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  • Algérie : Place à une intelligence collective

    Place à une intelligence collective

    Les appels du premier responsable de l’institution militaire au dialogue, comme remède à la crise politique que traverse le pays, ne laissent aucune frange de la classe politique ou de la société civile indifférente. Ils visent également à rassembler toutes les bonnes volontés de ce pays pour œuvrer ensemble à une solution qui requiert la conjugaison des efforts de tous.

    En filigrane des engagements de l’institution militaire à être du côté du peuple et à protéger ses revendications, on peut également comprendre la réitération de l’invitation à tout mettre autour d’une table, en présence de toutes les parties concernées, avec la sincérité et le sérieux requis, autant comme un souci bien réel de faire face à une crise qui risque de conduire le pays vers l’inconnu, que comme une prise de conscience de possibles développements qui pourraient encore compliquer la situation en rajoutant à la crise politique une impasse constitutionnelle.

    Sans préjuger de l’avis du Conseil constitutionnel sur l’issue à réserver au scrutin du 4 juillet prochain, on peut d’ores et déjà avancer que le dispositif constitutionnel en vigueur sera en mal pour encadrer un report de cette échéance.

    De nombreux constitutionnalistes algériens défilent sur les plateaux de télévision pour tenter d’imaginer des interprétations possibles pour une continuité de la «souveraineté constitutionnelle».

    Au même moment, de nombreuses voix de la classe politique, de personnalités nationales et de la société civile se font entendre pour décliner des offres politiques susceptibles de contourner pareille situation, notamment en puisant dans les revendications des manifestants.

    Avec tout cela, les manifestations populaires continuent de se faire remarquer par leur caractère massif et calme, appuyant à chaque fois la nécessité d’un changement politique serein.

    Le dialogue devra rester la seule voie susceptible de fédérer toutes ces bonnes volontés et laisser éclore une intelligence collective, seule à même de tracer la voie de sortie de la crise que vit le pays.

    Horizons, 31 mai 2019

    Tags : Algérie, transition, Hirak,

  • Algérie : SAVOIR RAISON GARDER

    » L’alchimie est particulièrement subtile. Elle consiste en une sorte de main de fer dans un gant de velours. Elle consiste, surtout, à se montrer avant tout ferme -très ferme- envers les siens, envers ses policiers, avant de se tourner vers les citoyens lambda, afin que ces derniers comprennent que nul n’est au-dessus de la loi, que les changements sont bel et bien en marche et que les oligarques et anciens très hauts responsables emprisonnés ne l’ont pas été dans le cadre de règlements de comptes entre clans sur fond de hirak populaire « .

    Par Mohamed Abdoun :

    Tout d’abord, et afin que les choses soient parfaitement claires d’entrée de jeu, il est hors de question d’encourager ici la violence, de quelque nature qu’elle soit, et quelle qu’en soit l’auteur. Dans un pays civilisé digne de ce nom, tout se règle par le dialogue. Et, même lorsque le litige devient absolument insoluble, il existe des lois et des arbitres -les juges en l’occurrence- pour trancher en connaissance de cause, sans jamais attenter aux droits des uns et des autres.

    Ce préambule pour rebondir sur l’affaire de ces deux jeunes interpellés, et inculpés de » tentative d’homicide volontaire et agression avec violence contre un agent de la forte publique « . Ma foi, au risque de me tromper, cette accusation, particulièrement grave, me parait particulièrement disproportionnée au regard des faits constatés, et que chacun pour visionner à son aise sur les réseaux sociaux.

    Le contact physique, qui ne dure pas plus d’une fraction de seconde, ne comporte en aucune manière une quelconque » agression avec violence « . En revanche, il est vrai que le policier a bel et bien été poussé du haut de ce fourgon. L’agression y est, ce me semble. Mais sans violence. Et, encore moins avec volonté de tuer ce policier, puisqu’il est question ici, dois-je le répéter encore, de » tentative d’homicide volontaire «.

    La dureté de cette inculpation a de quoi braquer un peu plus les citoyens, vis-à-vis de la justice et des pouvoirs publics alors que le but premier, à mon humble sens, est d’apaiser les esprits et de tenter de trouver une issue à la grave crise dans laquelle se débat l’Algérie depuis de nombreuses semaines. Sinon, pourquoi est-ce que ce policier n’a pas été inculpé lui aussi.

    Ma foi, en plein ramadan, il procédait, du haut de ce fourgon, à l’arrosage des citoyens-manifestants à l’aide d’une bombe aérosol distillant des gaz lacrymogènes. L’agression est formellement et dûment constatée. Ce n’est pas le seul cas, du reste. Le sentiment d’impunité dont jouiraient les services de sécurité ne peut donc qu’exacerber une opinion publique déjà chauffée à blanc, à cause de la non-satisfaction de ses revendications principales, et dont des membres sont inculpés de très lourdes charges alors qu’ils ne faisaient, en somme, que défendre les leurs de l’agression caractérisée dont ils étaient victimes de la part de ce policier.

    Hélas, la violence engendre la violence. Elle reste condamnable d’où qu’elle vienne. Elle l’est cependant deux fois plus chez celui qui a commencé. Qui a déclenché les hostilités. Le choix idoine, à mon humble sens, serait la voie de l’apaisement. Tout le monde a pu constater avec quel civisme les citoyens se comportent chaque vendredi, et qu’ils ne prennent la mouche que lorsqu’ils sont agressés et/ou provoqués.

    Des gilets oranges ont même été improvisés afin d’éviter et d’atténuer les frottements directs avec les services de sécurité, et de débusquer les provocateurs -d’Otpor et de Rachad- pouvant se glisser parmi les manifestants. L’alchimie est particulièrement subtile. Elle consiste en une sorte de main de fer dans un gant de velours. Elle consiste, surtout, à se montrer avant tout ferme -très ferme- envers les siens, envers ses policiers, avant de se tourner vers les citoyens lambda, afin que ces derniers comprennent que nul n’est au-dessus de la loi, que les changements sont bel et bien en marche et que les oligarques et anciens très hauts responsables emprisonnés ne l’ont pas été dans le cadre de règlements de comptes entre clans sur fond de hirak populaire.

    M. A.

    La Tribune des Lecteurs, 29 mai 2019

    Tags : Algérie, transition, Hirak, armée, ANP, Gaid Salah,

  • Algérie : Le 15e vendredi de mobilisation

    Mouvement populaire : Le 15e vendredi de mobilisation

    10h01 : La grande poste et ses alentours sont fortement occupés par un important dispositif policier et l’on opère des arrestations parmi les premiers manifestants qui arrivent sur les lieux. Les accès vers la capitale sont bloqués par des barrages filtrant les automobilistes. Le Tunnel des facultés est pour le moment ouvert à la circulation avec une forte présence policière en prévision de sa fermeture.

    9h35 : Le quinzième vendredi de mobilisation populaire pour le départ du système intervient dans un contexte marqué par l’aboutissement de fait de la revendication portant annulation des élections présidentielles convoqués contre la volonté de la rue et au lendemain de la nouvelle offre de dialogue lancée par le chef de l’Etat major de l’armée nationale Ahmed Gaid Salah.

    Les Algériennes et les Algériens s’apprêtent à descendre dans la rue aussi au lendemain du décès tragique du détenu politique Kameleddine Fekhar après 54 jour de grève de faim pour protester contre la sa détention à la prison de Ghardaia.

    Cette question de détenus d’opinion puisque l’on a recensé pas moins de 14 suscitera sans aucun doute la réaction des manifestants de ce vendredi.

    Algérie1, 31 mai 2019

    Tags : Algérie, transition, Hirak, armée, ANP, Gaid Salah,

  • Algérie: En attendant des solutions concrètes à la crise politique

    par Ghania Oukazi

      L’appel du chef d’état-major de l’ANP au dialogue et à l’organisation d’élections présidentielles devient redondance et continue de l’opposer à un «hirak» et à une classe politique qu’il s’est même refusé à qualifier en tant que tels.

    Encore une fois, le général de corps d’armée parle mais ne décide pas. Ses interventions dans les casernes deviennent des messages classiques qui n’apportent pas de solution concrète à la crise politique dans laquelle s’enlise le pays depuis trois mois. Ahmed Gaïd Salah sait qu’il est dans l’impossibilité d’organiser des élections présidentielles le 4 juillet prochain comme il l’a fait annoncer par le chef de l’Etat, Abdelkader Bensalah, au lendemain de la démission de Bouteflika.

    Des échos des Tagarins laissent même penser à une élection présidentielle le 31 octobre ou le 7 novembre prochains et qu’il faille au préalable conformer l’esprit de la Constitution à la situation nationale «exceptionnelle». L’on sait d’ailleurs qu’une ébauche sur les mécanismes à mettre en place pour la création d’une instance chargée de l’organisation du scrutin lui a été adressée par des milieux universitaires.

    De tout cela, le chef de l’état-major de l’armée n’en fait cas dans son discours du mardi dernier à partir de la 6ème région militaire. Son refus de se prononcer sur le report d’un rendez-vous avorté doit être à ses yeux cet indice qu’il veut de taille pour montrer que l’armée se refuse à intervenir dans le champ politique.

    Devant l’opinion nationale et internationale, il tient absolument à ne pas être vu comme un putschiste qui impose au pays un régime militaire de fait. Il l’explique et l’affirme lorsqu’il souligne que «la priorité aujourd’hui est d’aller vers un dialogue productif qui prépare la voie à la tenue des prochaines élections dans les plus brefs délais possibles, loin, et je le dis, de périodes de transition aux conséquences incertaines, car l’Algérie ne peut supporter davantage de retard et de procrastination». Son allusion aux généraux putschistes de 1991 est claire. Il est certain que Gaïd Salah ne veut pas être considéré comme tel et refuse de revenir aux circonstances qui ont prévalu à l’arrêt du processus électoral de l’époque. Ses sous-entendus rappellent précisément l’intronisation du Haut Commandement de l’armée de l’époque à la tête de l’Etat à travers la présence de généraux janviéristes comme Khaled Nezzar dans le HCE (Haut Comité d’Etat.) Ce qui a plongé le pays dans une période de transition «d’exception» jusqu’en 95, date de l’élection présidentielle de Liamine Zeroual.

    Quand Gaïd prône la prudence

    C’est peut-être pour cela que le général de corps d’armée répète qu’il n’a aucune ambition politique. Ceci étant, ses affirmations ne l’éloignent pas de la scène politique dans laquelle il se trouve les pieds joints depuis le déclenchement de la crise. Mais il se veut prudent en restant dans les grands principes de sortie de crise, et ce, en s’abstenant à ce jour de fixer clairement les contours et les mécanismes du dialogue auquel il appelle et se refuse même à en désigner précisément les acteurs.

    En attendant qu’il arrête l’opportunité pour les faire préciser par le chef de l’Etat, le chef d’état-major s’est adressé de Tamanrasset à «des personnalités et aux élites nationales», aux «personnalités nationales» et aux «enfants du pays» pour leur rappeler qu’un «dialogue sérieux, rationnel, constructif et clairvoyant est la seule solution à la crise». A aucun moment, le général de corps d’armée n’a interpellé nommément les partis politiques. Il est resté très vague sur les interlocuteurs ou les parties qu’il veut faire asseoir autour d’une table.

    Et bien qu’il exhorte «les enfants du pays» à «apporter la contribution judicieuse de façon à trouver les solutions escomptées», il réaffirme sa solution à lui à l’impasse politique en insistant sur «la tenue d’élections présidentielles dans les plus brefs délais». Il place ainsi le balle dans le camp de ceux qui appellent au dialogue à partir de leurs salons tout en leur faisant remarquer qu’«il n’y a aucune raison de continuer à perdre du temps, car le temps est précieux et il n’y a pas moyen de le gâcher dans des discussions stériles loin du véritable dialogue sincère et constructif». Il ne manquera pas de leur dire que «rien n’est impossible et l’Algérie attend une sortie légale et constitutionnelle qui la prémunira contre toute forme d’exacerbation de la situation». Il rejette par la force du verbe toute idée de période de transition «aux conséquences incertaines».

    La nouveauté dans son discours est peut-être cette esquisse d’un ordre du jour basé sur sa demande d’une «évaluation des circonstances que vit le pays» et surtout ces «concessions réciproques» qu’il attend de ceux qui appellent au dialogue. L’on se demande cependant de quel genre de concessions Gaïd Salah parle-t-il, mise à part celle qu’il attend de ses antagonistes de ne pas tenter de défaire le cadre constitutionnel par leur condition de faire partir le chef de l’Etat. Pour l’heure, Abdelkader Bensalah est la seule autorité constitutionnelle avec laquelle le dialogue peut être mené comme il le veut.

    «La Constitution telle qu’elle est» ?

    «Les solutions viendront dans les plus proches délais afin d’assister l’Armée Nationale Populaire dans l’accompagnement des fils de notre patrie, lorsqu’ils présenteront leurs propositions constructives comme le requiert le noble devoir national», a-t-il dit en supposant que le «hirak» aussi arriverait rapidement à désigner ses représentants pour la phase de concertation.

    Le général de corps d’armée préfère slalomer entre les diverses situations plutôt que de détailler sa feuille de route et d’affronter ses objecteurs qui veulent l’amener physiquement sur le terrain politique. Pour lui, le jeu n’en vaut pas la chandelle parce qu’il risque de précipiter sa chute. La France lui a signifié hier qu’elle gardait l’œil sur ce qui se passait «chez lui». Son ministre des Affaires étrangères qui intervenait mardi dernier devant la commission de l’assemblée nationale de l’Europe et des Affaires étrangères, a exprimé le souhait de son pays que «les Algériens puissent trouver ensemble les chemins d’une transition démocratique».

    Jean-Yves Le Drian s’est prononcé sur l’élection présidentielle en Algérie en faisant cette remarque claire : «(…) le problème c’est que pour qu’il y ait une élection, il faut qu’il y ait des candidats et, voilà, les candidats ne se manifestent pas. Il y a deux candidatures qui ont été reçues par le Conseil constitutionnel «. Le chef de la diplomatie française qualifie la situation de «très particulière où il y a des manifestations qui se poursuivent dans le pays, avec des aspirations profondes pour ouvrir un nouveau chapitre de l’histoire de l’Algérie». Il fait un clin d’œil au chef d’état-major de l’ANP en relevant «la volonté des autorités militaires de faire en sorte que la Constitution telle qu’elle est puisse s’appliquer.

    D’où la répétition de l’engagement par M. Gaïd Salah de faire en sorte que l’élection puisse avoir lieu le 4 juillet». Son «mais», c’est, a-t-il dit, «il y a deux voies parallèles, d’un côté cette affirmation, de l’autre côté le mouvement du peuple algérien» et entre les deux, «nous (la France ndlr), nous souhaitons que les Algériens puissent trouver ensemble les chemins d’une transition démocratique. C’est ce que nous espérons compte tenu des liens profonds qui nous lient à ce pays et dans ces moments nous continuons de nous tenir aux côtés des Algériens dans le respect de l’amitié qui doit présider toujours à nos relations». Ceux qui tenaient à ce que la France officielle donne «son avis» sur les événements nationaux, Le Drian l’a fait avec précision.

    Le Quotidien d’Oran, 30 mai 2019

    Tags : Algérie, transition, Hirak, armée, ANP, Gaid Salah,

  • Gaïd Salah met en garde contre les ceux qui veulent exacerber la situation et faire perdurer la crise

    Le chef d’état-major de l’ANP, Ahmed Gaïd Salah, a affirmé, hier, à l’occasion de sa visite à la 6e Région militaire, que «l’unique voie pour résoudre la crise que vit notre pays est d’adopter la voie du dialogue sérieux, rationnel, constructif et clairvoyant, qui place l’Algérie au-dessus de toute considération».

    Le vice ministre de la Défense nationale, Ahmed Gaïd Salah a prononcé un nouveau discours, aujourd’hui, mercredi 29 mai, dans lequel il révoque l’importance du dialogue honnête et constructif pour sortir l’Algérie de la crise actuelle.

    Le chef de corps d’armée a confirmé que rien ne justifie la perte de temps et l’éloignement de la voie du dialogue honnête et constructif.

    Il avait notamment mis en garde contre les desseins de certains à vouloir exacerber la situation et faire perdurer cette crise, en répandant sciemment les rumeurs, les informations erronées et les mensonges, de façon continue, à travers de nombreux médias :

    «Ceux qui tendent à exacerber la situation et faire perdurer cette crise sont ceux-là mêmes qui œuvrent sciemment à répandre continuellement les rumeurs, les informations erronées et les mensonges à travers de nombreux médias, et ils ne peuvent en aucun cas contribuer à créer un climat d’entente mutuelle propice, voire un dialogue calme et serein et cela induit que ceux qui recourent à de telles pratiques sont contre le dialogue sérieux et pondéré. Ce sont des objectifs qui ne sont nullement innocents, dont les instigateurs supporteront les conséquences devant Allah, le peuple et l’histoire. Ils empruntent délibérément cette voie, même s’il était en leur capacité d’acquérir davantage de crédibilité en mettant l’accent sur la transmission des faits réels, au lieu de s’adonner à la désinformation de l’opinion publique par des mensonges et des scénarios fabriqués de toutes pièces et erronés, qu’ils imputent à des personnalités et des centres de décision, tout cela sur la base de plans étudiés et élaborés avec une grande ruse, afin de discréditer tout acte visant l’apaisement de la population et la recherche de solutions idoines à la crise actuelle que traverse le pays, leur but évident étant d’entraver toute solution et obstruer toute bonne démarche nationale de dialogue et de concertation entre les différentes parties »,a-t-il martelé.

    Rachel Hamdi

    Echourouk Online, 30 mai 2019

    Tags : Algérie, transition, Hirak, armée, ANP, Gaid Salah,

  • Algérie : Le nécessaire débat

    Trois mois, presque jour pour jour, après l’émergence sur la scène nationale d’un mouvement populaire inédit en Algérie, la situation générale du pays, demeure exceptionnellement sereine, avec une «inflation salutaire» de débats citoyens. Les craintes d’une dérive violente ou d’un passage en force des autorités sur les questions que pose la société se sont dissipées, laissant place à un échange assez intense, faut-il l’admettre, entre les acteurs qui font l’actualité de l’heure. Mais cette intensité qui retient l’intérêt de toute la communauté nationale, où la chose politique s’impose, de fait, comme la priorité des priorités, est à ce jour stérile d’une feuille de route digne de ce nom.

    Cette stérilité dans la formulation d’une solution véritablement consensuelle, n’est certainement pas le fait de l’ANP, comme le crient certains leaders politiques qui se font relayer dans les manifestations. Et pour cause, l’attitude de l’institution militaire tient compte d’abord d’un constat de terrain, à savoir que le pays est actuellement dirigé par un président intérimaire. Il y a là des signes de fragilité, dont il faut s’occuper de manière urgente. L’armée n’a pas en face d’elle un interlocuteur représentatif de la scène politique à défaut d’être celui du Hirak. Et combien même cela serait-il possible, l’ANP a pris la résolution de n’avoir comme vis-à-vis que les institutions légales de la République. Dans le cas de figure de l’Algérie de l’après 2 avril, c’est la présidence de l’Etat.

    En restant sur sa position quant à l’organisation d’une élection présidentielle, sans passer par une période de transition, l’institution militaire est donc dans son rôle, telle que préconisée par la Constitution. Son refus d’ouvrir un débat direct avec la classe politique, relève du même principe constitutionnel. Que l’on soit d’accord ou pas avec la posture de l’état-major de l’ANP, il faut impérativement en prendre connaissance et le respecter. C’est à partir de là qu’il sera possible d’entrevoir une sortie à la crise que traverse le pays. Ce n’est pas en se posant comme donneur d’ordre à une institution de l’Etat, dont les missions sont clairement formulées dans la Constitution.

    Cela, pour dire que l’infertilité du débat qui prévaut actuellement avec cette impression de «dialogue de sourds», c’est précisément parce que les politiques semblent considérer que l’armée est à leur service. Qu’ils sachent donc qu’elle ne l’est pas. Elle est au service de toute la collectivité nationale, quelle que soit son obédience et ses positions vis-à-vis de la crise. Que les politiques descendent un peu de leur piédestal qu’ils écoutent réellement ce que dit l’armée. Le dialogue n’en sera que plus intéressant.

    Par Nabil G

    Source : Ouest Tribune, 22 mai 2019

    Tags : Algérie, transition, dialogue, Hirak, débat, ANP, armée,

  • Le socle de l’Algérie nouvelle

    Le socle de l’Algérie nouvelle La course à la présidentielle du 4 juillet a jusque-là mobilisé un fort contingent de 75 candidats à la candidature dont trois issus des partis de l’Alliance nationale républicaine, du Front El Moustakbal et du Front algérien pour le développement, la liberté et l’équité.

    Cette opération de souscription, arrêtée au 19 mai, se présente sous de bons auspices, selon un communiqué du ministère de l’Intérieur. Elle marque le lancement du processus électoral, soutenu par le FLN, TAJ et le MPA, acquis à la solution constitutionnelle et relevant l’engagement de l’Armée nationale populaire à accompagner la voie légale de sortie de crise et à répondre aux revendications populaires.

    Cette option a été au cœur de l’intervention du général de corps d’armée Ahmed Gaïd-Salah, vice-ministre de la Défense nationale et chef d’état-major de l’ANP, appelant, à partir d’Ouargla, à la mise en place rapide d’une commission nationale indépendante de surveillance et de contrôle des élections, garante d’un scrutin transparent, crédible et intègre.

    «La tenue de l’élection présidentielle barrera la route à tous ceux qui tentent de faire perdurer la crise», a dénoncé le chef d’état-major pointant de l’index les «têtes de la discorde», démasquées et livrées à la justice, celles qui sont impliquées dans le complot contre l’autorité de l’Etat et de l’armée, et les embusqués du mouvement citoyen conçu telle une opportunité pour imposer leurs agendas et leurs ambitions politiques irréalisables par la voie démocratique.

    Le devoir de vigilance et de solidarité avec l’armée est de mise non seulement pour mettre hors d’état de nuire la «bande» qui a tenté de gêner les efforts de l’ANP et de la justice engagée dans la bataille de la corruption aux nombreux dossiers «lourds, voire dangereux», et aux ramifications tentaculaires présentes dans les milieux politico-financiers, médiatiques et des institutions de l’Etat.

    Mais il s’agit également d’«empêcher les instigateurs des plans pernicieux de s’infiltrer dans ses rangs quelles que soient les conditions et les circonstances».

    Fondamentalement, l’urne est le mode d’expression universellement admis pour permettre l’exercice du libre choix du peuple. Elle reste l’alternative à une impasse délibérément entretenue par des porte-parole autoproclamés du mouvement citoyen qui souffre d’une absence criante et incompréhensible d’une représentativité digne de son statut et de son rôle avant-gardiste.

    Qui empêche donc l’émergence d’un interlocuteur valable et légitime nécessaire à l’amorce d’un dialogue constructif et ouvert à toutes les forces politiques et aux acteurs de la société civile soucieuse d’une Algérie nouvelle et des exigences du développement social et économique ?

    Le temps compte énormément pour se défaire de l’inertie et poser les jalons de l’Algérie de demain rêvée par tous.

    Horizons

    Tags : Algérie, transition, Hirak, élections, FLN, TAJ et le MPA,

  • Algérie : L’homme providentiel

    par Moncef Wafi

    Ces derniers jours, dans la vie politique nationale, semblent déboucher sur un début de piste pour une sortie de crise en dehors des sentiers balisés de la Constitution. Les différents scénarii convergent vers le remplacement du Premier ministre Bedoui par une personnalité consensuelle, ou presque, et la formation d’un nouveau gouvernement qui aura pour mission de gérer les affaires courantes et de préparer la prochaine présidentielle.

    Avec ou sans Bensalah importe peu du moment que le chef de l’Etat par intérim n’est en poste que durant cette période et que son pouvoir semble plus protocolaire que réel.

    En effet, et dans l’hypothèse d’un report du 4 juillet, il est plus facile de procéder au changement de Bedoui, une démarche somme toute logique dans la mesure où lui-même ainsi que ses ministres sont interdits de sortie sur le terrain, qu’au remplacement de Bensalah qui demanderait théoriquement de piétiner la Constitution, une ligne rouge dans l’esprit de l’état-major de l’armée.

    La question est maintenant de savoir quel sera le profil de ce nouveau Premier ministre avant de connaître son identité. L’homme devra impérativement avoir l’expérience du poste ou du moins ne pas ignorer les rouages de l’appareil et il devra faire l’objet d’un consensus entre l’armée, les partis politiques et la société civile et surtout l’aval de la rue.

    En disant cela, on parle évidemment de consensus et non plus de cooptation comme c’était l’usage dans la désignation des hauts responsables du pays à une certaine époque pas si lointaine.

    Et cet homme providentiel ne devra pas avoir les mains liées par un passé compromettant ou otage d’un dossier à charge qui le rendra vulnérable aux yeux des décideurs. Il ne devra appartenir à aucune maison politique et de se montrer à la hauteur des attentes des Algériens, être au-dessus de tout soupçon et ne pas représenter uniquement des intérêts personnels ou claniques.

    Avec ces conditions, les CV des candidats ne doivent pas se bousculer sur le bureau de Gaïd Salah alors que certains noms reviennent avec insistance et il est fort probable qu’on assiste ces prochains jours voire heures au départ et de Bouchareb de la tête de l’APN et de Bedoui dans une tentative de calmer la rue et d’amorcer un début de sortie de crise.

    L’appel à une solution consensuelle lancé par Ali Yahia Abdenour, Ahmed Taleb Ibrahimi et Rachid Benyelles fait partie également de ces initiatives proposées pour trouver enfin une issue à cette impasse vers laquelle le pays se dirige si le 4 juillet est maintenu contre vents et marées.

    Le Quotidien d’Oran, 20 mai 2019

    Tags : Algérie, Ibrahimo, transition, armée, élections 4 juillet,

  • Algérie : Pourquoi le mouvement populaire ne s’essouffle pas

    Les raisons d’une longévité

    Ils étaient nombreux à avoir fait un pari perdant, celui de l’essoufflement du mouvement populaire. Les millions de personnes sorties pour le treizième vendredi de suite apportent un cinglant démenti aux plus sceptiques. Le mouvement de contestation ne s’essouffle pas. Il se nourrit selon politologues et politiciens de l’effondrement du mur de la peur, du goût de la liberté et d’un rapport de force favorable à la rue.

    Nawal Imès – Alger (Le Soir)

    Ce deuxième vendredi de mobilisation en plein mois de Ramadhan avait, une fois de plus, valeur de test. Les millions de personnes qui sont sorties dans la rue l’ont réussi avec brio.

    Pourtant, il y a quelques semaines, la question était sur toutes les lèvres : le mouvement résistera-t-il aux contraintes imposées par le jeûne ? La mobilisation sera-t-elle toujours aussi forte ? Le doute n’aura survécu que très peu puisque la preuve de la bonne santé du mouvement a, une fois de plus, été donnée.

    Pour Abdelaziz Djerad, politologue, le maintien de la mobilisation, son ampleur et sa durée trouvent leur explication dans ce qu’il qualifie de « toile de fond » qui est la résultante de l’accumulation de crises et de problèmes n’ayant pas trouvé de solutions en temps opportun.

    Pour le politologue, cette situation n’a été rendu possible qu’après avoir franchi « le cap de la peur ». Il assure en effet que « le peuple et la société se sont soulevés de manière pacifique après avoir franchi le cap de la peur et ne veulent plus s’arrêter. Ils veulent un changement profond pour trouver des solutions et orienter le pays vers un système politique social culturel plus juste qui permettent aux Algériens de vivre dans un pays serein et visible ».

    Les millions de personnes qui sont dans les rues sont, dit-il, portées par « un espoir très fort et un sentiment très profond ». La preuve ? «Aucun problème de développement ou d’ordre social n’a été soulevé lors des marches parce que les Algériens savent que cela pourra être réglé plus tard.»

    Il y a, selon Abdelaziz Djerad, un autre aspect important. Nous assistons, dit-il, à l’émergence d’une jeunesse qui aspire à plus de modernité et à vivre mieux et qui ne veut plus se suffire des solutions individuelles ou du « chacun pour soi ».

    Ahmed Adimi, docteur en sciences politiques et porte-parole de Talaie El Hourriyet, évoque également ce mur de la peur qui s’est effondré. Il explique que « l’effet psychologique et la peur n’existent pas. Le peuple a goûté à la liberté et ne veut plus y renoncer. Il s’est approprié l’espace public pour imposer ses revendications d’une manière très civilisée. Ce peuple a conscience aujourd’hui qu’il est plus puissant que le pouvoir et ses instruments. Il ne se taira plus jusqu’au départ de toutes les figures du pouvoir ».

    Adimi ajoute que « la lutte continue. Le mouvement se porte bien. Le peuple ne recule pas en attendant que les revendications soient satisfaites. C’est le changement qui est réclamé. Il n’y a pas de pouvoir qui cède facilement mais le rapport de force est en faveur du peuple.

    C’est la première fois que le pouvoir se retrouve en position du donnant-donnant et c’est lui qui est forcé aujourd’hui de faire des propositions ».

    N. I.

    Tags : Algérie, Hirak, 13ème vendredi, manifestations, transition,

  • Algérie : Ahmed Taleb Ibrahimi appelle à une solution de compromis

    AHMED TALEB IBRAHIMI APPEL À UNE SOLUTION DE COMPROMIS

    Mohamed K.

    Ahmed Taleb Ibrahimi, ancien ministre, Ali Yahia Abdennour, avocat et militant des droits humains, et Rachid Benyelles, général à la retraite, appellent, dans une missive rendue publique ce samedi, le commandement de l’ANP à nouer un dialogue « franc et honnête » avec des figures représentatives du mouvement citoyen (Hirak), des partis et des forces politiques et sociales qui le soutiennent.

    Pour les signataires de cet appel, il faut « trouver, au plus vite, une solution politique consensuelle en mesure de répondre aux aspirations populaires légitimes qui s’expriment quotidiennement depuis bientôt trois mois ».

    Selon eux, l’impasse actuelle est porteuse de grands dangers qui s’ajoutent à une situation régionale tendue. « La situation de blocage à laquelle nous assistons par le maintien de la date du 4 juillet pour l’élection présidentielle ne pourra que retarder l’avènement inéluctable d’une nouvelle République. Car comment peut-on imaginer des élections libres et honnêtes alors qu’elles sont d’ores et déjà rejetées par l’immense majorité de la population parce que organisées par des institutions encore aux mains de forces disqualifiées, opposées à tout changement salutaire ? », s’interrogent-ils.

    Les trois personnalités plaident pour une période de transition de courte durée. Elles estiment que les manifestants, dont le nombre a atteint des sommets historiques, exigent maintenant l’instauration d’un État de droit et d’une véritable démocratie, « en passant préalablement par une période de transition de courte durée, conduite par des hommes et des femmes n’ayant jamais appartenu au système profondément corrompu des vingt dernières années ».

    Taleb Ibrahimi, Yahia Abdennour et Rachid Benyelles rappellent que le 22 février 2019 les Algériens, « toutes classes sociales et tous âges confondus », sont sortis par millions dans les rues de l’ensemble des grandes villes du pays pour manifester pacifiquement, « crier leur colère et refuser l’humiliation, qu’un pouvoir arrogant et sûr de lui voulait encore leur faire subir en annonçant la candidature pour un cinquième mandat, d’un homme qui vit à l’état végétatif depuis cinq ans ».

    Les trois personnalités ont estimé que « les manifestations grandioses de ces treize dernières semaines ont forcé l’admiration du monde entier et nous ont rendu notre dignité trop longtemps bafouée, comme elles nous ont permis de recouvrer notre fierté d’appartenir à une grande nation. Elles auront également fortement contribué à renforcer l’unité nationale et la volonté du vivre ensemble, quelles que soient nos différences politiques, et nos sensibilités culturelles ou doctrinaires », ajoutent-ils.

    Pour rappel, Taleb Ibrahimi, Ali Yahia Abdennour et le général Benyellès avaient déjà signé par le passé une déclaration politique dans laquelle ils avaient souligné que Abdelaziz Bouteflika était invalide et incapable de diriger le pays, demandant sa démission immédiate. Cette déclaration a été diffusée au mois d’octobre 2017, un an et demi avant la fin du quatrième mandat.

    Les trois personnalités sont très proches sur le plan politique et intellectuel et sont connus pour avoir partagé les mêmes idées depuis le début des années 1990, avec le début de la crise et la décennie noire.

    Le Jeune Indépendant

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