Étiquette : Yassine Mansouri

  • Les 4 copains du roi Mohammed VI qui dirigent le Maroc

    Maroc, Makhzen, Mohammed VI, Fouad Ali El imma, Mounir Majidi, Yassine Mansouri, Abdellatif El Hammouchi,

    Les documents confidentiels révélés par le mystérieux hacker Chris Coleman ont mis en évidence une réalité déjà connue de tous : ce sont les copains de collège de Mohammed VI qui tirent les ficelles au Maroc. Une génération qui constitue un pur produit du Makhzen et dont il a hérité les méthodes de répression.

    Fouad Ali El Himma, né le 6 décembre 1962 à Marrakech, ami intime du roi Mohammed VI et son conseiller depuis décembre 2011. C’est lui le Ministre de l’Intérieur dans l’ombre. Grand connaisseur des ruages de la politique interne du Maroc grâce aux nombreuses fonctions qu’il a assumées au sein de ce ministère.

    Mohamed Mounir El Majidi, né le 19 janvier 1965 à Rabat, homme d’affaires marocain, secrétaire particulier du roi Mohammed VI depuis 2000 et président de la SIGER, la holding royale, depuis 2002. Il est le gardien de la fortune de Mohammed VI et ministre de l’économie dans l’ombre.

    Abdellatif Hammouchi, né à Fès en 1966, actuel directeur général de la Direction général de la sûreté nationale ( DGSN) ainsi que directeur de la Direction générale de la surveillance du territoire (DGST) 

    Yassine Mansouri, né le 2 avril 1962 à Boujad, directeur du service de contre-espionnage (DGED) et véritable patron de la diplomatie marocaine.

    En 2010, Majidi et El Himma ont été cités par Wikileaks dans des scandales de corruption, un phénomène qui « s’est institutionnalisé sous le règne de Mohammed VI». Un télégramme du consulat américain à Casablanca évoque  » l’avidité consternante de ceux qui sont proches du roi Mohammed VI ». En 2014, le nom de Majidi est cité dans l’affaire de la Banque HSBC appelée Swissleaks et en 2016, dans le Panama Papers.

    El Himma et Majidi ont été aussi visés par le Mouvement 20 Février en 2011. 

    Ils sont intouchables. Ceux qui ont osé s’en prendre aux amis du Roi ont été malmenés par le Makhzen. En 2011, le quotidien arabophone « Al Massae », révèle que Fouad Ali El Himma, serait impliqué dans une affaire de corruption et de violation des règles d’octroi des marchés publics. Son directeur, Rachid Niny a été condamné le 9 juin 2011, par le tribunal de première instance à Casablanca à un an de prison ferme avec une amende de 1000 dirhams (environ 90 euros) pour « atteinte à la sécurité du pays et des citoyens ».

    Le 27 avril 2011, Rachid Niny a été arrêté par la police marocaine après que le procureur général du Roi à Casablanca l’ait accusé « d’atteinte à la sécurité du pays et des citoyens » suite notamment à des publications mettant directement en cause le directeur des services de renseignements marocains, Abdellatif al-Hammouchi, au sujet de l’existence d’un camp de détention et de torture secret basé dans la région de la ville de Témara3. L’existence de cette prison est un tabou pour le régime de Mohammed VI à cause du scandale des tortures perpétrées par la CIA contre des musulmans soupçonnés d’appartenir à Al-Qaida. La CIA a d’ailleurs confirmé l’existence de ce centre de torture dans un rapport de 6 600 pages rendu public en mai 2014.

    En janvier 2014, El Hammouchi, lors d’un séjours à Paris avec le ministre de l’intérieur marocain, est convoqué par la justice française suite à une plainte déposée par le citoyen franco-marocain Zakaria Moumni pour séquestration et torture à la prison secrète de Témara. Parmi ses bourreaux, il a déclaré avoir reconnu El Hammouchi. Pour manifester son mécontentement, le Maroc a convoqué l’ambassadeur de France à Rabat, Charles Fries et suspendu quelques jours plus tard la coopération judiciaire avec la France. 

    Les membres de l’équipe du Roi Mohammed VI sont tous de la génération des années 1960, à l’instar de la nouvelle star de la diplomatie marocaine, Nasser Bourita, un pur produit des services de Sdi Yassine, comme ils appellent Yassine Mansouri dans les documents confidentiels dévoilés par le dénommé Chris Coleman.

    Nasser Bourita est né le 27 mai 1969 à Taounate. Après avoir exercé depuis 2011 la fonction de secrétaire général du ministère des Affaires étrangères et de la coopération, il a été nommé en février 2016 ministre délégué auprès du ministre des Affaires étrangères et de la coopération.

    L’équipe de Mohammed VI a fait du Sahara Occidental une cause sacrée, au détriment de la légalité et de la raison, faisant du Maroc un Etat presque hors-la-loi. 

    Dans le but de s’accaparer des alléchantes ressources naturelles de l’ancienne colonie espagnole, ils vont mener ce qu’un journal marocain se disant indépendant a appelé, non sans fierté, une nouvelle doctrine diplomatique. Pour lui donner un caractère offensif, la nouvelle diplomatie se base sur une stratégie de tension comme arme principale de lutte pour imposer la pseudo-solution d’autonomie pour le conflit du Sahara Occidental. Sa première cible est l’Algérie que Rabat accuse d’être l’obstacle à ses desseins expansionnistes. 

    Dans ce contexte, il y a lieu de citer:

    – Les attaques verbales du roi du Maroc en personne contre l’Algérie dans chacun de ses discours officiels 

    – La profanation du drapeau algérien au Consulat algérien de Casablanca, le 1er novembre 2013, par un nervi aux ordres du palais 

    – La multiplication d’incidents frontaliers 

    – L’agitation de la menace d’une confrontation armée avec l’Algérie pour impressionner la communauté internationale 

    – L’inondation du territoire algérien avec des milliers de tonnes de cannabis produit dans la région marocaine du Rif 

    – La création de sites hostiles tels qu’Algeria Times 

    – La création et financement du mouvement amazigh de Ferhat Mhenni 

    – La manipulation d’un mouvement terroriste (MUJAO) pour attaquer des objectifs algériens et enlever, en 2011, les 3 coopérants étrangers qui travaillaient à Tindouf. 

    – La manipulation des incidents de la communauté Mzab à Ghardaia. 

    – La multiplication des attaques cybernétiques 

    – La dystillation de messages accusant l’Algérie de manipuler Al Qaida en vue de s’attaquer au Maroc (emails envoyés à Hillary Clinton et dévoilés par Wikileaks) 

    – Des publications hostiles apparues aux Etats-Unis via des lobbies financés par le Maroc: le Centre d’études stratégiques et internationales (CSIS), Think Tank Républicain Center for the National Interest, Foreign Policy Research Institute 

    – Financement de lobbies en France : les journalistes Vincent Hervouet, Mireille Duteil, José Garçon, Dominique Lagarde, etc 

    Au niveau régionale:

    – Transmettre à l’opinion publique américaine que le Front Polisario avait des connexions avec le «terrorisme djihadiste. Le journaliste américain Richard Miniter a reçu la faramineuse somme de 60.000 dollars pour un article paru au New York Times. 

    – Les faux reportages de Vincent Hervouet sur TF-1 et iTélé. 

    – Le recrutement de collaborateurs dans les médias mauritaniens pour dénigrer le Front Polisario et l’Algérie. Parmi eux, le nom le plus important est celui de Abdallahy Ould Mohamedi, directeur du groupe mauritanien Sahara Media 

    – Le recrutement de Serge Daniel, correspondant de l’AFP et RFI à Bamako pour accuser le mouvement sahraoui d’accointances avec les terroristes de l’Azawad. 

    – Accuser le Front Polisario de fournir des combattants pour défendre Gadhafi et l’Algérie de leur founir le moyen de transport. 

    – Recrutement d’un ancien policier sahraoui, Moustpha Selma, pour semer la confusion 

    – Accuser le mouvement sahraoui de dévier les aides humanitaires 

    – L’envoi de centaines de resortissants marocains en Lybie pour rejoindre Daech et dont le transit se faisait par l’Algérie 

    – Le financement du terrorisme avec l’argent de la drogue qui provient du Maroc (haschich) et qui transite par le Maroc (cocaine provenant de l’Amérique Latine). 

    – La formation de 5000 jeunes marocains pour mener le cyber-terrorisme contre le Polisario et l’Algérie 

    Au niveau internationale :

    – Recrutement de journalistes et personnalités qui agissent pour donner une fausse image du Maroc 

    – Confrontation directe avec ses anciens alliés : France, Etats-Unis, Union Européenne 

    – Confrontation avec l’ONU : attaques contre le Secrétaire Général de l’ONU et son Envoyè Personnel pour le Sahara Occidental, Christopher Ross. 

    – Manipulation de la communauté marocaine en Europe en vue de s’imposer comme allié indispensable dans la lutte contre le terrorisme. 

    – Presser ses salafistes pour les pousser à rejoindre les rangs de Daech 

    – Corrompre des fonctionnaires de l’ONU dans le but d’empêcher l’ONU de rapporter sur la situation des droits de l’homme au Sahara Occidental et dans les camps des réfugiés sahraouis à Tindouf. 

    – Attaquer les journalistes français Eric Laurent et Catherine Graciet pour empêcher leur nouvelle publication sur le roi du Maroc et venger le régime de leur anciens ouvrages sur le royaume alaouite. 

    Au niveau interne :

    – Maintenir dans le pays une tension basse mais permanente afin de justifier son maintien au pouvoir

    – Sévir contre quelques-uns pour que les autres rentrent dans le rang (Rachid Nini, l’historien et journaliste marocain Maâti Monjib, etc) 

    – Le harcèlement et la punition de ses opposants : De nombreux militants du Mouvement 20 février ont été assassinés. Khalid Gueddar a échappé de justesse à une agression au couteau près de son domicile à Rabat, cambriolage du local de l’AMDH, le lynchage de l’actrice Loubna Abidar, les attaques contre les étudiants sahraouis dans les universités. 

    – La barbouzerie : menaces et insultes téléphoniques en pleine nuit, intimidations, etc 

    – Eliminer tous les supports de la presse réellement indépendante. 

    – Travestir la vérité avec l’adoption de la mythomanie comme stratégie permanente au niveau intérieur et extérieur. 

  • Maroc : Yassine Mansouri a des visions la nuit !

    Une nouvelle que vous me risquez pas de trouver sur la toile et qui a été publiée par l’auteur et Maroc Leaks.

    L’auteur est un mystérieux site dont la vie n’a pas duré plus d’un mois à cause du ciseau de la censure. Il s’appelle « Wikiwili », un nom composé de deux mots : « wiki » et « wili ».

    Le premier est connu de tout le monde. Son origine est hawaïen et signifie « rapide ». Il est utilisé en Internet pour désigner un site web dynamique dont les pages peuvent être modifiées par tout visiteur.

    Le deuxième, vient d’une expression spécifique du Maroc, « wili » qui est utilisé pour exprimer l’étonnement ou l’horreur devant un fait grave.

    Nous n’avons rien sur leur propriétaires, mais, selon les mots d’Abdelmalek Alaoui, « il semble bien informé ». Ses sources semblent au Royaume.

    Le site se défine comme  « le nouveau site d’information et d’investigation créé par des professionnels pour vous révéler en exclusivité les nombreuses affaires et scandales qui ont secoué et continuent à secouer le Maroc ».

    Parmi leurs révélations, celle au sujet des 15 milliards reçus par le 1er Ministre Driss Jettou qu’il a reçu après son départ de la primature en 2007.

    Dans cette dépêche, ils dévoile le déplacement de Yassine Mansouri, le directeur général de la DGED, les services d’espionnage marocain, à La Mecque en vue de fuir le dossier Gdeim Izik qui venait d’exploser à El Aaiun, capitale occupée du Sahara Occidental. Voici l’article:

    Yassine Mansouri a des visions la nuit !

    Devinez où se trouvait le puissant patron de le DGED quand les événements du campement Gdim Yzik a Laayoune du mois d’octobre dernier battait leur plein ? Il était à la Mecque pour accomplir une Omra. Étonnant ! Quand on sait comment ces événements ont failli faire basculer l’affaire du Sahara. Comment le roi a pu laisser le patron des services censé suivre l’épineux dossier du Sahara partir en pleine crise ?

    La réponse est encore plus étonnante: il aurait dit au roi qu’il avait rêvé que l’affaire du Sahara allait trouver son dénouement dans les tous les prochains mois, et que pour son rêve devienne réalité, il fallait qu’il aille à la Mecque prier. Le roi l’a immédiatement autorisé à y aller. Délirant !

    D’autres expliquent cette pièce de théâtre de mauvais goût autrement. A l’époque Fouad Ali Himma et son lieutenant Ilyas El Omary étaient au maximum de leur puissance et interféraient dans la gestion de ce dossier du campement Gdim Yzik (certains disent qu’ils étaient à l’origine, nous y reviendrons prochainement). Sentant que l’affaire allait tourner au vinaigre (c’est ce qui s’est passé d’ailleurs), il a inventé cette mauvaise plaisanterie pour s’éloigner du feu. Consternant!

    Tags : Maroc, DGED, Gdeim Izik, Yassine Mansouri, Fouad Ali El Himma, Ilyas El Omari, Sahara Occidental,

  • APA et Sahara Media, deux faces d’une même pièce

    En lisant ce titre, beaucoup vont se demander quelle relation existe entre les deux entités.

    Rien de plus simple. Elles sont liées par la présence de Abdallah Ould Mohamedy. Il est le directeur du groupe Sahara Media en Mauritanie et responsable de l’administration de l’Agence Presse Africaine (APA).

    Nous avons appris cela grâce aux précieux courriers de la DGED, les services de renseignement extérieur du Maroc. Des courriers révélés par le hacker Chris Coleman.

    En effet, dans les courriers de Mourad El Rhoul, chef de cabinet de Yassine Mansouri, le directeur général de la DGED, le nom d’Abdallah Ould Mohamedy est souvent cité en tant que « relais médiatique » de la propagande des services de Mohammed VI.

    Lorsque l’agence APA traverse des problèmes, son personnel s’adresse à Ould Mohamedy qui, à son tour, s’adresse à Mourad El Rhoul pour demander la solution.

    A titre d’exemple, nous présentons ce mail envoyé par le directeur de Sahara Media à ses chefs de la DGED dans lequel il est proposé d’ouvrir un bureau de l’APA en Côte d’Ivoire.

    Nous avons trouvé aussi de nombreux billets d’avion pour des missions qui n’ont rien à voir avec son travail, tel un voyage en Espagne et aux Etats-Unis dans le but de dénigrer l’Algérie et accuser le Front Polisario de collusion avec les mouvements terroristes.

    Tags : Maroc, Mauritanie, Sénégal, Agence Presse Africaine, APA, Sahara Media, DGED, Mourad El Rhoul, Yassine Mansouri,

  • Maroc : Accointances d’Amina Bouayache avec la DGED

    Pour ceux qui ont encore des doutes sur les relations d’Amina Bouayach avec le Makhzen, voici un document confidentiel du hacker Chris Coleman qui le prouve.

    Le nom de la présidente du Conseil National des droits de l’homme est utilisé pour véhiculer la propagande du régime. Dans ce cas, pour publier un article sur le site Slate.fr, un média dont les actions sont partagés par Rabat.

    Abdelmalek Alaoui, directeur à l’époque de la boîte de consultation et lobbying Global Partners Intelligence a rédigé un article sous le titre de « Projet des Médias au Maroc : projet de censure ? » et le soumet, pour approbation, au directeur du cabinet du chef de la DGED, Mourad El Rhoul. Avec l’option de changer le texte « si remarques éventuelles ».
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    Tags : Maroc, Marocleaks, Amina Bouayach, CNDH, DGED, Mourad El Rhoul, Yassine Mansouri,
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  • Renseignement : Le commando économique de la DGED

    Avec le lancement d’une cellule dédiée à la “contre-ingérence économique”, la DGED entre de plain-pied dans la guerre des affaires. Avec une nouvelle stratégie et une nouvelle race d’espions.

    L’affaire de l’hôtel Byblos, à Casablanca, n’a pas encore livré tous ses secrets, puisque le procès a été reporté au 22 octobre 2007. Le principal accusé, Ahmed Fayed, ressortissant libanais, et 72 autres personnes, ont été inculpés “d’aménagement d’un lieu à des fins de débauche, prostitution et détournement de mineures”. Si la réalité des faits semble avérée, les motifs qui sous-tendent cette affaire le sont beaucoup moins. Selon des sources fiables, le Byblos Lahoya Hôtel était en fait un nid d’espions, un carrefour de barbouzes du Proche et Moyen-Orient, qui était depuis longtemps dans le collimateur des services de renseignement marocains. Il accueillait essentiellement des agents spécialisés dans l’espionnage économique, qui s’intéressaient autant aux déplacements (au Maroc) des riches investisseurs du Golfe, qu’aux gros projets du royaume : Marina de Casablanca, aménagement de la Vallée du Bouregreg ou du port Tanger Méditerranée, etc.

    Et c’est pour couper l’herbe sous les pieds de ces barbouzes de la finance que Yassine Mansouri, le patron de la DGED (Direction générale des études et de la documentation), a lancé son commando d’élite, spécialisé dans le contre-espionnage économique. L’équipe, opérationnelle depuis mai 2007, a été installée dans la capitale économique du royaume pour plus d’efficacité. Composée d’un staff d’une vingtaine de cadres au profil pointu, la nouvelle cellule traque le renseignement économique sous toutes ses facettes. Une mission qui dépasse les prérogatives de l’ancienne cellule chargée du contre-espionnage économique, dont les activités ont été complètement gelées à l’époque par Ahmed Harchi, avant la mise à la retraite de son responsable, un dénommé “Haj Cherkaoui”.

    Les espions économiques disposent d’un champ d’intervention très vaste où le légal côtoie aisément le moins légal : informations sur le commerce et la détermination des prix, données sur les stratégies d’investissement, détails sur les gros contrats, listes de fournisseurs, documents de planification et bases de données informatiques, etc. Le travail de ce commando vise autant la surveillance des délégations d’hommes d’affaires étrangers qui débarquent au Maroc, que la protection des informations sensibles concernant les grands groupes nationaux.

    Business et espionnage

    Le travail des agents de renseignement consiste également à suivre de près les grandes entreprises pour déceler d’éventuelles “débauches de cadres détenant un savoir-faire pointu”, de “piratages ou de vols d’ordinateurs”, de “rumeurs d’appartenance sectaire pour exclure un concurrent d’un appel d’offres”, “d’infiltrations par le biais de cadres étrangers” ou encore “d’actions de lobbying offensif”. L’exemple le plus édifiant reste sans doute celui du port Tanger-Med. Selon un journaliste espagnol, le CNI (l’équivalent espagnol de la DGED) a mobilisé une armada d’agents pour concocter un rapport détaillé sur le projet marocain, et qui a été communiqué aux autorités portuaires d’Algésiras en mai dernier. Cela explique probablement la précipitation avec laquelle le port espagnol a lancé, début juin, une série d’appels d’offres pour l’exploitation de futurs quais pour conteneurs.

    Autre souci majeur pour les services : l’offensive chinoise. La pénétration de l’Empire du milieu dans les entreprises nationales peut prendre plusieurs formes. Parfois, il s’agit d’un simple espionnage économique effectué par de faux migrants, qui travaillent sous diverses couvertures. En 2002, les propriétaires chinois d’un cybercafé à Mohammedia ont été obligés de plier bagages, après avoir été pris en flagrant délit d’espionnage économique. Le couple chinois faisait le déplacement à Fès et Marrakech pour consigner avec précision les méthodes de travail des unités de fabrication des produits d’artisanat, qu’ils réexpédiaient en Chine. Résultat, en l’espace de quelques années, le marché marocain a été inondé par de pâles copies de jellabas, babouches et autres caftans à bas prix… destinés principalement aux touristes.

    Les Tunisiens, quant à eux, se sont spécialisés dans le détournement d’investisseurs. Une flopée d’intermédiaires tunisiens font ainsi le tour des expositions, squattent les halls des grands hôtels, ou vont carrément “cueillir” leur cible à l’aéroport. L’investisseur potentiel est assailli de propositions alléchantes, qui vont du terrain fourni gracieusement en Tunisie à des incitations fiscales défiant toute concurrence. “Cette agressivité, à la limite de la légalité, dénoncée à plusieurs reprises par des hommes d’affaires marocains, semble avoir trouvé une oreille attentive en haut lieu”, croit savoir cette source à la CGEM, l’organisation patronale, régulièrement confrontée à cette nouvelle réalité du monde des affaires.

    Un commando de choc

    D’où vient cet appétit soudain des services de renseignement pour la chose économique ? Pour les initiés, la DGED ne fait là que rattraper un énorme retard. En décembre 2005, lors d’une visite privée au Maroc, le responsable français en charge de l’intelligence économique à la Défense nationale, Alain Juillet, tenait un briefing instructif avec les responsables des services de renseignement du royaume. L’ex-directeur du renseignement à la DGSE française n’eut aucune peine à prêcher des convaincus, en la personne des agents de renseignement marocains. A l’époque, Yassine Mansouri venait juste d’être nommé à la tête de la DGED.

    Les agents de la DGED, souvent détachés auprès des ambassades du Maroc, ont reçu pour consigne de collecter toute information concernant les intérêts économiques marocains. Dans cette optique, cette cellule “chargée d’une mission de contre-ingérence économique”, selon les mots même d’un ex-agent du renseignement, a désormais pour mission la protection des intérêts économiques. “Il existe encore une défiance, peut-être à cause de cette image liée au contre-espionnage et à l’antiterrorisme, mais les services marocains se mettent tout simplement à la page”, précise un agent de la centrale.

    Quel est le profil de ces espions économiques ? Loin de l’image classique de l’agent surentraîné aux méthodes plus ou moins violentes, il s’agirait plutôt de jeunes quadras, pour la plupart issus de grandes écoles et qui profitent régulièrement de stages de perfectionnement où l’intelligence économique occupe un place de choix. Basés pour la plupart à Casablanca, ils ont toute latitude pour sillonner le monde entier, à la recherche d’un “complément d’information”, toujours dans le cadre de leur mission “économique”. C’est sûr : une nouvelle race d’espions vient de naître.

    Espionnage économique. Au service des grands groupes ?

    Aujourd’hui, l’utilisation des services secrets au nom du nationalisme économique est une réalité dans de nombreux pays. La Grande-Bretagne, la Suède et surtout les Etats-Unis ont, depuis longtemps, engagé leurs services secrets aux côtés des grandes entreprises du pays. Sur le terrain, les consulats américains envoient des émissaires, baptisés American Present Posts (APP), visiter des sociétés innovantes qu’ils savent en mal de financement, pour leur proposer un coup de pouce financier. “Au Maroc, les agents US avaient bien tenté d’approcher le secteur des télécoms, sans pour autant réussir à supplanter les Français de Vivendi. Même topo avec Boeing, l’éternel concurrent d’Airbus, qui a dû user de mille astuces pour ne pas perdre totalement le marché de la RAM au profit des Européens”, rappelle une source diplomatique française. Alors que les entreprises marocaines étaient très en retard en matière d’espionnage économique, le commando économique monté par Yassine Mansouri, en filtrant le flux d’argent et les investissements étrangers, promet d’accompagner, de près ou de loin, la vie des grands groupes marocains, ONA en tête. Sera-t-il, demain, en mesure de prévoir (et d’éviter au Maroc) un scandale du genre Annajat ?

    TelQuel Magazine.

    Source

    Tags : Maroc, Makhzen, DGED, Yassine Mansouri, espionnage économique,

  • A la caza del espía marroquí

    El servicio secreto de Mohamed VI es, tras el ruso, el que más agentes pierde en el Viejo Continente
    Yassin Mansouri, compañero de estudios del rey, dirige lo dirige desde 2005

    Ignacio Cembrero

    El País, 14 DIC 2012

    Bagdad A., marroquí, de 59 años, se movía con soltura en el seno de la inmigración magrebí en Alemania. Recopilaba “informaciones sobre manifestaciones organizadas por grupos de oposición”, según la fiscalía federal germana. En 2007 se ofreció a los servicios secretos de su país alegando que poseía “una amplia red de contactos” en el seno de la comunidad marroquí. Le contrataron. Cinco años después, el 7 de diciembre, la fiscalía de Karlsruhe le imputó por “actividades por cuenta de servicios secretos extranjeros”.

    Bagdad A. es el cuarto marroquí detenido por espionaje en Alemania desde 2011. Todos se consagraban a informar sobre las actividades de sus 230.000 compatriotas allí residentes, excepto Mohamed B., de 56 años, apresado en febrero en Berlín, y que se dedicaba a vigilar a los miembros del Frente Polisario. Cobró por ello 22.800 euros, según la fiscalía.

    De todos los agentes marroquíes caídos estos últimos años en Europa, el que hizo más ruido fue, en 2008, Redouane Lemhaouli, de 42 años, un policía de origen marroquí que tenía acceso a las bases de datos del Ministerio del Interior de los Países Bajos. De ahí sacó información sobre “actuaciones contra el rey de Marruecos”, “terrorismo” y “tráfico de armas”, para comunicársela a los espías que, con cobertura diplomática, le habían reclutado.

    El caso de Re, el apodo que habían puesto sus compañeros al policía, ha sido el que más repercusión tuvo porque el agente llegó a codearse con la princesa Máxima, esposa del príncipe Orange, y con un miembro del Gobierno holandés. Se sentó a su lado, en primera fila, durante una ceremonia en la que 57 chavales inmigrantes, muchos de ellos de origen marroquí, recibieron diplomas que les habilitaban para trabajar como personal de tierra en el aeropuerto de Rotterdam. Re les había formado.

    Meses después, el policía fue expulsado del cuerpo y condenado a 240 horas de trabajos sociales. El que era entonces ministro de Exteriores holandés, Maxime Verhagen, envió una carta a los diputados lamentando “la intervención de sectores o servicios para influir a los ciudadanos de origen marroquí”.

    En total, desde 2008 han trascendido 10 detenciones y procesamientos de agentes o expulsiones de diplomáticos de Marruecos en Europa —Mauritania echó también a un undécimo confidente el año pasado—, un número solo superado por Rusia, que en los últimos cinco años perdió a 31 espías en el Viejo Continente.

    Los 11 agentes marroquíes trabajaban para la Dirección General de Estudios y Documentación (DGED), el servicio de espionaje exterior de Yassin Mansouri, de 50 años, el primer civil que lo dirige. Es el único servicio de inteligencia que formalmente depende del palacio real de Marruecos y se ha convertido en algo más que un servicio secreto. Es un instrumento de la diplomacia marroquí. La personalidad de su jefe lo explica.

    Mansouri forma parte del círculo de estrechos colaboradores del rey Mohamed VI, con el que estudió en el colegio real. Es además el único entre los íntimos del monarca que no ha sido salpicado por un escándalo económico o político.

    Su lealtad al futuro rey le provocó incluso, en 1997, ser apartado del puesto que desempeñaba en el Ministerio del Interior por su titular, Driss Basri. Sospechaba que le espiaba por cuenta del príncipe heredero, al que él sí vigilaba por encargo de su padre, Hassan II. Mansouri fue, sin embargo, el único de los amigos de juventud del príncipe que cayó bien a Basri. Ensalzó ante Hassan II su capacidad de trabajo y el rey le envió en 1992 a EE UU para que le formase el FBI.

    Nacido en Beejad, en el centro del país, hijo de un alem (sabio del islam), Mansouri recibió una educación religiosa, algo trastornada por las amistades izquierdistas de su hermano, hasta que se le ofreció plaza en el colegio real. Aún hoy día sigue siendo un hombre piadoso que intenta rezar con frecuencia, que no bebe alcohol, ni fuma, ni hace ostentación.

    Su travesía del desierto acabó tras la entronización de Mohamed VI, que en 1999 le nombró director de la MAP, la agencia de prensa oficial, desde donde regresó en 2003, esta vez por la puerta grande, a Interior. Durante dos años estuvo al frente de la más importante dirección general del ministerio del que Basri ya había sido expulsado. De ahí dio el salto al espionaje y a la diplomacia discreta.

    Mansouri formó, por ejemplo, parte de la delegación marroquí que acudió a Nueva York en 2007 a presentar al secretario general de la ONU la oferta de autonomía para el Sáhara; se sentó varias veces a negociar con el Polisario y se entrevistó en secreto en París, en 2007, con la ministra israelí de Exteriores, Tzipi Livn. En 2008 recibió en Rabat al secretario de Estado adjunto norteamericano, David Welsh, al que expresó su preocupación por la fragilidad del régimen tunecino y la “codicia” de su dictador Ben Ali, según revelaron posteriormente los cables de Wikileaks. Tres años después, Ben Ali fue derrocado. Mansouri fue de los pocos que acertaron en su pronóstico sobre Túnez..

    La DGED se ha dedicado, desde su creación en 1973, a vigilar a los exiliados enemigos de la monarquía alauí, antes izquierdistas y ahora más bien islamistas y a los independentistas saharauis. Pero a medida que la emigración marroquí ha ido creciendo también se esfuerza en supervisarla para que no germine en ella el extremismo, para que sea leal al trono.

    En España, Marruecos ha elaborado “una estrategia de gran magnitud”, señalaba en mayo de 2011 un informe del Centro Nacional de Inteligencia (CNI) enviado por su director, el general Félix Sanz, a tres ministros. “Su objetivo es extender su influencia e incrementar el control sobre las colonias marroquíes utilizando la excusa de la religión”, añadía. Esta supervisión la ejerce, según el CNI, “a través de su embajada y consulados (…), personal afín”, es decir, agentes de la DGED con cobertura diplomática y confidentes reclutados sobre el terreno. También colabora la Fundación Hassan II, que preside la princesa Lalla Meryem, hermana de Mohamed VI, cuyo presupuesto no está sometido al control del Parlamento.

    Prueba del interés de la DGED por la religión fue la intervención de Mansouri, en noviembre de 2008, ante un nutrido grupo de imanes, procedentes de España e Italia, e invitados a Marraquech por el Ministerio de Asuntos Islámicos. Un año antes, Mansouri viajó a Mallorca para reunirse con el que era entonces su homólogo español, Alberto Saiz, y advertirle de que estaba “jugando con fuego” al fomentar en Ceuta el auge de los tablig, una corriente islámica de origen indio, en detrimento del islam malekita que impera en Marruecos.

    Acaso sea porque quieren evitar tensiones con Rabat o porque necesitan más su cooperación en la lucha antiterrorista —la DGED ayudó al CNI a resolver el secuestro por Al Qaeda, en Malí, de tres voluntarios catalanes—, lo cierto es que los países del sur de Europa como España, Francia e Italia, aquellos en los que hay más inmigración marroquí, no expulsan ni detienen a agentes de Marruecos. “Sí se producen, pero no trascienden”, matiza un antiguo colaborador del CNI que trabajó en el Magreb.

    En 2010, Rabat expulsó a tres agentes españoles, con cobertura diplomática, destinados en Marruecos, pero en el último cuarto de siglo solo una trama de espionaje marroquí en España saltó a la palestra: la infiltración de un topo en Exteriores, en 1990, que obtuvo un informe sobre la conversación del ministro, entonces Francisco Fernández Ordóñez, con un responsable del Frente Polisario.

    Tags : Marruecos, DGED, Yassine Mansouri, espionaje, servicios secretos,

  • Maroc : Mohamed Yassine Mansouri, du FBI à la DGED

    Par Abdellah Miloudy                                              Source: I-Bergag, 20/12/2012

    Le patron de la Direction générale des études et de la documentation (DGED), les services secrets extérieurs du royaume, Mohamed Yassine Mansouri, a eu droit à un extensif portrait publié par le quotidien espagnol El Pais. Signé par Ignacio Cembrero, le spécialiste du Maghreb au journal madrilène et l’un des rares journalistes européens qui n’a pas encore succombé au charme et à la générosité de nos dirigeants, ce portrait est truffé d’informations que l’on ne lit pas souvent au Maroc.

    L’une d’elles est que depuis 2008 la DGED a perdu 10 chekamas (espions) en Europe et un autre en Mauritanie. Un record battu seulement par la Russie de Poutine. Quelques uns travaillaient sous couvert de la protection diplomatique et d’autres étaient des RME (résidents marocains à l’étranger). Quatre marocains ont été attrapés la main dans le sac en Allemagne, jugés et condamnés. Contrairement à l’Espagne et à la France, où les agents secrets marocains font comme chez eux, et dans le cas de l’hexagone reçoivent même l’aide des services français, Berlin se montre intraitable quand il s’agit des droits et de la sécurité des personnes qui résident sur son sol, quelque soit leur nationalité.

    El Pais nous explique que le cas qui a fait le plus de mal à la DGED est celui de Redouane Lemhaouli, ce policier hollandais d’origine marocaine, qui a été arrêté et expulsé des forces de l’ordre pour avoir utilisé l’ordinateur central du ministère de l’intérieur des Pays Bas pour les besoins des services de Mansouri. Et que Bagdad A, le dernier des marocains arrêtés et jugés en Allemagne, a encaissé 22 800 euros pour son travail patriotique et que c’est lui-même qui s’est proposé en 2007 à la DGED pour espionner. Certains ont l’espionnite dans le sang. Le syndrome du mokadem.

    Quant à Mohamed Yassine Mansouri, Cembrero nous raconte qu’il est originaire de la sainte ville de Bejaad, ça on le savait ; qu’il est très pieux, on le savait aussi ; qu’il a un frère gauchiste, ça on ne le savait pas, et qu’il a suivi une formation au FBI américain, et ça non plus on ne le savait pas.

    Enfin, avant de s’occuper de la DGED, Mansouri a dirigé la MAP, l’agence de presse officielle, qui possède de très nombreux honorables correspondants à travers le monde. Un poste qui est allé comme un gant à cet ancien du FBI et qui a sûrement contribué à sa formation avant d’être catapulté à la tête de la DGED.

    Une dernière touche humoristique, El Pais nous rappelle que selon les documents de Wikileaks Yassine Mansouri a été l’une des rares personnes à se préoccuper de la « fragilité » du régime tunisien à cause de la « cupidité » de l’ancien dictateur Zine Eddine Ben Ali. C’était en 2008.

    C’est vrai qu’à l’époque le livre d’Eric Laurent et de Catherine Graciet sur un autre « cupide », « Le roi prédateur. Main basse sur le Maroc » (Editions du Seuil, 2012) n’avait pas encore été publié….

    Tags: Maroc, Makhzen, DGED, Yassine Mansouri, espionnage, FBI,

  • Dossier DGED (4) Enquête Exclusive. Nos espions à l’étranger

    Par Mehdi Sekkouri Alaoui, envoyé spécial à Amsterdam

    Enquête Exclusive. Nos espions à l’étranger

    Vrais flics et faux diplomates

    Comment la chute d’un agent secret marocain a fait scandale en Hollande, mettant à nu un réseau d’espionnage aux ramifications insoupçonnées.

    Lundi 28 septembre 2008. En ce début de soirée, les cafés d’Oost, quartier multiethnique à l’ouest d’Amsterdam à forte présence marocaine, sont quasi déserts. Cela semble être le cas depuis plusieurs jours, déjà. L’explication à cette étrange désaffection tient en une phrase : les révélations fracassantes sur les activités des services de

    renseignements marocains sur le sol néerlandais. Tout simplement. En moins d’une semaine, les 350 000 personnes que compte la communauté marocaine en Hollande ont appris que des policiers et des responsables politiques, d’origine marocaine eux aussi, flirtaient avec la puissante DGED (Direction générale des études et de la documentation) de Yassine Mansouri. Résultat : un vent de méfiance et de paranoïa souffle depuis sur les “Marokkaanse”, dont beaucoup réduisent désormais leurs “sorties” au strict minimum. “Aujourd’hui, il faut se mettre en tête que tout le monde est susceptible de travailler pour les flics. Même tes proches”, lâche en souriant Ahmed, 29 ans, qui reconnaît avoir changé ses habitudes : “J’ai décidé de moins fréquenter certains endroits et surtout certaines personnes”. Un premier constat que confirme Jamal Ryane, militant associatif à Amsterdam : “Cette affaire a créé un profond malaise au sein de la communauté marocaine. On n’avait vraiment pas besoin de ce genre de scandales, nous sommes déjà suffisamment pointés du doigt…”. Et d’ajouter, déçu : “On croyait qu’avec l’arrivée de Mohammed VI au pouvoir, le temps des barbouzeries de bas étage était révolu. Ce n’est malheureusement pas le cas. Nous sommes toujours aussi fliqués qu’avant”.

    On infiltre bien la police hollandaise

    Flash-back. Nous sommes en mars 2007, les services secrets néerlandais (AIVD, équivalent de la DGST marocaine) envoient une note interne à la direction de la police les informant que deux de leurs membres seraient des collaborateurs des renseignements marocains, la DGED en l’occurrence. La réaction ne se fait pas attendre : la police licencie illico presto Redouane Lemhaouli et Mohamed Ziad pour “violation du secret professionnel” et “manquement au devoir”. Les autorités néerlandaises n’hésitent pas, dans le même temps, à faire part de leur colère à Rabat. Dans la foulée, deux agents secrets, théoriquement rattachés à l’ambassade du Maroc à La Haye, sont priés de quitter le pays sur le champ…

    Dans un premier temps, les deux présumés coupables, Redouane Lemhaouli et Mohamed Ziad, encaissent le coup sans broncher. Le premier, dit “Ré”, est brigadier à Rotterdam. Il est devenu, à 38 ans, une célébrité locale connue pour son engagement dans la société civile, notamment auprès des Marocains. Marié à une Hollandaise, cet originaire du Rif marocain, qu’il a quitté très jeune dans les valises de ses parents, était en 1991 un des tout premiers “étrangers” à rejoindre les rangs de la police. Il est un si bon représentant de l’entente maroco-hollandaise, qu’on lui prête un rôle actif dans la préparation de certaines visites effectuées par des délégations néerlandaises au Maroc. Mohamed Ziad, lui, est un enfant de Hay Mohammadi à Casablanca, arrivé en Hollande dans les années 90. Il est préposé bénévole à l’accueil dans un commissariat de quartier de La Haye depuis moins d’un an. Assistant social à la base, Mohamed, la trentaine, milite dans une ONG dont il est le président : l’association des droits des Marocains aux Pays-Bas. Il est connu pour prendre part, comme nous l’ont confirmé plusieurs sources, “aux manifestations revendiquant la marocanité du Sahara”. Ziad, à qui il arrive de collaborer avec des journaux arabophones au Maroc, a par ailleurs la réputation d’être “proche des employés du consulat du Maroc, qu’il fréquente assidûment”.

    L’espion et la princesse

    L’affaire aurait pu en rester là, sans écho public, si les médias ne s’en étaient pas mêlés. Le 15 septembre, Nova, émission quotidienne phare de la télévision publique néerlandaise, dévoile les barbouzeries supposées du tandem Redouane Lemhaouli – Mohamed Ziad. Le scandale éclate alors au grand jour.

    Rencontré dans les studios de Nova dans la région d’Amsterdam, le journaliste Robert Bas nous confie avoir eu beaucoup de mal à boucler son enquête. “Au début du mois de juillet, nous avions eu des informations selon lesquelles un membre de la police de Rotterdam a été licencié pour espionnage. Nous avons alors entamé notre investigation, qui s’est avérée plus longue que prévu du moment que personne ne voulait répondre à nos questions”. Raison de cette omerta : l’affaire des deux policiers d’origine marocaine, qui promet de remonter jusqu’à un haut niveau de l’establishment local, risque d’éclabousser au passage la famille royale néerlandaise. Et pour cause, en février dernier, la princesse Maxima, épouse du prince héritier Willem Alexander, présidait une cérémonie de remise des diplômes à 57 jeunes immigrés. L’opération, un coup de marketing pour l’intégration des populations immigrées, est parrainée… par un certain Redouane Lemhaouli, épaulé par Mohamed Ziad. Le jour de la remise des diplômes, donc, la princesse trône au milieu d’un parterre de haut rang (le ministre de la Jeunesse et de la Famille, le chef d’état-major des armées, l’ambassadeur du Maroc aux Pays-Bas, etc), parmi lequel s’est glissé Lemhaoudi. Sans oublier Ziad, confortablement installé parmi le public. Séduite par ce programme de réinsertion mis sur pied par “Ré”, la princesse va jusqu’à accepter de le parrainer en le baptisant “Projet Maxima”. Ce qu’elle ne savait pas, c’est que “Ré”, et son ami “Momo”, feraient l’objet de la fameuse note des services néerlandais quelques semaines plus tard…

    Scandale national

    La diffusion de l’enquête de Nova, le 15 septembre, fait l’effet d’une bombe dans l’ensemble des Pays-bas. Toute la classe politique est montée au créneau pour crier au scandale. Le parti travailliste, membre de la coalition au gouvernement, demande que l’ambassadeur du Maroc soit rappelé à l’ordre. Même requête du côté des chrétiens démocrates. Pour sa part, l’extrême droite de l’ultraconservateur Geert Wilders, connu pour son islamophobie, a carrément exigé l’expulsion du diplomate marocain en poste à La Haye si Rabat ne présentait pas ses excuses dans les plus brefs délais. C’est la crise ouverte.

    Dans la foulée, le ministre des Affaires étrangères, Maxime Verhagen, déclare donner “une importance particulièrement grande à l’affaire”. Devant le Parlement, il confirme le licenciement de Redouane Lemhaouli et le renvoi des deux diplomates marocains, dont l’identité n’a jamais été clairement établie. Le ministre renchérit en précisant que “des explications ont été officiellement demandées au Maroc”. Pour les détails de l’affaire, il faudra repasser. Après un tête-à-tête quelques jours plus tard avec son homologue marocain dans les couloirs des Nations Unies, dont la teneur est restée secrète, Verhagen envoie une lettre aux élus condamnant “l’intervention de certaines parties ou services pour influencer les citoyens d’origine marocaine”. Le responsable néerlandais pointe indirectement la DGED, l’accusant à demi-mots de “porter atteinte à la démocratie et à la souveraineté des Pays-Bas”. Mais il évite soigneusement de déclarer la guerre ouverte : non, tous les détails de l’affaire ne seront pas révélés parce que “le sujet est sensible et l’enquête suit toujours son cours”.

    Une façon bien diplomatique pour éviter la rupture totale avec Rabat. Mais aussi, comme nous l’explique cette source locale, “pour éviter de s’aliéner l’ensemble de la (forte) communauté marocaine aux Pays-Bas”.
    La loi du silence Question : quel genre d’informations Redouane Lemhaouli et Mohamed Ziad pouvaient-ils bien transmettre aux services de renseignements marocains ? “On ne peut pas trancher, répond l’enquêteur de Nova, Robert Bas. Mais d’après tous les éléments d’enquête qui sont passés entre nos mains, nous sommes sûrs de leur culpabilité. Ce n’est pas pour rien qu’on a interdit aux deux hommes d’exercer dorénavant dans la fonction publique ou d’occuper tout autre poste jugé sensible. Et puis, s’ils étaient vraiment innocents, comment se fait-il qu’ils n’ont jamais protesté?”.

    Contacté par TelQuel, Mohamed Ziad a nié catégoriquement être un agent à la solde de la DGED (lire interview). Quant à Redouane Lemhaouli, il a préféré ne pas donner suite aux sollicitations des journalistes. Ce qui laisse la porte ouverte à toutes les supputations. Dont une, particulièrement colportée, comme nous avons pu le constater, tant à La Haye qu’à Rotterdam ou Amsterdam, et qu’une source à Nova nous résume ainsi : “Il est probable qu’il y ait eu un deal entre Lemhaouli et les autorités néerlandaises. En contre-partie de son silence, il ne serait pas poursuivi en justice”. Impossible pour le moment de le confirmer. Mais si Lemhaouli continue de se terrer dans le silence absolu, son entourage se charge de clamer son innocence et va jusqu’à crier au complot. Fomenté par qui ? “Les services de renseignements hollandais pour l’obliger à collaborer, ou l’extrême droite, voire tout simplement des concitoyens (marocains) jaloux de sa réussite”, clame sans conviction Farid Oulad Lahcen, responsable de “La voix des démocrates marocains aux Pays-Bas”, unique organisation engagée dans la défense du tandem Lemhaouli – Ziad.

    Politiciens ou espions ?

    Lemhaouli et Ziad ne seraient pas les seuls à collaborer avec les services de renseignements marocains. Dans les jours qui ont suivi la diffusion de l’enquête de Nova, un conseiller communal de Rotterdam a mis le feu aux poudres en déclarant, dans un programme télévisé, avoir été sollicité par les services marocains. Rencontré à la mairie de la deuxième ville des Pays-bas, Fouad El Haji nous raconte : “Un jour, un ami m’a invité à l’accompagner à une soirée marocaine. Sur le chemin, il m’a clairement demandé de rejoindre un réseau d’informateurs dont il faisait partie. Il m’a dit, pour finir de me convaincre, qu’en contre-partie mon avenir serait pleinement assuré !”. Le conseiller d’origine marocaine (il a vu le jour à Al Hoceïma en 1969) va encore plus loin : “Je peux vous assurer que je ne suis pas le seul homme politique d’origine marocaine à avoir été contacté par les services marocains. Beaucoup ont même répondu favorablement à l’offre qui leur a été proposée”. Mohamed Rebbae, un des premiers députés marocains aux Pays-Bas, basé à Utrecht, joint pour les besoins de notre enquête, abonde dans le même sens : “En 1999, ils (les services marocains) m’ont envoyé un ancien voisin, qui s’est présenté comme un agent des renseignements s’occupant de la communauté marocaine en Espagne. Il m’a clairement signifié que je pouvais avoir tout ce que je voulais si je répondais favorablement à sa demande de collaboration”. Comme Fouad El Haji, Mohamed Rebbae affirme avoir décliné “l’offre”, informant au passage les autorités néerlandaises…qui se sont plaintes à Rabat. “Mon cas n’est sûrement pas isolé. Ils sont nombreux ceux qui sont approchés mais rares sont ceux qui osent le dire”, nous explique encore Rebbae.

    Ce qui est sûr, c’est que le scandale (des services marocains) a pris des proportions énormes en Hollande. Pas au Maroc, où les responsables ont visiblement décidé de “laisser passer l’orage”. Yassine Mansouri, patron des services, Taïeb Fassi Fihri, diplomate numéro 1 du royaume, voire Khalid Naciri, porte-parole du gouvernement, jouent pour le moment la carte de la sérénité, rangeant ainsi “l’affaire” au rayon des faits-divers. En un mot, Rabat fait la sourde oreille. Jusqu’à quand ?

    Mohamed Ziad. Espion, pas espion ?

    Mohamed Ziad est, avec Redouane Lemhaouli, à l’origine du scandale d’espionnage qui secoue les relations entre les Pays-Bas et le Maroc. Il a accepté de nous rencontrer à Amsterdam.

    En mars dernier, vous avez été licencié par la police de La Haye qui vous accuse de collaborer avec les services de renseignements marocains. Qu’avez-vous à dire à ce sujet ?

    A ce jour, je n’arrive toujours pas à réaliser ce qui m’arrive. D’ailleurs, je suis tombé des nues lorsque mes supérieurs m’ont appris la nouvelle. Je ne peux pas être un espion pour la simple raison que je n’ai pas la mentalité qu’il faut, je ne suis pas fait pour ça. Le militant associatif que je suis n’acceptera jamais de travailler pour un service de renseignement, qu’il soit marocain ou néerlandais. Les idéaux et les valeurs que je défends me l’interdisent.

    On vous dit proche des employés du consulat du Maroc, que vous fréquenteriez assidûment…

    Mais ce n’est pas un crime de rentrer dans un consulat du Maroc. Si j’y suis aussi souvent, c’est parce que je suis à la tête d’une association qui défend les droits des Marocains aux Pays-bas. Des gens ayant des problèmes avec l’administration marocaine font appel à moi, et c’est cela qui m’amène à m’y rendre régulièrement pour rencontrer un assistant social, dans le but de leur trouver des solutions. Cela ne prouve en rien que je suis un agent à la solde des services marocains.

    Quel rapport entreteniez-vous avec Redouane Lemhaouli ?

    J’ai rencontré son père en 2001 au sein du consulat du Maroc. Il était là parce qu’il avait lui aussi un différend à régler avec l’administration marocaine. Par la suite, les gens lui ont parlé de moi, il est donc venu vers moi pour me demander des conseils. C’est ainsi que j’ai connu Redouane Lemhaouli, à qui j’ai apporté mon aide dans le cadre du “projet Maxima”. Mon rôle à moi était de lui trouver des jeunes Marocains en situation difficile pour les inclure dans le projet.

    Selon vous, Lemhaouli, alias Ré, est-il un agent au service des renseignements marocains ?

    Pas du tout. Il n’y a pas si longtemps, Lemhaouli s’est vu saisir une maison à Tanger parce qu’il n’arrivait plus à rembourser son crédit. S’il était vraiment un espion, je ne pense pas qu’il aurait eu droit à ce genre de traitement.

    Et vous ?

    Je ne suis pas un espion. Ma propre mère restée au Maroc a été expulsée de son appartement à Casablanca parce qu’elle n’arrivait plus à payer son loyer. Si j’étais un espion, je ne crois pas que cela se serait pas passé ainsi. Et puis au commissariat de quartier où j’étais affecté, je n’étais qu’un simple préposé à l’accueil qui n’avait même pas accès à l’informatique.

    Comment avez-vous appris votre licenciement ?

    Mes supérieurs m’ont appelé du jour au lendemain pour m’annoncer qu’ils ne pouvaient pas me garder, sans autre forme d’explication. Ils m’ont ensuite accompagné à la maison pour récupérer mon uniforme de police. Je n’ai plus de contacts avec eux depuis ce jour-là.

    Si vous êtes innocent, pourquoi avoir choisi de garder le silence ?

    J’aurais pu donner suite à cette affaire, crier au scandale, mais j’ai choisi de tourner la page. Ce travail, en fin de compte, je n’en ai pas besoin. A la base, je suis assistant social, mais actuellement, je suis en arrêt maladie, et je perçois toujours mes indemnités d’invalidité. Ce travail à la police de La Haye, je le faisais à titre bénévole, pour meubler mon temps.

    DGED. Voyage au-dessus d’un nid d’espions

    La Direction générale des études et de la documentation (DGED, service de renseignements extérieurs) est une bien diplomatique appellation pour désigner la toile de l’espionnage marocain tissée à travers le monde. “Diplomatique”, le mot est trouvé. La DGED, nid d’espions au service du royaume, opère la plupart du temps dans le sillage de la diplomatie marocaine à laquelle l’essentiel de ses membres est théoriquement rattaché. La “centrale” a d’ailleurs des airs de diplomatie parallèle, surtout depuis l’avènement de Mohamed Yassine Mansouri, proche (et compagnon de classe) de Mohammed VI, à la tête de la DGED. Un Mansouri, qui a fait partie de la délégation officielle reçue cette semaine par le secrétaire général des Nations Unies, pratiquement au même titre que le ministre des Affaires étrangères Taïeb Fassi Fihri… La DGED a classiquement pour tâche de tenir une “veille” (informations et renseignements en tous genres) là où elle se trouve, aux quatre coins du monde. La veille est d’autant plus importante que les pays cibles représentent un enjeu politique important pour le Maroc : cas des voisins du Maghreb, Algérie et Mauritanie en tête, mais aussi de l’Europe (France, Espagne, Belgique, Hollande). Sans oublier les pays à forte implantation islamiste (Soudan, Pakistan, etc.). Concrètement, nos espions ont la tâche (secrète, bien entendu) d’infiltrer les milieux et les réseaux sensibles, à commencer par les rouages des chancelleries occidentales, mais aussi d’encadrer la communauté marocaine à l’étranger. Le but premier de toutes ces activités étant de suivre à la trace les mouvements des “fortes têtes” (activistes politiques, islamistes) marocaines de la diaspora. Comme nous l’ont expliqué plusieurs sources consultées pour les besoins de notre enquête, la DGED a un fort penchant pour les amicales marocaines à l’étranger, réputées très perméables aux infiltrations policières. Même les mosquées, à l’image de tous les lieux de rassemblement communautaire, n’échappent pas à la surveillance des espions venant ou agissant pour le compte de Rabat.

    © 2008 TelQuel Magazine. Maroc. Tous droits résérvés

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    Tags : Maroc, DGED, espions, espionnage, Yassine Mansouri, services secrets, renseignements,

  • Dossier DGED (1) : le chef du renseignement marocain a de l’estime pour le « sérieux » de Tzipi Livni ! (Wikileaks )

    Le Chef du renseignement Marocain, Mohamed Yassine Mansouri, a beaucoup apprécié le « sérieux » de Tzipi Livni, l’ex ministre des Affaires étrangères israélien. Dans un câble diplomatique américain de l’ambassade US à Rabat révélé par Wikileaks, le chef de la Direction Générale des Etudes et de la Documentation (DGED), le contre-espionnage Marocain, a confié à des diplomates américains que Tzipi Livni est un bon partenaire !

    Tzipi Livni, la politicienne qui a soutenu la guerre contre les femmes et les enfants de Gaza en 2008-2009 aux côtés d’Ehud Olmert, rentre dans les bonnes grâces de Mohamed Yassine Mansouri, le premier responsable du renseignement marocain.

    En effet, lors d’une rencontre tenue en février 2008 avec le sous-secrétaire d’Etat américain chargé des affaires du Proche-Orient et de l’Afrique du Nord, David Welsh, en visite à Rabat, le chef de file du contre-espionnage marocain, Mohamed Yassine Mansouri a confié qu’il s’est bel et bien entretenu avec Tzipi Livni (une ex-du MOSSAD) à Paris en juillet 2007.

    Accompagné par le ministre Marocain des Affaires étrangères, Taieb Fassi Fihri, Mohamed Yassine Mansouri a étudié avec la délégation israélienne de nombreuses questions liées au Proche-Orient. Ceci dit, le patron du DGED ne révélera aucun détail à David Welch sur le contenu exact et précis de cette rencontre mystérieuse.

    A l’époque, de nombreux observateurs ont relevé que Mohamed Yassine Mansouri a été dépêché par Mohamed VI à Paris pour demander une assistance aux israéliens dans un dossier sensible. Cette hypothèse ne sera ainsi ni confirmée ni infirmée par ce câble diplomatique révélé par Wikileaks dans lequel Yassine Mansouri se contente de faire part à Welsh de toutes les impressions positives que lui a procurée sa rencontre avec Tzipi Livni.

    Toutefois, dans ce même câble, le patron du DGED n’a pas hésité à dénoncer la « cupidité » du régime de Ben Ali. Mohamed Yassine Mansouri s’est dit même préoccupé par la fragilité du régime tunisien qui risque de vaciller à n’importe quel moment.

    Concernant la Mauritanie, Mohamed Yassine Mansouri a demandé une plus grande implication des américains dans ce pays aux prises avec les menaces terroristes. Et à ce sujet, David Welsh a rassuré son interlocuteur que sur cette question, comme sur celle du Sahara Occidental, Washington « est pro Mohamed VI ».

    Abderrahmane Semmar

    El Watan, 23/12/2010

    Tags : Maroc, Makhzen, Yassine Mansouri, Tzipi Liivni, Wikileaks, DGED, services secrets, espionnage,

  • Dossier DGED (2) : Mohamed Yassine Mansouri, le nouvel homme fort

    Sa discrétion n’a d’égale que sa puissance. Renseignement intérieur, lutte anti-terroriste, affaires étrangères…

    L’ombre du patron de la DGED est partout.

    Voilà un personnage mystérieux. Depuis son passage au collège royal aux côtés du futur Mohammed VI, on sait que Mohamed Yassine Mansouri est extrêmement réservé, voire timide. Le genre à rougir légèrement les rares fois où il lui arrive de prendre la parole. Ses amis parlent d’un homme pieux (c’est un habitué de la Omra aux lieux saints de l’islam), attaché à ses origines. Lors de ses apparitions publiques, plutôt fréquentes pour un patron de services secrets, il étonne par sa simplicité et sa disponibilité. Ne l’a-t-on pas vu, par exemple, marcher lors de manifestations pro-palestiniennes, ou jouant des coudes lors de funérailles de grands hommes d’Etat ?

    Ceux qui l’ont pratiqué s’arrêtent sur son flegme et sa prudence, parfois exagérée. “Il lui arrive de ne pas trancher sur des questions cruciales tant qu’il n’a pas reçu un feu vert d’en haut lieu”, se rappelle l’un de ses anciens collaborateurs au ministère de l’Intérieur. A la DGED (Direction générale des études et de la documentation, renseignements extérieurs ou contre espionnage), Mansouri n’a pas changé. Travailleur infatigable, il reste malgré tout proche de sa famille et de ses amis. Vaguement, on sait qu’il a rajeuni les équipes de l’agence et élargi son champ d’action, aussi bien au Maroc qu’à l’international. On sait aussi qu’il a fini par imposer la DGED comme une super-agence, qui semble de plus en plus, et c’est une grande nouveauté, coordonner l’action de tous les autres services de renseignement. Vrai ou faux ? Difficile de trancher, ou de confirmer cela auprès du premier intéressé, totalement injoignable. Mais une chose reste sûre, toutes les grandes affaires du royaume, ou presque, portent aujourd’hui l’empreinte de l’agence dirigée par l’enfant prodige de Bejaâd, son fief natal.

    Il a surfé sur l’affaire Mustapha Salma

    Dernier cas en date, celui de Mustapha Salma Ould Sidi Mouloud. L’affaire de l’ex-policier indépendantiste n’a pas encore livré tous ses secrets. Il y a quelques semaines, le Front Polisario a certes annoncé sa libération. Mais Mustapha Salma demeure introuvable. Sa famille, aussi bien à Tindouf qu’au Maroc, n’a pas encore réussi à le localiser, encore moins à lui parler. Le Polisario aurait-il “bluffé” pour contenir la pression (grandissante) à l’international ? “Cela reste possible, analyse ce militant de gauche à Laâyoune. Mais alors, ils ont mal calculé leur coup parce que la mobilisation pour le cas Mustapha Salma a repris de plus belle. Parfois même avec plus d’intensité”. En fin de semaine dernière en effet, Human Rights Watch et Amnesty International ont fait part de leur “préoccupation” quant au cas du dissident sahraoui. “Le Polisario est dans une situation pour le moins inconfortable, poursuit notre militant. Le Front a d’abord abusivement arrêté un Sahraoui qui n’a fait qu’exprimer une opinion politique. Aujourd’hui, les responsables de l’organisation indépendantiste sont, de plus, soupçonnés d’avoir menti à la communauté internationale. De toute évidence, le Maroc marque des points dans la guerre médiatique et politique qui l’oppose au Polisario”. Derrière ce “coup”, se cache un homme : Yassine Mansouri, patron de la DGED. Selon plusieurs sources qui suivent de très près l’affaire du Sahara, il a pris le temps de “travailler son dossier”. Avant d’organiser sa conférence de presse à Smara et de proclamer ouvertement sa préférence pour le plan d’autonomie marocain, Mustapha Salma a en effet tranquillement traversé le Maroc, du nord au sud. L’ex-responsable sahraoui aurait-il réussi à déjouer “la vigilance” des autorités marocaines ? La question fait sourire ce journaliste sahraoui. “Il a évidemment été fiché dès son entrée au Maroc, peut-être même avant, mais on l’a laissé tranquille. C’est lors de son deuxième séjour au royaume (en août) que les services de sécurité sont entrés en contact avec lui. Ils sont tombés sur une perle rare. Un Sahraoui suffisamment souple pour accepter de dialoguer, mais assez têtu pour tenter le diable, et revenir à Tindouf”, conclut le journaliste.

    Dans cette affaire, comme dans plusieurs autres, difficile d’évaluer la part d’intervention de chaque service. Néanmoins, sur le terrain, le lobbying discret mais insistant et l’influence grandissante de la DGED ne font aucun doute. L’agence, théoriquement dédiée au renseignement à l’international, a peu à peu élargi son périmètre d’intervention à l’intérieur du territoire. “Il n’y a pas de mystère à cela, confie cet officier. Les thématiques sur lesquelles travaille la DGED, comme le Sahara, le terrorisme ou la lutte contre le trafic de drogue, ont des implications aussi bien au Maroc qu’à l’étranger”.

    Ce n’est pas tout. Depuis le départ de Fouad Ali El Himma, confie-t-on, Mohamed Yassine Mansouri est devenu le nouvel homme fort de l’ensemble de l’appareil sécuritaire marocain. Une sorte de coordinateur général des différents services même si, selon certains de ses proches, l’ancien camarade de classe de Mohammed VI n’aime pas ce genre de classification. “En fait, explique notre source, c’est un poste qui n’existe pas officiellement. Fouad Ali El Himma l’a incarné au lendemain des attentats du 16 mai, le général Laânigri l’a certainement convoité en secret. Aujourd’hui, c’est au tour de Mansouri d’en hériter. Et force est de reconnaître qu’il a la tête de l’emploi”.

    Il a un accès direct au roi

    Réservé et discret, Mohamed Yassine Mansouri a d’abord toujours su se préserver des guerres secrètes, et souvent violentes, qui secouent le premier cercle royal. Il continue donc d’avoir un accès direct au monarque, ce qui lui confère une crédibilité certaine auprès de ses différents interlocuteurs. “Qu’ils soient acteurs politiques, dissidents sahraouis ou partenaires sécuritaires internationaux, tous savent qu’ils ont en face d’eux un émissaire privilégié et personnel du roi. Cela fait souvent la différence”, affirme un proche du patron de la DGED.

    C’est ensuite un travailleur qui a patiemment fait son apprentissage du “métier”. D’abord aux côtés de Driss Basri puis sous Mohammed VI. Il a successivement été patron de la Direction des affaires générales (DAG) au ministère de l’Intérieur, puis directeur général de l’agence MAP avant d’atterrir dans la forteresse de la route de Rommani (siège de la DGED à Rabat). “Il a même effectué un stage au FBI sur recommandation personnelle de Hassan II”, confie un vieil ami de Mohamed Yassine Mansouri.

    La carrière makhzénienne n’a pas empêché le fils de Bejaâd d’entretenir un vaste réseau politique. On le dit ainsi proche de plusieurs figures de la gauche marocaine comme Bensaid Aït Idder, dirigeant de l’OADP puis du PSU. L’homme dispose également de relais solides dans sa région natale, ainsi qu’au Sahara, voire même à Tindouf. Pour entretenir ce réseau, Mansouri n’hésite pas à s’offrir quelques “bains de foule politiques” à l’occasion d’évènements spéciaux, comme ce fut le cas lors des funérailles de Abdallah Ibrahim ou de Abdelaziz Meziane Belfqih.

    Car contrairement à ce qu’on pourrait penser, sa nomination à la tête du contre-espionnage marocain ne l’a pas rendu invisible. Bien au contraire. Il est ainsi l’un des principaux négociateurs marocains dans l’affaire du Sahara. Il pose, sans complexes, aux côtés du secrétaire général de l’ONU et s’affiche publiquement lors des points de presse et des séances de briefing qui suivent les rounds de négociations entre le Maroc et le Polisario. “Mais alors, raconte un journaliste qui s’est déjà retrouvé à sa table, impossible de lui extirper la moindre information ou le moindre commentaire. Il arrive toujours à changer de sujet ou à vous retourner votre question, tout en restant poli et cordial”.

    Au lendemain du putsch qui a renversé le président mauritanien Ould Cheikh Abdellahi en 2008, c’est encore lui que Mohammed VI dépêche officiellement à Nouakchott afin de sonder les intentions du nouveau chef de l’Etat. La capitale mauritanienne est d’ailleurs une véritable plaque tournante pour le renseignement marocain à l’étranger. Une sorte de hub africain de première importance. “Les agents de la DGED y ont d’ailleurs leurs habitudes depuis plusieurs années, confie cet entrepreneur mauritanien. Ils résident toujours dans le même hôtel, vont au même restaurant et gardent un œil sur tout ce qui se passe dans le pays. Mansouri se rend souvent sur place également”. Depuis 2005, le pays de Mohamed Ould Abdelaziz est, de plus, devenu une véritable tour de contrôle pour les équipes de la DGED, sérieusement préoccupées par les activités d’Al Qaïda au Maghreb Islamique (AQMI) dans la région du Sahel.

    Il dialogue avec les Européens et les Américains

    Si l’Algérie a fait le choix des armes pour lutter contre le réseau terroriste, le Maroc a privilégié, quant à lui, le renseignement. Une mission qui échoit naturellement à la DGED, dont les agents sont devenus habitués aux réunions sécuritaires mondiales au Mali ou au Niger. “Mansouri est fier que la DGED ait exprimé, la première, son inquiétude face aux risques terroristes dans cette région du monde, explique ce cadre au ministère de l’Intérieur. A l’époque, le Maroc a discrètement partagé les informations en sa possession avec les grandes puissances mondiales. Mansouri ne voulait pas trop en faire pour ne pas être taxé de chercher simplement à déstabiliser le Polisario et légitimer, d’une nouvelle manière, la souveraineté marocaine sur le Sahara”. Aujourd’hui encore, l’intervention de la DGED dans ce dossier relève du secret-défense. En août 2010 par exemple, le ministre espagnol de l’Intérieur nous apprenait, presque par hasard, que le Maroc a fourni “une précieuse assistance” au royaume ibérique afin de libérer deux otages détenus par AQMI. “L’enjeu est important pour le royaume, analyse cet observateur sahraoui. D’un côté, ses services secrets donnent la preuve de leur efficacité. Les fichiers de combattants jihadistes qu’ils ont constitués au fil des années s’avèrent grandement utiles. De l’autre, le Maroc semble affirmer qu’AQMI ne pourra pas élargir ses activités au Sahara tant que ce dernier est sous souveraineté marocaine”. Au passage, Mohamed Yassine Mansouri devient un interlocuteur incontournable dans la région auprès des Européens et des Américains. On dit que ses visites sont assez fréquentes à Washington, où il disposerait d’entrées privilégiées au sein d’agences de renseignement de premier plan.

    Et cela ne plaît pas forcément à tout le monde. L’Algérie ne rate par exemple aucune occasion de rappeler que le royaume ne dispose pas de frontières avec la région du Sahel. Il y a quelques semaines, le pays de Abdelaziz Bouteflika a même refusé de prendre part à une réunion de coordination sécuritaire au Mali pour protester contre la présence marocaine autour de la table de discussions. Une première ! “En fait, analyse notre observateur, l’Algérie n’arrive pas à digérer le fait que le Maroc, essentiellement à travers la DGED, soit devenu incontournable dans la gestion de dossiers sécuritaires régionaux et continentaux, après avoir sérieusement renforcé sa coopération économique et diplomatique avec plusieurs pays africains”.

    Il partage, il fédère, il rassure

    Reste une question : dans quelle mesure la DGED chapeaute-t-elle réellement, aujourd’hui, le travail des autres services de renseignement ? Difficile de répondre avec précision. Certes, chacun des services a ses propres prérogatives et son domaine d’intervention bien précis, “mais il n’est pas interdit de travailler ensemble. C’est même souhaitable”, ironise un proche de Mansouri.

    Avec Si Yassine, comme certains l’appellent désormais, la guerre des services n’est (apparemment) plus qu’un lointain souvenir. “Du fait de sa proximité avec le roi et de la complexité des dossiers qu’il gère, il a souvent des informations à partager avec les autres. Le travail de la DAG ou de la DST n’a plus de secrets pour lui du fait de son long passage au ministère de l’Intérieur”, explique une source proche du milieu du renseignement. “Il n’est ni cassant ni rancunier, surenchérit ce journaliste qui l’a côtoyé à la MAP. Lorsqu’il a atterri à l’agence de presse, on avait tous parié sur un changement radical, des mises au placard à la pelle, etc. Il n’en fut rien. Il s’est installé dans le même bureau que son prédécesseur et a travaillé avec le même staff. C’est un homme qui déteste la brutalité et les règlements de compte”. Très vite, nous a-t-on assuré, les autres services ont compris qu’avec un profil pareil à la tête de la DGED, “ils gagneraient en efficacité sans perdre en indépendance”.

    Autre avantage pour Mansouri : l’absence de concurrents influents ou charismatiques. A la DST par exemple, le général Laânigri, professionnel du renseignement, a été remplacé par Abdellatif Hammouchi, spécialiste de l’antiterrorisme. Capable de reproduire, de mémoire, l’architecture complexe de tous les groupuscules terroristes marocains, le numéro 1 de la DST reste néanmoins presque exclusivement concentré sur l’opérationnel et les actions de terrain. Ce n’est donc pas lui qui risque, vraiment, de voler la vedette au nouvel homme (de l’ombre) fort du royaume.

    De plus, Mansouri a su entretenir des relations assez bonnes avec les ministères de l’Intérieur et des Affaires étrangères. Avec lui, visiblement, les services, tous les services de Sa Majesté, gagnent visiblement en sérénité. “Lorsqu’on ne se marche pas dessus, l’efficacité suit toujours”, nous confie ce proche de Mansouri.

    Perso. Un vrai chef de clan

    Mohamed Yassine Mansouri a, depuis toujours, fui les mondanités et les endroits publics. Dès que son emploi de temps le lui permet, le chef de la DGED préfère plutôt rejoindre son épouse et ses quatre enfants. “Il lui arrive de passer les voir quelques minutes entre deux déplacements. C’est important pour son équilibre”, confie l’un de ses proches. Lors des grandes fêtes religieuses, c’est également chez lui que se réunit la grande famille. Durant ses déplacements à l’étranger, il lui arrive régulièrement de faire un saut chez ses nièces et neveux installés en Europe et aux Etats-Unis. Mohamed Yassine Mansouri reste, par ailleurs, très attaché à sa région natale (Bejaâd) et celle de son père (Bzou dans le Moyen-Atlas) qu’il visite au moins une fois par an et où il supervise plusieurs actions caritatives.
    Chaque année, l’homme tient plus que tout à deux rendez-vous devenus incontournables sur son agenda : la Omra à La Mecque et la commémoration, à Bejaâd, de l’anniversaire du décès de son père, Lhaj Abderrahmane Mansouri, un érudit qui a fréquenté les plus grands alems comme Mokhtar Soussi ou Ahmed Alami. En 1957, il a même été nommé grand juge de Bejaâd.

    Le guide des services

    Plusieurs agences et services s’occupent du renseignement au Maroc. Le tour du propriétaire.

    La toile de la DGST

    C’est sans doute le service qui a le plus fait parler de lui pendant les 30 dernières années. Son ancêtre, le CAB 1, était spécialisé dans la traque des opposants à Hassan II. Aujourd’hui, la DGST s’occupe prioritairement de lutter contre la prolifération de groupuscules terroristes dans les grandes villes. Placée sous la tutelle administrative du ministère de l’Intérieur, elle a pour mission d’“anticiper et suivre toutes les activités potentiellement subversives”. Son quartier général se trouve à Témara et ses brigades territoriales sont implantées un peu partout à travers le royaume, y compris au sein même de certaines administrations. Dans les coins reculés où la DGST ne dispose pas de relais, elle peut compter sur les services de renseignement de la Gendarmerie royale pour faire remonter l’information.

    Le brut de la DAG

    La Direction des affaires générales est l’un des départements les plus puissants du ministère de l’Intérieur. Sa mission ? Collecter et filtrer les renseignements provenant des différents agents de l’administration territoriale (gouverneurs, caïds, moqaddems, etc.). La DAG dispose d’ailleurs d’antennes dans pratiquement toutes les préfectures et wilayas du pays. C’est donc une source importante de renseignement de proximité, qu’elle partage ensuite avec les différents services concernés.

    L’œil des RG

    C’est l’outil de renseignement de la Direction générale de la sûreté nationale (DGSN). Ses méthodes d’investigation et de collecte de l’information restent assez basiques. Au sein de la police, elle est en effet concurrencée par de puissantes directions comme la Police judiciaire (PJ) ou la Brigade nationale de la police judiciaire (BNPJ). Ces dernières ne font pas dans le renseignement, mais leurs enquêtes sont souvent rapides et efficaces.

    La veille du 2ème bureau

    Sous cette appellation anodine se cache une direction militaire ultra-sensible, chargée du “renseignement sur l’ennemi et de l’étude des menaces”. Elle doit donc rassembler un maximum d’informations sur les troupes des pays voisins comme l’Algérie et l’Espagne, leurs contrats d’armements et les mouvements de leurs unités, surtout sur les zones frontalières.

    Le contrôle du 5ème bureau

    Spécialisé dans le renseignement militaire, ce service assure le contrôle des troupes armées marocaines. Influences politiques et idéologiques, corruption, tentatives d’infiltration…tout y passe.

    Les oreilles de la DGED

    Le champ d’intervention de la DGED est très large : espionnage à l’étranger, suivi des activités des MRE, coopération avec les services étrangers sur des dossiers d’intérêt commun, Sahara, lutte contre le trafic de drogue, etc. Les principaux services de la DGED sont le service action, la direction de contre-espionnage qui collabore avec la DST et la direction des transmissions. Depuis quelques années, la direction coiffée par Mohamed Yassine Mansouri s’est également dotée d’une brigade financière.

    Zoom. Quand la DGED fait parler d’elle

    En septembre 2008, un mini-scandale éclate aux Pays-Bas. Un jeune policier d’origine marocaine est soupçonné de travailler pour le compte des services secrets marocains. Immédiatement licencié, il a été condamné (il y a tout juste quelques semaines) à quelques heures de travaux d’intérêt général. Le jeune Maroco-néerlandais s’en sort avec un minimum de dégâts, mais le mal est fait. Pourquoi ce jeune a-t-il été recruté par la DGED ? Cette dernière continuerait-elle à surveiller les activités des MRE ? Des questions, qu’on croyait révolues sous le nouveau règne, refont surface. “En fait, explique ce journaliste à Bruxelles, le contrôle des activités de la communauté à l’étranger ne s’est jamais interrompu, mais les finalités ont changé. Avant, on traquait les opposants et les exilés, aujourd’hui, les agents de la DGED s’intéressent davantage aux extrémistes religieux, aux trafiquants de drogue ou aux grosses fortunes à l’international”.

    Carrière. Renseignement, toute !

    La carrière de Mohamed Yassine Mansouri démarre au milieu des années 1980 quand il intègre le ministère de l’Intérieur, en tant que stagiaire au sein du cabinet de Driss Basri. Les témoins de cette époque parlent d’un “garçon discipliné et travailleur, limite effacé”. Il apprend doucement son métier et montre des aptitudes exceptionnelles pour le renseignement et l’analyse de données. Intronisé en juillet 1999, Mohammed VI ne tarde d’ailleurs pas à faire appel aux services de son ancien camarade de classe. En septembre de la même année, de violentes émeutes éclatent à Laâyoune. Deux hommes sont chargés par le monarque de préparer un rapport sur la situation : le général Hamidou Laânigri et Mohamed Yassine Mansouri. “Leur rapport a pointé du doigt la brutalité de la répression ordonnée par Basri, remercié par Mohammed VI”, raconte cet officier à la retraite. Dans la foulée, Hamidou Laânigri est nommé à la tête de la DST et Mohammed Yassine Mansouri devient directeur général de l’agence officielle MAP. Il en améliore, en douceur et sans faire de vagues, les processus de collecte et de traitement de l’information, réactive les bureaux internationaux et étoffe son réseau relationnel personnel.

    En mars 2003, Mansouri revient au ministère de l’Intérieur, mais cette fois en tant que wali directeur de la DAGI, la Direction des affaires générales intérieures. Une structure centrale chargée du contrôle du travail des walis et des gouverneurs, en plus de coordonner et filtrer l’information provenant des différents circuits de l’administration territoriale (moqaddems, caïds, gouverneurs, etc.). Sur le terrain, Mansouri supervise les élections communales de 2003, reçoit les patrons de partis politiques (même les plus extrémistes comme Annahj Addimocrati) et s’ouvre sur plusieurs sensibilités sahraouies. A l’international, il travaille, aux côtés de ses homologues espagnols, français et africains, sur des dossiers épineux comme l’émigration clandestine, le trafic de drogue ou le terrorisme.
    En février 2005, Mansouri devient le premier patron civil de la DGED, où il continue à travailler sur les mêmes sujets, mais avec des méthodes différentes.

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