elle reste détenue à ce jour.

    Durant les cinq premiers jours de sa détention, toute visite lui a été interdite et elle n’a pu obtenir ni couverture, ni médicament. Elle a, depuis, pu recevoir la visite de sa famille mais pas celle de son avocate et n’a toujours pas accès aux soins dont elle a besoin.

    Fédération Internationale pour les droits humains, 6 fév 2020

    Tags : Sahara Occidental, Maroc, répression, Mahfouda Bamba Lefkir, territoires occupés,

  • Maroc : “ Rappelez-moi comment c’est à l’extérieur (Ali Aarrass)

    “ Rappelez-moi comment c’est à l’extérieur.0148 Un texte inédit d’Ali Aarrass

    « … Un désir profond de serrer ma fille dans mes bras… »

    Ce texte inédit d’Ali Aarrass, avec ses Lettres de prison, publiées en 2016, a sa place à côté des plus beaux textes de prison du Palestinien Mahmoud Darwish, de l’Américaine Assata Shakur ou de l’Allemande Rosa Luxembourg.

    Il y a quelque temps j’avais demandé à Ali d’écrire la préface d’un livre que j’avais l’intention d’écrire, regroupant des textes parus sur le site Free Ali pendant ses années de détention. Pour de multiples raisons ce livre ne s’est pas fait. La préface d’Ali, je l’ai gardée pour moi comme un précieux cadeau. Aujourd’hui, deux mois avant sa libération (le 2 avril 2020), j’en partage quelques extraits avec vous. Ce texte est un message d’humanité, aussi poétique et émouvant que bouleversant. Une réflexion profonde sur la liberté et la dignité, que seuls ceux qui ont dû traverser l’enfer, sont capables d’écrire. Que tout le monde en puise des forces pour continuer son combat pour la justice et l’égalité. Merci de faire connaître les paroles d’Ali et de les partager autour de vous.

    Luk Vervaet

    « … Demain, je serai honoré de vous connaître sur le terrain. Vous, le Comité de soutien et tous les sympathisants. Si je sors un jour à la vie, ma maison n’aura pas de clés. Elle sera toujours ouverte, comme la mer, le soleil et l’air. Qu’ils entrent : les oiseaux, le jour, la nuit, la pluie bleue, et la lune, ma douce amante… Mais avant, rappelez-moi comment c’est le monde à l’extérieur ? Parce que la prison, c’est comme un insatiable vampire, qui peu à peu absorbe mes souvenirs. Dites-moi aussi comment est la justice, car là où je me trouve entre ses quatre murs maudits, la justice est une caricature, une mascarade ! Mais ne me dites pas ce qu’est la dignité. Parce que je l’ai connu intimement. C’est avec elle que je me couche, avec elle je me lève, je mange à sa table, je lui offre ma faim, elle est la pure essence de la liberté. C’est elle qui m’a fait comprendre que j’étais incarcéré, mais libre. Aujourd’hui, je me dois un grand respect vers ceux qui croient et voient en elle la sincérité, la cohérence, un compromis d’amour actif envers les autres, en particulier envers les plus humiliés, les offensés. Vous comprendrez que l’homme n’est homme que s’il se convertit à l’humanité.
    Luk, en dépit des circonstances souvent désastreuses, a-t-on le droit de rêver ? Car un de mes rêves, c’est de voir un monde sans faim, sans guerres, sans inégalités sociales, où le soleil sort et nous réchauffe tous. Mais sommes-nous prêts à tout accepter, quoi qu’il arrive ? Il faut avoir confiance en soi, connaître ses capacités, avoir la volonté d’arriver au but. Se réaliser que toutes les expériences négatives qu’on vît, doivent être perçues comme de véritables opportunités pour se remettre en question, et jamais, à aucun moment, permettre aux échecs apparents de nous décourager.

    Si nous tombons, relevons-nous tout simplement. Et essayons encore. Et ne soyons à aucun moment satisfaits de rester statiques. Il faut aller en avant, toujours en avant ! Nous devons être parmi ses hommes qui pendant des siècles ont été à l’image de l’arbre privé à la fois d’air et de racines. Ce n’est pas la première fois que des hommes auront joué ce rôle dans la cristallisation de la conscience, de l’espoir et de souvenirs. Et cela malgré la répression, la prison ou le bannissement quand ils n’ont pas choisi l’exil. Aujourd’hui, plus que jamais, l’être humain doit être solidaire, il doit simplement défendre la paix, la liberté et la sécurité des siens.

    Luk, alors que je suis plongé dans l’écriture, mon stylo s’arrête de lui-même et observe une minute de silence. Que se passe-t-il ? Y-at-t-il un opprimé qui meurt quelque part ? Oui, nombreuses sont les lampes qui ont honte de ce qui se passe autour d’elles. Elles détournent le regard vers le plafond… Quant à moi, je me sens toujours prisonnier de celui qui me tend la main. Durant toutes ces années en prison, au lieu d’être angoissé, ça a donné plus de valeur à mon existence, dans une dimension spéciale, avec un désir profond de sentir un jour la liberté, de pouvoir marcher sur l’herbe, de regarder le grand ciel bleu, les étoiles, et de serrer ma fille dans mes bras. Ce sentiment de pouvoir découvrir, de posséder à nouveau un jour, me rendait heureux.

    Oui, je sais parfaitement encaisser les chocs, en me serrant les dents, en mobilisant mes ressources pour affronter et traverser les épreuves pendant les tempêtes. Il fallait que je reste concentré sur mon objectif pour arriver à bon port, sain et sauf. Je dois reconnaître aussi que le recours à l’endurance provient d’un long entrainement. Qui prend très souvent une source dans l’enfance. C’est là, que j’ai dû apprendre à ne compter que sur moi pour m’en sortir des situations difficiles. Le choc de l’épreuve non seulement ne provoque pas l’effondrement, mais il met celui qui le subit en contact direct avec ses ressources et ses compétences de survie. C’est pour cela que nous devons savoir que la volonté et la possession d’une boîte à outils personnelle nous permet de ne pas se sentir démuni face à adversité. De se programmer pour résister dans le temps. Aide-toi, le ciel t’aidera !

    Celui qui doit endurer ne quitte pas son armure. Il vît comme s’il fallait être prêt à tout moment à affronter une épreuve. Aujourd’hui, toutes ces épreuves ne m’ont pas broyé ! Je suis toujours là, ici. Ils ont voulu me briser dans des conditions de détention inhumaines, mais au contraire je suis resté debout et bien raide avec ma dignité inséparable. Je les remercie d’avoir fait de moi un homme plus fort encore, avec ma conscience et ma dignité d’homme libre toujours dans mon esprit. Je dois dire que j’ai pleinement conscience d’être un privilégié, Dieu merci, de toutes ces années dures et difficiles. Je sais de quoi je parle.

    Je me pose cette question : peut-on faire un grand pas dans la vie sans avoir des garanties ? Ou devons-nous prendre le taureau par les cornes et s’engager très vite sur une autre voie, si ce n’est que pour éviter cette catastrophe ou au moins tenter de l’atténuer.

    Luk, au nom de tous les opprimés du monde, je vous remercie, et tout le Comité de soutien, ainsi que tous les hommes et toutes les femmes dont l’aide nous a été précieuse pour mener à bien votre combat. Et surtout de ne jamais avoir baissé les bras… ».

    Ali Aarrass

    Solidarité Maroc, 22 jan 2020

    Tags : Maroc, Ali Aarrass, répression, terrorisme, Belgique, Belliraj,

  • Sahara Occidental : Aminatou Haidar tabassée sous le regard complice de la MINURSO et le silence d’Antonio Guterres

    Samedi 11 janvier 2020, la militantes des droits de l’homme, Aminatou Haidar, a été « tabassée » à El Aaiun, capitale occupée du Sahara Occidental.

    « Voilà le tortionnaire marocain qui m’ a tabassée cet après midi à El Aaiún Occupé, il exécute les ordres de ces responsables membres du Régime expansionniste marocain,bénéficiant de l’ impunité totale. MINURSO après 29 ans sans mandat de surveiller les des droits de l’ homme!! », a écrit Mme Haidar dans un tweet pour dénoncer le silence de la MINURSO et du Secrétaire Général de l’ONU, Antonio Guterres, sur les excès de l’administration colonialiste marocaine.

    Dans ce combat humanitaire, les sahraouis sont solitaires. Ils doivent se débrouilller seuls au milieu d’une ambiance de violence inouïe pratiqué par une puissance d’occupation soutenue par une puissance internationale et dont le soutien lui garantit tous les excès et les violations des droits de l’homme imaginables.

    Aminatou Haidar a découvert une amère réalité. A l’intérieur ou à l’extérieur des geôles marocains, la situation est pareille. La différence se trouve dans les dimensions. Ici, il s’agit d’une prison à ciel ouvert et dont les dimensions sont gigantesques. Le Maroc entretient au Sahara Occidental une prison dont les limites se trouvent aux frontières du territoire sahraoui.

    Aminatou Haidar se plaint tout en diffusant la photo de son tortionnaire. Sa douleur sera-t-il écoutée par les responsables de l’ONU. Rien n’est moins sûr!

    Tags : Sahara Occidental, Maroc, Aminatou Haidar, répression, MINURSO, ONU, Antonio Guterres,

  • Maroc : cette explosion sociale qui vient

    Rabia Franoux Moukhlesse

    Tous les expatriés volontaires du monde éprouvent un sentiment de nostalgie pour leur pays d’origine. Souvent ils fantasment sur la réalité de ce dernier n’ayant pas suivi les évolutions de mentalités, les changements urbains, les modifications politiques etc.

    Mon cas est bien particulier ayant quittée le Maroc en 1999, soit à la mort du Roi, laissant derrière moi un Royaume plein d’espoirs sur les changements à venir avec ce nouveau souverain que l’on appelait le « roi des pauvres ». Après les années de plomb et malgré l’ouverture opérée dans les années 90, les marocains espéraient un renouveau total. Le changement étant toujours pour demain, le Maroc a vécu les révolutions arabes à travers ce que l’on a appelé le mouvement du 20 Février. Le trône a semblé vaciller et des changements constitutionnels ont été opérés pour calmer les esprits. Et voilà que 10 ans de plus ont passés et où en sommes-nous ?

    PROMESSES NON TENUES

    Les riches sont plus riches et les pauvres sont plus pauvres. Rien de choquant me direz-vous, puisque c’est le cas dans presque tous les pays ! Et bien pas tout à fait. Car le Maroc assume pleinement ces écarts humainement monstrueux. Casablanca recense plus de 8.000 millionnaires en dollars ce qui est plus que Londres, New York ou Hong-Kong. Les investisseurs étrangers se pressent attirés par les exonérations de taxes, la main d’œuvre bon marché et un point d’ancrage stable politiquement en Afrique.

    Les grandes sociétés marocaines n’ont jamais gagné autant d’argent, des fortunes personnelles ont été multipliées par 3 ou 4 en moins de 5 ans. Vous pouvez croiser quotidiennement les derniers modèles de grosses voitures qu’un Européen ne verra que dans les publicités. Des maisons de 400 ou 500 m² habitables poussent comme des champignons.

    Regardez cette masse de jeunes sans travail qui rêvent de l’Europe et risquent leur vie pour accéder à une vie sans faim.

    Tout ceci côtoie une classe moyenne qui se paupérise face au coût de la vie après avoir récemment émergé et surtout une cohorte de pauvres faisant l’immense majorité du Maroc. Voyez au-delà des images de cartes postales touristiques ces bidonvilles où les eaux usées coulent au milieu du chemin. Tous ces gens qui s’entassent dans 20m² recouverts de tôles, souffrant de la chaleur et du froid. La populace qui prend à 7 ou 8 un taxi le matin pour aller pointer à l’usine ou venir dans les belles villas valant 1 million d’euros en tant que jardinier, femme de ménage, cuisinière, homme à tout faire pour 300 euros par mois.

    Regardez cette masse de jeunes sans travail qui rêvent de l’Europe et risquent leur vie pour accéder à une vie sans faim. Croisez ces hordes de mendiants à chaque coin de rue… Et comprenez les attentes d’une jeunesse qui veut vivre décemment, qui souhaite un peu de liberté, qui attend une meilleure répartition de toutes ces richesses qui s’étalent avec indécence devant leurs yeux, qui veut des infrastructures dignes d’un pays en développement au lieu d’écoles privés, d’hôpitaux en souffrance et de mosquées pour seul refuge.

    RÉPONSE SÉCURITAIRE

    On obtient donc une situation explosive où les citoyens sont à bout de nerf et n’ont plus rien à perdre. Ils ne leur restent plus au pire qu’à se laisser embrigader dans un islam radicalisé qui leur promet un monde meilleur dans l’au-delà, un peu de considération ici-bas mais à condition d’essaimer leur vision délétère et la violence qui va avec. Et au mieux, de parler, revendiquer, dénoncer les injustices et les abus en espérant que les choses vont changer.

    Vous avez le cocktail (sans alcool) d’une explosion programmée

    Or, la réponse est toujours la même. Avant tout sécuritaire pour que rien ne change et surtout pas les privilèges. A chaque mot de trop, de critique, de manifestation ou d’information gênante pour les dirigeants, une cohorte de fonctionnaires zélés, nostalgiques des années de plomb où chaque tête qui dépassait disparaissait du paysage intervient et frappe de toutes ses forces. On assiste là aussi à une radicalisation de la répression. Toute personne ayant l’audace de dire tout haut ce que tout le monde pense tout bas doit faire face au système judiciaire. La parole n’est pas libre. L’information n‘est pas libre.

    La société n’est pas libre. Un simple tweet, un blog, une chanson, une enquête d’investigation, une attitude postée sur face book, une « morale » non conforme aux mœurs d’un autre temps et vous pouvez gouter à l’hospitalité des prisons marocaines pour 4, 5 ou 25 ans. Les exemples sont nombreux de ces condamnations et s’accélèrent ces derniers temps dans l’indifférence et la méconnaissance totale, volontaire ou non, du reste du monde.

    Une population qui n’a rien à perdre même plus la vie, des privilégiés qui ne lâchent rien, des religieux qui ne rêvent que de mettre en place un califat basé sur la charia et vous avez le cocktail (sans alcool) d’une explosion programmée. Alors pour vos prochaines vacances, profitez vite du Maroc typique, de ses hôtels et golfs, de ses lieux de fêtes car il se pourrait bien qu’un jour il ressemble plus à l’Irak qu’au pays ouvert aux étrangers et à l’hospitalité légendaire.

    #saffibaraka (Ca suffit)

    Source : Marianne, 11 jan 2020

    Tags : Maroc, inégalités, pauvreté, injustice, répression, richesse,

  • Maroc : Le Makhzen impose la camisole de force

    AFFAIRE HAJAR RAISSOUNI ; ENCORE UNE AFFAIRE QUI PUE

    Par Abdelhak Serhane ( extraits)

    « Ce n’est pas parce que le chant de l’oiseau nous déplaît qu’on le tue pour autant. » Proverbe africain

    « La censure, c’est le rasoir gigantesque rasant au niveau du médiocre toute tête qui dépasse ! La censure, c’est la camisole de force imposée au vital. » Claude Gauvreau

    J’ai compris la dérive autoritaire du makhzen dès 2003 avec le procès ubuesque du journaliste Ali Lmrabet condamné à 4 ans d’emprisonnement, 10 ans d’interdiction d’exercer et fermeture de son journal Demain pour une sombre et risible histoire de « ammariya » dans un montage photos où l’on voit Driss Basri, ex-premier flic du royaume, porté en marié par les membres du gouvernement Youssoufi. Après une longue grève de la faim, sa santé était entrée dans une phase critique et il risquait d’y laisser la vie. J’ai cru de mon devoir d’alerter le roi sur cette situation dramatique et je terminais, dans ces termes, ma lettre ouverte au roi publiée dans Le Journal: « A l’heure où je vous adresse cette lettre, il est peut-être déjà trop tard pour la santé du journaliste. Mais un geste de votre part pour préserver sa vie et, à travers elle, protéger la liberté, permettra au pays de renouer avec l’espoir du début de votre règne. L’homme éclairé est celui qui fait preuve de sagesse quand les autres ont perdu toute mesure. Le brave, celui qui comprend et sait pardonner car Dieu lui-même n’est-il pas clément et miséricordieux ? » La suite ne mérite aucun commentaire.

    A partir de ce moment, le feuilleton des pressions sur les journalistes n’en finit plus d’apporter son lot de ridicule à chaque épisode : intimidation, pressions, arrestations, procès, condamnations à des sommes exorbitantes dans une mise en scène confondante, des scénarios similaires et déprimants, écrits par de piètres auteurs, des dialogues dérisoires, des comparses d’un autre âge. C’est la projection permanente d’un numéro de cirque sur la scène d’un théâtre social devenu amorphe, sans intérêt pour la cause publique, uniquement obnubilé par sa survie, l’esprit verrouillé par la peur et la lâcheté. Après Lmrabet, nous en avons mené, des combats à ras des pâquerettes, comme pour le procès du groupe musical casablancais accusé de satanisme par des juges débiles. Le tour des journalistes indépendants est vite arrivé. Le premier fut Boubker Jamaï et Le Journal, condamné à disparaître à cause de sa ligne éditoriale qui refusait de prêter allégeance au Pouvoir. D’autres vont suivre ; Anouzla, puis le summum de la dérivation d’une justice aveugle est atteint avec le procès d’El Mahdaoui et après lui Bouachrine. Nous savons que l’objectif de ces procès est de détourner l’opinion publique des vrais problèmes, l’engluer dans des débats stériles. Sacrifiant les partis politiques, les syndicats, les élus, la presse, la Justice, le makhzen a fait le vide dans le pays. Les forces vives ne parlent plus et quand elles parlent, elles ne sont pas écoutées. Le reste de la populace occupe ses jours à blablater, à manifester pour des causes futiles, réussissant ce tour de force, on ne discute plus de essentiel ; la redistribution équitable des richesses du pays, la fuite des capitaux, l’or et les minerais, qu’on oublie la corruption, l’enseignement public de nos enfants, la santé, l’État de droit, la dignité, la justice sociale… ce que le mouvement du 20 Février revendiquait avec un peuple dans la rue, lâché par les forces politiques et abandonné indignement par le PJD qui est monté sur le dos des Marocains, sur leur ignorance, leur pauvreté, leur foi en un parti sans foi ni loi. Puis, le temps des règlements de comptes est arrivé. L’État a renforcé et modernisé son arsenal sécuritaire, la bastonnade n’a jamais aussi bien fonctionné que depuis l’avènement du PJD avec Hassad comme ministre de l’intérieur. Les prisons se sont remplies de coupables mais surtout d’innocents, ceux qui ouvrent leur gueule pour réclamer une part de soleil sous le ciel de leur pays. Les libertés n’ont cessé d’être réduites, les mêmes libertés pourtant protégées par la Constitution dont l’article 25 précise que « sont garanties les libertés de pensée, d’opinion et d’expression sous toutes ses formes. Sont garanties les libertés de création, de publication et d’exposition en matière littéraire et artistique et de recherche scientifique et technique. » Où on est-on de cette belle déclaration ? Aucun effet sur le terrain de la réalité quotidienne. Liberté de création, de publication en matière littéraire !!! Mon roman L’Homme qui marche sur les fesses est censuré, publié au temps de Benkirane en tant que chef de gouvernement est censuré. Voici sous quelle genre de liberté on crée, on publie, on pense, on s’exprime et le système écoute et respecte ses créateurs, ses penseurs, ses chercheurs… Mehdi Medjra est décédé dans l’indifférence des autorités, ostracisé pendant les dernières années de sa vie. Et je ne parle pas de Bziz interdit depuis l’époque de Driss Basri, et… et…

    Le cas Hajar Raissouni est un cas qui restera dans les annales de l’Histoire de notre pays comme la dérive autoritaire la plus improbable. Encore une affaire qui pue et qui humilie tout un peuple devant les grands et les petits, ceux qui valent quelque chose et ceux qui ne valent rien, et comme dit Paul Valéry, « l’esprit politique finit toujours par être contraint de falsifier ». Cette affaire biscornue nous ramène à cette réalité amère ; nous autres citoyens, nous vivons tous en liberté provisoire à cause d’un système qui a perdu le sens des réalités. Nos dirigeants sont-ils des gérants d’entreprise, des agents d’un pays ennemi ou des extraterrestres qui ne partagent rien avec nous et dont on ne sait pas, nous autres serviteurs, ni la logique de leur politique envers nous, encore moins la logique de leurs accusations contre nous, leurs jugements, leur mépris pour nous. Hajar arrêtée avec légèreté et précipitation, dans la rue, en compagnie de son fiancé. Son crime ? Être sortie d’un cabinet gynécologique. Avortement clandestin ! crient les autorités. Sacrilège renchérissent les petits soldats à la solde du makhzen et les boutiquiers des mosquées. Toute une cabale contre le corps d’une femme, contre son intimité, contre sa personne, contre son identité de femme, contre son sexe ! C’est l’inquisition dans sa forme la plus abjecte, la mise à mort de la liberté d’être des femmes, de toutes les femmes, de leur possibilité de décider ce qui est bien pour elles et ce qui ne l’est pas. Nous n’avons encore jamais vu ça. Le corps de chaque femme, de chaque enfant, de chaque individu est sacré, souverain, affranchi, autonome, puisque Dieu lui-même l’a créé ainsi. Alors que la Constitution de 2011 nous chante une berceuse sur les libertés inviolables dont l’article 22 fanfaronne qu’« il ne peut être porté atteinte à l’intégrité physique ou morale de quiconque, en quelque circonstance que ce soit et par quelque personne que ce soit, privée ou publique. Nul ne doit infliger à autrui, sous quelque prétexte que ce soit, des traitements cruels, inhumains, dégradants ou portants atteinte à la dignité. La pratique de la torture, sous toutes ses formes et par quiconque, est un crime puni par la loi. » La réalité c’est que le système ne respecte plus la liberté ni l’intimité ni la vie ni le corps des citoyens, ni plus rien. Hajar a été brutalisée par la police, contrainte comme une criminelle recherchée de longue date, obligée de retourner dans le cabinet médical pour un réexamen de ses parties génitales, et deux fois pas une, une fois dans la même clinique et la seconde à l’hôpital Avicenne. Deux expertises rejettent l’existence des traces d’une quelconque fausse couche. Malgré l’avis des médecins spécialistes, les flics, plus connaisseurs et mieux instruits que les gynécologues, concluent à un avortement. Et les autorités disent c’est une coïncidence, nous menons une campagne de lutte contre les avortements clandestins ! Il y a environ 200.000 avortements par an au Maroc. Un nombre considérable de jeunes femmes est décédée sur la table d’opération de certains médecins sans que des poursuites judiciaires soient entamées contre les auteurs de ces crimes. Mais on criminalise les victimes. Et la coïncidence fait qu’une seule femme soit concernée par cette campagne. Et il a fallu que ça tombe sur Hajar Raissouni. Et elle est concernée à plus d’un titre ; elle est, par hasard, journaliste à Akhbar Al Yaoum. Et comme par hasard, elle est journaliste indépendante qui soutient le peuple dans ses revendications légitimes, en particulier le hirak du Rif. Le hasard ne s’arrête pas là, son oncle est l’islamiste qu’il est, l’un des idéologues les plus influents du MUR (je ne partage nullement ses thèses ni ses analyses), Et le hasard fait mal les choses pour Hajar puisque son autre oncle est le rédacteur en chef d’Akhbar Al Yaoum. Et le bouquet du hasard c’est qu’à travers cette femme, on punit l’idéologie que défend Ahmed Raïssouni, rétrograde et conservateur à mon goût … Mais Hajar, ses écrits, ses idées, ses prises de position n’ont rien à voir dans ces histoires. La Constitution, en principe, protège son métier de journaliste comme elle protège l’intégrité de la personne.

    On voit comment la liberté, la vérité, la justice, le droit… sont traités dans ce pays. Dès que quelqu’un ouvre son bec, ne serait-ce que pour respirer, on lui colle une sale affaire et on le fout au trou. (Les prétextes sont prêts, la police est qualifiée pour faire signer les procès verbaux à n’importe qui, les témoins sont nombreux, les juges attendent un coup de téléphone pour exécuter les ordres et prononcer les sentences !) Une véritable question se pose à notre Constitution et à nos lois. Où en est-on des belles déclarations sur la justice et le respect des droits de l’homme dans notre pays. Ne sont-ils que des embellissements de façade sans effet notoire sur la vie des populations dans le quotidien ?

    Quelle étourderie et quel camouflet pour le système qui se ridiculise chaque semaine avec une boule puante. Chaque semaine une nouvelle affaire qui fait du Maroc la risée du monde. Pourtant, ce même système débourse des millions d’Euros et autres devises chaque année aux mercenaires de la plume et des moyens de communication pour briquer sa façade et occulter l’envers du décors. Une affaire comme celle de Hajar renvoie du pays une mauvaise image, le range parmi les États les moins respectueux des droits et des libertés. L’ornement extérieur s’écaille à chaque scandale et le pays reçoit des coups de fouet de partout. Au moment où le monde est mobilisé dénonce les violences faites aux femmes les télévisions étrangères ont eu du blé à moudre avec le cas Hajar. Le pays s’en est trouvé, une fois de plus, malmené, critiqué à tort et à raison, amoindri et son image amochée, de la Chine aux Etats Unis, des pays arabes frères à l’Europe (les médias indépendants français ont été les plus virulents), tous ont repris en boucle cette sale affaire. Je me demande si les opérateurs de ce fiasco sont satisfaits que l’affaire soit débattue sur les plateaux de télévisions de nombreux pays et sont satisfaits de la réputation qu’ils véhiculent sur notre système de gouvernance. Le monde n’est pas aveugle et le Maroc n’avait pas besoin d’une énième mauvaise blague, d’un énième scénario qui pue le coup monté (un coup tordu !), d’un énième procès stupide, d’une énième trique offerte aux adversaires (et même aux amis !) pour nous châtier.

    Le corps d’une femme ne regarde qu’elle. Le corps d’une femme (comme celui d’un homme d’ailleurs) n’appartient qu’à elle et à elle seule. Il n’est pas la propriété privée du mari, de la famille ou de la communauté. Il n’appartient pas à l’État, au système qui gouverne, à la police, aux juges, aux moqadems ou autres. Il ne concerne en rien les faux marchands de paradis et autres donneurs de leçons de morale, dispensateurs de vertus archaïques et des fatwas triviaux. Le cas Hajar n’est pas un cas anodin, c’est notre cas à tous. Il s’agit de notre liberté en tant que personne. Nous avons des mères, des épouses, des filles, des sœurs, des cousines… et nous avons notre corps propre que les autorités se permettent d’arrêter, de séquestrer, de torturer, de jeter en prison pour n’importe quel prétexte pour nous punir de nos rêves et de nos pensées. Nous punir pour ce que nous voulons être ; des citoyens affranchis, fiers, estimés. Vous êtes en désaccord avec un flic, il jette sa casquette à terre après vous avoir bien rossé, crie à l’agression d’un agent d’autorité pendant l’exercice de ses fonctions, on vous charge dans un panier à salade et vous passez devant un juge qui vous condamne séance tenante, bien entendu, vous passez d’abord par la case commissariat où des brutes frustrés se défoulent sur vous.

    La presse de caniveau, les télévisons à la solde du makhzen, les réseaux sociaux mobilisés comme des mouches à viande pour l’injure et le dénigrement de quiconque dit une parole de vérité, ont médiatisé à volonté l’image de Hajar pour la salir aux yeux de l’opinion publique. Il ne faut pas oublier les autres, sans doute considérés comme des dommages collatéraux ; le chirurgien obstétricien (décoré d’un Wissam !), l’anesthésiste, l’infirmière, la secrétaire et le fiancé. Ça fait beaucoup de monde pour un saignement ou un avortement et c’est cher payé pour une femme de se faire soigner chez un gynécologue dont le métier est devenu risqué… Tout cet acharnement se déroule dans un silence avilissant, coupable du ministre dit des droits de l’homme et des libertés publiques, du Syndicat national de la presse et du Conseil national des Journalistes. Et je me demande, quelle est l’utilité de ces trois instances si elles sont dans l’incapacité de défendre le droit contre l’arbitraire.

    La citoyenneté est le sentiment de l’individu d’appartenir à une terre, une nation, un territoire, une communauté, une identité. C’est un contrat d’allégeance entre le sujet et le terroir auquel il appartient dans un partage équitable de droits et d’obligations. J’attends du pays qui m’a vu naître qu’il m’offre sécurité, liberté, justice, respect, éducation, soins, un toit, du travail pour que je vive dans la dignité, autrement ce n’est plus mon pays. Et le pays qui ne respecte pas les valeurs de ma citoyenneté n’est pas un pays viable et je ne veux pas lui appartenir. Un pays qui ne considère pas ses femmes, les traite comme des êtres inférieurs ne peut pas progresser. Une nation qui dédaigne sa jeunesse et la jette dans les bras du désespoir ne peut jamais décoller. Un État qui ne respecte les termes de sa Constitution, n’honore pas ses obligations envers ses citoyens, foule aux pieds les droits de l’homme, utilise ses juges selon son humeur n’est pas un État démocratique. Un État frileux devant un article de journal ou une parole de vérité n’est pas un État stable et, condamné à toutes les dérives, il risque de connaître des troubles et d’autres manifestations en réaction à la répression. Comment l’individu peut-il se sentir citoyen à part entière dans un pays où il a peur de parler, où les mouchards le guettent partout, même dans son téléphone, où un mot de travers, un coup de colère peut l’envoyer en taule ? Quel citoyen prépare-t-on pour un État qui le juge coupable avant même qu’il ait commis la moindre infraction ? Quel citoyen obtient un système qui lâche sur lui ses forces de l’ordre pour lui fracasser le crâne dès qu’il exprime pacifiquement son malaise ?

    Aucun pays ne se développe avec des autoroutes, des marinas, des trains à grande vitesse, des festivals, des tours, des lampadaires à longueur d’avenues fleuries, des palmiers partout, du gazon, des malls, des immeubles, des hôtels de luxe… si sa population est à la casse. C’est utile, c’’est sûr mais nous avons d’autres priorités. Et il y a urgence à régler ces priorités. L’école et la santé publiques, la justice, le travail pour ces bataillons de jeunes qui ont le regard tournés du côté de la Méditerranée, la fuite des cerveaux et des capitaux, le détournement de l’argent public, la corruption endémique… Un pays se construit avec ses Hommes d’abord, ce sont eux qui font, qui créent, qui inventent et prennent soin de leur pays. Un peuple réprimé, frustré, malheureux, emprisonné finit toujours par faire des dégâts. Feu Bourguiba avait demandé à Kadhafi pourquoi il investissait tant de moyens dans l’achat d’armement au lieu de le dépenser dans l’éducation des Libyens. Le berger de Tripoli lui a répondu : « J’ai peur d’éduquer mon peuple et qu’il se révolte contre moi ! » On a vu d’où on l’a sorti le dernier jour de sa vie et comment il a fini.

    Appel aux responsables : de grâce, arrêtez de ridiculiser plus ce pays ! Vous ne savez plus quoi faire pour ternir son image. Le monde vous observe et vous connaît. Il sait quel type de politique vous menez. Les rapports des Instances internationaux vont tous dans le même sens ; vous avez réussi volontairement ou à cause de votre incompétence, votre appétence pour l’argent, votre mépris pour la chose publique, votre haine pour le peuple, votre prédation scandaleuse etc. à classer le Maroc au dernier rang de tous les pays en matière de développement humain, au niveau éducation, santé, égalité, justice sociale, respect des droits de l’homme. Nous sommes les premiers parmi les pays les plus corrompus, les plus rétrogrades malgré les infrastructures modernes, les plus arnaqueurs, les plus intolérants et les plus malheureux. Alors vous avez carte blanche pour arrêter, torturer, juger, condamner autant et comme vous voulez mais de grâce, cessez de vouloir à tout prix nous convaincre par vos preuves qui font rire de rage et pleurer de dépit, cessez de présenter des témoins qui ne sont pas crédibles, des journalistes à votre solde pour justifier les transgressions de vos propres lois. Au lieu de condamner des innocents à 20 ans de prison, je vous suggère de les condamner à perpétuité car 20 ans passeront comme sont passés Derb Moulay Ghallaf, Dar Moqri, Agdez, Tazmamart etc., d’où des centaines de femmes et d’hommes ne sont jamais revenus. Ceux que vous condamnez aujourd’hui ont des familles, des amis et ils sont déjà pleins de ressentiment pour vous à cause de votre tyrannie qui devient de plus en incontrôlable. Alors condamnez ! Condamnez ! Condamnez ! Bourrez vos prisons d’innocents ! Vous n’avez besoin ni de preuves ni de témoins ni de justifications. Nous sommes vos otages, pour le moment, et nous sommes un peuple, tout un peuple en liberté provisoire. Mais avant de prendre vos décisions contre nous, repensez à l’article 3 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme et du Citoyen qui dit :

    « Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l’insurrection est, pour le peuple et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs. »

    Plus de deux siècles nous sépare de la Révolution française. Pourtant, au Maroc, avec toutes ces affaires fétides, on se croirait au temps de l’inquisition médiévale avec ses tribunaux, sa chasse aux sorcières, ses excommunications, ses tortures, ses emprisonnements etc. Alors, apprenez du passé ce que l’Histoire nous enseigne ; aucun système violent, aucune loi arbitraire, aucun régime absolu ne dure infiniment. Le Mouvement du 20 Février n’a pas totalement disparu, il est disséminé dans toutes les régions du pays puisque les raisons de son débordement n’ont pas été réglées. Ses revendications sont restées les mêmes : Houriya, Karama, Adala jtimaiya. Les gens n’ont pas demandé la lune ! Et ces revendications auxquelles la Constitution de 2011 semblait porter une réponse, ont été foulées aux pieds, poignardées par le PJD et lynchées par ceux qui manipulent dans l’ombre tous les guignols du cirque politique. « Ne confiez pas, avait prévenu Ibn Khaldoun, la commanderie des armés ni les fonctions de justice ainsi que celles des affaires publiques aux fils des voyous, des dévoyés et des salauds car quand ils exercent de hautes charges, ils s’ingénient à avilir les innocents et les enfants des gens nobles, les confondant de manière délibérée à cause de leur perpétuel sentiment d’infériorité et de médiocrité qui les habite et refuse de les quitter. Ce qui entraine, en fin de compte, à la chute des trônes et la fin des systèmes »

    Alors, un avis ; respectez ce peuple ! Respectez ce peuple ! Respectez-le ! Il ne mérite pas tout ça de votre part !

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  • Maroc : L’étonnant CV de Bouda, le jeune récemment emprisonné

    Maroc, année 2020

    Voilà le cursus , le CV, de Bouda, un activiste marocain au chômage, isolé actuellement dans un cachot d’une sinistre prison dans le Moyen Atlas .

    Chef d’accusation :  » Incitation à l’outrage du drapeau national du Royaume et à ses symboles, et incitation contre l’unité nationale du pays « .

    La vraie raison: Bouda critique le système makhzènien sur le réseaux sociaux, et dénonce les injustices faites aux habitants de son village.

     » Bouda est né en 1985 à Aguelmouss dans la province de Khénifra au sein d’une famille pauvre.

    En 1998, il a obtenu son certificat d’études primaires à l’école « El Amal ». Il a ensuite rejoint le collège « Moulay Rachid » où il a obtenu une bonne moyenne au brevet lui permettant de rejoindre le lycée référencé pour les élèves brillants à Meknès.

    Il a réussi son diplôme de baccalauréat, section « Littérature et sciences modernes », avec mention en 2004.

    Il a pu rejoindre après cela la faculté des Sciences juridiques, économiques et sociales à Meknès. Il s’est spécialisé en droit commun et a obtenu son diplôme d’études générales universitaires en 2006.

    Il a été renvoyé de l’université après son arrestation suite à son activisme dans le mouvement estudiantin.
    Ce renvoi arbitraire n’a pas découragé « Bouda ».
    Grâce à son déterminisme, il a continué ses études et a obtenu en 2010 son deuxième diplôme de baccalauréat, section « Littérature et sciences humaines ». Il a rejoint dès lors l’université de Rabat pour s’inscrire en psychologie.

    Il a réussi son diplôme avec mention bien.

    L’année d’après, il a obtenu un diplôme en Sciences de l’éducation au sein d’une école privée à Safi. En 2015, « Bouda » a fait partie du programme gouvernemental « Dix mille cadres », formé par l’Ecole Supérieure Normale, section philosophie. « 

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  • Maroc : Maati Monjib et six autres journalistes et militants des droits humains poursuivis depuis 2014 pour « atteinte à la sécurité de l’Etat »

    Maâti Monjib, Abdessamad Ait Aicha et Hicham Mansouri : Poursuivis dans le cadre de l’article 20 du code pénal : fincancement extérieur pour servir des agendas étrangers et nuire à la sûreté dela nation.

    Mohamed Essabr, de l’Association Marocaine pour l’Education de la Jeunesse (Amej). C’est la première fois que cette association, créée en 1956 par Mehdi Ben Barka, est poursuivie en justice dans une pareille affaire. « Elle s’est trouvée au mauvais endroit et au mauvais moment », selon Maâti Monjib. Mohamed Essabr, son président actuel, est poursuivi pour avoir organisé une formation sur l’usage de l’application mobile Story Maker, promue par l’ONG Free Press.

    Hisham Khribech, de l’Association des droits numériques (ADN). Il est ex-président de l’association et ancien coanimateur du site d’activistes Mamfakinch. Poursuivi pour la publication d’un rapport élaboré par l’ONG internationale Privacy International, relatant des témoignages de victimes marocaines de surveillance électronique par le gouvernement.

    Rachid Tarik et Maria Moukrim, de l’Association Marocaine pour le Journalisme d’Investigation (AMJI). Poursuivis en tant que président actuel et ex-président de l’association, pour sa déclaration au Secrétaire Général du gouvernement de subventions reçues de l’étranger.

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