Étiquette : transition

  • Algérie : Les certitudes de l’armée

    Le Quotidien d’Oran, 9 mai 2019

    par Moncef Wafi

    L’état-major de l’ANP persiste et signe dans son refus de toute période de transition à laquelle appellent l’opposition et la rue. Dans son éditorial du mois de mai, la revue El Djeich, organe officiel de l’armée, dénonce ceux qui rejettent «toutes les solutions disponibles et possibles» qui permettront à l’Algérie de surmonter la crise politique qui la secoue.

    La même source qualifie d’«aventuristes» les tenants de cette option, les accusant de concocter des plans et projeter de les exécuter «à tous les échelons, dans le but d’entraîner le pays vers l’anarchie et le chaos». L’armée évoque ni plus ni moins un complot qui remonte, selon elle, à plusieurs années et qui comprend plusieurs niveaux de responsabilité allant des exécutants aux commanditaires en passant par leurs alliés. Et pour l’éditorial d’El Djeich, ces personnes sont connues et ce sont les mêmes «qui avaient sollicité l’intervention de l’armée dans le champ politique durant les précédentes décennies».

    L’état-major rejette, donc, catégoriquement une période de transition réclamée par le truchement de voies multiples dont la plus courante, détaille la revue, est de faire pression, à travers des «messages ouverts», «débats», «avis» et «points de vue» publiés dans les colonnes de certains médias.

    L’armée identifie ainsi et clairement ses adversaires, les partisans d’une transition en dehors des 3B (Bensalah, Bedoui et Bouchareb) qu’elle associe à des complices du complot visant à conduire le pays vers le chaos.

    A travers ces graves accusations, Gaïd Salah semble restreindre drastiquement le champ politique et le débat contradictoire, excluant de facto toute autre solution que celle de la présidentielle du 4 juillet prochain.

    Même s’il est plus que probable que le président de l’APN va être sacrifié, la feuille de route imposée par le pouvoir est refusée par les partis de l’opposition et la rue qui exigent la chute du régime en place.

    Devant ces positions tranchées, il est fort à craindre une confrontation frontale entre les deux camps retranchés et un changement dans les attitudes des uns et des autres.

    On peut aussi appréhender une restriction des libertés individuelles et des tentatives de musellement de la parole contradictoire, comme cela a été le cas avec Me Bouchachi, interdit de conférence à Blida et à Oran.

    Ce qui est certain par contre, c’est que le mouvement populaire ne donne aucun signe d’essoufflement, comme craint ou attendu, à cause du Ramadhan, et les marches des étudiants, mardi dernier, consacrent toute la détermination du Hirak d’aller au bout de ses revendications.

    Tags : Algérie, Hirak, Armée, Gaïd Salah, transition, complot,

  • Algérie : «L’armée a tout à gagner en accompagnant une transition négociée» (Yahia Zoubir)

    Directeur de recherche en géopolitique à la Kedge Business School (Marseille, France), le professeur Yahia Zoubir estime que l’institution militaire doit se défaire de son attitude paternaliste et s’engager dans un processus d’accompagnement d’une « transition négociée ».

    Le Soir d’Algérie : Vous avez assisté, vendredi dernier, à la marche d’Alger. Quelles sont vos impressions ?

    Pr Yahia Zoubir : C’était un moment très fort. J’ai pu constater une continuité dans les revendications des manifestants. Il y a un élément important auquel ne se sont pas réellement intéressés les observateurs et les chercheurs, c’est le lien établi entre les générations actuelles et celle de Novembre 54. C’est un lien important car il signifie qu’il y a une déligitimation du régime actuel. Les manifestants disent clairement : notre mouvement fait la jonction avec les vrais révolutionnaires.

    Les manifestants se reconnaissent en les « pères fondateurs »…

    Parfaitement, nous le voyons clairement dans les photos de Didouche Mourad, Mustapha Ben Boulaïd et d’autres encore. Cela prouve que l’appel à une nouvelle République est bien pensé puisqu’il prend pour référence les pères fondateurs. La seconde chose qui m’a impressionné, c’est le caractère pacifique de ces manifestations.

    La haine des citoyens envers ceux qui représentent le régime est bien réelle, toutes ces personnes qui ont dilapidé les ressources du pays. La surprise n’est pas dans le fait que les Algériens soient sortis protester, car on avait atteint la dignité du peuple algérien. Je réside à l’étranger depuis de nombreuses années, et je dois reconnaître que j’avais honte de voir que le Président de ce beau pays était l’objet de moqueries. Ce sentiment de honte nous l’avions également ressenti en entendant les propos de certaines personnalités algériennes, censées être très sérieuses, qui disaient que Bouteflika était en bonne santé.

    La protestation était inéluctable, mais c’est son caractère pacifique qui est exceptionnel. Nous voyons également des slogans d’une grande maturité politique et qui représentent tous les griefs à l’encontre du régime et envers une situation qui perdure depuis 15 années, c’est-à-dire depuis la première maladie d’Abdelaziz Bouteflika.

    La goutte qui a fait déborder le vase, c’est cette tentative d’imposer ce cinquième mandat. Mais la population n’est pas dupe et elle le dit clairement aux dirigeants actuels : vous êtes en train de poursuivre le cinquième mandat de Bouteflika mais sans Bouteflika. Les gens sont conscients des enjeux mais aussi des ruses utilisées pour se maintenir au pouvoir.

    Le mouvement citoyen va se poursuivre tant que ses revendications légitimes ne seront pas prises en compte. Le constitutionnalisme dont fait preuve le chef d’état-major de l’armée est en fait une approche fausse car cette Constitution fabriquée spécialement pour l’ex-Président n’est plus valable.

    Il y a une nouvelle situation, il faut donc penser sérieusement à une transition ordonnée. Il existe plusieurs exemples dans le monde, des transitologistes ont travaillé sur des cas concrets. J’ai moi-même travaillé sur la période de transition post-Octobre 88. En collaboration avec un spécialiste brésilien, nous avions réalisé une étude sur les possibilités d’accompagnement de la transition par l’institution militaire.

    Quelles étaient les propositions de cette étude ?

    Nous avions proposé un pacte négocié qui prenait en compte l’instauration d’un nouveau système politique et de nouvelles procédures électorales. Nos propositions ont cessé d’être valables dès la tenue de l’élection du FIS en 1990.

    Ce concept de pacte négocié peut être appliqué dans la situation actuelle ?
    Bien entendu. Sauf que les messages du mouvement sont clairs, les Algériens refusent que les négociations soient menées par Bensalah, Bedoui et tous les autres personnages honnis par la population. Pour l’heure, le régime ne donne pas l’impression de vouloir créer un cadre nouveau pour surmonter la crise. Il ne faut pas perdre de vue que le danger est la radicalisation de la jeunesse. Pour le moment, elle nous montre le meilleur, mais elle pourrait être capable du pire.

    Le slogan khawa-khawa (frères-frères) avec l’armée tient à un fil depuis que le premier représentant de cette institution a commencé à menacer les manifestants.

    L’armée s’est impliquée activement dans la situation politique, depuis les premiers jours de la crise. Mais l’état-major était-il préparé à assumer cette responsabilité ?

    Il ne faut surtout pas que l’état-major donne l’impression que c’est lui qui dirige le pays et qu’il souhaite aller vers une solution à l’égyptienne. C’est-à-dire de remettre l’armée au pouvoir. En tant qu’académicien, j’estime que l’armée a tout à gagner en accompagnant une transition négociée et organisée où l’institution militaire ne s’immiscerait plus dans la politique.
    Plus cette situation perdurera plus les risques de fissures au sein de l’armée seront réels. L’ANP, dans sa composante essentielle, est issue du peuple. Elle s’identifie au peuple. Il est dans l’intérêt national que l’armée, qui est l’ossature du système, joue le rôle d’accompagnateur de la transition.
    Les Algériens ne sauraient se contenter de quelques changements cosmétiques. Il faut éviter la situation de 1988 où quelques têtes ont été écartées sans que le système change réellement. Il s’était juste renouvelé à travers le multipartisme.

    Nous sommes face à une armée qui a un comportement paternaliste envers le peuple et la classe politique. Les militaires sont-ils prêts à changer ?
    Oui et c’est une grave erreur. Cette attitude n’a pas changé depuis l’indépendance. Sauf que la jeunesse algérienne n’est plus dans ce contexte-là. Les jeunes sont très en avance, ils sont conscients de ce qui se passe ailleurs et savent utiliser les médias sociaux. La jeunesse algérienne constate le rajeunissement dans le monde, elle a vu Obama et voit aujourd’hui Macron. De plus, ce paternalisme est un paternalisme méchant qui souffle le chaud et le froid. Nous devons nous mettre dans une logique de retrait progressif de l’armée du champ politique, sans être pour autant désintéressé de l’évolution et de la sécurité de l’Etat.
    De plus, en voyant les dissensions actuelles, nous avons l’impression que l’armée est divisée.

    Le fait que des conflits entre le chef d’état-major et d’anciens hauts responsables de l’ANP, notamment les généraux Mediene et Hamel, se retrouvent sur la place publique ne risque-t-il pas de ternir l’image de marque de l’armée ?

    Parfaitement. Et plus ça continuera, plus l’image de l’armée sera impactée. En octobre 1988, l’armée avait perdu sa réputation après avoir tiré sur le peuple. Il lui a fallu du temps, avec la lutte antiterroriste, pour redorer son image. Elle est devenue par la suite l’institution la plus respectée du pays. Des études ont démontré que la population respecte l’ANP bien plus que les partis politiques ou les politiciens.

    Il est très important de préserver, au sein des jeunes officiers qui ne sont pas politisés, l’esprit de corps qui est requis pour une armée.

    Il ne faut pas oublier que les conflits opposent le premier représentant à d’anciens chefs militaires qui étaient hauts responsables au sein du régime.
    D’où la nécessité pour l’armée de se démarquer du régime, quelle que soit sa nature. Dans cette nouvelle République, l’armée devra être une institution républicaine. Cela prendra sûrement du temps, mais il sera possible de voir un jour un civil comme ministre de la Défense nationale et où l’armée pourra voir son budget décidé par le Parlement. Ce n’est pas d’être contre l’armée que de dire ça, bien au contraire.

    En cas de mise en œuvre d’une solution politique qui aboutirait à l’avènement d’une nouvelle République, pensez-vous que le général Ahmed Gaïd Salah accepterait d’être sous les ordres d’un chef hiérarchique civil en la personne du futur président de la République ?

    Nul n’est éternel. Il est le plus vieux soldat du monde et il sera obligé de composer avec le futur chef de l’Etat. En sa qualité d’ancien moudjahid, s’il a le pays à cœur, il devra laisser s’installer cette nouvelle République exigée par le peuple.

    Si aujourd’hui les critiques à son égard sont encore limitées, c’est dû au fait qu’une grande majorité du peuple est convaincue de son patriotisme. Il se doit de satisfaire les demandes légitimes de ce mouvement citoyen.
    Nous sommes à la croisée des chemins, la situation est très critique. Pour l’instant on ne parle pas beaucoup d’économie, mais dans cette situation de transition, la situation économique est très complexe.

    Nous assistons depuis quelques semaines à une campagne anticorruption sans précédent. Quelle doit être la place de la justice dans une phase de transition ?

    Les pays qui ont fait une transition vers la démocratie ont temporisé pour mettre en œuvre la justice transitionnelle. Mais vu les conditions de l’Algérie, il est parfaitement acceptable que les anciens responsables rendent des comptes durant cette phase. Encore faut-il que cela se fasse de manière rationnelle et crédible. Actuellement,nous avons l’impression d’assister à une certaine sélectivité dans le choix des responsables qui sont poursuivis. Il ne faut pas que cela tourne au règlement de comptes.

    La France est au centre de toutes les critiques depuis le début de ce mouvement. Il y a une forme d’unanimité puisque ces critiques proviennent de la population mais aussi du chef d’état-major de l’ANP…
    Il est possible que le chef d’état-major fût au courant que la France avait accepté le principe d’un 5e mandat. Il est également possible que ce soit un avertissement adressé aux Français afin qu’ils ne s’immiscent pas dans les affaires internes de l’Algérie. C’est aussi un message adressé au peuple algérien visant à apparaître comme un personnage qui ne reçoit pas ses ordres de Paris, car il est évident que les manifestants ont montré dès le début leur rejet de toute interférence étrangère. Cela est valable pour la France, les Etats-Unis ou encore la Russie et les pays du Golfe.
    Les Algériens ont compris que ce sont les interférences étrangères qui ont conduit à la destruction de la Libye, de la Syrie et du Yémen. Sur ce plan, il me semble que le général Gaïd Salah s’est posé sur la même ligne que les revendications populaires.

    Est-ce là une occasion pour redéfinir les relations algéro-françaises ?

    Oui, car même les accords économiques signés ces dernières années entre les deux pays suggéraient des tendances pro-françaises.

    Une transition démocratique pour l’instauration d’une nouvelle République pourra assainir les relations algéro-françaises et aller enfin vers des relations d’égal à égal.

    Les Français ont toujours dit que les relations changeraient quand l’ancienne génération de responsables algériens partira. Mais c’est valable aussi du côté des Français car il existe toujours des nostalgiques de l’Algérie française et qui voudraient tirer profit de cette situation.

    Comment la Chine et les Etats-Unis, deux pays que vous connaissez très bien, perçoivent ce mouvement citoyen et les changements qu’il provoque ?

    J’étais en Chine lorsqu’il y a eu les premières marches en Algérie. Les médias chinois se sont focalisés sur la situation au Soudan mais ont très peu montré l’Algérie. La position chinoise est constante : aucune ingérence. La non-ingérence est un des principes fondamentaux de la politique étrangère de la Chine. C’est d’ailleurs un point commun avec la politique étrangère algérienne, un principe hérité de la conférence de Bandung en 1955.
    Les Chinois ont une relation particulière avec l’Algérie. Malheureusement, nous n’avons pas su l’utiliser à sa juste valeur. Pour peu qu’il n’y ait pas de corruption, les Algériens ont tout à gagner à renforcer leurs rapports économiques avec la Chine. Ils permettront de contrebalancer les relations avec d’autres pays, car il faut miser sur la diversification.

    Pour ce qui est des Etats-Unis, la politique de Trump est très claire : elle consiste à soutenir les États autoritaires. Le souci majeur des Américains ce sont les contrats majeurs qui étaient en phase de signature dans le domaine des hydrocarbures. Ils vont tenter de comprendre quelles sont les implications de la situation actuelle dans les relations économiques.

    Je ne pense pas que les Etats-Unis souhaitent voir l’anarchie s’installer en Algérie, comme c’est le cas en Libye ou en Syrie. Bien sûr, ils souhaiteraient avoir des dirigeants qui leur sont favorables. Ils se positionneront en temps voulu lorsque les choses seront plus claires. Je n’anticipe pas de changement dans les relations avec l’Algérie, les Américains vont observer de façon très étroite les événements futurs.

    C’est également valable pour la Russie ?

    La Russie, c’est autre chose. Moscou et Alger entretiennent des liens très forts dans le domaine militaire. La Russie considère que le régime est stable, qui ne lui est pas défavorable et qui peut l’aider à trouver une solution dans le conflit libyen. Tout comme la Chine, ils sont contre toute ingérence, notamment occidentale, en Algérie.

    L’instauration d’une nouvelle République aura-t-elle des conséquences sur le Maghreb et les pays arabes ?

    Je peux parier que certains pays du Golfe ne souhaitent pas voir une république démocratique, dans le sens propre du terme, en Algérie. Ces pays estiment que cela pourrait déstabiliser le Maroc. Ce dernier souhaite la chute du régime algérien mais refuse de voir une démocratie authentique se développer à ses frontières.

    Mais les Marocains ont besoin d’une Algérie stable…

    Effectivement, ils veulent la fin du régime actuel, refusent l’idée d’une Algérie démocratique mais craignent une instabilité généralisée. Rabat est toujours dans le même concept développé par Hassan II lorsqu’il avait parlé « d’Algérie laboratoire de l’islamisme ». Il ne faut surtout pas que les citoyens marocains soient tentés de copier leurs voisins algériens.
    Et la monarchie souhaite surtout voir se diluer le soutien au Sahara occidental à la faveur de la crise actuelle.

    L’Egypte voit, elle aussi, d’un œil inquiet ce qui se passe en Algérie, surtout qu’un mouvement similaire se déroule au Soudan, à sa frontière sud. Abdel Fattah al-Sissi ne sera rassuré que si l’armée prend réellement le pouvoir en Algérie et au Soudan.

    La défense des peuples opprimés et le soutien au principe d’autodétermination, notamment au Sahara Occidental et en Palestine, seront-ils des principes que portera la nouvelle République ?

    Cette question est importante. Un des éléments extraordinaires dans les manifestations, c’est le fait que le drapeau palestinien soit brandi depuis plusieurs semaines. Idem pour le drapeau sahraoui qui commence à apparaître.

    Les intellectuels algériens ont souvent cru, mais de façon erronée, que la question du Sahara Occidental est une question de régimes.
    Cette façon de voir les choses est le résultat d’un manque de communication du régime algérien qui n’a pas su expliquer que le soutien au Front Polisario est avant tout une question d’autodétermination.
    Je suis très optimiste quant à la question de la préservation des valeurs et des principes fondateurs de l’Etat algérien.

    T. H.

    Bio express

    Yahia H. Zoubir est professeur senior en études internationales et de management international et directeur de recherche en géopolitique à la Kedge Business School, France. Avant de rejoindre Kedge en septembre 2005, il a enseigné dans différentes universités aux Etats-Unis. Il a été professeur invité dans diverses universités en Chine, en Europe, aux États-Unis, en Inde, au Moyen-Orient et en Afrique du Nord. Ses nombreuses publications comprennent des livres, tels que North African Politics : Change and Continuity (Routledge, 2016) ; Building a New Silk Road : China & the Middle East in the 21st Century (World Affairs Press, 2014) ; Global Security Watch-The Maghreb : Algeria, Libya, Morocco et Tunisia (ABC/CLIO, 2013) ; North Africa : Politics, Region, and the Limits of Transformation (Routledge, 2008) et des articles dans des revues scientifiques telles que Third World Quarterly, Mediterranean Politics, International Affairs, Journal of North African Studies, Middle East Journal, Journal of Contemporary China, Arab Studies Quarterly, Africa Today, etc.). Il a également contribué à de nombreux chapitres d’ouvrages et à diverses encyclopédies. Il a récemment terminé des travaux sur les rivalités au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, et sur les puissances du Moyen-Orient dans la région Mena, ainsi que sur les questions de sécurité au Sahel et en Méditerranée.

    En 2019, il a réalisé une importante étude intitulée «Civil Strife, Politics, and Religion in Algeria» pour l’Oxford Research Encyclopedia of Politics.

    Source : Le Soir d’Algérie, transition, article 102, armée, Gaïd Salah, Yahia Zoubir,

  • Algérie : Gaïd Salah pour un dialogue constructif pour sortir de la crise

    Le vice-ministre de la Défense nationale, chef d’état-major de l’Armée nationale populaire (ANP), le général decorps d’armée, Ahmed Gaïd Salah, a exprimé sa conviction que « le dialogue constructif avec les institutions de l’Etat, est l’unique moyen pour sortir de la crise ».

    C’est ce qu’a indiqué un communiqué du ministère de la Défense nationale (MDN) rendu public hier mercredi. « Je demeure entièrement convaincu qu’adopter le dialogue constructif avec les institutions de l’État, est l’unique moyen pour sortir de la crise, étant conscient que le dialogue est l’un des moyens les plus civilisés et les plus nobles dans les relations humaines et la voie la plus judicieuse pour présenter des propositions constructives, rapprocher les points de vue et atteindre un consensus autour des solutions disponibles », a déclaré Gaïd Salah dans une allocution prononcée lors d’une réunion d’orientation et suivie, via visioconférence, par les cadres et les personnels des unités de la 4e et la 5e RM, lors de sa visite à la 5e RM.

    Le chef d’état-major de l’ANP a tenu « à saluer l’adhésion de nombreuses personnalités et partis à l’idée de l’importance d’adopter le principe de dialogue, qui doit aboutir à des mécanismes raisonnables de sortie de crise. C’est là une position qui leur sera reconnue durant cette phase, où l’intérêt de la Nation doit être le dénominateur commun entre toutes les parties ».

    Pour le général de corps d’armée « l’ensemble des dispositions jusque-là prises a suscité un consensus national que nous avons perçu à travers les slogans scandés lors des marches à travers différentes wilayas du pays, à l’exception de certaines parties qui rejettent toutes les initiatives proposées, et oeuvrent à semer les graines de la discorde en conformité avec leurs intérêts étroits et ceux de leurs commanditaires ».

    Il a souligné que « les intentions malveillantes de ces parties ont été démasquées et dénoncées par les différentes franges du peuple, qui ont fait preuve d’une exceptionnelle et authentique, dans la mesure où elles ont rejeté leurs thèses visant à porter atteinte à la crédibilité et aux efforts des institutions de l’État à dégager et trouver des sorties decrises pacifiques ».

    Il a relevé qu’ »en conséquence, il y a lieu de s’armer de prudence pour ne pas tomber dans le piège visant à perturber les manifestations pacifiques et les dévier de leur objectif par des agissements hostiles à la patrie, à son intégrité territoriale ainsi qu’à exploiter ces manifestations afin de porter atteinte à la sécurité nationale du pays et mettre en danger son unité nationale ».

    Dans ce discours rendu public hier il n’a pas été question des élections présidentielles ni de l’attachement à la voie constitutionnelle pour sortir de la crise actuelle,comme ce fut le cas lors du discours rendupublic avant-hier mardi par le MDN.

    « L’attachement profond duCommandement de l’ANP à la Constitution, cautionnée par le peuple à travers ses représentants au Parlement, émane du fait que tout changement ou amendement de ses dispositions ne relève pas des prérogatives de l’ANP, mais de celles du Président qui sera élu conformément à la volonté du peuple », a déclaré Gaïd Salah dans cette allocution.

    Il a affirmé que « cette position de principeest un signe manifeste et constant de la détermination de l’ANP à ne pas s’écarter de la voie constitutionnelle, quelles que soient les conditions et les circonstances, et quiconque prétend le contraire fait preuve d’ingratitude envers l’Armée et ses positions de principe constantes, en particulier ces arrivistes qui ont profité des richesses du pays à bien des égards et veulent aujourd’hui donner des leçons à l’ANP et son Commandement ».

    « Dans cette optique, et dans le respect de la Constitution et des institutions de l’Etat, il nous incombe d’oeuvrer à réunir les conditions idoines pour l’organisation des élections présidentielles le plus tôt possible, du fait qu’elles constituent la solution idéale pour sortir de la crise, faire face à toutes les menaces et dangers qui guettent notre pays et déjouer les desseins hostiles visant à nous mener vers le vide constitutionnel et entrainer le pays dans les spirales de l’anarchie et la déstabilisation », a-t-il indiqué.

    Ce mécanisme constitutionnel, a-t-il poursuivi, « permettra d’élire un président de la République ayant la légitimité et les prérogatives pour concrétiser le reste des revendications populaires légitimes et constitue la règle de base pour que notre pays reprenne le cours du développementet de l’édification ».

    Plusieurs lourds dossiers de corruption

    Le chef d’état-major de l’ANP a rappelé avoir affirmé dans une rencontre précédente que « nous étions en cours de démantèlement des bombes à retardement que le peuple algérien sait pertinemment qui les a plantées au sein de toutes les institutions de l’État, et que cette crise, dont nous n’avions guère besoin, a été inventée dans le but de semer les graines de la déstabilisation en Algérie, en créant un environnement propice au vide constitutionnel ».

    Gaid Salah a indiqué que « ces individus, qui ont intentionnellement causé cette crise, sont ceux-là mêmes qui tentent aujourd’hui d’infiltrer les marches, brandissant des slogans suspects et tendancieux qui incitent à entraver toutes les initiatives constructives permettant le dénouement de la crise. Ils ont ainsi démontré qu’ils sont l’ennemi du peuple, lequel sait pertinemment comment mettre en échec, en compagnie de son armée, ces complots et mener le pays vers un havre de paix ».

    Concernant la poursuite en justice de »tous ceux impliqués dans le pillage des deniers publics et la dilapidation des richesses du pays, qui fait partie des principales revendications que le peuple a exprimé avec insistance, depuis le début de ses marches pacifiques », le vice-ministre de la Défense nationale a indiqué que les services du MDN « détiennent des informations avérées concernant plusieurs dossiers lourds de corruption, dont je me suis enquis personnellement, dévoilant des faits de spoliation des fonds publics avec des chiffres et des montants faramineux ».

    « Aussi et partant de notre souci profond deprotéger l’économie nationale, les services de sécurité se sont chargés de mettre ces dossiers à la disposition de la justice pour les étudier et enquêter pour poursuivre tous ceux qui y sont impliqués », a-t-il assuré.

    Il a relevé que l’ANP « insiste également sur la nécessité d’éviter tout retard dans le traitement de ces dossiers, sous le prétexte de révision des procédures légales, laquelle requiert beaucoup de temps, ce qui donne la possibilité à certains à échapper à la justice ». »Il y a lieu d’indiquer que l’opération n’est qu’à son début et, par la grâce de Dieu, notre pays sera assaini définitivement de la corruption et des corrupteurs », a-t-il soutenu.

    Au sein de l’ANP, « nous n’avons jamais toléré la corruption, nous étions même les précurseurs dans ce domaine en présentant de hauts cadres militaires par devant la justice militaire, à savoir les anciens Commandants des 1re, 2e et 4e RM et de la Gendarmerie nationale et l’ancien directeur des services financiers, dont l’implication dans des affaires de corruption a été confirmée par des preuves tangibles », a-t-il poursuivi.

    Par : LAKHDARI BRAHIM

    Source : Le Midi Libre, 2 mai 2019

    Tags : Algérie, Transition, article 102, Gaïd Salah, armée, ANP, corruption,

  • Algérie : Ali Benflis appuie l’appel de Gaid Salah à propos du dialogue Politique

    Ali Benflis a réagi jeudi à l’appel au dialogue défendu par le chef d’état-major de l’Armée Ahmed Gaid Salah, en vue de dépasser l’impasse politique actuelle.

    « Le dialogue constitue l’essence de toute action politique responsable et constructive. Il est, aussi et surtout, l’instrument devant être toujours privilégié dans le règlement des crises. », écrit Ali Benflis.

    « Face à la crise exceptionnellement grave que connait notre pays, cette conviction est partagée par tous et nul ne doute de sa nécessité impérieuse et urgente. », insiste le président de Talaie El Hourriet pour qui « tout l’enjeu du moment est de permettre au dialogue de s’enclencher en réunissant les conditions les plus favorables à son bon déroulement et à son succès.

    La situation actuelle du pays est marquée par une crise politique , constitutionnelle et institutionnelle, décrit encore Benflis dans sa déclaration. Mais il y a plus grave pour lui : « il se heurte actuellement à une impasse totale qui se dresse sur le chemin du règlement de cette crise. »

    Du coup, la priorité de l’heure à ses yeux « est donc surmonter cette impasse pour ouvrir la voie à une entente sur le contenu d’un tel règlement. »Cette impasse, explique Benflis est identifiée :« Elle est la résultante d’une divergence profonde entre le processus actuellement conduit dans le cadre strict, intégral et exclusif de l’article 102 de la Constitution et les demandes légitimes de la révolution démocratique pacifique en marche dans notre pays. »

    Il s’agit donc pour lui « de travailler au dépassement de cette divergence. », estimant que « Tout dialogue véritablement orienté vers la recherche d’un règlement effectif et rapide de la crise actuelle doit impérativement en faire son objet et sa raison d’être. »

    « Ce dialogue suppose des interlocuteurs valables et crédibles, un cadre précis et connu ainsi que des objectifs bien identifiés. », conclut le patron de Talaie El Hourriet.

    Source : Algérie1

    Tags : Algérie, transition, article 102, Gaïd Salah, armée, Ali Benflis,

  • Algérie : Des dossiers très lourds dans les affaires de corruption

    C’est devenu maintenant une tradition que de voir Ahmed Gaïd Salah enchaîner les interventions publiques chaque mardi, pour s’exprimer sur la crise politique que traverse l’Algérie.

    Son dernier discours prononcé le 30 avril dernier à l’Ecole des troupes spéciales de Biskra, même s’il comporte quelques nouveautés, ne déroge pas non plus à la règle que s’est imposée le chef d’Etat-major, dans un rôle qu’il ne semble pas maîtriser parfaitement.

    A force de multiplier les discours, il a fini par se compliquer la mission, que certaines parties n’hésitent pas à qualifier d’ingérence dans un domaine face auquel l’Etat-major de l’ANP aurait dû garder ses distances.

    Dans son premier discours, le même jour, il a tout simplement fermé toutes les issues devant une solution en dehors de la Constitution.

    Quelques heures plus tard, il a subitement changé de ton, pour vanter les vertus du dialogue. « Je demeure entièrement convaincu qu’adopter le dialogue constructif avec les institutions de l’Etat est l’unique moyen pour sortir de la crise », a-t-il déclaré, reconnaissant implicitement que les conditions d’un scrutin présidentiel conformément à la Constitution sont loin d’être réunies.

    Plus que conscient des difficultés qui font obstacle à la tenue des élections, le 4 juillet prochain, il s’est abstenu de préciser la date du scrutin, tout en insistant sur la détermination de l’armée à ne pas « s’écarter de la voie constitutionnelle, quelles que soient les conditions et les circonstances.

    Quiconque prétend le contraire fait preuve d’ingratitude envers l’armée », a-t-il martelé. Sachant que son discours, qui a été critiqué par les étudiants, sortis en masse manifester dans plusieurs villes, ne va pas emballer les Algériens, dont l’objectif est le départ du régime et de ses têtes, il axé l’essentiel de second discours sur la lutte contre la corruption.

    Selon lui, les services du MDN disposent de dossiers de corruption « très lourds », portant sur des montants astronomiques. Le général de corps d’armée, dont les propos ont été rapportés par la chaîne A3 de la télévision nationale, a assuré avoir pris connaissance « personnellement » de la teneur de ces dossiers, qui, a-t-il précisé, ont été mis à la disposition de la Justice, maintenant que celle-ci s’est libérée des « pressions ».

    Pour le chef d’État-major, le traitement de ces dossiers ne saurait attendre, au risque de voir les personnes impliquées échapper à la Justice.

    Dans le même contexte, il a promis de « nettoyer l’Algérie des corrompus et des corrupteurs ; mais aussi de ceux qu’il a qualifiés d’ « arrivistes, qui ont profité des richesses du pays à bien des égards et veulent aujourd’hui donner des leçons à l’ANP et à son commandement ».

    Qui sont-ils et quel est le rapport entre ces « prédateurs » et « ceux qui veulent entraîner l’Algérie vers le vide constitutionnel en déstabilisant le pays » ? Il n’a donné aucun détail, mais a tenu à préciser que « les services de sécurité se sont chargés de mettre ces dossiers à la disposition de la Justice, pour les étudier et pour poursuivre tous ceux qui sont impliqués ».

    Ahmed Gaïd Salah a parlé d’ « un consensus national perçu à travers les slogans scandés lors des marches de vendredi », tout en évoquant « certaines parties, qui œuvrent à semer les graines de la discorde en conformité avec leurs intérêts étroits et ceux de leurs commanditaires ».

    Qui sont ces parties, qui agissent librement sans être gênées, et qui sont leurs commanditaires que le chef d’Etat-major donne l’impression d’avoir identifiés ? Ces adversaires ne vont pas manquer de l’accuser d’entretenir le suspense afin de gagner du temps.

    Quoi qu’il en soit, devant une classe politique amorphe et opportuniste, il ne risque pas d’être embarrassé.

    Mohamed Mebarki

    Source : L’Est Républicain, 2 mai 2019

    Tags : Algérie, transition, Hirak, armée, Gaïd Salah, corruption,

  • Algérie : Saïd Bouteflika voulait limoger Gaïd Salah

    Révélations du général Nezzar : Saïd Bouteflika voulait limoger Gaïd Salah

    Saïd Bouteflika projetait de démettre Gaïd Salah de ses fonctions au moment où ce dernier est entré en lutte contre le clan présidentiel. C’est en substance l’une des informations capitales à retenir dans le témoignage apporté hier par l’ancien ministre de la Défense au sujet des derniers jours du règne des Bouteflika.

    Abla Chérif – Alger (Le Soir) – Dans leur globalité, les révélations, car s’en est, tendent à démontrer l’intensité de la lutte qui faisait rage au sommet au moment où le pouvoir ébranlé tentait de faire face à la colère des Algériens déterminés à ne plus se taire.

    Le témoignage de Khaled Nezzar cible l’homme fort des Bouteflika, Saïd, conseillé de l’ancien Président et détenteur, dit-on, de tous les pouvoirs depuis la maladie invalidante de son frère Président. Jusqu’aux derniers moments, celui-ci menait une lutte acharnée destinée à contrecarrer la révolution qui s’est mise en place et torpiller le plan mis en place par le chef d’état-major pour accélérer la démission de l’ancien Président. Khaled Nezzar affirme témoigner «pour l’Histoire» et «pour dire jusqu’où était décidé à aller cet homme qui ne voulait pas comprendre, qui ne voulait pas imaginer, que le rideau était définitivement tombé».

    Dans cet état d’esprit, il multiplie les tentatives, et prend par deux fois (le 7 et le 30 mars) attache avec le général à la retraite lui demandant ses conseils durant les moments cruciaux. «Jusqu’à la fin du mois de mars, Saïd Bouteflika était prêt à tout, y compris instaurer «l’état de siège», pour ne pas céder le pouvoir malgré les manifestations populaires massives qui secouaient le pays», témoigne-t-il. Il ajoute que «jusqu’à la dernière minute, le porte-parole du Président – son frère Saïd – s’est accroché au pouvoir, multipliant les tentatives de diversion, les manœuvres, les manigances désespérées pour garder la haute main sur les affaires du pays».

    De la rencontre du 7 mars, il garde cependant l’image d’un «homme visiblement dans le désarroi». A la question de savoir quelle décision adéquate pouvait être prise en de telles circonstances, l’ancien général soumet deux propositions allant dans le sens des revendications exprimées par le mouvement populaire.

    En substance, elles se résument à fixer une échéance à l’étape de transition proposée dans la première lettre de Bouteflika et à remplacer le gouvernement Ouyahia par une équipe de technocrates, ou, en second lieu, le retrait du Président par démission ou invalidation par le Conseil constitutionnel et mise en place de commissions indépendantes préparant les futures élections et instruments pour aller vers une deuxième République. Il suggère également la démission du président du Conseil constitutionnel et ceux des deux Chambres du Parlement.

    Saïd Bouteflika refuse la démission de son frère Président, celle de Taïeb Bélaïz, celle de Bensalah et Moad Bouchareb. Il les qualifie de «dangereuses pour eux». Face à lui, l’ancien général demande : «Et si cette énième lettre était rejetée, que feriez-vous ?». La réponse est choquante : «Ce sera l’état d’urgence ou l’état de siège.» «J’étais surpris par tant d’inconscience. Je lui répondis : « Si Saïd, prenez garde, les manifestations sont pacifiques, vous ne pouvez en aucun cas agir de cette manière ! » A cet instant, je me suis rendu compte qu’il se comportait comme le seul décideur et que le Président en titre était totalement écarté», écrit l’ancien ministre de la Défense.

    Le second échange entre les deux hommes se déroule lors d’une conversation téléphonique survenue quelques jours après l’annonce, par Bouteflika, du report de l’élection présidentielle et de sa décision de renoncer à un cinquième mandat.

    Dans le pays, les évènements se sont accélérés. Le chef d’état-major, qui comptait parmi les fidèles du Président, venait de lâcher son ami exigeant de lui une démission immédiate en réponse au Hirak. Bouteflika et sa famille résistent, mais Gaïd Salah revient à la charge une seconde fois et demande l’application, sans tarder, de l’article 102. Les deux interventions publiques ont été précédées d’importantes réunions au sein de l’état-major. Les principaux chefs militaires mais aussi le chef de la Garde républicaine (jusque-là acquis à Bouteflika) assistant au second conclave. Saïd Bouteflika perd pied à ce moment, fait part de ses inquiétudes «d’être arrêté à tout moment» et projette dès lors d’écarter Gaïd Salah.

    «Le 30 mars, vers 17 heures, nouvelle tentative du même Saïd Bouteflika pour me joindre, cette fois-ci au téléphone (…) Au son de sa voix, j’ai compris qu’il était paniqué. Il me dit que le vice-ministre de la Défense et chef d’état-major de l’ANP était en réunion avec des commandants des forces et qu’il pouvait agir contre Zéralda d’un instant à l’autre. Il voulait savoir s’il n’était pas temps de destituer le chef d’état-major. Je l’en dissuadai fortement au motif qu’il serait responsable de la dislocation de l’armée en cette période critique».

    Saïd Bouteflika a-t-il tout de même tenté d’écarter le chef d’état-major ? La confusion ayant régné tout le long de la nuit allant du 1 er au 2 avril laisse penser que la tentative a bel et bien eu lieu. Deux communiqués bizarres postés ce soir-là sur Facebook ont attiré l’attention. Le premier émanait de la présidence de la République et annonçait le limogeage de Gaïd Salah.

    A quelques minutes d’intervalle, un second communiqué officiel émanant du ministère de la Défense démentait l’information. La confusion avait alors atteint son comble. Par son témoignage, Khaled Nezzar lève probablement un coin du voile qui occulte les faits de la terrible guerre des clans qui s’est produite à ce moment-là.

    De manière directe, il enfonce aussi gravement Saïd Bouteflika au moment où celui-ci se trouve particulièrement ciblé par la rue.

    A. C.

    Source : Le Soir d’Algérie, 30/04/2019

    Tags : Algérie, transition, article 102, Saïd Bouteflika, Gaïd Salah, armée, Hirak,

  • Algérie : Revoilà l’APN

    Aprés une éclipse de plus de deux mois : Revoilà l’APN

    L’Assemblée populaire nationale (APN), après s’être totalement effacée de la scène nationale depuis le mouvement populaire du 22 février, va reprendre ses activités.

    Ce jeudi, en effet, le bureau del’APN a programmé une séance de questions orales. Huit ministres seront ainsi appelés à répondre aux interpellations desdéputés.

    Les membres du gouvernement répondre aux questions de pas moins de 24 députés. Cette activité d’une bonne partie des membres de l’Exécutif constituera, à coup sur, une bouffée d’oxygène.

    Les ministres du gouvernement de Noureddine Bedoui sont, faut-il le rappeler, fortement décriés par la population.

    Depuis sa nomination par le président dela République, deux jours avant sa démission, plus exactement le 31 mars dernier, le gouvernement se trouve dans une très mauvaise posture.

    Le Premier ministre est la cible, à chaque manifestation des vendredis, d’attaques répétées par les manifestants qui réclament à cor et à cri son départ.

    Noureddine Bedoui se fait, par conséquent, très discret tant ses apparitions publiques sont très rares. Comme seule activité, il se contente de présider des réunions du gouvernement, qu’il réunit généralement tous les mercredis. Cette situation inédite s’est, à l’évidence, répercutée sur les activités des ministres.

    Ces derniers, fortement décriés par la population, ont du mal à effectuer des visites sur le terrain. De nombreux ministres ont été empêchés par la population, lors de leur déplacement dans de nombreuses wilayas, d’effectuer leurs activités, quand bien même ils étaient accompagnés par un important dispositif de sécurité.

    Il n’ ya pas que le gouvernement qui se trouve dans cette situation exceptionnelle, puisque l’APN, a aussi subi de plein fouet, les repercussionsdu mouvement populaire. Cette Assemblée qui, bien avant le début du mouvement populaire, est fortement discréditée et accusée de n’être qu’une Chambre d’enregistrement.

    Auprès de l’opinion publique, elle ne jouit d’aucune sympathie, et il est très souvent reproché aux députés, de ne se soucier que de leurs étroits intérêts et de leur salaire, que les Algériens considèrent comme mirobolants.

    En cadenassant l’APN lors du coup de force contre l’ancien président Said Bouhadja, les députés de la majorité ont davantage terni l’image de l’Assemblée. On comprend dès lors pourquoi, suite au mouvement populaire, les Algériens, presque à l’unisson, réclament la dissolution de cette Assemblée qui souffre d’un grand déficit de légitimité.

    En programmant une séance de questions orales, après une quasi paralysie de plus de deux mois, l’Assemblée tente de faire l’impasse sur toutes les critiques et faire comme si derien n’était.

    Par : LAKHDARI BRAHIM

    Le Midi Libre, 29 Avril 2019

    Tags : Algérie, Assemblée populaire nationale, APN, transition, Bedoui,

  • Algérie : La rue disqualifie la présidentielle

    9e VENDREDI DE CONTESTATION
    La rue disqualifie la présidentielle

    Une pression très forte s’exerce depuis deux semaines pour l’annulation de l’ élection présidentielle compromettant ainsi la dernière véritable carte politique jouée par les dirigeants actuels.

    Abla Chérif – Alger (Le Soir) – Il ne se passe plus, en effet, un jour sans que des appels au rejet du processus électoral devant aboutir à l’élection d’un nouveau chef d’État le 4 juillet prochain soient enregistrés. Depuis que l’annonce en a été faite, la rue gronde à cet effet tous les vendredis. De très nombreux slogans rejetant cette option sont exprimés dont quelques-uns souvent très durs et entendus d’un bout à l’autre du territoire national. Hier encore, dans les rues d’Alger, on pouvait lire sur des affiches : «On ne fait pas du neuf avec du vieux, pas d’élections avec cette bande.»

    En substance, le même message a été transmis mardi dernier par les étudiants sortis en force maintenir la pression pour le départ de tous les symboles du système. Sur une chaîne de télévision privée, l’un d’eux résumait tout l’esprit de la revendication : «Aller à un scrutin avec les mêmes hommes équivaudrait à annuler notre révolution et tout ce que nous avons fait depuis le 22 février dernier.»

    Ce sentiment est très largement partagé, y compris par ceux-là mêmes censés appuyer techniquement la démarche puisque les magistrats et les maires ont annoncé à leur tour leur intention de ne pas «gérer» les élections du 4 juillet prochain.

    Jeudi, le Club des magistrats a tenu à expliquer les raisons de cette démarche. Selon son porte-parole (interrogé par TSA), les magistrats refusent de travailler sur la base du code électoral actuel car «le rôle du juge est purement statistique, il ne peut ni visiter ni surveiller les centres de vote, il ne fait que valider les résultats qui lui sont présentés».

    «Ce n’est une opposition ni à l’armée ni à son commandement», a tenu à préciser ce dernier. Cette position fait-elle l’unanimité chez les magistrats ? Il est à rappeler que, durant les rassemblements organisés par ces derniers, il a été annoncé à l’opinion publique que le boycott était un soutien au mouvement populaire.

    Dans les deux cas, le fait essentiel demeure le même, puisque le scrutin est rejeté. Avec le refus de nombreux maires de superviser l’opération, la décision des magistrats constitue un élément fondamental dans le blocage du processus et les dirigeants actuels l’ont compris.

    Dans un communiqué publié cette semaine, le Club des magistrats a fait savoir que des pressions se sont exercées sur leurs confrères de Oued Souf et Annaba. Ces pressions n’ont pas eu raison de la détermination affichée puisque le corps concerné a refusé ce mardi d’entamer la révision du corps électoral. Cette déclaration a été faite mardi, à quelques heures de l’annonce de la démission du président du Conseil constitutionnel et son remplacement par Kamel Fenniche.

    L’homme n’est finalement pas aussi inconnu qu’on le croyait. Des victimes du Printemps berbère l’ont désigné comme étant le procureur (à Béjaïa) qui les avait condamnés. Sur la toile, les Algériens se sont enflammés et remplacé le nom de Belaïz par celui de Fenniche sur la liste des personnes appelées à «dégager».

    Des spécialistes en droit constitutionnel sont, en outre, intervenus le jour de sa nomination expliquant que la démission de Belaïz à l’heure où la révision du corps électoral débutait n’est pas un élément de blocage réel, contrairement à la nomination de son remplaçant. Ces derniers affirment que sa désignation est illégale au regard de l’article 183 de la Constitution qui stipule que le président du Conseil constitutionnel et son vice-président font partie des quatre personnes devant être nommées par le président de la République et doivent être les représentants du pouvoir exécutif et non du pouvoir constitutionnel.

    Le problème fondamental mis en avant par ces mêmes constitutionnalistes est cependant davantage politique. Il est directement lié la crise de confiance, au rejet par les Algériens des figures qui veulent organiser ce scrutin ce qui rend leur tenue pratiquement impossible aujourd’hui.

    Cette situation semble d’ailleurs liée à la déclaration du chef d’état-major.

    Après avoir déclaré que les slogans des manifestants étaient irréalisables, ce dernier a changé de ton en affirmant que «toutes les perspectives possibles restent ouvertes afin de surpasser les difficultés et trouver une solution à la crise dans les meilleurs délais». Va-t-on vers l’annulation des élections du 4 juillet ?

    A. C.

    Le Soir d’Algérie, 20 avr 2019

    Tags : Algérie, transition, article 102, armée, corruption,

  • Algérie – Neuvième vendredi de manifestation à Alger : la mobilisation reste forte, mais les divergences politiques surgissent

    Par Nabil Semyane

    Algérie1, 9 Avril 2019

    Ce vendredi 19 avril 2019 marque le neuvième acte du mouvement de protestation qui dure mais surtout qui tient bon depuis le 21 février. A Alger, vitrine et épicentre de la protesta, la foule est encore au rendez-vous. Les inquiétudes de la matinée s’estompaient à mesure que les heures passaient et les manifestants affluaient.

    De Kabylie surtout, malgré les barrages filtrants et de longues files de véhicules et de bus sur l’autoroute est- Ouest, selon des témoignages. Des manifestants venus aussi de Blida Tipasa, de Ain Defla. Même du Sud du pays. « C’est Alger le cœur du Hirak », résume un habitant d’El Mgheyer, Wilaya de Oued Souf, qui a passé la nuit de jeudi à vendredi dans un hôtel, avenue Ben Boulaid, pas loin de la Grande Poste « pour être au rendez-vous».

    A Midi l’esplanade de la grande poste est noire de monde, tel un serpent qui sur le boulevard Didouche, jusqu’ à la place Maurice Audin, du nom de ce jeune mathématicien français mort sous la torture des soldats du Général Massu, pour la Révolution algérienne.

    Après la sortie des fidèles des mosquées, c’est le raz de marée humain. De tous les boulevards, ça se déverse par escouades successives, direction la Poste. La foule est bien au rendez-vous et les craintes de voir certains rester à la maison ne se sont pas avérées, notamment les familles, après les incidents de vendredi passé.

    Toujours la même joie, la même convivialité des manifestants, surtout des jeunes avec des couleurs à profusion, avec dominante vert, Blanc, rouge, le drapeau national. Mais aussi l’emblème Amazigh. Un pied de nez à Gaid Salah, après ses propos à Ouargla sur « le respect du drapeau national ».

    Question slogan, c’est quasiment les mêmes qui reviennent depuis quelques semaines. « Vous avez bouffé le pays, bande de voleurs », « Quand l’arbitraire est loi, la résistance devient devoir », « ils partiront tous, on a dit tous » , sont autant de slogans entonnés ou inscrits sur les banderoles.

    En fin de matinée, un groupe de « Patriotes » en tenue de paras, venus de Khenchela ont ravi l’attention des manifestants. Sous la conduite d’un « chef d’orchestre » ils répètent des slogans bien appris. « Zeroual, le devoir t’appelle », « Ya Toufik y a Khaine (Toufik traitre), répètent-ils dans un chœur ponctué de « Kassaman ».

    Gaid Salah n’est pas épargné en image et en son. Sur une pancarte, on le voit affalé sur un canapé et Ben Salah assis sur son biceps. « Gare aux manœuvres », lit-on en bas du dessein. « Les fils du complot commencent à se démêler », clame une autre pancarte sur laquelle on voit encore le chef de l’Armée.

    Tout au long de la rue Didouche, des groupes de manifestants pour échanger sur la crise, son dénouement. Avec des termes parfois vifs qui montrant que chacun voit midi à sa porte et que le consensus, ce n’est pas pour demain la veille.

    Mustapha Bouchachi, entouré de ses amis a fait une incursion à la rue Didouche. « Le Hirak doit se poursuivre et la pression ne doit pas être lâchée, jusqu’à ce qu’ils partent tous », assène t-il sous les acclamations de la foule qui crie « Bouchachi, président ! Bouchachi président ! »

    Si le Mouvement n’a pas perdu de sa vigueur, ni de ses couleurs et de ses sonorités, ni de convivialité joyeuse, reste qu’il y a comme un sentiment de déjà vu, de déjà entendu. Comme sur ce plan , le Hirak a épuisé tous ses charmes. Peut-être est-il déjà temps de passer au coup d’après.

    Tags : Algérie, manifestation, vendredi, transition, article 102, Gaid Salah, armée,

  • Algérie : Un message brouillé

    par Kharroubi Habib

    En déclarant lors de sa très attendue allocution de mardi que «toutes les perspectives possibles restent ouvertes afin de surpasser les difficultés et trouver une solution à la crise dans les plus brefs délais », le commandant en chef de l’armée à voulu faire comprendre que si l’institution militaire à initialement privilégié l’option de la transition dans le cadre constitutionnel, elle ne fait plus de cette démarche un dogme sur lequel elle ne transigerait pas.

    Le message de Gaid Salah aurait pu atteindre son objectif d’autant qu’il a été précédé par l’annonce de la démission du controversé président du Conseil constitutionnel qui était appelé à jouer un rôle clef durant cette transition. Il a été toutefois incontestablement brouillé par l’autre annonce faite que le chef de l’Etat Abdelkader Bensalah avait procédé à la nomination du remplaçant de Tayeb Belaiz.

    La célérité avec laquelle il a été procédé au remplacement de ce dernier et au-delà de la pertinence ou non du choix de la personnalité désignée, a été perçue comme le signe que le pouvoir maintiendrait en réalité le cap dans la mise en œuvre de la transition constitutionnelle.

    Il parait en effet évident qu’en s’empressant de nommer un nouveau président du Conseil constitutionnel, ceux qui en ont pris la décision se sont préoccupés d’assurer la poursuite des opérations ayant été enclenchées dans le cadre de l’organisation de l’élection présidentielle censée avoir lieu le 4 juillet prochain.

    Du moment que Gaid Salah a soutenu que toutes les perspectives possibles restent ouvertes dont il peut en résulter une démarche pour une transition faisant consensus entre l’armée et le mouvement citoyen, il aurait pu « suggérer » au président de l’Etat de surseoir à la nomination du nouveau président du Conseil constitutionnel.

    Dans le même allocution au cours de laquelle il a tenu des propos qu’ils voulait rassurants sur l’engagement de l’armée à rester au côté du peuple afin que se réalisent ses revendications et aspirations légitimes, le chef de l’état-major de l’ANP s’en est pris à des milieux qui selon lui seraient encore à la manœuvre et gardent une capacité de nuisance.

    Il peut être déduit de cette affirmation que la guerre des clans qui a ponctué le règne de Bouteflika n’a pas pris fin avec la démission de celui-ci et que le pouvoir de fait qui s’est substitué à lui en vit lui aussi une dont l’enjeu est le pilotage de la période de transition et l’élection présidentielle qui va en être l’ultime séquence.

    C’est la raison pour laquelle la mobilisation populaire ne doit pas fléchir et que le mouvement citoyen doit rester vigilant à ne pas s’en tenir aux proclamations d’adhésion à ses revendications et aspirations qui lui promettent qu’elles seront réalisées et à ne pas succomber aux manœuvres visant à lui faire prendre parti dans la guerre entre clans du pouvoir visant leur recyclage dans l’ère post-Bouteflika.

    Le quotidien d’Oran, 19 avr 2019

    Tags : Algérie, Transition, Gaid Salah, armée, article 102,