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  • Algérie: le dernier verrou est tombé, l’article 102 sera bien appliqué

    Pile ou face : le dernier verrou est tombé, l’article 102 sera bien appliqué

    Au bout de plusieurs semaines de maturation de ce que certains appellent, le mouvement populaire (hirak), la révolution, la contestation, la rébellion, peut-être même « el-intifada », pour décrire ce formidable élan populaire pacifique et civilisé, de plusieurs millions d’habitants, sans heurts significatifs ni exactions ni blessés ni morts (ce qui suscite des envieux dans le monde), le dernier verrou, l’article 102, est enfin appliqué.

    La raison et la sagesse ont triomphé sur l’aventure et la bouteille d’encre noire dans laquelle certains ont tenté de plonger notre pays. Les deux grosses tendances et certaines autres auxiliaires qui ont prévalu se sont affrontés. La première préconisait une « période transitoire », hors champ constitutionnel et la seconde, l’application « en l’état », de la constitution et de ses articles subséquents. Les deux positions trouvent leur « légitimité » dans les slogans scandés, durant les marches populaires, à croire que chacun a écouté ce qu’il a bien voulu entendre.

    L’examen de ces deux propositions a été largement commenté par des spécialistes, des personnalités politiques, des partis seuls ou coalisés, des associations, des journalistes et la société civile en général. A priori, il semble que ces deux positions sont irréconciliables et qu’une synthèse n’est pas, pour l’instant, possible, sans compter que le temps imparti est extrêmement réduit, l’échéance du 28 avril 2019, étant généralement considérée comme un point de non retour.

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    A la première proposition, on reproche son cadre juridique anticonstitutionnel, son impossibilité de mise en œuvre, compte tenu du fait que le choix de ceux qui seront en charge de son application sont eux-mêmes illégitimes sauf à choisir (qui doit le faire) des « saints » représentatifs de la société, toute entière et qui accepteront, en outre, la mission.

    En plus, cette solution est consommatrice de beaucoup de temps, ce qui risque de prolonger le vide institutionnel (certains tablent sur une phase de transition, d’au moins de deux ans) et d’entraîner le chaos, à l’instar de l’impasse que vit notre voisin tunisien avec le retour du Président,Caid Badji-Essebsi, à l’âge de 94 ans, ce que d’aucuns considèrent comme une régression.

    Quant à la seconde solution, elle serait susceptible de « confisquer » le Hirak, dans la mesure où l’organisation de l’élection présidentielle, dans les termes de l’actuelle constitution, porte le risque de voir le retour déguisé de la clientèle de l’ancien régime, du fait que l’appareil politico-administratif est toujours entre les mains du pouvoir.

    Ainsi, le candidat choisi par le pouvoir actuel pourrait se faire coopter et perpétuer le système, mettant fin aux espoirs du mouvement populaire et en particulier à ceux de la jeunesse.

    Cette critique de fond est construite sur des supputations et sur les peurs induites par des scénarios qui sont susceptibles de se réaliser même partiellement. Or, dans le cadre constitutionnel actuel, il est fort possible d’expurger des quelque 50.000 bureaux de vote, la capacité de fraude de l’administration et d’injecter une surveillance populaire des urnes sur les 1.541 APC et les 48 juges affectés dans les 48 wilayas. Comme il est possible de remplacer la composante du Conseil constitutionnel, inféodé au pouvoir, afin de s’assurer de sa neutralité et qu’il puisse valider l’élection, après les recours prévus par la loi électorale.

    A l’évidence, les deux ministères-clés (Intérieur et Justice) de l’organisation des présidentielles seront dotés de technocrates, non partisans, pour orchestrer le bon déroulement du processus électoral. Enfin, l’intérim, prévu par la constitution, qui revient au président du Sénat (Abdelkader Bensalah), n’est également plus un obstacle, dans la mesure où ce dernier peut être remplacé par ses pairs et sa présidence occupée, après un vote de cette instance, par une personnalité indiscutable qui pourra mener cet intérim, jusqu’à son terme, conformément aux règles constitutionnelles et à la loi électorale.

    La raison et la sagesse l’auront donc emportée, sur la surenchère et le « khéchinisme » (terme cher à mon feu ami Kheireddine Ameyar) pour sauver notre pays des constructions machiavéliques nationales ou susurrées de l’étranger, chacun considérant son agenda personnel, comme supérieur à celui de l’Algérie.

    Tout le peuple algérien doit aller aux urnes pour donner à notre pays et ses futurs dirigeants élus, la légitimité pour affronter les défis que nous ne manquera pas de trouver sur son chemin. La tâche sera extrêmement difficile, tant le contentieux de vingt ans de gabegie, a laissé l’Algérie dans un état de non-gestion et de prédation généralisée.

    La prochaine étape constitutionnelle n’est pas du tout gagnée, des ennemis, insoupçonnables et insoupçonnés ne manqueront pas de surgir pour tenter de briser ce processus légal, afin de proposer leurs chimériques desseins, pour essayer d’imposer leurs ambitions camouflés dans un « corset démocratique ». Qu’à cela ne tienne, les urnes trancheront entre les différents programmes et les différents projets de société… mais pour une fois dans notre histoire, c’est le peuple et lui seul qui aura, en dernière analyse, le fin mot de l’histoire.

    M.G.

    Auteur

    Dr Mourad Goumiri, professeur associé

    Source : Le Matin d’Algérie, 26 mars 2019

    Tags : Algérie, Présidentielles 2019, Bouteflika, transition, vacance du pouvoir, ANP, armée, Gaïd Salah,

  • Algérie – LES PIEDS DANS LE PLAT

    » Bref, Saidani, en quelque sorte, emboite le pas à deux pontes du système, Seddik Chihab et Ali Benflis en l’occurrence, pour nous révéler que l’Algérie serait dirigée par ce qu’il qualifie d’ » Etat profond « . Mais il va encore plus loin en désignant nommément Ahmed Ouyahia, cible facile en fait, car vilipendée par les manifestants, mais cible inaccessible quand même car il est surréaliste d’envisager le fait qu’Ouyahia ait été capable de tout manipuler, tout gérer, tout décider… «

    Par Mohamed Abdoun :

    Décidemment, Amar Saidani ne rate pas une seule occasion pour mettre les pieds dans le plat. Cette fois-ci, lors d’une hallucinante sortie médiatique, il y est carrément allé » franco « .

    Celui qui a été le premier, et le seul, à reconnaitre publiquement détenir un bien immobilier en France, sans expliquer d’où lui est venu l’argent de son achat et, surtout, comment il a pu transférer l’argent que celui lui est formellement interdit, n’est franchement pas un modèle de vertu, ni un exemple à suivre. Il n’en constitue pas moins une sorte de » curiosité » pour les médias, friands de » scoops » et de » grands déballages » en cette période trouble où tous les coups deviennent permis.

    Bref, Saidani, en quelque sorte, emboite le pas à deux pontes du système, Seddik Chihab et Ali Benflis en l’occurrence, pour nous révéler que l’Algérie serait dirigée par ce qu’il qualifie d’ » Etat profond « .

    Mais il va encore plus loin en désignant nommément Ahmed Ouyahia, cible facile en fait, car vilipendée par les manifestants, mais cible inaccessible quand même car il est surréaliste d’envisager le fait qu’Ouyahia ait été capable de tout manipuler, tout gérer, tout décider, sans jouir -au moins- de la complicité de beaucoup d’autres hauts responsables ou oligarques ayant leurs entrées au sein de l’ensemble des institutions du pays.

    La sortie de Saidani, qui n’est donc pas innocente, semble avant tout chercher à dédouaner tous ces gens, à lever la suspicion qui pèse sur eux, pour ne la fixer que sur un Ouyahia destiné au sacrifice suprême, dans l’espoir -sans doute fou- de calmer enfin l’ardeur inextinguible des foules. Loin de s’arrêter en si » bon chemin « .

    Amar Saidani se permet de spéculer sur le destin et les décisions futures que pourraient -ou devrait, à l’en croire- prendre le FLN. Et, oh surprise, il privilégie la piste de Mouloud Hamrouche pour être le candidat de ce parti lors de la prochaine élection présidentielle.

    Son argument massue ? L’homme est fils de chahid. Il est, franchement, très difficile d’être aussi maladroit, obtus et ignorant des réalités et revendications du terrain. La rue rue dans les brancards. Appelle à une rupture totale avec le système. Saidani, sans vergogne, vient lui proposer, au nom d’un parti dont il ne tient plus les rênes, un homme qui aime à se définir lui-même comme étant un homme du… système, qui a toujours cherché à » réformer » ce système, mais uniquement de l’intérieur, et qui a toujours apporté un soin méticuleux à ne jamais se porter candidat contre celui du… système. Hamrouche, en un mot comme en mille, a toujours et patiemment attendu son heure, c’est-à-dire celle à laquelle le… système lui ferait enfin appel.

    Ce n’est pas tout. Il est difficile pour Saidani d’être plus maladroit à l’endroit de la rue, lorsqu’il évoque le statut d’enfant de chahid de cet ancien chef de gouvernement, alors que le peuple entier désire ardemment en finir avec cette inénarrable » légitimité historique « .

    Reste à espérer que Saidani, qui vient de se rappeler à nos » bons souvenirs » à travers cette sortie médiatique à tout le moins surréaliste, aura un jour à rendre compte, notamment en ce qui concerne son bien immobilier anormalement acquis en France. Il ne sera certainement pas le seul. Mais ce sera quand même un excellent début…

    M.A.

    Tribune des Lecteurs, 25 mars 2019

    Tags: Algérie, Présidentielles 2019, Bouteflika, transition,

  • Lettre de Tunisie : A mes amis Algériens

    Très loin de moi la prétention de vous avertir ou de vous conseiller en quoi que ce soit. Ce qui se passe en Algérie en ce moment est la marque d’une citoyenneté exceptionnelle dont on ne peut être qu’admiratif.

    Mon intention, à travers ces mots, est juste de vous communiquer quelques faits qui se sont passés depuis la révolution tunisienne (2011) et dont je fus le témoin direct. Ces faits méritent d’être connus par les Algériens qui veulent que leur mouvement réussisse sans heurts ni crises et que l’Algérie reste souveraine.

    D’abord, la théorie du complot concernant les mouvements populaires qui ont lieu depuis quelques années dans nos pays sont de la pure chimère. Les complots ne sont que dans les cerveaux inertes.
    Ces mouvements populaires sont spontanés, légitimes, profonds et salutaires, sauf qu’ils sont rarement suivis d’une gestion intelligente, principalement à cause d’une effervescence difficile à canaliser. C’est sur ce point que se basent les islamistes pour tenter de s’imposer.

    La promptitude avec laquelle les islamistes ont réagi après le 14 janvier 2011 en Tunisie et ailleurs n’a rien d’un complot, il s’agit de récupération d’un mouvement civil. Toutes les révolutions du monde sont récupérées par les entités les plus organisées. Les islamistes ont vu là une grande occasion pour s’imposer et, pour ce faire, ils usent de leur esprit de secte et profitent des immenses aides de leurs alliées orientaux.
    Esprit de secte et aides financières sont les deux éléments dont les progressistes sont dépourvus. Dans ces conditions, comment peuvent-ils agir pour que leur mouvement salvateur ne soit pas récupéré pour des intérêts autres que ceux de l’Algérie?

    Le premier péril à éviter est de dissoudre l’ancien parti dominant, même si ce dernier traîne d’énormes casseroles.

    Pourquoi? Parce que ce parti n’est plus idéologique. Depuis des décennies, il est devenu une organisation de masse que le pouvoir utilise pour asseoir son système, ce qui veut dire qu’il s’agit d’une organisation d’exécutants dont il faut simplement changer la superstructure ou « l’ADN ».

    Plus pratiquement, ce parti, qui est une organisation très utile, doit demeurer, à condition de lui changer son mode de fonctionnement, de communication et d’action pour en faire la courroie de transmission de nouvelles valeurs comme celles de promotion et défense de l’honnêteté, de la propreté, démocratie, liberté, efficacité, etc… en fait tout ce que les Algériens demandent aujourd’hui.

    Pourquoi maintenir le parti? Parce qu’en face, les islamistes disposent d’une machine parfaitement huilée et autrement dangereuse car soutenue par l’étranger, menée par un esprit de secte et destinée à d’autres intérêts que ceux du pays.

    Le changement d’identité du parti au pouvoir n’est pas chose facile, mais ce n’est pas non plus impossible car ce parti dispose d’un énorme réseau d’intérêts qui risque d’être vite récupéré par les islamistes, comme ils l’ont fait en Tunisie. Or, la récupération du parti au pouvoir est quelque chose de très dangereux car ce parti dispose de tous les moyens nécessaires pour agir, qu’ils soient médiatiques, administratifs ou policiers.

    Il ne faut pas oublier que le parti au pouvoir n’est pas exclusivement formé de profiteurs, il dispose d’un nombre important de militants sincères qui ont eux-mêmes souffert du système et qui n’attendent que la bonne occasion pour travailler de façon saine et efficace. C’est à eux d’agir pour nettoyer le parti des mafias qui le parasitent et en faire l’outil de l’Algérie de demain, dans le respect des valeurs portées par la révolution.

    En définitive la question est simple : les progressistes ont-il le choix? Peuvent-ils céder aux islamistes (qui vont être les premiers à exiger la dissolution du parti) un pareil outil?

    Le second péril est celui de la division

    Le principal problème est dans l’unicité du mouvement islamiste opposée à la multiplicité des mouvements progressistes qui, même s’ils sont majoritaires, tombent dans le piège de la division. Et comme ils sont divisés, il exigent, pour les élections, une représentation proportionnelle, ce qui fait parfaitement le jeu des islamistes qui sont les premiers profiteurs de la proportionnalité.

    Pour arriver à imposer la proportionnalité, les islamistes poussent de toutes leurs forces la société civile à la division, et malheureusement, la société civile reste très sensible aux égos. Or, c’est justement sur ces égos que misent les islamistes. J’ai été moi-même l’un de ces nouveaux acteurs de la société civile en 2011, j’ai participé à la fondation d’un parti et observé la tactique des islamistes pour gagner le pouvoir.

    D’abord, ils vont, très vite, s’assurer des alliances secrètes avec d’anciens opposants qui, par goût du pouvoir ou par sensibilité conservatrice, vont céder à la tentation. Ces anciens opposants jouissent d’une certaine légitimité mais surtout d’une identité progressiste qui va pousser bien des citoyens à les suivre. Ces opposants croient souvent qu’ils vont maîtriser le jeu et sortir gagnants, mais ils se trompent car ils ne disposent pas d’une puissance suffisante et finissent par servir de serpillère aux mouvements islamistes. Ils auront, d’ailleurs, la destinée des serpillères.

    Outre ces alliances secrètes, les islamistes vont pousser à la division en caressant les petits partis dans le sens du poil en leur faisant parvenir des messages du genre « vous êtes les vrais forces vives de ce pays et on vous craint », ce qui va faire très plaisir à des micros formations qui vont se prendre pour des partis importants et ajouter à la division.
    Cette technique est essentielle pour les islamistes car 1, ils s’assurent de la faiblesse de leurs alliés « progressistes » et 2, ils s’assurent ainsi d’avoir des défenseurs du scrutin proportionnel que les petits partis vont exiger avec force.

    Voilà en gros, les premiers aspects du danger islamiste dans nos républiques débarrassées de la dictature.

    Il faut garder à l’esprit que les islamistes sont par essence des non-patriotes qui sont de simples commerçants de religion. Ils n’ont aucune espèce de compétence pour diriger un pays et ils n’usent du pouvoir de la religion que pour soumettre les peuples. Pour y arriver, ils sont prêts à toutes les compromissions et à toutes les arnaques et forfaits possibles, comme nous l’avons vu lors de la guerre de Syrie.

    Nos républiques sont, malgré leurs immenses défauts, bien plus respectueuses des citoyens. Si vous voulez en être persuadés, regardez l’état des Droits des peuples en Arabie Saoudite ou dans les pétromonarchies qui justement financent ces mouvements islamistes.

    Notre destinée est de réussir à sortir nos pays de leur sous-développement matériel et moral pour en faire des pays où il fait bon vivre.

    Pour cela, il faut être très vigilant, il faut user de patriotisme, d’intelligence et de bon sens et ne jamais céder à la passion ou à la facilité.

    Abdelaziz Belkhodja

    Le Provincial, 20 mars 2019

    Tags : Algérie, Présidentielles 2019, Bouteflika, Transition,

  • Algérie – Alliance présidentielle : A couteaux tirés

    Le député du RND et néanmoins fidèle lieutenant d’Ahmed Ouyahia a tiré un retentissant coup de sommation avant-hier soir contre le régime de Bouteflika. Sur le plateau d’El Bilad TV, il fit des déclarations osées en affirmant notamment que le pays était géré par des «forces extraconstitutionnelles et non structurées» et que son parti était contre la candidature du président Bouteflika au 5ème mandat.

    Sorties de la bouche d’un haut responsable d’un parti du pouvoir, ces déclarations sonnent comme des bombes politiques explosées sur la place publique qui grogne depuis le 22 février précisément contre le passage en force du clan Bouteflika.

    Il est clair que ces mœurs du régime telles que déclinées par Seddik Chihab renforceront à coup sûr la colère de la rue qui ne se faisait pas trop d’illusion par ailleurs. Il a juste dit tout haut ce que tout le monde pense tout bas à savoir que l’Algérie, du moins depuis le 4ème mandat et l’AVC du président, n’obéit plus aux règles d’une république qui fonctionne avec des institutions crédibles.

    En un mot, c’est une gouvernance qui confine à l’informel dès lors que les partis proches du pouvoir ont dû cautionner le 4ème puis le 5ème (avant la fronde populaire) et la prolongation du mandat sans être convaincus comme le révèle Seddik Chihab.

    Du coup, les algériens se posent légitimement la question de savoir qui gouverne réellement leur pays ? Il va sans dire que cette sortie médiatique tonitruante du lieutenant d’Ouyahia dix jours après le débarquement de ce dernier de la tête du gouvernement, est symptomatique de l’ambiance au sommet.

    Le S.G du FLN Mouâd Bouchareb a lui aussi osé le grand écart en annonçant hier solennellement que «les enfants du PFLN accordaient leur soutien absolu au mouvement populaire» (sic). Il en a profité pour mettre tous les maux de l’Algérie sur le compte d’Ahmed Ouyahia sans le nommer feignant d’oublier que Sellal était Premier ministre pendant 5 ans et que l’exécutif était composé majoritairement des ministres de son parti.

    De fait, les coûteaux semblent tirés entre les différents soutiens au président qui étalent publiquement leur linge sale après avoir béni l’agenda de Bouteflika en toute connaissance de cause.

    Il est de bon ton maintenant de vouloir sauver les apparences en louant le peuple qui manifeste après lui avoir tourné le dos. Sans doute que ces déballages vont se poursuivre voire s’accélérer dans les prochains jours à mesure que le bâteau ivre de la prolongation de mandat prenne eau de toutes parts.

    Quant au peuple, il ne prête pas trop attention à ces intrigues de palais et s’accroche résolument à son objectif de faire partir tous ces gens-là, sans exception.

    L’Est Républicain, 21 mars 2019

    Tags : Algérie, Présidentielles 2019, Bouteflika, transition,

  • Algérie : Et maintenant ? Au lendemain des imposantes manifestations contre le prolongement du mandat de Bouteflika

    Bouteflika -ou ceux qui décident en son nom- a proposé son idée pour assurer la transition et le peuple a répondu. Une réponse plus clairement déclinée en réalité que ne l’a été la démarche du Président, qui plus est, confiée pour exécution à un personnel issu de ce même sérail dont les Algériens ne veulent plus.

    Il ne fait aucun doute que le régime est conscient de ce qui se passe dans le pays, mais pour autant, est-il en phase dans sa démarche avec les revendications du peuple ? La rue s’est chargée de la manière la plus extraordinairement claire à reformuler sa revendication, passant du rejet d’un cinquième mandat au refus du prolongement du quatrième assorti de la fin du régime qu’incarne Bouteflika. Dès lors, quelle suite donneront le président de la République et «son entourage» à cette nouvelle sortie du peuple d’Algérie ?

    L’annonce de la nouvelle équipe qui accompagnera le duo Bedoui-Lamamra aura-t-elle de l’étoffe et assez de charisme pour adoucir le sentiment de ces millions d’Algériens qui exigent «irouhou gaâ» (qu’ils partent tous) ? Il est permis d’en douter eu égard à la fermeté du leitmotiv qui a fait sortir, vendredi, les Algériens d’une façon telle que rarement, pour ne pas dire jamais, on en a vu dans le monde.

    En fait, les Algériens connaissent trop bien ceux qui les dirigent, assez pour savoir que le pouvoir en place a de la suite dans les idées et, dès lors, il n’allait pas rompre aussi vite que le mouvement a été lancé, le 22 février dernier.

    En effet, lâcher dès les premières manifestations n’est pas la marque de fabrique d’un pouvoir rompu à toutes les ficelles, comme ces «coups de maître» qui lui ont permis de parer, dès les toutes premières étincelles, à tout prolongement jusque chez nous du Printemps arabe en 2011-2012.
    Alors, quel tour nous préparent Bouteflika et ce fameux entourage qui, de toute évidence, n’ont pas vu le coup venir cette fois, du moins pas de par son ampleur, parce qu’on peut être convaincu qu’ils savaient que les Algériens n’étaient pas aussi enchantés de voir le Président candidater pour un nouvel exercice du pouvoir suprême ? Devrions-nous nous attendre à un nouveau message présidentiel ou bien les «décideurs» mettront-ils une bonne partie de leurs espoirs sur la nouvelle équipe qui sera en charge des affaires du pays en attendant la conférence inclusive promise ?

    Et puis, et surtout, comment ces millions de manifestants du genre qui a épaté le monde verront la suite du mouvement ? Un mouvement qui fait de son caractère pacifique une préoccupation majeure, qui lui a permis sans doute de se prémunir contre toute réaction musclée de la police, même si l’on sait, comme le démontrent l’infinité d’images répercutées sur les réseaux sociaux, que dans les rangs des services de sécurité, depuis la toute première manifestation, des policiers rechignent à user de la matraque. En fait, le gros risque qu’encourt le mouvement de protestation réside dans sa longueur, et partant, de la lassitude qui pourrait gagner ces millions de révolutionnaires des temps nouveaux.

    Le facteur temps qui, a contrario et jusqu’à une certaine limite, pourrait donner l’air de constituer un atout entre les mains du pouvoir tant que le 4e mandat n’atteint pas la date limite constitutionnellement admise, parce que au-delà, les relations de l’Algérie avec ses partenaires du reste du monde pourraient être vues autrement par ces derniers.

    C’est dire donc si tous les antagonistes ont intérêt à ce que la crise ne s’éternise pas et que cet acteur sur lequel tout le monde à l’ouïe tendue, l’ANP, ne soit pas mis dans une inconfortable position, ni avant la fin légale du 4e mandat ni après, c’est-à-dire en plein dans l’anti-constitutionnel, là où l’on se dirige si l’on suit le raisonnement du pouvoir en place, à travers la dernière offre du Président.

    Azedine Maktour

    Le Soir d’Algérie, 17 mars 2019

    Tags : #algérie, #présidentielles 2019, #bouteflika,