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  • Algérie: La dernière tentation des retardataires

    La révolution continue sa marche, gaiement dans son expression, sale et haineuse dans ses coulisses. De plus en plus, les positions se radicalisent et les hypocrisies se cristallisent. Il faut dire que la nouvelle mode en ces temps de Révolution, ce sont ces selfies pris par les uns et les autres dans les marches pour clamer son positionnement et sa nouvelle légitimité pour aller envahir les réseaux sociaux et se refaire une virginité.

    Mais plus qu’une virginité, ces opportunistes de tout bord, se permettent aujourd’hui de dérouler leurs propositions de sortie de crise. Des propositions qui n’ont rien d’innovants sinon reprendre les différents slogans affichés par les jeunes du «hirak», en clamer la paternité, et se positionner dans cette nouvelle Algérie qui se dessine.

    La nouvelle mode en ces temps de Révolution, c’est de s’en prendre à tout ce qui est Etat, en mélangeant sciemment, ou tout bonnement, par ignorance Etat et pouvoir. Des agissements de loubards qui veulent prendre le train en marche. Ainsi, alors que des millions d’Algériens marchent et manifestent pour une nouvelle Algérie, certains, toute honte bue, veulent se positionner pour de basses ambitions personnelles. Et pour ce, ils se veulent plus virulents que ne le sont ces formidables jeunes qui rêvent de lendemains meilleurs. Un opportunisme de bas étage qui renseigne sur ces révolutionnaires du dernier quart d’heure qui infestent les plateaux de télévisions et les pages des réseaux sociaux.

    Le drame de cette Révolution du sourire est bien là. Il est dans ces énergumènes qui ne pensent qu’à eux ou qui ne pensent qu’à mettre en pratique les visées de leurs maîtres qu’ils soient d’ici ou d’ailleurs. Et le danger est bien là. Voir cette Révolution pacifique prendre les chemins dangereux de l’affrontement et de la violence qui ne menacent pas uniquement ce magnifique élan d’un peuple assoiffé de démocratie et de liberté, mais surtout la paix et l’avenir de tout un pays.

    Ces pyromanes de la dernière minute qui n’ont pas fini de traire l’Algérie jusqu’au sang, et qui sont dans tous les clans et tous les râteliers, doivent être débusqués et neutralisés, car, pour satisfaire leurs démesurées ambitions, ils n’hésiteront pas à manœuvrer pour l’effondrement de l’Etat bien avant le seul pouvoir. Ils n’hésiteront pas à faire de nos jeunes des chairs à canons et à marcher sur leurs corps pour atteindre leurs objectifs et épancher leur soif du pouvoir. Mais il ne fait aucun doute que le «hirak» vaincra et sûrement sans ces opportunistes.

    Par Abdelmadjid Blidi

    Ouest Tribune, 17 avr 2019

    Tags : Algérie, transition, article 102, Gaid Salah, armée,

  • Algérie : Gaïd Salah insiste sur la préservation de l’indépendance de l’Algérie

    Au 4e jour de sa visite dans la 4e Région militaire, le général de Corps d’Armée, Ahmed Gaïd Salah a insisté sur la nécessité de relever plusieurs défis, essentiellement ceux ayant trait à la “sauvegarde de l’indépendance de l’Algérie, la consolidation des fondements de sa souveraineté nationale, son intégrité territoriale et la préservation de la force et la solidité des liens de son unité populaire… “.

    Le chef d’état major de l’Armée a réitéré les missions nobles dont l’Armée nationale populaire s’honore toujours de les exécuter de la manière la plus appropriée et la plus judicieuse, entre autres au “peuple algérien le droit de vivre dans la sécurité et la paix”.

    Des grandes puissances veulent refaire la carte du monde suivant leurs intérêts

    Le vice-ministre de la Défense nationale a, par ailleurs, accusé “des parties et des grandes puissances qui œuvrent à refaire la carte du monde suivant leurs intérêts, même si cela devait se faire au dépens de la liberté, de la sécurité, de l’indépendance et de la souveraineté nationale des peuples”.

    Mise à l’échec de toutes les tentatives visant la sécurité du pays
    Gaïd Salah a déclaré également que “Toutes les tentatives désespérées ciblant la sécurité et la stabilité de notre pays ont échoué, et vont encore échouer dans l’avenir grâce à l’aide d’Allah Le Tout-Puissant, puis grâce aux efforts laborieux et fructueux, que l’Armée nationale populaire, digne héritière de l’Armée de libération nationale, ne cesse de consentir, en s’inspirant de son dévouement aux valeurs de novembre et son message éternel afin que l’Algérie demeure unie et indivisible conformément au serment prêté au service de la patrie”.

    Echoroukonline, 18 avr 2019

    Tags : Algérie, transition, article 102, Gaid Salah, armée,

  • La crise politique en Algérie n’a aucun impact sur la position du pays dans le conflit du Sahara Occidental

    La crise politique en Algérie n’a aucun impact sur la position du pays dans le conflit au Sahara occidental. Telle est la position d’un membre de la direction et responsable des relations extérieures du Front Polisario.

    Mhamed Khadad, membre de la direction et responsable des relations extérieures du Front Polisario, a livré son point de vue sur la crise politique qui sévit actuellement en Algérie et ses possibles répercussions sur la position du pays sur la question du Sahara occidental.

    «La situation en Algérie est une question strictement interne qui concerne l’État et le peuple algériens avant tout», a-t-il déclaré, avant de confier: «Nous souhaitons dans ce cadre la paix, la sécurité, la stabilité et le succès pour le peuple algérien».Le responsable estime que la position d’Alger sur le Sahara occidental devrait «rester la même» car elle découle d’«une question de principe».

    «En ce qui concerne le soutien de l’Algérie à la cause du peuple du Sahara occidental, il n’y a ni réticence ni hésitation dans la position algérienne, qui est une position de principe envers toutes les luttes de décolonisation et d’autodétermination dans le monde», a affirmé Mhamed Khadad.

    Le 2 avril, sur fond du mouvement de contestation populaire qui touche l’Algérie depuis le 22 février, le Président algérien Abdelaziz Bouteflika, 82 ans, a mis fin à son mandat présidentiel. Suite à cette démission, le Parlement algérien a entériné la vacance définitive du poste de Président de la République et désigné le Président du sénat, Abdelkader Bensalah, comme chef d’État par intérim pour une durée de 90 jours. Durant cette période, ce dernier doit s’atteler à l’organisation d’une élection présidentielle à laquelle il n’aura pas le droit d’être candidat.

    News Front, 15 avr 2019

    Tags : Algérie, transition, article 102, Sahara Occidental, Maroc,

  • Algérie : Sale temps pour les fraudeurs en transfert de devises vers l’étranger

    Depuis le début du mouvement populaire contre le système politique, des soupçons ont pesé sur des hommes d’affaires quant à des opérations de transfert illicite de devises vers l’étranger.

    Karim Aimeur – Alger (Le Soir) – A la fin du mois de mars, alors que la polémique faisait rage sur cette question, la Banque d’Algérie, dirigée par Mohamed Loukal, a affirmé que les informations relatives aux transferts de capitaux, par le canal bancaire, « sont dénuées de tout fondement ». Mais avant-hier, dans la soirée, le ministère des Finances, dirigé par le même Mohamed Loukal, entre-temps promu ministre dans le gouvernement de Bedoui, a annoncé la mise en place d’un comité de veille et de suivi, chargé de suivre l’évolution des transferts en devises vers l’étranger.

    Son objectif ? Renforcer la vigilance en matière de transactions financières avec le reste du monde et débusquer les fraudeurs. Ce comité est composé de hauts fonctionnaires du ministère des Finances, de représentants de la Banque d’Algérie (BA) et de représentants de la communauté bancaire (Abef).

    Le comité a pour mission de s’assurer que les opérations de transferts en devises par les banques, en tant qu’intermédiaires agréés, sont exécutées dans le strict respect de la réglementation des changes édictée par la Banque d’Algérie, a expliqué le ministère des Finances.

    Que s’est-il alors passé entre-temps pour que M. Loukal passe d’un homme qui « dément des rumeurs » à un homme qui « donne du crédit aux mêmes rumeurs » ?

    Il y a d’abord sa promotion au poste de ministre. Mais il y a surtout ce communiqué du chef d’état-major de l’APN qui a parlé ouvertement de tentatives de faire fuir des capitaux volés et s’enfuir vers l’étranger.

    Le 2 avril, jour de la démission de Bouteflika, Ahmed Gaïd Salah a parlé de « vastes opérations de pillage et de dilapidation qu’a connues notre pays, ciblant ses potentiels et ressources économiques et financières ». Il s’est interrogé sur « les moyens qui ont permis à cette poignée de personnes d’amasser des richesses immenses par des voies illégales et dans un court laps de temps, en toute impunité, profitant de leur accointance avec certains centres de décision douteux, et qui tentent ces derniers jours de faire fuir ces capitaux volés et s’enfuir vers l’étranger ».

    Dans son communiqué, le ministère des Finances a expliqué que les opérations de transferts en devises par les banques sont classées en trois catégories. Il s’agit du règlement des opérations d’importation de biens et services, conformément à la législation et à la réglementation régissant le commerce extérieur et des changes en vigueur, des transferts dans le cadre d’investissements à l’étranger effectués par un opérateur résident en Algérie et les transferts des dividendes liés à des investissements directs en Algérie.

    En tout cas, l’annonce du ministère des Finances confirme les soupçons sur des opérations de transferts illicites de devises à l’étranger.

    Mais la décision semble avoir des objectifs politiques destinés, au même titre que la décision relative à l’interdiction de sortie de territoire national pour plusieurs hommes d’affaires, à calmer la rue qui demande des comptes aux « voleurs ». C’est une réponse au slogan « Vous avez dévoré le pays, espèce de voleurs ». « C’est destiné à calmer le peuple en lui disant qu’on est en train de surveiller le mouvement des capitaux », soutient l’expert économique Ferhat Aït Ali, contacté par Le Soir d’Algérie.

    Il affirme que le ministère des Finances n’a pas le droit d’installer un tel comité qui relève des prérogatives de la Banque centrale.

    « C’est une compétence de la Banque d’Algérie de contrôler a posteriori la régularité des opérations de transfert de devises. Il s’agit donc d’un empiétement des prérogatives de la Banque centrale », souligne notre interlocuteur.

    K. A.

    Le Soir d’Algérie, 15 avr 2019

    Tags : Algérie, Transition, Article 102, armée, Bensalah, Bedoui, Gaid Salah,

  • ALGERIE: VOX POPULI, VOX DEI

    M’hamed Khodja

    Le divorce semble définitivement consommé entre le peuple et ses gouvernants. Si ces derniers se drapent dans les oripeaux d’une Constitution faite sur mesure et qu’ils manient à leur guise pour poursuivre leur feuille de route, les manifestants leur opposent l’éclatante volonté populaire avec un seul mot d’ordre : qu’ils partent tous, « Yetna7aw ga3 » !

    Ce bras de fer ne se suffit-pas de demi-mesures ou de compromis qui ressembleraient plus à des compromissions. Le décalage entre la volonté populaire et la stratégie du « régime » est sans appel, la première forte d’une légitimité unique dans les annales politiques algériennes car unanime et créant le moment fondateur d’un nouveau contrat social, national, populaire et sans exclusive, tandis que le second, relégué par la dynamique des événements qui se succèdent depuis le 22 février, à un pouvoir de fait, un « régime » illégitime qui semble jouer la montre afin de trouver la parade pour se régénérer.

    Le discours du chef d’état-major de l’ANP Ahmed Gaïd Salah, qui s’est positionné d’une manière spectaculaire le 2 avril aux côtés des aspirations populaires, reprenant la phraséologie et les arguments du « hirak », surtout la notion de « clique mafieuse », « 3issaba », a certes précipité la démission de l’ancien président Abdelaziz Bouteflika. Il a surtout donné l’impression d’une communion entre l’institution militaire et le peuple, un retour au slogan « armée-peuple : frères », « Djeïch-Chaab : khawa-khawa ».

    Ce discours était « le » moment fondateur, ou censé tel, d’une compréhension et d’une prise en charge des revendications populaires par la seule institution de l’Etat dont la légitimité a été portée au zénith par le « hirak ». L’intelligence collective qui, a élaboré des revendications simples mais très sophistiquées en termes de représentation et de scénarisation des slogans continue, malgré la démission de Bouteflika, d’exiger le départ des « 4B ».

    Le quatuor Bensalah-Belaïz-Bedoui-Bouchareb, tous, responsables désignés, non issus du suffrage du peuple, doivent, selon la Constitution de 2016, piloter la période post-démission de l’ancien chef de l’Etat jusqu’à l’élection d’un nouveau président durant les 90 jours. Ce que le peuple a évacué d’un revers de main avec le slogan « les 4B : dégage » !

    Et c’est justement là que le décalage entre les attentes des uns et les attitudes des autres s’est installé d’une manière durable. Avec l’application de l’article 102 dans son acception la plus stricte, le peuple algérien, et avec lui son armée, se sont retrouvés comme piégés par une dynamique qui leur impose au moins deux des quatre B ! Ainsi, Abdelkader Bensalah est passé automatiquement de la présidence du sénat à celle de l’Etat. Et conformément à l’article 104, Noureddine Bedoui, le Premier ministre nommé par l’ancien président demeurera en fonction jusqu’à l’élection du successeur de Bouteflika.

    Ahmed Gaïd Salah s’est-il plaint de cet état de fait dans son discours du 10 avril, ou conforte-t-il l’idée que sa préférence va au respect strict des modalités qui découlent de la Constitution ? Peut-être les deux à la fois ! En se conformant à la Constitution, Gaïd Salah déçoit plus qu’il ne conforte le « hirak ».

    Pour Fateh Khenenou, enseignant à l’Ecole nationale supérieure de sciences politiques d’Alger, il y a « une crise de confiance entre le pouvoir en place et le hirak ». Les clés de compréhension de cette crise de confiance sont simples selon notre interlocuteur : « Le pouvoir n’a pas compris qu’il y a transformation dans le processus de légitimation : nous sommes passés de la force de la loi à la force de la rue. Celle-ci refuse les thèses du pouvoir qui se fonde sur le droit constitutionnel pour imposer la solution préconisée par l’article 102. »

    Ainsi, « cette mobilisation sociale, ce hirak populaire, constitue une force sociétale qui s’exprime par millions, ce qui démontre que l’Algérie vit une période de changement social radical. Le peuple refuse de dialoguer avec le pouvoir auquel il récuse la solution de sortie de crise (la constitution actuelle), tout en lui opposant une nouvelle vision qui s’inspire des articles 07 et 08 », précise Fateh Khenenou.

    C’est donc le retour à la notion de peuple, source du pouvoir, qui constitue la pierre d’achoppement dans la crise politique que traverse le pays. Le refus des symboles du pouvoir, passés et/ou présents est consubstantiel à la volonté de changement radical de système politique.

    L’éradication de la « clique mafieuse » est loin d’être une réalité et les mécanismes actuels de sortie de crise tels que proposés par le régime sont perçus plus comme les leviers actifs d’une contre-révolution en marche. Plus qu’un décalage, c’est une rupture historique qui s’opère entre le peuple et ses gouvernants, qualifiés d’illégitimes. Ces derniers feignent d’oublier l’adage qui glorifie le magistère du peuple : Vox Populi, Vox Dei, le voix du Peuple est la voix de Dieu.

    Le Jeune Indépendant, 14 avr 2019

    Tags : Algérie, Présidentielles 2019, Bouteflika, transition, article 102,

  • Algérie: Bensalah, le rejet!

    Nouvelle mobilisation à valeur référendaire contre le président par intérim et son plan de sortie de crise : Bensalah, le rejet !

    Huitième vendredi de mobilisation des citoyens à Alger et à travers le territoire national depuis le déclenchement du mouvement populaire le 22 février dernier. Rejetant de fond en comble les propositions de sortie de crise du gouvernement, y compris l’annonce faite par le chef de l’Etat par intérim, Abdelkader Bensalah, sur l’organisation de l’élection présidentielle le 4 juillet prochain, les manifestants restent catégoriques en exigeant le départ de tous les symboles du système.

    Hier encore, ils étaient des centaines de milliers à envahir les rues de la capitale face à un dispositif sécuritaire renforcé. Bien que l’ensemble des accès menant à la capitale ait été bloqué la veille par des barrages de la Gendarmerie nationale, la mobilisation a été très forte dès la matinée.

    D’ailleurs, la densité de la foule a contraint les forces de l’ordre à plus d’une reprise de faire marche arrière et céder. Hommes, femmes et même enfants ont été de la partie scandant en chœur « Bensalah dégage», «Gaïd dégage», «Dégagez tous» et «Vive l’Algérie».

    Sur les pancartes arborées par les manifestants, on pouvait lire des messages accusant Gaïd Salah d’avoir lâché le mouvement populaire. «Nous sommes arrivés à la mi-temps mais Gaïd a vendu le match », tandis que d’autres appellent Bensalah à présenter sa démission. Lassé par ce qu’il qualifie de «manœuvres du gouvernement», le peuple n’a jamais été aussi clair qu’hier.

    Au tunnel des facultés, ils étaient des milliers à scander en boucle «partez tous». Les manifestants, déterminés à aller jusqu’au bout, ont appelé hier à la mise en place d’une période de transition avec de «nouvelles têtes» rejetant ainsi toute solution constitutionnelle. Sur certaines pancartes, des manifestants ont appelé à l’application des articles 7 et 8 de la Constitution mais aussi la dissolution du Parlement « de la honte».

    Même si l’humour est toujours de mise, la colère et le ras-bol des citoyens étaient hier bien palpables surtout que le gouvernement «s’obstine», selon les protestataires, à exécuter sa feuille de route en dépit de la contestation populaire.

    Les forces de l’ordre, visiblement dépassées et ne pouvant contenir la marée humaine qui déferlait sur Alger-Centre, n’ont pas hésité à user des canons à eau pour disperser les marcheurs.

    Les manifestants, qui ont préservé le caractère pacifique de la marche, se sont montrés très résistants et ont refusé de céder. Cependant, des informations relatives à des affrontements entre les forces de l’ordre et les manifestants, faisant même état de blessés, n’ont cessé de circuler sur les réseaux sociaux et sites d’information.

    Plus tard, dans la journée, la police, qui s’est défendue d’avoir réprimé les manifestants, a annoncé l’arrestation d’un groupe de criminels qui s’apprêtait à attaquer les marcheurs. Dans un communiqué divulgué hier, le Direction générale de la Sûreté nationale (DGSN) a indiqué que des étrangers venus pour attiser les tensions et pousser les jeunes Algériens à recourir à des formes d’expression radicale durant les marches populaires, que connaît le pays depuis le 22 février dernier, ont été interpellés.

    Cependant, aux alentours de 17H, c’est un groupe de casseurs qui s’en est pris aux forces de l’ordre sur les hauteurs d’Alger. Cette fois, ce sont les jeunes du quartier qui se sont interposés pour maintenir l’ordre.

    « Vive l’Algérie »

    A Tizi Ouzou, ni le ciel gris ni le discours ferme de la veille de Gaid Salah n’ont dissuadé le peuple à investir la rue. Une véritable marée humaine de femmes et d’hommes, était plus que jamais déterminée à ne céder aucune de ses exigences. Une détermination perceptible à travers des slogans « Nous marcherons jusqu’à la victoire », « Nous refusons de plier ! ». « Nous (le peuple) sommes unis, vous êtes finis ! », lit-on sur des cartons brandis au-dessus des têtes.

    Et puis, il y a ces slogans qui constituent une réponse aux déclarations du chef de l’Etat, A. Bensalah et du général-major Gaid Salah, chef des armées, deux personnages qui semblent cristalliser la colère de la rue qui tient toujours au « dégagisme » brandi contre tous les hommes qui représentent le système : « Yatnahaw ga3 », « Non au clonage du système ! » tranchent de nombreux marcheurs. «Ulac lvot (pas de vote)», ont scandé d’autres qui ont également exprimé leur rejet la présidentielle annoncée pour le 4 juillet prochain par Bensalah.

    Certains manifestants ont tenu à rappeler à Gaïd Salah que les exigences du peuple ne sont pas contraignantes (allusion à la formule puisée dans son discours de mardi dernier, à Oran). « Aucune Constitution ne peut s’élever au-dessus de la volonté du peuple !», a-t-on lu encore sur des affiches.

    A Bouira, ils étaient des milliers à battre le pavé. Venus de toutes les localités de la wilaya, les manifestants, ont à l’unanimité, rejeté la « nouvelle offre » des tenants du pouvoir quant à l’organisation d’une élection présidentielle prévue pour le 4 juillet prochain. Le rejet du peuple a été exprimé à travers des slogans portés sur des pancartes et banderoles brandies par la foule tout comme les marcheurs ont scandé des slogans hostiles au pouvoir en place : «FLN dégage !»,

    «Y en a marre de ce pouvoir. Libérez l’Algérie. Le peuple veut la chute du régime » ou encore les traditionnels « Pouvoir assassin » et «Ulac Smac Ulac». Néanmoins, des manifestants ont déployé des pancartes et slogans hostiles au général de corps d’armée, Gaïd Salah : « No to military Rule ». La procession s’est déroulée dans le calme et aucun incident n’a été constaté. Par ailleurs, et contrairement aux vendredis passés, la circulation automobile a été fortement perturbée sur le tronçon autoroutier allant vers Alger. Plusieurs barrages filtrants de la Gendarmerie nationale ont été mis en place, près de Lakhdaria et à la sortie des tunnels de Bouzegza, ont fait savoir des citoyens.

    « Transition sans Bensalah »

    A Boumerdès, des milliers de citoyens sont sortis en masse pour exiger un changement radical du système. Tout en dénonçant les manœuvres du pouvoir pour faire perdurer le système en place, les citoyens rejettent les hommes du système qui sont toujours aux commandes du pays. « C’est le peuple qui doit mener la transition et non les hommes du système et encore moins Bensalah, Bedoui et Belaïz », criaient les manifestants.

    A Annaba, malgré les pluies torrentielles qui se sont abattues, des dizaines de milliers de manifestants ont défilé sous leurs parapluies pour faire entendre leur voix. Ils ont refusé en bloc les «solutions constitutionnelles» proposées par un chef d’Etat jugé « illégitime» et approuvées par le général du corps de l’armée et vice-ministre de la Défense nationale, Ahmed Gaïd Salah. «Bensalah, dégage», «Gaïd Salah dégage», «système, dégage», ont-ils scandé. Sur les banderoles et pancartes on pouvait lire des slogans hostiles à Bensalah et Gaïd Salah ainsi que d’autres qui exigeaient au chef d’état-major de tenir parole et d’exécuter la volonté populaire.

    «Nous disons au chef d’état-major : soit le peuple ou le clan, il faut faire un choix», pouvait-on lire sur une énorme banderole. Le peuple fait tout de même la différence entre l’institution militaire et celui qui la dirige : «Ni peur, ni terreur ; l’armée appartient au peuple», pouvait-on lire sur une autre banderole. Pour la huitième semaine consécutive, les manifestations ont gardé leur caractère pacifique.

    A Constantine, la pluie n’a pas dissuadé également les centaines de milliers des « habitués » des sorties de s’abstenir de manifester. Les revendications ont été bien sûr actualisées en fonction des annonces de Gaïd Salah, celles des autres, étant d’ores déjà rejetées. Les Constantinois ont donc mis en avant les revendications de tous les Algériens en exigeant, comme vendredi dernier, le « dégagement » des trois « B », et le refus d’aller à des élections organisées par les mêmes acteurs « faussaires » d’hier. De leur côté, les femmes ont fait démentir les actes d’agression verbales à leur encontre, en formant des carrés 100% féminin, où elles ont pu exprimer leurs courroux envers « ceux qui ne veulent pas comprendre ».

    A Bordj Bou Arréridj, l’acte VIII du mouvement de protestation a encore drainé des centaines de milliers de manifestants. Toujours dans la même ambiance festive, les marcheurs ont sillonné des kilomètres en scandant des slogans à la gloire de « fakhamatouhou le peuple » et hostiles à « la bande». Des fresques aux couleurs vives ont été érigées, mais aussi des graffitis et des portraits en caricature, tirés à l’effigie des « 3 B» n’ont laissé personne indifférent. Et en fin de marche, les manifestants se sont dispersés en se donnant rendez-vous à vendredi prochain ou dès que de besoin.

    Et de huit à Mila aussi ! Les habitants ont encore marché brandissant des banderoles hostiles à Bedoui, Belaïz, Bensalah et au FLN et clamant haut et fort leur animosité au pouvoir « illégitime » en place. « Nous avons marché, nous marchons et nous marcherons encore » est la devise de tous les marcheurs. Jeunes et vieux, hommes et femmes jurent par Allah de ne s’arrêter de marcher que le jour où les hommes du système disparaîtront des sphères d’El Mouradia. « Yatnahaw gâa », «Ils partiront » et « nous vaincrons » sont les mots d’ordre des marcheurs.

    « C’est le peuple qui doit mener la transition »

    Même topo à Oum El Bouaghi. «Transition sans Bensalah», «Souveraineté par le peuple», «Système dégage» et «transition sans les 4 B» sont entre autres les slogans entonnés par les milliers de manifestants venus de plusieurs coins de la wilaya pour signifier le rejet de la nomination de Abdelkader Bensalah comme chef de l’état pour une période de 90 jours.

    A El Tarf, les manifestants plus nombreux que les autres vendredi criaient haut des slogans hostiles au régime et brandissaient des pancartes sur lesquelles on pouvait lire « Pas d’élection avant le départ des trois B», «L’application des articles 7 et 8», «Jich Chaâb, Khawa khawa. «Vingt millions d’Algériens vous demandent de partir. Partez avec dignité. Vous vous accrochez à la Constitution. Vous ne l’avez jamais respectez », a-t-on entendu. «On ne peut organiser des élections propres et honnêtes avec les mêmes figures de l’ancien système», ont ajouté d’autres manifestants.

    Pour ce huitième vendredi consécutif, les manifestants ont aussi dénoncé la répression des jeunes étudiants à Alger à Tlemcen, c’est un véritable tsunami. « Dégage Bensalah ! » et autres slogans hostiles étaient scandés haut et fort par les milliers de manifestants lors de l’imposante marche de ce 8e vendredi décisif. « Gaïd Salah a tourné le dos au peuple » est la sentence populaire exprimée par la foule à cette occasion, à la suite du dernier discours du chef d’Etat-major prononcé à Oran. «B+B+B= élections truquées », assorti de « 4 Juillet= deuil national », étaient brandis sur des pancartes. « Bled bledna, wa dirou raïna » était également le slogan favori des marcheurs qui réclamaient le départ de la « içaba » pour une vie meilleure en Algérie.

    A Sidi Bel Abbès, les Bélabessiens sortis dans la rue ont également manifesté contre le pouvoir actuel et exigé le départ du chef d’Etat par intérim Bensalah, ainsi que celui du Premier ministre Bedoui. Même cas de figure à Ouargla où les manifestations contre le « système » se poursuivent et s’intensifient. Les habitants descendus dans la rue ont rejeté la feuille de route du gouvernement et appelé Bensalah et Bedoui à partir. Ils ont appelé à l’application des articles 7 et 8 de la Constitution qui donnent le pouvoir au peuple. A Ghardaïa, ils étaient des milliers de personnes pour rejeter toutes les figures du système, particulièrement Bensalah, le nouveau chef d’Etat par intérim.

    Reporters.dz, 13 avr 2019

    Tags : Algérie, transition, artile 102, régime, Gaid Salah, Bensalah,

  • Algérie : Et maintenant, après le huitième vendredi de mobilisation?

    Oui et maintenant que le peuple algérien est sorti massivement dans toutes les willayas du pays pour dire bruyamment son rejet de Bensalah comme Président, Bedoui comme Premier ministre et naturellement l’élection présidentielle qu’ils prévoient pour le 4 juillet prochain ?

    Le verdict rendu hier par des millions de citoyens sur un ton ferme mais dans une ambiance pacifique, ne fait pas l’ombre d’un doute. Plus que jamais, les algériens ne s’inscrivent plus dans l’agenda du pouvoir fut-il soutenu par l’état-major de l’armée.

    Pour la huitième fois de suite, la mobilisation citoyenne ne faiblit pas malgré la fermeture des «frontières» de la capitale aux manifestants en provenance d’autres régions du pays.

    La répression policière à coup de gaz lacrymogène et de canons à eau, le quadrillage de tous les accès à Alger ainsi que le filtrage de tous les axes routiers et autoroutiers n’ont pu entamer la volonté des centaines de milliers de personnes à forcer le barrage.

    Et comme il fallait s’y attendre, le chef d’état-major de l’armée, Ahmed Gaid Salah qui a soutenu l’option Bensalah en tournant le dos aux revendications du peuple, a été copieusement arrosé de slogans hostiles. «Les généraux ne représentent pas l’armée ! » proclame notamment une banderole, avec la photo de Gaid Salah barrée du rouge, et bien en vue devant la Grande Poste.

    Mais c’est le nouveau chef de l’Etat, Abdelkader Bensalah qui a ravi la «vedette» en termes de noms d’oiseaux et autres quolibets. Il était aisé de saisir politiquement le message du peuple algérien au-delà des foules qui étaient au rendez-vous.

    La feuille de route déclinée autour des trois «B» Bensalah, Bedoui et Belaiz soutenu par Gaid Salah pour mener la transition politique est perçue par les manifestants comme un recyclage du Bouteflikisme sans Bouteflika.

    L’immense mobilisation constitue déjà une réponse claire que le peuple est déterminé à ne rien lâcher tant que les trois «B» trônent à la tête des institutions.

    De fait, la seule voie constitutionnelle choisie par le chef de l’armée pour régler la crise politique est catégoriquement rejetée par le peuple. Ce dernier a crié haut et fort qu’il ne quitterait pas la rue tant que sa principale revendication à savoir la restauration de sa souveraineté en vertu de l’article 7 de la Constitution n’est pas satisfaite.

    Encore une fois, il renvoie la balle dans le camp du commandement de l’armée pour lui signifier que les solutions proposées ne sont que des diversions destinées à réinstaller le système avec de nouvelles têtes.

    La démonstration de force populaire d’hier dans les quatre coins du pays constitue une piqure de rappel à l’état-major que les algériens qui ont usé leurs chaussures depuis le 22 février, ne se suffiront pas de demi mesures et encore moins de fausses mesures. Leur message sera-t-il reçu cinq sur cinq? Réponse dans quelques jours.

    Imane B.

    L’Est Républicain, 13 avr 2019

    Tags : Algérie, transition, article 103, Gaid Salah, armée,

  • Ingérence en Algérie: les services secrets russes auraient averti la France

    Tout est parti d’un tweet de Georges Malbrunot, grand reporter du Figaro. Il relaie une source diplomatique qui avance que les services de renseignement russes ont averti leurs homologues français que Moscou ne souhaitait pas d’ingérence des Français dans les changements politiques en cours en Algérie. Sputnik France a tenté d’en savoir plus.

    «Un confidentiel du Figaro nous apprend que les services de renseignements russes ont transmis le message suivant à leurs homologues français. “On ne veut pas d’une ingérence française dans le choix du nouveau régime algérien».

    Ce tweet daté du 9 avril a pour auteur Georges Malbrunot, grand reporter au Figaro. Le journaliste cite cette information qui aurait pour source un diplomate français. Ce dernier assure que les services secrets russes ont averti la France qu’ils ne souhaitaient aucune intervention de Paris visant à influencer le changement politique en cours en Algérie.

    «Les services français ont répondu oui oui, mais ils n’ont tiendront pas compte, l’Algérie, c’est trop important pour nous», aurait ajouté le diplomate.

    Alain Rodier, ancien officier supérieur des services de renseignement extérieurs et directeur de recherche au sein du Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R) a livré son analyse à Sputnik France. Selon lui, il n’y a rien d’étonnant à ce que les services russes parlent avec leurs homologues français: «Je rappelle que nous avons des relations diplomatiques avec la Russie.

    À ma connaissance, les ambassades respectives sont toujours actives dans les deux pays. Le rôle des services de renseignement est aussi de maintenir des contacts avec leurs homologues étrangers sur des sujets d’intérêt commun, comme la lutte contre le terrorisme ou le crime organisé. Tout ceci se fait a priori, en dehors de considérations géopolitiques et entre professionnels.» Ce qui surprend plus l’ancien officier de renseignement, c’est la méthode:

    «Que les services russes aient dit aux services français de ne pas s’ingérer dans le changement de pouvoir en Algérie et que cette information sorte m’étonne. La première raison est que ce type d’échanges entre services doit rester secret. Un diplomate français aurait eu vent d’échanges entre les services russes et français. Or, à ma connaissance, les diplomates français n’ont pas accès à ce type d’échange. J’appelle donc à la prudence quant à cette source.»

    Sputnik France a contacté le porte-parole du ministère algérien des Affaires étrangères. Ce dernier n’avait toujours pas donné suite à nos demandes de réaction au moment de la publication de cet article. Nous avons également sollicité les autorités russes afin de connaître leur point de vue et attendons leur retour.

    Echourouk Online, 12 avr 2019

    Tags : Algérie, transition, article 102, Bouteflika, France, Russie,

  • Algérie : Que va sortir de sa manche étoilée Gaïd Salah ?

    par Kharroubi Habib

    Apparemment, Gaïd Salah devenu l’homme fort du pays s’en tient à son choix d’une transition dans le cadre constitutionnel même après le rejet de cette option exprimé de façon catégorique par les millions d’Algériens lors des marches de vendredi dernier.

    Le silence qu’il a observé après le refus de cette démarche que la rue lui a signifié et les préparatifs qui ont commencé au Parlement pour l’inauguration de cette transition dans le cadre constitutionnel, il peut en effet paraître que le chef de l’état-major de l’armée n’a nullement l’intention de changer son fusil d’épaule et va laisser aller à son terme la procédure constitutionnelle afférente à l’investiture de l’intérimaire de la présidence de la République.

    D’autres indices montrent toutefois que tout en persistant à ne pas vouloir sortir du cadre constitutionnel il ne soutiendrait plus l’application stricto sensu de ses dispositions qui ferait du très controversé président du Sénat le pilote de la période de transition. Ils sont dans le fait que les réunions parlementaires destinées à donner une suite à la démission de Bouteflika se sont déroulées sous le sceau de la confidentialité et d’un embargo médiatique total. Ce qui peut être le signe que les parlementaires auraient reçu consigne d’explorer la piste d’une autre solution que celle de l’investiture du controversé Abdelkader Bensalah.

    Des confrères ont fait état de rumeurs qui bruissent dans les travées des deux chambres agitant le spectre d’un bon nombre de députés et sénateurs qui a décidé de boycotter le congrès de ce mardi.

    Si cela se confirme et sachant que nos parlementaires incapables de défier l’autorité détentrice du pouvoir, il y aurait à déduire que leur supposée fronde n’a rien de spontané et de dicté par leur conviction que l’investiture de Bensalah engagerait le pays sur une voie à haut risque.

    Une fronde parlementaire ayant pour cause cette investiture pourrait être le prétexte sur lequel Gaïd Salah s’appuierait pour sortir la transition du « tout constitutionnel » qui mobilise le peuple contre elle et lui vaut défiance de sa part. Il se peut alors que l’option Bensalah sera abandonnée en raison de ce prétexte de la fronde parlementaire qui permettrait au chef de l’état-major de ne pas apparaître avoir cédé à l’injonction de la rue.

    Il n’est pas sûr pourtant que ce scénario contribuera à apaiser la contestation populaire nourrie et entretenue par l’exigence d’une transition en dehors du cadre constitutionnel excluant la prise part à sa mise en œuvre des figures vomies du régime de Bouteflika.

    Le Quotidien d’Oran, 9 avr 2019

    Tags : Algérie, Gaid Salah, armée, transition, intérim,

  • Algérie : S’adapter à l’article 102 ?

    « Sans perdre de vue le fait que l’on traine encore de conjecture en conjecture, ce scénario, même s’il était bel et bien retenu, pourrait quand même faire long feu au cas où la riposte du vendredi venait à en rejeter le résultat… » globalement et dans le détail ».

    Par Mohamed Abdoun

    Le Parlement doit donc se réunir, en assemblée générale, ce mardi afin de constater la vacance du poste de président de la République, et de permettre la désignation du président du Sénat en qualité d’intérimaire pour gérer une phase de transition de trois mois, avant lesquels une élection présidentielle devrait avoir lieu. Il s’agit là du scénario le plus conforme à ce que prévoit la constitution, de par son article 102.

    Ainsi, si l’on devait poursuivre sur cette voie, il est plus que probable que le président du Sénat va déposer sa démission afin de permettre à une figure moins » grillée » de prendre sa place.

    Abdelkader Bensalah, en effet, est unanimement rejeté par les millions de manifestants qui battent le pavé chaque vendredi. Ces derniers, au reste, ont concentré l’essentiel de leurs revendications et de leurs slogans, vendredi passé, à la nécessité de se défaire de Bensalah et, accessoirement de Belaïz et Bedoui.

    Le » minimum syndical » consisterait, donc, à donner suite ne serait qu’à une partie de cette revendication en se délestant de Bensalah dès ce mardi, ou même avant, en attendant le verdict de la rue vendredi prochain.

    Le fait que le journal El Moudjahid ait décidé d’explorer cette piste dans son éditorial de la veille me semble être un indice assez sérieux concernant le fait que c’est ce choix qui aurait été retenu, dans l’espoir que la rue s’en satisfera aussi. Il devient clair, en tous cas, que les décideurs, qui se contentent de réagir aux imposantes marches du vendredi, lâchent à chaque fois un peu plus de lest à mesure que les manifestations grossissent en nombre et placent plus haut la barre des revendications. Il est, par exemple, bien loin ce temps où le peuple se serait satisfait du départ du président, sans que tout le système ne le suive dans sa chute.

    Sans perdre de vue le fait que l’on traine encore de conjecture en conjecture, ce scénario, même s’il était bel et bien retenu, pourrait quand même faire long feu au cas où la riposte du vendredi venait à en rejeter le résultat… » globalement et dans le détail « .

    Dans ce cas, et comme le suggèrent déjà plusieurs acteurs politiques, qui donnent plus ou moins l’air d’être dans le » secret des dieux « , il deviendrait plus que nécessaire de briser le carcan inhibiteur de cette constitution, en s’appuyant sur cet article 7 qui veut que toute souveraineté et tout pouvoir soit l’émanation du peuple, et de lui seul.

    Ici, plusieurs questions resteront quand même en suspens. La première, et la plus importante sans doute, sera celle de savoir qui en prendra le premier l’initiative, en sachant par avance que l’écrasante majorité des acteurs politiques et figures de proue de la société civile sont favorable à un pareil scénario.

    La première réponse qui vient à l’esprit sera bien entendu l’ANP. Celleci, et en ces moments particulièrement délicats et cruciaux pour l’avenir de l’Algérie, est en quelque sorte la garante que la transition se fera sans heurts. Le chef d’état-major, en outre, a maintes fois souligné le fait que l’armée partage l’intégralité des revendications soulevées par la rue. L’armée ne saurait dès lors se soustraire à ce rôle historique, dont la finalité servirait à mener le pays à bon port, en le dotant des institutions et des responsables librement et démocratiquement choisis par le peuple.

    Une pareille phase de transition, la plus courte possible, doit en revanche recueillir l’adhésion d’une écrasante majorité, et laisser émerger des figures que ni la rue, ni les acteurs politiques, ne sauraient logiquement rejeter.

    Mais, dans tous les cas de figures, les quelques jours à venir s’annoncent cruciaux pour la suite des évènements. L’Algérie, qui se trouve bel et bien à la croisée des chemins, n’a absolument pas droit à l’erreur.
    M. A.

    Tribune des Lecteurs, 7 avr 2019

    Tags : Algérie, Article 102, Abdelkader Bensalah, transition, armée,