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  • Lettre de Tunisie : A mes amis Algériens

    Très loin de moi la prétention de vous avertir ou de vous conseiller en quoi que ce soit. Ce qui se passe en Algérie en ce moment est la marque d’une citoyenneté exceptionnelle dont on ne peut être qu’admiratif.

    Mon intention, à travers ces mots, est juste de vous communiquer quelques faits qui se sont passés depuis la révolution tunisienne (2011) et dont je fus le témoin direct. Ces faits méritent d’être connus par les Algériens qui veulent que leur mouvement réussisse sans heurts ni crises et que l’Algérie reste souveraine.

    D’abord, la théorie du complot concernant les mouvements populaires qui ont lieu depuis quelques années dans nos pays sont de la pure chimère. Les complots ne sont que dans les cerveaux inertes.
    Ces mouvements populaires sont spontanés, légitimes, profonds et salutaires, sauf qu’ils sont rarement suivis d’une gestion intelligente, principalement à cause d’une effervescence difficile à canaliser. C’est sur ce point que se basent les islamistes pour tenter de s’imposer.

    La promptitude avec laquelle les islamistes ont réagi après le 14 janvier 2011 en Tunisie et ailleurs n’a rien d’un complot, il s’agit de récupération d’un mouvement civil. Toutes les révolutions du monde sont récupérées par les entités les plus organisées. Les islamistes ont vu là une grande occasion pour s’imposer et, pour ce faire, ils usent de leur esprit de secte et profitent des immenses aides de leurs alliées orientaux.
    Esprit de secte et aides financières sont les deux éléments dont les progressistes sont dépourvus. Dans ces conditions, comment peuvent-ils agir pour que leur mouvement salvateur ne soit pas récupéré pour des intérêts autres que ceux de l’Algérie?

    Le premier péril à éviter est de dissoudre l’ancien parti dominant, même si ce dernier traîne d’énormes casseroles.

    Pourquoi? Parce que ce parti n’est plus idéologique. Depuis des décennies, il est devenu une organisation de masse que le pouvoir utilise pour asseoir son système, ce qui veut dire qu’il s’agit d’une organisation d’exécutants dont il faut simplement changer la superstructure ou « l’ADN ».

    Plus pratiquement, ce parti, qui est une organisation très utile, doit demeurer, à condition de lui changer son mode de fonctionnement, de communication et d’action pour en faire la courroie de transmission de nouvelles valeurs comme celles de promotion et défense de l’honnêteté, de la propreté, démocratie, liberté, efficacité, etc… en fait tout ce que les Algériens demandent aujourd’hui.

    Pourquoi maintenir le parti? Parce qu’en face, les islamistes disposent d’une machine parfaitement huilée et autrement dangereuse car soutenue par l’étranger, menée par un esprit de secte et destinée à d’autres intérêts que ceux du pays.

    Le changement d’identité du parti au pouvoir n’est pas chose facile, mais ce n’est pas non plus impossible car ce parti dispose d’un énorme réseau d’intérêts qui risque d’être vite récupéré par les islamistes, comme ils l’ont fait en Tunisie. Or, la récupération du parti au pouvoir est quelque chose de très dangereux car ce parti dispose de tous les moyens nécessaires pour agir, qu’ils soient médiatiques, administratifs ou policiers.

    Il ne faut pas oublier que le parti au pouvoir n’est pas exclusivement formé de profiteurs, il dispose d’un nombre important de militants sincères qui ont eux-mêmes souffert du système et qui n’attendent que la bonne occasion pour travailler de façon saine et efficace. C’est à eux d’agir pour nettoyer le parti des mafias qui le parasitent et en faire l’outil de l’Algérie de demain, dans le respect des valeurs portées par la révolution.

    En définitive la question est simple : les progressistes ont-il le choix? Peuvent-ils céder aux islamistes (qui vont être les premiers à exiger la dissolution du parti) un pareil outil?

    Le second péril est celui de la division

    Le principal problème est dans l’unicité du mouvement islamiste opposée à la multiplicité des mouvements progressistes qui, même s’ils sont majoritaires, tombent dans le piège de la division. Et comme ils sont divisés, il exigent, pour les élections, une représentation proportionnelle, ce qui fait parfaitement le jeu des islamistes qui sont les premiers profiteurs de la proportionnalité.

    Pour arriver à imposer la proportionnalité, les islamistes poussent de toutes leurs forces la société civile à la division, et malheureusement, la société civile reste très sensible aux égos. Or, c’est justement sur ces égos que misent les islamistes. J’ai été moi-même l’un de ces nouveaux acteurs de la société civile en 2011, j’ai participé à la fondation d’un parti et observé la tactique des islamistes pour gagner le pouvoir.

    D’abord, ils vont, très vite, s’assurer des alliances secrètes avec d’anciens opposants qui, par goût du pouvoir ou par sensibilité conservatrice, vont céder à la tentation. Ces anciens opposants jouissent d’une certaine légitimité mais surtout d’une identité progressiste qui va pousser bien des citoyens à les suivre. Ces opposants croient souvent qu’ils vont maîtriser le jeu et sortir gagnants, mais ils se trompent car ils ne disposent pas d’une puissance suffisante et finissent par servir de serpillère aux mouvements islamistes. Ils auront, d’ailleurs, la destinée des serpillères.

    Outre ces alliances secrètes, les islamistes vont pousser à la division en caressant les petits partis dans le sens du poil en leur faisant parvenir des messages du genre « vous êtes les vrais forces vives de ce pays et on vous craint », ce qui va faire très plaisir à des micros formations qui vont se prendre pour des partis importants et ajouter à la division.
    Cette technique est essentielle pour les islamistes car 1, ils s’assurent de la faiblesse de leurs alliés « progressistes » et 2, ils s’assurent ainsi d’avoir des défenseurs du scrutin proportionnel que les petits partis vont exiger avec force.

    Voilà en gros, les premiers aspects du danger islamiste dans nos républiques débarrassées de la dictature.

    Il faut garder à l’esprit que les islamistes sont par essence des non-patriotes qui sont de simples commerçants de religion. Ils n’ont aucune espèce de compétence pour diriger un pays et ils n’usent du pouvoir de la religion que pour soumettre les peuples. Pour y arriver, ils sont prêts à toutes les compromissions et à toutes les arnaques et forfaits possibles, comme nous l’avons vu lors de la guerre de Syrie.

    Nos républiques sont, malgré leurs immenses défauts, bien plus respectueuses des citoyens. Si vous voulez en être persuadés, regardez l’état des Droits des peuples en Arabie Saoudite ou dans les pétromonarchies qui justement financent ces mouvements islamistes.

    Notre destinée est de réussir à sortir nos pays de leur sous-développement matériel et moral pour en faire des pays où il fait bon vivre.

    Pour cela, il faut être très vigilant, il faut user de patriotisme, d’intelligence et de bon sens et ne jamais céder à la passion ou à la facilité.

    Abdelaziz Belkhodja

    Le Provincial, 20 mars 2019

    Tags : Algérie, Présidentielles 2019, Bouteflika, Transition,

  • Algérie – Cinquième vendredi de protestation: La mobilisation continue

    par M. A., H. B. Et A. Z.

    La mobilisation populaire contre le prolongement du quatrième mandat d’Abdelaziz Bouteflika, pour le départ du système et le changement radical a été au rendez-vous pour le cinquième vendredi consécutif, et ce à travers le territoire national.

    Avec un mot d’ordre «l’Unité nationale est une ligne rouge», pouvait-on lire sur une grande banderole brandie par des jeunes à Alger. Et sur une autre il était écrit «Kabyles, Arabes, Mozabites, Chaouis, Chenouis, Targuis : tous unis comme un seul homme ! Pour une Algérie libre et démocratique».

    Dès 10h du matin, la Grande Poste d’Alger et son esplanade affichaient déjà complet, des familles, des jeunes venant de la banlieue d’Alger et de wilayas limitrophes traversaient à pied la route de la moutonnière. Ayant stationné leurs véhicules au niveau des Bananiers et à Ruisseau, les protestataires portant l’emblème national et le drapeau amazighe ont battu le pavé vers Alger centre, dans une ambiance festive. Ni le vent, ni la pluie, ni même le ciel gris n’ont empêché les protestataires de marcher.

    Les banderoles et les pancartes brandies décrivaient parfaitement les doléances du peuple et traduisaient des réponses aux propositions de la classe dirigeante. Sur des pancartes il était écrit «Le peuple s’engage, pouvoir dégage», «Non à la conférence des traitres» et le «Peuple demande la dissolution des partis de l’Alliance présidentielle, les partis de la Brosse».

    Sur d’autres banderoles on pouvait lire «Non aux forces Extraconstitutionnelles» ou encore «Le peuple algérien n’a pas de revendications, mais il a un projet d’Etat».

    Tout en s’adressant à la classe qui gouverne, plutôt «à la famille royale et leurs serviteurs», les protestataires affirment à travers leurs écrits «la solution, c’est votre dissolution» et «le pouvoir revient au peuple».

    Les compagnons et la famille du défunt Hassan Benkhedda, décédé lors de la marche du 1 mars dernier, étaient parmi la foule brandissant sa photo en dessous de laquelle on pouvait lire «le Chahid de la dignité».

    Les slogans rythmés répétés sans cesse par les manifestants est un message assez clair aux plus hautes autorités du pays «pas de 4,5 mandat, dégage», «FLN et RND dégage», «Algérie libre et démocratique». Aucun incident n’a été signalé jusqu’à 17 heures à Alger centre. Des échos font état par contre de l’utilisation par les forces de l’ordre de bombes lacrymogènes et de canons à eau sur le chemin menant vers El Mouradia pour repousser les manifestants.

    A Oran, la contestation populaire était aussi au rendez-vous avec ferveur, avec comme mot d’ordre : sauvegarder l’unité du peuple avec l’ensemble de ses composantes et maintenir le caractère pacifique des marches. Côté mobilisation, cette semaine a beaucoup ressemblé que celle du vendredi précédent avec une participation estimée à quelques dizaines de milliers de manifestants. Un changement tout de même, celui d’un renouveau notable des slogans par les participants à la marche, réadaptés aux dernières évolutions de l’actualité politique.

    La référence au départ de l’ensemble des partis politiques qui avaient composé la coalition présidentielle a été omniprésente dans plusieurs pancartes et écriteaux levés par les manifestants. On pouvait ainsi lire sur des pancartes flanquées des couleurs de l’emblème national «FLN dégage, RND dégage, MPA dégage…».

    D’autres figures comme le patron du FCE, Ali Haddad, ou celui de l’UGTA, entre autres, n’ont pas échappé eux non plus à la vindicte populaire qui les a également appelés à partir.

    D’autres slogans ont par ailleurs souligné le refus du peuple «de désigner des représentants parlant en son nom» ou encore «l’exclusion de toutes solutions adoptées en dehors de la Constitution».

    La récente tournée internationale du ministre des Affaires étrangères, Ramtane Lamamra, n’est également pas passée inaperçue avec des slogans refusant toute ingérence étrangère qui pourrait confisquer ou menacé le mouvement populaire et ses revendications légitimes. «Ni Moscou, Ni Washington, Ni Paris, Ni Pékin : Le peuple est souverain».

    Sit-in des journalistes et travailleurs de l’ENTV à Constantine

    A Constantine, le centre-ville a été le théâtre de rassemblements et de marches organisés par les citoyens pour manifester leur rejet total du système. Et, la pluie battante n’a pas dissuadé des milliers de personnes, des familles entières, avec femmes et enfants, des jeunes et des moins jeunes, des personnes âgées, d’affluer de tous les quartiers vers le centre-ville pour participer à cette 5e marche, qualifiée de «marche de la victoire » par les manifestants. Reprenant les mêmes slogans scandés durant les dernières marches, la foule a montré sa détermination pour le «départ de tout le système » et «le plus tôt serait le mieux », selon les banderoles brandies par des manifestants. Il y a également, comme d’habitude, des chants patriotiques qui ont été repris par les manifestants, entrecoupés par des slogans «Djazaïr horra democratia » (Algérie libre et démocratique), «système dégage», «non à la prolongation du mandat présidentiel » et autres slogans hostiles au pouvoir en général. Aussi, doit-on noter, malgré son ralliement au «Hirak », le FLN n’a pas été épargné par la colère des manifestants qui ont continué à crier «FLN dégage ».

    La veille, jeudi, des journalistes et des travailleurs de la station régionale de l’ENTV à Constantine ont organisé un sit-in à l’intérieur du siège de la station, à proximité de l’université des sciences islamiques Emir Abdelkader, pour dénoncer les entraves à l’exercice libre de leurs missions dans cette période si particulière que traverse le pays. Brandissant des banderoles portant des écrits qui en disent long sur les aspirations étouffées, «Halte à la marginalisation et l’exclusion des compétences », «Ensemble défendons la liberté d’expression », «Free journalists free society » (journalistes libres, société libre), «La Constitution protège le droit du journaliste de dire la vérité », les manifestants ont tenu à marquer leur soutien aux manifestations du peuple algérien. Les manifestants ont également scandé des slogans rappelant que la télévision publique est synonyme d’union nationale. «La télévision publique est la voix du peuple », criait-on.

    «Nous réclamons notre droit à transmettre l’information réelle au peuple, c’est un droit constitutionnelle, nous sommes devenus des porte-parole d’institutions alors que nous sommes des porte-parole de l’Etat avec toutes ses constituantes, dont le peuple algérien », nous ont lancé des journalistes.

    D’autres ajoutent que «nous avons assuré des couvertures des manifestations mais ce qui a été passé à la télévision ne reflète pas la réalité », non sans s’interroger qu’ «il y a bien eu une ouverture au niveau de la radio et l’APS, pourquoi la télévision publique tarde-t-elle à opérer cette ouverture ? ».

    On signalera également qu’ «il y a eu des idées d’émissions pour aller vers le peuple mais tout a été rejeté, au profit de qui, de quoi, du pourrissement auquel nous sommes arrivés ? », s’interroge-t-on encore. Le sit-in a été levé en milieu de journée, après près d’une heure et les manifestants se sont dispersés dans le calme.

    Le Quotidien d’Oran, 23 mars 2019

    Tags : Algérie, Présidentielles 2019, Bouteflika, transition,

  • Algérie – Alliance présidentielle : A couteaux tirés

    Le député du RND et néanmoins fidèle lieutenant d’Ahmed Ouyahia a tiré un retentissant coup de sommation avant-hier soir contre le régime de Bouteflika. Sur le plateau d’El Bilad TV, il fit des déclarations osées en affirmant notamment que le pays était géré par des «forces extraconstitutionnelles et non structurées» et que son parti était contre la candidature du président Bouteflika au 5ème mandat.

    Sorties de la bouche d’un haut responsable d’un parti du pouvoir, ces déclarations sonnent comme des bombes politiques explosées sur la place publique qui grogne depuis le 22 février précisément contre le passage en force du clan Bouteflika.

    Il est clair que ces mœurs du régime telles que déclinées par Seddik Chihab renforceront à coup sûr la colère de la rue qui ne se faisait pas trop d’illusion par ailleurs. Il a juste dit tout haut ce que tout le monde pense tout bas à savoir que l’Algérie, du moins depuis le 4ème mandat et l’AVC du président, n’obéit plus aux règles d’une république qui fonctionne avec des institutions crédibles.

    En un mot, c’est une gouvernance qui confine à l’informel dès lors que les partis proches du pouvoir ont dû cautionner le 4ème puis le 5ème (avant la fronde populaire) et la prolongation du mandat sans être convaincus comme le révèle Seddik Chihab.

    Du coup, les algériens se posent légitimement la question de savoir qui gouverne réellement leur pays ? Il va sans dire que cette sortie médiatique tonitruante du lieutenant d’Ouyahia dix jours après le débarquement de ce dernier de la tête du gouvernement, est symptomatique de l’ambiance au sommet.

    Le S.G du FLN Mouâd Bouchareb a lui aussi osé le grand écart en annonçant hier solennellement que «les enfants du PFLN accordaient leur soutien absolu au mouvement populaire» (sic). Il en a profité pour mettre tous les maux de l’Algérie sur le compte d’Ahmed Ouyahia sans le nommer feignant d’oublier que Sellal était Premier ministre pendant 5 ans et que l’exécutif était composé majoritairement des ministres de son parti.

    De fait, les coûteaux semblent tirés entre les différents soutiens au président qui étalent publiquement leur linge sale après avoir béni l’agenda de Bouteflika en toute connaissance de cause.

    Il est de bon ton maintenant de vouloir sauver les apparences en louant le peuple qui manifeste après lui avoir tourné le dos. Sans doute que ces déballages vont se poursuivre voire s’accélérer dans les prochains jours à mesure que le bâteau ivre de la prolongation de mandat prenne eau de toutes parts.

    Quant au peuple, il ne prête pas trop attention à ces intrigues de palais et s’accroche résolument à son objectif de faire partir tous ces gens-là, sans exception.

    L’Est Républicain, 21 mars 2019

    Tags : Algérie, Présidentielles 2019, Bouteflika, transition,

  • Algérie : Les manifestations populaires plombent les réservations dans les hôtels

    Les images des grandes manifestations populaires qui ont fait le tour du monde, ont détourné les clients des hôtels Algériens. Le recul de la fréquentation hôtelière est manifeste depuis le 22 février. Les taux de remplissage des établissements hôteliers affichent un repli important, nous confirment plusieurs hôteliers joints par notre rédaction.

    En effet, les hôtels publics et privés dans tout le pays voient depuis quelques semaines leurs réservations en grande baisse, après les manifestations populaires contre le maintien au pouvoir du président Abdelaziz Bouteflika, après la fin de son mandat le 27 avril 2019.

    Les taux d’occupations sont subi une baisse drastique alors que les hôteliers rapportent des vagues d’annulations, et que les rares séjours dans les établissements hôteliers sont écourtées.

    Cette situation, si elle devait perdurer, pourrait amener les hôteliers à licencier une partie de leur personnel, selon les hôteliers contactés par notre rédaction.

    « Les chefs d’entreprises touristiques pourraient devoir commencer à ajuster leur nombre d’employés pour s’adapter aux niveaux de demandes plus faibles » souligne-t-on.

    Algérie1, 19 mars 2019

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  • Algérie: L’après-Bouteflika a déjà commencé

    L’Algérie assiste aujourd’hui à une succession d’évènements politiques donnant l’impression que le pays s’est déjà projeté dans l’après-Bouteflika.
    Abla Chérif – Alger (Le Soir) – Le sort de l’Algérie se jouerait-il actuellement à l’étranger ? Loin de l’effervescence des rues algériennes, des manœuvres de dernière minute d’un pouvoir acculé et désirant s’assurer une sortie honorable, deux diplomates bien connus de la communauté internationale s’activent depuis des jours pour vendre à cette dernière les derniers développements de la situation nationale. Lakhdar Brahimi et Ramtane Lamamra ont pris en charge l’un des dossiers les plus sensibles de leur carrière. Au profit de qui et à quelle fin ? Les interrogations, légitimes, n’ont pas manqué à ce sujet mais il se trouve que certaines phrases, trop lourdes de conséquences en langage diplomatique pour avoir été prononcées avec légèreté, ont fourni certains éléments d’appréciation de ce qui se déroulerait.

    Les faits : Brahimi affirme publiquement sur les ondes de la Chaîne 3 lors d’une émission très écoutée («L’invité du matin») affirme ne pas avoir été mandaté par Bouteflika pour jouer un quelconque rôle. Dans la réalité, il tente d’amorcer un processus de dialogue basé sur une plate-forme de réformes proposées par le Président ami, mais essuie très vite l’image de «médiateur» autoproclamé pour s’engouffrer dans le processus mené par Ramtane Lamamra. Désigné vice-Premier ministre, ce dernier a investi sa fonction de nouveau ministre des Affaires étrangères sans que l’annonce officielle de sa nomination ait été faite, et a entrepris, depuis, un périple durant lequel les Algériens ont pu apprendre certaines vérités. L’essentiel de son message a été transmis à Moscou. Répondant aux questions de la presse internationale, ce dernier affirme que «Bouteflika avait accepté de passer le flambeau au prochain Président qui sera élu».

    Lamamra remet aussi à certains responsables étrangers qu’il rencontre une lettre du chef de l’Etat. Globalement, la réponse des partenaires étrangers rencontrés, à la demande des deux diplomates, s’est limitée à des déclarations portant sur le maintien du principe de non-ingérence mais aussi du soutien apporté aux revendications populaires des Algériens et du droit de ces derniers à manifester pacifiquement sans être réprimés. Tous ou presque ont également exprimé le vœu de voir la transition annoncée ne pas s’étaler dans le temps. Après s’être empressé de soutenir les réformes proposées par Bouteflika, Emmanuel Macron a dû lui aussi reformuler ses propos. Réagissant aux critiques de Benjamin Stora qui l’accusait de frilosité, le chef d’Etat français a fait savoir que sa position ne lui permettait pas de faire autrement.

    De leur côté, et officiellement, les deux diplomates algériens se sont contentés d’informer leurs vis-à-vis, sans avoir eu besoin de les rassurer car, déclarait Lamamra à Rome, «il n’y a pas de préoccupation particulière de nos partenaires internationaux». Il ajoute : «Nous les invitons à poursuivre le développement de notre partenariat (…) et à faire le travail diplomatique.» Avec quel pouvoir ? Celui assuré par Bouteflika a cédé le «flambeau», assurait-il quelques heures plus tard face à Serguei Lavrov. D’une manière ou d’une autre, ce dernier a projeté l’image d’une Algérie post-Bouteflika qui se met en place.

    Depuis quelques jours, des rumeurs annoncent son départ avant le 28 avril prochain, date d’expiration de son mandat présidentiel. Elles ont eu pour effet d’accélérer la désagrégation de la toile sur laquelle s’est appuyé le pouvoir présidentiel.

    La défragmentation est arrivée à un point tel qu’elle a fait voler en éclats l’alliance longtemps chargée de dresser un «rempart» autour de son programme.

    De manière spectaculaire, on observe aussi ses principaux soutiens, le socle même sur lequel il se maintenait, détourner leur regard d’El-Mouradia et se tourner vers le mouvement citoyen. Les réformes proposées, la conférence nationale, la nouvelle Constitution à rédiger, le référendum à venir n’ont figuré dans aucune des réunions du FLN et du RND lesquels appellent au contraire à satisfaire les revendications populaires non pas dans la terminologie des responsables toujours en place mais dans le langage de cette rue qui s’exprime régulièrement. Difficile, dans ce contexte, de pouvoir croire que l’offensive diplomatique menée par Lakhdar Brahimi et Ramtane Lamamra puisse porter uniquement sur ces propositions de réforme. L’un comme l’autre ont trop d’expérience pour s’atteler à «vendre» un produit qu’ils ne sont pas parvenus à écouler au plan national. Ils savent aussi que même en arrachant un soutien international, ils se heurteront (ils se heurtent déjà) à l’incapacité de le mettre en œuvre.

    Les consultations pour la formation d’un gouvernement de compétences n’ont trouvé aucun preneur jusqu’à l’heure et il est des plus improbables que la situation évolue dans le sens qu’ils souhaitent. Depuis une semaine, le Premier ministre ne s’exprime même plus. L’enjeu véritable se passe au niveau de l’international où l’image de Bouteflika semble déjà faire partie du passé.
    A. C.

    Le Soir d’Algérie, 21 mars 2019

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  • Algérie – Lavrov irrite les Algériens

    Le chef de la diplomatie russe, Sergei Lavrov provoque la colère des Algériens. Sa déclaration faite, hier, à l’issue de son entretien avec le vice-premier ministre et ministre des affaires étrangères, Ramtane Lamamra, sur l’existence de « tentatives de déstabilisation de l’Algérie » en faisant référence à la crise qui secoue le pays a été interprétée comme un soutien indirect au pouvoir algérien.

    Après avoir déclaré, il y a quelques jours, « que ce qui se passe en Algérie est une affaire interne », le ministre des Affaires étrangères russe change de terminologie. « Nous suivons avec intérêt ce qui se passe en Algérie. Nous constatons des tentatives de déstabilisation de la situation sur place », lance-t-il, sans donner plus de précision.

    Selon le compte-rendu de la conférence de presse, animée conjointement par Ramatane Lamara et son homologue russe, publié par le site RT arabic, Sergei Lavrov exprime l’opposition de son pays « à toute ingérence dans les affaires interne du pays ». « Le peuple algérien décidera seul de son avenir, en se référant à la constitution », lance-t-il. Sur les réseaux sociaux, les réactions des internautes ne se sont pas faites attendre. Plusieurs facebookers ont dénoncé ce soutien russe au pouvoir algérien. Les internautes n’ont pas manqué l’occasion de condamner aussi l’attitude des tenants du pouvoir qui « ont internationalisé cette question interne ».

    A la quête de soutiens étrangers !

    Poussés dans leurs derniers retranchements par le mouvement populaire qui refuse de les reconnaître et d’accepter la feuille de route présentée, les tenants du pouvoir tentent désormais de chercher des soutiens à l’international. C’est l’objectif assigné, selon des observateurs, à ce périple européen de Ramtane Lamamra.

    « J’ai exposé à mon ami et homologue, Sergei Lavrov la réalité de la situation en Algérie », lance-t-il, en appelant « au dialogue pour résoudre cette crise interne ». Avant d’arriver en Russie, le vice-premier ministre s’est rendu aussi en Italie et il sera aujourd’hui, en Allemagne.

    A l’issue de son entretien avec le chef de la diplomatie russe, Ramatane Lamamra souligne aussi « que le président Bouteflika a accepté de céder le pouvoir à un nouveau président élu, tandis que l’opposition sera autorisée à participer au contrôle des élections ».

    Pour lui, « le gouvernement algérien a répondu aux demandes légitimes du peuple algérien qui manifeste depuis près d’un mois ». Ainsi, Ramtane Lamamra confirme la volonté du chef de l’Etat de conduire lui-même sa feuille de route. Mais la tâche de Ramatane Lamamra s’annonce difficile. L’Italie, qu’il a visitée en premier, le presse de répondre à la demande populaire.

    En effet, le premier ministre italien, Giuseppe Conte appelle le pouvoir algérien à « écouter les demandes du changement formulées par la société civile algérienne ». Le premier responsable du gouvernement italien réaffirme aussi son souhait « de voir l’Algérie assurer un processus démocratique global en respectant la volonté du peuple et ses intérêts ». Le premier ministre italien a, en rappelant que l’amitié algéro-italienne est très ancienne, «salué le caractère pacifique des manifestations », contre le maintien du président Bouteflika et pour le changement du système.

    Samir Raba

    L’Est Républicain, 19 mars 2019

    Tags : Algérie, Présidentielles 2019, Bouteflika, transition,

  • Décrié par les Algériens, le régime n’a guère d’options

    L’immense mobilisation du vendredi 15 mars dans les rues algériennes met le régime et son symbole, Bouteflika au pied du mur. Tireront-ils les leçons de leur impopularité ?

    L’immense mobilisation du vendredi 15 mars dans les rues algériennes met le régime et son symbole, Bouteflika au pied du mur. Tireront-ils les leçons de leur impopularité ?

    Difficile de faire plus édifiant, plus convaincant. Les Algériens ont montré ce vendredi 15 mars un degré de mobilisation populaire sans précédent depuis les immenses rassemblements qui avaient accueilli les premières heures de l’indépendance nationale en juillet 1962. Avec un mot sur toutes les bouches : « Non ! ».

    Non à la stratégie du régime qui consistait à répondre au refus du peuple d’un cinquième mandat du « président-momie » Abdelaziz Bouteflika par l’annulation des élections et le maintien du « raïs » à son poste assorti du lancement dans quelque temps d’une conférence nationale. Implacable par son évidence, la phrase choc « On voulait des élections sans Bouteflika et on se retrouve avec Bouteflika sans élection ! » a fait florès. Des millions d’Algériens sont descendus dans les rues à Alger, Oran, Constantine, Annaba et ailleurs, pour crier, pacifiquement, leur opposition à ce qu’ils considèrent comme un subterfuge – voire un coup d’Etat en douce – du régime pour gagner du temps.

    Une chronologie édifiante

    C’est du jamais vu. De l’inattendu. La chronologie même des événements montre que les concessions du régime algérien poussent la population, d’une maturité jusqu’ici sans failles, à montrer sa détermination, à rejeter toute manœuvre à caractère dilatoire. Le 10 février, le président – très malade et dont on n’a plus entendu la voix depuis cinq ans – faisait savoir qu’il serait candidat à un cinquième mandat, lui qui a été désigné à son poste par l’armée en 1999. La contestation face à cette décision vécue comme une humiliation par de très nombreux Algériens n’a ensuite plus cessé d’enfler. Le 2 mars, « Boutef » s’engageait alors dans une lettre à ne pas aller au bout de son mandat s’il était élu. A quoi, le 8 mars, répondait une marée humaine dans les villes d’Algérie.

    Le 11 mars, à peine rentré de deux semaines d’hospitalisation en Suisse, le « raïs » annonçait – ou faisait annoncer – qu’il renonçait à briguer un cinquième mandat, prolongeant le quatrième – ce que la constitution du pays ne prévoit nullement – tout en prévoyant une conférence nationale pour préparer une nouvelle constitution. Pour la forme, il limogeait aussi le Premier ministre Ahmed Ouyahia pour le remplacer par un autre fidèle, le ministre de l’Intérieur Noureddine Bedoui. Résultat ? Le 15 mars, les Algériens montraient la plus extraordinaire des mobilisations de leur histoire contemporaine dans un esprit à la fois résolu, discipliné, festif et même taquin… Bouteflika doit partir, et le « système » aussi !

    Réprimer ou négocier ?

    Que va faire le régime ? Deux options semblent sur la table, sauf si des scénarios dérivés de celles-ci devaient s’imposer : le maintien de Boutefika et le recours à la violence d’une part, ou alors la démission rapide du président et le début d’une improbable mais nécessaire négociation entre les Algériens, toute la société ! et leur régime en vue de lancer, très vite, une transition vers l’élection d’une assemblée constituante.

    La violence ? Ce régime a déjà recouru à la répression la plus létale à plusieurs reprises, notamment en 1988 et entre 1992 et 2000. Mais les circonstances étaient bien différentes. L’armée, colonne vertébrale de l’Algérie depuis toujours, hésitera cette fois à s’engager dans une nouvelle guerre contre le peuple à l’heure des réseaux sociaux et alors que tout le monde se félicite du caractère calme, pacifique et mature de la mobilisation populaire. Des coups fourrés, en revanche, pourraient se produire…

    Mais alors, négocier ? Pour « les décideurs » sous pression, il faudrait d’abord se résoudre à sacrifier, à démissionner Bouteflika. Comment réagirait alors son clan, devenu puissant ? La « rue », en tout cas, ne pourrait ensuite cacher sa joie, son euphorie et les moments de liesse qui s’ensuivraient pourraient donner lieu à toutes les provocations d’un régime qui, d’ailleurs lézardé, se sait victime d’une colossale impopularité.

    « Une rupture radicale »

    Et puis, négocier, mais avec qui ? A l’instar des « printemps » arabes de 2011, cette vraie révolution algérienne se déroule sans que des figures de proue émergent ! Cela pourrait inquiéter les démocrates. Cité par le site Orientxxi.info, l’avocat et ex-homme politique Mokrane Aït Larbi nuance et précise : « Il est d ifficile à ce stade de prévoir l’acheminement d’un large mouvement populaire autonome, qui n’est pas conduit par un leader, et qui a atteint l’amplitude d’une révolution pacifique. Dans tous les cas de figure, le peuple algérien a rompu avec la peur et le désespoir qui poussaient ses enfants à quitter le pays par tous les moyens, y compris par la mer et au péril de leur vie, pour se réapproprier l’initiative et imposer sa parole. Aujourd’hui, le peuple algérien n’adhérera à aucune réforme proposée par l’actuel système, car seule une rupture radicale pour construire une Algérie nouvelle répondra à ses attentes depuis l’indépendance ».

    Les incertitudes demeurent en tout cas pour le moment nombreuses.

    Le Quotidien d’Algérie, 17 mars 2019

    Tags : Algérie, Présidentielles 2019, Bouteflika, transition,

  • Algérie : La légendaire séparation des pouvoirs à l’épreuve de l’exercice du pouvoir

    Une grave crise de confiance dans la politique a saisi toutes les grandes démocraties qui se posent comme pour la première fois, la question de la séparation des pouvoirs.

    Leur modèle politique qui fonde partout, plein d’aspiration est-il en cours d’épuisement au vu des longs épisodes de confusion des pouvoirs qui se produisent, signe d’un sérieux « déficit démocratique ».

    Théorisée par les penseurs phares du XVII ème siècle, la séparation des pouvoirs fait l’objet d’une présentation mirifique du système politique qui a triomphé sur les terres européennes non sans d’âpres et de très longues luttes. 

    Ce système politique est dépeint comme une sorte de triumvirat de pouvoirs bien définis, autonomes et concurrentiels dont les forces gravitent en équilibre dans le champ volatile de la liberté.

    Comme dans un cercle vertueux, les excès intrinsèques à chaque pouvoir seraient annihilés automatiquement grâce à la vitalité du pouvoir qui lui est antinomique formant ainsi l’indispensable contre-pouvoir, pour le plus grand bien de la démocratie.

    Cette présentation attractive mais rationnée du système politique suffit à la curiosité des jeunes ingénus auxquels on inculque les primo rudiments de la culture politique de papa.

    A l’âge adulte, beaucoup auront eu l’occasion heureuse ou malencontreuse de faire quelques nécessaires compléments à même de dévoiler la complexité d’une horlogerie pas si fluide que le vante la réclame.

    Depuis les affres de la crise financière de 2007, les mouvements de contestation se multiplient et font de plus en plus les gros titres de l’actualité en France.

    De tels mouvements surprenants déjà par leur ampleur et leur fréquence, sont surtout hors normes. Ils échappent, en effet à l’habituel mode de contestation, comme celui, bien rôdé des forces syndicales, une espèce en voie de disparition ; comme ils transgressent le code policé des corporations politiques qui se mobilisent au tempo traditionnel.

    Ces mouvements sui generis et sans étiquette politique, déballent à tout-va et sans filtre aucun, des revendications qui échappent à l’entendement de la galerie des politiciens au point qu’une dérive liberticide est venue obscurcir encore plus, un parlement français qui s’est radicalisé à l’occasion de la loi anti casseurs. Cette loi draconienne constitue un trophée pour les tenants du tout sécuritaire qui ont trouvé leurs aises dans le ventre mou du mouvement « en même temps ». Une liberté fondamentale consubstantielle à ce modèle politique, vient d’être rétrogradée.

    Or, la plus pressante revendication de ces mouvements, est celle qui a trait à un aggiornamento de la représentation nationale, afin de permettre à toutes les sensibilités politiques de peser sur les questions de politique publique et fiscale qu’un Pouvoir Exécutif aux boulimiques excroissances, tient sous le boisseau.

    Le supposé contre-pouvoir a cédé. 

    Dans sa version actuelle, le parlement s’aligne. Il se reproduit dans la passivité, créant un désenchantement des jeunes pour la version jugée, éculée de la politique et un rejet épidermique, de l’entité dans laquelle, des franges de la population ne se reconnaissent plus.

    Après la séquence du vote sanction, la séquence de l’abstention, puis celle des mouvements de protestation…Ira-t-on jusqu’à la désobéissance civile et à l’insurrection ouverte ?

    La machine est grippée. Dans le modèle français, l’effritement de la séparation des Pouvoirs au profit de l’Exécutif, nuit au peuple dont la souveraineté est en principe, déléguée à un parlement par définition, représentatif.

    Un parlement d’autant plus faible que la majorité éclair qui le compose a surgi d’un vote recours (le vote contre la peur) et suite à une élévation du taux d’abstention ; une abstention qualifiée d’active, en ce sens qu’elle refuse une offre politique qu’elle trouve lacunaire.

    Tel que pratiqué, le multipartisme de conquête du pouvoir a pour épilogue une alternance automatique quasi programmée au profit de deux partis, deux vieux poids lourds, favorisés par les règles du jeu électoral et qui font l’alpha et l’Omega du spectre politique. Durant des législatures qui se succèdent à l’ennui, dans un changement dans la continuité, le pouvoir législatif qui échoit à la majorité à ADN compatible, sous-traite pour un Pouvoir Exécutif qui se réinvente un exercice quasi exclusif du Pouvoir.

    La marque du conservatisme qui caractérise ce système, transparait derrière la stricte régularité des rendez-vous électoraux. Et, ce conservatisme a eu pour effet la polarisation de la vie politique, plus accentuée à droite depuis les exigences de l’UE et, le sacre renouvelé du Président monarque.

    Ce dernier a pourtant fait ses premières foulées dans le camp socialiste avant de prendre ses distances pour voler de ses propres ailes. Il faut dire que le parti déserté, en perte d’idéologie, a fait dans le « transformisme ». Il a fini par s’atrophier après avoir tenté de jouer la gauche plurielle pour prendre finalement, un virage raté vers la social-démocratie.

    Placé au-dessus de la mêlée, le Président désincarné est juché au sommet de la pyramide pour incarner un Exécutif voulu fort à l’origine de la cinquième république, mais au prix d’un affaiblissement inquiétant de l’assemblée nationale, devenue de par la règle de la majorité présidentielle, la caisse de résonance de l’Exécutif.

    Dans ce cas de figure, le système démocratique respire difficilement surtout lorsque l’Etat est hyper interventionniste.

    Après des mois de chicanes politiciennes au sujet des appels de la plèbe jaune, à une représentation populaire permanente, le parlement de type bicaméral, a fini par envoyer à l’Exécutif de sérieux signaux d’alerte , via sa seconde chambre. Un sénat, pourtant dominé par la droite de toujours et qui a réagit d’autant plus sèchement que le pouvoir judiciaire tarde à intervenir dans une affaire scandale tentaculaire entachant l’Exécutif.

    Depuis la crise de confiance qui touche en particulier, les partis politiques traditionnels qui ont « légalement » ravi le pouvoir à tour de rôle, le système encourt l’impasse, car il ne se dégage plus des urnes toute la légitimité nécessaire pour piloter le destin de toute une nation.

    D’une part, des partis catalogués extrémistes absorbent les mécontentements populaires et parviennent ainsi à rogner sur un projet républicain que chacun peint de ses couleurs, d’autre part, de larges pans de la société désencartée ou non encartée, échouent, tels des naufragés, aux portes de la république qu’ils veulent autre.

    La séparation précaire des pouvoirs n’est-elle pas redevenue qu’une séparation de fonctions techniques d’un pouvoir un et indivisible, comme l’a objectivement décrite Montesquieu ?

    Certes, le retour de la méfiance et de l’unilatéralisme dans les relations internationales, s’accompagnent comme jamais du renforcement des exécutifs et d’un affaiblissement corrélatif des législatifs.

    Mais, la révolution numérique a déjà déplacé les arènes du pouvoir, loin des fortifications qui protègent les traditionnels puissants ; et dans ces joutes aux multiples acteurs, elle semble combler un « déficit d’expression démocratique ».

    Cela suffira-t-il pour provoquer de nouveaux états généraux et pour implémenter une nouvelle conception de la séparation des pouvoirs ?

    Le Jeune Indépendant

    Tags : Algérie, Présidentielles 2019, Bouteflika, transition,

  • Editorial – Le peuple algérien ne lâche rien face aux manoeuvres du pouvoir

    La dernière manœuvre du clan Bouteflika a consisté à renoncer au cinquième mandat d’un président impotent… pour mieux prolonger le quatrième. Elle n’a en rien entamé la détermination des contestataires. Vendredi 15 mars, les manifestants étaient plus nombreux que jamais, peut-être 15 millions dans tout le pays. « Système dégage », scandent-ils : la colère contre les affairistes qui accaparent les ressources du pays est générale. Elle touche toutes les régions de ce pays immense, et jusqu’aux Algériens en France. Elle mobilise les femmes, que les islamistes avaient voulu cloîtrer à la maison. De nombreuses couches sociales, y compris des catégories privilégiées comme les juges, sont mobilisées. La jeunesse scolarisée est en pointe dans la mobilisation.

    Les Algériens ont de quoi être révoltés par ce système qui les condamne à la précarité, au dénuement, pendant que les privilégiés liés au pouvoir se gavent, tout en affichant leur mépris pour les classes populaires. En Algérie, le salaire minimum ne dépasse pas 130 euros mensuels. Quand on sait qu’Issad Redrab, le patron du conglomérat de l’agroalimentaire, de la distribution et de l’industrie Cevital, a accumulé une fortune de 3,7 milliards de dollars, on mesure l’exploitation féroce réalisée par les capitalistes.

    Quelles sont aujourd’hui les perspectives pour le peuple algérien ? Pour l’instant, l’armée se tient en retrait. Mais le passé a montré que ses dirigeants n’hésitaient pas à tirer sur la population. En 1988, l’armée a tué des centaines de jeunes manifestants. Durant les années 1990, elle répondit aux massacres des islamistes par d’autres massacres. En 2001 encore, elle a réprimé en Kabylie en faisant 125 morts au bas mot. Les islamistes sont eux aussi en embuscade, même si certains se sont discrédités en participant au pouvoir. Enfin, il est possible que les dignitaires du régime finissent par accéder à la demande d’élections sans Bouteflika et se reportent sur un autre homme qui garantirait leurs privilèges.

    Si les médias français ne rapportent que les manifestations du vendredi, toute une agitation traverse en permanence l’Algérie. Des grèves éclatent dans de nombreuses entreprises publiques ou privées : dans les chemins de fer, les hydrocarbures, les chantiers, l’industrie, etc. Les travailleurs réclament le départ de Bouteflika et parfois aussi des augmentations de salaires. Il est à espérer que ces grèves se multiplient et que les travailleurs réalisent ainsi le rôle qu’ils jouent dans la société. Produisant toutes les richesses accaparées par les privilégiés, ils détiennent un levier incomparable. S’organiser dans leurs entreprises peut leur permettre de se constituer en une force sociale et collective qui compte.

    Les travailleurs rejettent le système en place. Mais ils ont intérêt à imposer que le changement ne soit pas seulement un ravalement de façade. S’il se réduit au remplacement de Bouteflika par un autre dignitaire, en quoi la vie des jeunes chômeurs si nombreux, des travailleurs si précaires et si mal payés, en serait-elle transformée ? Il faut espérer que ces derniers exercent leur contrôle sur les événements. Ils ne doivent pas accepter un changement qui se réduirait à changer les têtes sans remettre en cause l’accaparement des richesses tant dénoncé.

    Les manifestants ciblent également Macron, qui soutient la clique en place. Pendant 132 ans, la France a pillé l’Algérie après l’avoir colonisée dans des violences atroces. Aujourd’hui, les capitalistes français liés au régime de Bouteflika continuent de piller les ressources et le travail des Algériens. Alors que de plus en plus de jeunes risquent leur vie pour franchir la Méditerranée, le gouvernement français réduit le nombre de visas accordés aux Algériens. Le Pen, elle, voudrait carrément les supprimer ! Elle est la digne héritière de son père, ancien de l’Algérie française et officier tortionnaire pendant la guerre d’Algérie.

    Ces politiciens français défendent les intérêts des possédants des deux pays. Les travailleurs de France ont, eux, toutes les raisons d’être solidaires de la lutte des travailleurs d’Algérie. Les capitalistes qui les exploitent sont parfois les mêmes : Renault, Total, Lafarge, Sanofi et consorts. Leurs intérêts de travailleurs sont les mêmes aussi.

    Alors, tous nos espoirs se portent vers les femmes et les hommes qui, de l’autre côté de la Méditerranée, se battent pour avoir un travail et pouvoir en vivre correctement, pour la liberté et pour la dignité. Vive la lutte des travailleuses et des travailleurs d’Algérie !

    Lutte Ouvrière, 18 mars 2019

    Tags : Algérie, Présidentielles 2019, Bouteflika, gouvernement, transition, constitution,

  • Algérie – Le Hirak ravive la vie publique : Le peuple revient sur sa démission

    Ainsi donc, l’on apprend que 72 Mouhafed (commissaire du parti) sur les 120 compte le parti FLN, se sont réunis hier à Lakhdaria, pour dénoncer la direction collégiale et provisoire de leur appareil, et annoncer dans la foulée, leur ralliement au mouvement populaire.

    Ces lionceaux de l’ex Palestro, dont tout le monde sait de quelle manière ils ont été parachutés, chacun dans sa circonscription, se trompent d’époque et de peuple. Comment est-il possible, que des personnes qui sont un peu la partie visible du système, puissent pousser l’indélicatesse jusqu’à vouloir rejoindre un peuple dont ils n’ont jamais fait partie, si ce n’est par leur appartenance administrative. Avec la permission des lecteurs, j’abuserais d’un «je» que je sais haïssable, pour rappeler à ces «illustres» personnages, que de tous temps, ils ont incarné, l’arrogance, l’ignorance, la hogra, la prédation, les passe-droits, le clientélisme, la corruption et comme de bien entendu «l’aplaventrisme» devant leurs maîtres du moment. Cela va de Saïdani à Ould Abbès en passant par l’actuel patron de la SARL FLN. Car, ce n’est plus un parti politique depuis le décès de feu Abdelhamid Mehri.

    Le tribunal de l’Histoire ne vous ratera pas

    Rejoindre le mouvement populaire en ce mois de mars 2019, à la veille de la date historique du 19 mars, n’est pas de votre gabarit. En effet, que connaissez-vous réellement de «la rue», vous qui n’êtes habitués pour tout exercice militant, qu’à faire du petit business en choisissant les transporteurs et les patrons de fast-food, pour organiser «vos» rencontres politiques (sic) en abusant des gros plans de caméras corrompues, honteusement braquées sur le petit peuple et les badauds que vous ramenez de très loin avant de les abandonner à la fin de vos meetings.

    Quel crédit avez-vous alors que nul n’ignore que la «chkara» est votre unique programme politique et que la cooptation, votre unique mode d’élection.

    Comment vous admettre dans ce sublime mouvement populaire qui vous demande de décamper et de partir loin de sa vie et de sa vue ?

    N’êtes-vous pas les relais locaux de ce système vomi, honni et publiquement rejeté par les Algériens et les Algériennes ?

    N’êtes-vous pas, avec la complicité d’une administration aux ordres, les artisans de toutes les fausses élections que l’Algérie a connues ?

    Vous avez usé et abusé d’un nom prestigieux, détourné au lendemain de l’indépendance en vous appropriant illégalement et illégitimement du sigle FLN. Un patrimoine commun immatériel que vous avez outragé et honteusement malmené, jusqu’à faire fuir les jeunes générations, de l’Histoire de leur pays et de ses martyrs. Ne vont-ils pas festoyer à Paris le 14 juillet, parce que le 5 juillet pour eux, n’est qu’un…stade de football au mieux, sinon une cité dortoir ?

    La récréation est finie

    Aujourd’hui, le blanchiment de conscience que vous entamez ne concerne que vous et n’engage que ceux qui vous croient. Sachez vous retirer de l’espace public et partez, vous êtes répudiés.

    Toutefois, sachez également, que le peuple que vous avez berné près de 60 ans durant et notamment vingt ces dernières années, s’est ravisé et a retiré sa démission. Une démission sur laquelle vous-avez fondé d’énormes espoirs pour pérenniser votre règne.

    Ironie du sort, le peuple et a retiré sa démission et est en passe de vous délivrer votre solde de tout compte.

    Courage, fuyez !

    Le Provincial, 17 mars 2019

    Tags : Algérie, Présidentielles 2019, Bouteflika, gouvernement, transition, constitution,